Correspondance du cen Constantini, député extraordinaire du Conseil général du département de Corse, avec ses commettans , suivie de différentes adresses & pétitions présentées à la Convention nationale

Correspondance du cen Constantini, député extraordinaire du Conseil général du département de Corse, avec ses commettans , suivie de différentes adresses & pétitions présentées à la Convention nationale

-

Français
146 pages

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[s.n.] (Paris). 1793. VIII-139 p. ; in-8.
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Publié le 01 janvier 1793
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CORRESPONDANCE
DU CEN. CONSTANTINI,
DÉPUTÉ EXTRAORDINAIRE
Du Conseil-Général du Départem. de Corse,
AVEC SES COMMETTONS,
SUIVIE des différentes A dresses &
Pétitions présentées à la Convention
Nationale.
Deploratur Libertas : nec vindex quisquam existit
aut futurus videtur. —— 1ZT LIY. III. Parag. 28.
\PAMs~ cp~3 Septembre 1793.
L'AN SECOND DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
UNE ET INDIVISIBLE.
iij
a il
AVANT PROPOS
A MES CONCITOYENS.
Audi aliam partem , si vis recte judicareî
Je satisfais à l'engagement que j'ai pris
par mon affiche datée du 9 juillet dernier,
de rendre publique ma correspondance avec
mes commettans t qu'il me- soit permis de
faire précéder cette correspondance de quel-
ques observations.
Au mois d'avril dernier, le conseil géné-
ral du département de Corse, n'avoit bien
certainement nulle intention d'isoler son exis-
tence politique de celle de la république : si
ce département en eût eu le dessein } assuré-
ment il n'eût pas , sans proyocation aucune ,
et de son propre mouvement, adressé et délé--
gué au citoyen Ferrandi et à moi, les pou-
voirs qu'on lira sous le n° premier, de la
collection des pièces que je mets au jour.
Depuis que ce même conseil général nous
a spontanément investis de cette commission
de paix et de fraternité, il ne nous est point
parvenu une seule ligne d'avis ni d'instruc-
iv
tion de sa part ; nous n'avons reçu ni de ceux
qui le composoient à cette époque, ni de ceux
qui ont pû le remplacer, ni révocation 3 ni
modification de nos pouvoirs ni d'instruction
ni suspension. De notre côté, nous n'avonspas
cessé de leur adresser les dépêches les plus
pressantes y et aucune réponse ne nous est
parvenue. ( i )
( 1 ) L'on vient de nous assurer , que le département
de Corse nons a expédié des dépêches, qui contenoient
les pièces justificatives de sa conduite , et qu'il nous
chargeoit de les mettre sous les yeux de la convention
N. dont il n'a jamais cessé de reconnoitre l'autorité.
Le citoyen Marsilly qui étoit porteur de ces dépêches,
a été arrêté à Hiers , par l'ordre des commissaires
Salicetti et Delcher : il a été ensuite traduit dans les
prisons de Toulon où'il est encore.
Les vents contraires l'ayant obligé de relâcher à Hicrs ,
il y est tombé malade : il fit prévenir la Municipalité
qu'il étoit envoyé expressément par le Département de
Corse , près la Convention nationale , les officiers Mu-
nicipaux se chargèrent de faire mettre ses dépêches à la
-poste de Toulon, pour Paris; l'exprès à qui elles furent
confiées rapporta le reçu du bureau de cette poste , mais
elles ne sont pas parvenues à leur destination.
L'article 3 du décret rendu le 17 juillet dernier , par
la Convention , d'aprés le rapport du citoyen Barrère ,
membre du Comité de salut public , s'exprime ainsi :
« Les nommés Marsilly et Berthola , détenus par ordre
1
, Quant à nous personnellement , députés
extraordinaires d'une patrie inftrtunée ,
qu'on travaille sourdement à isoler de la
république , nos pensées et nos sentimens
sont trop clairement énoncés dans les lettres
qz/onva lire, pour que nous n'ayons pas la
conjiancq de nous ifgurer qu'il n'y a pas zir;
seul bon citoyen Français , qui n'éprouve ,
après les avoir lues, la douleur la plus vive
du traitement que des passions, bien indé-
finissables , ont attiré sur nos frères de
Corse.
Au reste, j'aurai la prudence de ne pas
substituer mes propres conjectures à des faits
enveloppés , pour nous, dans les ténèbres : je
me restraindrai à dire" que dans tout ce que
l'on assure avoir lieu" je ne retrouve ni le
génie ni les dispositions à moi connues de
mes compatriotes ( 2 ), que je n'y reconnois
1
cc des représentans du peuple , à Toulon, à Bastia, con-
te tinueront d'être en état d'arrestation jusqu'à ce que
cc les pièces qui constatent leur délit, soient parvrnuesau
cc comité de salut public qui demeure chargé d'en ren-
» dre compte m.
( 2 ) Voyez le discours prononcé à l'Assemblée na-
tionale , le 22 avril 1790 , par les Députés extraordi-
naires de Corse, & le général Paoli , imprimé a. Paris,
chez Garnery , rue Serpente , nO. 17.
V
ni l'ame ni les principes de Paoli que tout,
dans cette affaire m'étonne , me confond et
me pénétre de douleur (3 J-
J'ajouterai avec une franchise , que la
constitution défend expressément de punir,
ou même de contraindre , que toutes ces
énigmes d'évènemens seront éclaircies , et
qu elles ne peuvent r être sans l'intervention
( 3 ) Lorsque l'on a commencé à chereher à répandre
de la défaveur sur les intentions du général Paoli , ja-
loux de connoître la vérité , j'ai cherché à m'en instrui-
re ; je me suis adressé pour cet effet au citoyen Sali-
cetti, alors procureur-général syndic du Département,
actuellement Député à la Convention nationale. Voici
le contenu de la lettre en réponse , datée de Corté , le 9
juillet 1792.
33 La conduite du Général est 6' sera toujours celle
D, de l'homme de la Patrie, & d'un véritable défenseur
» de la Constitution qu'il a juré de maintenir ; tout ce
- que. ses ennemis peuvent alléguer pour jetter de la
M défaveur sur ses intentions , ne diminuera pas ,
a croyez - moi, ni l'influence, ni l'estime qu'il a si
» justement méritée , ni son patriotisme, ni son zèle
, pour la chose publique. La grande tranquillité dont
» nous jouissons en Corse , depuis quelques temps, est
» en grande partie l'ouvrage de ses soins &' de son
» crédit. Qae ses ennemis disent ce qu'ils veulent,
» nous les méprisons ».
vij
d'une occasion précise et déjmitive de tirer
a clair, et les passions et les ~~z/z<sz/p~~ et
le civisme et la droiture des accusés et des
accusateurs. Puisse la vérité luire sur ce ca-
hos, sans avoir été précédee d'un seul jour de
sang!
o
Au reste , je répété et je répéterai toujours
pour le seul bien de la République, qu'il
est absurdementfaux 3 d'avancer qu'on au-
roit un jour un regret profond et réfléchi,
d'avoir cru que l'isle de Corse ne soit et ne
puisse être qu'une dépendance onéreuse ou
inutile de la République Française.
