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Essai sur la nature ou le caractère essentiel des maladies en général et sur le mode d'action des médicamens, précédé d'une analyse raisonnée des propriétés vitales servant de bases à ces recherches, par A.-F. Gastier,...

De
453 pages
Méquignon-Marvis (Paris). 1816. In-8° , XXII-428 p..
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ESSAI
SUR
LA NATURE OU LE CARACTÈRE ESSENTIEL
DES MALADIES EN GÉNÉRAL
ESSAI
SUR
LA NATURE OU LE CARACTÈRE ESSENTIEL
DES MALADIES EN GÉNÉRAL,
ET SUR LE MODE D'ACTION DES MÉDICAMENS,
PRÉCÉDÉ
D'UNE ANALYSE RAISONNEE DES PROPRIETES VITALES
SERVANT DE BASES À CES RECHERCHES ;
Par A. F. GASTIER, de Thoissey,
Docteur en Médecine de la Faculté de Paris.
Servare modum, finemque tenere,
Naturamque sequi.
LUCAIN , Phars., liv. II, v. 381.
A PARIS,
Chez MÉQUIGNON-MARVIS, Libraire, rue de l'École
de Médecine, n°9, vis-à-vis celle Hautefeuille.
1816.
DE L'IMPRIMERIE DE FEUGUERAY,
RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 11.
AVANT-PROPOS.
I. QUE la Médecine offre d'attraits à
celui qui n'envisage que son objet, et ne
voit point les difficultés nombreuses qui
se rencontrent à chaque instant, à mesure
que l'on avance dans l'étude des parties
de cette science qui constituent plus spé-
cialement l'art de guérir!
2. Lorsque je m'occupais de ses élé-
mens, j'étais impatient d'arriver à l'étude
de la médecine proprement dite ; je re-
doublais donc d'activité, afin d'accélérer
la course uniforme du temps, trop lente
au gré de mes désirs, et franchir ainsi plus
rapidement l'espace qui me restait encore
à parcourir.
3. A peine j'eus atteint le but où je
tendais, que je vis soudain disparaître et
s'évanouir le prestige enchanteur qui m'a-
vait d'abord séduit ; alors je contemplais
dans un morne étonnement l'obscurité et
a
( II )
la confusion qui couvraient encore un art
clans l'étude duquel je croyais ne rencon-
trer et n'avoir à vaincre que des difficul-
tés relatives à moi : je m'étonnais surtout
de l'insuffisance et, ce qui est bien plus
affligeant encore, de la fausseté des lu-
mières acquises sur l'une des parties les
plus essentielles de cet art, je veux dire
sur la nature des maladies, et le mode
d'action des médicamens sans cesse em-
ployés dans le but de les guérir...... Je
m'arrêtais devant un obstacle que l'on croit
plus utile de franchir que de faire dispa-
raître ; j'essayais de le surmonter.
4. Mais bientôt, rebuté par l'impuis-
sance de mes premières tentatives, décon-
certé surtout par la rencontre de difficul-
tés que je n'avais point encore aperçues, et
qui semblaient se multiplier et s'accroître
avec mes recherches, je renonçais à me
frayer une route nouvelle, et, entraîné
par la multitude , je m'engageais avec elle
dans les sentiers obscurs où je la voyais
s'égarer. Cependant, à chaque pas, je me
( III )
sentais jeté dans de nouvelles confusions
par des faits contradictoires dont je ne
trouvais nulle part une explication consé-
quente» Tantôt c'était une maladie dans
laquelle les forces organiques en excès
succombaient opprimées sous leur propre
puissance : comment alors pouvais-je con-
cilier cette idée avec ce principe de phy-
siologie qui m'avait appris que les forces
vitales qui maintiennent l'homme en santé
président aussi aux phénomènes patholo-
giques ? Tantôt c'était une autre maladie
dont la faiblesse faisait, disait-on, le ca-
ractère essentiel, et que cependant des mé-
dicamens auxquels on accorde une pro-
priété tonique très - énergique rendaient
presque subitement mortelle ; et la veille
j'avais lu dans un traité de thérapeutique
que l'énergie des médicamens devait être
proportionnée et relative à la faiblesse des
malades. D'autres fois, je voyais le même
effet avoir lieu dans des circonstances
tout-à-fait opposées. Et sans parler ici de
l'incertitude des auteurs touchant les cau-
( IV )
ses et le siège des maladies, sans parler de
la diversité d'opinions relatives aux effets
des substances médicamenteuses, etc.,
quelles idées claires pouvais-je me faire
de la force et de la faiblesse des proprié-
tés vitales ? Quel intérêt pouvait m'offrir
la connaissance des propriétés des médi-
camens telles qu'elles sont exposées dans
les ouvrages qui traitent de cette matière ?
Ainsi, toujours replongé malgré moi dans
ce chaos d'incertitude et de contradiction,
je m'écriais : serons-nous éternellement ré-
duits à dire, comme ce plaisant person-
nage de Molière, que l'opium fait dormir
parce qu'il jouit d'une vertu dormitive ?
et la médecine, si long - temps accusée
d'impuissance, ne désavouera-t-elle jamais
et les plaisanteries adroites et les raison-
nemens solides de tant d'hommes célèbres
qui, de tout temps, se sont plus à dévoi-
ler son néant ?
