Deuxième coup-d

Deuxième coup-d'oeil sur la folie, ou Exposé des causes essentielles de cette maladie ; suivi de l'indication des divers procédés de guérison. Par P.-A. Prost,...

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47 pages

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impr. de D. Colas (Paris). 1807. 48 p. ; in-8.
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Ajouté le 01 janvier 1807
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Langue Français
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DEUXIÈME COUP-D'OEIL
SUR
LA FOLIE.
Se trouve aux adresses suivantes :
D. COLAS, Imprimeur-Libraire, rue du Vieux-
Colombier, N° 26, faub. S'-Germain;
CROULLEBOIS, Libraire, rue des Mathurins;
GABON, Libraire, place de l'École de Médecine.
DEUXIÈME COUP-D'OEIL
SUR LÀ FOLIE,
ou
EXPOSÉ DES CAUSES
ESSENTIELLES
DE CETTE MALADIE j
^mdfelirareation des divers Procédés de
&< CSfilP )^î Guérison.
fg^R P.-A. PROST,
Docteur en Médecine; de la Société de Médecine de
Paris ; de celles de Médecine et d'Agriculture de
Lyon, etc.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE D. COLAS,
Rue du Vieux-Colombier, N° 26, faub. St.-Germain.
1807.
ÉTABLISSEMENT
DUNE MAISON
POUR L*E TRAITEMENT DES ALIÉNÉS,
Sise à Montmartre 3 banlieue de Paris.
JJÀNS îè grand nombre des iuaisoris destinées-
à: recevoir les aliénés, il en est quelques-unes
Ou ces malades sont traités ; dans beaucoup
d'autres, ils n'y sont qu'éloignés de la société";
ils n'y reçoivent aucun secours, aucun trai-
tement propre à les arracher à/leur triste
état. Nous avons vu naguères les rnalnèu-?
reuses victimes dé la maladie qui occasionné
l'aliénation mentale , repoussées par les plus
absurdes préjugés, et traitées avec l'însôù-
"ciânce et l'impéritie les plus révoltantes.
Grâces en soient rendues à quelques sages,
amis,de l'humanité, le sort de ces malades
est changé en beaucoup d'endroits. De nos'
jours une doctrine s'est établie, des méthodes
ont été suivies ; la science en a cherché les
6
règles, et une philantropie éclairée en a dirigé*
l'application,. C'est à MM. Pinelet De Coul-
miers que la reconnaissance publique doit des
hommages pour ce bienfait; Il est grand sans
doute par les résultats déjà obtenus.\ mais il
est plus grand encore par ceux que promet
à la société l'heureuse influence de l'émulation
qu'il à fait naître.
L'un des premiers , j'ai essayé de répondre
à cet appel fait par la science et l'humanité >
en publiant dans différens ouvrages ,des vues
nouvelles sur les causes de l'aliénation men-
taie et sûr le traitement qu'elles indiquent.
L'étude des anciens auteurs qui ont écrit sur
cette maladie, l'ouverture des corps , les ob-
servations, puisées dans ma propre pratique ,
les méditations et les rapprochemens auxquels
je me suis constamment livré, m'ont con-
vaincu que de nouveaux chemins- pouvaient
conduire plus sûrement au but que l'art de
guérir se propose d'atteindre et vers lequel,
l'humanité le dirige.
Dans l'ouvrage que j'ai publié il y a quelques
années, sous le titre de Médecine éclairée par
l'observation et l'ouverture des -corps, j'ai
établi des principes fondamentaux auxquels
? ■ . -
j'ai donné de plus grands développemens dans
l'Essai physiologique sur là sensibilité ,
imprimé peu de tems après. Ces deux pre-
miers ouvrages , composés dans l'intention de
rattacher à la science médicale les phéno-
mènes que présente l'ouverture des cadavres ,
et toutes les connaissances dont les sciences
naturelles se sont enrichies depuis peu , ont
préparé les matériaux et fourni les preuves
de la doctrine que j'ai ensuite cherché, à éta-
blir dans le Coup-d'oeil physiologique sur
la folie, publié l'année dernière,, docl^ine à
laquelle les observations consignées dans le
second Coup-rd'oeil, qui paraît aujourd'hui,
donneront une forée que l'esprit 4e .système
ou l'entêtement de, la routine s'efforcerait en
vain de combattre.
