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Discours civique sur la nécessité d'acquitter les impôts, prononcé le 29 mars 1791, à la Société des amis de la Constitution de Montreuil-sur-mer, par Jean-Nicolas-François-Marie-Timothée Hautbout,...

De
22 pages
Magazin de librairie, au Palais de justice (Paris). 1791. In-8° , 23 p..
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DISCOURS
CIVIQUE
SUR LA NÉCESSITÉ D'ACQUITTER
LES IMPÔTS,
PRONONCÉ le 29 Mars 1791 , à la focictc des Amig
de la Constitution de Montreuil-sur-Mer,
Par JEAN-NICOLAS-FRANÇOIS-MARIE
TIMOTHÉE H AUTBOUT, Curé de Rouf-
fent, Du~tte~~tsdu Pas-de-Calais.
A PARIS;
Au Magazin de Librairie , au Palais de Justice
Salle Dauphine, ISO. 1.
A 2
DISCOURS
CIVIQUE
SUR LA NÉCESSITÉ D'ACQUITTER
A
LES lMPOTS.
MESSIEURS,
JE vais exposer à vos regards quelques réflexions
sur l'impôt; puissent-elles captiver votre attention,
puisse l'amour du bien public à qui elles doivent
le jour, me concilier votre indulgence.
Etonnés, sans doute, que j'ose entrer d^ns une
lice si difficile, si étrangère à mes précédents
exercices, vous vous demandez quel est mon
dessein ? Seroit-ce d'offrir à la nation sur ceu,
importante matiere de nouvelles découvertes,une
théorie plus profonde, une marche plus prompte,
« plus sûre pour jiffîigQçç dans la caisse nationale
(4)
ragent des échanges, le nerf de l'état ; des
moyens efficaces de répartir uniformément le
fardeau des tributs, de l'alléger, de rétablir sur
des bases inébranlables le crédit, l'opulence &
la force de l'empire français ; d'éclairer enfin les
fages même. Ces calculs, ces opérations com-
pliquées , liées à une foule immense de rapports
délicats, de recherches savantes, infiniment au-
dessus de mes très-foibles connoissances , si dignes
toutefois d'occuper les veilles du philantrope ;
l'aréopage de la nation en a approfondi les élémens,
embrasse tous les détails, pesé tous les résultats,
combiné toutes les chances, mesuré & borné
l'étendue. C'est après avoir porté le flambeau
de l'évidence dans ce ténébreux dédale , qu'il vient
de produire une refonte totale des lois salutaires,
sagement balancées sur l'impôt. Ce n'est donc
plus de la maniere de l'établir qu'il s'agit de nous
instruire, mais de la maniere de le supporter.
Nous devons le supporter avec courage, c'est
le salut de l'état ;
Avec religion, c'est le denier de la patrie;
1 Avec empressement, c'est la feule voie d'en
hâter la réduftion ;
Avec persevérance, c'est la source de la pros-
périté puplique
Les impôts inconnus aux associations politiques
( 5 )
A 3
jnai/Tantes & peu nombreuses, y font précédés d'une
prestation de services personnels. Que pourroit
donner autre chose une horde de sauvages sans
signes représentatifs des valeurs , sans lois, sans
autre bien que des fléchés, des zagaies & des bras
pour se battre? A mesure qu'une société s'enrichit
de sujets , les progrès de la civilisation s'y éten-
dent; leurs rapports, leurs désirs de posseder &.
de jouir, leurs bcfoins relatifs s'y multiplient; il
faut, pour contenir les invasions de la cupidité,
pour maintenir le bon ordre dans le corps social
& le mettre à l'abri des surprises &. des infulics
de ses ennemis , il faut une force publique soldée ,
par conséquent un trésor public & des impôts ; s'il
n'en existe pas chez quelques peuples policés,
c'est que leurs chefs y ayant envahi tou-
tes les propriétés, possédant seuls, peuvent &
doivent aussi seuls fournir à toutes les dépenses
de l'état : c'est-à-dire, que là tous les individus
naiflfent serfs, qu'un seul homme y el1 tout, les
autres n'y font rien. Tels furent nos ancêtres,
ces malheureux enfans de la glebe.
Jetterions-nous un œil d'envie sur une consti-
tution si précaire & si humiliante? & la nôtre
étoit-elle donc préférable avant le regne de
l'égalité ? Helas! vexés, écrasés par tous les genres
d'inquisitions, de concussions fiscales; ceux-là
(O
seuls te soustrrayoient à la contribution de l'impôt v
qui en dévoroient le suc : ceux-là seuls se refu-
foient à Cecourir l'état, qui lui étoient les plus
onéreux.
Voilà l'origine de sa détresse & de ses souf-
frances. La racine du mal est coupée ; mais
avant que l'arbre politique récupere son embon-
point, avant qu'il y circule une féve abondante,
que de sacrifices nous avons à faire ! quel vidé
dans nos finances à combler ! Cinq milliards de
paiemens à effeauer (i) ; voilà le gouffre qué
nous ont creusé les dilapidations de l'ancien ré-
gime ; voilà la dette que la loyauté de la nation
a déclaré sacrée, & dont l'acquittement nécessité
momentanément une forte impdlition de subsides.