Si l'opium jouit exclusivement d'une
propriété sédative , pourquoi le voyons-
nous figurer dans des formules comme
(V)
tonique ? Si sa propriété sédative n'est
point exclusive, à quoi attribuer ses au-
tres effets ? Pourquoi les qualifications dis-
parates et contradictoires qu'on lui donne
suivant les divers effets qu'on en obtient?
Tonique puissant pour l'un , sédatif pour
d'autres, et poison suivant tous, on dirait
qu'il est susceptible de revêtir toutes les
formes que notre imagination se plaît à
lui assigner. Ce que je dis ici de l'opium,
je pourrais également l'appliquer à une
multitude d'autres médicamens.
5. Que devenir au milieu de tant de
vague et d'incertitude? Poursuis, me
dit l'auteur d'un livre décoré d'un titre
fastueux ; poursuis toujours ! la pratique
et l'expérience aplaniront ces difficultés.
C'est fort bien ; mais l'expérience est trom-
peuse , a dit le père de la médecine ; et
fût-elle même infaillible, si je ne l'ac-
quiers qu'à la fin d'une longue pratique,
j'aurai donc, durant tout le cours de ma
vie, administré des médicamens sans avoir
pu une seule fois compter sur la certitude
( VI )
de leurs succès, puisque je n'aurai jamais,
connu leur manière d'agir, non plus que
la nature des maladies à la guérison des-
quelles je les aurai toujours machinale-
ment employés ! A quoi me serviront à
cette époque les lumières tardives, et dès-
lors inutiles, de l'expérience ? Et si ce bien
précieux, qui réside tout entier dans celui
qui le possède, est destiné à périr avec
lui, quels fruits en retirera la société elle-
même , qui seule a fait les frais de son
acquisition ? D'ailleurs, en éclairant les
actions d'un être qui n'a plus que quelques
jours à vivre, l'expérience ne lui découvre-
t-elle pas l'affreux tableau des fautes irré-
parables qu'il a commises sans elle ? En
portant son flambeau sur l'avenir, ne l'e-
tend-elle pas aussi sur le passé ? Ah !
plutôt que je meure avant que son éclat
hodieux m'apparaisse, si je n'en dois rece-
voir d'autre fruit que de descendre dans
la tombe tout bourrelé des remords que
m'auront justement acquis mon ignorance
et ma témérité!.... Quel sujet de consola-
( VII )
tion pourrait alors adoucir l'amertume de
mes regrets ? serait-ce le souvenir illu-
soire de quelques succès éphémères que
j'aurai obtenus ? Ces succès, il est vrai,
auront pu suffire pour mettre ma réputa-
tion à l'abri ; mais en y réfléchissant, peut-
être n'aurai-je eu, dans ces cas, que le mé-
rite fortuit de n'avoir point troublé les
mouvemens conservateurs de la nature ;
peut-être celle-ci, par ses efforts puissans,
a-t-elle triomphé à-la-fois et de la cause
qui avait fait naître la maladie , et des
moyens inconsidérés par lesquels je con-
trariais sans cesse ses opérations salu-
taires,
6. Je sais bien que l'expérience de ces
hommes précieux qui ont consacré leur
vie à noter soigneusement et fidèlement
les observations que leur a offertes une
longue pratique, n'est point tout-à-fait
perdue pour l'humanité ; je sais que les
observations réitérées de quelques-uns ont
conduit à quelques résultats très - avan-
tageux à la pratique ; mais l'on sait aussi
( VIII )
qu'en matière médicale et en pathologie ,
l'absence d'un principe général auquel tous
les praticiens pussent rapporter leurs ob-
servations, les comparer pour en appré-
cier la justesse et en déduire les consé-
quences, a fait perdre à la science le fruit
d'une foule d'observations isolées et ne se
rattachant à rien , ou a donné naissance à
une multitude de systèmes particuliers
qui, se détruisant les uns les autres, ont
produit des disputes où, par une consé-
quence nécessaire de la nature de l'homme ,
la vanité a fini par prendre la place de
l'amour de la vérité qui les avait d'abord
fait naître, et qui dès-lors n'ont pu répan-
dre que de bien faibles lumières sur la
matière qui en était l'objet.
y. Notez qu'ici je suppose chaque ob-
servateur de bonne foi, animé de l'amour
de la science et de la vérité. Que serait-ce
si je prenais en considération cette foule
de prétendues observations dont chaque
partie est calculée, combinée , arrangée
laborieusement dans le cabinet de l'auteur
( IX )
pour former un ensemble prévu et destiné
à remplir un objet particulier ou à servir
une passion misérable ? C'est alors qu'il
me serait permis de dire que parmi quel-
ques vérités que les observateurs nous
transmettent, combien d'erreurs ne rece-
vons - nous pas d'eux en même temps !
