Coup d

Coup d'oeil sur l'esprit public du midi de la France, depuis la première restauration ; suivi d'un aperçu rapide sur les moyens propres à améliorer son état actuel , par M***

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126 pages

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Plancher (Paris). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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Ajouté le 01 janvier 1818
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Langue Français
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COUP-D'OEIL
SUR
L'ESPRIT PUBLIC
DU MIDI DE LA FRANCE,
DEPUIS LA PREMIÈRE RESTAURATION.
COUP-D'OEIL
SUR
L'ESPRIT PUBLIC
DU MIDI DE LA FRANCE,
DEPUIS LA PREMIÈRE RESTAURATION;
Suivi d'un Aperçu rapide sur les MOYENS.
propres à améliorer son état actuel ;
PAR M. ***.
Vires acquirit eundo.
VIRG.
PARIS,
Chez PLANCHER, Editeur des OEUVRES DE VOLTAIRE , in-12,
et du MANUEL DES BRAVES , rue Poupée , n°. 7.
1818.
AVANT-PROPOS.
L'ESPRIT public du Midi de la France,
considéré depuis la première restauration
jusqu'à nos jours, est un sujet des plus
intéressans à étudier dans l'état actuel des
choses. Il est encore fort peu connu
malgré cette foule d'écrits qui traitent des
matières politiques, et qui se succèdent
aujourd'hui avec une rapidité sans exem-
ple. Les événemens qui se sont passés
depuis la première restauration , et ceux
même antérieurs à cette époque, ont
produit dans l'esprit public du Midi des
impressions plus fortes, des effets plus
saillans que dans celui des autres parties
de la France. Il en est résulté que sa
VI AVANT-PROPOS.
physionomie politique, si je puis parler
ainsi, se trouve plus expressive , et par
conséquent plus intéressante et plus utile
à connaître.
C'est dans le midi de la France que l'on
a vu, plus manifestement que partout ail-
leurs , les effets de la haine du despotisme
de Bonaparte , l'animosité et l'esprit de
vengeance du peuple contre ses partisans
et contre cette malheureuse armée dont le
courage n'avait servi qu'aux projets de
l'ambition ; c'est dans le Midi qu'ont
éclaté les élans les plus vifs qu'inspira aux
Français le retour de la famille royale ;
c'est dans le Midi que se forma dans quel-
ques jours cette armée qui, sous les or-
dres du duc d'Angoulême, voulut arrê-
ter les progrès de l'usurpation , et osa
affronter des soldats vieillis dans la guerre ;
enfin , c'est dans le Midi , sur-tout, que
AVANT-PROPOS. Vij
se sont manifestés des mouvemens tumul-
tueux et révolutionnaires, qui furent
dictés, d'une part, par un ressentiment
aveugle , de l'autre, par les perfides ins-
tigations d'un parti qui ne demandait que
ce même despotisme, la veille anéanti ,
mais sous des couleurs différentes.
Ces divers événemens ne pouvaient
manquer d'imprimer des caractères pro-
nonces à l'esprit du pays qui en était té-
moin, et de lui mériter une attention
particulière.
On rassemble, il est vrai, aujour-
d'hui , avec empressement , les divers
faits qui se rapportent aux événemens
politiques qui se sont passés dans le
Midi ; mais ces collections de faits
qui, sans doute, seront utiles à l'his-
toire, sont bien loin de donner une
idée exacte des causes qui les ont pro-
Viij AVANT-PROPOS.
duits. Il est facile de se convaincre que
c'est plutôt dans l'intérêt de quelques
passions ou de quelques idées systéma-
tiques qu'elles sont faites, que dans l'in-
tention de faire connaître la vérité elle-
même : aussi, rarement elles servent à
éclairer sur l'état réel de l'esprit public
à l'époque des événemens dont elles nous
entretiennent.
Mon objet n'est point d'entrer dans
des détails touchant ces divers événe-
mens ; ils appartiennent à l'histoire , et
exigeraient des informations et des re-
cherches que je n'ai pu entreprendre
et que le temps seul peut souvent nous
épargner. Ce que j'ai vu ou que j'ai ap-
pris sur les lieux où se sont passés ces
divers événemens, m'a mis à même de
connaître leur véritable caractère et d'ap-
précier l'état positif de l'esprit public du
AVANT-PROPOS. IX
Midi aux époques où ils ont eu lieu.
C'est aussi le tableau de l'esprit de cette
partie de la France à ces diverses épo-
ques, que je me propose de crayonner
d'une manière rapide. Si je le fais avec
exactitude et vérité, si je le présente,
dis-je, avec ses véritables traits et avec
les nuances passagères que les circons-
tances extérieures lui imprimaient, je
donnerai le moyen de saisir le véritable
caractère des événemens qui sont déjà
connus, d'en expliquer l'origine, et je
fournirai un cadre dans lequel iront se
placer naturellement ceux que le temps
nous fera connaître dans la suite.
Lorsque je parle de l'esprit public du
midi de la France, je veux désigner
spécialement celui des départemens qui
formaient autrefois les trois provinces,
la Gascogne, le Languedoc et la Pro-
AVANT-PROPOS.
vence. C'est dans les villes de ces pro-
vinces que j'ai puisé les traits du ta-
bleau que je me propose de tracer. Ces
villes méridionales offrent entre elles
une foule de points de ressemblance qui
sont le résultat non-seulement de l'in-
fluence du climat, mais encore des divers
rapports qui existent dans les moeurs,
les habitudes des habitans, dans leur
langage , et sur-tout dans leurs intérêts ;
il en résulte que les mêmes causes
produisent souvent des effets analogues
dans ces villes, quoiqu'elles se trouvent
quelquefois à des distances considéra-
bles. Les événemens politiques qui se
sont succédés en France depuis quelques
années , nous en fournissent un des exem-
ples les plus frappans. Ils imprimèrent,
à peu de chose près, le même caractère
à l'esprit des habitans de ces divers dé-
AVANT-PROPOS. xj
partemens ; et cette circonstance nous
permet de le considérer séparément et
d'en faire le sujet d'un tableau parti-
culier.
Les villes qui tiennent le premier rang
dans les départemens du midi de la,
France, sont Bordeaux, Toulouse, Mont-
pellier , Nîmes, Avignon et Marseille ;
mais les plus intéressantes sous le point
de vue dont nous nous occupons, c'est-
à-dire celles dont l'esprit public aura le
plus de ressemblance avec le tableau que
nous allons tracer, sont les cinq dernières.
Bordeaux offre quelques caractères par-
ticuliers : d'un côté, là population et
l'étendue de cette ville la font sortir du
rang des autres villes pour la rapprocher
de la capitale ; de l'autre, son com-
merce immense crée pour elle des inté-
rêts particuliers. Ce même genre d'in-
Xij AVANT-PROPOS.
dustrie apporte aussi dans l'esprit public
de Marseille quelques nuances que l'on
ne retrouve pas dans les autres villes ;
mais elles sont faibles , et d'ailleurs
elles n'ont apporté aucune modification
particulière dans l'opinion de cette ville
aux diverses époques dont nous par-
lerons.
