Essai sur l

Essai sur l'admission des navires neutres dans nos colonies / [par François Véron Duverger de Forbonnais]

-

Français
107 pages

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[s.n.]. 1756. France -- Colonies -- Histoire. 107 p. ; in-12.
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Publié le 01 janvier 1756
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A
L'ADMISSION
Np^IRES NEUTRES
BANS NOS
i"T_ A France fe repofoit fur la foi
> des traités, fur l'exemple frap-
.paat de modératiori que Ion Monar?f
:.que avoit donnera l'Europe^ enn'ap*
portant alicfeiit des conquêtes d'.àu-
.trfiriritërêt que celui de fe&alliés;&
cotres vues que le repos des Na-
tions. Une réforme .confidérabte
̃dansnos armées de:terre avoit ren-
du au Labourage. j8t:aux Manufec-
tures une partie de nos foldats: Le
Cômmerce comménçoit à réparer,
avantàgeufement les pertes: qu'ua
irpp_long
2, Des Na pires neutres
l'avoit mis dans le cas de Supporter.
Les vues du Gouvernement, f em-
bloient entièrement tournées vers
les moyens paifiblés de perfection-
ner fon administration intérieure
'Vers cette politique bienfaifânte &
du droix naturel de tous les peuples,
qui .veille fans ceffe à- occuper les
hommes, à rendre leur fituafion plüs
heureufe. La Marine, fans laquelle
aucun fyftème économique ne peut
avoir de confiflance dans un Etat
qui a des cctes des ports & des
colonies commençoit à fe relever.
Mais l'acquittement de dettes pref-
fantes contractées pendant la. derr
niere guerre, Se la crainte de parta-
ger trop tôt avec les. peuples les
fruits de la paix & de l'abondance,
retardoient la marche de ce projet.
Une nation violente & injufte
s'eftfentie bleffée de nos profpérir
dans nos Colonies.
tés parce que la fienne lui échap-
poit chaque jour; des paroles de can-
deur &'d'amitié couvroient la trame
de fes complots fecrets: en pleine
paix des forterefles e nnemies fetrou-;
vent élevées fur les terres de nos co»
ïonies pour les Soutenir une armée
paroît vouloir pénétrer dans le cen-
tre de nos habitations; les mers fonf
couvertes de pirates.
Parmi les traits odieux dont les
faftes de l'humanité n'ont que trop
à rougir, celui-ci feroit encore in:
connu aux nations policées, fi les
Anglois n'avoient été admis dans
leur nombre. Mais quoique la Fran-
ce eût déjà éprouvé deux fois que
leur politique ne s'eft point encore
foumife aux maximes du droit des
gens, les circontlances dont cet éve-
nement-ci eft accompagné Font ren-
du dIus éclatant. en même tems crue
4- Dts Navires neutres
l'influence a&uelle & néceffaire des
affaires maritimes fur la fortune de
notre Etat, en ont rendu les fuites
plus considérables. Nous recevons
-d'eux un fervice fignalé fi enfin
nous établifîbns à jamais pour maxi-
mes d'Etat, que notre conservation
cft attachée -à celle de notre Mari-
& que, même en figaant des trai-
tés l'Angleterre jure dans fon cœur
;de nous haïr toujours.
Cetterévolution imprévue nous a
fait connoîtré une de ces fituations
nouvelles où l'on chercheroit en vain
des expédiens dans lesprincipes or-
cfmaires.'En effet, les principes ont
été établis fur ce qui réfulte nécef-
fairement de la nature des chofes
'mais dès que les affaires fortent de
leur cours ordinaire & naturel, les
maximes font contredites par les
•faits auxquels il devient. néceffaire.
de les subordonner
dans nos Colonies.
Aiij
Alors la reffource du génie con-
Me uniquement à trouver des
moyens propres à concilier la loi
qu'impofe une néceflité paffagere
avec la facilité d'un prompt retour
vers les principes ordinaires. Il en:
prefque impofïible que ces fortes de
pofitions violentes produifent des
opérations bonnes en elles-mêmes
mais la moins mauvaife eft toujours
la meilleure comme le plus mau-
vais parti eft moins dangereux que
l'inaction,
C'eft fans doute dans ces vues
qu'il a été propofé d'admettre fur
des permiflîpns momentanées les
vaHTesux neutres dans nos Colonies.
