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Éloge d'Agnès Sorel, surnommée la Belle Agnès, lu à la Société d'émulation de Bourg-en-Bresse, le 23 septembre 1785, par M. Riboud,...

De
37 pages
Faucheux (Lyon). 1785. In-8° , 39 p..
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SURNOMMÉE
SURNOMMÉE
Lu, à la Société d' Emulation de Bourg
en Bresse, le 23 Septembre l785-
Par M. RIBOUD, Procureur du Roi au Bailliage
& siege Présidial, Subdélégué en Bresse ; de
l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres
de Dijon ; de celles de Bordeaux , Lyon ,
Arras, &c. ; Secrétaire perpétuel de la Sociité
d'EmuIation.N
Gentille Agnès , plus d'honneur tu mérite,
La cause étant de France recouvrer ,
Que ce que peut dedans un cloître ouvrer
Clause Nonnain, ou bien dévot Ermite.
FRANÇOIS I.
A L Y O N,
Chez FAUCHEUX, Imprimeur-Libraire, quai
& maison des Célestins.
M. D C C. L X X X V.
SURNOMMÉE.
ES temples consacrés aux muses retentis-
sent tous les jpurs des louanges données aux,
hommes qui ont bien servi la. patrie, ou
l'humanité ; tous les jours on excite la, recon-
noiffance & lès regrets de ceux qui survi-
vent, par le récit des bienfaits & des travaux.,
de ceux qui ne sont plus. Ces honneurs funè-
bresne font pas uniquement réservés au génie,
ou à l'héroïsme ; l'homme qui a instruit ses.
concitoyens par Féloquence .du bon exemple,
les obtient auffi ; on les accorde à celui qui
n'à rempli que des devoirs, parce que l'açcom-
plissement, des devoirs est un mérite précieux
5 A 3
[ 6]
dans un temps où on les oublie si Facilemnt.
Cet usage heureux porte la génération pré-:
sente à i'instruction & à la Vertu, il ' faiç
naîcre l'émulation & développe les talents.
Pourquoi, dans la multitude de tributs
payés à des personnages illustres, eh trouve-,
tron si peu d'offerts à la beauté ? Ce silence
injuste des hommes est-il une vengeance às.%
fers qu'elle leur a fait porter, ou un oubli"
de ce qui ne frappe plus leurs regards ? Ils
adorent la beauté quand elle leur promet des,
plaisirs, la pâture les force alors à lui rendre
hommage. .. , Mais ne font-ils pas ingrats
quand ils perdent le souvenir des objets aux-?
quels ils doivent leurs moments les plus doux S
Ne font-ils pas coupables quand ils négligent;
de louer folemnellement la beauté qui suc
unie à la vertu ou aux lumières !
Les fonctions des femmes dans la société,
leurs devoirs domestiques & leur éducation,
semblent les rendre moins propres aux tra-
vaux qui exigent un temps & des réflexions
qu'elles ne peuvent y consacrer ; mais ne les.
en croyons point incapables. A un esprit plus
délicat elles joignent une imagination plus,
féconde & plus vive que celle des hommes :
leurs ouvrages portent ordinairement l'em-
freinte des grâces dont elles font ornées
& lorsqu'elles le veulent fortement , elle$,
deviennent nos rivages dans tous les genres,
de gloire (I). L'histoire ne nous en offre-
t-elle pas ,une foule, qui dans les champs da
bataille ,ou dans les villes assiégées ont donne
des exemples immortels de bravoure & d'amour
de la patrie ! N'en a-t-on pas vu se couvrit
d'armures brillantes, dompter un cheval avec
adresie, & se servir des instruments de la
mort, d'une main auffi redoutable qu'assurée?
Et fans chercher dans. l'àntiquité ou dans les,
autres parties du globe, y a-t-il eu en Europe
beaucoup de souverains semblables à Elisabeth,
à Marie-Thérèse, ou à Catherine ? Quels
hommes ne se féliciteroient .pas d'écrire & da,
penser comme les Sévigne, les Déshoulieres.
qu les Genlis...... &ç.....,(2).
(I) « qui oseca dit Séneque, prétendre-que la
« nature se soit montrée moins généreuse envers les
« femmes, ou qu'elle ait resserrée pour elles.la sphère
» des vertus: croyez-moi, elles ont autant de ligueur
» que nous, .autant d'énergie quand.elles le veulent:
» l'habitude les rendroit, comme nous, capables de
« soutenir les travaux & la douleur. «
Seneca, de consolatione ai Maráaw. Cap. 16.
