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Eaux minérales sulfureuses : études sur les eaux de Cauterets / par le Dr Duhourcau,...

De
75 pages
impr. Parent (Paris). 1873. Sources thermales -- France -- Cauterets (Hautes-Pyrénées). 77 p. ; in-8°.
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ÉTUDE
SUR
LES EAUX DE GAUTERETS
EAUX MINERALES SULFUREUSES.
ÉTUDE
SUR LES
EAUX DE CAUTERETS
PAR
X Lie Dr DUHOURCAU
>;,N> Médecin consultant aux eaux de Cauterets,
— Pharmacien de lr 0 classe.
Lauréat de l'Ecole supérieure de Paris,
(Médaille de bronze 1869, — médaille d'argent 1870),
Ex-interne en pharmacie,
Lauréat des hôpitaux de Paris,
Médaille de bronze de l'Assistance publique.
PARIS
IMPRIMERIE DE A. PARENT
IMPRIMEUR DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE,
rue Monsieur-le-Prince, 31.
■ 1873
EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
ÉTUDE
SUR LES
EAUX DE CÀUTERETS
AVANT-PIIOPOS.
Appelé à pratiquer l'art de guérir dans une grande
station d'eaux sulfureuses, j'ai cru ne pouvoir mieux
choisir comme sujet de ma thèse inaugurale que ces
mêmes eaux qui seront désormais pour moi l'objet d'é-
tudes incessantes. J'ai voulu aussi répondre à l'appel
chaleureux que faisait M. le professeur Gubler, en ou-
vrant son cours en 1872, à tous lesjeunes médecins des
stations thermales. Ce travail m'a semblé d'ailleurs une
garantie nécessaire, et à moi-même et à ceux à qui je
devrai donner des soins.
J'ai cherché dans ces pages à faire un court résumé
de tout ce qui a été publié sur nos eaux des Pyrénées.
Une vue d'ensemble sur les eaux sulfureuses en
— 6 —
général m'a paru devoir précéder l'exposition détaillée
des richesses que possède la station de Gauterets : c'est
ainsi que j'ai partagé mon étude en deux parties dis-
tinctes.
J'ai beaucoup emprunté aux savantes leçons que fit
l'année dernière l'éminent professeur de thérapeutique
de la Faculté. C'est dans les Annales de la Société d'hy-
drologie médicale, dans les écrits de Bordeu, G. Camus,
Fontan, Filhol, Durand-Fardel, et de bien d'autres hy-
drologues érudits que j'ai puisé pour mes études géné-
rales. Les ouvrages spéciaux du Dr Gigot-Suard, depuis
longues années médecin consultant à Cauterets, m'ont
surtout servi de guide pour la seconde partie de mon
travail.
Ces pages ne sont qu'une pâle copie des oeuvres re-
marquables de ces maîtres. Je demande pour les imper-
fections sans nombre qu'elles renferment la bienveil-
lance de mes juges et l'indulgence de ceux qui viendront
à les lire.
PREMIÈRE PARTIE
Eaux minérales sulfureuses.
CHAPITRE PREMIER.
On comprend sous le nom d'eaux sulfureuses toutes
es eaux minérales qui renferment un principe sulfureux
quelconque en quantité suffisante pour lui emprunter
une action thérapeutique certaine.
Les eaux sulfurées sont plus spécialement celles qui
doivent leur action dominante à un sulfure alcalin.
Ces eaux se reconnaissent à leur saveur et à leur odeur
hépatiques, rappelant assez bien celles des oeufs couvés.
Tous les auteurs ont établi deux divisions dans la
classe des eaux sulfureuses; Fontan les distinguait en
sulfureuses naturelles et sulfureuses accidentelles : les
premières provenant des terrrains primitifs, les secondes
traversant des terrains de stratification. A ces dénomi-
nations correspondent celles d'eaux sulfureuses primi-
tives, et eaux sulfureuses secondaires.
D'après leur élément minéralisateur, on les a encore
divisées en sulfurées sodiques (naturelles ou primi-
tives) et sulfurées calciques (accidentelles ou secon-
daires).
M. Gubler classe les sulfurées sodiques parmi les
eaux protogéiques, et les sulfurées calciques dans les
stratigeigues.il propose d'établir une troisième division
pour les eaux su'fureuses minéralisées par l'acide sul-
furique libre : il les appelle eaux sulfhydrées. Ces der-
nières ne "seraient d'ailleurs qu'un démembrement des
sulfurées calciques, desquelles elles dérivent.
Notons ici que certaines eaux'de puits ou de réser-
voirs acquièrent parfois une odeur sulfureuse due à la
réduction de leurs sulfates par des matières organiques.
Elles ne contiennent qu'une quantité minime de sul-
fures, ou de l'hydrogène sulfuré à peine sensible à
l'odorat. Ces eaux ne doivent pas être comprises parmi
les eaux sulfureuses.
§ I. — EAUX SULFURÉES SODIQUES.
En comparant nos eaux minérales françaises à celles
des pays étrangers, MM. Yerjon et Durand-Fardel,devant
la Société d'hydrologie médicale, M. Gubler, à l'amphi-
théâtre de la Faculté, ont établi hautement la supréma-.
tie de la France en fait d'eaux sulfureuses sodiques.