L'esprit public des grandes villes du
Midi se retrouve dans les villes du se-
cond ordre : l'opinion des premières se
réfléchit sur celles-ci, et reçoit, à son
tour , l'influence locale qui la défigure
quelquefois. Celui qui connaît exac-
tement l'esprit public d'Avignon, de
Nîmes, de Montpellier, de Toulouse
et de Marseille , peut se former aisé-
ment une idée de celui d'Aix, de Lu-
nel, d'Arles, d'Alais, de Cette, de
Béziers, de Narbonne , de Carcassonne ,
AVANT-PROPOS. Xiij
de Montauban , d'Albi, de Tarbes , de.
Pau, d'Agen, etc. C'est toujours la
même manière de penser qu'il retrouve ,
et qui se reproduit sous des formes peu
différentes.
Tout de même , l'opinion publique
se communique de ces dernières villes
dans les bourgs et dans les plus petits
villages; mais il faut avouer qu'ici l'in-
fluence locale la rend bientôt méconnais-
sable : l'opinion politique, arrivée dans
la demeure du paysan, après avoir passé
par cette suite de décroissances, se
trouve réduite à une vraie caricature»
ou le plus souvent devenue le prétexte
de petites inimitiés non moins ridi-
cules.
En traçant les caractères que nous
présente l'esprit public de ces villes
méridionales, nous n'indiquerons pas
XIV AVANT-PROPOS.
plus celles dans lesquelles tel ou tel
parti a prédominé, que nous ne signale-
rons les individus qui ont pris part aux
divers événemens que nous aurons occa-
sion de rappeler. C'est un tableau géné-
ral de l'esprit public du Midi que nous
voulons peindre, et non la conduite de
tel ou tel individu, de telle ou telle ville
dans ces circonstances difficiles. D'ail-
leurs , nous sommes si éloignés de vou-
loir indiquer au mépris et à la vindicte
publique des hommes dont la conduite
est sans doute blâmable, que nous avons
été témoins nous-mêmes de l'égarement
dans lequel des préjugés, des passions
aveugles, des terreurs chimériques ont
entraîné des hommes dont la vie avait
été jusque - là exempte de reproches
et qui sont aujourd'hui plus à plaindre
qu'à blâmer.
AVANT-PROPOS, XV
Pour saisir le véritable caractère de
l'esprit public du Midi depuis la pre-
mière restauration' jusqu'à nos jours, il
nous a paru convenable de le considérer à
quatre époques différentes par lesquelles
on peut diviser ce temps. En suivant
donc cette idée, nous indiquerons,
1°. l'état de l'esprit public du Midi lors
de la première restauration ; 2°, nous
le suivrons après cette époque jusqu'à
l'usurpation du 20 mars; 3°. nous ver-
rons quels changemens y apporta la
gouvernement impérial, et quelle était
sa situation lors de la seconde restaura-
tion; 3°. enfin, nous le suivrons après
cet événement , et nous indiquerons son
état actuel.
Chacun de ces points de vue sera con-
sidéré dans un chapitre particulier ; nous
consacrerons un cinquième et dernier
XVJ AVANT-PROPOS.
chapitre à quelques réflexions sur les
moyens qui nous paraissent les plus pro-
pres à améliorer aujourd'hui l'esprit
public de cette partie de la France.
COUP-D'OEIL
SUR
L'ESPRIT PUBLIC
DU MIDI DE LA FRANCE;
DEPUIS LA PREMIÈRE RESTAURATION;
Suivi d'un Aperçu rapide sur les MOYENS
propres à améliorer son état actuel.
CHAPITRE PREMIER.
De l'Esprit public du Midi de la France à
l'époque de la première restauration.
POUR nous faire une idée exacte de l'esprit
public du midi de la France à l'époque de la
première restauration 5 comme à celles qui l'ont
suivie, il est nécessaire de remonter rapidement
à des événemens antérieurs : c'est dans ces
derniers que nous verrons la plupart des causes
COUP-D'OEIL.
des caractères principaux que cet esprit nous
présentera. Disons un mot d'abord de l'in-
fluence de la révolution de 89 sur le Midi. Cette
époque , à laquelle nous devons sans cesse re-
monter pour bien apprécier l'état des choses
actuelles, est réellement une ère à laquelle com-
mence une existence toute nouvelle pour notre
corps social.
Dans aucun pays de la France le désir des
réformes n'était plus vivement prononcé que
dans le Midi, à l'époque de 89; aussi embrassa-
t-il avec enthousiasme les nouvelles idées qui
germaient de toutes parts. L'élan national y
eut toute l'activité que devaient lui donner les
progrès réels des lumières sous un climat brû-
lant. On ne saurait se faire une idée des effets
de cet enthousiasme patriotique, de l'ardeur,
par exemple, avec laquelle des hommes qui
n'étaient point faits aux services des armes,
s'élancèrent bientôt après vers la frontière d'Es-
pagne , et firent des prodiges de valeur en dé-
fendant leur patrie.
Il est nécessaire de fixer les premières années
de la révolution comme les plus importantes
relativement à l'influence qu'elles eurent sur
l'esprit du Midi comme sur celui des autres
parties de la France. Les principes de l'indé-
( 3 )
pendance et de l'égalité devant les lois péné-
trèrent dans tous les esprits. Les connaissances
sur les droits de l'homme et du citoyen pas-
sèrent de quelques ouvrages que peu de gens
consultaient, dans les feuilles publiques, et se
popularisèrent. Ces nouvelles idées devaient
d'autant plus faire d'impression et trouver des pro-
sélytes plus nombreux, qu'elles se présentaient ,
dans ces momens, entourées d'une beauté idéale
que l'expérience n'avait pas encore fait éva-
nouir. Il fallait de nouvelles institutions, tel
était le cri général; et l'imagination se hâtait
d'offrir ces illusions trompeuses. Tout contri-
buait, alors, à compléter les effets du progrès
des connaissances , et à faire sur l'esprit public
une empreinte ineffaçable.
Mais l'enthousiasme avec lequel les habitans
du Midi avaient adopté les principes de la ré-
formation , le délire dans lequel l'amour de là
liberté les plongeait, favorisa les progrès de l'a-
narchie et l'établissement du règne de 93. Ce fut
au milieu de ces rêves chimériques que le Midi,
comme les autres parties de la France, fut con-
duit dans un abîme de malheurs qui devaient
préparer la ruine momentanée des premiers
effets de la révolution.
Le Midi éprouva tout ce que cet affreux ré-
( 4 )
gime peut produire d'horrible. Les noyades de
Tarascon, non moins terribles que celles de
Nantes, les assassinats de la Glacière d'Avi-
gnon , les exécutions des Marseillais, les crimes
qui se commirent à Toulon, et qui finirent par la
prise de cette ville et la perte d'une flotte nom-
breuse, les guerres civiles et meurtrières de
Nîmes et de Montauban, enfin les persécutions
de Montpellier, Toulouse, Bordeaux, et de
tant d'autres villes moins considérables, nous
offrent des exemples nombreux des calamités
qui frappèrent la France dans ce temps de deuil.
Chaque petite ville, chaque village du Midi eut
un comité de salut public composé de vils scé-
lérats qui commirent des excès de tout genre,
et qui introduisirent la terreur jusque sous la
chaumière du paysan.
