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Délibération du conseil général de la commune de Toulouse : concernant la suppression de la procession du 17 mai ([Reprod.])

De
23 pages
chez D. Desclassan (Toulouse). 1792. Processions -- France -- Toulouse (Haute-Garonne) -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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A
ÏÏÉKïtt RATION
DU CONSEIL GÉNÉRAL
DELA COMMUNE
DE TOULOUSE,
du 17 Mai.
Ou premier Mai l'an quatrième de la Liberté.
• M^gNr que l'esprit public a fait depuis
bien marquée
qui ont réduit
OT
pour entretenir
cet eforit d'union .Se de frateçnité qifi
là différence des
célébrité ne
entière extirpation. Vous
de cette cérémonie fânatico-religieufe qui fe renouvelojt tous
ks ans le 7 du mois de Mai., & que j'appelle la.fête du fana-
t|fme de* l'intolérance & du defpotifme facerdotal.
Déjà l'opinion publique, cette Loi ivante que Hé$ Àdmi-
niftrai^eurs honnêtes ne doivent jamais perdre de vue,, a'flétri
cette folennité du fceau de l'improbation général déjà ces
braves Gardes' nationaux que vous avez trouvés fi ardens &
h emprefles à feconder vos intentions lorfqu'il a fallu main-
tenir l'ordre dans cette grande Ville, Jonque les crimes & les
conjurations de quelques hommes pervers ont. exigé un grand
déploiement de' forees & de moyens, lorfque vous avez eu
à proclamer la guerre que la France vient de déclarer aux
tyrans déjà dis-je ces braves Gardes nationaux ont ma-
ri ifefté une répugnance bien naturelle à efcorter cette proceffion
incivique & c'eft avec une réclamatiqn remife le jour d'hier au
Corps municipal, & revêtue dé plus de huit cents fignatures
que je viens folliciter auprès de vous l'irrévocable fu.ppreffion
de la fête conuue fous le nom de Délivrance de'lâ Yille.
Le Corps municipal convaincu depuis long-temps de.:la
vérité des principes- ramenés dans cette pétition nVi pas., jeu
dé peine fe déterminer fut la fuppreffipnjqui.e» étoH l'ob-
]et mais jaloux de s'environner toujours de vos lumières il a
arrêté que ce point feroit porté à
ral de la Commune, pour y être difcuté h délibéré.
Chargé- par mes coUegaes de vous en faire, 1& rapport j'ai
penfé que pour vous mettre plus à portée ^ée fi3Sef!»votre déoi-
fion, ilétoit néceffaire de remonteF 4 îâ fângtànte origine
de cette prétendue délivrance de lîà Ville SJoè'vousM-e
connoître en peu de mots les causes les détails, auteurs
de'cet événement. En heurtant de front des opinions reçues
depuis plus de deux fiecles consacrées par une forte de Loi
fortifiées par l'habitude, & liées effentiellement avec les diffé-
rens fyftêmes. qui partagent aujourd'hui les citoyens, j'ai
feoti qu'il falloitinhniment de précautions pour s'élever au-
deffus du foupçon de la partialité & je me fuis attaché en
conséquence à conferver dans ce récit jufqu'aux expreffions
des HifiowenS les plus connus qui ont écrit fur ce point long-
temps avant la révolution.
« I*e nombre des Calviniftes s'étant tellement augmenté dans
» tout le Royaume, qu'il n'y avoit plus mqyen de les réduire
à l'observation des Edits qui leur défendoient les affemblées
» le bien de l'Etat & la confervation de l'autorité royale de-
n mandoient qu'on prît de nouvelles mefures àinfi, foit que
la Raine délirât s'appuyer de leurs forces, comme plufieurs
l'ont cru, ou que les Notables qui étoient affemblés à Saint-
Il Germain-en-Laie, appréhendaffent une guerre civile on
fut d'avis de fe relâcher fur l'Edit de Juillet. On en fit donc
r un nouveau, c'eft le fameux Edit de Janvier par
lequel 'on permit aux Religionnaires .de faire l'exercice de
leur religion hors des murs dans toutes les Villes & Bourgs
» du Royaume, & fous les conditions portées par le même
A la faveur de cet Edit, enregiftré avec de.fortes modifications
par le Parlement dé Touloufe les Prote;tans qui habitoient
cette Ville au nombre de près de vingt mille (z) fe raffem-
blerent. fous l'infpeâion de deux Capitouls pour célébrer leur
culte, d'abord dans des champs, ik. enfuite dans un temple
«construit vis-à-vis la porte de Villeneuve.
