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Domitien, Tacite et Mirabeau. 2e partie. Par Claude-Simplicien Constituantisky

De
36 pages
impr. de Forestié neveu (Montauban). 1852. In-8° , 38 p..
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DOMITIEN
TACITE
ET
( Deuxième Partie )
PAR
CLAUDE SIMPLICIENT. CONSTITANTISKY.
Ut imperiun everlant, libertalera
proeferunl ; cum everterinl, ipsam
aggrediuntur. TACITE.
MONTAUBAN,
IMPRIMERIE DE. FOBESTIE NEVEU ET COMP 0.
Place de l'Horloge, 36.
1852.
DOMITIEN
TACITE ET MIRABEAU.
II.
DOMITIEN
TACITE
ET
( Deuxième Partie )
PAR
CLAUDE SIMPLICIENT CONSTITUANTISKY,
Ut imperiun everlant, libertatem
praferunt ; cum everlcrint, ipsam
aggrediumur. TACITB.
MONTAUBAN,
IMPRIMERIE DE FORESTJE NEVEU ET C0MPe
Place de l'Horloge, 36.
1852.
DOMITIEN, TACITE ET MIRABEAU,
II.
DOMITIEN, TACITE ET MIRABEAU.
II.
Ut imperium overtant, liberlatem
proeferunl; cum everlerint, ipsam
aggrediuntur. TACITE
DOMITIEN.
Quand il eut, de ses murs franchissant la barrière,
Sur elle de ses pieds secoué la poussière,
Vers Rome Jugurtha souvent tourne en chemin
Son regard, de dégoût et de mépris empreint :
0 dégradation qu'on a peine à comprendre !
0 ville! disait-il, où tout cherche à se vendre !
Tu n'as donc chose en loi qui ne soit à l'encan ,
Et, par suite, adjugée à l'or du plus offrant!
Vois d'avance en César, vois l'adjudicataire
Qui, pour solder le prix de ta mise à l'enchère ,
Aura d'avance encor pris soin de rançonner
La Gaule qu'il parvint à se subordonner ,
_ 8 —
Et sur elle à tel point fondra son brigandage,
Qu'il la mettra, dix ans, nuit et jour au pillage.
Mais la Gaule aura donc le droit incontesté
D'être encor l'instrument de ta fatalité ,
Toi, qui de son Brennus, toi, qui n'as pu défendre
Ton Sénat égorgé sur tes murs mis en cendre,
Et qui, nouveau Brennus, avec l'or des Gaulois
Vois César s'immoler les plus augustes droits.
MIRABEAU.
Sur Rome, s'exprimant avec celle franchise ,
Jugurtha ne dit rien que Salluste ne dise :
Salluste d'elle encor nous traçant le tableau ,
Des plus sombres couleurs chargera son pinceau.
TACITE.
Contre elle , je comprends et m'explique sans peine
Ce qu'ils font éclater de mépris et de haine :
Ce torrent qui, tombé du sommet de ces monts,
Creuse un lit dans la plaine à ses flots vagabonds ,
Souillera du limon qu'il entraîne en sa course
Le cristal de ces flots jaillissant de leur source;
Et c'est ainsi que Rome, au bout de cinq cents ans,
Verra de sa vertu crouler les fondements. -
DOMITIEN.
Rome a pu cependant, l'an cinq cents de son ère ,
Lire l'heure qu'il est sur un cadran solaire,
_ 9 —
Cadran que même encore elle avait imité
De celui qu'elle avait de Messine emporté.
Du temps dont tout subit l'irrésistible allure,
Rome enfin a donc pris l'incomplète mesure ,
Et saisi la première et débile clarté
Qui perce de sa nuit la longue obscurité ;
Nuit qui, se déployant sur ses mornes paupières,
Du génie en chassa si longtemps les lumières :
Temps heureux toutefois , sur lequel sans effort
La vertu ne cessa de couler à plein bord ,
Mais peu propre, en dépit d'une telle largesse ,
A produire un Virgile, un Varron, un Lucrèce.
Nul talent, je l'avoue, et j'en suis confondu ,
N'illustra des Romains l'âge d'or prétendu ;
El sur eux, plus j'y pense et moins je puis comprendre
Qu'à ce point le génie ait pu se faire attendre:
Mais, à propos de lui, crois-tu que le talent
Soit de tous nos pouvoirs le plus indépendant ?
TACITE.
S'il exista jamais indépendance au monde ,
Sur le talent, sans doute, il faut qu'elle se fonde ;
De tant le reste en nous, quand l'éclat est terni,
Et du temps et du sort lui seul est affranchi.
DOMITIEN.
