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De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France ([Reprod.]) / par J. J. Mounier

De
251 pages
chez J. G. Cotta (Tübingen). 1801. France -- 1789-1799 (Révolution) -- Causes. 3 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headington Hill Flall, Oxford OX3 OBW, UK
DE L'INFLUENCE
ATTRIBUEE
AUX
AUX
FRANCS-MAÇONS
ET AUX
'ILLUMINÉS
SUR LA
REVOLUTION DE FRANCE.
J.. J. MOUNIER,
A TUBINGEN chez J. G. COTTA. i8ox.
à PARIS? chez EUCHS, rue des Mathurin!.
2ODGENS, quai de Voltaire J|. 10.
•*• frères, quai Malaqnay.
TREOTTEL et WÙiVZ quai de Volt.
à LONDRES: DULAU et Co. WARDOUH- STREET-
J. DEBOFFE, Gérard -Street.
à AMSTERDAM: POSTER.
àLEYDE: LUCHTMANN.
DE L'INFLUENCE
ATTRIBUEE
AUX PHILOSOPHES AUX
FRANCS^MAÇONS ET AUX
ILLUMINES,
SUIl LA
REVOLUTION DE FRANCE.
4
et de la remettre en d'autres mains, fans
établir des barrieres qui garantirent de l'a-
bus du pouvoir. On craindra la tyrannie
populaire, plus encore que celle des rois.
On ne confondra point les caractères de la
fervitude, de la licence et de la liberté, et
l'on ne croira point s'affranchir du despo-
tisme en multipliant le nombre des despo-
tes mais fi malheureufement on fe trom-
poit dans cet examen, s'il n'avoit d'autre
réfultat que de faire chérir des erreurs fu-
neft£S autrefois, parcequ'elles font oppofees
a des erreurs funeites dé nos jours, leshom-
mes auroient fouffert en vain, ils change-
roient de route, mais ce feroit toujours pour
rentrer par differens détours dans un laby-
rinthe dinfor tunes d'infortunes.
Après les cruelles calamités qui ont fait
répandre tant de fang et tant de larmes,
rien ne feroit plus déplorable que de voir
s'accréditer de faunes opinions fur leurs
caufes. On ne fauroit nier que ce danger
n'exifte maintenant.
L'ame accablée de fouvenirs pénibles
éprouve le befoin d'exhaler fon indignation.
Elle eit prête a condamner fur les moindres
5
apparences. La- plupart des hommesnè fa-
chant oppofer aux maux qu'ils redoutent'
que des maux d'un genre contraire, on
vent combattre Tincre'd.ulite' par la fuper-
ftition, des projets chimériques d'e'gaîi-
te abfolue par l'apologie des diitinc-
tions humiliantes et des privilèges fans
fonctions, les maximes de la licence par
celles de la fervitude, et les faux fyftèmes
du dixhuitieme liècle par les préjugés du
douzieme.
Un grand philofophe a dit, que .la vérité
fe trouve toujours entre deux 'extrêmes. On
répète fans cplïe cet axiome et l'on oublie
fans ceffe fa juliè application. Parce qu'il
cit quelquefois arrive que des homme's ti-
mides'ou égoiftes ont voulu honorer du
nolll de modération leur lâcheté ou leur in-
différence, on croit afTez communément
que des principes modères font, des indices
de foibleffe; tandis qu'on ne peut éviter
l'erreur, qu'en adoptant de tels principes,
qu'il faut beaucoup de fermeté pour y refter
fidelle, et que les foibles fe paffionnent
pour les opinions exagérées, et paffent fug-
ceiTivement de l'une à l'autre.
6
L'îiïté'rêt perfonnel qui dans la révolu·
tion a produit tant de crimes, contribue
fréquemment aufii à répandre de faux fy-
Itêmes, parmi ceux qui veulent en expli-
quer l'origine. Si des hommes cruels pour
parvenir à la domination, fe font montres
infenfibles aux forrffrancea de leurs fem-
blables, il en eft d'autres, qui, croyant mieux
s'aflurer la jouiflance de tout ce qui flatte
leur orgueil, s'oppofent aux changemens les
plus utiles, lors même qu'ils ne nuifent
point aux gouvernemens établis et à la tran-
quillité des états. Il en eft à qui les abus
font devenus plus chers, qui regrettent ceux
que les lumières du 18e fiècle ont détruits,
qui s'attachent obstinément a ceux qu'elles
menacent et voudroient pouvoir rétablir
ceux dont les peuples font délivres,
On a fur tout taché depuis quelques
temps d'attribuer la résolution de France
et tous les crimes qu'elle a fait naitre aux
Philofophes modernes aux Francs maçons
et aux Illumine's. Plufieurs écrits ont été
publies fur ce fujet en France, en Allemagne
et en Angleterre. Ils ont été lus avec em-
preflement, ils ont fait une impreflion d'au-
7
tant plus vive, qu'on réuni pour la pro-
duire, tout ce qui pourvoit dispenfer de la
peine de réfléchir, tout ce qui pouvoit flat-
ter l'amour de l'extraordinaire et beaucoup
de préjugés et d'intérêts. On a fubftitue à
des catifes très compliquées, des caufes fini*
pies et à la portée des esprits les plus paref-
feux et les plus fuperficiels. Chacun s'eft
cru capable de prononcer fur des queftions
qui exigent de longues et nombreuses re-f
cherches. Toutes les explications font de-*
venues faciles. Avec les mots philofophes,
francs maçons et illumines, on accufe, on
condamne, on rend compte de tous les éve%
nemens.
Pluneurs de ces écrits déclarent la guerre
à tout principe de liberté, ou plutôt à la rai-
fon humaine. Ils outragent un grand nom-.
bre de perfonnes eftimables. J'aime à croire
que ceux qui les ont publiés, oitfete' égarés
par l'excès de leur zèle, aveug és pair l'es-
prit de parti mais quand on fe donne pour
le détenteur des bonnes moeurs et de la re-
ligion, on devroit mieux en obferver les
préceptes. On ne devroit pas fur des oui
dire, fur les conjectures les plus frivoles,
8
hafarder des calomnies, et confondre le cri-
me et la vertu, l'extravagance et la raifon*).
Ceft pour rendre à la vérité un témoig-
nage folenmel que je publie à mon tour
quelques reflexions fur la prétendue influ-
ence des phitéfophes, des francs maçons et
des illumine. Si l'on pouvait croire d'a-
près ce que je viens de dire, que j'aie eu l'in-
tention de fervir un parti quelconque; qu'on
ait aflez de patience pour continuer cette
lecture, et l'on reconnoitra que le feul inté-
rêt que je me fuis propofé, eft celui de la
juftice.
*) L'ouvrage de Mr. le profefTeur Robifon intitulé
Proofs of a Conspiracy mérite une exception par-
ticulière. Il renferme des faits fur lesquels il a
été trompé par de faux mémoires et qui lui ont
dicté des conclurions que je ne puis adopter: mais
du moins tout y porte l'empreinte de la pureté des
intentions et l'on, y trouve des vérités très utiles.
S'il eft l'ennemi de l'impiété et de la licence, il
l*eft auflî du despotisme et de la fuperftition, et ne
regarde pas comme le dernier degré de la perfec-
tion de l'esprit humain, les voeux monastiques,
l'inquifition, le régime féodal et le pouvoir, ar-
bitraire.
cure, le vertueux Socrate, l'auftere Zenon, l*athée
Diagoras, remonté Diogene etoie*nt également des
philofophes.
