De l

De l'organisation des spectacles de Paris, ou Essai sur leur forme actuelle, sur les moyens de l'améliorer, par rapport au public et aux acteurs...

-

Documents
266 pages

Description

Buisson (Paris). 1790. Spectacles et divertissements -- France -- Paris (France) -- Organisation -- Ouvrages avant 1800. 262 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 janvier 1790
Nombre de lectures 13
Langue Français
Signaler un abus

D Ë
L'ORGANISATION
DES SPECTACLES
D E -PARIS.
D E
L'ORGANISATION
DES SPECTACLES
DE p A RIS.
L'ORGANISATION
DES SPECTACLES
DE PARIS,
o u
ESSAI SUR LEUR FORME ACTUELLE
{Çiix les moyens de l'améliorer par rapport au
Public & aux Acteurs dans lequel on difcute
les droits de tous ceux qui concourent
leur exijience & où l'on traite les principales
quejlions relatives à ce fujeu
Quvrage utile dans les çirconftançes préfentcs,
E T D É D I É
A LA MUNICIPALITÉ,
A P A R ï Sj*
Et
L'ORGANISATION
DES SPECTACLES
DE PARIS,
0
ESSAI SUR LEUR FORME ACTUELLE
les de 1-'améliorer, par
Public aux dans lequel on
les duoits tous ceux qui concourent
leur oit traite les, principales
relatives a ce fujet.
Quvragp utile les çirconfiançes
E T
A LA MUNICIPALITÉ.
Marchands de. Nouveautés,
a .DE l'Or g ani s ati on
nous croyons bien hardi? quand nous n'avons faiè
encore que la moitié du chemin.
Je me prppofe de confidérer ici tous nos Spec-
racles foui leurs diiférens point; de vue d'exa-
miner leur conftitution actuelle d'en démontrer
les vices & de propofer celle qu'il me paraîtrait
convenable d'y fubftituer. Je traiterai enfuite plu-
fîeur queilions incidentes, relatives à leur nom-
bre, à leurs genres à leurs droits, & aux droits
des perfonnes qui concourent à leur exigence.
J'attàquefai quelques 'opinions que je regarde
comme'des préjugés, & que beaucoup de gens
regardent comme des principes ce fera au public
à juger entre eux & nous. Je dis nous, car il s'en
faut que je fois feul de mon avis.
Malgré les grands -intérêts qui occupent aujour-
d'hui la France, ces difcuffions envifagées du
côté politique ne doivent pas paraître entière-
reméyt frivole, Quelque peu d'importance au
furplu,s qu'on attache à cette matière, il n'eu:
pas douteux. qu'en 1788 perfonne n'aurait ofé
la traiter convenablement car alors il était à
peu près égal d'attaquer la religion, le gouver-
nement ou la mufique l'Arche que révéraient
les Juifs n'était pas plus Sacrée que l'Opéra aux
yeux du miniftre, & les Comédiens, faciles
irriter étaient des ennemis non moins irrécon-,
ciliables que le Clergé régulier ou irrégulier.
DES Spectacles. 3
A2
CHAPITRE PREMIER.
D E V 0 P É lt A.
C-j'est très-improprement que même des fan
origine ce Spectacle s'eft intitulé Académie
Royale de mufique. Louis XIV accorda ce titre
en faveur dit premier propriétaire du privilége,
pour tâcher d'annoblir cette inftitution & de la
faire profpérer; mais il n'en eft pas moins vrai
que de tous temps cette prétendue Académie
fut compofée de Chanteurs faifant leur métier
pour de l'argent, comme les Comédiens de l'hôtel
de Bourgogne & du Théâtre de Monfieur. Ce
n'efl: pas apurement qu'il y ait de la honte à
vivre de fes talens & à les exercer en public;
mais enfin ce n'eft pas là ce qui conflitue une
Académie.
Ce titre, àinfi. que le genre lui-même, nous
vient d'Italie; mais tous deux ont bien changé fur
la route. Les Souverains les petits Princes qui
fourmillent en Italie ne manquaient pas', dans
toutes les fêtes oîi ils étalaient ce qu'ils prouvaient
de magnificence, de faire exécuteur un. de ces
Drames en mufique que l'on regardait comme
l'oeuvre par excellence & qui en conséquence fe
̃% De i'O'rg à n i s a t r o w
n- mmait Opéra. Le goût en étant devenu fort
à !r mode & les fêtes n'étant pas affez fréquentes
au gré des amateurs, quelques particuliers fe réu-
nirent pour en instituer à frais communs. Ceux
qui les exécutaiént comme ceux qui n'en étaient
que Simples Spectateurs, contribuaient dans une
certaine proportion aux dépenfes nécefîàires ceux
des àdodés qui avaient le local le plus com-
mode le prêtaient .pour l'exécution de ces Spectacles;
comme autrefois à Athènes Académus prétait fa
maifon à des philofophes & à des favans. De-
là le titre d' Académie qui ëH encore celui de
ces affemblées de mufique que les particuliers
reçoivent chez eux & que nous nommons Con-
certs. Ajoutez que dans ce temps il s'étoit établi
en Italie, fous les. dénominations les.plus bizarres,
un nombre prodigieux de petites Académies pxi-
vées, qui n'étaient que des fôciétés oit l'on cul-
tivait les Sciences & lës arts. On s'était réuni de
même pour l'exécution des Drames lyriques
mais le public ne payait pas fous à la porte
'pour entendre chanter les Académiciens.
Il n'eft pas àufll futile qu'il pourrait le' paraître
d'infift er fur le nom d'Académie abusivement
donné à l'entreprit de l'Opéra; car c'en1 à la
'faveur de ce beau titre, que le Roi le décora de
ces -privilèges «xclufifs fi 'étendus fi défpotiques
par obnféquerit fi rodieux. Ce ^Monarque faf~
9 E S S B E Ç T A C I E S.
A3
tueux qui avait mis une grande partie de fa
gloire à protéger tous les arts en France était
flatté d'y créer celui de la rnufique, à peine connu
alors dans les Eglife? & qui ne s'était encore
affocié à la langue que dans quelqués airs de
fociété. Il crut donc ne pouvoir jamais aflèç
faire pour foutenir ce Speclacle naiflànt dont il
accorda le privilége à i,ulli fans penfer qu'il
étouffait les progrès de l'art lui-méme 'en ne
favorifant qu'un établiflement particulier ou peut
être parce qu'il ne prévit pas qu'on voudrait
donner une durée perpétuelle à des prérogatives
qu'il n'avait cru nécefîaires que pour les commen-
cemens.
Quoi qu'il en foit l'imagination même recule
devant l'étendue & les droits accordés à ce Sjieç?
'tacle. Ils font tels qu'il a été impoffibie aux fpecu-
lateurs, même les plus avides, de les exercer tous.
D'un bout à l'autre du royaume tout Spectacle
eft tributaire, eft vaffal de l'Opéra. Un malheu-
reux maître de danfe pu d'inftrument de la ville
.de province la plus' reculée n'a pas le droit d.e
vivre de fon petit talent s'il plaît au privilégié
de l'Opéra de s'y oppofer. Le Théâtre du Roi,
le Théâtre de la Nation le. Théâtre François
.en un mot, ont été forcés de tranfiger avec l'Opéra
pour avoir la perminion de mettre cinq ou fix
vicions dans ion orcheftre, & de finir une Co-
DE RORGANISATION
médie par quelques rigaudons & quelques entre-
chats.
Les Comédiens Italiens avaient reçu du Roi
la permiffion de jouer à Paris des pièces dans
leur idiome. Ce genre né pouvant fe Soutenir
feul", ils demandèrent à y joindre des Comédies
Françaifes & malgré les oppofitions des pre-
miers Comédiens, le Roi eut affez d'autorité pour
leur accorder ce droit; mais quand ils voulurent
chanter, quand on voulut établir fuir leur Théâtre
la Comédie lyrique l'Opéra bouffon, qui nous
venait d'Italie comme l'Opéra férieux, genre bien
plus perfe&ionné que la Tragédie lyrique chez
les deux nations, genre enfin qui n'exiftait pas
à l'Opéra ni l'autorité du Roi qui venait de
le prendre à fon fervice immédiat & qui leur
donnait le titre de fes Comédiens ni le Parle-
ment qui venait d'homologuer leurs lettres pa-
tentes, n'eurent le pouvoir de lenr accorder cette
permiffion. Il fallut qu'ils la payaient, & les
'Comédiens du Roi furent obligés de tenir le chant
à titre d'arrière-fief, avec 50,006 liv. de rede-
vance des de l'Opéra.
