LA CUISINE DES ANGES

LA CUISINE DES ANGES

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...oups..! en guise de p'tit'dej....
Avec toute ma sympathie
Calme et Droit jusqu'au bout

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Ajouté le 05 octobre 2014
Nombre de lectures 281
Langue Français
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À la veille de Noël, alors qu'ils attendent un bateau pour quitter l'île du Diable où se trouve le bagne dont ils viennent de s'évader, trois bagnards (Humphrey Bogart, faussaire en écriture ; Peter Ustinov, cambrioleur aux doigts magiques et Aldo Ray accompagné d' Adolphe son serpent), trouvent refuge dans une famille de commerçants, les Ducotel, à laquelle ils rendent de petits services.
Je n'ai pu résister à l'envie de donner à mon article le titre de ce film culte. Il n'y a aucune similitude à part peut être l'ambiance cinéma. Et cette ambiance cinéma commence franchement à me gonfler lorsque j'entends parler de cuisine à la mode ''aventure''
Tout au long de cette année, les chaînes télé nous ont rabattu les oreilles avec des programmes mettant en scène des hommes et des femmes, lambdas comme vous et moi, mais baignant dans le jus de battle en kitchen.. C'est à celui qui sera le meilleur chef, le meilleur pâtissier, le meilleur « cauchemar en cuisine » quant à nous, nous restons « bouche bée » devant ce qui est un cauchemar dans la vie de tous les jours. Soit dit en passant, c'est vous mesdames qui êtes la cible de ces pervers et pour un peu avec le respect que je vous témoigne, je ne serais pas surpris que débarque une nouvelle émission style : ''Indécentes voisines remis au goût du jour façon « j'ai surpris ma voisine en train de cuisiner ''
Ces émissions vous en mettent plein la vue et n'ont que pour seul but, faire monter la pression, la honte, le rouge aux joues parce que vous ne seriez pas fichu de réaliser un gaspacho de melon et de concombre à la brousse. Simple non ? Imaginez :
-Ce soir, j'ai invité un collègue avec son amie... Il est corse et adore la cuisine de son pays...(?). Je lui ai dit que tu étais championne du monde...!.
L'homme de votre vie ( si vous êtes une femme, œuf corse !) arrive du boulot, il a, comme d'habitude passé une matinée de ouf.... Les clients... Des emmerdeurs...T'as de la chance, toi, de rester à la maison....
- Je boirais bien un petit coup moi !. Tu ne me servirais par une bière?" Dit-il affalé sur le canapé -j'ai vu à la télé une recette de soupe deÀ ce propos, melon glacé avec du concombre et du fromage corse...
« Eh ! Mon chéri, prend ton cul à poignées, il ne te reste que quarante-cinq minutes pour baffrer en vitesse, t'es pas au resto mon Paulo ! »
Reprenant votre calme légendaire, celui qui vous fait une si bonne réputation, vous avalez votre énergie dévastatrice. A cet instant une légère fumée bleuâtre s'échappe de votre chevelure, les méninges tournent à plein régime, va y' avoir surchauffe c'est certain :« Ce soir, ? Corse ? Repas original ? Je peux passer mon tour... Joker ? ».
Le brousse, ce fameux fromage made- in île de beauté... Je le trouve où ? Et le concombre, tu sais où tu peux te le mettre ?
Votre mari chéri, après avoir ingurgité la dernière lampée de bière, éructe en disant : -tu sais quoi ? Sa copine est indienne, vachement bonne, à mourir de rire... Tu pourrais peut-être faire un plat hindou ?
Comme il est pressé d'aller retrouver ses potes en claquant la porte, il vous a semblé entendre : -Elle est végétarienne!
Ah le con ! Moi aussi j'ai eu une matinée de merde, le petit est arrivé en retard à l'école, le banquier m'a encore sollicitée, ta mère m'a tenu la jambe pendant point d'heure et j'ai fait une rayure à TA voiture !! ... Végétarienne ! Elle ne peut pas manger du porc comme tout le monde ?
C'est décidé je vais lui préparer un Aloo Shimla mirch, c'est si simple !! Et puis il ne me reste que quatre heures pour faire les courses, terminer le ménage, récupérer les analyses du petit, boire le kawa avec ma copine et préparer le repas de ce soir....au secours !
...Ce soir ce sera « pizza du coin d' la rue » nougat glacé et c'est marre ...Réservation à l'hôtel du cul-tourné.
En gros, voilà à quoi ressemble la plus part des journées d'une épouse et bonne ménagère.