Aucun pays, en effet, n'a rien à mettre en regard de nos
sources si variées et si riches des Pyrénées : les Eaux-
Bonnes, Gauterets, Baréges, Luchon, Amélie, leVernet,
Aix, Olette et cent autres non moins précieuses.
Les eaux sulfurées sodiques sont onctueuses au tou-
cher, limpides et incolores : quelques-unes verdissentà
l'air,d'autres blanchissent dans les baignoires.
Elles sont presque toutes thermales : leur tempéra-
ture est comprise entre 15° à 78° C. Après les Geysers
d'Islande et la source de Chaudes-Aiguës, ce sont elles
qui offrent en Europe la température la plus élevée. Il
.en existe de froides, la source de Labassère par exemple.
Leur densité n'est guère supérieure à celle de l'eau
pure.
Les sulfurées sodiques renferment une très-petite
proportion de principes minéralisateurs ; la somme des
matières dissoutes varie depuis quelques milligrammes
jusqu'à 1 gr. 50 au plus. Les sels alcalins, le sulfate de
soude, le chlorure de sodium y dominent.
Aux griffons, elles n'ont pas d'odeur; mais le contact
de l'air détermine bientôt un dégagement d'hydrogène
sulfuré, d'où l'odeur propre aux eaux sulfureuses.
Ces eaux laissent dégager quelquefois de l'acide
carbonique, mais en minime quantité. Elles renferment
une faible proportion d'oxygène et beaucoup d'azote,
qu'on a voulu désigner sous le nom d'antozone ou iodos-
mone. Soumises à l'ébullition, elles dégagent de l'hy-
drogène sulfuré.
Les eaux sulfurées sodiques ramènent au bleu le
papier rouge de tournesol, et verdissent le sirop de
violettes. Elles sont donc alcalines : elles renferment,
en effet, du monosulfure de sodium, et des silicates dont
la réaction est alcaline.
Les solutions de plomb, de cuivre, d'argent, y pro-
duisent un précipité noir ou une coloration noire; les
sels de zinc et de manganèse donnent des précipités
blancs ou légèrement rosés.
— 10 —
La nature du principe sulfureux, qui minéralisé ces
eaux, a été l'objet de bien des controverses.
Bayen avança le premier que ce principe était du
sulfure de sodium au minimum de suifuration.
Longchamps, tout en acceptant cette idée, admit de
plus la présence de l'hydrogène sulfuré.
Save n'y vit que de l'acide sulfhydrique.
Anglada et Orfila reconnurent l'hydrosulfate neutre
de soude, ou monosulfure de sodium.
D'après Fontan, la sulfuration de ces eaux serait due
à un sulfhydrate de sulfure de sodium.
Cette idée semble être encore acceptée par M. Garri-
gou.
Cependant le sulfate de manganèse, qui n'a pas
d'action sur l'hydrogène sulfuré, précipite la totalité du
soufre de ces eaux. Mises en contact avec du carbonate
de plomb, elles perdent leur soufre à l'état de sulfure
plombique : soumises ensuite à l'ébullition, elles ne
laissent pas dégager d'acide carbonique; si elles ren-
fermaientde l'acide sulfhydrique, celui-ci devrait mettre
l'acide du carbonate en liberté. L'argent n'est attaqué
qu'à la longue par les eaux sulfurées sodiques : le métal
noircirait rapidement (Wurtz).
Enfin M. Filhol a démontré que ce principe est réelle-
ment du monosulfure de sodium ; il a expliqué le déga-
gagement d'hydrogène sulfuré qui se produit quelque-
fois, par la présence de la silice libre dans ces eaux.
Yoici sur quels faits ce savant étayait encore son opi-
nion, au Congrès scientifique tenu à Bordeaux : dans les
eaux sulfureuses des Pyrénées, comme dans-une solution
renfermant quantité égale de monosulfure, l'acide ar-
— it —
sénieux ne donne pas de précipité, mais il en donne
après addition d'un acide. A l'air, l'hydrogène sulfuré
donne un dépôt de soufre; un sulfhydrate donne un
polysulfure et de l'acide sulfurique ; un sulfure seule-
ment de l'acide sulfurique. En cela, les eaux des Pyré-
nées se comportent comme une solution de monosul-
fure.
On retrouve des traces de carbonates alcalins dans les
eaux des Pyrénées-Orientales.
Le nitrate d'argent donne un précipité blanc, caille-
botté, insoluble dans l'acide azotique, soluble dans l'am-
moniaque, et démontrant l'existence de chlorures.
Le chlorure de baryum dénote la présence des sul-
fates.
L'acide borique a été constaté dans plusieurs sources
par la coloration rouge qu'il donne au papier de cur-
cuma.
Les sulfites et hyposulfites n'existent que clans les
eaux sulfureuses qui ont subi le contact de l'air.
La silice et les silicates se retrouvent dans les dépôts,-
ou dans les résidus de l'évaporation des eaux minérales.
MM. 0. Henry, Filhol et Réveil ont reconnu l'acide
phosphorique, le fluorure de calcium, l'alumine, l'iode,
même l'arsenic dans quelques sources des Pyrénées.
M. Filhol a signalé le cuivre et le manganèse dans les
eaux de Luchon.
Le fer se rencontre dans quelques eaux, et donne des
précipités avec le tannin, le ferro et le ferrocyanure de
potassium.
L'acide oxalique donne avec les eaux sulfurées sodi-
ques un léger précipité d'oxalate de chaux.