Tout dans les ouvrages des hommes efi: un iné*
lange de bien et de mal, et même tout ce que nous
connoiiïbns dans la nature nous offre des ineonvé-
niens et des avantages. C*e6 ainfi que chaque ob-
jet peut fournir deux tableaux l'un pour la louan-
ge, loutre pour le blâme. Aux yeux de ceux qui
saifonnent le bien f© trouve là où il furpaffë le
rnal, et le mal là où les inconvénient l'emportent
fur le bien mais les hommes palîïonnés prennent?
le coté qui convient le plus à leurs, intérêts ou à
leurs affections du moment. Ce qui leur eft con-
traire leur paroit horrible ce qui fert leurs projets
eft fans défaut. En exagérant les inconvéniens de
ce qui eft bon, ils peuvent le peindre comme af
freux, et les avantages dé ce qui eft mauvais, ils
peuvent le peindre comme fublime. C*eB ainfi que
J. J. RouiFeau voulant féduire par la nouveauté, et
:{le rappellant que les erreurs des favans et les maux
qu'elles peuvent produire, eft parvenu à représenter
l'ignorance comme plus utile que le favoir. C*eft
ainfi que d'autres ne s'arrêtant qu'aux exemples d'e-
nergie de dévouement, de vertu, qu'on rencontre
tous les genres d'étude
et de tout ce qui mérite notre
et. notre respect, la religion même. Au nom de la
religion, que de crimes ont été commis, que da
a été répandu fur la terre SI vous oubliez Ces
bienfaits, fi lie retracez que les fureurs du fa*
natisme vous pourrez à l'imitation de
quelques en faveur de l'athéisme»
II en cet égard de la phiîofophie comme
de la religion. Il facile de la repréfenter fous
Les hommes font environ
nés de tant que fouvent ils font conduit*
à l'erreur, même par leurs efforts pour
Il n'eft donc pas furprenant que dans îes écrits de»
des réflexions* utiles fe trouvent fi
ses font bien plus peruicieuies encore, lorsqu'ils ne
font pas diriges dans leurs travaux, par des inten-
tiens pures et défintérefTées, lorsqu'ils s'occupent
plus de leur célébrité que du bien public, du foin
de pîaire aux hommes que de celui de les ferviri
lorsqu'ils attaquent d'anciens principes non parce-
qu'ils font convaincus de leur fauflTeté, mais pour
la gloire d'attacher leur nom nou.
-On a vu parmi les philofophes de tous les
pays, des malheureux dont la raifon et la confcien-
ce étoient affoiblics par l'excès de leur orgueil, qui
cependant avoient confervé tous les dons de l'ima-
gination, tous les moyens de perfuader et qui fou-
tenoient avec éloquence des opinions conçues dans
le délire. On en a vu dont l'ame deflféchée par l'é-
goisme n'appereevoit plus l'ordre de l'univers et
l'intelligeuce fwprême pour qui tout étoit l'oeuvre
du hafard, tout étoit incertitude, la juitice une
convenance, la vertu un calcul d'intérêt, les plai-
firs des fens le fëul bonheur.
Gomme dans le îgeme fîècle, les fciences et la
littérature ont été plus cultivées que dans tous les
autres fièclea connus, il a produit un plus grand
nombre de philosophes dangereux ou de fophiftes,
devoirs les les
principes religieux les plus refpectables, comme des
préjuges de l'ignorance.
Mais ce feroit le comble de l'ingratitude que
de coniidérer fous ce feul afpect les travaux des
philofophes. Quel eft le fort des nations qui man-
quent d'hommes affez courageux pour s'élever au
dellus des opinions vulgaires, pour foumettre à
leur examen, les préjugés de la multitude? Qu'étoit
l'Europe avant que les philofophes de la Grece euf-
fent répandu des préceptes de morale et de législa-
tion que les Romains s'emprefferent d'adopter? et
lorsque le. despotisme des empereurs et enfuite la
domination des barbares eurent, replongé cette par-
tie du monde dans les ténèbres de l'ignorance, qui
adoucit par degré la férocité dés moeurs, la fervi-
tude du peuple et la tyrannie du régime féodal, Il
ce n'eftle retour de la philofophie, c'eft a dire les
efforts de quelques hommes de génie pour marcher
fur les traces des anciens philofophes et pour-ajou-
ter aux lumières qu'ils avoient transmifes?
Avant la révolution françoife les philofophes
avb-ient détruit dans plufieurs états, l'intolérance
religieufe qui a caufé des proscriptions 1i cruelles,
14-
languir en France dans les prifons, un grand nom-
"bre d'hommes, parée qu'ils refufoient de penfer fur
la grâce comme le pape et le roi, qui dans le même
temps et le même pays à fait égorger des minières
du culte proteftant, avec tout l'appareil d?la juftice*
arracher des enfans des bras de leurs mères, pour
les élever dans la religion dominante, et fuppofer
par un rafinement tyrannique, qu'il n'exiiloit que
des catholiques romains; qui a flétri les époufesdes
proteftans du titre de concubines et coniidéré leurs
enfans comme le fruit du libertinage. Nos philo*
fophes avoient fait rougir les inquifiteurs d'Efpag*
ne, de Portugal et d'Italie, de leurs fa^rifices de
fang humain. Quoiqu'ils n'euiTent pu leur faire
perdre tout leur pouvoir, ils avoient du moins
éteint leurs bûchers et brifé les glaives de leurs
bourreaux. Ils avoient diminué dans les pays ca-
tholiques rotriains, le nombre de ceux qui par un
zeîe fuperftitieux,ou par un effet de la réduction et
de l'avidité dé leurs familles, s'enfeveliflbient pour
toujours dans des monafières, cômmettoient un lui-
cide civil et moral et s'expofoient, s'ils ne confer-
voient pas les mêmes opinions, à paffër leur vie dans
le défèfpoiri Ils avoient engagé les fouverains à
multiplier dans les tribunaux, les précautions en
i5
ils
fupplices. Ils
et fouvent avec fuccès, plus d'é-
protection pont
pour les malheureux.
dé Pefcîavage des
nègres et forcé tous les hommes, n'ont pas un
defirer l'abolition lente et gra-
en garantiffant le*
maîtres de la ruine et en les mettant à l'abri du ref-
leurs efclaves. Les
philofophes n'avoient pu cependant malgré leurs
efforts obtenir encore en France la réforme d'un
grand nombre d'emplois inutiles et des privilèges
dont jouiiToit une multitude d'oififs, fous le prétexte
qu'un de leurs ayeux avoit poffedé un fief, avoit
été armé \hevalier ou avoit acheté des offices.
Ils n'avoient t pu faire fupprimer des droits de fer-
vitude perJSonnelle, qui accabloient encore les habi-
tans des campagnes dans plulîeurs provinces. Ils
avoient inutilement demandé, qu'il fût permis aux.
cultivateurs de racheter les droits perpétuels établis
fur leurs poiïeJnons* Ils n'a voient pu faire cefler
la déprédation des finances, le régime oppreffif
des fermes générales, la partialité dès tribunaux)
1
jouiflbient de quelque crédit, le fcandale de la vé-
nalité des offices, l'arbitraire des jugèmens, la mul-
titude des gens de loix, l'ohfcurité des loix, le dé-
faut abfolu de fureté pour les hommes fans pouvoir
et fans fortune, fans ceffe expofés à des emprifon-
flemens au gré de l'autorité militaire, au gré de
cent autorités civiles, qui rivalifoient à qui prouve-
roit le plus de puilTance.
Tels font les titres de gloire de la philofophie
du i8eme Jiecle. Qu'on biame, j'y confens, le res-
pect ftupide du vulgaire pour les talens dont on
abufe. Qu'on blame l'admiration des fots, pour une
éloquence menfongère deltimée à embellir des para-
doxes, ou à détruire les fondemens de la morale;
qu'on voue au mépris cette foule de poètes vil*
flatteurs des vices des grands, qui s'efforcent dé
rendre ridicules la pudeur et la fidélité conjugale,
qui vantept l'adultère, la proftitution, la corruption
de l'innocence et la perfidie des féducteurs. -Ah
fans doute, il feront temps qu'on s'éclairât fur la
véritable gloire, que les feuls ornemens du dis-
cours ne pufient fuffir.e pour illustrer un écrivain
que le bon fens, que la morale fuffent des condi-
tions indifpenfables pour leur mériter i'eftime pu?