Louis XIV chercha même à donner- à fes nou-
veaux Académiciens, gagés par Eùlli < tout ce
qu'il, put de eonudération personnelle. On re-
marque cependant qu'il n'ofa pas toucheur aux
"droits çççjéfiaftiques ? -& qu'il. fur
des S Spectacles. 7
A '4,
munication lancée contre tous ceux qui coopèrent
en France à l'établiîîement d'un Spectacle mais.
il les en dédommagèa du mieux qu'il put, en
leur accordant tous les droits civil? qui paraifîaient
alors refufés. aux autres Comédiens. Il décida
même que les Nobles que les Gentilshommes
pourraient être attachés à ce Spectacle fans déro.
ger. On ne voit pas cependant qu'il ait changé
l'opinion publique à leur égard qu'on ait accordé
plus de conf idération perfonnelle à ceux qui chan-
taient la Tragédie qu'à ceux qui la déclamaient;
& parmi tous les Aâeurs & Danfeurs de l'Opéra,
on ne compte pas un feul Maréchal de' France.
Ujqe chofe affez bizarre, c'efl: que l'efprit de
féodalité femblait animer les entrepreneurs .de
l'Opéra en raifon ;inverfe du refte de la France;
& tandis que dans ce fiècle de lumières les
îeigneurs de terre commençaient à rougir de
leurs droits, tandis que les uns les, abandon-
naient tout- fait, & que les autres les exer-
çaient avec moins de rigueur, les feigneurs de
la mufique étendaient, multipliaient les leurs avec
le plus abfolu defpotifme. (1) Ce n'en: que fur
(1). Il femble que de tout temps les Arts en France »
& particulièrement celui de la Musqué, aient été con-
damnés au régime arbitraire. On connaît l'exigence du
EQt des ̃ lioïàns qui n'a fini que de nos jours ce Roi
Dg
Ces derniers temps que les petits SpedTfâclés ont
été vexés comme lès Spectacles royaux, & dans
une proportion beaucoup plus forte; qu'on arra-
chait à ces infortunés, pour prix de leur exigence
lé plus clair de leur recette. C'éft dan's ces temps
qu'on a vu l'Opéra furvendre au Théâtre Italien
le privilège exclufif de l'Opéra bouffon & re*
vendre énfuitë a d'autres le' privilège de l'Opéra
bouffon; employer la rufé, les menaces & les
Tiolënces de l'autorité, pour obliger ce Théâtre
de cofttfàder un nouveau bail le. retifermer
dans l'étroite obfervatiori dé toutes les claufes;
& en violer lui-même toutes les clauses lui ïiti-
pofer ( & par conséquent au public ) la privation
d'un .genre doiit il né pouvait lui-même ni ne vou-
lait jouir, prétendre l'en dédommager par des ga-
ranties & né maintenir aucune de ces garanties
C'eil à ces conditions c'efc en dîmant fur
dépouillé peu à peu de Ton pouvoir n'a pas laifle que
ravoir autrefois des prérogatives' affez grandes; mais il
faut convenir que Yarijlocratiè qui s'eft élevée fur les ruines
:de cette infiitution monarchique, en a terriblement outre-
pané les pouvoirs.
(1; Dans le bail que le Théatre Italien a pafle pour trente
ans avec. l'Opéra vers l'Académie s'engageait -â lui
garantirjé droit exclufif de, l'Opéra comique à quatre lieues à
la ronde mais cette exclusion n'eut jamais lieu. Différentes
'Troupes, continuant de jouer ce genre aux environs de.
DES SPECTACLES.
fur les fruits de la fueûr des autres, c'eft en
preffurant leur induftrie, que des entrepreneurs
fe préfentaient pour faire valoir l'Opéra; c'eft en
Paris, 8c jufqu'au Bois de Boulogne. Au Palais royal même,
les Beaujolois en obtinrent la concefîîon de l'Opéra, avec
des modifications très-légères. Le Théâtre de MONSIEUR
ayant depuis obtenu ce même droit fans que l'Opéra ait
pu s'y opposer, les Italiens n'ont eu d'autre indemnité
qu'une diminution de 2o,ooo fur leur redevance mais
comme le Théâtre de MONSIEUR en payait, une de 30;ô00
livres, l'Opéra loin d'y perdre a encore gagné 10,000 liv.
à cet arrangement. Dans ce même bail ou l'Opéra inter-
dit aux Italiens le droit de jouer aucune Pièce parodiée
fur mufique étrangère, il s'engage en même temps ne pas
prendre fes pièces ni fes airs pour en faire des Ballets pan-
tomimes & dépuis ce temps on a donné l'Opéra deux
tiu trois Ballets, dont la mufique & le fujet, appartenaient
aux Italiens.
Mais lorfque l'Opéra fe jouait ainfi de fes engagemens,
il ne fe montrait' pas moins 'rigoureux envers fes obligés.
Une Débutante aux Italiens dans je ne fais plus quelle
Pièce Efpagnole s'avifa de chanter un petit air Espagnol
le lendemain affignation pour fupprimer cet air mais
comme la Débutante n'avait pas réufls ce procès tomba
de lui-même. La Bonne Fille Opéra traduit de M. Gol-
• doni, parodié fur la mufique de M. Piccini avait été
abandonné aux Italiens comme ayant précédé de long-temps
le nouveau bail la première fois qu'ils voulurent le don-
ner après 1a; Signature de ce bail, ils l'affichèrent avec le
"titre, Italien qu'il avait toujours porté celui de la Buona
XO DE L'OR 6;A Ni S A T I 0 N
exerçant ces droits aimables que les directeur
gagés cherchaient à couvrir aux yeux du Gou-
vernement, les énormes déprédations des fubal-
ternes. »
Le prétexte à toutes ces vexations ce qui fai-
fait pardonner au Public même ce que ces privi-
léges ont d'odieux, & même ce qui leur ferait,
trouver encore des partifans c'eft cette maxime
politique fi fouvent répétée Il faut fouwùr ce
SpeclacU âdmiré par les Etrangers, qui les attire en
France & fait la gloire de la Nation.
D'abord je crois que la Nation peut prétendre
à beaucoup d'efpèces de gloire un peu plus folidës
que .celle qu'elle reçoit de l'Opéra. Je ne crois
point du tout qu'il foit admiré par les Etran-
gers, au moins en totalité. Ils en efliment fans
doute la danfe portée chez nous à un point de
perfeûion dont on n'approche nulle part ailleurs.
Ils en aiment peut-être la magnificence, a l'égard
des habits & des décorations quoiqu'on pùiffe
même avec moins de dépenfé, perfeâionner en-
core ces acceffoires mais enfin ce n'eft pas la:
• Défenfçd'afficher a l'avenir cette Pièce avec
ion titre Italien. On conçoit facilement que dans un gou;
vernement 'vicieux l'intérêt perfonnél enfante l'oppreffionj
mais on ns çqnçoif pas qu'.elle emploie des moyens ai}lû
DES S SPICT A C E E S. il
l'Opéra. L'Opéra eft un Spectacle de chant, & Ies
Etrangers qui ont voyagé en Italie s'y font accou-
tumés à une manière de chanter fi différente de
la nôtre qu'ils ne peuvent plus y prendre aucune
plaiïïr. Ce n'eft de leur part qu'un préjugé peut-
être mais il paraît fi général qu'on ne peut guères
efpérer de le changer.
Je ne crois pas plus que ce Spectacle attire
les Etrangers en France. Les Etrangers viennent
à Paris pour voir Paris avec tout ce qu'il con-
tient fes Spectacles comme autre chofe l'Opéra
comme les autres Spectacles. S'il n'y avait point
d'Opéra, ils n'y viendraient ni plus, ni moins.
D'ailleurs s'il n'y avait point d'Opéra, quelqu'autre
grand Théâtre s'établirait tout naturellement à fi
place. Il y a vingt ans que l'Opéra n'était fuivi
par aucun amateur de Paris il était donc loin
de plaire aux autres Nations, & il n'en venait
pas moins d'Etrangers en France. La Comédie
̃ Françaife eftimée dans toute l'Europe, ferait
bien plus faite pour attirer les Etrangers que notre
Opéra qui, hors fa danfe n'eft ëftimé nulle part,
& eft par-tout avantageusement remplacé par
-l'Opéra Italien; cependant il n'arrive à peifonné
chez nos voifins de quitter expre/Ténient fon pays
pour venir voir Paris la Comédie Françaife.
Cette idée n'eit donc qu'une rùfe minilrérielle:,
inventée pour faire prendre patience au peuple
iz DE l'Organisation
fur les fommes que l'Opéra coûte au gouverne;
ment; ou c'eft un de ces préjugés nationaux
confervcs prccieufement par les Français, parce
qu'ils flattent leur vanité.
En faut-il conclure la deftruâion de l'Opéra?
Non afiurément, je'fuis loin d'en donner le con-»
ft-iî. Il fuffit d'affifter à une de fes repréfemations
un peu brillantes, pour entendre dire par-tout
quel dommage de laijfer tomGer un fi beau Spectacle!