~ 12 —
Le molybdate d'ammoniaque dénote la soude; le bi-
chlorure de platine, la potasse.
La magnésie est décelée par un léger précipité produit
avec le phosphate de soude ammoniacal.
Toutes les eaux sulfureuses renferment des matières
organiques en dissolution, et en laissent déposer une
plus ou moins grande quantité au contact de l'air.
Si l'on soumet une eau sulfurée à l'évaporation, elle
se colore peu à peu et donne un résidu brunâtre qui se
charbonne par une chaleur plus forte, en laissant déga-
ger quelques vapeurs empyreumatiques. Cette matière
organique a reçu des noms divers, tels que matière or-
ganique azotée, matière végéto-animale, etc., glaire,
glairine, barégine, pyrônéine, etc., etc.
M. Lambron l'appelle sulfurose par analogie avec l'hy-
drose des eaux douces.
Les dépôts de matière organique formés par les eaux
sulfureuses sont constitués en grande partie par une
matière amorphe, mucoïde, onctueuse, molle, et s'écra-
sant à la moindre pression, quelquefois translucide, le
plus souvent opaque, renfermant des cristaux de silice,
de soufre précipité ou d'autres sels des eaux minérales.
Cette matière parait blanche ordinairement, mais sou-
vent aussi elle est jaunâtre, grise ou verdâtre, ou colo-
rée en rouge et même en noir : cette dernière coloration
est due à du sulfure de fer, produit par le mélange acci-
dentel d'une eau ferrugineuse à l'eau sulfurée. C'est à
ces dépôts anhystes qu'on a plus spécialement donné le
nom de glairine.
M. Lambron les désigne sous celui de sulfurine. Elle
est légèrement différente de la matière organique dis-
— n —
soute, car la. glairine obtenue par évaporalion de l'eau
sulfureuse est plus soluble dans l'eau que celle qui s'est
déposée spontanément. Ces dépôts ne se forment dans
les eaux thermales qu'à une température inférieure à
50°, et même à 45°, d'après M. Gubler : la plus favorable
est comprise entre 25° et 40°. La présence de l'air semble
aussi indispensable à leur formation.
Insoluble dans l'alcool et l'éther, la sulfurine est à
peine soluble dans l'eau; la solution aqueuse donne un
précipité par les sels de plomb et le nitrate d'argent.
La glairine abandonne aux acides beaucoup de sels
solubles; par l'acide azotique elle donne de l'acide
oxalique.
Elle cède aux alcalis une matière albuminoïde qui se
distingue de l'albumine parce qu'elle renferme plus de
carbone et d'hydrogène, et moins d'oxygène et d'azote.
La glairine contient beaucoup de silice,parfois 80 0/0.
M. Bouis est porté à croire que ce dépôt de silice est le
point de départ de la formation de la glairine.
Nous donnons ici, d'après ce chimiste, l'analyse de
quelques espèces de glairine.
Carbone Hydrogène Azote Cendres
Glairine pulpeuse grise 48.69 7.70 8.10 30.22
Glairine fibreuse rouge 44.06 6.69 5.17 3S.00
Glairine pulpeuse verte 45.20 6.95 5.60 48.07
D'après Réveil la composition de la glairine humide
de la source des OEufs à Gauterets serait la suivante :
— 14 —
Matière organique (environ) 9.059
il Chlorure de sodium..
Sels solubles .. {Q ,7" ,calci,u.m • • ■ • 1
I Sullure de sodium... I
Sulfate de soude....»
(Silicate de chaux..../
Sels insolubles „. ~ de magnésie.
jJUica , I
( Quartz /
Eau 961.451
1000.000
Les sels insolubles que renferme cette glairine, sur-
tout le mica et le quartz, s'y trouvent sans doute acci-
dentellement mélangés.
MM. Filhol et Réveil ont signalé la présence de l'arse-
nic dans ces mêmes dépôts.
Ailleurs MM. O. Henry et Bouis ont retrouvé des
traces d'iode.
■ Selon MM. Filhol et 0. Henry fils, la matière orga-
nique serait formée de deux substances, l'une quater-
naire, se rapprochant de l'albumine, l'autre ternaire,
rappelant la cellulose.
Indépendamment de ces matières chaotiques, les dé-
pôts des eaux sulfureuses renferment une substance or-
ganisée dont le microscope a dévoilé la nature. On y
rencontre des végétaux et des animaux. Les végétaux
appartiennent tous à la grande famille des algues, et
particulièrement au genre conferve.
M. Fontan a décrit le premier cette matière végétale
filamenteuse, qui se présente sous forme de tubes ca-
pillaires, cloisonnés et ramifiés, à cellules multiformes,
remplies de globules arrondis. Il l'a appelée sulfuraire>
nom qu'on lui donne encore aujourd'hui. Plus tard»
_ 15 -
M. Montagne a nommé cette conferve Leptomitus sulfu-
raria.
M. Cazîn, à qui l'on doit de beaux travaux sur les dé-
pôts des sources de Luchon, y avait reconnu cinq sortes
d'algues, dont deux, d'après lui, seraient spéciales aux
eaux sulfureuses : il les a appelées Chaos sulfuraria et
Cryptococcus sulfuraria. Le soufre serait un de leurs
éléments constitutifs et essentiels.