Quel casse-tête que d'établir les menus pour les 365 jours prochains, sans compter que madame doit éviter les doublons, les comparaisons avec les repas chez « les copains et la famille. »
Chez les Gens du Voyage le repas est différent de ce que vous pratiquez. Un des groupes qui m'a le plus intrigué m'a fait découvrir que le temps n'était pas assassin. Ces Manouches circulaient il y a 10 ans avec des verdines, caravanes tirées par des chevaux. Des groupes électrogènes alimentaient le soir les télés et des ordinateurs. Tous les plats, sans exception étaient préparés sur un feu de bois ou de charbon de bois. Le ragoût régnait en maître au sein de la cuisine ancestrale. Pourquoi ? Par facilité et tradition. Ce fameux plat est composé de viandes diverses et variées, quelques fois avariées ( pardon pour ce jeu de mot facile ), de légumes et d'épices. Pourquoi les épices ? Parce que leurs goûts masquaient l'odeur forte des viandes .....Entre autre. Les hommes partaient chiner dés le matin et revenaient dans la soirée, sautant le repas du midi. Le feu allumé dés le matin pour la préparation du café, était entretenu par les femmes et servait à faire mijoter jusqu'au soir le fameux ragoût.
Les plats fristouillaient durant de longues heures sur des grilles ou dans des chaudrons de fonte comme à l'ancien temps ainsi qu'ils apparaissent sur les cartes postales. Les aliments cuits ainsi pendant la journée se transformaient en purée, pratique pour les enfants et femmes qui n'avaient pas encore ou plus de dents et pour ceux qui par manque d'hygiène ne pouvaient prétendre à croquer les viandes grillées les « sans dents » existaient déjà !... Sacré François.
Seules les femmes avaient accès à cette fonction. Lors des périodes de menstruation, la femme devenait impure aux yeux de toute la compagnie, prenant ses repas à part avec une vaisselle qui était réservée à cet épisode Les membres de sa famille directe allaient manger dans d'autres familles. J'ai connu des filles qui « se débrouillaient » pour avoir leurs règles de façon un peu trop répétitives, car durant ce temps « on leur foutait la paix » !
J'ai fréquenté ces « culs de chaudron noircis » qui accueillaient les préparations culinaires, mais aussi des plantes utiles à remédier aux maux des membres de la famille.
Le soir, tout autour du feu, chacun faisait son rapport sur ce qu'il avait fait dans la journée et surtout sur ce qu'il avait vu lors de sa tournée. Puis les familles regagnaient leur roulotte pour s'abrutir devant les épisodes des aventures des gadgés. Dieu que c'est triste.
Mais revenons à nos moutons comme le disait le baron Rothschild.
Les dés sont pipés dans cette aventure moderne qu'est notre vie. Les hommes, je veux dire ceux qui sont supposés porter à bout de bras le destin d'une famille, se mettent eux aussi à tripoter le manche des poêles à frire, à susurrer des mots d'encouragement à cette putain de mayonnaise qui ne veut pas monter pour les conduire au septième ciel, à caresser d'une main ferme le dos d'une lotte pour lever des filets, affirmant que le fait de fourrer une dinde n'est pas réserver qu'aux mâles et qu'il est terriblement craquant d'enlever les pelures des oignons à tel point qu'ils en pleurent..... Déshabillez-moi, pas trop vite...
Il y a dans notre couple des rôles qui se sont imposés par eux même, comme le fait de choisir les vins ( après les avoir goûtés ), d'opter pour une cuisson saine ( huile d'olive, graisse de canard) de bannir les emmerdeurs à notre table et d'apprendre à mes petits enfants comment souffler dans une paille pour faire des bulles qui feront froncer les sourcils de leurs parents... (Ah ben, c'est encore ton Papou qui te fait faire des conneries ! ). Nous sommes donc une famille normale.
Je commence à avoir de la bouteille et la jeunette qui drive ma santé depuis prés de 40 ans, ne se plaint pas du fait d'avoir été et d'être restée la patronne en cuisine. Et pourtant, la vie du Voyage est dure et compliquée quand on veut bien manger.
J'apporte ici un témoignage pris sur le vif de ce qui se trame dés que j'ai le dos tourné.
Il va y avoir de la découpe, des coups de couteau, du dépeçage bref de la basse besogne. Je n'ai pu vous rapporter les paroles de notre'' maîtresse es cuisine '' car, autant vous l'avouer en cuisine, je lui casse les pieds et ne suis pas le bien venu.... Donc exit le perturbateur !.... Dehors, les Romanos !