De là la nécessité de faire un choix : nou-
velles difficultés, nouvelles expériences à
recommencer ; et Dieu sait depuis com-
bien de siècles des expérimentateurs de
toutes sortes ont passé leur vie à des re-
cherches dont les résultats ont souvent ré-
pandu plus de confusion que de lumière
dans la science, et par conséquent ont fait
plus de mal, peut-être, que de bien à l'hu-
manité (1) ! car, suivant l'expression naïve
(1) On trouve dans les ouvrages écrits sur la théra-
peutique un nombre infini de faux résultats que l'on
suppose ou que l'on prétend être déduits immédiate-
ment de l'expérience. La chose est au point que l'on ne
peut pas consulter ces écrivains avec fruit ou avec sû-
reté , à moins d'être muni d'un septicisme considérable
sur cet objet. ( CULLEN , Mat. méd., vol. 1, p. 142. )
du profond Montaigne, « il n'y a pas grand
» danger de nous mescompter à la hau-
» teur du soleil ou en la fraction de quel-
» ques supputations astronomiques ; mais
» ici il y va de tout notre être, et ce n'est
» pas sagesse de nous abandonner à l'agi-
» tation de tant de vents contraires. »
8. Le début pratique d'un jeune méde-
cin ne peut être autre chose qu'une série
d'essais incertains, s'il ne possède point y
en commençant sa carrière médicale, des
idées générales et précises touchant la na-
ture des maladies, et le mode d'action des
médicamens dont il doit faire usage ; ce
n'est qu'après avoir acquis ces idées qu'il
pourra raisonner sa pratique , calculer
d'avance les résultats de ses moyens, et mo-
dérer ou alterner avec discernement leur
emploi. Sans cela son incertitude et son
ignorance perceront même à travers l'air
imposant et la contenance assurée qu'il
s'efforcera de prendre devant un malade
clair-voyant ; et d'ailleurs , que répon-
drait-il à celui-ci, qui, pénétrant son
(XI)
embarras, lui dirait : Que m'importe que
l'essai que tu veux faire sur moi te con-
duise un jour à connaître et à publier la
nature et le traitement de ma maladie ?
C'est pour me guérir que je te paie, et non
pour devenir le sujet d'une dissertation
fastidieuse qui ne saurait me rendre la vie
quand tu m'auras donné là mort.
9. C'est ainsi que, trompé dans mon
attente, et rebuté de trouver des erreurs
dans l'étude d'une science où je n'eusse
voulu voir que des vérités, mon imagina-
tion se plaisait à exagérer l'insuffisance
d'un art si grand dans son objet. Néan-
moins, j'étais convaincu qu'entre des mains
habiles cet art devenait salutaire et pré-
cieux ; mais ces hommes, qui marchent
sans s'égarer au milieu de l'obscurité, ont
leur génie qui les conduit et qui supplée
ainsi à la lumière qui manque autour
d'eux. Devais-je me flatter d'être aussi
fortuné ?
10. Je sentis donc la nécessité, pour le
bonheur de ma vie, d'abandonner une
( XII )
étude qui m'avait d'abord flatté, de re-
noncer aux douces jouissances qu'elle me
promettait par la suite ; je me vis réduit
enfin à regretter le temps précieux que je
lui avais consacré inutilement.
II. Cependant, au bout d'un inter-
valle de temps assez court, semblables à
ces êtres qu'un doux penchant ramène au-
près des objets de leur affection dont ils
avaient cru s'être éloignés pour toujours,
je revins sur mes pas, et, plein de con-
fiance dans ma persévérance , j'espérais ,
par mes efforts assidus , faire disparaître
l'obstacle qui m'avait arrêté d'abord, et
avec lui la plupart des difficultés que je
rencontrerais ensuite. Pour cela je cherchai
à me faire une idée exacte de l'état de santé,
afin de rallier autour de cette idée les phé-
nomènes comparés que me présenteraient
les maladies dans leur mode de dévelop-
pement. J'examinai donc comment les
agens destructeurs affectaient nos organes
sains. Plusieurs observations semblaient
m'indiquer que ces agens produisaient pri-
( XIII )
mitivement un genre de lésions commun
et identique, et que, peut-être, les diffé-
rences des maladies tenaient 1° à la diffé-
rence des tissus qu'elles attaquaient ; 2° à
leur intensité; 3° à la diversité des causes
qui les faisaient naître ; mais que ces causes,
différentes dans leur manière d'agir, étaient
une quant au caractère essentiel et pri-
mitif qu'elles imprimaient aux organes sur
lesquels elles portaient leur atteinte. Je
crus apercevoir cette vérité, mais d'une
vue trouble et comme on voit une lumière
vive derrière un voile épais qui en obscur-
cit l'éclat.