Cette assertion est marquée au coin de la
malveillance la plus décidée, ou de l'igno-
rance des hommes et des choses , la plus ca-
ractérisée ; il n'y a pas un Voyageur sensé,
il n'y pas un Marin instruit 9 qui ne soient
dans le cas de prouver le contraire : je finis ;
l'excès de la plus profonde douleur pour-
roit me précipiter au-delà des bornes quune
prudence de circonstances m'impose. Je réi-
téré la prière } à tous mes frères et conci-
toyens 3 de lire avec attention , et sur-tout
avec une sage défiance à l'égard de qui il
appartiendra, les lettres suivantes , qui ,
vijj
peut-être , hélas ! jamais n'ont été reçues par
nos frères de Corse (4)1
Ils y verront, du moins , mon sincère at-
tachement pour eux, et pour ces derniers:
peut-être leurs cœurs leltrdiront de juger par
le mien, ceux de mes compatriotes. Je de-
sire, sur-tout 3 que par-là , ils se sentent
décidément induits à analyser sévèrement,
et la capacité politique , et le fond des ames
de tous ceux qui se sont mis entre nous ; et
qu'ils fassent ensuite justice à chacun sui-
vant ses œuvres 3 sous l'inspiration sacree
de la Loi et de l'équité Répuhlicaine ! i.
Paris 3 septembre 1793, deuxième de la République
Française, une et indivisblie.
CONSTANTIN I.
Député extraordinaire du départ. de Corse.
(4) L'on écrit de Bastia , en date du 20 juillet der-
nier , que l'on est privé de la correspondauce du Con-
tinent depuis le mois d'avril. Cette privation est le ré-
sultat des ordres donnés par les commissaires de la
Convention nationale, à la direction générale des postes ,
de conserver en dép6t toutes les lettres destinées pour
l'intérieur de l'isle, et pour les places de Bonifacio
et d' A.jaccio. Les lettres qui étoient chargées n'ont pas
même été acceptées , non plus que les feuilles périodi.
ques ; comme le Moniteur , etc.
, CORRESPONDANCE
A 2
-L'AN SECOND DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.-
CORRESPONDANCE
DU C. CONSTANTINI,
Député extraordinaire du Dpt. de Corse.
AVEC SES COMMETTANS.
No. PREMIER.
Extrait du Procès - verbal des Séances du
Conseil-Général du Département de Corse.
Article de la séance publique du 2,7 avril
1793, l an 2me. de la République.
u
N MEMBRE A DIT : Citoyens Collègues,
la fermeté et la constance de notre marche
dans la carrière de la Liberté , notre attache-*
ment soutenu et réfléchi à la République
Française, dont les principes n'ont fait que
nous rendre à notre antique système d'éga-
lité , la sagesse de nos Administrés qui n'ont
signalé , ni par des sacrifices sanguinaires,
ni par des élans convulsifs, la conquête de
leurs droits, qu'ils ont mis sous la sauve-
garde de la Nation Française pour mieux
( 2 )
Jes conserver, la modération du Peuple Corse
qui a vu avec une égale tranquillité et l'é-
branlement et la chûte d'un trône., enfin
tous les efforts des Administrés pour soute-
nir en même tems les principes et les détails
de l'Administration , -malgré les difficultés
renaissantes chaque jour des calomnies des
méchans et des menées des envieux, pour
arrêter dans leur source les décisions les plus
instantes et les secours les plus urgens , com-
mis pour enlever à presque tous les Corses
et à tous les Magistrats qu'ils se sont choisis
la gloire que, dans un tems de Révolution
on s'accoutume à trop priser, celle de tenir
religieusement au serment qu'ils ont fait
dans la plénitude de leur vœu le plus cher,
d'être Libres et Français; tous ces obstacles
surmontés avec quelque succès , cette con-
duite sage des Administrés, cette prévoyance
active des Administrateurs , n'ont pu mettre
le Département de Corse à l'abri de rana-
thème provoqué par un Ministre mal infor.
mé, et prononcé par la Con. Nie. séduite.
Nous ne pouvons douter, Citoyens Collè-
gues, que les mèchans qui mettoient un
grand intérêt à semer la division dans notre
Isle, que les fourbes qui ont imaginé de se
faire - un mérite propre de paroître nous
e ,,-
( 3 )
ramener à des sentimens qui nous ont tou-
jours dirigés , ou à une conduite dont nous
ne nous sommes jamais écartés , n'ayent joint
à la calomnie la plus virulente, la détestable
astuce d'intercepter nos réclamations, de
soustraire les justifications auxquelles ils nous
avoient forcés ; enfin de corrompre et de sé-
duire à force d artifices et d'hypocrisie les
Sociétés populaires des Départemens voisins,
le Conseil-exécutif et les Législateurs mêmes.
La proscription audacieusement prononcée
par les premières, contre quelques uns de
nos plus dignes Concitoyens, et particuliè-
rement contre le Général Paoli , la diatri-
be amère du Ministre Clavière , contre la
presque totalité des Corses , et particuliè-
rement contre leurs Administrateurs; le dé-
cret de la Convention nationale contre le
Procureur Général Sindic et le Comman-
dant en chef de ce Département; ces pré-
ventions populaires , ces injustices Ministé-
rielles , cette erreur de la Convention même
prouvent avec évidence qu'on n'a pas obser-
vé la suite de nos travaux , qu'on a ca-
lomnié avec succès nos opérations les plus
sages et les plus civiques , enfin que nos é-
claircissemens sur les premiers toutes élevés
et nos réponses- péremptoires aux dernière,
( 4 )
inculpations ont été malignement interceptés.
C'est pourquoi, je pense que dans cette
circonstance extraordinaire , l'Administra-
tion générale ne peut se dispenser d'envoyer
une députation près de la Convention na-
tionale et du Conseil exécutif, laquelle dé-
putation sera chargée, non de renouveller nos
sermens d'adhésion et d'union , les Corses
ne jurent pas deux fois, mais de protester
hautement contre la calomnie qui les a peints
sous des couleurs si fausses ! la députaticn
sera chargée d'invoquer la religion surprise
de la Convention en l'éclairant, comme il
est de notre devoir de le faire, et de celui
des Législateurs d'un Peuple Libre de nous
entendre., sur l'injustice du Décret du deux
Avril, qui flétrit également tous les Corses,
en décrétant d'arrestation PAOLi le doyen des
Amis de la Liberté et son martyr le plus illust
tre, comme le plus persévérant, et le Procu-
reur-Général Syndic dont le civisme pur et
l'activité éclairée ont toujours provoqué et
maintenu une administration vraiment légale
et le patriotisme le moins équivoque.
La députation sera expressément chargée
de mettre sous les yeux de la Convention
et du Pouvoir exécutif, le tableau succint
des travaux de l'Administration et la longue
( 5 )
A 3
suite des secours de tout genre qui lui ont
été refusés , au mépris même des décrets.
Elle instruira la Convention Nationale et
le Conseil exécutif de la conduite surpre-
nante des Commissaires de la Convention
dans le Département, vis-à-vis de l'Admi-
nistration supérieure.
Elle mettra sous les yeux des Législateurs
et nos provocations civiques et affectueuses
vis-à-vis des Commissaires , et leur silence
despotique et humiliant, ou leur laconisme
méprisant sur les ouvertures les plus im-
portantes comme les plus fraterneles.
Elle n'oublira pas que les Commissaires
ne se sont pas même annoncés à l'Admi-
nistration supérieure , et que leur Procla-
mation n'est parvenue à sa connoissance,
que par des voies indirectes; enfin la dé-
putation sera chargée de mettre de nouveau
sous les yeux de la Convention nationale,
et du Conseil exécutif, toutes les réponses
et tous les éclaircissemens donnés,par Fad-
ministrationauxreprocheset aux imputations
dont elle a été aussi injustement qu'outra-
geusement chargée.