Le gouvernement doit donc tout fâiï"e pour le
foutenir ? Non, car il ne le peut qu'aux dépens
du trcfor puUlic c'eft-à--dire en y faifant con-
tiibucr toute la France, & il ferait injufte d'exi-»
ger de l'artifan, de l'agriculteur, de concourir
l'exiftence d'un Théâtre dont il ne jouit point.
Il faut donc que l'Opéra fe foutienne de lui-mêïiie
le gouvernement ne lui doit que fa protection.
Mais, rcpète-t;on fans ceflè, l'Opéra n'a pas en
1ui-méme de forces fuflifantes pour (on entretien;
les entrepreneurs s'y font toujours ruinés ;• il ji
coûté cher au Roi & à la ville entre les mains
defquels il a païTé fucceffivemeilt,; on peut d'autant
moins efpérer d'en faire jaiîaais une entreprife
lucrative que -fi quelquefois, dans des armées
heureufes .fur lesquelles on ne faurait compter
conftamment la recette' s'étl '̃ élevée l'égal de
,a dépenfe, ce n'a été qu'en forçant les reflources
étrangères que l'on veut fuppritnér aujourd'hui.
DES Spectacles. 13
Si cela était, s'il ctait vrai que l'Opéra ne peut
jamais ,rapporter ce qu'il coûté ce ferait un mau-
vais Speâacle, qu'il faudrait par cela feul, anéan-
tir. Mais la preuve du contraire c'efr qu'il a tou-
jours excité l'en vie des fpéculateurs qui s'y enten-
..daient un peu; c'eft que les Sujets de l'Opéra
même qui depuis qu'ils font admis au comité,
voilent de près la recette & la dépenfe, ne demandent
.pas mieux- que de s'en charger au rifque de leurs
appointemens c'eft que, malgré les vices de la
conftitution, malgré les abus de tout genre qui
s'y font gliffés fous la domination miniftérielle
-il ne coûte guères que 60,000 liv. par année au
.Roi. Or, il ne faut pas être initié bien avant dans
ces my frères d'iniquité, pour favoir qu'il ne ferait
.pas -difficile de trouver fur la dépenfe une réduc-
tion ,.de 60,00:ô liv. -Il faudrait même en trouver
une plus forte fi, comme je le crois il eft injufte
.de faire contribuer les autres Théâtres la fplen
"̃3eiif de celui-ci. Ces redevances extraordinaires
fe nîontent a&ueltement k près de liv.
qu'il 'faudrait- remplacer. Mais comment faifait-on
en lorsque, ces objets ne fe montaient pas
1 à liv. ? c'eft qu'alors là dépenfe ne s'éle-
-.vâit qu'à 870,000 liv. y compris, les penfions &
^u^elle s'eft fuccenivement augmentée en propor-
ïtVan ?de la recette. 31 s'agirait iionc de réduire la
qu'elle -était il y a dix ans
i4 DE l'Organisation1
& même à moins car alors il y a'vait déjà beau-
coup d'abus cela ne diminuerait rien de la recetté
qui fe fait aujourd'hui, laquelle s'élève à plus d'un
million.
Je ne me chargerai point de détailler les objets
que l'on pourrait réduire. C'eft- à ceux qui fpe-
culeront fur l'cntreprife de ce Théâtre, à en étu-
dier les abus pour les réformer. Je n'ai voulut.
que prouver d'une manière fommaire qu'il ferait
facile, fans altérer fenfiblement la magnificence
de l'Opéra de mettre de niveau la recette & la
dépenfe, & même d'y trouver aflez de bénéfice
';pour tenter les entrepreneurs. Leur affaire fera
de voir fi la .foule d'individus qui le compofent
eit bien nécefTaire; fi par exemple, les foixantê-
̃ onze peifonnes dont il s'eft augmenté depuis
& qui ont accru la dépenfe de près de 150,000 liv.
ont ajouté a la recette dans la même propor-
tion; fi les fournitures dé com-
prifes fous le titre de dépenfes extraordinaires, ne
pourraient pas coûter un peu moins que liv.
établies pour moyenne (1) j 'fi enfin il n'y a pâs
i ) II n'y a p.ûèfes dans ce Chapitre de dépendes que
auxquels il ne faudrait pas toii-
cher. Ils fé rhontérit.à; ^5 ou '30,000 liv. le refte eft'Ja
fource -des plus grands: abus particulièrement pour ce qui,
regarde la foiKnitured'habiç aux premiers fujets.de ladanfe
D E S S P E C T A cf E S. 15
de grandes économies à faire fur tous ces objets,
fans nuire à aucune prétention légitime. Mon Seul
but eft de préfenter, quelques réflexions fur la
.conftitution générale des Spedacles & fur celle
de l'Opéra en particulier.
De toutes les formes d'admïniftration que
l'on. peut donner à l'Opéra la plus vicieufe cil
fans contredit celle d'une régie pour le compte
du Roi ou de la ville. L'Arrêt du Confeil du
17 Mars 1780 qui établit le direcleur aâuel porte
a l'art. V qu'il fera régi par.un directeur gé-
,» néral, aveç pleine entière liberté, fous les ordres
du fecrétaire d'état ayant le département de
H, Paris & Yinfpeciipn de la perfonne qu'il a
choifie pour le représenter M. Qu'eft-ce que la
pleine & entière liberté, d'un direfteur fous des
ordres & fous une • infpeâion ? Ces .expreffions
contradictoires fuffifent pour démontrer qu'avec
ce régime l'homme le plus honnête & le plus
intelligent du monde, ne parviendrait jamais, à
faire tout le bien dont ce Spectacle ferait fufeep-
tible à en écarter tout le mal /.qu'il, y aperce-
vrait. Tant de gens font intéreffés k la, confer-
vation des abus, & des abus anciens parai/îàienr
& du chant. On lorfqu% l'Opéra
̃ étoit entre les mains de la Ville M.Ue Guimard feule couta
environ livres eâ' habits.
l6 D E L' 0 R G A N I S A f I O JT
leur-
alors fi refpeétables aux yeux du miniftre qu'il
n'était pas permis de les dévoiler', & encore
moins de les réformer. (i)
Ce Spectacle, ainfï que tous les Speftacles
doit donc être donné en entreprife. On a
offert celle de l'Opéra aux entrepreneurs des
Variétés; cette affaire, dit-on, fe-négocie encore
hl'infrant oii j'écris, & peut-être (z) fera-t-elle ter-
minée avant ce mémoire. On prétend que ces
entrepreneurs demandent d'être délivrés du quart
des pauvres & du paiement des- penfions mais
ces deux objets valent ensemble liv;
'& le déficit moyen n'efl: que de 60,500 liv.
Le Gouvernement perdrait donc liv. à
En 1780, le Minière avait établi dans le Comité,
fous le titre d'Inspecteur, un homme de fa maifon dans
lequel il avait une entière confiance. & qui la- méritait. Cet
bomme plein de probité crut d'abord que fa conscience
l'obligeait de donner avis de toutes les malverfatipns dont
il était témoin »,'&, d'indiquer les réformes qu'il jugeait
néceflaires.ir parla fes avis furent toujours très-bien reçus
jamais fuivis; les gens dont il avait bleffé lès intérêts le
regardaient de travers & ne changeaient pas dé conduite
il vit que -pour fon Tepos il valait autant fe taire, il toucha
_fes appointemens en filençe & .les chofes continuèrent
d'aller leur train.
(2) CetteaSaire été provifpiremênt' décidée pour Ja
négative. Voyez le Supplément.
E S S PI eT. }¡. CLE S.
B
leur céder -l'Opéra. D'un autre côté eft-il juite.
que l'Opéra paye a l'adminiflration des pauvres un
quart de fa recette ou une formate déterminée
par abonnement ? & le règlement qui affure une
penfion aux Aâeurs après un certain temps de
fervice eft-il bien avantageux, bien politique?
Ces deux objets méritent d'être exarnin.es
rément.
DU QUART DES PAUVRES,
JOU s un point de vue de religion & de bien*
faifance rien n'eft fi convenable que de faire
contribuer le luxe au fontien de l'indigence} de
forcer le riche, à foulager le pauvre même à
l'Infant où il ne s'occupe que de fes plaifirs
de fanctifier la fréquentation des Spectacles, en
attachant à cette aâion criminelle felon les
Théologiens, profane au moins, felon Je monde
une œuvre de charité en forme de réparation.
Ce ferait la matière d'une très-belle difîêrtation
chrétienne ou philofophique. Mais, en examinant
fonds cette propofition, en la dépouillant de
toute rhétorique & ne s'attachant qu'à ce qu'elle
a de réel, on trouve feulement que le Roi tire
de fôn tréfor c'eft-à-dire du tréfor de la Nation,
000 l1v. pour ayoir le plaifir de 4pnn.ee
f
DE
l'Opéra au peuple que les riches n'ont pae
donné un fou de plus., & que les pauvres, fi
cette répartition a été faite fans frais, ont reçu
chacun au bout de l'année environ u fous 6
deniers, (i)
C'eft une grande quejfiion dé (avoir comment
¿ridait fôulager les pauvres, & fi le Gouverne-
ment doi t à ceux qui ne font pas infirmes autre
chofe que de la proteftion & les moyens de
travailler. Cet examen, n'eft pas de mon refïbrt;
.le, -me circonfcrirai dans ce qui concerne les
Spectacles.