17
'2
me des citoyens dangereux. Et qu'eft-ce en effet
que le talent d'écrire fans le zele de la vérité,
fans l'amour de la vertur Un art funefte qui
peut te concilier avec la bauefïe de l'aine, avec
un égoisme révoltant, avec un efprit faux, avec
un défordre d'idées qui approche de la démence.
L'homme obfcur, qui juge fainement et dont les
intentions font pures, devroit être millefois pré-
féré à ceux, qui, pouva'nt confacrér au fervice de
leurs femblables les heureux dons qu'on appelle
éfprit ou génie, les réfervent êxclulivement pour
des moyens de fortune, ou pour obtenir des ap.
plaudiffemens. Mais en flétriffant les auteurs qui
n'ont eu d'autre but que d'exciter les pallions, il
faudroit craindre de confondre avec eux, ceux
qui par des écrits utiles ont été les bienfaiteurs
du genre humain. Il faudroit favoir diftinguer,
même dans les ouvrages des philofophes qu'on ac-
cufe des erreurs les plus funeftes, ce qui peut
mériter l'approbation des gens de bien. Platon
qui avoit une théorie politique fi abfurde dans
fon livre de la république, avoit oublié fes folles
et éloquentes rêveries, quand il remit à fon disciple
Dion un plan de gouvernement pour fyracufe.
Ce plan renfermoit des idées moins brillantes et
18
mais par cela même plus fages,
plus propres à faire le bonheur des Syrâcufains,
s'ils euffent alors été dignes détre libres. Repro-
chez à Voltaire, d'avoir attaqué les principes les
plus refpectabîes, d'avoir profeffé le mépris de tous
les cultes avec un fanatisme odieux, d'avoir ou-
tragé la pudeur et fait l'apologie du luxe et de la
volupté, de s'être avili jusqu'à prodiguer fes louan-
ges à des hommes injuites et puiifans, d'avoir cou-
vert d'imprécations et d'injures groffières, ceux qui
réfutaient fes opinions ou refufoient de lui rendre
hommage: mais n'oubliez pas, que Voltaire a.ter-
raffé la fuperftition et l'intolérance, qu'il a fouvent
défendu les droits des malheureux, qu'il a conitam-
ment lutté contre des préjuges barbares et n'a ceffé
de recommander la paix et l'indulgence. Reprochez
à J. J. RoufTeau d'avoir détourné de fa véritable de-
ftil1ation, la vive fenfibilité qu'il avoit reçue de la
nature en s'occupant trop conftamment de lui
même, en fe préférant à tous ceux qui l'environ-
noient, de n'avoir jamais eu ni ami, ni maitrefTe,
après avoir été le peintre le plus éloquent des affec»
tions du coeur humain d'avoir abandonné fes en-
fans et de les avoir confondus parmi ceux de la dé-
hauclae, après avoir tracé d'un ftile fi touchant les
devoirs des pères. Reprochez lui d'avoir préféré la
*9
la civilifation, d'avoir préienté fur cette même ci*
viîifation des rêves obfcurs et chimérique* enfin
d'avoir ofé fe dire un homme vertueux en eaccu-
fant dans l'hiftoire de fa vie, de pîùileurs actions.
criminelles: mais profitex de fes heureules contra.'
dictions, voyez avec quelle énergie, il condamne
l'athéisme t comme il fait aimer les devoirs des ci*
toyens, des époux* et des parens; quel profond
mépris il infpire pour les moeurs corrompues
comme il forme le coeur à la pitié comme il dé*
peint les ravages du luxe, les maux que caufent là
frivolité du grand monde, le mauvais ufage des
richeffes et les fophismes des philofophes. Lifez
Emile et malgré les érreurs que ce livre renferme,
malheur à vous, fi vous n'éprouvez pas le befoin dé
devenir meilleurs.
Au lieu de proferire les phiîofophes les îiùm»
nies éclairés doivent donc profiter; de tout ce que
leurs méditations peuvent offrir de jufte et d'utile.
Ils doivent garantir les jeunes gens du poifon des
fauITes doctrines, et lorsque ldur âge et leur infinie*
tion les rendent capables de juger par eux mêmes,
ils doivent les exercer à féparer avec difcernement
la vérité de l'erreur, et à réfuter les déclamations
2O
faux paradoxes. J'avoue que des hommes corrom-
pus ou pafhonés fe laiiTeront facilement égarer, par
un refpeet aveugle pour les fophïsmes de quelques
philofophes célèbres. Cet inconvénient eft inévi-
table mais fans la philofophie, on fe tromperoit
bien plus fonvent encore. Pour une fau1fe opinion
qu'eUe-aura créé, vous compterez mille préjugés fu-
iieftes qu'elle aura vaincus. Ne détruifons pas la
plante qui nous nourrit parcequ'elle nourrit en me-
me temps des animaux venimeux. Suppofons mê-
me qu'on put accufer la philofophie, de tous les
maux produits par la révolution de France, fau-
elroit-il ne prononcer fon nom qu'avec horreur,
et mettre obftacle pour l'avenir à la recherche de la
vérité? cette cruelle expérience ne fera telle pas
pour les philofophes eux mêmes, un grand fujet de
méditation ? que diroit- on d'un homme qui parce-
que fes yeux l'ont trompé, fe condamneroit à deve-
.nir aveugle, pour ne pas fe tromper une feconde
fois?
Quand on s'écrie qu'il n'y eut jamais de telles
atrocités, on exprime une jufte indignation, une
jufle furprife de ce que dans un fiècle éclairé on
a pu les commettre mais ceux qui connoiflent l'his-
furent et de forfaits. Ils fa*
vent que les cruautés exercées pendant la captivité
du roi Jean- pendant les querelles des bourguig*
nons et des armagnacs, et celles des ligueurs et
des protefîants n'etoicnt pas ordonnées par des phi-«
fofophes *).
Il faut remarquer une différence extrême, >
entre les érreura que produit la philofophie et
celles que produit l'ignorance. Les éffets des
premières peuvent indiquer aux philofophes la vé-
ritable route, au lieu qu'il faut une longue fuite
de fiècles pour faire fortir un peuple de l'état de.
harharie et pour ranimes le goût des fciences,,
dans les pays, où l'on a détruit pour l'intérêt du,
dêfpotisme, la liberté des penfees et des discours.
Quand le duc de Bourgogne faifoit périr dix mil-
les perfonnes dans la capitale, et qu'une populace
féroce prenoit plaifir à déchirer, à bruler, à rotir
des hommes vivans, on n"avoit pas à fe plaindre
de l'influence, de l'éfprit- philofophique car un
foldat bourguignon ayant frappé d'un coup d'épée,
une ftatue de la vierge, le peuple le mît en piécea
et n'héfua point à croire, que le fang avoit jailli
de la ftatue fous les coups de l'impie.
il donc vrai que les philofophes ont corn»
mencé la déftruction de l'ancienne forme du gon"
vernement de la fiance? je fais que cette afîertion,
eft généralement foutenue et par ceux qui veulent
leur en faire honneur, et parlceux qui veulent leur
en faire un crime; mais je crois, que la révolution
a été produite par des circonftances qui leur font
abfoluement étrangères. Je vais let retracer le plus
rapidement qu'il me fera pénible, et l'on jugera
des motifs qui déterminent mon opinion.