(2) Madame Dupierry, ossroit à rassemblée, en-
A, 4.
[8]
,r Le tableau de la vie d une reine grande &
éourageufe, d'une amie éclairée des sciences
& des arts, d'une mère de famille vertueuse.
& sensible, seroit aussi utile qu'intéressant,,
Les actions des femmes font une impression ,
plus profonde fur les esprits & fur les coeurs $
les qualités brillantes, ou les vertus qu'elles
nous font admirer, font des exemples qu'un,
charme inconnu nous force plus invincible-
ment à imiter. II seroit donc bien avantageux
pour Inhumanité de les honorer d'une manière
éclatante & publique ; les femmes nous aimer,
roient encore mieux , elles chercheroient
davantage à mériter les couronnes qu'elles,
verroient distribuer , & les connoissances
s'accroîtroient avec le bonheur commun.
Agnès Sorel fut aimée d'un prince malheu-
yeux & sensible, elle.en fit un grand roi j,
& ses conseils sauvèrent la France : elle eue
des vertus presque toujours inconnues dans
le rang qu'elle occupoit, & l'estime publique
en fut la récompense. J'ose aujourd'hui la
rappeller à la reconnoissançe des. "François.,
présence dç laquelle ce diícours a été lu, un exemple
de la facilité avec laquelle les femmes peuvent par-
courir la carrière des sciences.
[9]
çe sentiment leur fut toujours naturel, & les
obligations qu'ils ont aux grâces l'éveillerent
toujours de la manière la plus vive. Çe n'est
point à tes charmes, aimable & belle Agnès,
ce n'est point à ta fortune que je veux élever
wn monument ! Ces fragiles divinités ne sont
- encensées que par ceux qui les voient ; c'est
ton coeur, c'est ton ame qui excitent ma
sensibilité & me conduisent sur ta tombe ;
çe sont tes actions, çe sont leurs suites heu-
yeuses qui m'invitent à y répandre des larmes 1
Brife les liens de la mort, ombre chere &
respectable ; viens, pénètre mon ame du feu
céleste qu'inspire la beauté, & peut-être serai-
|e digne de parler de toi (3) !
La maladie fatale de Charles VI livra la
France aux maux les plus terribles ; déchirée
(3) L'historique de ce discours est puisé dans les
chroniques de Monstrelet, i'históire de Charles VII,
par Jean Charrier , Jacques le Bouvier, &c. ; celle
du même roi , imprimée à Paris chez Deluine , en
1697, en i vol. in-12. , I'históire des favorites de
Mlle, de la Roche Guilliem, les amours des rois de
France, par Henri Sauvai; les mémoires secrets de la
pour de Charles VII, par Mme. Durand 5 les annales
de Belleforêt ; I'históire des neuf Charles, Mézerai,
gìe Serres, &ç.
paf l'ambition & la discorde des grands
elle vit bientôt des jours de désolation succé-
der aux jours heureux du règne de Charles W
L'introduction des Anglois dans le royaume ,
la proscription de l'héritier légitime du
trône (4), la guerre & les désordres de
tous genres sembloient annoncer la fin de la
monarehie : le peuple écrasé étoit plongé dans,
la misère, & les léopards alloient dévorer les.
lis....
C'est dans ces temps de calamités qu'Agnès.
Sorel reçut le jour en Touraine (5) , la
nature & la fortune présidèrent à fa naissance i
l'une lui donna les grâces & la beauté,
l'autre versa sur elle ces avantages auxquels
nos passions & nos besoins attachent tant de
(4) Par arrêt de la cour des pairs, rendu en 1420,
Charles, dauphin, fut banni du royaume à perpétuité,
déclaré incapable de succession & déshérité. Cet acte
étoit une fuite du traité de Troies.
( 5 ) Il paroît qu'on doit rapporter la naissance
d'Agnès à l'année 1405), puisqu'elle mourut, suivant
les historiens, en 1449, à l'âge de 40 ans. Elle étoit
d'une famille noble & ancienne de fa province ; son
père se nommoit Jean Sorel, il étoit seigneur de.