L'évangile i& la morale ordonnent de partager
avec les pauvres fpn fuperflu mais le fuperflu
d'un Spectacle n'eft que dans fes bénéfices & non
dans fa recette brute. IL eft donc fouverainement
injuïïe; qu'un Spectacle qui s'établit s'engage à
aucune redevance envers qui que ce foit, avant
de ravoir s'il fera fes frais. -Qette condition eft
plus injure encore lorfque ce Speûaclë, établi
depuis long-temps perd conflamment chaque
année; car ce qu'il fait de moins que fes frais,
( i ) Les repréfentations gratis, données par les différens
Spcdlacles, ont produit une fomme 'd'à peu près 6z,5r.oliv.
laquelle repartie entre cent vingt- cinq mille pauvres de
tous les Diftrifls fnivant le compte rendu Ma Commune
leur valu a. chacun ;lo foqs. •:
D E S Spectacles. 19
B z
il le doit, & des engagemens envers fes créan-.
ciers font bien plus facrés qu'envers les pauvres
mais elle efl à la fois injufte & ridicule lorf·
qu'elle porte fur un Speftacle régi aux frais du Roi.
Qu'eft ce en, eflèt que la contribution des
pauvres exigée de tous les Spectacles ? c'eft 1a
claufe d'un contrat par lequel on leur vend la
permiffion d'êxifter. Qui impofait cette claufe daas
l'ancien gouvernement le Roi de qui ém
naienttous les ordres. A qui le Roi l'impofait-il
fégard de l'Opéra?, à lui- même. On a eftimé
foixante & quelques mille livres par an le déficit
moyen de cette entreprife la .contribution des
pauvres eft de foixante & douze ainfi le
Roi n'aurait rien perdu, à garder ce Speéïacle
s'il fe fût difpenfé de la payer,
Mais, dira t on les pauvres auraient perdu
cette fomme & les droits de l'humanité parlent:
plus haut' que les intérêts du luxe. Il y a dix
ans, nous avions moitié moins de. Spectacle, &
furement il y .avait moins de pauvres & furement,
leur fort était moins malheureux. Si des confidé.-
rations politiques n'avaient pas déterminé à garder
l'Opéra à quelque: prix que ce fût il ferait
anéanti & les pauvres auraient perdu de même
leur liv. c'eft-a-dire un peu moins de %i f.
chacun par an.
Aujourd'hui que la Nation, fe chargeant de 1 3
ao DE l' O r g a n i s a t i o n
dépenfe générale ne regarde pas celle de l'Opéra
comme de première néceffité que la Province
obérée ne fe foucie pas de s'épuifer encore pour
entretenir le luxe de Paris aujourd'hui que le
Roi rèfufe fagement d'employer fes revenus cette
fuperfluité; que la ville non moins fage defline
les fiens des établiflèmens plus eflentiels au bon-
heur public; s'il fe préfente des capitalises qui,
à cette condition, veuillent bien fe charger de
Tentreprife concilier ainfi le goût des Parifiens
avec leur. intérêt, & foutenir un Spectacle à la
confervation duquel on attache tant de prix, il
ne faut pas balancer, cemefemblé, à l'accepter.
Mais fil'Opéra ne paye plus le quart des pau-
vres, les autres Théâtres qui dans ce moment ne
font guères plus floriflàns, refuferont aiiffi de le
payer, & il en réfultera pour les malheureux une
perte considérable.
J'ai déjà fait remarquer que l'AfTemblée natid-
.nale devait s'occuper de leur fort qu'avant de
fonger à foulager les pauvres, elle feraiten forte
qu'il n'y eût plus de pauvres que les fainéans qui
ne méritent ni pitié ni fecours. Quant aux irifirmes
& à ceux qui manquent de travail dans les années
calamiteufes, c'eft Lia ̃Nation entière a les aider,
& non à dés compagnies particulières. J'ai déjà dit
& je répéterai? par-tout, qu'il n'eft pas jufte que
touts la nation qui ne jouit pas d'un Spectacle
DES S S P E C T A C L E S. 2fl
B3.
concoure à fon entretien mais il n'eft pas plus
jufle que ce Spectacle foit particulièrement grève
d'une dépenfe que la Nation doit prendre fur elle.
La contribution levée fur les Théâtres eft- extrême-
ment onéreufe pour chacun d'eux fans être
fenfiblement utile :aux indigens ( i ). D'ailleurs
je n'ai pas dit qu'ils ne duflent rien payer, mais
feule ment qu'on ne devait pas prélever fur leur
recette avant que leur dépenfe fût couverte. Exigez,
fi vous voulez, une portion de leurs béncfices, mais
affîirez avant tout leur exiflence, même le prix de
leurs talens, & fur-tout le gage de leurs créanciers.
Un autre obftacle oppofé par les entrepreneurs
des Variétés e/t l'article des pcnfions' dont ils de-
mandent à être déchargés. Avant de décider fi
cette demande eft légitime & doit leur être. ac-
cordée, il y a plufieurs quêtions à réfoudre. Eft-il
avantageux ou non à un Théâtre de donner des
penfions à fes fujets après un certain temps de
fervice ? Les penfions accordées aux fujets retires
doivent-elles, être anéanties, réduites ou con-
fervées en entier En doit-on aux fujets qui n'ont
( i ) L'abonnement des pauvres n'eft pas le mêmes pont-
tous les SpeSacles mais on peut compter que la contri-
bution, générale ne produit pas chacun des cent vingt-
cinq -mille pauvres des Didrifts. de Paris plus de a Hv.-S f,
par an, que plus d'un peut-être aura reporté au Speftacie.
ii t> È L* O ft G A N ï S A t'î O ff
pas encore fini leur temps mais qui fe font engagés
fur hefpoir d'en obtenir une ? c'éïl ce qu'il s'agit
d'examiner.
D ES PENS ION S.
PREMIÈRE QUESTION.
Ëst^iz avantageux ou non à un Théâtre
de donner des penfwns fes fujets après
un- certain temps de Jèrvice ?
V 01 CI je crois les raifons qu'on pourrait
alléguer en faveur de l'affirmative.
1°. Si vous ne promettiez pas des pensons aux
'Afleurs pour le temps où ils fe retireront, il faudrait
leur donner de plus forts appointemens pendant
qu'ils exercent & alors vous augmenteriez la dé-*
pente annuelle de votre Spectacle.
que l?oh peut
fixer un fujet à un Théâtre; s'il lui était enlevé
uncaprice ,.un mécontentement, lalégéf été naturelle
aux perfonnes de Spectacle vous donneraient lieu
fansicelTe de craindre fa perte fut -tout dans
les rnomens oit il paraitrait de -plus chet au Public:
avantage dont il pourrait foUverit abuter pour vous
faite la loi. Obligés dé le ifëmplacer par lui -autre
DES S P E C T A C L E S. Z3
B4
vous auriez toujours des commençans & vous
ne jouiriez jamais, des a&eurs formés fur votre
goût.
30. Les étrangers ( & ceci regarde particulière-
ment nos danfeurs ) font très-jaloux de pofleder
les fujets élevés par nous dans far.t de la danfe,
que notre Nation porte au plus haut degré. Ils ne
manqueraient pas de leur offrir des appointemens
fi considérables, qu'il nous ¡ferait impoflible de
rivalifer avec eux & nous enlèveraient ain.fi nos
premiers talens à mefure que nous les aurions
formés. L'attente d'une penfion eu: la feule chofe
qui puiffe nous les attacher;
Les perfonnes de Théâtre, accoutumées au
luxe, ont ordinairement le goût de la dépend
Il eft rare qu'elles rongent 1 dans leur jeunefîè a
faire des épargnes pour l'avenir. La plupart en
fe retirant n'ont d'autre reflburce que la penfion
prorriife. Si l'oh changeait ce régime on n'aurait
plus que le choix de garder longtemps au Théâtre
des fujets vieux, infirmes -inutiles ou de les
iréduire k. la, mendicité.
J'ai cité ces raifons- parce que ce.font ,celles que
.j'ai entendu citer communément dans le monde,,
̃••& que je ne crois pas qu'on en puiiîe. apporter
-d'autres pour iputenir ;l'ufage des .penfions 5 mais
'il ne fera pas difficile d?en faire fentir la faibleffe,
.& de..démontrer ,qvje cet .ufage.