Ainsi conduit par la direction donnée à
mes études et par l'exercice d-une pratique
dans laquelle j'ai eu le bonheur : d'obtenir
quelques succès , à m'occùper plus particuliè-
rement des aliénés , je mei trouve aujourd'hui
dans l'obligation de répondre à la; confiance
publique en me consacrant entièrement au
traitement d'une des plus cruelles maladies,
auxquelles l'espèce humaine soit sujette.
8
En cédant au voeu de ceux qui m'honorent
de. leur confiance et aux conseils d'amis
éclairés , j'éprouve , qu'il me soit permis de
l'avouer , que la plus précieuse des récom-^
penses attachées à des travaux utiles , est la
considération publique ; et que le plus puis-*
sant des encouragemens , est l'espoir de faire
quelque bien/
Tai donc'fbrmé un établissement pour le
traitement des- maniaques et de toutes les-
affections nerveuses. Cet établissement est
fait dans une inaison (i) très-spacieuse, située
à Montmartre, peu éloignée de la barrière dé
Paris. Un jardin fort étendu et des plus agréa-
bles , une distribution intérieure des plus
convenables, un aspect qui présente les scènes
douces et variées de la nature ; tout m'a parti
se réunir pour le but que je nie propose , et
auquel l'expérience m'a prouvé qu'on n'ar-
rive point si l'on néglige de s'entourer d'un
appareil de choses disposées avec intelligenêe. >
et préparées pour l'usage que les divers états
de la maladie prescrivent. Tant de causés
(i) Cette maison, très-connue, est celle qu'on nomme Folie'
Cendrin, maison des Rochers.
9
morales jettent dans cette déplorable situa-
tion ! Tous les extrêmes se réunissent pour
donner lieu à la folié , et la folie précipite à
son tour sa victime dans tous les extrêmes.
L'investigation de ces causes doit souvent
être dérobée au malade ; la connaissance qu'il
en aurait, pourrait en accroître les effets.
Cette maladie présente des phénomènes
dont les causes cachées ne se développent qu'à
éëîui qui les recherché avec le calmé d'un esprit
ebserVâtetïr, dégagé de tout système ; mais ces
causés, il n'appartient pas à la médecine seule
de les combattre j le traitement moral est
quelquefois plus efficace que les secours de
l'art. Alors que les documens et les preserip-
tionsde la science n'ont point d'application, la
morale et la philantrôpie offrent au médecin
des moyens dont son coeur peut seul diriger
l'emploi. Etre médecin n'est donc point assaz
auprès d'un fou j il faut être par caractère
disposé à cette douce bienveillance qui, ne-
se démentant jamais , inspire et fixe la con->
fiance du. malade et l'amène à faire sans effort
ce qui convient à son état.
Je connais toutes les difficultés dé la tâche*
que je m'impose , et je l'entreprends avec la
I o
confiance que rien de ce qui pourra m'ai-
der à la remplir ne sera négligé par moi.
Celui qui se consacre à la direction d'un
pareil établissement doit être à la fois le mé-
decin , l'infirmier, l'ami, le consolateur , le
confident de ses malades. Toujours au milieu
d'eux , les observant, les dirigeant, épiant
leurs dispositions secrettes , il doit mettre à
profit toutes les circonstances , toutes les
actions, tous les mouvemens qui, qûoiqu'en
apparence indifférens, décèlent aux yeux de
l'observateur éclairé des causes profondé-
ment cachées. ,'.'.-
Le médecin que ces- pénibles devoirs n'ef-
frayeront pas, trouvera bien dans ses dispo-
sitions à les remplir l'espérance encourageante
d'obtenir quelques succès ; mais , il faut oser
le dire, ses efforts seront vains et son dévoue-
ment stérile, s'il n'a pas fait une étude pro-
fonde des lois par lesquelles la nature soumet
-tous les êtres à l'action de' quelques causes
générales en petit nombre ; s'il méconnaît l'in-
fluence qu'exercent sur chacun d'eux les corps
environnans , et celle qui s'établit réciproque-
ment entre toutes les parties Constituantes
d'un même corps ; les relations secrètes des
II
(organes, et'le mode particulier.de correspon-
dance d'après lequel ils agissent les uns.sur les
autres, et 1 chacun d'eux sur lé corps entier ;
si enfin l'observation des faits et ses médita-
tions n'ont pas découvert, à ses yeux les phe?
nomènes, cachés de cette cbrrespondance.
Le traitement suivi dans l'établissement que
je viens de former offrira j je l'espère, la preuve
que ces considérations ne sont pas vaines , et
je suis fondé à croire que les résultats que j'en
obtiendrai contribueront à établir une doc-
trine dont j'ai puisé les principes dans l'étude
des phénomènes que présente l'ouverture des
cadavres , dans mes propres expériences, et
dans la longue observation des maniaques.