Cette queflion. qui doit être regar-
dée comme une affaire d'Etat, fera-
ble partager les opinions & par
malheur, dans des cas Semblables
beaucoup d'opinions fondées fur des
6 Des Navires ntiara
intérêts particuliers, trouvent dans
l'apparence des chofes affez de rai-
fons fpécieufes pour féduire ceux qui
ne peuvent ou ne veulent pas y por-
ter un examen plus pénible.
Un citoyen d'autànt plus afîùré
de la pureté de fes intentions, que
fa façon de penfer dans cette affaire
eu Qppofée à fon intérêt perfonnel,"
fe croit en droit de propofer fes ré-
flexions bonnes ou mauvaife.s,elles
feront utiles la patrie, parce que
c'eft du fein de la difeuffion que les
hommes doivent arracher la vérité.
Pour bien juger de l'admiffion des
Navires neutres dans nos Colonies
il convient d'abord d'approfondirles
reflbrts odieux de la politique de
nos ennemis & d'examiner fi cette
admiffion momentanée des Navires
neutres dans nosColonies éhidera les
deffeins des Anglois.
dans nos Colonies. <f
A jv
Le fécond examen confiée à fça-
voir fi dans le moment a£hiel nous
fommes en fituation de faire feuls
le Commerce de nos Colonies d'une
manière utile à l'Etat, dont l'intérêt
eft de maintenir la balance entre fcs
Négocians & fes Colons.
Le troifieme objet de réflexion eft
de gefer tous les moyens de faire
le Commerce de nos Colonies dans
les circonfiances actuelles, fans au-
torifer l'admiffion des Navires neu-
tres.
Enfin nous chercherons à connoî-
tre fi l'admiffion générale & momen-
tanée des Navires neutres remplit
mieux les vues de l'Etat pour le mo-
ment, qu'aucun autre plan; de quel-
les reftri&ions' cette admiffion doit
être accompagnée fon influence
aûueîle & future fur le Commerce*
e Des Navires neutrà-
PREMIERE PARTIE.
Quels fruits les Anglais ont-ils pû fc
promettre du plan qu'ils ont forme
& fidvi ? Uadmijjîon momentanée
des Navires neutres dans nos Co-
lonies éludera t- elle leur politi-
que?
IL ne fant pas- s'Imaginer qù un»
peuple qui a jom long-tems d'une
grande, confidération & qui la mé-
ritera encore à bien des égards.
toutes les fois qu'il fera jufte, s'ex-
pofe à la perdre fans des motifs puif-
fans. Si cette politique cruelle, qui
légitime les injuftice» heureufes eft
maniée avechabileté elle-n'éclate-
ra jamais qu'avec l'affùrance d'un
fuccès capable d'infpirer la crainte.
On méprife les lois, gênantes de le,
quité.; mais on réïïoute le mépris
dans nos Colonial fy
Av
des hommes. Les Anglois également
envieux de Paccroiffement de nôtre-
Commerce, & défefpérés du déclin;
qu'a éprouvé le leur r foit par l'ac-
croiffement de finduilrie de toutes
les. Nations ,/foit par l'excès des ta-
ses fuite forcée des dettes que leur
fait contracter une ambition turbu-
lente y n'ont envifagé de refiburce-
quel'invafion de l'Amérique Septen-
trionale y & une guerre de
Ce n'efl: pas qu'ils manquaient de
moyens plus honnêtes.: mais la cor-
ruption des principes. dans cette Na-
tion y rend les réformes difficiles
& les voies légitimes ne leur préfcrh-
.toient pas le double bénéfice, dont
,ils fe font flattés, de s'enrichir de nos
dépouilles r & d'arrêter nos progrès
pour de longues. années, en détrui-
fant notre. Marine renaiffante. De
.yxQcs c^éranceSj.ôc affez peu élol-
Des Navires neutres
gnéesfeinbloient d'ailleurs attachées
au fuccès de cette tentative. Une
fois maîtres abfolus delà Pêche, de ia
traite du Cailor & des Pelleteries
de toutes les munitions navales du
Nord de l'Amérique, ils euffent for-
mé fans réfiftance l'établiffement
qu'ils ne cefient de méditer depuis
tant d'années dans le golfe du Me-
xique. Parvenus à ce point, ils fe
ïrouvoient bien-tôt plus maîtres des
Colonies Efpagnoles & Portugaifes,
que les Souverains véritables de
ces riches contrées.