La chute de l'ancien gouvernement a été précé-
dée par raffoihliffement lent et graduel de l'auto-
rité du monarque. Les cours fuperieures de juftice
étoient devenues les rivales du trône après avoir
été les inftrumens de fa puiffance. Elles étoient
parvenues à former des corps indépendans, à fe
referver le choix de leur membres, ainfi que l'exa-
men et le jugement des accufations portées contre
eux. Les édits publiés par le prince, ne deve-
naient des loix que par leur approbation, et e'ies
n'obfervoient ces Ioix qu'autant qu'elles ie jugoient
convenable. Elles en faifoient elles même fans atten-
dre fon aveu; elles punilroient ceux de fes agens qui
ne reconnoiffoient pas leur fupiématie. El1es pou-
Foient fans péril violer toutes les formes protectri-
*3
ces de l'innocence, lorsqu'elles prononçofeht dans
leurs propres intérêts, contre les perfonnes qui
s'expofoient à leur haine, en conteftant la légitimité
de leur pouvoir*).
On fait qu'un des intérêts les plus généralement
fentis par la multitude eft celui de la diminution
des taxes. Les parlements avoient donc acquis par
leur réUftance aux nouvelles impofitions, une gran-
de popularité et l'autorité royale avoit perdu la
Tienne, fous Louis XV par le mauvais emploi des
revenus, par des taxes oppreffives et le fcandale
des moeurs de ce prince, et de la pluspart de fes
courtilans. Il re.Colut de mettre un terme à la puif-
Aucun avantage ne pouvoit balanoer pour les per-
fonnes éclairées, le terrible inconvénient de ces
corps au detfus des loix et non refponfables ayant
droit de vie et de mort fur les citoyens, et com-,
pofés d'hommes qui avoient acheté leurs emplois.
Il y avoit beaucoup de juges, dont les intentions
étoient pures et les connoi-ffaiices distinguées mais
on peut dire en général des parlemens dë francc,.
ce qui'ils avoient dit eux mêmes des jéfuites c'eft^
que malgré le caractère refpectable d'un grand
nombre d'individus, il y avoit dans leur confti-
tutiou un vice eCfentiel qui fubordonnoit tout au,
défir d'accroitge leur. pouvoir.
fance dés cours de juMee: mais c'étoit pour fauve»
un coupable, et l'opinion publique fut en leur
faveur.
Louis XVI cédant aux inftances de ceux qui
l'environnoient, eut l'imprudence de rétablir Tant
cienne compétition des tribunaux, à qui ce triom»
phe donna plus de crédit et plus d'orgeuil. Il
n'étoit pas impoffible à l'autorité royale de s'en
délivrer une féconde fois. Il falloit que le
prince fuivit les mêmes mefures, qui dans les liècles
précedens avoient détruit l'indépendance des polV
feffeurs de fiefs. Il falloit fe concilier l'afFection du
peuple, protéger dans toutes les circonftances la li-
berté des individus contre les jugemens arbitraires,
diminuer les impôts et retrancher les dépenfes inuti*
les: malheureufementLouisXVIavecdesintentions
pures n'avoit aucune fermeté dans l'exécution de
fes projets. Un de fes miniftres, le vertueux Tur"
got vouloit fupprimer les corvées dés grands che-
mins et faire contribuer tous les proprietaires à
leur construction; le parlement de Paris s'écria
qu'on alloit reuveder la monarchie par la confufion
des rangs, et Turgot qui fe propofoit d'opérer gra»
duellement et fans nuire aux poflefleurs de fiefs,
des Serres et des perfonnes, fut
facrifié aux clameurs des parlemens et des privi-
legiés. Necker qui defiroit que la législateur ne
fut plus forcé de cômpofer avec treize parlements,
qui furtout ne négligeoit aucun moyen d'intro-
duire l'ordre et l'économie dans les depenfes, fut
privé de fon emploi malgré l'éftime, générale dont
il jouiffoit. Les prodigalités fe renouvellerent,
les miniftres trompèrent le peuple en lui annonçant
une profpérité qui n'exiftoit pas, et même l'exfiinc-
tion prochaine de la dette publique. Pendant que
la nation étoit dans cette fauife fécurité le désort
dre s'accrut à un tel point qu'il fallut enfin révéler
le fatal fecret de la detrefle des finances et s'occu-
per des moyens d'obtenir de nouvelles taxes. On
relolut d'augmenter les contributions des privilégiés.
On s'attendoit à la reliftance des parlemens; on
crut la prévenir en convoquant une affemblée de
notables compofée de la manière la plus propre 4
féconder les intérêts de la cour, elle lui fut cepen-
dant contraire, et ne diffimula point fon mécon*
tentement. Un cri général d'indignation s'éleva
dans toute la France M. de -Calonne fut renvoyé
du miniftère. Brienne le remplaça et voulue
forcer les parlemens à autorifer de nouvelles taxes»
Celui de Paris irrité de ce qu'on refufoit de fou-
mettre 4 ton examen, l'état des recettes et des de-
oubliée de puis Suivant
revenus de et
me pouvoir obtenir aucun fubfide fans le contente*
ment libre des contribuables. Il demanda une con-
vocation des états. généraux qui n'a voient pas été
aflemblés dépuis Cette propofition fut répété©
par les autres tribunaux et fut accueillie avec trans-
-Fort, par tous les ordres de l'état. Ceux mêmes qui
fetoient le plus ennemis de ta trop grande autorité
des juges crurent voir dans la convocation d'une
de repréfentans du peuple, le moyen,
d'obtenir fans troubles une confîitution libre et de
faire ceffer la confuiion des pouvoirs, qui rendoit
impoffible la réforme des abus, qui n'expofoit pas
les citoyens, il eft vrai, à une tyrannie cruelle, in-
compatible alors avec les moeurs et les lumières de
la nation, mais qui favorifoit le désordre dans les
finances, fubftituoit l'arbitraire à l'autorité desloix,
privoit le gouvernement de toute énergie, rendoit
Son adminirtration foiblë et incertaine et entrete-
uoit Pin-quiétude et le mécontentement dans toutes
les elaiTes du peuple,
Puisque les juges fupérieurs, chargés de faire.,
s ûhèit au roi, appelioient eux-mêmes le peuple à la
le prince, qu'en cédant aux voeux de la nation,
en fe hâtant de traiter avec un nombre de proprié*
taires affez conlidérable, pour former un parti
puiffant en fa faveur. Presque tous les états "gé-
néraux précédens avoient été de peu d'importance,
parce qu'on pouvoit fe paffer de leurs fubddes et
qu'alors les revenus du domaine royal fuffifoient
pour l'ordinaire aux befoins du fige; mais les nou-
veaux, quelque fut leur coinpofitioo, aiîoient deve-
nir les difpenfateurs de tout le revenu public, con-
féquemment les maîtres abfolus du premier report
de l'autorité. Toute la nation demandoit qu'ils
fuffent périodiques, qu'ils partageaient avec le roi,
le pouvoir législatif et que les miniftres fuffent re«
fponfables. Ainfi le gouvernement alloit être changé,
Si le prince fe conduifoit avec fermeté et prudence,
la monarchie jusque là fimple en apparence, arifio*
cratique en réalité, pouvoit n'être pas détruite:
mais elle devoit nëcéffairement recev oirun mélange
de démocratie; elle devoit tomber, fi dans une par*
eille crife, on luttoit fans ménagement contre les
voeux du peuple. Les minières voulurent conjuree
l'orage; ils entreprirent de rendre au ro:, un pou-
voir fans; limite, par des loix abfurdes et révoltan»
tes qui renfennoieut quelques difpeftticns falutaires.