Pour éviter aux personnes qui m'honore-
ront de leur confiance un déplacement qui
serait inutile, si elles arrivaient chez moi au
moment oh les devoirs de mon état m'en
auraient fait sortir, je les invite à m'informer
à l'avance, par écrit, du jour où j'aurai l'hon-
neur de les recevoir.
Je prie aussi ceux qui m'adresseront des
consultations , de les faire écrire, autant que
possible , par une personne de l'art. 11 est
essentiel que les symptômes sous lesquels la
12
maladie se manifeste soient développés avec
précision, et d'une manière qui permette dé
connaître le véritable état du malade.
Dans l'un et l'autre cas ,-les lettres qui mé
seront adressées doivent être affranchies.
PRÔ'S'T,
Docteur en médecine , à Mont-
martre, maison des Rochers i
DEUXIEME ÇOUP-D'OEIL
SUR LA FOLIE.
y OIR et réfléchir sont les seuls moyens de parvenir
à la connaissance de la nature dans foutes les sciences
qui ont pour objet la recherche dés phénomènes qu'elle
présente. Plus on avance dans l'investigation des
causes qui les produisent, et plus on est obligé de
reconnaître qu'un petit nombre de lois règle tout; que
quelques moyens simples produisent tous les effets;
que dans la santé comme dans les maladies,, tout se
rapports à quelques véritésfondamentales, à quelques
lois primitives qui doivent être la sovrce de toutes nos
théories, le pivot de toutes nos doctrines.
Qu'a-t-on fait jusqu'ici pour arriver à la connais-
sance de la manie, ou plutôt à celle des causes qui
développent et entretiennent cette maladie ? Les
faits , les mieux connus même , ont-ils suffi pour
éclairer la doctrine médicale, et tracer une route
dans laquelle le médecin ne puisse s'égarer?
Telles furent les premières questions que je me fis
en me préparant à l'étude des affections nerveuses en
général et de la manie en particulier. En examinant
ces deux questions, je fus frappé de l'incohérence des
faits remarqués et de celle des idées qu'on en avait
prises. En poursuivant mes recherches, je crus aperce-
voir une multitude de choses échappées à la légèreté
avec laquelle on procède trop communément à l'ouver-
ture des, cadavres, et je ne tardai pas à me convaincre
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qu'on ne devait espérer aucune amélioration dans le
traitement de. la mnnie et des affections-nerveuses,
tant que les véritables causes de ces maladies reste-
raient cachées sous un voile que l'amour^propre et
l'entêtement de la routine ne permettaient pas de
soulever. Fort de la conviction acquise dans l'obser-
vation des maniaques, et par l'ouverture d'un grand
nombre de cadavres, je manifestai des idées non-,
velles. Les oppositions s'élevèrent, j'y répondis par
par 4es faits : je ne convainquis point les personnes
intéressées à écarter toutes les idées qui ne sortent
pas de leur tête ; mais j'éveillai l'attention des hom-
mes instruits et disposés à observer avec bonne foi et
sans prévention; leurs suffrages honorables furent la
première récompense de m'es travaux, ils oat soutenu
mon zèle et encouragé mes efforts : je leur offre ici
le tribut de ma reconnaissance.
Dussé-je revenir sur ce que j'ai déjà dit ailleurs, je
crois qu'il n'est pas hors de propos de commencer
cet ouvrage par des considérations générales et sut>-
cinctes qui éclaireront le sujet particulier sur lequel
je cherche à répandre quelque lumière.
NOTRE corps et un composé d'organes différens qui
agissent ensemble, les uns par les autres, pour un
but commun et par une cause générale. Il existe en
nous une telle liaison dans nos mouVemens, une telle .
harmonie, qu'il n'y a pas une opération qui ne tende
à en provoquer une ou plusieurs autres. Mille causes
concourent en même tems à faire varier In même
fonction, laquelle peut encore varier de mille autres
manières : la cause produit l'effet, et l'effet devient
cause : c'est ainsi, par exemple, qu'un appétit quel-
conque fait couler des fluides dont l'effet est d'exci-
ter, de diminuer, de modifier cet appétit. Le goût
i5
provoque la salive, la salive provoque d'autres excré-
tions : ainsi se lient nos fonctions, des moindres aux
plus grandes, chacune d'elles influe sur le tout; ce
sont autant d'espèces de commotions qui se com-
muniquent à tous les corps qui concourent à notre
structure. Un -grand point pour faire des progrès dans
la physiologie et dans la médecine, c'est de saisir
la chaîne de ces relations. Il suffit de réfléchir, de
raisonner un peu pour avoir la conviction que-cette
chaîne doit être l'objet principal des recherches, et
des méditations de celui qui veut connaître l'homme '
sain, comme de celui qui cherche à savoir en quoi
consiste le trouble principal qui donne lieu à une
maladie.