La matière mise en délibération , le Con-
seil Général, oui le citoyen Balestrino fai-
sant fonctions du Procureur Général Syn-
( 6 )
die, a délibéré que par les Causes portées
et les motifs contenus dans l'opinion du
membre qui vient de parler, une députation
seroit faite près de la Convention nationale ,
et près du Conseil exécutif , qu'à cet effet
il nomme et charge de cette mission im-
portante les citoyens Félix Antoine Ferrandi,
Colonel du Régiment d'infanterie , et Cons-
tantini Député Extraordinaire de Bonifacio
à Paris, auxquels expédition du présent
Arrêté sera adressée pour leur tenir lieu
d'autorisation , aux fins y mentionnées et
près des autorités auprès desquels ils sont
envoyés , pour en faire usage tant conjoin-
tement que séparément.
Leurs vertus civiques , leur ardent amour
pour le pays , leur profond attachement à la
République prouvé par des services multi-
pliés et non interrompus, répondent au
Conseil général de tout leur zèle et de la
confiance qu'ils doivent inspirer.
Pour expédition conforme à l'original.
Signé M. A. FERRANDI. ( v. p. )
MUSELLI. ( s. g. )
Pour copie conforme à l'original qui est entre mes mains.
C ON S TANT INI,
Rue de Grenelle Saint-Honoré, nO. 54.
( 7 )
A4
N° I I.
Copie de la lettre écrite au Conseil-Gêné
ral du Département de Corse} Paris , le
24 mai l'an 2me. de la République
Française Une et Indivisible.
CITOYEN PRÉSIDENT,
J'ai reçu hier à midi, l'extrait du pïocés-
verbal des séances du Conseil Général du
Département de Corse du 27 avril dernier,
qui n'étoit accompagné ni de lettres, ni de
pièces qui constatent les faits mentionnés.
Mes Concitoyens rendent justice à mon pa-
triotisme ;., mon zèle sera toujours sans bor-
nes lorsqu'il s'agira d3 défendra la Liberté
de mon Pays et de confondre les calom-
niateurs. J'accepte avec empressement la mis*
sion importante dont vous me chargez , au-
près de la Convention nationale , et du Con-
;eil-exécutif, je m honorerai de justifier vo-
re connanee et de répondre à vos vœux. Les
ûrconstances délicates qui nous environ-,
lent, me donneront une nouvelle éner-
gie ; et je saurai braver tous les dangers ,
)our réclamer la justice que le Départe-
nent de Corse a droit d'attendre :</je vous
observerai , citoyen , que je ne poivrai faire
( 8 )
que des démarches préliminaires , tant que
je n'aurai pas reçu les pièces nécessaires à
votre juste réclamation. Veuillez me les faire
parvenir avec les instructions et tous les
détails possibles; je ferai usage de tout ce
qui sera utile pour obtenir le succès que vous
desirez. Je suis pénétré de la plus vive douleur
des maux qui affligent notre Patrie ; et le
plus beau jour de ma vie sera celui où je
pourrai concourir à y apporter du remede
et à prouver à la Nation française, qu'il
n'y a pas de Département plus dévoué à la
République que celui de Corse, où le Peuple
ne respire que pour la Liberté et l'Egalité ,
qu'il défendra en versant jusqu'à, la derniere
goûte de son sang. Je suis avecfraternité ,
Votre cher Compatriote ,
CONSTANTIKI.
NQ. III.
COKVENTION NATIONALE.
Paris , ce 2.9 mai l'an s. de la République.
CITOYEN PRESIDENT,
J'ai ett l'honneur de vous écrire hier , poui
vous faire part que le Conseil-Général du Dé.
partemerit de Corse m'avait nommé son Dé
puté Extraordinaire près la Convention na.
( 9 )
tionale pour mettre sous ses yeux le tableau
affligeant de sa situation.
Il est probable que les occupations inv-
portantes de l'Assemblée ne vous ont pas
permis de faire lecture de ma lettre ; ce-
pendant je désirerois que vous me donniez
acte de ma présentation ; car je craindrois
de trahir les intérêts de mes Commettans,
si je différois plus long-tems de vous faire
connoitre que je suis prêt à paroitre à la
Barre dès à présenta si la Convention veut
m'accorder cet honneur; dans le cas con-
traire , je la prie de m'indiquer le jour et
l'heure où je devrai me présenter.
En attendant , je suis avec respect,
Votre Concitoyen ,
CONSTANTIN IJ
Député Extraordinaire du Département de Corse
N°. IV.
Discours prononcé rà la barre de la Con-
vention , le 29 mai *793 l'an z de la Rép.
REPRESENTANS DU PEUPLE,
Le Conseil-Général du Département de
Corse, par sa délibération du 27 avril der-
nier m'a, nommé son Député Extraordinaire
( 10 )
près de la Convention nationale, pour met
tre sous ses yeux le tableau succint et fidèla
de sa triste situation dans l'état actuel des
choses. En conséquence, je vous prie, ci-
toyen Président , de vouloir bien donner
connoissance à la Convention nationale de
ces pouvoirs, et après la lecture, [si vous
l'approuvez , je demanderai la parole.
N. B. Un Secrétaire ayant fait lecture
de l'extrait de l'arrêté du Conseil-Général
du Département de Corse, le Président m'a
accordé la parole, et j ai continué mon dis-
cours en ces termes :
REPRÉSENTAIS DU PEUPLE ,
J'aurois attendu que les pièces justificati-
ves qui sont en route , énoncées dans les
pouvoirs dont vous venez d'entendre la lèc-
ture, me fussent parvenues pour mettre sous
vos yeux l'exposé fidèle de l'état actuel du
Département de Corse , partie intégrante
de la République Française.
J'aurais attendu aussi que mon collègue,
le citoyen Ferrandi, chef de bataillon du
douzième régiment d'infanterie à l'armée du
nord, fût arrivé à Paris pour seconder leà
vœux de ses compatriotes pour nous présen-
( Il )
ter conjointement à cette Barre ; mais ayant
.appris, Citoyens Législateurs, que vous avez
rendu un décret par lequel vous avez ordon-
né l'envoi de quatre mille hommes en Corse,
et de deux-nouveaux commissaires , j'ai cru
qu'il était de mon devoir ( pour ne pas tra-
hir l'intérêt de mes Commettans , ) de me
présenter sans délai à cette Barre pour vous
protester d'abord au nom de tous les habi-
tans de la Corse, que leur vœu unanime et
bien prononcé , est de vivre Français Libres
et de mourir pour le maintien de la Républi-
que Française une et indivisible.
Je vous proposerai ensuite., dans ces cir-
constances délicates , des mesures salutaires
que je prie, la Convention nationale de vou-
loir bien apprécier dans sa sagesse, tant pour
le salut de la Corse, que pour l'intérêt géné-
ral de la Patrie.
Je crois, Citoyens Représentans , qu'il est
indispensable , dans l'état actuel des choses,
que vous fassiez précéder l'envoi de ces trou-
pes , si vous les jugez utiles., par un décret
explicatif, que ces quatre mille hommes ne
vont pas en Corse pour combattre les habi-
tans , ces enfans dont vous êtes les pères , et
dont le pays a été le berceau de la liberté;
mais pour, de commun accord, garder les
( 12 )
côtes de cette isle , dans la crainte de quel-
que descente de la part de nos ennemis coa-
lisés.
Je vous prie , Citoyens Législateurs , de
nommer des Commissaires qui inspirent la
confiance par leur impartialité et un carac-
tère de conciliation; de leur recommander,
en bornant leurs pouvoirs, de se concerter
avec les Autorités Constituées de ce Départe-
ment , pour travailler à calmer les esprits
agités , peut être, par un mal-entendu, et
les ramener par la voie de la douceur et de
la fraternité.