Tout confîftoit à nous mettre
hors d'état de Soutenir une guerre
avant de nous la déclarer & la Ma-
rine des Anglois ctoit toute montée,
tandis que la nôtre n'étoit que com-
mencée l'enrreprîfe ne paroiflbit
pas difficile, fi Pon fe déterminoit
une fois à ne pas l'2tre fur les pro-
cédés.
dans nos Colonies; ï f
Avj
Ils ont pris en pleine paix le par-
ti de courir fur nos Vaiffeaux mar-
chands,dans une faifon oû les retours
de l'Amérique & de nos Pêches font
les plus abondants & les plus riches,;
les mers plus calmes, la découverte
plus facile. Par cette conduite ils ont
espère, i°. de priver notre Commer*
ce d'un produit immenfe qui paire..
toit chez eux en nous enlevant
nos matelots, de gêner l'armement
de nos vaiffeaux de guerre & de
faciliter l'armement des leurs-, en
forçant ces captifs infortunés àchoi-
£r entre la plus afïreufe mifere &
des armes contre leur Patrie c'eA
ainfi que dans la derniere guerre
nous en avons perdu vingt mille dans
leurs prifons. On ne peut croire que
la politique nationale ait eu part à
ces cruautés: mais enfin elle en -a
joui, & elle devoit veiller fur ceux
'il' Des Navires neutres
-qui éîôient chargés. de cette adim-
niftration; 3°. de nous engager à
faire fortir nos Vaiffeaux de guerre
en détail ou mal. armés, à mefure
qu'ils feroient prêts, pour parer aux
coups les plus pr-eiTan-s & dès-lors
de miner nos forces fans aucun rif-.
que 4°., de réduire nos.Colonies à
manquer d'approvifiomiement.-
On n éleur prête point ici des def-
feins chimériques-; leur conduite dé-
celé leurs vues,, qui ne peuvent é-
chapper à ceux qui feront réflexion,
fur la nature des croifieres qu'ils ont
établies; fur l'attention avec laquelle
ils ont évité de fe compromettre con-
tre nos encadres en force, tandis quele
pillage de nos vaifieaux, marchands
annançoitleuxpréfence dans-tous les
parages. à la fois enfin fur la dou-
ble précaution qu'ils ont prife de dé-
fendre dans Ie.urs. Colonies fous
dans xos Cofonzes. le
peine de la vie, de porter des vivres-
dans les nôtres, & de prohiber chez
eux- toute aflurance fur dés Navires
François.
A fuivre le plan des Anglois- dans
cette accafion, il eft clair que juf-
qu'à ce que notre Marine ait une
confiftance fufRfante- pour occupes
tout-à-là-fois leurs forces., & pro-
téger nos Marchands, nouS'Concou^
tons au but de leur politique en mul-
ripliant nos-armerhens direâs:c'eiî:-
à-diré.; que nous nous expofons
faire parler chez. eux la majeure
partie- de nos-Vaifîeaux,de nos char-
gemens, de nos matelots à redou-
bler notre impuiuance fans que
nous' foyons en. état de leur. faire
i^rarir un risque-équivalent. Car.:Ci
wos forces fuflifoient pour opérer de
fortes diverfions &. protéger nos.
attérages tant eaEuroge qu'à l'Amer
14 Des Navires neutres
Tique il n'eu pas douteux que Ic- ris-
que des Anglois devenant à-peu-près
égal au nôtre, l'Etat ne devroit en
aucune maniere s'inquiéter de celui
auquel s'exgoferoient les Négo-.
dans.
Mais dans. le cas actuel, les anu-
rances fe foûtier.nent à 40 pour
pouraller, &cellesdu retour coûtent
autant, tant en France que dans l'é-
tranger (a). L'on peut .donc fuppo-
fer, fans crainte de fe tromper, que
le rifqn monte au moins à 30 per-
tes fur 100 VaiiTeauxqui partent;
& à 30 fur 106 VaùTeanx qui revien-
nent de façon que dans la, propor-
tion à laquelle ces deux rifques font
évalués, fur 180 vaiffeaux qui par-
tiront, 89 feulement rentreront dros
nos ports.
(a) Sur des Vaiffeanx fortans de la Manche^
on a figné des polices à Paris à JO pour ioo des
piime » le 25 de Mii.
dans nos Colonies'. ï
Telle a été, on ne peut trop le
répéter, l'intention de nos ennemis,
de nous réduire à cette alternative
ou bien de les voir s'emparer des ca-
pitaux devinés à circuler dans notre
Commerce & dans notre Etat, des
Matelots fans Iefquels nos forces ma-
ritimes ne peuvent agir, de nos Vaif-
féaux ians lesquels nous ne pourrons
continuer notre commerce après la
guerre; ou bien de réduire nos Co-
lonies aux plus funeûes extrémités.