Lors de cette aventure, les différentes étapes de la réalisation de la recette vous seront décrites avec des mots simples, compréhensibles par l'ensemble des gens normaux.
Ce « manger », c'est du quotidien, cela n'enlève en rien à l'exceptionnelle qualité de vie que cela me procure tant sur la diversité des plats consommés que sur la qualité des produits dont la préparatrice se sert.
La cuisinière qui a accepté de se prêter à cet exercice et par la même occasion de nous prêter ses mains n'est autre que CATiNOU.
Elle m'a pris pour un dingue quand je lui ai déclaré mon intention d'effectuer ce food moovie.
Tout au long de sa vie, avec ou sans soleil dans le cœur, elle a été en charge de bien nourrir le petit mari pour ne pas qu'il se débine. ( c'est une image ) Pas question de transmettre la morosité ambiante dans le plat préparé qui servira tout à l'heure à réchauffer l'âme et le cœur de son homme. Le moment du repas doit rester une communion pas un « brain -storming » et surtout pas l'heure des règlements de comptes. Pour bien manger il faut commencer à le faire avec les yeux et avec les oreilles !
Saviez-vous pourquoi dans les réfectoires occupés par les moines, un lecteur lisait à voix haute des textes alors que le repas devait se passer dans un silence..religieux ? La mastication consciencieuse aidait à faire pénétrer dans le cerveau les paroles prononcées. D’où l'importance 'avoir une attitude de sérénité lors des débats « assiette-estomac ».
Le seul et unique ingrédient que je lui ai vu mettre dans tous ses plats durant nos 40 ans de vie commune a été : l'Amour de procurer du plaisir.
Mais comme il faut rendre à Catinou ce qui appartient à son César de mari, j'annoncerai bécif ( ne cherchez pas, c'est de l'argot ) que cet ingrédient c'est moi qui l'ai planté.
Chez nous, pas de cinéma rien que le poids des mots et le choc des photos.
Roulements de tambour
Sous vos yeux, CATINOU va vous préparer des sardines farcies.
Les sardines fraîches, sont nettoyées à l'eau claire , grattées à l'aide d'un couteau pour enlever les écailles. Décapitées et vidés, deux filets sont prélevés. Elles proviennent de la pêche de la nuit, nous vivons en Camargue.
Où est la cuisine hight-tech ? Le matériel de barge offert par les sponsors ? Où sont passées les petites mains qui se tapent tout le sale boulot ? Pas de poudre aux yeux, de la réalité. Je vous assure que la cuisine est quand même plus grande que la caravane que nous venons de quitter.
Sardines farcies vous ai-je annoncé ? : sans problème, fait entrer la farce.
Dans une jatte en terre, CATINOU a réalisé une pommade de persil frais et d'ail rose. Finement ciselé dans un premier temps, mélangée puis écrasée au pilon en bois d'olivier cette farce servira à vous enflammer la gueule ( il n'y a rien de vulgaire ni de péjoratif dans cette expression )
Les filets des sardines sont étalés sur une plaque, la farce est placée en leur milieu puis ils seront roulés dans la farine (c'est une habitude en politique ) pour être déposés sagement dans un plat en inox. Pourquoi en inox ? ... Ben, elle n'avait pas autre chose !
Sur la gazinière, une poêle à frire attend le coup de starter pour donner le meilleur d'elle-même... L'huile d'olive de très bonne qualité attend-elle aussi les baigneuses. L'heure du bain approche, une par une les sardines sont enrobées de farine, puis roulées de telles façons pour que la queue empêche de se délier. Délicatement, CATINOU plonge un à un ces rouleaux de sardines dans l'huile très chaude, juste le temps de les saisir.
Ramenées à la dure réalité de l'événement, elles sont ensuite épongées pour préserver l'état de nos artères, qui après tant d'années est excellent. Merci de vous être inquiétés pour nous.
Premières constatations des experts entre amis.
C'est du concret : - sardines fraîches qui ne se conservent pas très longtemps - odeurs caractéristiques de ces petites bêtes - l'huile chaude sur le feu - l'ail, le persil à éplucher puis à « travailler en pommade » - le mari dans les pattes - le téléphone qui sonne : maman, je ne sais pas quoi faire à manger à mon mari, donne-moi vite une idée Question subsidiaire posée à la va vite sans attendre la réponse : ''tu ne boirais pas un petit coup ?' Pas de cinéma, je vous avais bien prévenu.