12. Je portai ensuite mon attention sur le
mode d'action des médicamens ; et, pour
ne point m'égarer dans mes recherches,
je tâchai de suivre la nature dans ses pro-
cédés. J'observai donc attentivement ce
qui avait lieu lorsqu'elle suffisait seule à
la guérison d'une partie malade; et, pour
voir les phénomènes plus distinctement,
je choisis une maladie simple. Dans une
plaie peu étendue, avec perte de sub-
( XIV )
stance, par exemple, j'aperçois bien réel-
lement qu'une atteinte a été portée à la
partie que le tranchant a divisée ; bientôt
je vois se passer dans cette partie un ordre
de phénomènes particuliers : consécutive-
ment à l'atteinte qu'elle a reçue, une plus
grande quantité de sang y afflue et donne
à la plaie et à ses environs un aspect rouge
et proéminent, et une sensibilité étrangère
par sa vivacité à celle dont l'organe jouis-
sait dans l'état de santé. D'une autre part,
je sens, en y portant la main, que la cha-
leur est accrue, et j'observe dans la partie
une autre modification qu'on a bien ap-
préciée , ce me semble, en la considérant
comme une fièvre locale. Au bout d'un
certain temps la scène change : la plaie,
qui d'abord offrait un aspect saignant,
entre en suppuration, et, après un espace
de temps plus ou moins long, laisse aper-
cevoir de petits points grenus et recou-
verts d'une pellicule blanchâtre ; ces points
grossissent de jour en jour, et bientôt,
après avoir atteint ou dépassé le bord de
( XV )
la plaie, ils s'affaissent en laissant échap-
per une humeur qui, se concrétant à leur
surface et dans les intervalles qui les sé-
pare , forme une croûte protectrice au-
dessous de laquelle on ne tarde pas à s'a-
percevoir que la cicatrice s'est opérée.
C'est ainsi que les parties rentrent dans
leur manière d'être accoutumée, après la
disparition graduelle de tous les sym-
ptômes qu'elles avaient d'abord offerts.
13. Tout cela s'est fait sans l'intervention
d'aucune main étrangère, et par les seules
forces de la nature. Comment concevoir
ce fait? La guérison a lieu spontanément,
et cependant on ne peut pas dire que la
partie divisée n'ait souffert aucune at-
teinte. Il est également indubitable, ce
me semble, que l'organe affaibli n'eût ja-
mais pu revenir à son état premier sans
le secours de l'art, s'il n'eût joui, après
l'atteinte qu'il a reçue, que du degré d'é-
nergie nécessaire à l'entretien de la santé.
Qu'est-ce donc que la nature a fait alors?
Il est probable qu'en développant un plus
( XVI )
grand appareil de force ou de résistance
dans la partie affectée, en y activant da-
vantage les phénomènes ordinaires de la
vie, elle a repoussé ou surmonté l'action
destructive de l'agent vulnérant, qui, sans
ce surcroît d'énergie, eût fini nécessaire-
ment par détruire l'organe complètement.
En effet, c'est en disposant des puissances
conservatrices qu'elle a, pour ainsi dire,
en réserve dans chaque partie, que la na-
ture tend sans cesse à maintenir dans l'or-
gane atteint l'énergie qui lui est néces-
saire pour réagir efficacement ; et son but
est toujours rempli lorsque l'agent des-
tructeur, ne sévissant point avec trop de
rapidité ou trop d'intensité , lui laisse,
dans le premier cas, le temps de déployer
ses moyens de défense, et, dans le second
cas, ne l'opprime point par une atteinte
au-dessus de ses forces disponibles. C'est
donc sous l'influence d'un agent destruc-
teur que les forces conservatrices s'élèvent
au-dessus de leur type habituel ! . . . Qui
pourrait, en effet, les solliciter à changer
( XVII )
d'état, lorsque les organes à la conserva-
tion desquelles elles président ne souffrent
aucune atteinte ?..... Dans le cas supposé
plus haut, si la guérison n'eût pas eu lieu
d'elle-même, qu'eût dû faire le chirurgien
pour l'obtenir par le procédé de la naturel
et quelle eût été l'action des moyens les
mieux indiqués ? Soudain, et avec la ra-
pidité de l'éclair, je crus avoir deviné la
réponse à cette question , et trouvé en
même temps la solution d'une multitude
de problêmes qui jusques - là m'avaient
arrêté. Il me sembla, 1° que toutes les ma-
ladies étaient caractérisées par une débi-
lité reconnaissant diverses causes que je ne
dois point apprécier ici, mais dont le dé-
veloppement trouvera sa place dans le
cours de ces recherches ; 2° que les médi-
camens , quels qu'ils fussent, étaient né-
cessairement nuisibles, lorsque la nature,
suffisamment réagissante , pouvait', sans
leur secours, amener la guérison; et que,
dans ce cas, le devoir du médecin se bor-
nait à écarter de la partie malade toutes
b
( XVIII )
les causes qui pourraient, par leur com-
plication , ajouter au mal déjà existant,
et opprimer ainsi davantage les forces
conservatrices; 3° enfin, qu'un agent quel-
conque employé à la guérison d'un mal
ne pouvait remplir son but, à moins qu'il
n'augmentât la puissance de l'organe ma-
lade , soit en ajoutant par son atteinte à la
cause du mal, soit en diminuant ou fai-
sant disparaître entièrement cette cause,
et mettant ainsi l'organe affecté dans un
état plus convenable à une réaction effi-
cace , soit enfin en réunissant ces deux ma-
nières d'agir.