Si leurs deffeins réufîùToient fi en
une feule année une grande partie
de nos Matelots, de nos bâtimens
de nos denrées étoient la proie de
nos Pirates, quelles reflburces nous
reileroient pour nous venger ou
pour approvifionner par nous-mê-
mes nos Colonies ?
Il paroît démontré par le feul ré-
<it des faits, que Fadmiffion autori-
r£ Drs Navires 7uutfef
fée des Navires neutres dans nos Co"»-
lonies jufqu'à- ce que le risque de
nos ennemis dans le-Commerce de-
vienne à peu-près égal au nûtre
les prive entièrement du fruit de
leurs profondes Spéculations. Par ce
moyen nos Colonies feront appro
•YÎfionnées nos Matelots réfervés à
des ufages plus plus fûrs & plus prêt
fans,nosVauTeauxconfervés, nos car
-pitaux.mis à couvert; & je-rnontrerai
.plus-bas que cet expédient eff égale-
ment propre à les augmentér. Ou
bien les-Anglois-refpeâeront avec les
Nations neutres les Loix du droit des
gens &- dans ce cas. nous aurons
rempli notre objet .ou bien-les An-
glois violeront la liberté naturelle du
Pavillon de ces Nations alors.- ils
armeront contr'eux toute l'Europe-
opprimée. Ils font trop habiles pour
précipiter l'exécution, de Leur projet-.
dans rtos Colonies. r7
if leur fuffi't de nous abbatre pour
s'àfTurer du defpotifme maritime..
Leur Déclaration de guerre con-
tre nous Semble- à- la- vérité n'avoir
d'autre objet que de défendre au
Danemarck & à la Suede de com-
mercer de leurs, denrées avec nous.
Mais je ne puis croire que dans le
fait ils ayent l'imprudence de pro-
7oqticr auffi injuilement deux Na-
tions fieres & courageufes qui fe
trouvent en état de leur porter de
terribles coups fi on les force à fe
venger d'une pareille violence. De
quel droit en effet la Grande-Bre-
tage eftiraera-t-elie contrebande les'
feules marchandises- que deux. Peu-
ples libres piaffent fournir? les mets
font-elles donc fon patrimoine ou fa
conquête, pour y régler la naviga-
tion par les mêmes Loix que donne
uaSouverain dans fesEtats? UnRoi
Des Navires neutres
d'Angleterre peut-il prohiber quel-
que chofe en Suede & en Dane-
marck ? qu'ont de commun les que-
relles des Angloîs avec le commerce
de ces Peuples? En ce cas, pourdé-
truire la Navigation du Nord de
l'Europe, il iufEt donc à l'Angleterre
de déclarer la guerre à toutes les
contrées du Midi ? Non les- chofes
ne fe paieront point ainfi: les deux
Efcadres combinées des Puiffances
maritimes du Nord, font des Jurif-
confultes trop prenons, pour que
cette étrange prétention fe foutien-
ne. Ces Efcadres font armées pour
la fîtreté du Pavillon des deux Na-
tions c'eft un engagement autenti-
que qu'elles ont pris Se fur lequel
elles ne pourroient héfiter fans don-
ner un exemple de fbibleffe trop dan-
gereux. Les Anglois favent que ces
Peuples & nous ne pouvons réci-
dans nos Colonies. I<J
proquement nous porter ombrage
en aucune occafion que nous fom-
mes en état de leur donner beau-
coup à gagner, fans renoncer à nos
propres interêts: & letems n'eft pas
éloigné peut-être où npus faurons
par une feule opération augmenter
à la fois leur Marine & la nôtres
Ou bien la Providence laffée de
l'arrogance de l'Angleterre, a répan-
du fur elle 1'efprir" de vertige & de
confufion; ou bien cette Couronne
n'ofera foutenir fa prohibition. Elle
n'aura dèflors retiré de fa démarche
finguliere,quela honte d'avoiravoué
dans fon délire que toute fa con-
duite depuis dix mois eft une fuite
de Pirateries dont les Barbarefques
mêmes ont quitté l'ufage envers les
Nations avec qui ils ont des Traités.