Ou je me trompe fort, ou cette proposition , intel-
ligible à tout le monde, ne peut trouver de contra-
dicteurs. Dès-lors il est absolument prouvé que les
premiers pas à faire dans la recherche des troubles qui
provoquent le délire -, doivent être dirigés dans le sens
suivant lequel nos organes agissent les uns sur
les autres. En supposant la folie un état différent
de l'état naturel ( supposition fort simple), nous de-
vons être persuadés que pour juger l'un, il faut con-
naître l'autre : or c'est par l'étude de l'ordre qui règne
en nous pendant la santé, que nous devons commen-
cer l'étude de la manie. ,
. Qu'a-t-on fait au premier âge de la médecine
pour savoir en quoi consistent les causes organiques
de la folie ? On a dit : ce désordre est celui du cer-
veau; donc c'est le cerveau qui en est le siège; dès-
Jors la tête est devenue l'objet de tous les regards, ,
de toutes les recherches. A-t-on aperçu quelque
particularité dans le crâne, dans les méninges , dans
la substance cérébrale, aussitôt on en a fait une cause
de folie; cela était tout simple, puisque malgré toute
i6
l'attention avec laquelle on inspectait cette région;
on né découvrait rien autrade particulier. Combien,
n'a-t-il pas fallu de tems à ceux qui, dans toutes
sortes de maladies, n'étendaient point leurs recher-
ches à tous -les organes , pour découvrir que ce
qu'ils prenaient pour des choses particulières à cette
maladie se manifestait dans tous les états de la vie !
Combien d'erreurs on.eût évitées, si étudiant- l'éco-
nomie animale avec un esprit plus philosophique,
d'après des observations plus exactes .et mieux diri-*
gées , on eût dit : « le sujet qui nous occupe est un
» composé d'un nombre considérable de corps qui
» agissent les uns sur les autres et se provoquent
» d'une extrémité à l'autre ; » si on eût observé
les dpuleurs de tête , les troubles de l'esprit qui
accompagnent si souvent une mauvaise digestion j
les relations qui ont lieu entre l'organe de la pensée
et ceux de la, génération, la peau, le goût et tant
d'autres ; si on eût un peu remarqué les sympathies
réciproques des organes soumis à la volonté ,et aveG
les organes qui agissent sans le concours de l'enten-
dement? • .
Au lieu de s'appliquer à la recherche des causes de
l'ignorance dans laquelle on est resté relativement à
à la manie, on a copié ce qui avait été dit; et quoi-
qu'environné de motifs, certes bien propres à faire
sortir les médecins de cet engourdissement héré- -
ditaire, on les a négligés au point de n'en tirer
presque aucun parti.
Le fait le plus constant aujourd'hui parmi ceux
qui ont voulu connaître les causes'de la folie, c'est
que les dispositions particulières du crâne et certaines
petites affections du cerveau ou des méninges, "aux- V
quelles beaucoup de personnes ont attribué cette
maladie , ont souvent lieu sans aucun trouble de "
17
l'esprit, et que la plupart du tems on ne distingue
aucun désordre dans toute la tête sur le cadavre dés
maniaques. Il n'en faut pas davantage sans» doute
pour faire penser que la manie' peut bien ê|rè' une
affection sympathique, l'effet de quelque lésidn*éloi-
gnée de la "tête. Que cette idée ne soit encore^qu'un
soupçon, quoiqu'il soit dû â une réflexion judicieuse ;
j'y consens ; mais combien ce soupçon acquiert de
probabilité à mesure qu'on examine cette foule de
faits qui , chez l'homme vivant et sur le cadavre ,
viennent nous éclairer sur la dépendance sous la-
quelle le cerveau est placé, et combien de circons-
tances se réunissent pour lui donner le caractère
d'une vérité.