Le Midi fut ébranlé par des secousses aussi
violentes. Rien n'était plus capable d'affaiblir
l'heureuse influence que les premières années de
la l'évolution avaient eue sur son esprit, que les
horreurs de l'anarchie dont il était la victime.
C'était au nom de la liberté qu'on l'avait con-
duit dans la plus affreuse des tyrannies. Ce mot,
qu'on avait proféré avec tant d'enthousiasme,
inspira dès ce moment des craintes, par les
souvenirs qui se rattachaient à lui. Nous pou-
( 5 )
vons comparer l'esprit publie du Midi et de
toute la France après cette crise , à un homme
qu'un mal violent aurait surpris dans un som-
meil profond et au milieu des rêves les plus sé-
duisans , et qui craindrait par la suite de céder à
ses douceurs , de peur de tomber encore dans le
mal qui l'a accablé. Telle était, en effet, la si-
tuation, de l'esprit public à cette époque rela-
tivement aux principes libéraux ; mais les
hommes qui se souillèrent des crimes de l'a-
narchie , firent naître un sentiment d'horreur
qui ne s'est jamais effacé dans l'esprit du Midi,
et qui a eu même quelque influence sur les évé-
nemens dont nous nous occuperons dans la
suite.
Les gouvernemens qui succédèrent à la Con-
vention présentent une lutté continuelle entre
les principes qui avaient fait couler le sang au
milieu de la France, et le retour à des idées
plus modérées. Quelquefois ces dernières sem-
blaient prendre le dessus ; mais , plus souvent
encore , l'anarchie, pareille à l'hydre , renais-
sait avec des formes nouvelles, et menaçait
de tout anéantir.
Bonaparte mit fin à ce débat effrayant. La
journée du 18 brumaire trancha toutes les diffi-
cultés , et l'établissement du consulat sembla
( 6 )
promettre une stabilité dans les choses que de-
puis long-temps on avait perdue de vue. On crut
voir dans ce gouvernement celui que méritait
l'élan patriotique de 89 ; et la France lui accor-
dant toute sa confiance, commença à se reposer
de ses malheurs, comme le vaisseau battu par la
tempête qui trouve un abri favorable.
Les heureux auspices sous lesquels Bonaparte
se présenta, devaient lui captiver tous les coeurs.
On voyait en lui un jeune héros couvert des
lauriers de la victoire, qui avait fait briller la
valeur française jusque sur les bords du Nil ;
d'un autre côté, on le voyait porter le dernier
coup à l'anarchie, et délivrer la France du plus
terrible des fléaux. Il se montrait, d'ailleurs,
plein d'amour pour sa nouvelle patrie, et enfant
de la révolution, il proclamait le premier les
principes des libertés nationales. Tout faisait
ainsi espérer que la république, dont il était le
chef, allait montrer une heureuse combinaison
des institutions les plus libérales, avec celles
qui peuvent donner de la stabilité à un gou-
vernement.
Aucun pays ne devait autant à Bonaparte que
le midi de la France, parce que aucun pays
n'avait été retiré d'un abîme aussi effrayant. Le
jour où il fit évanouir toutes les craintes sur le
( 7 )
retour du régime révolutionnaire, fut, dans ces
contrées, le signal d'une joie publique. Le nom du
vainqueur de Marengo était dans toutes les bou-
ches, et on ne parlait qu'avec enthousiasme de
ses brillans exploits. Avec lui, on ne devait plus
craindre ni ces guerres extérieures qui avaient
menacé d'anéantir la France, ni ces troubles in-
testins encore plus cruels, qui l'avaient désolée ;
Bonaparte était un rempart contre les étrangers,
et la main puissante qui devait enchaîner les
factions. Tels étaient les sentimens et l'espérance
des habitans du Midi.
Lorsque l'on considère les changemens qui se
sont opérés dans l'opinion publique de la France,
et sur-tout dans celle du Midi, relativement à
Bonaparte; lorsque l'on s'imagine qu'une haîne
implacable fit bientôt place aux sentimens d'a-
mour et d'admiration qu'il avait d'abord inspi-
rés , on a peine à concevoir que douze années
aient pu suffire à produire un pareil change-
ment. Les événemens nombreux et extraordi-
naires qui se pressent dans ce court intervalle
de temps, peuvent seuls nous en rendre raison.
Le joug de Bonaparte pesa bientôt sur toute la
France, et ses effets furent encore plus acca-
blans dans le Midi,
Le même moyen qui avait servi à élever Bo-
( 8 )
naparte , devait aussi le perdre. Les armes l'avaient
parlé au plus haut degré de la fortune, et les
armes devaient entraîner sa ruine. Il crut que ,
puisqu'elles en avaient fait le premier homme de
l'Etat, elles seules devaient le soutenir dans ce
poste élevé ; de-là, sa marche vers le despo-
tisme, et les principes sur lesquels roula la po-
litique de son gouvernement. Il est vrai aussi
que son caractère, mieux connu dans la suite,
l'a toujours porté vers ce but, et que personne n'a
mieux mérité que lui ce que le grand Montes-
quieu dit du cardinal de Richelieu : « Il aurait
» eu toujours le despotisme dans le coeur, s'il ne
» l'eût eu dans l'esprit. »
Le langage de Bonaparte changea bientôt avec
sa fortune; à mesure qu'elle acquérait de nou-
velles forces, il oubliait les principes qui avaient
amené la révolution. Parvenu au trône, il
n'eut plus à ménager l'opinion qui lui en avait
favorisé l'issue, et, dès ce moment, ses projets
se montrèrent à découvert. Fort de sa puissance
militaire, il manifesta une haine brutale contre
tout ce qui tendait à favoriser la liberté natio-
nale : exemple bien fréquent dans l'histoire, des.
gouvernemens qui méprisent et foulent aux pieds
ces libertés, lorsqu'ils se croient assez forts par
eux-mêmes !
( 9 )
Bonaparte éloigne des places les hommes les
plus voués au système libéral, il cherche même
à les ridiculiser, en les peignant comme des
insensés perdus dans l'idéalisme. Il appelle
autour de lui ceux qui s'étaient montrés les en-
nemis implacables de ce système. Enfin, il crée
un ordre d'hommes tout nouveaux qu'il façonne à
ses manières ; les uns supportent ses brutalités
et ses durs traitemens, dans l'espoir des récom-
penses qu'il sème avec profusion ; les autres flat-
tent ses caprices pour partager son pouvoir , ils
consentent à devenir ses premiers esclaves pour
être les seconds tyrans. Tous ensemble dirigent
leurs efforts vers un but unique, celui de réunir
tous les pouvoirs, de tout centraliser dans la
main d'un seul, et de soumettre ainsi la France
au joug du despotisme.
Il est sans doute étonnant qu'un gouvernement
aussi monstrueux ail pu se soutenir quelques
temps dans un pays qui avait fait tant de sacri-
fices pour la liberté, et qui avait même attaqué
le despotisme jusque chez ses voisins. Quelque
force que l'on acquière en dénaturant une
armée, on ne peut long-temps résister au tor-
rent de l'opinion, car aucune digue ne saurait
arrêter sa violence; aussi, le gouvernement de
Bonaparte aurait-il bien moins duré, s'il n'avait
( 10 )
été favorisé par d'autres moyens que par la
crainte qu'inspire un despote.