14 De l'Or g a n i s àt'ï ô n
qu'en France eft ce qu'il y a de plus contraire
à l'avantage'dès Spectacles & par conféqnent aux
plaifirs du public.
i°: Si l'on fiipprimait les pèiifiôns à venir &
que l'on augmentât la paye des fujets en exercice
en proportion de la perte de cette efpérance il
ft'éft pas vrai queladépénfe annuelle d'un Spec-
tacle en' fût augmentée elle ferait au contraire
diminuée d'un tiers de la penfion. Car cette pen"
lïon l'Opéra pour quinze années de fervice eft
de i<|oo liv. & comme elle eu: viagère, elle
ne rêpféfèntë qu'un fonds de i ^;6oô liv. lequel
.réparti en quinze années de Service ne fait
que îôoô liv: par an. Or, le fuj et qui fe retire
avec 1 500; liv. eft remplacé par un autre qui à
les mêmes appoihteniens, auxquels il faut,ajouter
lâVforrime de 1^00 liv. payée à l'adeur retiré i
au lieu de celle de 1000 liv. fuppbfcé en aug*
inentatioh d'appointemens.
'Il ÿ plus fuppdfons qu'un fûjet foit reçu à ce
Théâtre a l'âge de quinze ou vingt'ans, ce qui eft
très-commun fur-tout parmi les femmes ,& qu'il
ait 8000 liv. d'appoiïitemèns qu"il fe retire après
quinziâ-ans de fervice & une penfièn de liv.
'fon fucùefleut aura de même 8oôo liv. & l'entre-
preneur payera en outre pour la- penfion du pre-
lliier tijôô liv. Supposons encore que ce fécond
te retire quinze ans après avec autres cent liv»
b s S l'icïACtEs. a$
le premier n'aura que quarante-cinq cinquante
ans & ne fera qu'aux deux tiers de fa carrière. Ld
troifième fucceflèur aura donc les mêmes 8060 liv.
Plus à payér par fentreprife liv. au pre-
mier & liv. au fécond total liv.
Le troifième, retiré de-même au bout de quinze ans,
formera une troifième penfïoh de liv. car
le premier n'aura encore que foixante-cinq ans,
& s'il en vit foixante quinze, l'entreprife aura
payé pendant cinquante-cinq ans, favoir:
Il en aurait donc coûté environ liv. de
moins par an à l'entreprife,. en donnant à chaque
fnjet 1000 liv. de plus.
DE L'ORGANISATION
Je fais qu'on m'objeélera les morts qui- peuvent
arriver avant que la penfîon foit acquife mais
dans un calcul plus rigoureux que ne peut l'être
celui-ci je ne crois pas que cette chance foit
/bien conudérable. Je fais encore que la combi-
naifon que j'ai fuppofée eft rare mais enfin elle
peut arriver, & ce qu'il y a de certain, c'eft
que l'état des penfions de l'Opéra augmente tou-
jours d'une manière très-fenfible. En 1782 il
était de 1. f.'
En de 36,300
En --84, de
En –85, de 41,807
En –86, de W
En –8.7, de 48,450
En --88, de 48,750
En –89 je l'ignore..
En –90., de
En huit années l'augmentation a été de 43 zoo 1.
c'eft-à-dire que:les penfions ont plus que triplé
(dans ce court. efpace detemps.
Le déficit del'Opéra n'étant porté qu'à 60, oo liv.
'& les penfibns"; étant de liv. il en réfùlte
squë. fi, elles rfexiftaient pas p ce Speâracle ferait
'en bénéfice {même fans compter fur la fuppreflîoii
indifpenfable des abus.
DES S P E C t A C ï. E S. if
71°. Ce n'ejî que pur Pefpoir des penfons que l'on
peut fixer les Acleurs un Théâtre. Mais où eft
l'avantage de les fixer ? Pourquoi ne pas en changer
tous les deux ou trois ails comme on fait dans les
villes de., province fur les Théâtres étrangers,
;par toute l'Europe ? D'où vient que les Parifiens,
:qu'on accufe pourtant de légèreté, -d'inconftance
ont toujours la manie de teriir aux:mêmes figures,
aux mêmes voix, a la même manière de fentir.,
de s'exprimer ? Pourquoi ne favent-ils pas varier
leurs plaifirs comme les autres peuples «Mais,
» dit- on en renouvelant fréquemment les
» Acleurs, on n'a jamais que des fujets médiocres;
;» ils nous apportent de ;la province des défauts,
du mauvais goût:, que nous avons bien de la
» peine à réformer; & c' eft lorfqu'ils feront de-
̃y venus bons par nos foins, que vous Voulez qu'ils
» s'en aillent Un Acteur qui court ne peut pas
» faire d'études .fuivies & s'il eft né avec un grand
N talent, cette vie errante lui ôte les moyens de
->> fe peffeclionner. Croit ± on que Préville, que
y> Mole, ruffent jamais parvenus au degré ou nous
» les .avons vus s'ils avaient constamment couru
» la Province »?
Cette objection 'peut avoir quelque force pour
les drames déclamés; encore ne fais-je fi la Vie
errante eft un obftacleréel pour.les véritables talens,
Je' ne fais fi Mole, fi Préville auraient moins gagné
a8 DE L'ORGANISATION
à étudier la. nature fous différens afpeé1:s que fous
un feul à fe former aux différentes phyfionomies
des .peuples variés de nos provinces plutôt qu'au
caractère uniforme des Parifiens; à conipofer leur
manière d'une réunion de goûts divers au lieu
de la modeler fur notre feul goût. Màis quand cela
ferait, ne ferions-nous pas toujours les maîtres de
garder les Acleurs qui nous conviendraient, & en
qui nous découvririons le germe de ces grands
talens ?, Nous avons pour les fixer deux puiflàns
moyens capables de fuppléer à l'efpoir des pen-
fons l'intérêt & l'amour-propre. L'intérêt car
la Capitale fera toujours la ville de France où
les Acteurs feront, le mieux, payés & même à
prix égal imagine-t-on qu'ils ne préféraient pas
de déployer leurs talens au centre du goût & des
lumières, dans une ville ou le luxe. & l'aifance
régneront toujours plus qu'ailleurs, & où ils fe
verront applaudis $ corifidérés., chéris ? A Londres
on ne promet aucune penfiori aux Acteurs,, & ce-
pendant les bons refirent dans cette capitale. L'ef-
poir des penfions ne fert qu'â fixer les Acteurs
médiocres, qui, ne vous déplacent pas aïïèx poûr
les renvoyer, & qui, contens de l'indifférence du
public, bien sûrs de riepas êtreTmieux vus ailleurs,
prennent patiemment leur parti & cherchent a
fe gagner comme ils peuvent le temps d'une retraite
utile. •̃ '̃.̃̃̃ "̃̃.̃•'
DE 5 C T A C L E S.
Encore une fois cette objection ne regarde que
la Comédie Française,, & nous ne parlons que
de l'Opéra. Ces mêmes raifons exiftent-elles p'our
un Spectacle de chant, où les avantages préférables
& les plus réels feront toujours quoi qu'on en
dife, la fraîcheur de la voix, le charme de la
jeuneffe, la variété des ftyles & de la manière de
chanter? A Londres, où l'on paye les chanteurs
plus cher que fur aucun Théâtre de l'Europe, il
eft. rare .que l'on garde les plus fameux virtuofes
plus de-trois ans, tandis qu'on y en voit de médio-
cres y parler prefque toute leur vie (. i ). C'eft
que les Anglais ne font aucune attention à çes
derniers & que.plus les autres leur plaifent, &
plus ils défirent de les renouveler afin de ne pas
fe blafer. De cette manière, chaque génération peut
jouir l'un après l'autre de tous les premiers talens
de l'Europe.
Je prévois qu'on me dira que l'art du chant,
comme les autres arts, exige une longue habitude;
qu'on n'aura que des fujets faibles, gauches &
inhabiles, fi l'on ne veut que des voix jeunes ce
fi l'on en change fouvent qu'il faut du temps pour
les fermer, & que ce n'éft pas après en avoir eu
(t) Mme Seftini était prima buffa au Théâtre de Hay»,
Marketv en 1775. Elle eft encore à préfent féconde & trot:
fième femme fur le même Théâtre.