Une des sympathies qui frappent le plus dans le
jeu de nos organes , c'est celle du cerveau et des
sens avec les organes glanduleux. Cette sympathie est
si puissante qu'elle lie avec une grande force les
opérations qu'on nomme organiques, vitales ou invo-
lontaires avec les opérations de l'esprit; et qu'elle
met sous une dépendance réciproque, le cerveau ,
le foie, les testicules, la matrice, l'estomac, les in-
testins, tous les viscères enfin qui sont en partie
composés de membranes, de glandes muqueuses, et
l'organe-de la pensée. Cette dépendance se mani-
feste par des effets tout à fait différens, en raison de
ce que la lésion est particulière à la partie muqueuse
ou à la partie séreuse de cesorganes. C'est dans cette
relation sympathique précisément que nous décou-
vrons une partie des causes* générales qui déterminent
et entretiennent la folie. Aussi dirons-nous que la
route la plus sûre pour arriver à. la source de cette
maladie, c'est de porter ses regards, dans l'état de
santé, sur les relations réciproques des organes;
c'est là cpej^ns^découvrirons les premiers rayons de
i8
lumière qui peuvent éclairer ce sujet, et nous guider
sûrement dans d'autres recherches.
Avons-nous du chagrin, du plaisir même, les
larmes coulent -. la salive, le lait, le sperme Huent et
ont dès caractères différens suivant les sensations et
les passions. Le sperme séjourhe-t-il dans ses réser-
voirs , la passion de l'amour s'éveille, et nous éprou-
vons des désirs qui seraient nuls sans l'action de ce
fluide sur les vésicules et sur toute l'économie. Les
passions paraissent donc essentiellement influencer
et activer les sécrétions muqueuses , tandis que ces
sécrétions provoquent lès passions.
Cette correspondance, facile à démontrer pour cer-
tains organes, ne l'est point également pour quelques
autres, tels que le pancréas et le foie ; cependant
nous savons que la bile coule dans des quantités dif-
férentes j que sa nature varie à l'infini, en raison de
l'état de l'esprit. La tristesse, l'inquiétude, le cha-
grin, les^travaux, les veilles prolongés déterminent
un changement plus ou moins grand sur la sécrétion
de cette liqueur : les troubles qu'elle éprouve devien-
nent des causes de maladie; ils donnent lieu à d'au-
tres troubles qui en provoquent d'autres encore.
Tous ces troubles sont certainement une suite des
lois de notre organisation; on ne peut en assigner
les causes sans une parfaite connaissance des fonc-
tions et dp la sympathie des organes pendant la santé.
Que de maladies différentes résultent de cet ordre de
lésions deSnos fonctions ! et comment séparer ces
maladies de leur principe? comment les suivre jus-
qu'à leur source , si on ne connaît le jeu sympathique
des diverses parties de notre corps ?
N'ai-je pas raison, d'après tous ces faits, de dire
' que dans la recherche des causes de la manie , l'ou-
verture des cadavres, l'inspection même de tous les
*9
organes, ne suffisent point à celui qui ne lie point
aux faits que peut découvrir cet examen, la connais-
sance nécessaire des lois générales de la nature, et
de la correspondance de nos organes? Pourquoi,
dans la théorie de la manie , vouloir restreindre dans
un espace aussi étroit que la tête , les résultats
successifs d'un nombre plus ou moins considérable
d'opérations dépendantes de l'harmonie même de
toute la nature ? Voyez ce qui se passe dans tous
les âges, suivez les révolutions de l'économie ani-
male, méditez un peu; méditez sur-tout, et bien-
tôt vous découvrirez un champ vaste dont les limites
ne se montrent point à votre oeil surpris. Au lieu de
cette stérilité qu'a toujours offerte l'inspection de lai
tête et du cerveau dans la manie, vous trouverez
une multitude de faits qui s'expliquent les uns par les
autres.; et vous déplorerez les effets de cette longue
ignorance et de cette routine opiniâtre, qui, fixant
les regards et les recherches sur l'organe cérébral, les
a trop long-tèms détournés d'un des points les plus
lumineux et les plus féconds en résultats : je veux
dire la correspondance du cerveau avec les organes
muqueux.
L'homme délire pour la première fois, à un âge
avancé ; il délire tout à coup, en un instant, sur un seul
point; cela ne suffit-il pas pour indiquer une cause
passagère , une cause différente de celles qu'on cher-
che dans le crâne ; une cause enfin qui dépend des
premiers caractères qu'acquiert le principe de vie à
sa source ?
Pourquoi la folie est-elle quelquefois intermit-
tente , périodique ? pourquoi rêvieut-elle à la même
saison? quels rapports y a-t-il donc entre notre
machine et les révolutions de la terre? Soit que nous
connaissions le mode de ces rapports; soit qu'ils res-