Cet aperçu me suggéra une division
bien simple de toutes les médications en
trois classes principales, que j'indiquerai.
Toutefois , malgré la probabilité de toutes
ces choses, sur lesquelles on pense com-
munément être fort instruit , je doutai
long-temps :
Ità finitima sunt falsa veris!
Cependant, à mesure que, pour m'as-
( XIX )
surer du degré de certitude des idées que
je venais de concevoir, je cherchais à en
faire l'application à tous les faits dont la
connaissance m'était acquise , je vis peu à
peu mon doute se transformer en certi-
tude : dès ce moment je commençai à dé-
brouiller le chaos où jusqu'ici j'avais été
plongé ; je conciliai plusieurs faits qui
m'avaient d'abord paru contradictoires ,
et j'eus le bonheur de ne découvrir sou-
vent qu'une opposition de mots dans ces
controverses thérapeutiques dont la lec-
ture m'avait glacé d'effroi. En poursui-
vant mes recherches , j'avais le plaisir
d'en voir naître tous les jours des consé-
quences nouvelles et des considérations
qui me semblaient importantes, et j'ache-
vais enfin de me convaincre , lorsque ,
cherchant à opposer aux principes que je
venais de me former les résultats de l'obser-
vation des praticiens les plus recomman-
dables, je voyais la vérité de ces principes
confirmée dans chaque page de leurs écrits :
leur expérience est devenue la mienne.
( XX)
Si les lumières que je puisais dans ces
sources précieuses contribuèrent à aug-
menter ma conviction, je ne trouvais pas,
sous un autre rapport, un moindre avan-
tage à fouiller les écrits ténébreux de quel-
ques auteurs dans les erreurs desquels je
me pénétrais à-la-fois et de la certitude
de mes principes et de la nécessité de les
mettre au jour.
14. C'est ce qu'après deux ans d'indé-
cision je me détermine à faire aujourd'hui.
J'eusse tardé plus long-temps encore si,
moins jaloux d'acquérir une instruction
solide , je n'eusse point senti que la pu-
blication d'un ouvrage est, pour l'auteur,
le plus sûr moyen de s'assurer du degré de
confiance qu'il doit avoir dans les prin-
cipes qu'il y développe.
15. Si dans l'exposé que l'on va lire
j'ai pris quelquefois le ton affirmatif, qui,
à bien des égards, n'est pas celui que
j'eusse dû prendre (car ce qui est certain
pour moi, peut être fort douteux eu soi y
et pour les autres même) ; je prie le lec-
( XXI )
teur d'observer que ce ton ne doit être
considéré que relativement à la conviction
où je suis, moi, que ce que je dis est
vrai. Si j'eusse pensé écrire des faussetés,
je me serais tu.
16. A Dieu ne plaise toutefois que j'aie
prétendu asservir personne à mon opi-
nion ! Un disciple ne saurait aspirer à don-
ner des leçons à ses maîtres; lorsqu'il s'a-
dresse à eux, ce ne peut être que pour leur
demander des conseils sur l'objet qu'il
leur propose. C'est donc à eux qu'il ap-
partient de déterminer l'influence que ma
proposition peut avoir; comme à moi de
recueillir et mettre à profit les avis que
pourrait leur dicter une critique éclai-
rée , sage et désintéressée.
17. Je n'ai que deux mots à dire sur la
manière dont j'ai traité mon sujet : je
n'ai rien négligé 1° pour que ma matière
fût bien ordonnée et que mon style fût
clair, afin d'être compris ; 2° j'ai fait mes
efforts pour être concis , afin de ne pas
ennuyer trop long-temps le lecteur si l'ou-
( XXII )
vrage est mauvais, ou de lui faire désirer,
s'il est bon, que j'ajoute de nouveaux dé-
veloppemens aux idées qui y sont expo-
sées.
18. Si dans les recherches auxquelles
je vais me livrer, la vérité m'échappe,
je proteste avec sincérité que c'est l'intime
conviction de l'avoir trouvée, et l'espoir
d'être utile, qui m'ont fait publier cet
écrit; et que mon erreur ne saurait, en
conséquence , reconnaître d'autres causes
que la faiblesse de mes facultés et l'insuf-
fisance de mes lumières.
ESSAI
SUR
LE CARACTÈRE ESSENTIEL DES MALADIES,
ET LE MODE D'ACTION DES MEDICAMENS.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
I. POUR concevoir avec exactitude le mode
d'action des médicamens, et se former une idée
juste du caractère essentiel des maladies, il faut
d'abord avoir fixé son attention sur les rapports
généraux qui existent entre l'homme et les corps
dont il vit entouré : en effet, cet examen préli-
minaire , en nous faisant connaître en général
la manière dont l'homme agit sur les corps aux-
quels son existence est liée, et réciproquement
le mode général d'action de ces corps sur lui,
nous conduit à déterminer dans quelle juste pro-
portion il convient que ces rapports existent
pour constituer l'état de santé. Or, l'appréciation
des conditions nécessaires pour que cet état sub-
siste, étant indispensable pour s'élever à la con-
naissance du caractère essentiel des maladies,
j'ai cru convenable, avant d'entrer dans les dé-
I
(2 )
tails relatifs à la matière spéciale de cet écrit,
de présenter quelques considérations générales
qui serviront en quelque sorte d'introduction
utile à l'intelligence des propositions que nous
voulons établir.