Pour parvenir à ces résultats, il seroit im-
portant et même nécessaire , Citoyens Re-
présentans , pour la tranquillité de la Corse
et le bien de la République , de décréter,
préalablement, que le décret rendu par la
Convention nationale , le 2 avril dernier,
contre le Commandant en chef et le Procu-
reur- Général-Syndic de ce Département,
sera suspendu provisoirement jusqu'à ce que
vos nouveaux Commissaires vous fassent part
des dispositions des Corses envers la Répu-
blique Française , d'après les informations
qu'ils auront prises sur les lieux mêmes.
Par-là vous mettrez â portée le Général
Paoli , âgé de soixante-dix ans et infirme,
( i5 )
de se justifier des inculpations , dont il est
environné, avec toute la liberté qui con-
vient à un homme libre , si célèbre par les
sacrifices qu'il a faits, et qui est à juste titre
appellé le fils aîné de la Liberté , puisqu'il
n'a jamais cessé d'être le défenseur de 1 U-
nité et de l'Indivisibilité de la République
Française.
J'ose vous asurer d'avance, Citoyens Légis-
lateurs, que d'après les renseignemens satis-
faisans que vous recevrez de la vérité des
faits, vous vous empresserez de rapporter le
décret du 2 Avril, qui a été surpris à votre
religion par des inculpations vagues et des
allégations dénuées de preuves , diamé-
tralement opposées au caractère d'Hommes
nés Libres qui n'ont cessé pendant soixante
années de combatre pour maintenir la Li-
berté, pour ne retomber jamais dans l'escla-
vage ni sous la tirannie des despotes , sous
quelque dénomination que ce puisse être. Je
ne crains pas de me flater qu'alors la Conven-
tion Nationale aura la satisfaction de décla-
rer que les Habitans de la Corse n'ont jamais
démérité d'être, Français libres et véritables
Républicains.
CONSTANTINI,
Député Extraordinaire du Département de Corse.
( 14 )
NO. V. f •
Copie de la lettre écrite au Conseil-Géné-
! rai du Département de Corse.
Paris, le 3o mai 1793, l'an 2 de la République
Une & Indivisible
CITOYEN PRÉSIDENT,
Je ne négligerai rien, comme je vous l'ai
promis par ma lettre du 24 du courant, - pour
justifier la confiance de mes com patriotes,
ét arracher notre malheureuse Patrie au dan-
ger dont elle est menacée : j'ose espérer que
mes démarches auront quelques succès de
conciliation , et qu'elles rétabliront cette fra-
ternité si nécessaire dans un Gouvernement
Républicain.
J'ai écrit le jour suivant à mon Collègue le
Citoyen Ferrandi, pour l'engager, (s'il lui est
permis , à la voix de sa Patrie qui le réclame,
de quitter son poste ) de venir concourir avec
moi à seconder vos vœux ; il a demandé un
congé au Ministre de la guerre , j'ai employé
les sollicitations les plus pressantes pour l'ac-
célérer.
Dans les circonstances oçageuses où se
trouve le Département dont l'administration
vous est confiée , j'ai cru qu'il étoit indispen-
( 15 )
sable de hâter les démarches préliminaires..
J'ai d'abord vu le 26 un des Membres qui
jouit de la considération la plus distinguée ,
dans le Comité de salut public , comme il ne
pouvoit m'entendre que momentanément
ce jour là , j'ai obtenu une audience le 27, où
je suis entré dans les détails les plus circons-
tanciés sur tout ce qui vous intéresse. Je lui
ai représenté combien il étoit dangereux
d'employer la force armée contre un Dépar-
s tement ami sincère de la Liberté , et dont
l'intérêt et le vœu étoient de fraterniser avec
la République une et indivisible., Je lui ai
exposé combien il seroit salutaire d'ordon-
, ner provisoirement la suspension du décret
du 2 avril, pour donner la faculté au général
Paoli et au Citoyen Procureur-Général Syn-
dic, du Département, de se justifier en hom-
mes libres ; d'y envoyer des Commissaires
pacificateurs et non dictatoriaux. D'après
cette conférence , dont les résultats m'ont
laissé quelque espérance, j'ai écrit le 28 au
Président de la Convention nationale pour
lui faire part de ma mission, et lui deman-
der d'être admis à la barre pour lui révéler
des vérités d'une haute importqjnce, concer-
nant le Département de Corse.
J'ai attendu en vain toute la journée à la
( 16 )
salle des Pétitionnaires sans pouvoir être ad-
mis , et sans recevoir de réponse , parceque
l'Assemblée étoit livrée à des discussions ora-
geuses qui ont été prolongées jusqu'à dix
heures.
J'ai hierrenouvellé mes instances au prési-
dent de la Convention Nle. , pour être admis
à exposer le tableau affligeant de la Corse. Je
me suis rendu à la salle des Pétitionnaires
dès l'ouverture de la séance, j'ai enfin été
introduit à la barre vers midi, et lAssem-
blée commençoit à être nombreuse. Ayant
obtenu la parole j'ai exhibé la délibération
du Conseil général du Département, du 27
avril dernier, par laquelle vous m'avez choisi
pour être votre organe, de concert avec le
Citoyen Ferrandi , an près de la Convention
nationale et du Conseil Exécutif, et j'ai de-
mandé acte de ma présentation.
Un Secrétaire ayant fait lecture d'une par-
tie de mes pouvoirs pour les vérifier, j'ai ob-
tenu la parole après qu'ils ont été constatés ,
et j'ai prononcé le discours ci-joint (voyez
nO. 4 ) , qui a été bien accueilli et même ap-
plaudi ; après l'avoir terminé, sans aucune
contradiction , le Président en a ordonné
le renvoi au Comité de salut public pour en
faire son rapport avant le départ des nou-
veaux
( 17 )
B
veaux Commissaires , et m'a invité aux hon-
neurs de la séance.
Soyez persuadé, Citoyen Président, que
je consacrerai tout mon tems à veiller aux
intérêts des Administrateurs et des Admi-
nistrés du Département de Corse ; rien n'est
plus précieux pour moi que de pouvoir con-
tribuer au bonheur de mon pays ; je vais dès
aujourd'hui solliciter vivement le Comité de
salut public, pour qu'il prenne en considéra-
tion particulière des moyens sages que je ré-
clame en votre faveur.
En attendant les pièces justificatives que
je vous ai demandées et l'arrivée de mon Col-
lègue pour faire de nouvelles démarches.
Je suis avec fraternité
Votre cher Compatriote,
CONSTÀNTINI,
No. V 1.
Conseil-Général du Département de Corse.
Paris , ce 1 juin 1793, l'an 2 de la République
Française, Une & Indivisible.
CITOYEN PRÉSIDENT,
Je vous fais part que les deux Commissai*
res ont été nommés avant-hier , pour se ren.
( 18 )
dre en Corse. La journée d'hier ne m'a pil4
permis de faire aucune démarche, comme
vous le verrez par la feuille ci-jointe. Je les
Terrai incessament, et j attends mon collègue
pour me concerter avec lui, et agir en consé-
quence. Je suis avec fraternité
Votre c4er Compatriote
- CONSTANTIWI.
VII.
Au citoyen Barrère.
Paria, ce 6 juin 1793. l'an deuxième de la République.
CITOYEN,
Le décret que votre sagesse vient de faire
rendre par la Convention nationale pour sur-
seoir au décret du 2 avril, jusqu'après le
rapport de deux nouveaux Commissaires Re-
présentans, est un bienfait précieux pour le
Département de Corse. Rien n'est plus pro-
pre à ramener le calme et à éteindre les di-
visions qui désolent notre Patrie. Depuis
qu'il a été décrété unanimement sur la mo-
tion de Mirabeau , à l'assemblée constituan-
te , que la Corse fait partie intégrante de la
France , ce Département n'a jamais cessé
de se conformer aux Loix de l'Assemblée
(19)
fi 2
Constituante, de rAssemblée Législative et
de la Convention Nationale. Depuis que la
République une et indivisible a été procla-
mée , mes compatriotes, amis sincères de la
Liberté, en ont pris une nouvelle énergie.