M. Léon Soubeiran a mentionné parmi ces algues les
Surirellapueli,Oscillatoria elegans, Fischeria therma-
lis, etc., ne vivant que dans les eaux sulfurées, et d'au-
tres pouvant exister ailleurs, telles que les Protococcus
■pluvialis, le Closterium lunula.
Rappelons que ces matières confervoïdes ne peuvent
prendre naissance que dans les eaux dont la tempéra-
ture est inférieure à 45°.
Les animaux microscopiques que l'on rencontre dans
ces dépôts de matières organisées sont des infusoires
(monades, etc.), des rotifères, des helminthes (vibrions),
des crustacés (cypris).
Beaucoup de ces corps doués de mouvements sont
considérés par certains observateurs comme des infu-
soires, par d'autres comme des algues. Souvent, lors-
qu'ils sont nombreux, ils donnent aux dépôts une colo-
ration particulière.
L'origine de la matière organique dissoute serait,
d'après les uns, primitive; comme les eaux sulfurées,
elle viendrait du centre de la terre. Durocher la faisait
venir des débris organiques déposés dans les roches
profondes que ces eaux sont censées traverser. D'après
d'autres, elle provient de matières azotées entraînées
- 16 —
par les eaux pluviales dans les cavernes souterraines, et
remonte avec les eaux sulfureuses à la surface du sol.
La formation des dépôts devrait être rapportée, d'a-
près 0. Henry et Cazin, à la sulfuraire. M. Gigot-Suard
l'attribue au contraire à la matière dissoute, ou sulfu-
rose. Voici comment cet éminent praticien résume son
opinion : «La sulfurose, ou matière organique dissoute,
« donne naissance, lorsqu'elle est en contact avec l'air,
« à une plante confervoïde appelée sulfuraire. Celle-ci
« se transforme à son tour en une substance glaireuse
« ou mucoïde, qui constitue par ses divers états de con-
« centration ou de dessiccation les substances organi-
« ques et amorphes qui entrent dans la composition des
« dépôts formés par les eaux sulfureuses.
« Les produits de la décomposition de la sulfuraire
« sont désignés sous le nom collectif de sulfurine. Au
« fur et à mesure que les eaux s'altèrent par le contact
« de l'air, la sulfurose diminue pendant que la sulfuraire
« et la sulfurine augmentent.
« Dans les sources tout à fait dégénérées, on trouve
« encore quelquefois de la sulfuraire, bien que nos réac-
« tifs décèlent à peine quelques traces de principes sul-
« fureux. »
Quelle que soit la genèse de ces matières organiques,
elles existent dans les eaux sulfurées en quantités con-
sidérables\ Anglada estimait le poids de glairine hydra-
tée fournie en 24 heures par la seule source de Thuis à
2,800 kilos, le poids environ de 40 hommes.
■— 17 —
§ 2. —EAUX SULFURÉES CALCIQUES.
Ces eaux constituent la seconde classe des sulfurées.
Elles sont nombreuses en France, et leur renommée est
universelle. Citons ici Enghien, Pierrefonds, Bagnères-
de-Bigorre, Allevard, Montmirail, et les diverses sour-
ces de Paris.
Elles se distinguent des sulfurées sodiques, non-seu-
lement par la nature de leurs principes minéralisateurs,
mais encore par l'ensemble de leurs propriétés.
Elles sont onctueuses, limpides, et ne se troublent
jamais parle contact de l'air. A leurs points d'émergence,
elles dégagent abondamment de l'acide sulfhydrique
qui leur donne une odeur et une saveur caractéris-
tiques. •
Leur température n'est jamais très-élevée, elles sont
tempérées ou froides ; les eaux sulfhydrées qui en déri-
vent sont toujours froides.
Leur densité est supérieure à celle des sulfurées sodi-
ques : elles renferment en solution une proportion
beaucoup plus grande de sels minéraux, dont la totatité
s'élève au minimum àl gramme ou 1 gr. 50.
Leur minéralisation est due surtout aux sels de chaux.
Elles contiennent du sulfate de chaiix en quantité con-
sidérable, et c'est à la réduction de ce dernier par les
matières organiques qu'elles doivent leur sulfuralion.
La proportion de.sulfure de calcium est toujours plus
grande que celle du sulfure correspondant des sulfu-
furées sodiques.
Les sulfurées oe^qjies^^gagent en outre du gaz
Dukourcau. /.vV ^ '^-7\ 2
-, 18 —
sulfhydrique, de l'acide carbonique en grande quantité,
de l'hydrogène carboné, de l'azote en proportion bien
moindre que les sulfurées sodiques, et quelquefois de
l'oxygène dans les proportions de l'air atmosphérique.
L'analyse chimique a fait reconnaître dans les eaux
sulfurées calciques la présence de carbonates alcalins
et terreux, de sulfates correspondants, de chlorures, de
silice, de fer, etc.
Nous donnons comme type la composition de la
source Bouland, la plus minéralisée des eauxd'Enghien.
Azote 0.022640
Acide carbonique libre 0.12-1300
Sulfhydrique libre .. ; 0.024755
Carbonate de chaux k .-. 0.228200
— de magnésie. 4 0.058333
Sulfate de potasse 0.010493
— de soude 0.031904
— de chaux......... 0.358228
— de magnésie..... 0.022214
— d'alumine 0.045443
Chlorure de sodium 0.060989
Acide silicique....... i .... ■ 0.038385
Oxyde de fer .... Traces
Matière organique azotée Indéterminée
Total 1.022884
(Leconte et de Puisaye.)