3<? H? l'Organisation1
la peine, & au moment d'en jouir, qu'il faut fohgor
à les renvoyer. Quelques uns même ajouteront
que la qualité la plus effe.ntielle à Ún. chanteur de
l'Opéra, c'eft d'être bon Acteur. Que la fraîcheur
le charme de la voix ne font rien devant le
talent dramatique que c'eft à Paris feulement que
ce talent s'acquiert, & qu'il faut donc y fixer les
chanteurs de l'Opéra pour le leur infpiror:
Quant' à ces derniers $. j e leurferai la même
réponfé que pour la Comédie Française. Vos ap-
.pointeméns confidérables ;&. leur amour;- propre
les retiendront toujours parmi vous quand vous
voudrez»' Mais pour les autres^ je leur deman->
derai d'abord, fi c'eft. en reftant à Paris: que les
chanteurs fe formeront lur.une bonne méthode?
ri.au contraire les vices de la nôtre ne le per-
pétuent pas par la feule, imitation ? G'eft en fré-
quentant nos feuls Théâtres, que nos jeunes gens
confërvent cette tradition de: chant fi déplorable,
que les étrangers nous reprochent, &quia conduit
les gens de goût à défefpérer pour jamais de l'arc
du chant,parmi nous, -sfl. n'eft pas dopteux que
s'ils voyageaient, fur-tout chez les autres .nations
ils fe perfectionneraient davantage; mais: cette pro--
pofition nous mènerait trop loin. J'ajouterai qu'on
m'entendrait mal, fi l'on croyait que je ne veux
que des fujets novices. Les Théâtres d'Italie n'em-
ploient que des chanteurs formés dans le pays
DES SPECTA CLES.
même, & cependant ils en changent fréquemment
& patient tour-a-toUr en revue tout ce qu'ils ont
de talens fupérieurs. Dans une ville quelconque,
à Naples par exemple les troifïèmes emplois
font donnés à des jeunes gens quifortent des écoles.
Ils ont peu d'art encore, mais ils en-dédommagent
par la pureté de leurs voix. Si on les gardait tou-
jours ,~à peine-s'apercevrait- on de leurs progrès
comme un enfant grandit infenfiblement fous les
yeux de ceux qui l'élèvent. Lorfqn'énfin, ils fe-
raient devenus habiles ( & ils le feraient moins
s'ils n'avaient étudiés que le goût d'un feul pays )
lorfqu'ils feraient au plus haut point de leur art,
on en jouirait d'autant moins qu'on ne les aurait
pas comparés à d'autres & qu'on ferait las de
n'entendre qu'eux. Que fait-on au contraire ? le
débutant, après une ou deux faifons au plus quitte
Naples & và fe former dans de petites villes obf-
cures ou le feu facré du goût eft cependant reli-
gieufement confervé. Il parcourt Alefiandria
Bergâmo Cagliaxi ,,Ciemona, Modena, Lucca,
Piftoja &c S'il a profité ,de fes voyages, il revient
à Naples digne alors des féconds rôles. Ses premiers
inftituteurs jouifTent des efpér.ances qu'ils en ont
conçues il refte un peu plus longtemps avec eux.
Mais fa carrière n'eft pas finie; il veut monteur
au premier rang, & il l'occupe en effet dans des
'villes du fécond ordre. Il viflrè alors Bologne,
DE L'O R G AN I SA. TION
d'avoir
Florence, Parmes, Verone, &c. On le rappelle
à Naples pour la troifième fois mais il y revient
avec gloire c'eft fa renommée qui a formé ce
dernier engagement. S'il n'a point de rivaux dans
le refte de l'Italie, on l'y confervera le plus long-
temps poffible. S'il a des cômpétiteurs dont la répu-r
tation égale la fienne, on veut auffi les connaître,
il leur cède la place, & va promener fes triomphes
à Venife, à Milan, à Turin & enfin à Rome où
fa gloire, parvenue au plus haut degré delplëndeur,
excite le défir des étrangers, lorfque fes talens
commencent à tourner vers leur déclin. L'Italie les
a pofïedés dans toute leur force quand elle les,
perd, elle n-'eft plus guère tentée de les regretter,
Qui empéche qu'on ne faflè la même chofe. à
Paris, qu'on ne revoye deux fois trois fois, mais
à diverfes reptiles, des fujets qu'on aura vu naître
qui rapporteront toujours des talens nouveaux?
Qui en empêche ? La promeffe d'une pennon qui
condamne à jamais le public à n'entendre que la
même voix, à ne voir que la même Hgure, kne
connaître qu'une manière de rendrç la même fcène,
de chanter le même morceau.
La troifi'eme objection qui regarde la danfe
eft fans contredit la plus forte. Les chanteurs
Français ne pourront aller que de Paris dans les
provinces, & les forts appointemens.que peut leur
donner la capitale feront toujours un moyen
1) It S S P E C T A C L E S.
c
ravoir ceux qu'elle voudra. Nous ne craignons pas
que les Théâtres étrangers nous les enlèvent. Des
chanteurs Français ne peuvent plaire qu'en France,
il n'en eft pas de même de nos ddnfeurs qui
plaifent dans tout l'univers. Il eft bien vrai que
les autres nations nous les difputeront à l'envi
qu'elles leur offriront* un fott fi brillant qu'il ne
nous fera pas pénible de foutenir la concurrence.
Mais qu'a'rrivera-t-il enfin ? ce qui arrive en Italie
a l'égard des chanteurs. Les chanteurs font à
l'Italie péécifément ce que les danfeurs font à la
France: elle les. crée, les façonne, perfectionne
leurs talens jufqu'au plus haut degré c'eft elle
qui en fournit à toute l'Europe, mais cependant
elle n'en manque pas. J'ai fait voir qu'elle les
pofsède jufqu'à ce que leur réputation foit parvenue
au, plus haut point de gloire. C'eft alors que les
étrangers les appellent mais c'eft alors auffi que
leur mérite commence à déchoir. D'ailleurs tous
ne quittent pas fi facilement leur pays. Il en eft un
aflez grand nombre que les offres les plus brillantes
ne peuvent détacher de leur patrie. Ces artiftes
font, auffi des Citoyens ils en remplient les
fonctions; ils peuvent être bons époux, bons pères,
& plufieurs ne voudraient pas rompre ces liens
,facrés.
Il n'y a guères que cinq ou fix Théâtres qui
.puisent payer des chanteurs Italiens & des danfcurï
34 De l' O r g a n ,r s à t i o n
Fiançais: Londres, Pétersbourg, Vienne, Madrid,'
Berlin &c. Ils n'y peuvent refter qu'une ou deux
années, & le goût des voyages n'eft pas fi com-
mun que ces artiftes veuillent parcourir tous ces
divers climats. Où eft l'inconvénient qu'ils en fanent
deux ou trois que nous les perdions quatre ou
cinq années & qu'ils viennent enfuite rapporter
en France peut-être encore des talens, mais fur-
tout la fortune qu'ils auront amaflee ailleurs.
Compte-t-on pour rien l'amour de la patrie, amour
qui vient d'être ranimé encore par notre héureufe
Citerait on beaucoup de célèbres
artiftes Italiens qui aient fini leurs jours loin de
l'Italie ? Combien n'en voit-on. pas au contraire
qui après avoir reçu à Londres les traitemens
fomptuGux de iooo ou izoo guinées, reviennent
modeftement & avec joie fe contenter en Italie de.
deux ou 3 oo fequins ?
Il en fera de même de nos danfeurs. Leurs émi-
grations momentanées feront couler chez nous les
tcéfors de l'étranger. Nous en avons beaucoup d'ex-
cellens, & cette nouvelle expectative en multipliera
;fi fort le nombre, que nous en pourrons garnir
tous les grands Théâtres de l'Europe, & nous en
réferver encore autant qu'il nous en faut. Ceux
qui fe distingueront le plus, nous en deviendront
plus chers par la crainte de les, voir s'éloigner.
Leur abfence augmentera pour nous leur mérite,
DES S'P E C T A. C L E S.1
C 2.
« nous en fcntirons mieux le prix à leur retour;
Une dernière obfervation c'eft que dans l'état
actuel nous, femmes forcés de leur accorder des
congés que fans notre confentement ils auraient
pris d'eux!-mêmes. La crainte de perdre la penfion
ferait-elle capable de les retenir ? ils auraient bien-
tôt gagné ailleurs le fonds d'une penfion vingère
de liv. Ce n'eft donc pas là le motif de
leur attachement à leur patrie, & l'on y pourra
compter tout de même en fupprirnant les penfions
4'. La quatrième objeâion n*eft d'aucuns poids.
Quoi parce que des Ââeùis auront manqué de
conduite, vous vous croyez obligé de leur afïùrer
un fort dans leurs vieux jours Loin d'être favorable
aux mœurs cet établiflement n*eft bon qu'a en-
couragér le détordre. Ceux qui calculer!): mal &
qui ont le goût de la dépenfe, diront » Jouifibris
» toujours après notre retraite"nous fbmiiids
» sûrs de ne pas manquer »; Otez leur Pefpoir
des penfions, ils diront au contraire Songeons
̃ » à ménager car il ne nous refterait rien fi nous
» perdions le Théâtre ». En aboliflant lespenfions,
les Acteurs de Paris feront comme ceux de tous,
les Théâtres du monde; ils fe conduiront dans
cet état comme dans tout autres ou l'on n'a point
de penfions à, efpérer. Vous aurez tans nuire
réellement à aucun individu, .détruit un ufage ex-
ceflivement; onéreux pour, toute entreprise, & qui
DE L'Organisation
finira toujours par ruiner celles où il fera Introduite
Les raifons que j'ai alléguées contre les penfions
de l'Opéra, ne font pas moins vraies pour les
autres Théâtres. Il y a même une confidération
de plus pour ceux dont les Aâeurs font propriétaires
en fociété; j'en parlerai ailleurs. Mais fi l'on ceffe
de donner de nouvelles penfions aux fujets de
J'Opéra, que fera-t-on de celles qui exiflent ce
font celles-là qui dans le moment préfent nuifent
le plus à l'entreprife en rendant l'exploitation
difficile & en éloignant les fpéculateurs. Faudra-t-il
les fupprimer les xéduire ? c'eft le fujet de la
féconde Queftion.