Considérations générales sur la Vie et la Mort.
2. La vie, dont les phénomènes ont été étu-
diés avec soin par les physiologistes, a été di-
versement définie par eux ; mais une chose digne
de remarque, c'est que leurs définitions se con-
cilient toutes , quant au fond, et ne diffèrent
entre elles; que suivant les divers rapports sous
lesquels chacun d'eux l'a considérée. En effet, il
n'en est aucune qui ne repose sur ce principe
fondamental, savoir : que tous les corps de la
nature, agissant et réagissant sans cesse les uns
sur les autres, sont constamment dans un état
d'opposition, et offrent ainsi, à l'observateur qui
étudie leurs mouvemens, l'image d'une lutte
perpétuelle (1).
(1) Rien n'existe ici bas d'une manière indépendante ,
et une nécessité impérieuse semble avoir assujetti tout ce
qui respire à un combat éternel : cette loi est immuable
et elle embrasse l'universalité des êtres vivans. (ALIBERT ,
Thér., t. 1, p. 345.)
(3)
5. De cette vérité bien méditée naîtront, j'en
suis convaincu, des conséquences qui apporte-
ront beaucoup de changement aux idées actuel-
lement reçues en médecine ; et j'ose assurer que
les applications dont elle est susceptible fourni-
ront un jour à la pathologie et à la thérapeutique
des résultats simples et lumineux qui tourne-
ront à-la-fois au profit de la science et de l'hu-
manité.
4. Pénétré du sentiment de ma faiblesse, je
sais qu'il n'est point en moi d'arriver au but où
je pressens que d'autres pourront atteindre ;
néanmoins j'essaierai d'extraire de cette mine
riche et féconde les objets qui se trouveront à
ma portée ; et en attendant que, par des preuves
multipliées, j'établisse en principe la vérité im-
portante d'où les physiologistes ont déduit la
définition qu'ils ont donnée de la vie, vérité qui
d'ailleurs a été reconnue et avouée par plusieurs
médecins, je la ferai servir ici de base aux con-
sidérations que je vais présenter sur le sujet de
ce chapitre.
5. Quels que soient les attributs particuliers
qui distinguent les êtres vivans entre eux pen-
dant le cours de leur existence, nous observons
que tous, après une période d'activité dont la
durée est variable dans chacun, cessent cons-
tamment d'être actifs, et que dès-lors, dispa-
(4)
raissent à nos yeux les différences qu'ils avaient
d'abord offertes à notre observation.
Cette loi est immuable; elle embrasse dans
ses effets la nature vivante toute entière, et dé-
rive nécessairement, comme nous le verrons,
de la condition des êtres soumis à son em-
pire.
Ainsi donc tous les êtres organisés sont en-
traînés, par une force à laquelle ils ne peuvent
résister que plus ou moins long-temps , à une
manière d'être uniforme, dont le caractère le
plus apparent consiste dans la cessation des actes
qu'ils produisaient pendant leur période d'acti-
vité. On appelle vie la durée de cette période,
et mort l'état qui lui succède.
6. Nous voyons ces mêmes êtres pleins
d'horreur pour la mort et repoussant avec ef-
froi l'instant où ils doivent y céder, chérir la
vie au contraire , l'embrasser comme un bien
précieux dont ils voudraient jouir sans cesse, et
n'avoir pour but enfin, dans toutes leurs actions,
que d'embellir ou prolonger sa durée; en sorte
que toute l'aversion qu'ils ont pour le premier
état semble avoir sa source dans l'attrait que
leur offre le second. Cette observation, aussi
vraie et non moins constante que la première,
nous conduit à reconnaître encore une loi par
laquelle tous les êtres organisés ou vivans sont
(5)
entraînés dans une direction contraire à celle
que la précédente tend à leur imprimer.
7. L'observation nous démontre évidemment
encore que, indépendamment de l'action que les
corps, appelés inertes ont sur les êtres vivans,
ceux-ci agissent et réagissent sans cesse les uns
sur les autres ; en sorte qu'on peut dire que leur
existence toute entière se passe dans une alter-
native perpétuelle d'action et de réaction. Or,
tous ces êtres, dans les divers actes dont leur
existence se compose, étant toujours en rapport
les uns avec les autres , nous sommes obligés ,
pour ne point nous perdre dans le chaos d'une
métaphysique abstruse, de rechercher dans la
nature des rapports qui les lient, la cause des
phénomènes qu'ils nous présentent.