D'un côté, les horreurs de 93 avaient affaibli
le désir des changemens révolutionnaires et
refroidi l'amour de la liberté : on a dit, avec
raison, que l'anarchie conduisait au despotisme:
d'un autre, Bonaparte sut faire briller aux yeux
des Français le moyen qui pouvait le plus les
séduire, la gloire militaire; elle favorisait d'ail-
leurs ses projets ambitieux. Déjà la révolution
avait vu illustrer nos armes et avait échauffé le
génie militaire ; l'Europe entière avait été repous-
sée de nos frontières , et la statue de la liberté
était couronnée du laurier de la victoire.
Bonaparte avait pris part à ces exploits , mais il
devait encore en augmenter le nombre.
Ce fut par des victoires inouies dans l'histoire,
qu'il sut fixer l'attention de la France et l'en-
chaîner à son char. C'est en la rendant redou-
table au-dehors, qu'il trouva le moyen de
détruire au-dedans ses libertés. C'est en fai-
sant luire à ses yeux le tableau magique de la
gloire militaire , qu'il put la soumettre insensi-
blement au joug du despotisme : et lorsqu'un
moment de calme laissait percer le cri du mé-
contentement, bientôt, par un miracle, ou peut
le dire , il faisait oublier la douleur en rappelant
( 11 )
les regards vers ses aigles victorieux. S'il nous
creusait alors un abîme , il avait soin de lé cou-
vrir de trophées.
Mais il est vrai aussi que ce moyen qui le sou-
tint quelque temps , devait également prendre
part à sa ruine, et contribuer puissamment à
produire le mécontentement général. D'un côté,
les dépenses de la guerre firent porter les con-
tributions sur un pied désastreux ; de l'autre ,
chaque année des armées entières moissonnées
exigeaient de nouvelles recrues. La loi de la
conscription , devenue enfin un impôt sur la
race des hommes , ne fit qu'ajouter un trait de
sang à l'idée que l'opinion publique s'était for-
mée du despote.
Le gouvernement de Bonaparte produisit les
plus grands maux dans le midi de la France ; et
ce pays qui avait été une des principales victimes
de l'anarchie révolutionnaire , le fut également
du despotisme d'un seul.
L'agriculture y fut réduite à un état déplo-
rable. Il n'y avait pas assez de bras pour cul-
tiver les terres, et leurs faibles produits se
trouvaient à peine suffisans pour payer des im-
positions énormes. Ces terres devinrent à charge
à leurs propriétaires, qui se virent plusieurs
fois forcés de laisser incultes ces mêmes champs
qui sont aujourd'hui pour eux une source fé-
( 12 )
conde de richesses. On en a vu même laisser
sécher le fruit sur la souche, aimant mieux le
laisser perdre , que s'exposer à faire une récolte
onéreuse. L'impôt des droits - réunis achevait
de leur enlever les faibles bénéfices qu'ils ob-
tenaient à la sueur de leur front; et aux vexa-
lions qu'il emmenait lui-même, se joignaient
encore celles non moins pénibles que des em-
ployés , forts de la protection du gouvernement,
faisaient éprouver. Ce seul impôt eût suffi à
indisposer l'esprit public du Midi, s'il n'eût
été secondé par d'autres causes non moins puis-
santes.
Le commerce n'était pas dans un état plus
heureux. Il fallut renoncer aux spéculations
extérieures ; tous les ports du Midi étaient blo-
qués , et aucun vaisseau ne pouvait s'éloigner
de la côte , sans tomber dans les mains de nos
ennemis. Marseille ne faisait plus le commerce
du Levant dont elle tirait sa principale richesse ;
et cette ville , une des plus brillantes du Midi,
voyait tous les jours sa population diminuer.
Bordeaux n'était pas dans un état plus florissant :
cette superbe ville, qui rivalise aujourdhui avec
la capitale , n'était qu'une immense cité sans
vie et sans mouvement. Le commerce de l'inté-
rieur n'offrait que des difficultés sans nombre et
des chances malheureuses ; celui qu'elles ne
rebutaient pas , se trouvait souvent entraîné
par la force des choses à couvrir son nom
d'une tache ineffaçable. Les branches même de
commerce qui étaient encouragées par les
circonstances , les fabriques des draps pour
l'armée, dont la plupart sont dans le Midi,
jetaient affaiblies et quelquefois même rui-
nées par la difficulté d'obtenir les rentrées et
les paiemens. Toutes les branches d'occupation
étaient ainsi fermées à l'activité française: une
seule carrière lui restait ouverte, celle de la
guerre ; les jeunes gens s'y précipitaient aussi
avec empressement, souvent même pour ne pas
attendre que la conscription les y entraînât.
Mais une des causes qui contribuèrent le plus
à indisposer l'esprit public du Midi contre
Bonaparte , fut le joug de son despotisme lui-
même.
Je ne crois pas exagérer en avançant qu'aucun
pays de la France n'était moins disposé que lé
Midi à supporter son joug. L'influence de la
révolution sur les habitans de ce pays les a
rendus les ennemis implacables des injustices
politiques ; et aujourd'hui encore, comme nous
le dirons par la suite, l'horreur qu'ils ont pour
tout ce qui leur rappelle des hommes favorisés
aux dépens des autres , est un des caractères les
( 14 )
plus prononcés de l'esprit qui les anime. Quels
effets ne devaient pas produire sur des hommes
ainsi disposés, les agens de Bonaparte, parmi
lesquels, quelques-uns aussi tyrans que leur
maître, loin d'alléger par des égards la dureté
des ordres qu'ils avaient à exécuter, y ajoutaient
encore par une raffinerie de procédés barbares ?
Combien de fois n'a-t-on pas vu dans les conseils
de révision ces mêmes hommes répondre par des
plaisanteries grossières, aux larmes d'une mère
qui leur présentait son fils, son unique espoir ?
Telles sont les causes qui perdirent Bonaparte
dans l'esprit public du Midi. La haine implacable
qu'elles firent naître, ne tarda pas à se manifester
d'une manière énergique lorsque la fortune lui
devint contraire.; elle seule fait le caractère de
l'esprit de ces pays à l'époque de la première
restauration.
La puissance impériale en imposait encore
dans le Midi, malgré ses premiers revers, par
la présence de l'armée que commandait le ma-
réchal Soult; mais en comprimant l'indignation
publique et retardant ses effets, elle devait les
rendre plus violens. La bataille de Toulouse qui
rompit cette digue puissante, laissa percer le
premier cri du mécontentement général.
Cette bataille est une des plus étonnantes sans
( 15 )
doute que nous retrouvions dans les fastes des ar-
mées françaises. Le maréchal avait à peine vingt-
cinq mille hommes contre une armée qui en comp-
tait plus de cent mille. Ce petit nombre venait
d'échapper aux pertes inévitables qu'une longue
retraite avait fait éprouver ; et ce fut devant Tou-
louse qu'il montra à la France comment ses
soldats peuvent céder le terrain. Dix mille
hommes de l'armée ennemie mordirent la pous-
sière, et le maréchal se retira sans perdre cette
attitude qui laisse encore douter de celui qui est
vaincu.