Enfin, quelque parti que prennent
les Anglois il ne peut que nous être
utile.
ao Des Navires neutres
Pour nous réduits comme nous
le fommes par les circonftances à.
une défenûvè momentanéc, avons-
nous d'autres confeil à fuivre que
celui de conferver les objets mêmes
qne l'ennemi a. eu deffein de nous
enlever, pour nous réduire à rece-
voir fa Loi ? A la guerre il ne fufE«
pas d'avoir des deffeins; il faut com-
prendre- ceux qui font formés contre
nous les éluder ,*& en tirer même
s'il fe peut, des moyens pour exéci>
ter les nôtres-
Oublions cependant-pourun mo*
ment le rirque aduel que courent
nos Vaiffeaux Marchands. r & les
fuites funeftesde ce rifqne, foit pour
notre vengeance, foit pour notre
rétabliffement, Ibrfque le catme re-
viendra & voyons fr nous pouvons
faire feuls le commerce de nos Co-
lonies d'une manière utile à l'Etat..
dans nos Colonies,
SECONDE PARTIE.
Pouvons-nous faire feuls le Commerce
denos Colonies, d'une maniere utile
Pour éclaîrdir ce -point il con-;
vient d'établir des calculs qui
puiffent donner une idée approchan-
te du commerce de nos Colonies.
D'après les états quite diftribuent
.en divers Ports du. nombre des Na-
vires qui partent, on penfe commu-
nément -qu'il va annuellement aux
diverfes 'Colonies 5c en Guinée.en-
viron 38o bâtimens.
Une Iifle particuliere porte cette
proportion à Sçavoir.:
des Navires neutres
On fuivra cette lüle, quoiqu'elle
foit accompagnée d'une autre des
Navires arrivés qui porte le carac-
tere de l'erreur. 5c de l'illusion la
voici
plus de ;oauxColoniesdeceux
qui ont été expédiés dans les années
précédentes. D'où il réfulteroit que
nous aurions un plus grand nombre
.de Vaiffeaux qu'il n'en a été expédié
dans les fept années, & que les An-
glois n'en ont pris aucun de ceux
qui étoient employés au commerce
des Colonies. Voilà les pièces jufti-
ficàtives qu'on n'a pas honte de pra-
dans nos Colonies. 13
duire contre l'admiffion des Vaif-
feaux neutres.
Etablirons cependant nos calculs
fur le nombre de Vaiffeaux,
parce que les états imprimés ne font
pas non plus affez fùrs pour s'en rap-
porter à eûx uniquement; & que le
nombre des Vaiffeaux partis dans les
trois dernieres années, a été réelle-
ment plus confidérable que dans les
trois années précédentes.
De ces Navires, 60 ont été
employés au commerce de Guinée;
Soient allés à droiture à Louisbourg,
Québec la Mobile la nouvelle
Orléans d'où la plupart font reve-
-nus prendre un fret dans nos Ifles à
fucre & y porter des farines, des
poiffons fecs & falés, des planches,
du merrein, &c. ainfi feulement
ont été expédiés à droiture pour les
Ifles..
Des Navires neutres
Des 80 Vaiffeaux expédiés pour
FAmérique feptentrionale, on peut
évaluera 21 le nombre de-ceux qui
font revenus à droiture & à 400 le
nombre des Vaiffeaux qui ont eu
part au commerce des Ifles à fucre
pendant la paix.
Chacun de ces Vaiffeaux peut être
réputé du port de 300 tonneaux les
uns dans les autres.
Il y a donc cent-vingt mille ton-
neaux de mer employés à rapporter
les denrées de ces Colonies feules.
On doit obferver -en paifant que le
compte par tonneaux de mer eft l'u-
nique fur lequel on puiffe établir fo-
lidemcnt un calcul ;̃& cette remar-
'que trouvera fon application.
des cent-vingt mille tonneaux
font pour chaque Vaifléau un port
de cinq cens milliers net.
On peut établir la valeur moyen-
ne
dansnos€olonîcs. i£
B
ne des diverfes qualités de fucre à
36 liv. Se cn fuppofer dans chaque
VaiiTeau 474o quintaux, dont la va-
liv.
leur fera de 170640
On peut établir que
les 26 milliers rcAans
font employés en mar-
chandifes chères, com-
me indigo, coton, café,
rocou, gingembre, man-
ae, cacao caret cuirs;
& porter leur valeur à 3 Ga
200 000
alors la valeur générale
du Commerce de nos If-
les, fera d'environ 80
Voici comment on peut cflimer
,que cette valeur eft consommée le
chargement de 340 bâtimens peut
être évalué l'un dans l'autre à 80000
.tiv. • ̃ 27-200 00A
4<S Des Navires neutres
L'ailûrance de ces vingt-
fcpt raillions 2o000o liv.
à 7 pour 100, tant d'al-
ler que de retour,
Le dépérifTement an-
nuel de ces 340 bâtimens
à 5000 liv.