Nous osons vous assurer que le général
Paoli a propagé constamment les bons prin-
cipes. Nous pouvons donc vous assurer, Ci-
toyen Représentant, que vous n'aurez au-
cun regret d'avoir pris notre demande en con-
sidération , et que notre reconnoissance sera
sans borne. Nous sommes avec fraternité
Vos Concitoyens,
Signés FERRÀNDI, CONSTANTINI ,
Députés extraordinaires du Département de Corse.
Nn. VIII.
Conseil général du Département de Corse.
Paris, le 6 juin 17^3 l'an 2 de la République
Française, Une & Indivisible
CITOYEN PRÉSIDENT,
J'ai la consolation de vous apprendre que
la Convention nationale a rendu hier un dé-
cret par lequel elle a sursis au décret rendu
le 2 avril dernier contra 11 général Paoli et
( 20 )
le Procureur-général Syndic le Citoyen Pozzo
di Borgo, jusqu'à ce que les deux nouveaux
Commissaires, qui doivent partir incessam-
ment pour la Corse, aient pris des r.ensei-
gnemens sur les lieux mêmes, et en aient
rendu compte à la Convention nationale,
pour rapporter définitivement ce décret dé-
sastreux. La Convention nationale a déclaré
en outre que les troupes qui passent en Corse
sont pour combattre l'ennemi extérieur, de
concert avec les habitans de l'isl.e, et par-là,
nous sommes à F abri de tout reproche.
Mon collègue le citoyen Ferrandi est arri-
vé de l'armée mercredi dernier, je rai ins-
truit aussitôt des démarches que pavois faites
, et de l'état actuel des choses ; nous avons vu
ensemble le citoyen Barrere Membre du Co-
mité de salut public et rapporteur de cette
affaire, qui nous donna rendez-vous le len-
demain chez lui. Le même jour nous dinâ-
mesavec nos Députés , nous eûmes une très
longue conférence avec eux sur les affaires
de la Corse, nous éprouvâmes quelque résis-
tance de la part de quelques uns pour appuy-
er à la Convention nationale, la surséance du
décret du 2 Avril dont il s'agit ; il y eut des
pourparler de part et d'autre, enfin nous fi-
mes en sorte de calmer un peu les esprits ; et
( 21 )
B3
sans autre consultation, moi et mon collègue
le citoyen Ferrandi fîmes les démarches né-
cessaires à ce sujet.
Nous fûmes d'abord hier matin au rendez-
vous du citoyen Barrere, avec lequel nous
eûmes une petiteconférence, mais fort serrée.
Comme il étoit déjà instruit de notre deman-
de , il nous promit de faire le raport dans le
jour à la Convention nationale , pour deman-
der le sursis dudit décret, et nous assura que
le comité de salut public et les deux nou-
veaux commissaires avoient été d'accord la
veille d' acquiescer à la pétition que j'ai pré-
sentée à la Convention nationale , le 29 Mai
dernier, et dont je vous ai fait passer la copie.
En quittant le citoyen Barrere bien disposé,
nous lui dîmes que le citoyen Mirabeau en
faisant déclarer la Corse partie intégrante de
l'Empire français, lui rendit la Liberté par
ces moyens ; et qu'il lui étoit réservé la gloire
de rendre la tranquillité àla Corse, pour le bien
même de toute la République dans l'état actuel
des choses, et que les habitàns de la Corse se-
ront reconnoissans de la justice qu'il voudra
bien nous faire rendre par la Convention Nle.
Nous fûmes ensuite chez les deux nou-
veaux commissaires Bô du Département de
l'Aveïron et Antiboul du Département du
( 22 )
Var; nous les trouvâmes dans des dispositions
pacifiques et fraternelles ; ils nous déclarè-
rent que leur intention étoit de porter en
Corse la paix et la tranquilité, et non pas la
discorde ni l'esprit de parti; et que d'accord
avec les autorités constituées, ils esperoient
faire le bien du pays.
Nous les avons assurés qu'ils trouveroient
en vous des frères et amis qui seconderont
leurs vœux: c'est ce que nous vous prions
de faire, et d'agir en conséquence pour que
nos ennemis se trouvent en tout tems con-
fondus et que la honte leur reste. Nous dinons
aujourd'hui avec les deux nouveaux com-
missaires , et cette conférence, comme nous
l'espérons, sera très utile à notre patrie.
En attendant de vos nouvelles,
Je suis avec fraternité. &c.
CONSTANTIN I.
P. S. Parle Courrierprochain nous vous
enverrons ce décret en forme, eu attendant
vous en verrez le précis dans cette feuille.
Ne. IX. Conseil général du DPt. de Corse.
Paris, le 8 juin 1793, l'an a de la Rép. F. une & indiv.
CITOYEN PRÉSIDENT,
Par ma lettre du 6 de ce mois, je vous ai
( 93 )
B 4
fait part des démarches que favois faites
pour obtenir de la Convention nationale la
suspension du décret du a avril dernier. Vous
jugerez du succès par l'expédition authenti-
que du décret du 5 de ce mois, qui ordonne
de surseoir à celui du 2 avril. J'espère avoir
satisfait vos voeux quant à présent, jusqu'à ce
que les nouveaux Commissaires prennent
sur les lieux même les renseignemens néces-
saires, et en rendent compte à la Convention
nationale , pour rapporter définitivement le
décret qui cause tant de peine à notre mal-
heureuse Patrie.
Depuis votre délibération du 27 avril der-
nier, par laquelle vous m'ordonnez d'agir
en votre nom près la Convention nationale
et le Pouvoir Exécutif , je n'ai plus reçu
aucune lettre de votre part, ni mon Collè-
gue Ferrandi qui est actuellement à Paris ;
nous ignorons au juste la cause de ce silence,
cependant nous craignons que vos lettres ne
soient interceptées.
Les deux nouveaux Commissaires sont
partis hier matin en poste pour se rendre
à Toulon, et de là en Corse ; ils sont por-
teurs du décret par lequel la Convention
nationale annule celui du 2 avril; ils sont
munis d'instructions pacifiques pour rétablir
( 24 )
la tranquillité dans notre Patrie ; j'espère
que vous les seconderez par vos efforts, pour
qu'ils parviennent à éloigner la discorde,
et à réunir tous les esprits pour le bien gé-
néral: je vous conjure, mes chers Compa-
triotes , de ne rien négliger pour obtenir ces
salutaires résultats. Faites-nous l'amitié de
nous instruire de tout ce qui se passe, si
vous desirez que nous défendions les droits
sacrés de l'homme et de la justice, pour
mettre un frein et un obstacle à l'opression.
Nous avons appris hier au soir que les trois
Commissaires députés en Corse ont préféré
la voie de la rigueur à celle de la persua-
sion et de la douceur, et qu'ils ont cassé
le directoire du Département : nous tâche-
rons de découvrir la cause de ce traitement
rigoureux , et nous porterons nos plaintes
à la barre de la Convention nationale pour
vous faire rendre justice ; mais au nom de
la Patrie en danger donnez-nous des nou-
velles véritables et positives, afin d'agir en
conséquence.
En attendant cette satisfaction,
Je suis avec fraternité. &C.
Votre cher Compatriote
t' CONSTANTIN I.
n°. 1065. (25)
No. IX, Bis.
Décret de la Convention nationale du 5
juin 1793' l'an second de la République
Française.,
Qui surseoit à l'exécution, du décret d'ac-
cusation contre le Commandant et le Pro-
cureur- Général-Syndic du Département
de Corse.