Ils virent fe déclarer contre eux, le cierge la aob»
lefle, la capitale, la plupart des villes de France,
tous les tribunaux, même un grand nombre de cour-
tifans. Ils firent marcher des troupes; les officiers
invitèrent les foldats à protéger les mécontens
et l'opinion publique vouoit à l'infamie ceux qui fe
de claroient pour l'obéifTance. Tous les moyens de
contrainte fe briferent dans les mains des agens du
monarque. Il fallut céder, il fallut promettre fo*
Itinnellement la convocation des états-généraux,
et renvoyer les ministres devenus les objets de la
haine de tous les François,
Voila donc une révolution nécéffitée par des
caufes qui n'ont pas le plus léger rapport avec les
philofophes. Eft ce la pliilofophie qui a créé la
vénalité' des places de juges, leurs prétentions et
leurs différends avec la courronne ? Elt> ce la phi*
lofophie, qui a produit la ruine des finances? Sont-
ce les philofophes feuls qui ont profité de ces cir*
confiances» pour entreprendre, de fixer des limi-
tes au pouvoir du monarque, pour obtenir une in*
tervention nationale dans l'établiffement des loix et
des impôts. Il faudroit donc confidérer comme des
pb.ilofopb.es, tous les membres des parlemens, ceux
de TaJiFeinbléç du clergé de France <rui-fit au roi des
remontrances énergiques pour féconder les voeux
du peuple, tous ceux qui avoient quelques princi-
pes de juftiee et quelques fentimens d'humanité;
car tous les hommes d'honneur, non feulement en
France, mais encore dans toutes les parties de l'Eu-
rope, ont applaudi à ce concours unanime des Fran-
çois qu'on croyoit dirige vers la liberté et le ton-
heur. Je fais que bien peu deperfonnes ont la bon-
ne foi d'avouer aujourdhui l'opinion qu'elles avoi-
ent alors; mais que ceux de mes lecteurs qui veu-
lent être impartiaux confultent fur ce fujet leur
confcience et leur mémoire.
Si les François n'avoient eu que des idées
d'obéiflance paiïive il auroit été facile au roi de
vaincre la réfiftance des tribunaux, et le peuple fe-
roit refté le froid témoin de leurs querelles: mais
on aimoit depuis longtems ia liberté, fans en avoir
une connaiffance exacte, fans avoir prévu qu'o.n
auroit un jour l'occafion d'y parvenir; et quand
cette occaiion fe préfenta, on la faifit avec un en»
thoufiasme univerfel qui paralyfa toutes les forces
de la monarchie. On a dit que ce défir général de
la liberté étoit infpiré par les philofophes mais la
liberté eft elle donc une invention des temps mo-
dernes ? N'y a-t-il pas dans tous les hommes un

qui les avertit qu'ils ne font
qu*il% n'exifient pas pour le gouvernement mais
que le gouvernement exipte. pour eux; qu'ils doi-
vent être fournis à des règles fixes établies pour le
bonheur général et non pour l'intérêt d'un individu
ou d'une claffe particulière? à moins que leurs feni
timens ne faient dépravés par une longue habitude
de la fuperftition et de Pefclavage, il lewr eft facile
de reconnoître qu'ils tiennent de la nature les droits
de la vie, de l'honneur, de la proprieté et du libre
ufage de leurs facultés, dans tout ce qui ne nuit pas
aux autres et ne bîefle pas l'ordre moral. Le res*
pect de ces droits naturels et la protection que
1'état leur accorde forment la libuté civile qui eft
un devoir de tous les gouvernemens monarchiques
ou républicains; et s'il arrive que cette liberté foit
fouvent enfreinte, les peuples font difpofés à pro-
fiter de toutes les cireonltances favorables pour la
garantir par la liberté politique: c'eft à dire, par
les limites dont ils entourent le pouvoir qui s'eft
écarté de la juftice*)»
*) Our own feelings tell us how long, they oughl
to liavë fubmitte4 and at wliat moment it wouid
have been treachery to theraselves, not to have
refifted. Lettres de Junius.
,3»
laume Tell n'avoit point lu d'ouvrage philofophi-
que, quand il fut indigné de l'infolence du Bailli
Gefsler et qu'il réfolut de braver le tyran. La con-
ftitution d'Angleterre et la révolution des. états-
unis d'Amérique, ont bien plus contribué que la
philofopliie moderne à répandre en France des idées
de liberté. Ces idées étoient furtout entretenues
par les remontrances des parlemens qui fouvent
même oppofoient aux volontés du roi, des princi-
pes exagérés, des maximes dangereufes, et que ce-
pendant on ne peut accufér d'avoir aimé les .philo-
I fophes, car ils faifoient bruler leurs écrits.
Il ëft vrai que plus les hommes s'éclairent,
plus il devient difficile de les réteriir dans la fer-
vitude, et que la philofophie, en tes inftr.uifant
de leurs droits fortifie l'amour de la liberté; et
voila pourquoi lès tyrans ont toujours fait de
grands efforts pour abrutir l'éfpèce humaine. De-
puis la renaiffance des lettres le fort des Euro-
péens s'efi de plus on plus amélioré. Les mal*
heurs produit par des idées d'une fauITe liberté
doivent faire mieux fentir le prix de la véritable*,
et non faire regretter- la barbarie des temps d'ig*
ou envier la trifte fituation des jtupides
hahitans de l'Afie qui languiffent depuis tant de
fiècles fous le joug du défpotisme..
Combien il eft abfurde de fuppo£er que la
révolution de Trance foit le téfultat d'une conju-
ration j'attejfte ici la bonne foi de tous les Fran-
çois impartiaux. Perfonne ne penfoit en France
en 1787 aux moyens de changer le gouvernement.
On cenfuroit, on ridiculifoit les fautes de l'ad-
îBÏniftration mais on ne s'occupoit pas du foin
de les prévenir.
Un ouvrage qui paroit avoir été accueilli, ac
cufe un comité qui fe tenoit dit on chez le Ba-
ron d'Holbach, On nomme parmi les membres de
ce comité, le célébre écrivain la Harpe, le garde
des fceàux Lamoignon et' Mr. de Grimm de Gotha.
Le premier n'a pris aucune active part à la révolu
tion il a été longtems prof crit pour en avoir condam-
né les excès. Le fecond a fait tous fes efforts pour
empêcher les état-généraux et pour rendre abfolu
le pouvoir de Louis XVI il s'eft tué lui même, de dés-
efpo-ir, de n'avoir eu pour prix de fes travaux que la
haine publique. Mr. de Grimm a quitté la France
pendant la révolution, et il eft encore au fervice de
l'Empereur, de Ruffie.
33
3
On a^cufe les économiftes dont la plupart étai.
ent des hommes refpectables. Cette fecte pliiloio-
pliiqne à la quelle on peut reprocher fa théorie de
l'impôt unique furies terres* le ton emphatique de
fes écrivains, l'aflectation ridicule de leurs expref*
lion*, à laquelle on doit cependant pluneurs ob-
fervations très importantes fur les abus qui nuifent
à l'industrie et fur les moyens d'augmenter la pro'
fpérité publique, cette fecte avoit en général des
principes très oppofés à ceux de la révolution, et
qui même n'étoient nullement favorables à 3a liberté
politique. Le! économises vouloient*) qu'on eut le
plus grand refpect pour la propriété, que l'induftrie
fut délivrée de toutes fes entraves, que tous les Loin-
meifufTenttraitësavecjuftice; mais ils vouloient uni*
té de pouvoir., un defpotisme légal. C'eft ainfi qu'ils
appelloient l'autorité d'un monarque qui feroit ob-
ferver la grande loi naturelle du refpect des proprié-
tés, dont les loix politives ne feroient que le déve-
loppement. La puiflancedufouverainnedevoitêtré
tempérée que par les lumières et par fon intérêt
perfonnel à la généralité des avances**). Il devoit
*) Voyez l'inftruction populaire fur les droits et les
devoirs de l'homme imprimée en
Les économiftes donnoient le nom d'avances a tous
les travaux de l'agriculture, Ils appelloient pro*
34
avoir la propriété confiante d'une partie du produit
net de toutes les terres. Les économistes ne défa-
prouvoient pas les alTemblées nationales; mais ils
ne confentoient point qu'eues prononçaient fur
les impôt' yls ne leur laiffoient d'autres droits que
le foin d'indiquer les améliorations et de recevoir
les revenus perpétuels du iouverain.
Quelques anciens économises fe font écartées
de Cette doctrine dans le cours de la révolution;
mais tant d'eccléliaftiques, tant de militaires ont
montré beaucoup de zèle pour des principes démo»
pratiques; dira t .-en que la religion et l'armée
étoient des écoles de démocratie ?