DEUXIÈME QUESTION.
'LES penjîons accordés aux fiijets retirés
doivent-elles être anéanties réduites ou
confervées en entier?
JE rougirais pour mes Leâeurs f fur un texte
pàreil, j'étais obligé de faire un long chapitre. Je
Saurais même pas mis en queftion une propofition
femblable, fi elle ne fervait pas d'enveloppe à
quelques abus qu'il eft bon de dévoiler.
Vous avez calculé contre les plàifirs des gens
de goût & contre votre intérêt, lorsque vous avez
DES Spectacle s: $f
promis à un A&eur une penfion de livres
au bout de quinze ans de fervice, de zooo liv.
au bout de vingt ans, de z^oo au bout de vingt-
cinq ans; mais en.fin vous l'avez promis. Cet-Acteur
ne s'eft engagé n'eît reftc avec vous.- qu'à cette
condition. Il ne vous eft plus poffible d'y rien
changer; la moindre diminution, le moindre retard
de paiement eft une fouveraine injuilice. Mais.
cela n"eft vrai que pour les pendons d'Auteurs
d'A&eurs, d'employés, juflement méritées, & dont
les donataires oltr rempli à la rigueur. les conditions
auxquelles on devait les leur accorder» II. en eft
plufieurs arrachée,s par la faveur, par la. proteclion,.
& qui exigent de la part du Gouvernement le
même examen ordonné pour toutes les autres
penfions par l'Affèmblée Nationale.
Apurement, fi une Actrice a évidemment perdula
fanté au Théâtre par un excès de travail mu/îcal9,
& que, forcée.par des-infirmités de quitter avant le
temps. elle ait obtenu la penfion de retraite ordi-
naire, rien n'èft plus jufte & on la lui doit; mais
les bontés que telle autre Actrice aura eues pour un
minière en chef ou fubalterne, ne doivent pas être
récompenfées de même par le gouvernement.
Aflurément lorfque M,Piccinni nra confénti «s
quitter fa Patrie pour la France que fur la promeflè
formelle d'une .penfion. de 6000 liv. indépen-
dante du. produit defes ouvrages, on la lui dois
DE l'Organisation
toute entière, & l'on a commis une injuriée ,en:
lui faifant fupporter une réduction. Mais fi quel-
qu'autre compofiteur qui n'aurait pas quitté fon
pays aux mêmes conditions, & qui n'auràit pas
rendu à ce Théâtre les mêmes fervices, jouiflàic
de la même penfion, elle pourrait être conteftable,
& ne mériterait pas les mêmes égards.
Apurement, fi un Directeur avait vieilli dans te
métier pénible & Scabreux de conduire l'Opéra
placé fans ceffé entre la haine des fujets dont les
têtes ne fônt pas toujours bién organiféés, & l'a
critique du public qui veut toujours être bien fervx,
fans s'embarraiîer des obftacles qui s'y oppbfént, ce
Directeur mériterait d'être bien traité, quoique peut-
être fa récompenfé ne dût pas être la même que
celle d'un lieutenant-général des armées du Roi;
mais fi par hafard quelque brouillon, ,placé incon-
fidérément â la tête de ce Spectacle, à force d'in-
trigués, d'audace & de vaines promenés, n'avait
fait qu'y paraître pour y porter le défordré & la
ruine, cct intrus n'aurait pas ce me fëmble, les
mêmes droits que le premier Directeur fuppofé.
Je conclus donc a ce que toute penfion fondée
fur des engagemens publics & fur des Services
réels doit être payée fans retard fans réduc-
tion. Les autres doivent être difcutées & jugées.
Ce ïéfültat eft évident la troifième quefHon eil
un peu plus embàrraffante,. -̃̃-
D E S S'PBCTA CL E S. J9
C4.
TROISIÈME QUESTION.
DOIT:ON une penjïon aux fujets qui rfont
pas encore fini ,leur temps mais qui Je
font engagés fur l'ejpoir d'en obtenir une ?
J. L n'eft pas douteux d'après ce qui vient
d'être dit, & même, fans avoir eu befoin de le
dire d'après tous les. principes de la juflice
qu'on ne peut rompre des engagemens que du.
confentement des deux parties contractantes que
fi ces fujets n'acceptent aucun, équivalent que.
s'ils tiennent à ce que ces penfions leur foient
payées,, il faudra bien le faire puisqu'on s'y eft
obligé. Mais on.»ne peut les, conferver fans, des
grands inconvéniens..
i°., L'Qpéra qui, en n*bn payait que
pour, eriviron z.i o00 liv. en paye pour plus
de. liv. en, Si dans huit ou neuf
ans, elles. étaient augmentées de la même tomme,
elle fe monteraient à ioS.,ooo liv. ce qui eft
tout le bénéfice, que les plus téméraires fpécu-
lateurs puifTent. jamais attendre de l'Opéra»
z°. Tous les entrepreneurs. qui fe font pré-
fentes, ou qu'on a follicités pour fe. charger de-
c.e: Speftacle ayant, demandé, d'être délivrés dos.
AST .»̃ JUt M V-» V U
penfions infîfteront bien plus encore s'ils font
obligés de prendre de. nouveaux engagements de
penfiori avec les fujets a&uels presque tous,
jeunes,' & ne pouvant. que-reculer bien loin l'ef-.
poir des extinctions. Cependant fi ces penfions n'é-
taient pas a Ja charge des entrepreneurs il fau^
drait donc 'qu'elles, furent a celle du Gouverne-
ment, c'eft^b.- dire delà Nation, ç'eftr^-dire
des provinces comme de la capitale de tous
les individus du royaume dont les 99 centièmes
jpe vont jamais à l'Opéra.
3°. Si la penfion eft confervée pour les fureta
actuels, comment en trouverez-vous de nouveaux
pour les remplacer, fans leur accorder le même
efpoir ? Alors n'éternifez-rvous pas un régime dont
vous avez reconnu le vice ? Si vous l'abo-
'lifféz & fi vous cherchez les en dédommager
par des appointemens plus forts, ne Tentez-vous;
pas tout le défordre qui naitra de cette variété
de traitement? Chacun d'eux mécontent; de fon
iort, aini^ qu'il eft dans la nature de Wipmme,,
enviera celui de fon camarade. Celui qui n'aura
que liv'. comptant pour rien une penfion
qui n'éft pour lui que dans un avenir éloigné
fe plaindra de ce qu'un autre, moins ancien que
lui aura 9000 liv. Cet autre à fon tour trouvant
fes 9000 liv.! a peine Tuffifantes verra d'un, çsil,
i^e que fprx; camarade une retrait^ afa.
DES Spectacles. 4i
fwrée tandis qu'il n'a rien de femblable à efpérer.
De là des prétentions, des querelles intermi-
nables. Il faudrait bien peu connaître le coeur
humain pour ne pas être sur que les chofes fe
pafferont ainfi;
Refumons. La forme. de régie pour le compte
du Roi ou de la ville eft la plus vicieufe qu'on
puiflè adopter pour 1'Opéra c'eft une fource
d'abus fans cette renaiflànte. Il faut donc mettre
ce Speétacle en entrcprife. Mais dans ce moment
de difcrédît, de bouleveifement général, qui fera
long-temps encore fi funefte au luxe & par
çonféquent à la profpérité des Spectacles, il eft
difficile de trpuver des capitaliftes qui vèuillent
niquer des fonds dans une affaire auffi périlleiife
que l'a été jufqu'ici l'Opéra. Ceux qui fe font pré-
fentes depuis peu 'n'offraient fans doute aucune
folidité réelle, puisqu'on les a éconduits; on s*eft
adrefTé à, d'autres dont les fuccès. dans une en-
,.tréprife à peu près du même genre étaient faits,
pour infpirer plus de confiance ils n'y ont con-
feriti ,qu*à la condition d*être délivrés du quart
des pauvres & des pènfions préfëntes & à venir.
Pour le quart des pauvres, je crois avoir dé-
montré que rien n'eft plus jufte que de l'abolir.