• Les eaux sulfurées calciques renferment ordinaire-
ment une matière organique dissoute. Mais il ne se
développe de dépôts organisés qu'à la condition d'une
température modérée : si les eaux sont froides, ces dé-^
pots né se forment pas. Les conferves qui prennent
naissance au sein de ces eaux diffèrent de celles que
l'on rencontre dans les sulfurées sodiques.
— 19 -
CHAPITRE IL
§ l. —ORIGINE ET FORMATION DES EAUX SULFUREUSES.
Les eaux sulfurées sodiques appartiennent aux ter-
rains primitifs (granits, gneiss, feldspaths,pétrosilex),
tandis que les sulfurées calciques se rapportent aux
terrains de stratification.
Des hypothèses nombreuses ont été émises pour ex-
pliquer la formation des eaux sulfurées sodiques.
On a dit que ces eaux provenaient de la combustion
de pyrites martiales dans le sein de la terre. S'il en
était ainsi, que deviendrait le fer? Les eaux sulfurées
en renferment à peine des traces*
Bayen attribuait la sulfuration sodique des eaux de
Luchon surtout à la présence du chlorure de sodium
dans les terrains qu'elles traversent.
A son exemple, 0. Henry croit que les eaux sulfu-
reuses se minéralisent dans les terrains secondaires ou
tertiaires, dans lesquels elles dissolvent du chlorure de
sodium, du sulfate et du silicate de soude. Arrivées à
des profondeurs considérables, en présence de matières
hydrocarbonées., et sous l'influence de la chaleur cen-
trale, peut-être même de l'électricité, leurs sels se
transforment et donnent du sulfure de sodium, avec du
carbonate de soude et de la silice libre. De là, ces eaux
viennent sourdre à travers les terrains primitifs ou stra-
- 20 -
tifiés à la surface du sol. Pour étayer cette théorie,
0. Henry observe que plus une eau est sulfurée, plus
elle renferme de chlorure de sodium.
M. Filhol admet la même théorie. Pour lui les eaux
sulfureuses des Pyrénées seraient des eaux' sulfatées
dégénérées; elles devraient donc leur origine à la même
cause que les eaux d'Enghien : dans les premières, ce
serait du sulfate de soude décomposé par les végétations
sulfuraires, dans les secondes, du sulfate de chaux
transformé par les tourbes qui donnerait naissance au
principe sulfureux. Parmi les sources pyrénéennes il en
est qui renferment aussi du sulfure de calcium: c'est
surtout dans les couches de plâtre qui ont accompagné
le soulèvement des ophites que ces sources paraissent
prendre naissance.
Cette ingénieuse théorie semble trouver un appui
dans la présence des matières organiques dans les eaux
sulfureuses, et la diminution du sulfate de soude pro-
portionnelle à l'augmentation du sulfure de sodium.
M. Filhol fait remarquer encore que les eaux thermales
voisines non sulfurées n'offrent pas de matières orga-
niques et renferment au contraire des quantités de sul-
fates. On pourrait objecter à M. Filhol le nombre de
sources sulfurées, telles que Moligt et Olette, qui sortent
directement du roc à travers des fissures, et dans les-
quelles on ne saurait admettre que la matière organi-
que provient des cavernes souterraines. Et s'il existe
un balancement entre le sulfate et le sulfure de sodium
contenus dans ces eaux, ce n'est pas que le sulfure pro-
vienne du sulfate. Le contraire est tout aussi vrai : le
sulfate peut provenir du sulfure.
— 21 — ■
MTFrémy, et après lui MM. Leponte etde.Puisaye
admettent la formation, au sein de la terre, de sulfure de
carbone. Ce sulfure décompose le silicate de soude et
produit du carbonate de soude et du sulfure de silicium.
Ces deux corps réagissant l'un sur l'autre, à une haute
température, et en présence de vapeur d'eau, donne-
raient du sulfure de sodium et de l'hydrogène sulfuré,
en même temps que de la silice et de l'acide carbonique
libres.
Ebelmen a démontré que l'acide carbonique dissous
sous une pression considérable peut attaquer les roches
les plus dures, s'emparer des bases et mettre les acides
en liberté. M. Gh. Sainte-Claire Deville a donc pu dire
que l'acide carbonique et la vapeur d'eau, au sein de la
terre, a une haute température et sous une énorme
pression, attaquent les roches et donnent des eaux bi-
carbonatées alcalines. En présence de l'hydrogène sul-
furé, il se formerait un sulfure alcalin, de l'eau et de
l'acide carbonique. Il faudrait donc que les eaux sulfu-
rées dégagent de l'acide carbonique libre.
Quoi qu'il en soit, la formation des eaux sulfureuses
est un phénomène analogue à l'émission dés volcans et
des solfatares. Le soufre et son acide hydrogéné
viennent de l'intérieur de la terre: là se passent les
réactions complexes qui donnent naissance à toutes les
eaux minérales. ' -
L'origine des eaux sulfurées calciques est moins con-
troversée.
D'après MM. Leconte et dé Puisaye, la formation des
sources sulfurées calciques, celles d'Enghien en parti-
culier, aurait lieu au-dessous des terrains gypseux. Des
- 22 - ^
matières organiques brûlant en présence de pyrites,
avec une quantité insuffisante d'oxygène, mettraient du
soufre en liberté : de là production de sulfure de car-
bone. Ce dernier rencontrant de l'argile donnerait du
sulfure de silicium, que la vapeur d'eau décomposerait
à son tour en hydrogène sulfuré et silice libres.