Des hommes qui plaignoient la lituation mal-
heureufe des nègres, qui defiîroient leur liberté,
avoient formé à Paris un comité fous le nom (Tamis
des noirs* Ils ne calcul oient peut- être pas affez la
trifte nécéffité d'agir avec lenteur, lorsqu'on veut
réparer des maux anciens afin d'éviter d'eu caufer
de nouveaux mais leur intention du moins étoit
digne de l'intérêt de tous les vrais chrétiens et des
duit net le profit du cultivateur au delà du rem-
botufeihent de toutes les dépenfes qu'il avoit faites
pour labourer et pour femer.
M
hommes probes de toutes, les opinions. Parce que
plusieurs de ces amis des noirs les uns égarés par
l'exaltation de leur zèle pour leurs femblables,-
d'autres par l'orgueil ou l'ambition,, ont protégé des
crimes dans le cours des troubles de la France, ou
foutenu des fyftèmes dangereux; des applogiftes de
la fervitude difent aujourdhui qu'ils avoiens pré-
paré la révolution. Ils oublient, que des perfonnes
autrefois membres de cette fociété, ont défendu les
principes les plus juftes et montré le plus grand
courage. Ils oublient que ni les amis des hoirs*
ni le prétendu comité du Baron d'Holbach n'ont pu
opérer la ruine des finances et diriger les délibéra-
tions des notables, des tribunaux, du clergé, et
de la noblefîe»
je ne puis nier que dans le nombre de ceu&
qu'on appelloit philofophes, il n'y eut des hommes,
qui trompés parle fens littéral du mot liberté, la con-
fidéroient comme l'exemption de toute contrainte, et
publioient en'attaquant le defpotisme d'un feul$
des maximes favorables au defpotisme populaire.
Mais je me plains de ce qu'on a taché de confondre
avec eux les amis de la véritable liberté, qui n'eft
autre chofe que la réunion des moyens nccaLïmies
pour la protection de la juiiice*
On a m's d,ans
rankdent les principes de la constitution d'Angle-
terre, les écoimmiltes qui la détefloient, et J. J.
îloufleau qui regardoit les Anglois comme des es-
claves. L'iîîufire Montesquieu
un confpirat'îur. Il avoit foutenu que le pouvoir
judiciaire [croit trop terrible dans les mains d'un
roi., et qu'il ne devoit jamais remplir les fonctions
de juge. Un eceléfialtique françois qui a publié à
3Londres quatre volume. fur les prétendues confpi-
rations, caufes de la révolution de France, a trouvé
cette doctrine criminelle il penfe que les hommes
ne peuvent être trop afîujetis à l'autorité des princes.
Il croit révéler au monde l'infamie de Montesquieu,
pareequ'il a découvert que ce grand homme deliroit
la deftruetion des Jëfuites qu'il les accufoit de
transformer les monarques chrétiens en defpotes,
et qu'il vouloit du moins conferver à fa patrie le
peu de liberté dont elle jouilfoit. Dans l'Efprit des
loi.t-, l'un- des plus beaux ouvrages que ce fiècle ait
produits il y â quelques défauts fans doute, quel-
ques, maximes, bafardëes. Les abus de la monarchie
françoife y font trop préfentés comme des bafes ef-
fentielles de toutes les monarchies Clmples mais il
n'y a pas un feul mot qui puifTe encourager à ren-
verfer par la violence, l'ordre établi dans un gou-
37
vernement quelconque, et furtout à transporter une
démocratie fans limites, au milieu d'un vafte paya
corrompu par les habitudes du luxe et de la
inollefle,
Parceque Montes^fuTeu, dans un chapitre fur la
conititution d'Angleterre a dit, qu'il n'examinoit
point fi les Anglois jouiflbient véritablement de la
liberté et qu'il fuffifoit pour fon de1fein qu'elle fut
établie par les loix, l'écrivain dont nous avons par·
le prétend qu'il ne regardoit pas les Anglois comme
libres: mais comme il fe propofoit feuletnen dans
ce chapitre d'analyfer des principes, ilavoitdû, pour
fe difpenfer de trop de détails, différer l'examen de
leurs effets. Cet examen fe trouve dans le cliapitre
27 livre 19 "voyons dit-il les effets qu'ont dû pro-
duire fur un peuple libre, les principes de fa con-
,,ftitution." Il en dérive tous les ufages do.minans
en Angleterre, les traits principaux du caractère
national, et il foutient que les coutumes desAn-
glois font partie de leur liberté. Il ajoute: ^cette
"nation aimeroit fa liberté parcequ'clle feroit vraie;
"elle fe chargeroit des impôts les plus durs, tels
"que le pouvoir le plus abfoîu n'oferoit les établir.
»Si quelque puiflance étrangère mettoit cet état.
»en danger de fa fortune ou de fa. gloire, pour
38
,,lors les petits intérêts cédant à de plus grands,
ptout fe réuniroit en faveur du pouvoir exécutif."
Pour prouver que Voltaire étoit entré dans
une confpiration contre le gouvernement monar-
chique, on a cité des vers de les tragédies en faveur
de la liberté; mais par la même méthode, on au-
roit pu prouver aufli qu'il étoit bon chrétien et
trouver dans les vers de Racine et de Corneille l'a*
poîogie de FafTafnnat. On ne devoit pas s'attendre
il voir indiquer comme une réflexion criminelle,
celle que les roi font rle la même efpèce <jue les au-
tres hommes. Après cela nous ne pouvons pas être
furpris, de ce qu'on lui reproche d'avoir eitimé les
provinces unies et d'avoir blâme les guerres (îe Fré-
deric II. Ainfi pour n'être pas un rebelle, il faudroit
croire qu'on ne doit jamais cenfurer les fautes des
princes, pas même les crimes d'une guerre entre-
prife par ambition. Il ne -ferait pas permis d'ai-
mer une république heureufe autant qu'une monar-
chie bien gouvernée et l'on devroit adopter des
principes révolutionnaires, contre tout gouverne-
ment qui ne feroit pas dans les mains d'un roi.
Voltaire ne peut pas être mis au nombre des
jjfnis eonftans de la liberté, il attachoit trop de
39
prixauhixe, à l'élégance des manières; il flattoit
trop les hommes en pouvoir. Pendant qu'il habi-
toit aux portes de Genève, il ne vit dans les que*
Rions politiques qui divifoient les citoyens, qu'un
fujet de fatyre qu'une querelle ridicule s'il eut.
véritablement aimé la liberté, il âurcit profité de
cette circonftance pour étudier fes effets, pour ju-.
ger les caufes qui la rendent orageufe et les moyens
qui peuvent la concilier avec le repos public;, pour.
diftinâuer les vices et les avantages de la canai.
tutio» d'une petite république il refpectable par le
patriotisme, les bonnes moeurs et les lumières de
fes hahitans.
Dans ces temps malheureux, on ne connoi^
plus d'autre vice et d'autre vertu, que d'être l'en-
nemi ou le partifan de tel ou tel fyftême politique,
La plus légère différence d'opinion fuifit pour li-
vrer à la calomnie, des hommes dignes. d'une venér
ration éternelle. Le bon, le refpectable Maleshei
bes eft aulTi compté parmi les philofophes confpir-7
teurs. Il eft aceufé, d'avoir fa vorifé la libexté, de la
prefTe. L'ecclcfiarHque françois qui l'accufe, ecnr
vant en Angleterre, a bien voulu permettre aux An-
glois les avantages de cette liberté mais faifant
les honneurs de fa nation il la, fuppofe indigne de
4o
publier fes penfées fans l'approbation d'une auto-
rité arbitraire. Maîesherbes, ce généreux défenfeùr
de la jujiice^ ne pou voit pas être dune telle opi-
nion. L'ennemi des lettres de cachet ne devoit pas
partager l'eiVvoi que la vérité infpire aux tyrans.