La Convention nationale, après avoir en-
tendu le rapport de son Comité de salut pu-
blic , considérant qu'en envoyant dans le Dé-
partement de Corse, des forces pour combat-
tre les ennemis de la République et pour la
défense des points maritimes , elle a nommé
deux nouveaux Commissaires pour se réunir
aux trois Commissaires qui sont déjà dans ce
Département, surseoit au décret d'arresta-
tion rendu le 1 avril dernier contre le com-
mandant eri chef et le procureur - général
syndic de ce département, jusqu'après le
rapport qui sera envoyé par les nouveaux
Commissaires Antiboul et Bô , Représentans
du peuple dans l'isle de Corse.
Vérifié Par V Inspecteur ,
Signé JOSEPH BUKER J.
( 26 )
Collationné à l'original, par nous Président
et Secrétaire de la Convention nationale y
à Paris" le 6 juin 179 3 , l'an second de
la République.
MALLARME, Président,
Signés
MEAULLE, Secrétaire.
Au nom de la République , le Conseil Exé-
cutif provisoire mande et ordonne à tous les
corps Administratifs et Tribunaux, que la
présente loi ils fassent consigner dans leurs
Registres, lire, publier et afficher et exécuter
dans leur Département et ressorts respectifs,
en foi de quoi nous y avons apposé notre si-
gnature et le sceau de la République. A Pa-
ris , le sixième jour du mois de juin 1793,
l'an second de la Républiqne Française, si-
gné Dalbarade, contre-signé Gohier, et scel-
lé du sceau de la République.
Certifié conforme à l'original, signé Go-
HIER.
N. B. L'original, tiré de chez le Ministre
de la Justice, a été envoyé en Corse au Pré-
sident du Département, accompagné d'une
lettre et chargé à la poste le 8 Juin, l'an
ame. de la République Française.
( 27)
No. X.
Au Citoyen Pascal Paoli , à Corte.
Paris, le 8 juin 1793, l'an 2 delà République
Française, Une & Indivisible.
CITOYEN IT CHER COMPATRIOTE ,
Je m'empresse de vous faire part, avec une
satisfaction indicible, de la surséance du dé-
cret désastreux du 2 avril dernier, dont l'exé-
cution pouvoit être, pour notre Patrie, une
source de maux incalculables.
Ce décret a été rendu le 5 du courant,
d' après ma pétition à la barre de la Conven-
tion nationale; j'en envoie au Président du.
Département une expédition en forme, du
conseil exécutif.
Je m'applaudis, on ne peut d'avantage, du
succès de mes efforts, et je regarde le jour
où j'ai commencé à vous faire rendre jus-
tice comme le plus beau jour de ma vie. J'es-
père obtenir tout ce que vous méritez, et tout
ce que vous avez droit d'attendre aussi-tôt
après le rapport des nouveaux commissaires
Antiboult et Bô, partis hier pour se rendre
dans notre département, qui sont animés du
véritable esprit de conciliation et de frater-
( 28 )
nité, et, secondés par vous, la tranquillité
se rétablira dans notre pays.
Mon collègue, le citoyen Ferrandi, a fait,
de concert avec moi, les démarches néces-
saires auprès du comité de salut publique et
des deux nouveaux Représentans du Peuple;
soyez assuré que nous ferons tout ce qui sera
en notre pouvoir pour obtenir la justice due
à notre Patrie.
Je suis avec fraternité,
Votre cher Compatriote,
CONSTANTIN I.
No. X I.
Au citoyen Pozzo di Borgo Procureur-gé-
néral Syndic du Département de Corse,
à Corte.
Paris, ce 8 juin 1793, l'an 2 de la République
Française, Une & Indivisible.
CiTOY EN,
C'est avec bien du plaisir que je vous ap-
prends la suspension du décret du 2 avril der-
nier, lancé contre vous et le général Paoli,
par la convention nationale dont la religion
a été surprise ; elle a rendu justice à nos ré-
clamations; jusqu'à ce que les 2 nouveaux dé-
( 29 )
putés commissaires, Bô et Antiboul, qui sont
partis hier matin pour la Corse, prennent des
informations sur les lieux même de l'exacte
vérité des faits, pour en rendre compte en
suite à la convention nationale pour y faire
droit.
Depuis que le conseil général du Départe-
ment de Corse, par sa délibération du 27 avril
dernier, m'a autorisé à suivre cette affaire
près la convention nationale , conjointement
avec le citoyen Ferrandi qui est à Paris au-
jourd'hui , ou séparément. J'ai fait toutes les
démarches nécessaires pour y réussir; et en
effet, je suis parvenu à obtenir la surséance
de ce décret, dont l'exécution pouvoit faire
le malheur de la Corse.
J'espère que, de votre côté, vous seconde-
rez de tout votre pouvoir les intentions vrai-
ment pacifiques et fraternelles de ces deux
nouveaux commissaires , qui manifestent les
meilleures intentions pour l'intérêt de notre
Patrie.
En attendant de vos nouvelles , je suis avec
fraternité,
Votre Com patriote,
CONSTANTINI.
(3 o )
N°. XII. COMITÉ DU SAILUT-PUBILIC.
Paris , le n juin 1793, l'an 2 de la République.
ClTOYENS R.EP.RÉSENTANS ,
Nous n'avons pu, sans verser des larmes,
prendre hier la lecture de la lettre du 17 mai,
datée de Bastia, qui vous a été écrite parles
Représentans du Peuple et que vous nous
avez communiquée : nous avons éprouvé la
consternation la plus profonde , et notre ame'
a été déchirée par la plus vive douleur.
C'est peut-être trop tard que nous appre-
nons les malheurs qui désoient notre infor-
tunée Patrie, qui sera la victime de l'esprit
de parti et de l'ignorance la plus caractéri-
sée. Peut-être que dans cet instant, et nous
n'osons y penser sans frémir, peut-être que 1ft
sang de plusieurs milliers de Patriotes est ver-
sé injustement, sans être utile à la défense de
la République contre nos ennemis coalisés.
Citoyens Représentans , l'interception des
lettres seroit-elle l'ouvrage des commissaires
pris dans votre sein? auroient-ils voulu em-
pêcher la vérité de parvenir par notre or-
gane , aux oreilles des pères de la Patrie?
Il paroit certain qu'ils ont cherché à met-
tre à exécution , par la force, le décret du 2
Citoyen BARRERE Rapporteur,
( 31 )
avril dernier, qui a fait le malheur de la Corse,
sans se concerter avec les autorités cohs-
titués.
Les commissaires ont cherché à tout dé-
truire , à tout renouveller; et leur conduite
les met en parallèle avec les Dictateurs et les
Proconsuls. Leur acharnement contre la
Corse ne laissera peut-être bientôt plus le
choix des moyens à ses habitans. La résis-
tance à l'oppression , qui émane de la Dé-
claration des Droits, deviendra peut-être in-
dispensable.
C'est à vous, Ce. Représentans, qu'il ap-
partient de prévenir les malheurs qui peuvent
en être le résultat : nous vous demandons de
sauver la Corse, partie intégrante de la Ré-
publique Française.
A cet effet, rappellez vos trois premiers
commissaires, et que les citoyens Bô et An-
tiboul, que vous avez envoyés dernièrement,
deviennent les pacificateurs d'un départe-
ment qui les verra avec fraternité quand ils
se présenteront en frères.
Ils seront bien-tôt persuadés que tous les
Corses veulent vivre Français , libres, ou
mourir pour la défense de la République une
et indivisible. Par ces moyens salutaires vous
éviterez l'effusion du sang, et vous unirez
( 32 )
plus que jamais la Corse à la République
Française : sa tranquillité et son bonheur de-
viendront votre ouvrage.