St. Géran & de Eromenteau. Agnès ayant perdu ses.
parents , étant en très-bas âge , elle en eut ces deux.
terres.
[ 11 ]
prix. Orpheline dès rage le plus tendre, elle
eut le bonheur de retrouver ceux qu'elle
avoit perdu, dans la personne d'une parente
vertueuse qui l'éleva avec ■ une fille unique *
& lui prodigua tous les soins que peut ins-
pirer une tendresse éclairée (6).
Cette seconde mere se livra toute entière
à la culture de la jeune plante qui lui étoit
confiée ; un caractère doux & sensible, un
esprit vif & juste, une gaieté charmante se
développèrent dans Agnes, & à seize ans
elle offrit cet assemblage rare de qualités
heureuses, de talents & de charmes, qu'il
est si délicieux d'admirer & si difficile de
voir avec indifférence. Elle fut placée chez
la reine Marie d'Anjou, & fa bienfaitrice
ne consentit à se séparer d'elle, que parce
qu'elle passoit sous les yeux d'une prin-
cesse respectable, qui donnoit, au sein de
( 6 ) Cette parente étoit madame de Mignelais ,
tante d'Agnès; celle-ci lui dut beaucoup, & ne l'oublia
jamais. Madame de Mignelais ayoit une fille de lage
d'Agnès , & elle leur donna les mêmes foins. La
manière dont Agnès se conduisit dans la fuite avec
fa cousine, prouva que les torts de la fille ne pouvoient
lui faire perdre la .mémoire des bontés de la mère.
Voyez la note 15 ci-après.
[ 12 ]
l'infortune, l'exemple du courage & de la
vertu (7).
La jeune sorel attira bientôt tous lest
regards de la cour; les vieillards, disent les;
écrivains du temps, ne se souvenoient point;
d'avoir vu de beauté si parfaite , & les jeunes,
gens ne la considéraient pas fans soupirer :
les uns étoient frappés de l'élégance de fa,
taille, les autres de la fraîcheur de son.teint ;
ceux-çi étoient touchés de ses grâces ingé-
nues, ceux-là de la vivacité de ses yeux ou,
de son sourire enchanteur.... Sa modestie ,„
sa douceur & sa politesse égaloient ses attraits,
& son image se gravoit en caractères ineffa-
( 7 ) Les historiens ne font pas d'accord sur l'année.
où Agnès parut à la cour de Charles VII ; il me semble
néanmoins que ce fut en 1416 ou 1417. Cet avis
est celui de l'auteur de I'históire de ce prince, en deux
volumes in-12. Il dit que la beauté d'Agnès fit-tant,
de bruit que le roi fut tenté de la connoître, qu'il
alla la voir à Fromenteau, & engagea fa tante à
l'envoyer à la cour, où il la plaça près de la reine,
en qualité de fille d'honneur. Ce voyage me paroît
assez vraisemblable , parce que le roi tenoit souvent
sa cour à Chinon, ville très-peu éloignée de Fro-
menteau ; il pouvoit avoir entendu parler de la beautét
d-Agnès,. & lui avoir rendu, une visite curieuse.
[ 13 ]
çables dans le coeur des hommes & dans la
mémoire des femmes.
Charles VII éprouvoít alors tout ce que
rinfof tune peut accumuler de plus accablant :
dépouillé de ses états par une mère qui ne
méritoit plus ce nom sacré , il voyoit les
Anglois maîtres de son royaume ; ses amis,
ses serviteurs, réduits à la fuite & au silence,
fa couronne brisée, ses sujets malheureux &
trompes, la discorde & la haine agitant de
toutes parts leurs tristes flambeaux : fans
appui, fans secours, fans espérances, il ne
lui restoit plus que quelques foibles asiles ;
l'héritier d'un grand royaume, le chef "d'une
nation belliqueuse & puissante, touchoit au
moment de n'avoir plus de lieu où il pût
reposer sa tête (8).
(8) On nommoit Charles, le roi de Bourges, par
dérision. II étoit réduit à un si grand besoin qu'ii
avoit souvent de la peine à subsister ; & Pierre
Matthieu dit, dans son histoire de Louis XI, «qu'on
» le trouvoit, non avec trois ou quatre plats comme
» Charlemagne, mais avec un potage d'une queue
» de mouton & d'un poulet rôti pour tout service...