Le gouvernement pouvoit fe mettre en fituàtion
de ne plus la craindre, en s'occupant constamment
du bonheur du peuple en ceflant toutes les depen-
fes inutiles, en failant pefer indiltinctementlefcep-
tre de la loi fur tous les fumets du monarque; coin-
vie le vQuÎQÎt le préfident Dupaty, dont je fuis fur*
pris que les apologiftes de la fervitude ayent oublié
d' honorer la mémoire par l'iufcription de.fon nom
fur leur lifte des confpirateurs. Maîesherbes difent-
ils encore d'après une lettre de d'Alembert, avoit
laiffé circuler à regret plufieurs ouvrages religieux.
Il falloit donc que ces ouvrages fuffent bien fanati-
ques, bien dangereux pour le repos public; car
rame fenfible. et tolérante de Malesherbes étoit in-
acceîFihîe à tout efprit de parti. Aucun de ceux
qui font connu n'ignore qu'il étôit impofnble de
réuni!' plus de fmplicité de caractère à plus de nôb-
leffe de fentimens. Enfin on lui reproche d'avoir
..dit dans des remontrances prefentées à Louis XV
en au nom de la cour des aides de Paris, qu'il
fallait interroger la nation puisqu'on ne lui avoit
''Il il-
que foit la forme du gouvernement, ne doit- il pas
rendre le peuple heureux, et peut il y parvenir en
fes opinions ? Males-
herbes' étoit trop ëelairé pour croire que le peuple
put connoitre fes intérêts, lorsqu'il intervient tu-
multueufement dans l'adminiitration de l'état, Ja-
mais il ne fut partifan de l'anarchie ou de la démo-
cratie illimitée. Il a péri victime dea démagogues,
parcequ'il: ne voulut pas s'avilir en flattant leur or-
gueil, lui qui avoit confervé le caractère d'un hom-
me libre jusque dans la cour des rois. Quand il
propofoit d'interroger la nation, il fuppofoit donc
qu'on prendroit des moyens pour connoitre fes
voeux libres et réfléchis,
S'il faut en croire la plupart de ceux qui ont
écrit fur les caufes de la révolution l'influence des
chofes et des perfonnes qui ont le plus contribué à
la faire naître n'étoit rien auprès descelle de M.
Necker adminiftrateur des finances. Il étoit de Ge-
nèue, dit M. Robifon il vouloit porter en. l'ratace
les institutions de fa république. Mais il ne fuffit
pas d'être de Genève pour aimer le régime républi-
cain, et Il NecKer aimoit celui de fou pays, ce que
beaucoup de Genevois révoquoient en doute, il n'-é»
A--2
toit pas afl*e2
millions d'uorames dtiïTent être gouvernés comme
vingt cinq rnilles. Dans fon premier ininiftère, on
n'eut aucun motif de foupçonner qu'il fut ennemi de
l'autorité royale il fit au centra Ire tous fes efforts pour
la foutenir. Il avoit augmenté le crédit du tréfor pu-
blic etconféquemmentlapuifTancedela couronne, il
avoit obtenu l'hommage des cours de juftice, cenfeurs
obftinés de toutes les mefures des miniftres du roi.
On l'aceufoit dans ce tems là d'aimer la monarchie
àbfolue, en avouant que du moins il vouloit la. faire
fervir au bonheur du peuple.
On lui reproche aujourd'hui d'avoir dans fon
premier minière, ruiné les finances par des em-
prunts mais ces emprunts étoient-ils blâmables,
lorsque le gouvernement françois engagé dans la
guerre de l'indépendance des Etats unis d'Améri-
que manquait de relTources fuffifantes, lorsque les
privilégiés s'oppofoient encore à l'égalité des fubli-
des et, qu'il n'étoit plus poilible d'en établir de nou-
veaux ? ne. valoit.ril pas mieux emprunter pour le
moment du hefo in et fe procurer par une fage éco-
oomie les moyens de payer l'intérêt de la dette et
de l'éteindre p^r degrés ? étoit ce la faute de M.
Necher ii le tréfor public étoit épuifé? il n'étoit
43
aucune
part à la résolution de faire la guerre. Mais, dit on
encore, les conditions de ces emprunts, étoient
onéreufes à l'état. Il n'étoit pas en fon pouvoir
d'en obtenir de plus favorables. Ge qui le prouve,
c'eft que la plupart des fonds furent fournis par des
étrangers.
Jusqu'où peut aller la rage de l'efprît de parti
un eccléfiaïtique françois a oie dire, que Necker
ayant affamé le peuple pour le faire révolter, a bien
pu dans la même intention ruiner les finances, Ainf
l'homme dont la France entière. a'celc-bré la pro-
bité et les talens dont elle a béni l'admini-
itration, lorsque des troubles civils n'ont point
mis d'obftacles à fes projets d'ordre et d'écono-
mie, étoit un monftre capable pour le plaiiir de
bouleverfer fa patrie adoptive, de ruiner-la France
pendant fon premier miniftère et condamner les"
françois à la famine pendant le fécond. Celui que
jfai vu moi même en 1789 rejetter avec horreur la
propolition d'acheter les fufFrages de-quelques faux
amis du peuple; à qui j'ai reproché d'avoir trop
compté fur l'autorité de la raifon, d'avoir trop cédé
aux factieux par le dëiîr d'épargner -le fang humain,
et d'avoir trop redouté la guerre civile, vouloir donc
faire périr îles milliers d'inaocents par la faim,
quand il oaignoit d'eu faire périr un feul par le
fer des combats. Ne tentez-vous pas que vous
employez pour vos iyitêmes les moyens dont fai-
foient .ufage les fcélérats qui ont déshonoré la ré-
volution? des furieux maffacrèrent en Ber-
thier intendant de Paris, fous le prétexte qu'il
avoit accaparé les grains pour caufer une famine.
En formant des magafins, il avoit fécondé les in-
tentions de M. Necker. Ne blâmez donc pas des
intentés d'avoir pu croire l'infortuné Berthier
capable d'un tel forfait, puisque vous accu-
fez du même crime, celui dont il exéçutoit les
ordres*
Comme lî tout s'étoit réuni pour environner
la révolution de caufes de défordres il y eut en
et 1790 une difette de fubfiitances. Ni. Nec-
ker fe hâta de faire acheter du blé .dans l'étran-
ger pour former des magafins et il réfolut d'en
différex ia vente autant qu'il ferait poffible pour
ménager les refifotirces» L'auteur des mémoires
) du Jacobinisme cite le témoignage d'un magiftrat
de Rouen: ce parlement dit- il, avoit follicité la
permiflion de faire vendre des grains qui fe trou-
voient dam les magasins de la Normandie:
45
M. Idnc, dit cet écrivain, il
vouîoit affamer le peuple
Faut-il répondre à d'autres calomnies fur l'O-
rigine de *a fortune de M. Necker, à des calons
nies plus horribles encore contre fa vertueufe
époi.le, dont la plus confiante occupation fut de
foula wer l'inflige.. -ce et qui dans le cours de la ré-
volution partageoit fi vivement les fouiFranees des
victimes. Ponr prouver qu'elle protégeoit les cri-
mes du 5 et du 6 Octobre, on cite des billets for-
gés par î'impofture. On accufe auffi fa fille- d'à»
voir affecté de fourire le cinq Octobre i78p au mi-
lieu de la consternation générale. Et cependant
ceux de fes ennemis qui la connoiffent, font forcés
d'avouer, malgré les défauts qu'ils lui reprochent,
qu'elle poifede la vertu de la pitié, et qu'elle eft
toujours empreffée à venir au fecours du malheur.
Mais ne refutons pas de tels menlonges. Laif-
fons le fanatisme exhaler fa fureur. il ne trom-
pera que d'autres fanatiques incapables de nous
entendre.