La dépenfe de l'arme-
ment, du défarmement,
& depuis peu du rem-
placement des matelots
déferteurs à 2500o liv. 8 500 ooA
La mife-hors des 3 40
yaiffeaux étant eftimée
45ooo liv. l'aflufance à
7 pour 100 coûtera .t 071 000
Chargement des 60
Négriers à I2.0000 liv. 7 200 000
Affûrances des fept
millions 200000 liv. à I 1
pour cent tant d'aller
gae de retour, 79 a OOO
̃dans nos Colonies. 21.
Bii
Dépenfe de l'arme-
ment & du défarme-
ment à 40000 liv. 400
La mife hors des 60
Négriers étant évaluée
à 50000 liv. l'affûrance
an pour cent,
Dépériffement des 60. •
"Vaiffeaux Négriers à
liv. 600
Commiflîons en Fran-
ce fur les achats & ar-
snemens 1 zoo
Commiflîons à l'Amé-
rique à 8 & 10 pour 100,
fur environ 80 millions
de vente évaluées efpece
de France, 4400000
Commiflîons en Fran-
ce fur 80 millions de re-
tours à i pour ioo ooa
Droits de domaine &
l8 .Des Navires mutrts
autres droits locaux-,
d'Amirauté, frais tant en
Amérique qu'en France,
4 6 pour 4800000
Intérêt à 6 pour 100
d'une dette d'environ i
millions, par leshabitans
des Colonies,
Entretien des créoles
en France, 3000000
Procurations, régies
d'habitations à 10&15
pour ioo, évaluées aoooooa
Affûrances à 3 pour
fur au moins vingt
millions de capitaux ex-
cédans les prenuer-es mi-
fes, -600 ooô
Pour le bénéfice des
y aiffeaux des Négriers,
dans nos Colonies'.
Biij
des chargemens,
80 000 000
Cet état qu'on croif à-peu-près
exaCt, nous conduira à plufieurs con-
féquences importantes pour la quef
tion.
Il convient d'obferver d'abord
que de 400 Vaiffeaux deftinés au
Commerce de nos Ifles à Sucre, plu-
fieurs partent deux fois dans une
même année ainfi nous pouvons
bien dire avoir employé dans une
année rrülle tonneaux de mer,
mais non pas 400 Vaiffeaux effectifs
de 300 tonneaux chacun.
Suppofons que vingt feulement
ayent parti deux fois dans une an-
née, reftent Vaiffeaux effectifs.'
Ces 9 Soo 00o font le produit d'une avance
de 4S millions environ, & le produit de l'induf-
trie d'environ mille Négocians dans cette bran-
che de Commerce la comparaifon de ce parta-
gc avec celui des profits des Fermes générales^
toit intéreffante..
3o Des Navires neutres
De ces 3 80 les Pirates nous en
ont enlevé environ i2o tant à
l'Amérique qu'en Europe nous n'en
avons donc plus que 26o effectifs à
employer dont une cinquantaine
au moins font encore à l'Amérique.
Des zGo il convient de déduire
ceux que leur vieillefle ou leur pe-
fanteur mettent hors d'état de navi-
ger enfin ce*x que que la crainte
ou l'impuifiance des particuliers fer-
ra refter dans le port.
On fait qu'en teins de guerre Ies
mauvais voiliers font rarement ex-
pofés il eft probable que fur x6&
bâtimens il s'en trouvera au moins
hors d'état de fervir, par cette
raifon ou par celle de leur vétuflé.
Jufqu'à ce que la Marine du Roi
puiffe s'étendre, ce ne fera point une
exagération de penfer qu'une ving-
taine de Vaiffeaux feront retenus
dans nos Colonies. JT
Bjv
par la crainte dans nos Ports.
L'impuiffance des particuliers
pour armer les reftans peut être
facilement démontrée.
Les 1 ao Vaiffeaux pris évalués à
zooooo 1. chacun, font une perte de
24 millions pour lesNégocians occu-
pés du Commerce de nos Colonies.
Supposons, ce qui n'eu: pas, que le
total ait été affuré dans l'étranger à
30 pour 100, la diminution réelle
dans les cahitaux, de cette branche
de commerce fera dey 20.0 000 liv.
fans compter l'influence que les per-
tes fur d'autres branches ont nécef-
fairement fur celle-ci.
On petit évaluer fans rifque à une
pareille fomme les fonds qui font
reftés dans les Colonies, en attendant
que les affaires priffent une confif
tence.
La perte fur les denrées achetées
i Des Uavircs ncutr&s
dans les Colonies avant la nouvelle-
ces hostilités Si qui y font reflues
peut être recardée comme totale
& montera fùrement à plusieurs mil-
lions.
