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Conversations du vieillard de Vichi

15 pages
Impr. des sans-culottes (Paris). 1793. France (1792-1795). In-8 °. Pièce.
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CONVERSATIONS
-1' ""-'- - --~
D U
VIEILLARD DE VICH1.
A PARIS,
-
De 1 Imprimerie des SANS-CULOTTES, Rue Honoré, N.o tO.
AN.II. DE LA R É PUBLIQUE.
- A a
CONVERSATIONS
D U
VIEILLARD DE VICHL
PREMIÈRE PARTIE.
Sur Vame des enfans, et les vertus Jociales.
PREMIÈRE CONVERSATION.
Le Municipal Bon jour, notre doyen. C'est-
aujourd'hui décadi; nous avons le tems de causer. Il
y a quelque chose qui nous fait bien de la peine:
nous voudrions bien avoir des moyens surs de faire
de nos enfans de braves gens, de bons travailleurs.
Il y en a que nous ne pouvons contenir, qui pren-
nent en mauvais sens le mot de liberté. Ils savent que
bientôt ils ne dépendront plus de nous en rien : ils so
moquent de ce que nous disons. Ceuxlà gâteront les
autres. Cet idéçs se prennent aisément. Naturelle
(4)
ment onn aime pas à travailler. On ne veut faire que
•ce qu'on veut; voilà l'homme.
Notre doyen, il faudroit bien que les gens sages cher-
chassent le moyen de remedier à ce mal.
Le vieillard de Vichi Le meilleur moyen est
qu'ils sentent eux-mêmes que leur façon de penser leur
nuira ; qu ils ayent dans le cœur l'envie d'être un jour
des hommes estimables, de bons citoyens; de remplir
leurs devoirs. Il faut, notre municipal, que cela vienne
deux.
Le municipal. Tout comme vous voudrez, notre
doyen. La liberté est une très bonne chose ; c'est le
plus beau présent que nos représentans nous ayent fait;
mais il ne faut pas que nos enfans en abusent jamais :
nous la perdrions. Ne nous a-t-on pas dit, qu'un peu-
ple qui abuse de saliberté , est bientôt soumis, vaincu,
perdu ?
Le Vieillard L'abus du pouvoir, le despotisme
produit la liberté; l'abus de la liberté reproduit le
despotisme: voilà le cercle des choses humaines.
Notre municipal : il y avoit un petit bossu , dontles-
prit étoit fort droit. Il étoit sans-culotte , mais nonpas
comme nous; car il étoit esclave. 1 Il y en avoit alors.
Il étoit facétieux; il s'appelloit Ésope.
Son maître avoit un repas à donner à ses amis ; il lui
dit - vas au marché; achêtes moi tout ce qu'il y a de
meilleur: il me faut cinq ou six plats.
Ésope Va au marché, et rapporte à son maitre cinq
ou sixplats de langues. Lemaitre butor. que
veux-tu que je fasse de toutes ces langues?.. Esope: ne
mavez-vous pas dit devous apporter tout ce qu'il y a de
meilleur? Y a t-il rien de meilleur qu'une bonne làn-
gue? elle persuade le bien, console dans le malheur etc.
Je vous ai apporté de bonnes langues. Le maître finit
par rire , et l'on fit des langues ce que l'on put.
Quelque jours après le maître de voit avoir à ciIner un
'ami qu'il traitoitsans façon, il dit à son esclave : vas au
marché., et pour cette fois ci, apporte moi, si tu veux,
tout'ce qu'il y a de pire. Lemaitre disciten lui-meme Î
nous verrons commentil s'y prendra.
( 5 )
A 3~ -
Esope n'apporta encore à son maître quelles Îangneî,"
Les langues dit-il à son maitre , sont aussi ce qu'ily a
de,plus mauvais : Rien de pire qu'une mauvaise
langue. -
Le fer est très utile pour nous défendre; il esttrès dan-
gereux. Les meilleur choses sontles pires, si l'on en-
abuse.
Ainsi, notre municipal, en inspirant à nos enfans u rr
grand amour pour la liberté , il faut leur inspirer la
crainte d'en abuser.