Mais ce n'était pas seulement une armée puis-
sante que le maréchal Soult eut à combattre;
l'opinion publique était alors prononcée contre
lui, parce qu'elle était opposée à la cause qu'il
soutenait encore. Les habitans de Toulouse,
déjà mécontens , voyaient avec peine leurs belles
contrées dévastées par la guerre. Les malheurs
que l'armée française avait éprouvés , avaient
d'ailleurs relâché la discipline ; le soldat, aigri
lui-même par le peu d'égards qu'on lui témoi-
gnait , se livrait à de dures vexations. Tou-
louse se trouvait ainsi partagée , d'un côté, par
le vif désir de voir nos armes couronnées par
un brillant succès ; de l'autre, par celui non
moins puissant, de voir s'éteindre et s'anéantir
( 16 )
un des appuis du gouvernement qu'elle avait en
horreur; sans doute que cette ville eût encore
mieux soutenu le maréchal Soult, si ces der-
niers motifs n'avaient balancé quelquefois le
sentiment français.
L'opinion publique qui s'était ainsi sourde-
ment manifestée dans celte partie du midi , s'y
prononça bientôt généralement, et fit l'explo-
sion qu'on devait en attendre, lorsque l'abdi-
cation de Bonaparte fut connue, et que son
pouvoir fut brisé. Toutes les villes du Midi
nous offrent à cette époque le même spectacle ,
et nous ne trouverons jamais dans la suite une
opinion aussi uniforme et aussi générale. On ne
voyait partout que les signes les plus énergiques
d'une vive allégresse ; la chute du despotisme
et le retour d'une paix si vivement désirée rem-
plissaient tous les coeurs d'une joie bruyante, et
elle donna lieu à toutes les scènes les plus animées
qu'elle peut produire dans un pays où les désirs
sont des passions , et où les passions tiennent
souvent du délire. Les fêtes et les jeux publics
se prolongèrent pendant plusieurs mois, et ,
lorsqu'une ville entière avait célébré cette époque
par une fête générale , chaque quartier, chaque
rue même voulait exprimer son contentement
par une fête particulière. En vain la France
( 17 )
occupée par des armées innombrables et enne-
mies, offrait le spectacle le plus terrible et le plus
humiliant; ce tableau ne pouvait balancer dans
le Midi la joie que produisait la chute du des-
potisme.
Le retour inespéré de la famille royale
ajoutait encore à ces élans de l'allégresse pu-
blique. Il est vrai que vingt-cinq années de
révolution avaient fait passer sous les yeux les
événemens les plus propres à effacer des pre-
mières impressions, et que trois générations nou-
velles s'étaient formées depuis celte époque, et
étaient étrangères à la douceur de son gouver-
nement; mais le besoin qui se faisait sentir le
plus vivement, était celui de la paix, et comment
n'aurait-on pas espéré de l'obtenir sous le règne
d'une famille dont le caractère le plus prononcé
a toujours été l'amour de ses sujets ? On voyait
d'ailleurs en elle une sauve-garde contre les de-
mandes ruineuses qu'auraient pu faire les troupes
ennemies ; et les Bourbons, devenus un gage
de bonheur pour l'avenir, assuraient alors
la tranquillité publique par leur présence tuté-
laire. Déjà le Midi voyait dans son sein un des
rejetons de Henri IV; le duc d'Angoulême y
recueillait les témoignages lés plus vifs de la
joie publique.
COUP-D'OÉIL. 2
( 18 )
L'opinion du Midi ne donna pas lieu seule-
ment à l'explosion de la joie la plus vive à l'épo-
que de la première restauration; elle produisit
encore des scènes qui ont été souvent mal inter-
prétées, et que nous devons indiquer rapidement
pour en faire connaître le véritable caractère.
Tout ce qui rappelait le gouvernement déchu
devint l'objet de la vindicte publique. Le peuple
se portait en foule vers les lieux où se trouvaient
les signes du règne impérial, et les détruisait
avec une avide férocité. Les effigies de Bonaparte
furent mutilées, traînées dans les rues, et exposées
aux railleries de la multitude. Quelquefois même,
on ne se contentait pas d'insulter à ces symboles
muets de son gouvernement; les hommes qui
avaient occupé des places pendant son règne,
ou qui s'étaient montrés ses partisans, ne furent
pas épargnés; la plupart avaient heureusement
prévu l'orage et s'étaient éloignés; leur maison
fut assaillie et quelquefois livrée au pillage ;
ceux qui n'avaient pas eu recours à la fuite,
furent exposés aux insultes de la populace, quel-
ques-uns même furent maltraités, et faillirent à
payer de leur vie leur imprudence.
Les militaires sur-tout furent exposés à tout
le débordement de ces mouvemens populaires.
Ces braves, couverts de blessures, n'étaient pour
( 19 )
ce peuple mutiné que des ennemis de la France
et la cause des malheurs qui avaient pesé sur
elle. J'ai vu des flots de ce peuple se jeter sur
de vieux soldats, leur arracher les aigles et le
signe mérité de la valeur française, leur faire
même éprouver des violences révoltantes lors-
qu'ils opposaient une résistance inutile à sa bru-
talité ; mais j'ai encore vu ces mêmes soldats,
et ce tableau plus consolant indique parfaite-
ment le véritable esprit qui animait ce peuple,
pressés dans ses bras, ces braves, dis-je, rece-
vant des témoignages non équivoques de sa
reconnaissance, lorsque, se dépouillant des
signes du gouvernement despotique, ils se joi-
gnaient à lui pour se réjouir de la chute de celui
dont ils étaient les premières victimes.
On ne peut assigner un terme aux effets de
ces mouvemens populaires; il n'est pas rare de
les voir souvent poussés jusqu'à l'extravagance.
Le peuple une fois animé et dans le délire des pas-
sions, fait quelquefois les actes les plus bizarres
et les plus contraires à l'esprit qui l'anime. Le
Midi nous offre à cette époque un assez grand
nombre de ces actions singulières, qui n'étaient
réellement en rapport ni avec son esprit, ni avec
les sentimens qui ne peuvent abandonner les
Français. N'a-t-on pas vu des habitans de ce
2*
( 20 )
pays, prodiguer leurs caresses à dès ennemis ,
par cela seulement qu'ils étaient teints du sang
de leurs compatriotes? A Toulouse, n'a-t-on
pas voulu consacrer une place de cette ville, et
y ériger un monument en l'honneur des armées
anglaises? A Marseille, n'a-t-on pas montré une
complaisance encore plus infâme ? des Français
s'avilirent jusqu'à se disputer l'honneur de dé-
barquer eux-mêmes leurs véritables ennemis.