« Sa marmite renversoit souvent, & il vivoit en
« telle frugalité qu'il n'avoit besoin de savants cuifi-
» niers. » Histoire de Louis XI , liv. I
[ 14 ]
Telle étoit la situation de ce prince quand
il vit Agnès ; il étoit homme, & fut bientôt
au nombre de les adorateurs. Le malheur ne'
rend point insensible, il semble même que
l'ame de rinfortuné est plus susceptible d'être
pénétrée par des impressions douces & tendres,
& que son coeur doit s'ouvrir facilement à
l'amour. Ce dieu puissant lui dérobe i'afpect
'effrayant de ses maux ; une grande passion
doit suspendre une grande douleur, elle offre
une consolation & promet le plaisir : aussi
Charles fut-il vaincu plus promptement par
l'arnour, qu'il ne l'ayoit été par les Angsois.
Il ne s'a,ttendoit pas que ce même dieu seroit
celui qui lui rendroit sa couronne, il ne
pouvoit prévoir que le trait dont il venoit
d'être percé seroit fatal à.ses ennemis, & que
l'amour seroit son bienfaiteur àprès avoir été
son maître.
L'aimable Sorel voyoit tous ses yeux fixés
fur elle, & n'osoit relever les siens ; elle en,
rencontroit. beaucoup qui lui disoient des
choses,qu'elle n'entendoit point. Madame de
Mignelais ne lui avoit jamais dit qu'elle étoit
belle, & elle ne s'en étoit pas encore apperçu:
auffi le plaisir d'être généralement applaudie
fut le seul qui la toucha d'abord, & elle
[15]
m'attribua qu'à l'estime, ce qui étoit inspiré
par un autre sentiment. Le roi qui en
étoit le plus vivement pénétré étoit auffi
celui qui cherchoit le plus à l'en instruire ;
plus heureux que les autres, il trouvoit à
chaque instant des occasions de la voir & de
lui parler ; elle secourait avec le respect dû
à un roi, & ne pouvant se défier d'un danger
qu'elle ignorait , elle recevoit ses louanges
comme des marques de bonté & des récom-
penses de son attachement pour la reine.
Mais les discours de ceux qui l'environnoient
& les soupirs de Charles lui apprirent bientôt
ce qui se passoit réellement dans rame de ce
monarque. Des mouvements inconnus s'éle-
vèrent dans la sienne ; une puissance secrète
lui faisoit deviner ce que Charles alloit lui
dire, avant qu'il eût parlé ; ses yeux se ren-
contraient avec les siens, une douce émotion
l'ágitoit quand elle l?entendoit nommer, elle
ne vouloit point penser à lui, & elle y pensoit
fans cesse !
Jeune beauté, tu fuis en vain.... ton coeur
n'est plus à toi, l'amour y règne comme dans
celui de Charles ! Ton souverain Va déposer
à tes pieds tout ce que la fortune lui a laissé,
cette déesse-aveugle te fourit.......... Quel usage
[ 16 ]
Vas-tu-faire de ses dons ? Une félicité imagi-
naire ne t'éblouira-t-elle point ? Ton ascen-
dant fera-t-il l'instrument fatal de la ruine de
ton roi ? ... Ne vas-tu point abuser de ton
pouvoir, troubler la paix domestique, absorber
un trésor épuisé, insulter ceux qui sont au
dessus de. toi , mépriser tes égaux, oublier
tes inférieurs ? ... Ton triomphe ne fera-t-ii
point le signal d'un nouveau malheur pour
la France ?
Peuples, rassurez-vous.... Agnes pourra
devenir foible, mais jamais coupable ; elle ne
s'abreuvera point de vos larmes ; mais elle
s'attendrira fur vos maux ; elle aimera votre
roi , mais elle chérira votre bonheur & fa
gloire. Ne craignez . point qu'elle arrête son
bras, qu'elle le plonge dans une inaction
funeste ; .elle- fera la première à lui montrée
l'abyme ouvert sous ses pas, elle lui donnera
une nouvelle ame & le conduira à la victoire.
Le coeur d'Agnès ne fut point pour Charles
une conquête prompte & facile : rattachement
qu'il eut pour elle jusqu'à la fin de sa vie
en est une grande preuve. En effet, on se
dégoûte aisément d'un bien qu'on a obtenus
sans obstacles, on n'est pas constant pendant
vingt années quand on a été heureux dès
le