Mais il faut plus ; il fautleur faire aimer leurs devoirs.
S'ils sont des enfans soumis à leurs pères, ils appren-
dront àl'être aux autorités, qui sont nos seconds pères.
S'ils aiment le travail, ils feront avec soin-ce dont ils
seront chargés.
Le municipal. Aimer le travail, voilà le difficile r
l'homme craint la peine, il hait tout ce qui le gêne.
Comipent-feriez vous pour lui faire aimer tout cela?
Le vieillard. Mon ami - dans l'enfance notre amc
est de la cire molle;elle prend toutes les formes que l'oir
sait lui donner.
-Les enfans de Sparte étoient accoutumés à se -faire
battre, pour avoir le plaisir de montrer qu'ils ne crai-
gnoientpas la douleur.Il y en avoit qui tomboient SaUf
les coups, sans avoir, je ne dispa3 jetté un cri, mais
m-ême un soupir. Les mères étoient glorieuses d'avoir de-
tels enfans.
Le Municipal..Morgué quels hommes ils devoient
faire quand ils étoient devenus des hommes.Est- ce que
leurs ennemis pouvoient les battre. Deux douzaines
de ces mâles là , dévoient valoir mieu-x qu'un millier
d'autres.
Le Vieillard. Leurs d'escendans sont encore in-
domptés ; aujourd'hui que tout est soumis dans le pays
qu'ils habitent, que toute esi: esclave autour deux, le
Turc, avec toute sa puissance, ne peut leur faire faire
que ce qui leur plait.
Le Municipal. Morgué, notre doyen , vousseri-ezi
bien habile si vous nous faisiez de ces hommes là. -
Le Vieillard. Non seulement j'en ferai, mais je
( 6 )
donnerai le moyen a tous les instituteurs pour en faire;
et pour peu qu'ils ayent de bonne volonté, ils ne man-
queront guère leur but.
L'instituteur. Ma foi, je ne suis pas des plus
ineptes, j'ai même étudié pour être prêtre, mais
malgré cela, je serois bien embarrassé.
Le Vieillard. 'Mesamis, il estun art secret que les
enfans ne verront pas, que des instituteurs peut-être
ne verront guères, et par lequel on peut porter les en-
fans , non seulement à l'amour de toutes les vertus
sociales, mais même à 1 enthousiasme, à la fureur de ces
vertus; et cela leur restera toute leur vie.
Remarquez que les enfans sont susceptibles d'une
vivacité, d'une impétuosité plus grande , que les hom-
mes faits ; leur ame est très facile à agiter, à ébranler.
Cela vient de l'état phisique de leur corps. Le sang
circule dans leurs veines plus vite que dans les nôtres.
Leur poulx bat presque un quart plus vite , que celui
d'un homme fait. La foiblesse de leurs fibres , le peu
d épaisseur, et la souplesse de tous les vaisseaux qui
contiennent ces liqueurs motrices , cèdent plus facile-
ment que les nôtres à leur impulsion.
Deux choses résultent de l'état de l'enfance: d'une
part, une ame facile à ébranler, à enflamer; un rien les
émeut ; d autre part, une grande foiblesse de fibres , qui
rend leur esprit peu disposé à retenir et concevoir.
Ceci influe sur leur entendement: nous parleronsaprès
de cette partie d'eux-mêmes, qu'il faut bien connoitre et
savoir manier, si l'on veut y faire entrer facilement les
notions et les idées qu'on a envie de leur donner.
Beaucoup de facilité pour les agiter.
Beaucoup de difficulté pour les instruire.
Ne nous occupons dans ce moment que de leur ame.
Ily atroismoyens surs de leur donner! enthousiasme,
la passion de la vertu.
Le premier consiste dans des jeux publics, les jours
de décade : c'est le plus grand moyen: je vous déve-
lopperai mon idée. ,
Le second, la gloire, l'honneur, des prix distribués
publiquement devant un grand concours de spectateurs.
Il faut couronner, non pas seulement le plus fort,