A Ces actions insensées nous pouvons en joindre
d'une autre espèce, qui indiquent tout autant
le délire des passions. Les trophées de l'indé-
pendance que l'esprit patriotique avait élevés
pendant la révolution , les marbrés qui re-
présentaient le génie de la liberté , furent
compris dans la proscription qui devait anéantir
les signes du gouvernement impérial. Une classe
de gens dont nous parlerons dans la suite, se
croyait particulièrement intéressée à leur des-
truction, et dirigeait les flots du peuple contre
ces monumens ; celui-ci obéissait d'une manière
aveugle à cette impulsion, et, croyant fouler aux
pieds les signes du despotisme, détruisait ceux
de la liberté.
Une foule d'exemples se présenteraient ici, si
l'on pouvait s'arrêter sur des tableaux aussi affli-
geans sans éprouver un sentiment pénible.
( 21 )
Montpellier nous en offre un des plus frappans ,
et je me contenterai de le rappeler. Une su-
perbe colonne avait été élevée, au commen-
cement de la révolution, sur une des plus
belles places de cette ville , elle était surmontée
de la statue de la liberté , les hommes les plus
distingués avaient concouru à son érection, et
à leur tête se trouvait ce maire (1) , dont la mé-
moire est encore révérée dans celte ville, et qui
devait bientôt être la victime de l'anarchie. Ce
monument offusquait les prétentions de quel-
ques anciens nobles : ils ameutent la populace ,
lui distribuent même de l'argent, et la dirigent
contre ce monument qui ne devait jamais périr :
c'est en vain que l'autorité s'y oppose , le com-
missaire du Roi est obligé de céder, et ce tro-
phée est sacrifié à l'ineptie et aux préjugés d'un
fol orgueil.
(1) M. Durand.
( 22 )
CHAPITRE II.
De l'Esprit public du Midi après la première
restauration et à l'époque de l'usurpation
du 20 mars.
Nous venons de voir la chute de Bonaparte
marquée dans le Midi par la joie publique.
Toutes les classes de ses habitans y prirent
part, et dans quelques endroits même, les
hommes qui avaient paru favorisés par son
gouvernement, se réunirent à la masse com-
mune pour faire éclater leur joie ; tant il est
vrai que le despotisme finit par peser même à
ceux qu'il semble caresser !
Mais la révolution qui venait de s'opérer en
France ouvrait une nouvelle carrière aux intri-
gues politiques, et elle devait bientôt amener des
changemens dans l'esprit public du Midi. Le re-
tour des Bourbons et l'exaltation dans laquelle se
trouvent toujours les esprits au moment d'une
révolution, parurent à quelques individus une
occasion favorable de se mettre à la tête de
l'opinion publique, et de la faire tourner au
( 23 )
profit de leurs intérêts particuliers. Comme le
parti qu'ils composèrent a eu la plus grande
influence sur les événemens qui se sont passés
depuis cette époque dans le Midi, il est impor-
tant de nous faire une idée exacte de la ma-
nière dont il s'est formé.
Parmi les caractères que le despotisme de
Bonaparte avait imprimés aux esprits, il n'en
était point de plus prononcé que l'amour des
places et des distinctions ; il fut le résultat né-
cessaire de l'importance que son gouvernement
attachait à leur possession, vers laquelle aussi s'é-
taient dirigés tous les efforts de l'émulation na-
tionale. L'établissement d'une noblesse avait
même réveillé les idées des distinctions héré-
ditaires que la révolution avait détruites, et
c'est un des points sur lesquels Bonaparte était
parvenu à faire rétrograder le plus les esprits.
Cette disposition générale devait favoriser la
formation du parti dont nous venons de parler, et
qui a tour-à-tour été désigné sous les noms de
royalistes purs , d'ultrà-royalistes, et quelque-
fois même sous des dénominations moins flat-
teuses. Une foule d'individus qui, depuis long-
temps, brûlaient du désir d'avoir des places et
des distinctions , voulurent alors en acquérir à
quelque condition que ce fût; ceux auxquels
( 24 )
la révolution avait enlevé des priviléges et
des biens, cédèrent d'autant plus facilement
à ce désir, que le moment semblait leur être
plus particulièrement favorable.
Les anciens nobles avaient déjà obtenu une
faveur particulière sous le gouvernement impé-
rial. La plupart avaient eu des places, et sur-
tout de nouveaux titres de noblesse. La pre-
mière restauration en surprit un grand nombre
dans les fonctions publiques et dans les admi-
nistrations particulières des départemens. Habi-
tués, déjà à obtenir ainsi une faveur toute spé-
ciale, la restauration ne leur parut que le mo-
ment favorable de la rendre plus étendue, et de
reconquérir même les priviléges que la révolu-
tion leur avait enlevés. Ces anciens nobles for-
mèrent ainsi le noyau des ultrà-royalistes. On
les vit aussitôt se séparer des privilégiés de
Bonaparte, et affecter de les éloigner comme des.
hommes dont les titres étaient impurs. Ceux qui
parmi, eux avaient obtenu de nouveaux titres de
noblesse, se hatèrent de les abandonner pour
reprendre les anciens. Ou vit dans plusieurs
villes du Midi des Comtes qui avaient été offrir
des secours à l'impératrice Marie-Louise , se
transformer tout-à-coup en Marquis, et voter
une adresse remplie de protestations de fidélité
au nouveau gouvernement
( 25 )
Après ce premier élément du parti ultra-
royaliste, s'en présente un autre qui n'est pas
le moins ridicule , s'il n'est pas le plus impor-
tant. Les hommes de ce parti qui se montrèrent
les plus enthousiastes réformateurs , et qui con-
curent les plus brillantes espérances de leur
destinée sous le nouveau régime, furent ces
prétendus nobles dont les titres de noblesse sont
encore des problèmes dans l'opinion publique.
On les vit s'élever de toutes parts comme une
nuée de frêlons, et exalter les titres puissans
qu'ils avaient à la faveur du nouveau gouverne-
ment. L'un avait dans sa famille un ancien
officier d'infanterie ; un autre comptait dans la
sienne un chevalier de Saint-Louis ; un troi-
sième avait paru à l'armée de Coblentz ; un
quatrième, enfin , s'efforçait d'estropier son nom
pour le rapprocher de celui d'une famille noble :
tels étaient les litres puérils de leur ramage
étourdissant,
Une foule d'individus qui n'avaient ni les
préjugés , ni les motifs d'espérance des ultra-
royalistes dont nous venons de parler, se jetèrent
pourtant dans ce parti, espérant y trouver le
moyen d'acquérir quelque fortune. Comme ils
n'avaient aucun titre particulier qui les dis-
tinguât alors de la masse commune , ils voulu-
rent s'en créer par leur conduite. Ils cherchè-
( 26 )
rent à se singulariser pour se faire remarquer
du peuple et de l'autorité ; ils poussaient, la plu-
part, la joie que tout le monde partageait, jus-
qu'à l'extravagance; ils voulaient être les roya-
listes par excellence , recherchant avec empres-
sement la faveur des nobles, et exécutant avec
la plus grande activité les ordres que ces der-
niers voulaient bien leur transmettre. Ces ultra-
royalistes furent les plus actifs et les plus re-
muans du parti , et en général ceux qui ont
spécialement commis les violences dont le Midi
fut témoin dans la suite.