Nous sommes avec fraternité,
Vos Concitoyens,
signés FERRANDI CONSTANTINI
Députés extraordinaires du Département de Corse.
Tour copie conforme à l'original , remise au
Député Barrère.
CONSTANTIN I.
N°. XII. Bis.
Au Comité de Salut public.
Nous ne pouvons nous empêcher de croire
que l'arrêté des commissaires de la conven-
tion nationale en Corse , ne soit exagéré.
N'ayant pas reçu ni les pièces justificatives ,
ni aucune lettre officielle ou particulière de
Corse , il est à supposer que toute correspon-
dance avec nous est interceptée par les com-
missaires ; nous sommes cependant certains
que les autorités constituées et les sociétés
populaires ont applaudi à la conduite de rAd.
ministration supérieure , et témoigné la plus
haute indignation contre les calomniateurs
du peuple Corse et du citoyen Paoli, comme
l'on
( 33 )
c
l'on peut s'en convaincre par les adresses
envoyées à l'Administration supérieure de
Corse et aux Clubs de Toulon et de Marseil-
le. Un peuple qui ne se lève contre L'oppres-
sion n'est pas digne d'être Républicain
Francais. Il y a deux époques à bien distin-
guer: celle où le peuple Corse se trouvoit
avant le décrèt du 2 avril, lancé sur des dé-
nonciations vagues et insuffisantes , et celle
où il s'est trouvé après l'arrivée du décret.
Parlant de cette première époque, le Ci-
toyen Salicetti dans sa lettre du 16 avril
dit : ce Les commissaires ont été reçus par
cc les Corses d'une manière bien digne de
ce la Convention Nationale, et propre à dis-
cc siper toutes les inquiétudes qu'on auroit
<c pu concevoir sur leur sincère amitié pour
cc leurs frères du continent; et parlant du
et citoyen Paoli , il s'offrit à venir à Bastia y
cc se concerter avec la commission pour tout
cc ce qui peut intéresser le bien de la Corse
ce et donna ses ordres à tous les c mruan-
cc dans de places de se prêter à leurs requi-
ce sitions. Cette conduite nous faisoit présa-
cc gof le plus heureux succès, lorsque le dé-
cc crét fatal du 2 avril ect. ect. (Lettres de&
27 et u8 avril. ) Sans ce décret .( du 2 avril )
le tout étoit arrangé , et les affaires auroient
( 34 )
été très bien ; mais maintenant tout est en
désordre.
Nous voilà à la seconde époque. On ne
dira pas que le mouvement général, produit
en Corse par ce décrét, ait été contrerévolu-
ïionnaire : c'est un mouvement d'insurrec-
tion causé par l'indignation de voir que la
cabale des malveillans avoit réussi à surpren-
dre à la Convention une mesure si sévère ,
et flétrissante contre un citoyen dont l'atta-
chement à l'Egalité , à la Liberté , et à l'indi-
visibilité de la République , a autant de té-
moins qu'il y a en Corse de municipalités,
de cantons , de districts et d'individus, ex-
cepté quelques mal veillans soulevés contre
lui, contre l'Administration et contre le bien
public.
Il se peut que quelques malveillans ayent
abattu l' arbre de la Liberté; mais le fait
étant arrivé dans un lieu bien éloigné de la
résidence du directoire du Département et
de Paoli, pourroit-on l'imputer à Paoli, au
Département et au peuple Corse ? Que les
auteurs soient punis de cet excès, mais qu'on
n'en conclue pas que le peuple Corse est dans
la Révolte.
On ne doit .non plus s'étonner, les Corses
étant divisés en différens partis, quoique
( 35 )
C2
tous Républicains, si quelques uns ont saisi
cette occasion de tumulte , pour satisfaire
des vengeances particulières.
Quant à l'argent que l'administration a re-
fusé d'envoyer à Basli L envoi n' tOit presque
pas praticable ; attendu que ks prêtres et les
moines arriérés de six mois, autoient excité
un trouble général en voyant transférer leur
subsistance du centre de la Corse à la circon-
férence.
Dépourvus de pièces justificatives, comme
nous venons de l'annoncer, il est bien malheu-
reux pournous de nepouvoirdonner au comité
de salut public des renseignemens plus conso-
lans ; mais fondés sur le civisme des corps
administratifs, du citoyen Paoli, et de tous
les Corses, nous regardons , comme une me-
sure de sagesse et un b'enfait singulier, le
sursis au décrèt du 2 Avril que le comité de
Salut public a projetté, et que la Convention a
adopté: les effets n'en peuvent être que
salutaires.
Nous avions toute confiance dans les com-
missaires qui sont en Corse , et nous l'avons
en ceux que vous y avez dernièrement en-
voyés. Mais qu il nous soit permis de vous
observer que les premiers, préocupés à Tou-
lon contre l'administration et contre Paoli,
( 36 )
par son ennemi et dénonciateur Arena, ar-
rivés avec lui à Bastia, et aussitôt entourés
par le parti de Casabianca, qui, pour échap-
per au ressentiment du peuple , s'enfuit dans
cette Ville , ils ne pouvoient inspirer au peu-
ple cette confiance si nécessaire pour calmer
les esprits et rétablir le bon ordre.
Outre cela les liaisons très connues du Ci-
toyen Saliceti avec le parti Casabianca ,
n'ont pas peu contribué à le rendre moins
utile qu'il n'auroit été dans sa commission ,
s'il eût été dépouillé de toute passion de
parti. On pourroit aussi soupçonner que l'ar-
rêté des Commissaires , fait sous l'im pres-
sion de relations des mal veillans , n'est pas
tout-à-fait fondé sur des faits ; et qu'une
mesure aussi éclatante que celle de desti-
tuer une Administration supérieure , a été
au moins trop précipitée.
Par tout ce que nous venons de dire, il
est évident que le ressentiment du Peuple
Corse à Corte , n'a pas eu le caractère d'une
révolte , mais celui d'une résistance à l'op-
pression , qui émane de la Déclaration des
Droits.
C'est par les prières de Paoli que ce ras-
semblement s'est dissout , et c'est par son
opposition que quelques paysans égarés ont
(37)
C 3
cessé de forcer des Citoyens à quitter la co-
carde nationale. ( Lettre de Saliceti du 27
avril. ) On ne sauroit, d'une telle conduite ,
déduire les intentions qu'on lui prête de
détacher la Corse de la France , et ses pré-
tendues intelligences avec les Anglais. C'est
le topique de ses détracteurs , trop injurieux
au républicanisme de ce Citoyen , et trop
contraire à ses grands principes et à sa mo-
rale. Mais si, contre toute vraisemblance ,
il étoit capable d'une telle trahison , nous
sommes bien sûrs que le Peuple Corse sau-
roit l'en punir ; et , en notre particulier ,
nous le regarderions comme un ennemi
public.
Il est arrivé malheureusement dans plu-
sieurs Départemens de la France , et bien
récemment, que le Peuple s'est trouvé dans
la nécessité de se lever contre des anarchis-
tes et des oppresseurs. Les Commissaires
n'y ont pas même trouvé ce respect qui est
dû à leur caractère ; la Convention nationale
a adopté dans sa sagesse des mesures de dou-
ceur: nous espérons que ne s éloignant pas
à l'égard des Corses , des principes sacrés
de l'ègalité, elle voudra bien faire usage des
moyens les plus doux pour établir la paix
et le bon ordre dans notre Département,
(38)
où le serthent de vivre libres ou mourir n'a
été, ni ne sera jamais vio é.