«Le temps qui vous est imparti est achevé, sans plus attendre remettez nous vos copies !». Cela ne vous rappelle rien ?. Zut, j'ai oublié de saler, ai-je mis assez de farces...etc. . Le jugement arrive, vous, la maîtresse de maison, vous êtes pleinement consciente du travail effectué pour satisfaire votre mari et ses invités.
Pour les hommes : «Cessez le tir, l'arme au repos, le canon dirigé vers le sol, au résultat ».
C'est du kif (ne cherchez pas, c'est de l'argot ) on jugera l'arbre à ses fruits nous apprend-on dans the Book. Et ce bébé qui vient de naître, de qui est-il le portrait ?
C'est la même rengaine, le vin est tiré, il faut y croire pour le boire !
L'heure fatidique est là, grave, précise et sans ménagement, la maîtresse de maison balance : - c'est moi qui l'ai fait ! .
Si ce n'est pas la franche réussite, le joyeux drille qui plombe vos soirées et nuits depuis plus de 20 ans prononcera le cessez-le Feu : -oui, mais c'est du rapide et puis vous allez voir, j'ai ramené un de ces fromages... Vous m'en direz des nouvelles.
Ah le con il faut toujours qu'il tire la nappe à soit (nous sommes à table ! ) Tous vos efforts sont réduits à néant... Les sardines ont coulé votre réputation. Si votre plat est réussi, il va pérorer, se dandiner sur sa chaise... Ah le con ! Oui, c'est le même et en quelques lignes, il n'a pas pu changer :
-Et puis pour la farce,oui, mais, je connais le poissonnier, c'est un copain... c'est moi qu ai épluché les ails et le persil !!..
C'est vrai que votre mari est un sacré farceur. Pendant que les délicates sardines fristouillent dans leur bain, CATINOU en un coup de « nez magique » à l'instar de « ma sorcière bien-aimée » débarrasse la petite table, range les ustensiles inutiles dans le lave- vaisselle, teste la température d'un rosé du mas de Gourgonnier. Il est en accord parfait avec ce plat méditerranéen et ses origines des Alpilles. Fruité, charpenté, vin de terroir ... Bon à boire. De plus, il sera un véritable trait d'union entre ces deux recettes de la mer.
En entrée, des anchois frais marinés nous sont proposés par notre hôtesse.
Les petits anchois sont nettoyés au couteau fin, décapités et vidés.' Ils barboteront dans une marinade composée d'huile d'excellente qualité avec de l'ail rosé, du persil du jardin et un jus de citron. Le sel et le poivre sont aussi d'incomparables compagnons de table.
Un croûton de pain ou un quignon frotté à l'ail, puis discrètement nappé d'une vraie sauce tomate, servira de présentoir à ces filets d'anchois toujours en entrée, à l'apéro avec rosé frais ou voir pire encore, pastis. ( pan con tomate ) Voilà, je ne suis pas un pro de la Com. (Comme ils disent dans les milieux autorisés à le dire...oui mais autorisé par qui ?...Il va falloir que j'écrive un truc la dessus.)
Ces recettes, qu'à longueur de vie nos femmes nous préparent avec l'amour comme fond de sauce, elles sont sans chichis, sans trucs, sans malice, mais réalisées avec passion. Je sais, l'éducation que nous ont donnée nos parents, fait que l'homme est le Chef de famille mais la femme reste le Chef en cuisine et je dirai même plus « LA chef ».
Nous avons eu différents approches de l'univers de la cuisine. À notre rencontre, pendant notre vie de jeune couple, puis en compagnie de tziganes, Gitans et nomades avec lesquels nous avons découvert une autre cuisine.
Avec l'audace, nous avons tenté l'aventure du camion ambulant, du restaurant dans un camping, mais jamais au grand jamais le but de faire plaisir à « l'autre » n'a été déclaré absent sans motifs. La passion voilà ce qui a toujours guidé la faiseuse de bon manger. Et par malice, CATINOU vient de préparer une pâte à beignets, très légère dans laquelle des fleurs de courgettes vont se transformer en succulents beignets. J'avais envie de vous faire partager de l'instantané, du vrai, du vécu, du manger de tous les jours. Dans notre famille et dans la vie que nous vivons, les prévisions sont à mettre au rang des inventions inutiles.
Nous ne savons jamais combien de yeux vont loucher sur le plat préparé par la maîtresse de cuisine, combien de doigts vont tremper dans les préparations pour goutter mais une chose est certaine, c'est qu'il n'en restera pas pour le repas du soir!