On affûte que nos philofophes ont répandu
dans leurs écrits des principes d'égalité qui ont
contribué à faire naître la révolution. J* préfen-
fent nécéffaires pour apprécier la juftice ou i'inju-
fiice de ce reproche.
Les hommes confidêrés hors de toutîiën
tique font égaux en droits et ne font inégaux qu'en
forces c'eI't à dire, que l'un ne peut rien exiger de
la confcience d'un autre, que celui-ci ne pniffë
exiger de la iienne;
3Le but du gouvernement civil étant de l'roté-
ger la inftice, il doit détruire l'inégalité des forces
individuelles, en établiffant une force publique pour
faire refpecter Fégauté des droits naturels; mais
une force publique ne peut être établie faus créer
une inégalité de pouvoirs; c'eft à dire* fans créer
des fonctions avec une autorité et des prérogatives
particulières. Tous les hommes ne font pas indi-
ftinctement capables de remplir ces fonctions. Il
eft jufte cependant de n'en interdire l'accès d aucun
de ceux qui peuvent etre dignes de les exercer, car
tout privilège qui n'eft pas nécéffaire au maintien
du bon ordre, eft contraire à la jultice; puisqu'elle
ordonne de procurer a tous lés membres d'une afro-
ciation, les mêmes avantages autant que le permet
la fureté des alTociés* Les feules excluions rai-
des emplois, font cel-
les qui ont pour ohjet de s'apurer des taîens et de
la probité des officiers publics et de leur intérêt à
la profpérité de. l''état. Sous ce dernier rapport il
peut être nécéffaire pour beaucoup de fonctions
importantes, d'exiger des canditats une certaine
valeur en propriétés acquifes, comme caution de
de leur conduite future, comme gage de leur indé-
pendance. II y a même des formes de gouverne-
ments où quelques dignités doivent être héréditai-
res, parceque l'élection auroit encore plus d'ineon-
véniens que l'hérédité; telles font.les dignités des.
fois dans les monarchies et celles des pairs des
îles Britanniques,
Il y a donc dans toutes les formes de gouver-
nemens, une inégalité de pouvoirs relativement aux
fonctions, et quelque inégalité de droits politiques
relativement à l'admilïion dans les emplois. Il y a
furtout une grande inégalité abfolument inévitable
dans les réfultats du droit de propriété. Le droit
naturel de propriété eit fans doute le même pour
tous les hommes, Ils font tous fusceptibles d'ac-
quérir ce que perfonne ne potT'ede encore, ou d'é-
changer les produits de leur induftrie: mais les pro-
priétés acquifes ne peuvent être femblables* Leur
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valeur dépend du plus ou moins d'activité ou de
talens et de circonftances plus nu moins favorables.
Le développement de nos facultés tient efferitiel-
leinent à cette inégale diftribution des richeiFes,
fource de beaucoup d'inconvéniens mais en
même teins ba'fe indifpenfabîe de tout ordre
focial et principal mobile des travaux du corps
et de Fefprit.
Ainfi lorsque des philofophes ont dit que la
juftice eft une et la mêmes pour tous les hommes,
qu'ils doivent être égaux devant les loix comme
devant dieu, dans ce, qui n'eit pas relatif aux
fonctions publiques; quand ils ont condamné cette
multitude de privilèges onéreux, créés pour des
intérêts particuliers quand ils ont dit que l'iné-
alité de richeffes et de pouvoirs n'autorife point
l'oubli de l'égalité naturelle, et ne permet point
d'avilir et de méprifer ceux qui ne pofledent pas
les mêmes avantages, ils ont dit des vérités uti»
les, ils ont fait leur devoir: mais lorsque des en-
thoufiaftes ont condamné l'inégalité des fortunes;
quand ils ont publié des rêveb extravagans de par
tage ou de communauté de biens quand ils ont
fuppofé qu'on pourroit fe paffer de magîfirats, ou
que tous les hommes font capables de le devenir,
49.
4
quelque toit leur pauvreté et leur ignorance, et
que la décifîon doit toujours dépendre de la plura*
lité de ils ont enfeigné les erreurs
les plus dangereufes. C'eft en parlant de ce genre
d'égalité que RaynaL difoit que fi l'on tentoit de
l'établir, on dechaineroit des tigres. Mais les
écrits qui renfermoient de pareils principes n'avoi»
ent pas eu la moindre influence avant la révolution.
La multitude ne les lifoit ounelescomprenoit pas;
le discours de J. J. Rouffeau fur l'inégalité et la
diflertation de Mably /ur l'ordre naturel des focietés
n'étoient aux yeux de la plûpart des lecteurs que
des déclamations brillantes et des jeux d'efprit qui
ne comportoient pas un examen férieux, qui n'ex-
citoient pas plus d'intérêt que l'utopie de Thomas
Morus.
L'amour de l'égalité n'eft pas plus que la liberté
une invention des tems modernes; c*e& une incli-
nation naturelle du coeur humain qu'il faut régler
et concilier avec l'ordre public. Là oùlesprinci-
pes de la juftice font méconnus, les hommes puif-
fans s'efforcent de détruire cette inclination et d'a<-
baiffer leurs fembiables pour s'élever au deffus d'eux.
Il «ït même des pays tellement barbares, que la der-
ÔO
des animaux. Mais à mefure que la civilifation
fait des progrès on fe demande compté de cet ex-
cès d'orgueil etdebaffefle. Il -arrive une époque où
fans renoncer au rëfpéct qu'on doit a la mémoire
des grands hommes., et a l'intérêt qui en refaite.
pour leurs familles, on ne confent plus-à reeonnoî-
tre à leurs âescendans le droit d'humilier les autres,
en vertu d'un mérite qui ne leur.eft pas perfonnel,
où l'on ne confond plus avec la véritable illustration,
l'ancienneté de pouvoir ou de privilèges." Lorsque
le commerce et Finduftrie font pafler une-partie des
richeffes dans les 'mains de ceux qui ne font pas ap-
pelles nobles, et qu'ils n'ont plus de fupérieurs.en
lumières et,en fentimens d'honneur, il devient par
degrés nécedTaire de les afrocier aux mêmes avanta-
ges. C'eft ainfi que depuis longtems en Angleterre
une éducation libérale fans preuves généalogiques
donne la qualité de gentilhomme..On appeïçoit
maintenant dans- toute l'Europe, la même tendance
vers une égalité modérée dont nous venons d'indi-
quer les -caractères. Elle eft la fuite inévitable des
progrès de l'efprit humain, elle peut eaufèra l'avenir
dans différents états des changemensfucceffifs, mais
elle ne peut renverfer un gouvernement s'il n'-a pas
en lui même d'autres caufes de defiructioa.
fait
naitre la révolution de France. Il efi très vrai que
cetjordre leur ptoit odieux. Plufieurs de fes membres
êtoient relpectables par leurs intentions plufieurs
avoient rendu de grands Services à la littérature;
mais leurs institutions leur donnoient en général un
efprit d'ambition, d'intrigue et eefpionnage pour
l'intérêt de leurcorps, et cet intérêt l'emportoit fur
toua leurs. devoirs. Inftrumens palfifs de la volonté
de leurs thefs, ils détoient faits en politique les
apologistes du defpotisme, et en religion de l'infail-
libilité du pape. Ce ne font point les philofophes
qui.ont occafioné Ja fuppreiBon de cet ordre mona-
ftique, ils l'ont defirée, ils l'ont applaudie; mais
elle a été la fuite dé la haine qu'il avoit infpirée à
plufieurs gouvernemens car les Jéfuites fatiguoient
de leurs intrigues, les autorités qu'ils ne dominoi*
ent pas. En France leur chute a- été l'ouvrage des
parlemens, dont ils étaient bien plus abhorrés que
des philofophes*
H eft curieux de relire les anciennes accufations
contre les Jéfuites, maintenant qu on les repréfente
comme des colonnes nécéffaires pour foutenir l'e-
difice de Tordre public. Le parlement de Paris