L'espoir de celte classe d'ultra - royalistes
n'était pas, pourtant, fondée uniquement sur
ces actions singulières , le plus souvent il était
encore appuyé sur des titres tellement ridi-
cules , qu'on ne peut s'en faire une idée que
lorsqu'on a été soi-même témoin de leurs effets.
On peut les considérer comme un diminutif
des titres sur lesquels s'appuyait la seconde
classe d'ultra dont nous avons parlé. L'un était
procureur d'un vicomte qui ne devait pas man-
quer d'être placé, et qui allait faire rejaillir sur
son protégé l'insigne faveur dont il était l'objet ;
un autre se trouvait allié ou parent du secré-
taire d'un puissant seigneur, et se promettait de
grands avantages de sa protection ; un troisième ,
avait été camarade de collége d'un abbé qui
( 27 )
n'était jamais rentré de l'émigration. On ne fini-
rait pas, si l'on voulait donner une idée de tous
les raisonnemens absurdes qui soutenaient l'es-
poir de ces ultra-royalistes.
Enfin, on a vu encore des ultra-royalistes
dans le clergé. Quelques prélats s'imaginèrent
qu'on pouvait bien leur rendre l'étendue de
pouvoir et les immenses richesses dont la ré-
volution avait dépouillé leurs prédécesseurs , et
ils se jetèrent dans le parti qui favorisait leur
espérance. Le bas clergé fut plus modéré en
général ; cependant on a vu des curés prêcher
l'intolérance à cette époque, et transformer leurs
sermons en déclamations politiques.
Tels furent les principaux élémens dont se
composa bien manifestement dans le Midi, et
sans doute dans les autres parties de la France ,
le parti des ultra-royalistes. Quoique nous ayons
indiqué l'ancienne noblesse comme la première
et la principale source de ces partisans, à Dieu
ne plaise cependant que nous voulions embrasser
dans cet aperçu tous ceux qui ont été ancienne-
ment décorés des titres nobles ; nous en connais-
sons un grand nombre qui ont marché avec leur
siècle, et qui ont loyalement renoncé à leurs
privilèges, lorsque le progrès des lumières a
eu consacré l'égalité nationale; nous sommes
( 28 )
les premiers à rendre justice aux sentimens
français qui les animent. Mais on distinguera
facilement ces vrais nobles, de ces hommes qui
sont encore aujourd'hui les victimes de pré-
jugés obscurs, ou qui ont des prétentions in-
sensées , quels que soient d'ailleurs les pré-
textes sous lesquels ils les cachent.
Le parti des ultra-royalistes se prononça dès
le moment de la première restauration ; mais
encore à cette époque, les élémens dont il
s'est composé n'étaient pas encore bien réunis ,
et ce parti était loin d'avoir acquis la consistance
que les événemens postérieurs lui ont donné.
Alors, on voyait seulement des individus qui se
faisaient toujours distinguer à la tête des at-
troupemens populaires, qui affectaient de se
mêler de tous les actes publics relatifs au
nouveau gouvernement, et qui s'arrogeaient
le droit de conduire l'opinion sous le prétexte
d'un royalisme pur. Mais un caractère qui leur
était encore particulier, fut un empressement
affecté à détruire avec les signes du gouverne-
ment de Bonaparte , ceux qui rappelaient les
idées de, la révolution: ils montraient déjà
contre ces derniers un acharnement qui con-
trastait d'une manière bien singulière avec
le peu d'importance que ces signes avaient eue
sous le gouvernement impérial..
( 29 )
Mais ce parti acquit bientôt de nouvelles
forces, et il ne tarda pas à commencer l'exé-
cution de ce plan d'intrigues qu'il a depuis suivi
d'une manière si fidèle, par les principes qu'il
s'efforça de jeter alors dans l'esprit public à la
tête duquel il s'était placé. Il chercha d'abord
à indisposer les esprits contre les conces-
sions libérales que le Roi pouvait faire, et
qui , consacrant l'égalité et les libertés na-
tionales , sont toujours contraires aux intérêts
des partis. Le Roi et la monarchie pure, di-
saient ces ultra-royalistes , telles sont les bases
sur lesquelles a heureusement reposé, pen-
dant plusieurs siècles, la nation française , et
telles sont celles qui lui conviennent aujour-
d'hui. Les principes constitutionnels et libé-
raux n'ont amené que des malheurs , et eux
seuls sont causes de tous ceux dont la révo-
lution nous a accablés. Tel était l'esprit des
discours qu'ils répandaient alors avec empresse-
ment , et qu'ils présentaient d'ailleurs sous les
points de vue les plus propres à tromper l'esprit
public.
Tantôt ils cherchèrent à exciter l'indignation
publique contre le Sénat qui proposait au Roi
d'accepter , de ses propres mains, une cons-
titution , et qui aurait dû garder le silence au-
( 30 )
quel il était habitué. Ces hommes qui ont servi
la tyrannie et contribué à enchaîner la nation ,
disaient les ultra-royalistes, ces hommes qui
vous ont lâchement vendu pour des places et
des distinctions , ce sont les mêmes qui veulent
aujourd'hui vous faire adopter ces principes de
liberté, comme ils vous ont dicté leurs séna-
tus-consultes. Que peuvent être des principes
offerts par des mains aussi impures ? Repoussez-
les donc avec indignation, et revenez à ces ins-
titutions avec lesquelles le peuple, entendant
moins parler de liberté , était plus libre et plus
heureux.
Tantôt ils cherchaient à persuader que la ré-
volution n'avait cessé qu'à la chute de Bona-
parte , et que les principes du gouvernement
impérial étaient les mêmes que ceux de l'anar-
chie révolutionnaire et de la vraie liberté. N'avez-
vous pas éprouvé, disaient-ils , toutes les hor-
reurs d'une guerre dans laquelle l'Europe entière
était liguée contre vous ? eh bien ! c'était la suite
de ces guerres générales de 93 qui avaient mis
la France à deux doigts de sa perte. N'avez-vous
pas vu le paysan forcé d'abandonner son champ
faute d'en tirer les moyens de son existence, et
aller se vendre pour chercher dans les camps
une mort plus prompte que celle qu'il eût
trouvée dans ses foyers ? Ce sont toujours les
( 31 )
mêmes scènes de la révolution , c'est encore
le régime terrible du maximum. Avez - vous
oublié ces commissaires de Bonaparte qui , mu-
nis de pouvoirs discrétionnaires , hâtaient votre
ruine et arrachaient de vos bras vos jeunes en-
fans ? étaient-ils bien différens de ces satellites
de Robespierre, qui, sous le prétexte de la sûreté
publique , couvraient d'une plaie sanglante les
malheureux pays où ils allaient établir leur in-
quisition ? N'est-ce pas toujours au nom de l'in-
dépendance nationale et de la liberté? n'est-ce
pas avec le signe à trois couleurs, qui devait être
celui du règne des droits de l'homme et de la
raison , qu'ils vous ont, les uns comme les
autres , plongés dans un abîme de malheurs ?
Ces discours des ultra-royalistes étaient favo-
risés , avons-nous dit, par les passions qui s'é-
taient développées à la chute de l'empire ; mais
ils le furent encore mieux par l'état où se trou-
vaient alors les esprits relativement aux idées
libérales. Il n'est pas indifférent de saisir le véri-
table caractère de cette dernière disposition.