Il est vrai que l'intérêt personnel toujours
effrayé des privations qui ne tournent pas à son
profit, l'exagère étrangement ; &. que, pour là
décliner & l'annullèr, il s'arme sans pudeur du
Ailet de la calomnie. Les vexations précédentes,
s'écrie-t-il dans tes sordides alarmes , ont-elles
jamais égalé celles qui affligent aujourd'hui toute
"la France? Les impôts pesent sur tbutes les têtes,
absorbent le produit de la propriété, ne laiflent
(i) C'est-à-dire, les deux tiers au moins du numéraire
que l'on croit être en circulation parmi àous.
(7)
A4
rIen à la subsistance du proffesseur. Qu'ont-ils-fait
de ces richesses nationales qu'ils disoient destinées
à finir nos maux, de ces offrandes généreufesw,
accumulées sur l'autel de la Patrie ? Avides
Législateurs, votre opulence s'est engraissée cta
nos dépouillés ; loin de soulager l'état, vous' en
avez accru les plaies & consommé la ruine.
Lâche calomniateur ! oui, ils ont foulagé l'état
ceux que tes inculpations insultent : sans nous
convaincre ni nous pervertir, lis, examine les.
comptes qu'ils soumettent à tes yeux, aux yeux-
de l'univers ; & fois confondu. Ils ont foulage
l'état, en le purgeant de cette armée d'officiers
vénaux, de fang-sues insatiables qui, fous les
livrées de Thémis &. de Plutus, ruinoient les.
particuliers & la nation ; de ces gagistes sans fonc-
tions,de ces membres parasites qui les furchargeoient
& l'épuifoient, sans le servir. C'est avec le pro-
duit des impôts , des domaines nationaux., que
tes Législateurs ont acquis le droit de les rendre
nuls , & d'en proscrire la poflérité. Ils ont fou-
lagé l'état, en substituant à des exceptions usur-
pées , un régime uniforme & impartial ; aux
imperfeaions & aux vices des lois anciennes,
des lois équitables & salutaires, qui pulvénfent
les chaînes du despotisme & de l'oppression. Ils
ont foulagé l'état de tout le mal, de tous les abus
(8)
qu'ils en ont retranché, ils l'ont relevé sur ses dé-
combres jeune, fain , glorieux & puissant; & ils
l'ont fait libre !
FRANÇAIS, connoissez vos véritables ennemis:
ce font ceux qui, par des insinuations perfides,
attifent le feu de vos pallions, vous soulevent
contre vos bienfaiteurs, soufflent dans vos ames
l'esprit d'indépendance & de révolte, vous exa-
gerent l'énormité des nouveaux impôts & des
cHarges publiques, pour vous en faire secouer le
joug nécessaire. Qu'arriveroit-il, si leurs dange-
reuses suggestions ébranloient votre fidélité? que
vous les verriez bientôt, ces déclamateurs si hu-
mains , s'associer à vos ennemis, fondre sur vous
à l'improviste, vous subjuguer ; & resserrer,
fermer, sceller pour toujours, les durs anneaux de
votre ancien esclavage. Qu'opposeriez-vous à
leurs subites irruptions? une multitude désunie,
dépourvue de tout ; un chef sans mission, sans
préparatifs, sans forces défensives, sans ressources
pour s'en procurer ; une marine délabrée , dans
l'inertie , perdue ? Or voilà à quelles dépenses,
voilà à quels inconvéniens, pourvoient les impôts;
voilà à quels dangers vous livreroit la cessation de
les payer. Les fuites inévitables de votre rébel-
lion opéreroient donc la consommation de la misere
publique, l'anarchie, l'avilissement de la nation, la
(9) -
renaissance des extorsions, des servitudes, & la
perte eternelle de la plus belle des conquêtes,
de la liberté. Payons l'impôt ; c'efl le salut de
l'état ; c'est le denier de la patrie.
'Assez long-temps des maîtres ambitieux, dis-
sipateurs ou avides, & leurs minières plus altérés
ou plus prodigues, ont pressuré sans mesure , le
plus pur fang des peuples; l'ont prostitué aux
entreprises de leur cupidité, aux ressentimens
de leur vengeance ; assez long-temps le trésor
national a servi d'aliment à l'immoralité, & à
des profusions qui rendent si déplorable la fitun-
tion de nos-finances ; assez long-tems l'autorité
arbitraire sur le trône & sur les degrés du trône,
a cru n'avoir à tenir compte de ses aftions qu'à
Dieu seul. Le suprême magistrat qui represente
la majesté du peuple français, les agens de son
pouvoir, les adminitfrateurs des diverses sections
de l'empire, tous doivent à la nation la comptabili-
té, la responsabilité, & la publicité de leur gestion.
Ces obscurités qui faisoient de l'emploi des de-
niers publics, une énigme inextricable; ces mal-
veillances qui en détournoient les fonds à des
usages illicites, ces infidélités qui se les appro-
prioient, ces prodigalités qui les épuifoient, ces
impérities qui les ruinoient, n'éçhaperont plus