Ainsi de nos pouvoirs la diverse influence ,
N'existant qu'en raison de leur indépendance,
— 10 —
Et dans son attribut plus ou moins limité ,
Toute puissance encor n'étant que liberté,
Vois de nos libertés, vois donc la plus altière
Aux Romains dérobant les traits de sa lumière,
Attendre, pour produire en eux son feu divin,
Que de Rome ait croulé l'Etat républicain ;
Et de nos libertés quand la plus authentique
Prend soin de s'exiler de Rome en république,
Aux constitutions, au fatras de leurs lois ,
Je la vois , préférant le bon plaisir des rois ;
A la voix de Louis , à ses ordres fidèles,
Ombrager son grand nom de sa palme immortelle ;
Couvrir de la splendeur de son double rayon
Le suprême pouvoir d'Auguste et de Léon,
Et verser tous ses feux sur le sol de l'Altique
Quand Périclès en prit le sceptre monarchique.
TACITE.
Tout ici cependant nous atteste et fait foi
Que jamais Périclès ne prit le nom de roi.
DOMITIEN.
Tâchons de pénétrer, cherchons, dis-je, et pour cause,
Non la chose en le nom, mais le nom dans la chose.
De ton étonnement pour toi je suis confus ;
Périclès peut à fond t'instruire là-dessus ,
Te prouver au besoin que le pouvoir suprême
N'a pas toujours le front couvert d'un diadème ,
— 11 —
Et que jamais pouvoir ne fut plus absolu
Que celui dont il fut quarante ans revêtu.
MIRABEAU.
On conviendra dès-lors qu'on a peine à comprendre-
La vertu dont Tacite évoque en vain la cendre,
Quand on voit des talents qu'elle exclut de son sein
Sous le pouvoir des rois fleurir le noble essaim ;
Et, plût au ciel ! encor pour elle en cette affaire
Qu'un tel reproche fût le seul qu'on pût lui faire;
Mais nous la trouverons eu faute tant de fois
Que nous n'avons ici que l'embarras du choix :
Quand ta noble candeur, vertu républicaine ,
Commit la foi punique avec la foi romaine ;
Lorsque entre elles ton choix semble se partager,,
Je crains de décider ce qu'il n'ose juger ;
Et quand mon oeil confus les voit à dose égale
Sur elles du parjure épuiser le scandale ;
Quand chacune à l'envi de son charme s'éprit,.
La victoire arbitrant cet étrange conflit,
La victoire viendra, selon son noble usage,
Ne proscrire et flétrir que la foi de Carthage,
Tant pour elle et pour nous, tant les faits accomplis;
Prirent dans tous les temps force de droits acquis.
TACITE.
Dans leur lutte pourtant n'étant guère de mise,
Leur vertu ne pourra qu'être à fond compromise ,.,
— 12 —
Lutte où chacune encor jouant assez gros jeu,
De l'empire du monde a formé son enjeu ;
Mais , quand on voit, épris d'une telle espérance,
Deux grands peuples jouer jusqu'à leur existence
Dans le conflit entre eux là-dessus engagé,
Nul moyen , quel qu'il soit, ne sera négligé;
De leur force , dès-lors, et de leur artifice
Dans ce mortel conflit ils tiendront leur justice,
Et pour Rome et Carthage, en lui seul ayant foi,
L'intérêt de l'Etat sera l'unique loi.
DOMITIEN.
D'intérêt de l'Etat, d'amour de la patrie,
Plus d'un crime a voulu couvrir son infamie,
Intérêt qui, d'ailleurs, plus ou moins compromis
Et trop souvent, dès-lors, sans cause en avant mis,
De ces crimes sans but, de leur rage insensée
Nous fait avec horreur repousser la pensée ;
Et quand cet intérêt, allégué sans raison ,
Vint fondre sur Carthage à la voix de Caton ;
Quand de ses habitants la voix désespérée
Invoquait des traités l'autorité sacrée,
De leur droit de se plaindre, on ne peut moins touché,
De trahir ses serments rien moins qu'effarouché ,
Le Sénat prétendit en casuiste habile
Conserver leur cité tout en rasant leur ville;
Et Carthage, chassant sur son vieux fondement,
S'écroula sous le poids d'un pareil argument.
— 13 —
Ce n'est pas tout encore : aux monts de l'Apulie,
Sous les murs de Numance et dans la Numidie,
On verra ce Sénat peint sous un jour si beau,
Des traités les plus saints se jouer de nouveau :
Pour lui rien de sacré , rien qui puisse l'astreindre
A ne pas au besoin l'éluder et l'enfreindre ;
Il n'y manque jamais, tant il suppose et croit
Que l'utile pour lui soit la règle du droit,
Et tant son âme semble être à fond convaincue,
Qu'en elle le parjure est chose convenue.
TACITE.
Ce Sénat, dont l'éloge est assez peu flatté,
Veut donc sur son pouvoir toiser sa liberté ?