« Un jourde prêche il arriva un cas fortuir, mais de mauvais
a augure pour les Calviniftes (3). Un des foldats qui étoient de
» garde fur. la muraille tira un coup de moufquet tout au
» travers de l'affemblée tandis que Barreles ( c'étoit le M initire )
» faifoitle prêche; duquel coup un Gentilhomme du Querci,
.«nomme Lagarde, fut tué fur la place (4). »
Cet événement, qui, d'après la dilpofition des efprits, auroit
dû, ce femble, avoir de fuites très-dangereufi-'s n'en eut ce-
pendant aucunes & fans un nouvel accident arrivé le 4 Avril
dans le faubourg Saint Michel, paix n'eût peut-être pas &ti
troublée dans cette Ville $ maisce jour-là des Prêtres ayant
voulu enlever le corps de la femme d'un Charpentier Pro-:
teftant de ce Faubourg que des hommes de fa religion por-
toient en terre, il furvint une émeute le toçfin fut Tonné,
« & fur le bruit que les Huguenots avoient maltraité les Prê-
» très les Catholiques les uns armés, les autres fans armes t
mais tous également animés contre les Calviniftes», -courent
au cimetiere, & n'ayant pas trouvé fur qui décharger leur
colère ils fe ruèrent fur tous ceux des Huguenots qirïls
» rencontrerent par les rues & lés maffàcrerent ils fé jettent
» enfuite dans les maifons-de ceux de la même feâe & les
» pillent
Il étoit impoflible que le défir d'une jufte défenfe., joint au
fyftême de rivalité qui exiftoit entre les deux partis, n'exafpérât
les efprits, & n'entretînt parmi les Prbteftans fur-tout un
ferment d'aigreur qui fe développeroit dès que l'occafion pa-
roîtroit favorable. Les Catholiques fentirent 'facilement ce dan-
ger, & pour l'éviter les Capitouls, réunis avec le Parlement,
prirent des mefures dont on pourvoit attendre beaucoup de
fuccès, fi le Parlement lui-même n'eût été le premier à les
violer (6). Sous les yeux des Proteftans oh fit des préparatifs
horribles on remplit les maifons& les couvens de foldatt
armés(7).
« Les Catholiques offroient déjà l'image d'une année
prête à fondre fur fes ennemis. Les Proteflans ne pouvoient
» plus vivre fans effroi dans une Ville hériffé'e de dards &
d'épées, où le Corps defliné à veiller fur les Lois, à oppofer
leur bouclier aux traits de la haine, étoit le premier à le*
aiguifer, à donner l'exemple d'un acharnement auffi cruel
» que déraifonnable. (8). Le Parlement agiffoit alors, en,
» décote. Il joignoit à chacune de fes- détentes cette terri-
» bte formule, fous peine de la vie. Le peuple excité par.
» tans d'Arrêts rendus pour l'enhardir pourftjivre .les
Huguenots regardoit comme autant de traîtres ceux qui
ne paroiffoient pas feconder (es fureurs avec ajQTez d'en-
If thoufiafme La/aille à ce 'fujec nomme le peuple
Mine bête féroce encline à charger de fes bifarres foupçons les
< f)
t -de la ,plus grande innocence & de kplus faute vertu.
Etoit-ce le peuple que l'on devoit accufer des emportetrieni
»-trop ordinaire^ alors ? Quand des hommes, chargés du
*foin de l'éclairer & dé le conduire viol.oient la fainteté
» de leur miniftere, au point d'ordonner des meurtres, & de
» mettre le, poignard aux mains des Citoyens que leur
» devoir étoit de désarmer., quelle main affez puiflante auroit
» pu faùver la France ? (9). »
Cependant tous ces mouvemens dont la publicité ne per-
mettoit pas de douter un feul inftant fur les véritables inten-
tions 4e ceux qui les excitoient apprirent aux Proteftans à
fe défier plus particulierement des Catholiques alors encore
on fut informé des perfécutions exercées contre les Religion-
naires à Waffy à Rouen à Sens à Vendôme à Loches
dans l'Anjou, dans le Maine Caftelnaudary & ailleurs
où ces infortunés furent égorgés ou brûlés vifs & cette nou-
velle jointe à tous les preparatifs aux armemens & aux de-
mandes réitérées de fecours de la part du Parlement déter-
minèrent les Proteftans à fe tenir fur la défenCve & à s'em-
parer en conféquence de quelques pofles d'où ils puflent re-
pouffer les attaques qui leur feroient faites ils pénétrèrent
pour cet effet, durant la nuit du Il au 1 2. Mai, dans l'Hôtel de
Ville, & dans les Collèges de Saint-Martial dé Périgord
de Sainte-Cauierine où ils s'établirent avec des forces & de
l'artillerie ainfi qu'aux portes de Matabiaù & de Villeneuve.