Il manque donc au moins 10 mil-
lions effe&ifs dans la circulation du
commerce de nos Colonies.
Les Armateurs font obligés par
les circon&ances d'augmenter leurs
équipages, de doubler les gages de
payer 80 pour ioo d'affuranccs. De
manière que pour armer & charger
le même nombre de Vaiffeaux &
de la même manière qu'en tems de
paix, il faudroit employer prefque
le double de fonds. Or ce n'eft pas
dans un. tems de guerre,. après ua
dérangement inopiné dans beaucoup
de fortimes & dont les fuites ne
font pas encore connues, que le cré-
,dit-deviendra facile aux Négociant
'dans nos Colonies*
Bt.
Ils feront donc forcés d'employer
à un feul armement les fonds qu'em-
ployoient deux armemens pendant
la paix & le chargement de ce V aif-,
feau fera de la moitié plus foible.
Ce n'eft donc point porter les chofes
trop bas, que d'évaluer à i zo le nom-
bre des Vaiffeaux qui feront armés
& chargés pour. nos Ifles à fucre ±
jufqu'à ce que nos atterrages d'Eu-
r.ope & d'Amérique deviennent plus
ftrs que les affurances foient dimir
puées.
Une preuve de la ju fieffé de cette
évaluation, c'ell que dans le cours
des mois dejanv. Fév.&Mars,les plus
favorables de l'année pour éviter
l'£nnemi,il n'eft parti pour nos Colo-
Jiies que 46 Vaiffeaux. Dans la fitua-
tion aâuelle des choies', on fait que
la mer efl prefque fermée pour nos
,V.aiffeaux Marchands jufqu'au mois
id'OÛobre, B v.
Navires neutres
Des Vaiffeaux dont je fûp*-
pofe le départ, il n'en doit pas arri-
ver plus de 84 dans la proportion
de 30 pour 100 quoique les affu-
rances [oient à 40; & de ces 84 il
n'en doit pas rentrer dans nos Ports
plus de 60.
Suppofant que des VahTeaux
aucun ne feroit pris il ne feroit em-
ployé à l'approvifionnement des Co-
lonies & à rapporter leur produite
que 36 mille tonneaux de.mer au
lieu de mille.
La culture eft plus négligée- à la
vérité pendant la guerre parce que
l'habitant eu plus fouvent éloigné de
faTerre & que les Nègres qui meu-
rent ne fe remplacent pâs fur le
champ mais il efl clair qu'il man-
quera au moins les deux tiers du
nombre de tonneaux de mer néceflai»
res pour enlever les denrées des C<>j
Jonies,
da,.s nos ColonltC
Bvj
Ces denrées doivent donc être
avilies des deux tiers au. moins dans
la proportion ftriâe de laconcurrence
qui règle les prix de. toutes chofes
dans le cours ordinaire du commer-
ce & les denrées dont le tranfport
fera moins avantageux, feront fans
valeur. Mais chacun n'eft-il pas en
état de juger par lui-même qu'une
concurrence réduite tout-à-coup des
deux tiers eft un monopole arbi»
traire dont la dureté ne peut être
prévûe?
En établiffant même que les i 20
YauTeaùx feroient fufhfans pour
pourvoir aux approvifionnemens les
plus preffans des Colonies; il en ré-
fulteroit toujours que le petit nom-
bre de ces bâtimens & la chereté de
leur affurance rendroit le fret en
allant d'un prix -exorbitant que la;
siarchandile déjà renchérié de ce
D'es Navires neutres
fret, & de 40 pour loodPaffurance,
feroit vend1le par un petit nombre
de mains entre lefquelles feroit la
fubfiftance d'un Peuple nombreux
enfin que la fomme des chargemens
évaluée par un calcul favorable à
60 mille livres l'un dans l'autre, y
compris une dixaine de Négriers
confommeroit par une valeur pre-
miere de 7100 000 1. un produit qui
dans la paix monte au moins à 80
millions produit qui ne pourroit
jamais être rapporté en entier en Eu-
rope par les mêmes bâtimens.
Que feroit-ce donc il des
Vaiffeaux 84 feulement arrivoient
à l'Amérique & fi des 84 il n'en
rentroit que dans nos Ports ?
Cesévaluations ne font point exa^
gérées & des faits affez récens
.Tiennent à leur appui.