Signés F^RRAKDI, CONSTANTINI ,
Députés Extraordinaires du Département de Corse. -
Pour copie conforme à l'original, remis au
citoyen Barràre rapporteur et membre du
Contité de Salut Public. Le 11 juin 1793,
l'an. 2me. de la Répe. Fe. Une et indiv.
CONSTANTIN I.
No. XIII..
Citoyen Garat > Ministre de l'Intérieur.
Paris, ce 14 juin 1793, l'an 2 de la République
Française, une et Indivisible.
CITOYEN MINIqTRE,
Nous venons d'apprendre avec autant depeî-
ne que de surprise que vous êtes dans l'inten-
tion d'envoyer un missionaire dans le Dépar-
tement de Corse, et que vous avez fixé votre
choix sur Buonaroti de Toscane.
Les Corses n'ont pas besoin de leçon pour
chérir la liberté et le ré pu blicanisme : ils ne
pourront entendre favorablement la voix d'un
homme qui a occasioné la révolte à Bastia
en 1791 par ses discours et ses écrits; il fut
arrrété et transporté sur les cctes de Toscane.
à s'étoitentièrement dévoué à l'esprit de parti
( 39 )
C4
en se déclarant avec acharnement l'ennemi
du Général Paoli. D'après cette conduite,
quelle paix, quelle tranquillité pouvez vous
croire que Buonaroti soit dans le cas de pro-
curer à la Corse? Il ne peut qu'aigrir les esprits
qui ne sont que trop agités dans l'état actuel
des choses : en conséquence nous vous prions
instamment de vouloir bien retirer cette com-
mission, si elle lui a déjà été accordée, et
de l'employer ailleurs si vous le jugez conve-
nable. Il seroit impolitique et dangereux de
lui donner aucune mission pour la Corse.
Nous vous demandons acte de ces observa-
tions pour tout ce qui pourroit arriver de
sinistre dans notre pays , par le fait d'un hom-
me qui n'a et ne peut avoir la confiance de
nos compatriotes. Nous sommes etc. (*)
signés FERRANDI, CONSTANTINI ,
Députés extraordinaires du Département de Corse.
No. XIV.
Paris le 16 juin 1793, l'an 2 de la Re. Fe. Une & Indiv.
Société des amis de la Liberté et de l'Égalité
séante aux Jacobins.
CITOYEN PRÉSIDENT,
Comme la Société a accordé la parole à
(*) Cette lettre est restée sans réponse , & l'on m'as-
sure que Buonaroti a été employé en Corse avec 6000 1.
d'appointement.
( 40 )
un étranger qui n'en a fait usage que pour
dénigrer la Corse, il est de mon devoir, en
qualité de Député extraordinaire du Dépar-
tement, de prouver la fausseté de ses asser--
tions calomnieuses, je vous prie donc , Ci-
toyen Président, de faire donner lecture à
la Société des Jacobins de la lettre ci-jointe
et de l'adresse de la Société populaire d'A-
jacio, où les vrais principes de la Liberté
sont consacrés. Nous sommes. etc.
Signés FERnANDI, CONSTANTINI,
Députés extraordinaires du Département de Corse.
No. XIV. Bis.
Société des Amis de la Liberté et de l' Égalité
séante aux Jacobins.
Paris , 16 juin 1793, l'an 2 de la R. F. Une & Indiv.
CITOYEN PRÉSIDENT,
Comme tout ce qui tient à la Cause de la
liberté vous intéresse, j'envoie à la Société
des Jacobins, un exemplaire en Italien , avec
une copie de la traduction de l'adresse pro-
noncée par une Députation de la Société des
Amis incorruptibles de la Liberté et de l'E-
galité d'Ajaccio, dans la séance du Directoire
du Département de Corse le 8 Avril dernier.
Vous y trouverez, citoyen, l'expression fi-
( 4i )
de le des sentimens des Corses , qui sont dans
la ferme résolution de ne jamais cesser d'être
Français, Libres et Républicains, amis sin-
céres des bons principes que vous propagez
avec tant de succès ; l'unité et l'indivisibilité
de la République seront toujours leur Rous- r
solle.
Les maux affreux qui désolent notre Patrie
et qui la déchirent, ne proviennent que de
la malveillance et des manœuvres sélérates
des agens mercenaires des ennemis coali-
sés pour anéantir la République et ouvrir un
Tombeau à la liberté.
Permettez nous de vous o bserver , citoyen
^Président, qu'une société qui a si bien mé-
ïiié de la patrie , n'a pas été assez en garde ,
pour ne laisser glisser dans son sein des
aristocrates et, ce qui est encore pis , des
émissaires des despotes: il est à croire que
Buonaroti de Toscane est un de cette classé.
Vous lui avez accordé la parole, après bien
des sollicitations de sa part : il s'est déchainé
contre Paoli et contre l'Administration supé-
rieure des Corses , il a insisté sur la mesure
de déclarer l'un et l'autre hors de la Loi.
Ce n'est pas pour défendre ni Paoli, ni
l'Administration , citoyen président , que
nous nous adressons à vous ; les Sociétés
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Populaires de Corse r ont fait avant nous :
elles ont regardé le décret du 2 Avril contre
ce Général comme l'effet de la plus infâme
des calomnies : le mouvement général pro-
duit en Corse par ce décrèt et toutes ses sui-
tes , on pourroit les regarder comme une
résistance à l'oppression.
Mais , revenant à l'orateur Buonaroti , il
faut que vous et tous les vrais Jacobins sa-
chent que cet homme turbulent et qui fait
profession d'athéisme fut une des causes
principales de l'insurrection de Bastia en
1791 ; quelques citoyens de cette Ville lui
sauvèrent la vie ; mais ils ne purent empêcher
qu'il ne fut conduit la corde au cou sur une
barque, et jetté sur les côtes de Toscane,
avec l'extérieur des sans culottes. Il revint en
Corse , où il fit sa cour à Paoli et lui prodigua
les éloges qui sont réservés aux héros. Frustré
de l'es pérance d'être son sécrêtaire, il vint
le dénoncer au Club de Marseille , et depuis
au vôtre.
Par la teneur de son discours, on voit clai-
rement que son but est de vous persuader des
mesures propres à allumer en Corse la Guer-
re civile: le Grand Duc de Toscane, son
maître 3 pourroit en tirer un grand parti : c'est
depuis long-tema que la maison d'Autriche
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regarde la Corse comme une possession très-
convenable à la Toscane ; c'est le seul agran-
dissement auquel ce prince peut aspirer.
Léopokl , père du présent Duc, accorda azi-
le et protection au parti de Paoli , qui se
réfugia en Toscane, au tems de la conquête
de la Corse. L'Empereur, notre plus cruel
ennemi, pourroit bien profiter des circons-
tances , pour agrandir son frère ; Buonaro-
ti en seroit bien récompensé. Nous ne rê-
vons pas , nous vous disons des choses qui
pourroient se ré. lisfr, au cas qu'on portât
les Corses , par des mesures trop sévères, au
désespoir.
La Corse à la Toscane, c'est comme si
elle étoit à 1 Angleterre: la première en ti-
reroit de grandes ressources pécuniaires,
vendant aux Anglais les bois de construction ;
et les avantages politiques des derniers se-
roient presqu'incalculables. Défiez - vous,
citoyen Président, défiez-vous, Jacobins,
qui êtes le plus grand soutien de la Répu-
blique, de ces émissaires étrangers, qui,
sous le voile d'un patriotisme adopté, sont
les plus cruels ennemis de la France; ne
souffrez-plus que des suppôts des despotes
viennent souiller de leur présence le temple
de la Liberté. Nous vous prions de faire le