Quant aux penfions" c'eft autre .chofe il faut
.qu'elles^ foient payées & elles ne doivent pas
^être paç le j'obfer.ve-
De L'ORGANISATION
rais à ces entrepreneurs que la perte moyenne des
dix, dernières années de l'Opéra n'eft que d'en-
viron liv. & qu'on leur en ôte 72 ̃;
voilà donc déjà i liv. de. bénéfice net. S'ils
objectaient que les Spectacles ne font plus & ne
feront pas de long- temps ce qu'ils étaient feule-
ment les fix premiers mois de l'année dernière-
que les redevances des autres Speôacks devant être
éteintes forment un objet de près de 2.00,000 liv;
& qu'il faut compter par conséquent fur. un déficit
bien plus considérable je répondrais qu'ils doivent
calculer auffi les réformes prodigieufes qu'ils ont a
faire, les abus-nombreux qu'ils ont à fupprimer, &
fur-tout l'avantage inappréciable que donnerait a ce
Spectacle la nouvelle falle du Palais- royal.
Ils objecteront encore que les fujets- qui cotn*-
pofent aujourd'hui l'Opéra, foit par amour-propre
foit par quelque autre motif, fe refufent obftiné-
ment à voir -affermer leurs talens qu'ils ne veulent
appartenir ni. à ces entrepreneurs ni à d'autres,
& qu'il eil difficile de régir des gens malgré eux
que cette considération a d'autant plus de poide.,
qn'étant r¿folus à échangeur les penfions prornifes
aux fujets aftuels contr;e un autre genre de traite-
ment, ils ne pourraient y réulïïr qu'eri arrar>
geant cet objet à l'amiable, & qu'on ne faura/t
.traiter à l'amiable avec ceux qu'on fâit, feçviï
contre leur ypionté^,
DES Spectacles. 43
A cela j'avoue que je n'ai pas de réponfé. Si
les fujets de l'Opéra veulent être indépendans,
je ne vois pas de quel droit on pourrait s'y op-
pofer. Quand la liberté eft accordée à tous les
citoyens de la France, je ne vois pas pourquoi
elle ferait réfutée à cette claffe de citoyens.
Mais puifqu'eux-mêmes ont propofé de prendre
en fociété'à leurs rifques & périls l'entreprife de
ce Spectacle, qu'ils ont déjà régi, dont ils conr
naiflent le .fort & le faible, les avantages & les
inconvéniens, pourquoi leurs propositions ne fe-
raient-elles pas écoutées. Voyons s'il ferait pof-
fible de les accepter, & a. quelles, conditions.
QUATRIÈME QUESTION.
EsT-rL convenable y efî-il avantageux de
donner l'entrepr fe de l' Opéra aux fujets
actuels réunis en fociété?
..vj E n'eft pas un bon régime pour un Speûacle
que celui d'une fociété d'Aôeurs qui n'en ont
point la propriété permanente; en voici une partie
des inconvéniéns.
i°. L'intérêt qu'ils ont dans l'affaire n'étant que
momentanée pour eux, le bien général fe trouve
fans Cefl& en oppofition avec le bien particulier,
44 DE i'Oiganisatiou
& l'on conçoit aifément que c'eft toujours ce
dernier qui l'emporte.
2°. L'autorité peut bien être partagée égale-
ment, mais elle ne faurait être réellement égale,
parce que Part de commander n'appartient pas
à tous les hommes. Lés. plus hardis s'en em-
parent les plus faibles n'ofant oppofer ouverte-
ment la réfifiance, emploient de petits moyens
obscurs & détournés pour parvenir à leurs fins, &
de là des cabales & des diflbntions perpétuelles.
3°. Pour remédier autant que pofïïblé aux abus
d'autorité, les fociétaires établiflènt entre eux
des droits, & particulièrement le droit d'ancien-
neté le plus naturel de tous en général mais
pour un Speâacle le plus nuifible l'intérêt du
public. Il s'en faut bien que les Acteurs les plus
anciens foient toujours ceux qui doivent plaire
le plus, &' cependant ce font ceux qui fe mon-
treront le plus fouvent s'ils y trouvent leur avan-
tage, puïfqu'ils s'en feront arrogé le droit. Com-
bien n'a-t-on' pas vu fur les Théâtres gouvernés
par ce régime, de Jeunes talens, donnant déjà
des efpérances, étouffés par les prétentions de
leurs, anciens, qui ne les laiflàient jamais paraître,
dans la crainte qu'ils ne fe conciliàffent la bien-
veillance publique & de les voir préférés à eux!
Il en eft de .même pour les fujets & ,re~
ûûuveler. Lorsqu'un gmploi manque d'un double
ses S P E c t a c z e S: 45
Croit-on que le chef de cet emploi permette à
un talent véritable de venir le feconder Pour
peu qu'il ait d'autorité parmi fes camarades, ne
l'emploîra-t-il pas toute entière à écarter un rivgl
redoutable & qui pourrait l'éclipfer?
>j0. Si cette forme de Gouvernement eft nui-
fible à la partie dramatique d'un Théâtre elle
ne l'eft pas moins à la partie économique. La
propriété n'étant point individuelle chacun des
fociétaires ne s'y intéreffe que pour le temps qu'il
doit en jouir, & ce temps eft toujours peu con-
fidérable car ce n'eft pas en entrant dans la fo-
ciété qu'ils peuvent fe mêler efficacement des
affair es d'intérêt ce h'eft que lorfque le temps
& leur âge leur a mérité la confiance des autres
& a donné un certain poids à leur manière de
gérer. Mais alors ils font voifins de l'époque de
leur retraite & il leur fuffit que la machine aille
paflàblement jufqu'â ce que ce temps foit arrivé.
Aufri, lorfque des fociétaires font un emprunt,
ils ont intérêt à en éloigner le rembourfement
autant qu'il eft pénible. Eh! pourquoi voudriez-
vous qu'ils fe génaflênt pour faire le bien de leurs
fuccefîèurs? Ceux-ci ont de pareils motifs pour,
agir, de même. Cependant les emprunts fe multi-
plient,- les iritérêts s'accumulent, & la dette géné-
rale finit par tout abforber.
6°. A ces vices qui font communs, à toute
16 DE x'O r g a n is a f i o h
.administration de ce genre, il en faut joindre
d'autres particuliers à l'Opéra. Les Acteurs qui
comparent la Comédie Françaife par exémple
ont tous un genre de talent, pour ainfi dire,
homogène. Ils jouent, tous la Comédie, la Tra-
gédie ils Coopèrent tous à peu près de la même
manière & dans la même proportion au bien
général. Marchant tous fur la même ligne vers le'
même but, il ne peut y avoir à cet égard de
dïvifion entre eux. Mais l'Opéra 'eft compofé
d'un, bien plus grand nombre de parties disjointes
& de nature différente., Le chant la danfe, l'or-
cheflre même a fait valoir fes prétentions tous
fè prétendent égaux en droits de manière que
fi la fociété devait être compofée feulement des
chefs de chaque partie effentielle on y verrait
celui de. chaque emploi dans le chant, de chaque
genre dans la danfe celui de l'orcheftre le
maître qui conduit les choeurs le chef chargé de
la partie des habits le chef chargé de la partie
des décorations; & tels font en effet les membres
-qui compofent actuellement le comités
Quelle fource de discorde, que cette confufion
d'intérêts que cette rivalité de prétentions Dans
combien d'occafions les Chanteurs ne pourront-
ils pas dire «l'Opéra eft un Spectacle de chant,
» donc le chant en eft la feule partie eflèntielle »>.
Les Danfeurs ne manqueraient pas d'alléguer des
ses SPECTACLES
faits appuyés fur une longue expérience, pour prou-
ver que la danfe feule a toujours foutenu l'Opéra.
« Eh! que feraient fans nous les Chanteurs & les
» Danfeurs? » s'écriera l'orcheftre. «L'Opéra peut-
» il fe paffer de choeurs? »dira celui qui les mène;
» ni d'habits affurément, » ajoutera le Coflumier.
Le Décorateur parlera un peu moins haut, de-
puis que ce Spectacle n'emploie plus de grandes
machines; cependant il fera encore entendre fa
voix. Il n'y a que les compositeurs de, mufique
& de paroles qui ne feront pas admis dans ce dé-
bat, fans doute parce que leur talent n'eft que
Secondaire, & qu'on peut aifément s'en pafler.
Ce n'eft pas tout je n'ai compris dans cette
tour de Babel que les chefs de chaque partie,
mais il y a un bien plus grand nombre^de féconds,
qu'on nomme remplacemens de troisièmes de
quatrièmes, qu'on appelle doubles. Ceux-là ne
pouvant être membres de la focicté en devien-
dront peut-être les efclaves. Pensionnés par les
chefs ils feront dévoués à leurs caprices; vic-
titnes de la plus tyrannique des autocraties ce
fera un troupeau de Nègres obligés de féconder
la terre des Colons. Seulement ils auront fur les
Nègres l'avantage de devenir Colons à leur tour,
& de rendre un jour à leurs fubordonnés les
humiliations qu'ils auront reçues.
Encore un inconvénient paiticulier à l'Opéra,