Cette npération faite avec le plus grand fecret & fans
avoir éprouvé aucune réfiftance donnoit des avantages Bien
marqués aux Religionnaires en forte que comme l'obferve
l'Annalifte de Touloufé « fi le lendemain au moment que
» le jour parut; on eût donné le fignal du carnage, c'en étoit
fait des Catholiques. Ces difpofitions fi bien dirigées devin-
» rent inutiles parce qu'au lieu d'attaquer fur le champ ils
» préférèrent de traiter avec leurs ennemis efpérant qu'après
avoir prouyé qu'ils auraient pu donner la loi & s'immoler
autant de vi&imes qu'ils comptoient d'ennemis, on traiteroit
» avec eux avec plus de docilité »
A peine le Parlement fut informé de ce qui s'étoit paffé
pendant la nuit qu'il proclama un Arrêt pour obliger les Ca-
<o.
tholiques porter une croix Blanche flir, leurs habiM à' iUu*
miner leurs maifons & à en abattre les auvents ( deftitua les
Çapitouls qu'il foupçonnoit de favorifer les Proteftarts &
en nomma d'autres s'empara de toute la poudre à Canon
qui, étoit dans une tour de la Ville (iz), fit abattre les
boutiques des Libraires fnuées autour du Palais fit mettre
aux fers tous les Libraires comme {bnpçonnes <J'héréfië &
brûler tous leurs livres fans exception & ordonna aux
Catholiques de prendre les armes
Le lendemain des fecours étrangers étant arrivés cette
Cour commit une faute'bien plus inexcufabk encore au
» lieu de chercher tous les moyens que la prudence pouvoit
» fuggérer pour faire tomber les armes des mains des deux partis
» le Parlement fit' fonner le tocfin & crier aux armes alors
» la frénésie du peuple devint une fureur femblablë à celle des
» tigres qui fe jettent fur leur proie le carnage fut horrible
» la mort fe préfenta fous mille formes différentes, toutes plus
» cruelles les unes que les autres c'étoit une premieresaint-
» Barthelemi point de fexe d'âge & de condition que l'on
» reipeftât (14). »
Ici MESSIEURS je ne fuivrai pas les Hiftoriens dans le
récit des fcenes qui fe fuccéderent depuis le i; Mai, juf-
qu'au 16 du même mois. Il faut épargner à ^>tre atne fén-
fible le tableau déchirant de cette férié de -meurtres d'af-
Faffinats de batailles & l'honneur même de notre Partie
nous impofe le devoir de jeter un voile religieux fur les évé-
mens arrivés dans ces jours de deuil. Je page donc de fuite à
la treve qui fut convenue le Samedi 16 vers1 Pheurë de midi,
'& qui fufpendit de part & d'autre toutes les hotlilités.
Après une fuite non interrompue de viftoires remportées
par les Proteftans fur les Catholiques (i 5) ces derniers
concernés du mauvais fuccès de leurs armes demande-
rent .à capituler, obtinrent une treve & firent préfcn-
tér par Fourquevaux quelques projets de traité, dans leftjuels
entr'autres chofes, il étoit dit « que les Religionrîatrës' laif
M feroient leurs armes dans l'Hôtel de Ville fe retireroient
» en paix & en toute fureté où bon leur •femblerôit &
demeureroit dans la Ville qui voudroit ce qui fut caufe
» qu'on. fit treve jufqu'au midi du lendemain jour de [a Pen-
». tecôte mait le Parlement ayant fait pendre un Soldat Hu-
» guenot du pays'de FqîxJ, au préjudice de la treve, cela donna
» à connoltre aux conjurés qu'il n'y. avoit point d'accord
» auquel ils duffent fe fier (16). »
Ceux-ci ayant alors réfolu « de fe retirer le foir du tende-
» main ( 17 Mai ) nrent le matin la cene & leurs prieres
pendant lefquelles le Trompette de la Ville chanta du plus
» haut de la Maifon de Ville plusieurs Pfeaumes & Cantiques
» qui furent éntenddtde toute la Ville. Ils fe retirèrent donc
» de l'Hôtel de Ville à l'entrée de la nuit. Il y en eut qui
» prirent le parti .de demeurer dans la Ville, penfant fe fauver
» par. la faveur des Catholiques de leur connoiffance mais