Nous avons déjà parlé des craintes que les
malheurs de la révolution avaient inspirées sur
les changemens politiques faits au nom de la li-
berté , et nous avons indiqué rapidement quelle
était la véritable situation de l'esprit public
par rapport à cette dernière après cette crise
( 32 )
politique. Le règne de Bonaparte ne fut qu'une
guerre continuelle contre celte même liberté ;
il chercha à détruire tout ce qui pouvait rame-
ner les esprits vers elle, et tous ses efforts fu-
rent dirigés vers ce but. Il n'est point douteux
que ces causes durent favoriser l'oubli et l'igno-
rance des principes libéraux, et que deux géné-
rations entières ne les connaissaient que d'une
manière vague et trompeuse. La l'évolution leur
apparaissait comme une calamité publique,
entourée descrimes les plus révoltans; et tout ce
qui semblait se rattacher à cet événement, était
pour elles confondu avec les malheurs qu'il avait
amenés.
Cet état de choses, cette espèce d'ignorance
mêlée de crainte, qu'offrait alors l'esprit public
relativement aux principes libéraux, était réelle-
ment l'effet de ces circonstances antérieures. La
révolution, au milieu des calamités qui l'ac-
compagnèrent , avait tout remis en question ,
et le despotisme avait tout flétri ; était-il donc
étonnant que l'esprit public ne fût point éclairé
sur ces principes et les institutions qu'ils con-
sacrent ? Aussi » ce caractère n'était point par-
ticulier à celui du Midi où il était très-pro-
noncé, il appartenait encore à celui des autres
parties de la France.
Que l'on ne s'imagine pas, cependant, que cet
33 )
état d'ignorance ou d'indifférence pour les idées
libérales se rattache, à une disposition de l'esprit
qui pourrait laisser supporter leur destruction ,
en d'autres termes, tolérer une classe privilé-
giée. Je le répète , il n'est pas une partie de la
France où le désir de l'égalité nationale ne soit
prononcé, et il n'en est pas une où il le soit autant
que dans le Midi. Sans doute que l'on peut égarer
l'opinion pendant quelque temps , et la tromper
sur ses vrais intérêts par des moyens séduisans;
mais une fois qu'elle a connu ses droits, elle ne
peut les oublier que par un bouleversement qui
détruirait toutes les connaissances, et ramènerait
l'espèce humaine aux premiers temps de la bar-
barie. Tant que des hommes pourront admirer
les immortels écrits des Voltaire et des Jean-
Jacques, tant que le despotisme et la supersti-
tion n'auront pu leur ravir ces deux sentinelles
de la liberté et de la raison , comment pour-
raient-ils oublier les bienfaits qu'ils doivent at-
tendre de ces dernières ? S'ils peuvent être dis-
traits quelque temps de leur culte, ils ne sauront
jamais l'oublier entièrement.
Cette espèce d'indifférence pour les idées libé-
rales de l'esprit public favorisa les intrigues
des ultra - royalistes du Midi, et contribua
à égarer le peuple sur ses véritables intérêts
COUP D'OEIL. 3
( 34 )
et sur l'objet réel de ses volontés. Les ultra-
royalistes, de leur côté, s'empressèrent de pro-
fiter de cette disposition pour répandre leurs
discours perfides, faire circuler des pamphlets
dans lesquels ils avaient soin d'offrir les principes
libéraux comme les instrumens de l'anarchie et
du despotisme. Ils parvinrent, par ces moyens ,
à égarer quelques esprits et à leur inspirer de
l'éloignement pour le retour d'un gouverne-
ment libre; ils parvinrent même à obtenir de
quelques communes des adresses au Roi, dans
lesquelles on lui demandait l'ancien état des
choses, et un anathème entier sur tout ce qui
s'était passé depuis 89.
Tels étaient déjà les effets de ce parti dans le Midi,
lorsque la Charte y fut connue. Elle produisit la
plus vive sensation parmi les ultra-royalistes, et
ils montrèrent à celle occasion les premiers signes
de ce mécontentement dont ils ont donné, par la
suite, tant de preuves. La plupart ne cherchaient
pas à cacher le dépit qu'ils éprouvaient, et ils
blâmaient publiquement les actes du gouver-
nement, dont ils se disaient les véritables amis
et les soutiens : on en a vu même blasphêmer
des noms augustes , et s'exprimer comme ces
cannibales qui avaient vomi la terreur révolu-
tionnaire. Etrange ressemblance des partis, qui
( 35 )
prouve bien manifestement que leurs principes
sont les mêmes, quelles que soient les couleurs
sous lesquelles ils se présentent !
Mais les ultra-royalistes les plus prudens,
et en général les chefs du parti, montrèrent
moins d'humeur , quoiqu'ils ne fussent pas
plus satisfaits. Soit qu'ils fussent eux-mêmes
victimes de leurs propres discours , soit qu'ils
ne voulussent qu'égarer l'esprit public , la
Charte , selon eux , était une concession que le
Roi avait été obligé de faire pour calmer les
esprits et enchaîner les factions ; un acte pas-
sager , qui ne devait pas plus durer que les cir-
constances qui l'avaient produit. Dès que le
trône sera rétabli sur des bases solides, disaient-
ils , que le Roi aura fortement saisi les rênes du
gouvernement, qu'il se sera sur-tout entouré
de cette foule de fidèles, ses vrais amis, alors
il rompra lui-même cette digue qu'il a bien
voulu s'imposer, et en rétablissant l'ancien état
des choses il aura soin de récompenser ceux
qui auront donné des preuves de dévouement
à la cause royale.
Celte opinion sur la Charte devint bientôt
le langage de tout le parti, et il s'empressa de
la répandre dans l'esprit public. Si ce lan-
( 36 )
gage ne produisit pas une conviction entière
et générale , du moins il affaiblit celle
que l'on devait avoir sur l'inviolabilité de la
Charte. On craignait d'embrasser des principes
qui ne devaient durer qu'un moment , selon
l'opinion des gens qui passaient pour les plus
instruits, et on ne cédait pas une douce con-
fiance dont on avait besoin. Ce sentiment sur la
Charte mérite toute notre attention ; c'est la
tache la plus dangereuse que les ultra-royalistes
aient faite sur l'esprit du Midi, et dont il est né-
cessaire de faire disparaître jusqu'aux moindres
traces.
Mais si les ultra-royalistes étaient parvenus à
s'emparer de l'esprit public du Midi ; s'ils diri-
geaient son opinion politique et en étaient réelle-
ment les meneurs et les coryphées , il ne faut pas
s'imaginer qu'ils jouirent toujours paisiblement
de l'ascendant qu'ils avaient ainsi usurpé, et qu'ils
ne trouvèrent pas d'opposition. Une classe de gens
pour la plupart lettrés, s'aperçut bientôt des vé-
ritables projets de ce parti , et ne fut dupe, ni de
sa haine contre Bonaparte, ni de son amour pour
le gouvernement royal. La chute du despotisme
avait réveillé dans ces hommes l'amour de la
liberté; ils recevaient de la capitale les journaux
dont l'esprit était sage et indépendant, et commu-