Pour lui, se dépouillant de leur double apparence,
Puissance et liberté confondent leur essence,
Quand de ces deux grands noms l'éclat mystérieux
Sous son nuage encor se dérobe à mes yeux.
DOMITIEN.
Eh ! quel est donc, dis-moi, ce pouvoir qu'on implore,
S'il n'est la liberté qu'en nous il fait éclore ?
Plus on est libre et plus on est encor puissant ;
Et de ces deux grands noms le charme ravissant,
Dont notre âme à jamais se verra possédée,
N'expriment qu'une seule et qu'une même idée:
Vérité que Brutus à Caton démontrait
Quand au joug de César le monde s'enchaînait.
— 14 —
Eh quoi ! s'écriait-il, quand je vois Rome même
Succomber de César sous le pouvoir suprême ;
Quand tout de son pouvoir, quand tout charge les fers r
César sera donc seul libre dans l'Univers !
TACITE.
Ces Brutus, ces Calons dont j'évoque la cendre,
Possédaient des vertus qu'on a peine à comprendre
Vertus dignes du temps où notre liberté
Etait l'auguste fruit de notre pauvreté !
DOMITIEN.
Eh ! qu'importe, dis-moi, pour que Rome soit libre,
Que son peuple de rois à peine ait de quoi vivre ?
Je doute, et j'ai toujours infiniment douté,
Qu'heureux fruit de son sein, l'auguste liberté
Doive à la pauvreté cette grâce ingénue
Dont elle est à tes yeux si richement pourvue.
Qui la subit pourra sans doute l'honorer ;
Mais on voudrait en vain nous la faire adorer ;
Jamais la pauvreté n'a d'un objet aimable
A nos yeux revêtu l'apparence adorable ;
J'avoûrai même encor n'avoir jamais conçu
Que richesse soit vice, et pauvreté vertu.
Des bienfaits que du ciel nous tenons en partage,
La vertu nous apprend l'incorruptible usage,
Et le pauvre et le riche instruit par ses leçons,
De sa faveur entre eux se partagent les dons:
_ 15 —
M'apprenant des Romains ce que je dois en croire,
C'est dans leurs lois qu'il faut découvrir leur histoire.
Voyons donc de ces lois le texte affectueux
Qui règle les rapports des citoyens entre eux,
Loi qui d'humanité, sans doute, à fond empreinte,
Va nous faire bénir sa charitable étreinte.
TACITE.
Apprends que cette loi veut que tout créancier
Soit de son débiteur seigneur, haut-justicier ;
Pour en toucher son dû sur lui de ses bastilles
Il peut soigneusement fermer toutes les grilles ;
Il peut même, au besoin, de chaînes le charger
Et le vendre, s'il n'aime encor mieux l'égorger;
Et pour que cette loi de tout point s'accomplisse,
Pour qu'à tous et chacun soit dûment fait justice,
Lorsque le débiteur a plus d'un créancier ,
Chacun d'eux de son corps pourra prendre un quartier.
DOMITIEN.
D'une semblable loi je ne puis sans surprise
T'entendre proclamer la féroce franchise ,
Et m'avouer ainsi que le peuple romain
A banni loin de lui tout sentiment humain :
Mais de la soif de l'or dont le feu la dévore,
Cette loi dut encore en tout son lustre éclore,
Tanl de cet or dont l'homme en tout temps fut épris !
Moins on peut en avoir et plus s'accroît son prix.
— 16 —
Si de mille beautés pour toi seul réunies,
Si chacune à son tour charme tes insomnies,
Sur mille objets divers qnand tu peux l'égarer,
Pour chacun d'eux ta flamme a dû se modérer ;
Et si de ton souper flanquant les six services ,
Les vins les plus exquis te versent leurs délices ;
Quand ces vins, quand ces fruits, quand ces mets délicats
En dressent à l'envi les somptueux repas ,
Chacun d'eux à raison de leur foule innombrable
Ne pourra que t'offrir un goût moins délectable,
Tant l'objet le plus cher à notre affection
Pour nous perd de son charme en sa profusion.
Mais il en est de l'or comme de toute chose
Dont la soif infaillible en notre âme est éclose ;
Son charme s'affaiblit de ce qu'elle en obtient,
Et moins il se prodigue, et plus notre âme y tient.
Ainsi du coeur humain, ainsi je vois l'essence
Se produire sans voile à notre intelligence.
Tu n'as pu, t'expliquant ses inspirations,
Pénétrer le secret de ses affections;
Sans cesse à tes regards leur fugitive orbite
Dérobait son essor ainsi que sa limite ;
Et je rougis pour toi, pour toi, consul romain,
D'avoir si peu connu le fond du coeur humain.
MIRABEAU.
Sur la femme et l'enfant veillera , je l'espère,
Veillera de la loi le regard tutélaire;