» la plupart résolurent de gagner la campagne comme ils
»' firent par la porte de Villeneuve dont ils étoient les maîtres. Ils
̃» fe diviferént en plufieurs bandes, & prirent divers che-
» mins (17). »
« Le traité de capitulation portoit expreffément qu'ils ne
» feroierit pas troublés dans leurs voyages mais à peine ils
» étoient en ÀgÉche que les Catholiques fe jetterent Sur eux
» en maffacre nt une partie & traînerent les autres chargés
» de fers dans des cachots où bientôt la mort fut le moin-
̃». dre de leurs maux d'autres furent accablés plus impitoya-
•» blement encore par les payfans (t 8). »
« Le premier qui courut les charger fut Savignac qui
« s'étant mis à la tête des Catholiques en fit une grande bou-
» chérie difant que c'étoit pour venger la mort de fes^deux
Il frères. Le Capitaine du Guet qui fut envoyé le len-
» demain pour rtfonnoître le nombre des morts, rapporta que
» depuis le Couvent des Pères Minimes jufqu'aux Jufti-,
» ces c'efl-à-dirè environ mille pas il en avoit trouvé cin-
quante-troisquiétoierrt déjà demi-rongés des chiens; deceux
» qui prirent le parti de demeurer dans la Ville, la plupart
« n'eurent pas un meilleur fort Il
Ecoutons ntaistenant le Rédaâeur des Annales manufcrites ou
regiftres hiftoriquesde la Maifon Commune, & par le paffage
que nous allons en lire jugeons de la brutale fuperftition
& du'Sang froid féroce qui caraftérifoient les auteurs de ce
(8)
maffacre «A quoi feaft refpondu par leâiSt feigneur
Prudent ( du Parlement ) qu'il étbit queftion de rhon-
» neur de Dieu & de fûn Eglife & avant paffer oultre que
» tous foldats & gens de guerre euffent incontinent foi mettre
» .en ordre aves les srmes & fe rendre foubs l'enfeignè de
» leurs Capitaines à la peyne de leur vye fans rémiffion, à ce
» que par armes l'ennemi feuft affailli & l'avoir, quoiqu'il
f coudât à feu & fang. Et feuft cette affaire fi vertueusement.
» ( Dieu, quelle effroyable vercu ) & belliqueufement con-
» duia, q«»e le dix-féptieme jour du libys de May, fefte de
»la Pentecofte la Maifon'& Capitolle de la Ville feuft reprins &
» remis en fhobéiffance du Roy, de la Court Capuols &
» Citoyens de la Ville', & l'ennemi repouffé tués « meur-
» dris, la plupart demeurés fur les rues.& pavé, ou aux en-
» virons deux lieues à la ronde de Thle (Tholofe),fuivisde
» Cavalerie & Infanterie, quatre mil cinq cens d'iceulx en-
» nemis en nombre vérifié, fans comprendre une infinité d'au-
» tres enfepvelis par les champs. Laquelle victoire demeurée au
» Roy & à la Ville foubs fon hobéiffance eft très-digne de
» mémoire tout ârnfin que feuft miraculeufe la délivrance du
» peuple d'Ifrael '&c. &c. (i&)
Quel affreux mêlange de religion & de cruauté de pes-
fidie & de vengeance attribuer à une forte de miracle le fruit
monftrueux de la férocité la plus réfléchie & par une audace
facrilege chercher rendre la Divinité complice &fauteur des
forfaits'qu'on a commis Ce délire de l'efprit humain ne pem
fe concevoir & lorfque de pareils traits fe préfentent daa*
l'hiftoire ,on eft tenté de rougir d'être homme ou de calomnier
la bonne foi de l'Hiftorien mais pourfui^ms & couions
vers la fin de cette fanglante tragédie.
Les premiers foins dés Capitouls, après la dérouté dés con-
»jurés, furent d'en rendre des actions de grâces à Dieu. Dans
s la chaleur des combatsque nous-avons vus ils fireiu.vceu
» de faire célébrer annuellement dans l'églife de Saint SeVnig,
» une Meffe à laquelle affifteroient au moins deux Capitouls;
ce vœu fut approuvé dans un Confiai de Ville (2 1 ), Le Pax-
lement ordonna'aulli qu'il feroit fait tous les ans, le.dix-
» feptieme de Mai, jour de la délivrance de cette Ville