8. Les corps inertes, par leur action sur les
êtres vivans, et ces derniers par les actions qu'ils
se portent et s'opposent mutuellement, sont
donc eux-mêmes les agens par lesquels s'exé-
cutent les deux lois que nous avons exposées
précédemment.
g. Tâchons maintenant de déterminer de
quelle manière chaque être concourt à l'accom-
plissement de ces deux lois. Lorsque je consi-
dère que je vis entouré de corps nécessaires à
mon existence , et que je songe qu'au bout d'un
certain temps je cesserai d'exister, ces corps
( 6 )
n'ayant point changé de nature, et restant dans
le même ordre après moi, je suis obligé d'avouer
1° que ces corps ont une influencé sur moi,
puisqu'ils sont nécessaires à mon existence; mais
quelle est la nature de leur influence? Elle est
conservatrice ou destructive. Peut-elle être es-
sentiellement conservatrice? je ne le crois pas ;
car, si elle était telle, pourquoi, au bout d'un
certain espace de temps, cesserai-je d'exister ,
les corps dont elle émane n'ayant point changé
de nature et restant dans le même ordre après
moi ? Je suis donc conduit, par cette simple
réflexion, à admettre 2° que l'influencé de
ces corps sur moi est essentiellement destruc-
tive.
10. Quoique mon but ne soit en ce moment
que d'énoncer cette vérité d'une manière géné-
rale ( renvoyant à la partie de cet ouvrage où
j'en ferai l'application, de la démontrer par des
faits directs et particuliers), j'exposerai toute-
fois ici et je réfuterai un raisonnement à l'aidé
duquel il semblerait, au premier abord, qu'on
pût expliquer d'une autre manière le même
phénomène. Au lieu d'établir, dira-t-on, que
l'action des corps sur nous est de nature des-
tructive, parce qu'en effet, au bout d'un cer-
tain temps d'existence , nous succombons sans
que la nature de ces corps ait aucunement
(7)
changé, ne serait-il pas plus simple et plus vrai
d'admettre que l'action des corps avec lesquels
nos besoins nous mettent dans un rapport né-
cessaire à notre existence, ont sur nous une ac-
tion essentiellement conservatrice, et de rap-
porter au temps qui détruit tout la cause de
notre propre destruction? Cette objection, dont
tout le spécieux repose sur la signification in-
déterminée du mot temps , tombe d'elle-même,
et vient encore ajouter un nouveau degré de
certitude à la proposition que j'ai avancée, lors-
que l'on réfléchit au sens que l'on doit attacher
à ce mot. En effet, qu'est-ce que le temps ?
C'est , dit - on , une succession indéfinie de
momens. Cette définition, bonne, il est vrai,
dans un dictionnaire, n'offre ici que des mots
et nullement un sens précis. Comment con-
cevoir qu'une succession de momens détruise
tout ?.... Que deviennent donc les corps dé la
nature tandis que les instans se succèdent ? N'a-
gissent-ils pas toujours les uns sur les autres ?
Quel est l'esprit exact qui, voulant se rendre
compte de cette destruction générale (1) que le
temps fait subir à tous les corps, n'aura pas
égard, pour expliquer ce phénomène, à l'in-
(1) Le mot destruction est ici bien évidemment le sy-
nonyme de transformation,
(8)
fluence bien manifeste de ces corps les uns sur
les autres, plutôt qu'au temps considéré abstrac-
tivement et sans égard aux mouvemens perpé-
tuels qui en remplissent la durée ? Il est donc
tout-à-fait impossible de rapporter la destruc-
tion des êtres à une puissance autre que celle
qu'ils s'opposent mutuellement.
11. Or, si je vis en butte à mille causes de
destruction , il faut nécessairement que j'aie en
moi une puissance qui me conserve : cette force,
dont chacun de nos actes démontre l'existence,
est la seule puissance à laquelle nous puissions
rapporter notre conservation. Tant que les at-
teintes des corps avec lesquels elle est dans un
rapport nécessaire ne sont point au-dessus de la
réaction qu'elle a à leur opposer, l'individu
existe; lorsqu'au contraire , par des causes que
nous apprécierons ailleurs, cette puissance s'est
éteinte lentement, ou a été anéantie tout-à-coup,
les phénomènes qui se passent alors dans l'indi-
vidu livré à l'action des corps qui n'ont plus de
résistance à vaincre pour agir sur lui, attestent
bien évidemment et la nature de la puissance
dont il jouissait et l'action destructive des corps
contre lesquels cette puissance réagissait : en
effet, ses formes disparaissent, et ses élémens
décomposés ne tardent pas à se dissoudre et à se
putréfier sous l'influence spéciale des mêmes
(9)
corps qui autrefois étaient les plus nécessaires à
sa conservation (1).
12. De ces réflexions il résulte 1° que la vie
est le résultat de la réaction efficace de nos forces
organiques sur les divers agens destructeurs aux
atteintes desquels elles sont continuellement en
butte; 2° qu'ainsi la mort est le résultat néces-
saire de l'extinction des puissances conserva-
trices de la vie ; 5° qu'en conséquence un indi-
vidu vivant ne diffère d'un autre récemment
mort qu'en ce que le premier possède une puis-
sance dont le second est entièrement privé;
4° enfin, que si ces deux individus étant l'un et
l'autre soumis à l'action générale des corps de
la nature, l'un n'éprouve pas de cette action un
effet destructeur bien sensible, tandis que l'autre
se décompose, se putréfie et change prompte-
ment d'état ; cette différence ne doit unique-
ment être attribuée qu'à ce que le premier peut ,
au moyen de la puissance active dont il jouit
encore, s'opposer efficacement à l'action des-
tructive des corps qui l'environnent, au lieu
que le second, livré sans défense à leur atteinte,
ne peut nullement y résister (2).