On admet aujourd'hui que les sulfurées calciques
prennent naissance aux dépens de sulfates terreux, ré-
duits par les matières hydrocarbonées de la profondeur
du sol. Ces substances réductrices sont ordinairement
des bancs de houille, de tourbe, ou des matières végé-
tales en décomposition. Le carbone s'empare de l'oxy-
gène des sulfatés, laissant en présence l'hydrogène et le
soufre mis en liberté : d'où formation d'acide sulfhydri-
que; en même temps l'acide carbonique formé se com-
bine à la chaux. Cette théorie est celle de Fontan.
Ces eaux ne sont donc que des eaux primitivement
séléniteuses qui, transformées accidentellement au con-
tact des matières organiques, renferment du sulfure dé
calcium, de l'hydrogène sulfuré, et du carbonate de
chaux-
§ 2. — TEMPÉRATURE DES EAUX SULFUREUSES.
Les eaux sulfureuses possèdent en général une ther-
malité élevée : les eaux sulfurées froides sont rares : ces
dernières sont, selon toute apparence, des eaux ther-
males refroidies dans leur passage à travers les couches
supérieures du sol. Aussi ces sources froides ont-elles
un volume rarement considérable. Les plus abondantes
sont les plus chaudes parce que leur volume s'oppose à
— 23 —
trop prompt refroidissement lors de l'arrivée à la sur-
face du roc.
Quelle est la cause de cette élévation de température,
quelquefois très-grande? Les anciens l'attribuaient aux
actions les plus diverses. Il faut arriver à AlberWe-
Grand, pour voir émettre l'idée de la chaleur centrale
du globe.
Descartes, et après lui Laplace pensaient que les eaux
thermales sont produites par les eaux de pluie qui, pé-
nétrent dans les cavernes situées à une grande profon-
deur, sont amenées à une température très-élevée, ou
réduites en vapeurs, et remontent ensuite à la surface
du sol sous l'influence de la pression, ou même de leur
légèreté spécifique augmentée.
Anglada et quelques autres ont voulu expliquer la
production de calorique par des décharges électriques
continuelles qui auraient lieu dans le sein de la terre,
entre les roches qu'elle renferme.
Il est certain aujourd'hui que le voisinage des volcans
a une action puissante sur l'élévation de température
des eaux. Les tremblements de terre qui amènent si
souvent des modifications sur les sources thermales en
sont une preuve.
La profondeur à laquelle se trouve l'eau elle-même
est aussi une condition qui influe sur sa température.
Fourrier avait calculé que pour chaque profondeur de
30 ou 40 mètres, la température augmente de 1° centi-
grade : cette règle est loin d'être rigoureusement exacte.
On comprend sans peine que nos sources thermales,
provenant de thermosiphons souterrains, auront une
température d'autant plus élevée que les réservoirs qui
— 24 —
les alimentent seront plus rapprochés du foyer de cha-
leur, volcan ou foyer central, et qu'elles se seront moins
refroidies dans leur trajet.
La température d'une eau sulfureuse à son griffon est
donc la résultante de réchauffement que cette eau a
subi dans la profondeur du sol, et du refroidissement
auquel elle a été soumise jusqu'au peint d'émergence.
« La chaleur des sources des Pyrénées, dit le Dr Her-
pin. est d'autant plus considérable qu'elles se rappro-
chent davantage de l'axe cristallin de la chaîne. Ainsi
les eaux d'Olette, dans le Roussillon, ont 78°; celles
d'Ax 75°; celles de Luchon et deBaréges, plus à l'ouest,
ont une température moins élevée. Les plus chaudes de
la vallée d'Ossau n'ont guère que 38°, et celles de
Cambo, encore plus éloignées du noyau granitique, n'ont
plus qu'une vingtaine de degrés. »
Ajoutons enfin que l'altitude du point d'émergence
> semble avoir une influence sur la thermalité des eaux.
A Cauterets, les sources les plus chaudes sont celles
dont les griffons jaillissent le plus haut sur la monta-
gne : les moins élevées sont les plus froides.
Quelques auteurs ont voulu attacher au calorique des
eaux minérales une certaine spécificité, prétendant que
ces eaux se refroidissaient moins vite que de l'eau ordi-
naire échauffée au même degré. Les expériences préci-
ses de M. Longchamps, à Bourbonne-les-Bains, ont fait
voir qu'il n'y avait rien de fondé dans cette supposition :
elle n'a jamais d'ailleurs trouvé de preuves sérieuses à
son appui.
M. Daubrée a voulu calculer la somme de calorique
fournie par les eaux minérales de France : la quantité de
-25 —
chaleur apportée par les sources de notre pays n'est,
dit-il, que les S millièmes environ du flux direct qui
traverse le sol ; la plus grande part est due aux eaux
sulfureuses. • • ■
La chaleur des sources thermales sert à réchauffe-
ment intérieur du sol; on peut voir, en hiver, quand
ailleurs la végétation est encore endormie, les plantes
reverdir et même fleurir autour des sources à tempé-
rature constante et élevée. Des faits curieux de ce genre
ont été observés à Ëvaux, dans la Creuse, sur des ter-
rains qui recouvraient les anciens bains des Romains, et,
en cachaient les sources.