Lors de la dernière guerre,Ie.coar^
dans nos Colonies'. 57
merce ne fut point furpris par 1 en-
némi depuis deux ans les rifques'
étoiest prévus, les Colonies regor-'
geoient' d'approvifionnemens les
magafins étoient remplis lors de la.
déclaration. Des profits immenfes
pendant les deux ou trois années qui
avoient précédé la guerre, avoient·
oonfidérablement accru les capitaux
du commerce, & le nombre-des Vaif-
feaux. Les aflurances monterent à
40 pour 100 environ mais en An-
gleterre, à Cadix, elles ne paffoient
point 30 pour 100 à .Qenes elle?
étoient encore moins cheres.; l'Es-
pagne formoit une puiffante diver-
fon notre Marine donnoit moins
d'efpérances qu'aujourd'hui mais.
ce qui reftoit fut facrific au commer-
ce.. Un fuccès que l'on n'avoit ofé
attendre & qui ne devoit jamais
£tre attendu de convois annoncé
D es N ovins neutres
ûx mois à l'avance, qui compromet
toient tout le commerce du Royau-
me en une feule occasion, nelaifïa
pas de raffurer les efprits les auu-
rances baiff-erent ài8?io&i5 pour
ioo.
Dans cette pofition bien plus avan-
tageufe que celle où fe trouve notre
commerce dans le moment aânei >
il ne fut pas expédié z6o Vaiffeaux
pour les Ifles à fucre dans les plus
fortes années.
Les marchandifes d'Europe s'y
vendoient de 130 à pour cent
de bénéfice: le baril deboeuf de 100
à no liv. la morue de 55 à 60 liv.
la farine de à 100 liv. le baril.
Les denrées s'y achetoient à un prix
plus bas de 40, 50 60 pour cent
qu'en tems de paix, de maniere que
les frais de la culture & de la fubiif-
tance abforboient & au-delà le re-
dans nos Colonies: J9
venu. Cela eft àifé à concevoir, Ie
baril de boenf qui en tems de paix
coûtoit un quintal & demi de fucre
terré fe payoit quatre quintaux la
farine qui fe payoit dans la paix uri
quintal du même fucre; s'échangeoit
contre 3 quintaux & ainfi de fuite.
La balle de Morlaix fe vendoit 1400
iiv. les Bretagne^ étroites de
à 165o liv. les Colonies perdoient
donc réellement les deux tiersdeleurs
revenus ou plutôt leur revenu ne
pouvoit payer qu'un tiers de leurs
befoins.
Ces faits font tellement connus;
que je n'ai pas crû néceflaire de les
appuyerpardes factures & des comp-
tes de ventes de ces années-là. On
a vu plus d'une fois refufer des vi-
wes à S. Domingue à des Particu-
liers qui n'avoient que du fucre bmt.
La fubûilance des familles créoles
3<> Des Navires ntutrzs'.
qui fe trouvoient en France, -*ne fut
pourvûe qu'au moyen des marchés
qu'elles firent de livrer à la paix du
tucre brut à 6 & S liv. des fucres
terrés de 12 à 20 liv. fuivant la qua-
lité convenue .& Ie4égré de con-
fiance du Prêteur ( a. ) encore la
plupart de ces marchés portoient-ils
la condition de payer annuellement
les intérêts de la fomme avancée.
Ce qui furprendra,c'eft que plufîêurs
de ces marchés n'ont pas été utiles
aux Prêteurs par l'infidélité dans l'é-
xécution, les procès, faux frais;
tant il eft vrai qu'il n'en: pas utile-de
réduire les hommes à balancer entre
leur ruine certaine, & l'exécution
fcrupuleufe d'un engagement
Nos Négocians qui trou voient un
grand bénéfice dans le commerce
des marchandises, n'armèrent qu'un
M Prix moyen de toutes les qualités y Iîtv
dans nos Colonies.. 4
très-petit nombre de Navires pour
le commercé des Negres plus rifqua-
ble.
A la paix les Colonies fe font
trouvées épuifées par les dettes
qu'elles avoient contractées & les
intérêts accumulés par la néceffité
d'en contracter de nouvelles foi6
pour le remplacement des Nègres
foit pour les réparations urgentes
fur les bâtimens, les atteliers; par
la diminution de leur culture.
Si l'on confidere que les Colonies
ont été réduites à cette déplorable
fituation, malgré l'introduction con-
tinuelle des interlopes malgré la
reffource de plus de 5ôo prifes que
firent leurs Armateurs fi l'on com-
pare enfuite la pofition actuelle du
commerce avec celle où il fe trou-
voit en 1744, le nombre de
.Vaiffeaux expédiés annuellement