S 3. — MÉTAMORPHISME DES EAUX SULFUREUSES.
Toutes les eaux sulfurées s'altèrent au contact de l'air.
Campardon attribuait cette dégénérescence a la présence
de la sulfuraire.
Bayen la croyait due à la transformation du-sulfure
en carbonate, et au mélange à l'eau minérale d'eaux ren-
fermant des sels calcaires qui précipitaient le carbonate
alcalin.
Anglada l'expliqua le premier par l'action de l'oxygène
de l'air.
M. Filhol, tout en admettant l'action directe de l'air,
invoque aussi la présence de la silice libre. Les réactions
qui se produiraient sous son influence ont. été diverse-
ment interprétées par MM. Filhol, Bertrand et Auber-
gier. Quoi qu'il en soit, certaines sources des Pyrénées
dans lesquelles on rencontre de l'acide silicique libre en
excès sont fort peu altérables.
— 26-
M. Poggiale fait intervenir l'acide carbonique de l'at-
mosphère. Mais alors pourquoi les sources de Gauterets,
de Baréges, très-sulfurées, ne blanchissent-elles pas?
Yoici comment l'on peut expliquer l'acide carbonique
de l'atmosphère : l'oxygène se porte sur le soufre du
monosulfure, et donne naissance aux acides divers du
soufre :
Acide hyposulfureux , 50
— sulfureux 502
— sulfurique 503
Si l'eau renferme du bicarbonate de soude, l'acide
carbonique est mis en liberté, et il se forme des sels
correspondant aux acides ci-dessus.
- S'il n'y a pas de bicarbonate alcalin, l'acide oxygéné
du soufre s'empare de la base du sulfure, il y a décom-
position d'eau, l'oxygène se porte sur le sodium, et l'hy-
drogène sur le soufre, d'où formation d'hydrogène
sulfuré, Cet acide sulfhydrique reste-t-il libre, ou se
combine t-il au sulfure pour former un sulfhydrate de
sulfure? La combinaison est possible ; mais s'il y a de
l'acide carbonique ou de la silice libre dans l'eau, elle
ne persiste pas.
L'hydrogène sulfuré lui-même peut être décomposé
par l'oxygène de l'air ; il y a formation d'eau et précipi-
tation du soufre. Le soufre peut donc se séparer des
eaux sulfureuses. En effet, à Aix, à Luchon, le soufre
cristallise dans certaines galeries, même sur la voûte
des réservoirs, et on peut en recueillir d'assez gros
cristaux d'un jaune grisâtre et presque purs.
Les sulfites et hyposulfites ont été constatés dans les
— 27 —
eaux .sulfureuses altérées, qui ont .parcouru un assez
long trajet à l'air. .--•-,
Les sulfates y sont admis par tous les chimistes, et se
balancent réciproquement avec les sulfures alcalins des-*
quels ils proviennent. ;
Si l'air altère toutes les eaux sulfurées, il n'agit pas
sur toutes au même degré et de la même.façon.
Certaines ne subissent aucune modification sensible à
la vue : c'est à peine si elles prennent à l'air une légère
odeur hépatique qu'elles perdent rapidement.
Quelques-unes acquièrent une coloration jaune ver-
dâtre, due à la formation de polysulfures soluhles; d'au-
tres enfin louchissent, se colorent, et blanchissent même
en laissant précipiter du soufre très-divisé qui leur
donne leur aspect lactescent : telles sont les eaux d'Ax
et de Luchon? peut-être bien ces dernières ne blanchis-
sent-elles que parce qu'on les mélange d'eau froide reur
fermant de l'oxygène et de l'acide carbonique.
La plupart des eaux sulfurées sodiques sont inaltérées
à leurs points d'émergence. Mais quelques-unes présen-
tent à leurs griffons des traces de dégénérescence plus
ou moins profondes. Cette altération est due à ce que
ces eaux ont traversé des terrains de sédiment dans
lesquels elles ont rencontré des eaux non sulfureuses,
ou dissous des principes qu'elles ne renfermaient pas.
Les eaux sulfurées calciques n'offrent pas d'exemple
d'eaux blanchissantes. Il y en a qui verdissent légère-
ment. Il suffit de quelques instants, ou d'un très-court
trajet à l'air, pour que ces eaux soient complètement
désulfurées, et le sulfure de calcium transformé en. acide
sulfhydrique. Ce phénomène peut être attribué à la silice
et à l'acide carbonique que ces eaux contiennent en assez
grande quantité.
La lumière' et les rayons solaires ont peu d'action sur
les eaux sulfurées sodiques. Mais les eaux sulfurées cal-
ciques et sulfhydrées sont peu à peu décomposées, et
voient bientôt disparaître tout leur principe sulfureux à
l'état de soufre qui se précipite, et d'hydrogène qui reste
en solution dans l'eau (Lefort).
D'où il suit que les eaux sulfurées sodiques peuvent
être conservées dans des bouteilles de verre vert, rem-
plies et bouchées avec soin, tandis que les eaux d'En-
ghien et leurs analogues ne sont guère aptes à la trans-
portation.
Les eaux sulfureuses des montagnes sont parfois
modifiées par les tremblements de terre. On remarque
alors des intermittences passagères dans leur débit, leur
sulfuration et leur température.
Il n'est pas jusqu'aux variations de l'atmosphère, des
saisons, qui ne se fassent sentir sur ces eaux. M. Filhol
a très-bien rendu compte de ces influences diverses sur
le volume et le degré sulfométrique des sources des
Pyrénées. Voici ses principales conclusions :
1° Le degré sulfhydrométrique de chaque source
n'est pas constant....
2° Les variations accusées par le sulfhydromètre
semblent se lier, en général, d'une manière assez nette
à celles du baromètre, de telle sorte que la richesse des
sources croit quand le baromètre monte régulièrement
pendant plusieurs jours, et décroît pendant qu'il des-
cend. •
3" La sulfuration des sources paraît varier avec les
- 29 —
saisons: les sources semblent être plus sulfureuses dans
les temps froids que dans les temps chauds.
4° La richesse de certaines sources éprouve d es
changements notables à l'époque des grandes fontes de
neiges, ou lorsque le niveau de l'eau froide est plus
élevé que de coutume.
CHAPITRE III.
ACTION DES EAUX SULFUREUSES.
?, Les eaux sulfureuses doivent leurs propriétés à l'en-
semble des sels dissous, et à la matière organique
qu'elles renferment; mais c'est surtout au monosulfure
de sodium qu'elles les empruntent.
Le monosulfure de sodium et les eaux sulfurées sodi-
ques agissent à peu près comme une-solution de soufre,
et produisent des effets topiques résumés dans le mot
excitation.
Prises à l'intérieur, ces eaux déterminent d'abord une
agitation générale, avec insomnie, irritation bronchi-
que, etc., revêtant la forme d'une véritable fièvre, dite
fièvre thermale, et suivie d'éruptions de natures di-
verses.
Elles agissent sur les voies digestives, les voies res-
-piratoires, la circulation, le système génito-urinaire, et
les glandes sudoripares.
Le sulfure de sodium s'oxyde dans l'économie, et peut
passer à l'état de sulfite, d'hyposulfite et de sulfate.
-30 -
Les sulfurées calciques se comportent de même : mais
comme le sulfure de calcium est plus facilement décom-
posé, il y en a moins d'absorbé dans l'économie, et c'est
là une des causes de l'infériorité des eaux sulfurées cal-
ciques sur les sulfurées sodiques.
Les eaux sulfureuses ne purgent pas réellement,
quoique facilitant les garde-robes.
Elles peuvent servir de contre-poison des sels qui
donnent des sulfures insolubles, tels que les sels de
plomb, de mercure, etc. Elles font disparaître la saliva-
tion mercurielle. En s'éliminant par la bile, par les reins,
par la sueur, elles entraînent ces divers métaux dans la
direction qu'elles suivent. Les eaux des Pyrénées au-
raient, dit-on, fait suer à certains sujets des gouttelettes
de mercure métallique.
Les eaux sulfureuses, comme le soufre lui-même,
sont un poison pour les organismes inférieurs, animaux
ou végétaux ; c'est à cette action qu'elles doivent leur
réputation-de spécifiques contre les maladies dartreuses.
Elles peuvent à ce titre tuer les vers intestinaux,
ascarides et lombrics, mais non les vers plats. L'acarus -
de la gale, le rouget sont détruits par ces eaux.
Les teignes proprement dites, surtout lorsqu'elles
n'ont pas encore pris racine dans le derme, le muguet
qui se développe quelquefois sur les parties génitales
chez les diabétiques, la sarcine qui se forme dans cer-
tains estomacs acides, sont des productions végétales
avantageusement combattues par les eaux sulfureuses i
L'action des eaux sulfurées sodiques contre les affec-
tions catarrhales est connue de tout le monde. Elles
guérissent le plus grand nombre des catarrhes des voies
— 31 —
aériennes, et modifient toujours favorablement la santé.
Les vieux catarrhes des voies digestives se trouvent
également bien de l'usage de ces eaux. Souvent elles
paraissent agir à la faveur d'une certaine irritation
qu'elles produisent sur la muqueuse intestinale ou
bronchique ; ces muqueuses se trouvent prises par leurs
deux faces : la face libre par l'inhalation ou l'ingestion
directes, la face profonde par l'absorption interne ou
cutanée.
Les eaux sulfurées ont une action manifeste sur cer-
taines diathèses.
Le soufre, faisant partie constituante de l'albumine,
peut, comme le fer, servir à la reconstitution des tissus :
dans ce cas il doit être offert à doses massives à l'éco-
nomie, et ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'action
des eaux sulfureuses.
Toutes les eaux sulfureuses sont spécifiques contre
les lésions secondaires avancées de la syphilis, contre la
cachexie syphilitique ou mercurielle successives. Il est"
prouvé depuis longtemps que ces eaux sont par excel*
lence la pierre de touche de la syphilis, surtout les eaux
fortes et ther maies ..La fièvre qu'elles provoquent amène
une poussée syphilitique si le mal n'est pas complète-
ment guéri. A doses modérées, ces mêmes eaux vont
plus tard remonter l'organisme fatigué.
Dans la cachexie qu'amènent la tuberculose et les dia-
thèsés analogues , elles rendent un doublé service,
comme altérantes, et comme reconstituantes.
La pellagre, qui est une affection constitutionnelle,
guérit fort bien aux eaux des Pyrénées.
Les eaux sulfurées sodiques sont un médicament spé-