(1) L'air, l'eau, l'oxigène, le calorique , etc.
(2) La force destructive des corps qui agissent sur nous
étant d'autant plus énergique que nos puissances conser-
( 10)
Je reviendrai, dans la dernière partie de cet
ouvrage, sur les preuves plus directes qui éta-
blissent la proposition que je soutiens ici : pour-
suivons nos considérations générales.
13. Tout le monde sait que l'effet destruc-
teur qui résulte pour nous de l'action des diffé-
rens corps sur nos organes, est plus ou moins
marqué selon la nature diverse de ces corps.
C'est sur l'observation de ces effets variables
qu'est fondée l'hygiène , science précieuse qui,
considérant l'homme dans ses diverses condi-
tions , estime la mesure de ses facultés en même
temps qu'elle apprécie la nature plus ou moins
nuisible des objets sur lesquels ses puissances
organiques doivent s'exercer , afin de le diriger
sagement dans l'application qu'il peut faire de
ses facultés aux divers matériaux de ses besoins,
et d'établir entre l'action de ceux-ci et la réac-
tion possible ou présumée de celles-là, un équi-
libre et une proportion tels que la conservation
de sa santé en soit le résultat.
vatrices sont elles-mêmes plus affaiblies , on voit par là
que, sans admettre les rêves des humoristes , on peut
concevoir un commencement de décomposition et de
putridité dans les fluides et les solides vivans, lorsqu'une
fois la maladie dont ils sont atteints a considérablement
diminué en eux la puissance conservatrice dont ils étaient
pourvus.
(11 )
14. En général les corps, par leur qualité
spécifique, surmontent d'autant plus aisément
la réaction de nos organes, et ont par consé-
quent sur nous une action destructive d'autant
plus énergique , qu'ils sont plus éloignés de
notre nature vivante. C'est pour cette raison
que nos puissances vitales, presque toujours in-
suffisantes pour altérer la substance d'un mi-
néral, ont besoin d'un intermédiaire pour y
parvenir, tandis que le contraire a lieu pour
eux par rapport à nous. C'est pour cette raison
encore que les substances dites inorganiques ne
sauraient fournir des alimens à l'homme ; son
estomac ne pourrait avoir sur elles un action
efficace, tandis qu'il agit avec bien plus d'avan-
tage sur les êtres organisés, et particulièrement
sur ceux qui se rapprochent le plus de sa na-
ture. On dirait que, dans leur action réciproque,
tous les êtres de la nature tendent mutuellement
à se ravir et se substituer leurs attributs; on
dirait que la vie, de même que le calorique, est
absorbée d'autant plus énergiquement par les
corps, que ceux-ci en sont naturellement plus
dénués ; et comme ces derniers ne sauraient
éprouver aucune déperdition de calorique dans
la loi générale par laquelle s'opère la transmis-
sion de ce principe, de même aussi ils conser-
vent leur existence intacte , pour ainsi dire , au
( 12 )
milieu de la destruction générale et universelle
des corps plus vivans qu'eux; parce qu'en effet,
en butte à l'action de ceux-ci, ils ne peuvent que
gagner clans une lutte qui doit nécessairement
être toute au détriment des corps qui possèdent
abondamment le principe vital dont eux seuls
sont dépourvus.
15. Puisque tous les corps qui agissent habi-
tuellement sur notre économie tendent cons-
tamment à lui porter atteinte, il semblerait,
d'après cela, conséquent de penser que le plus
sûr moyen de prolonger notre existence serait
de nous soustraire , autant que possible, à l'ac-
tion des corps qui peuvent agir sur nous : toute-
fois il n'en est pas ainsi ; une telle idée, pour
être fondée, supposerait que nous puissions
trouver en nous-mêmes les matériaux de notre
conservation ; ce qui n'est pas. Ces matériaux
existent dans les agens de notre destruction eux-
mêmes ; la vie est le résultat de la lutte conti-
nuelle qui a lieu entre nos organes et leurs di-
vers excitans. Tandis que ceux-ci travaillent à
notre destruction, et que de leur côté nos puis-
sances conservatrices tendent au contraire à ré-
sister à leur atteinte, ou du moins à en modérer
les effets, la santé, la maladie et la mort flottent
incertaines entre ces deux mouvemens opposés.
16. L'observation nous apprend que nos
( 13 )
forces organiques se maintiennent et s'accrois-
sent par un exercice soutenu, au lieu qu'une
inaction trop grande, aussi-bien qu'une activité
excessive, les détériorent et les épuisent. Ainsi
donc, pénétrés de cette vérité , savoir : que si
la nature nous a de toutes parts environnés
d'agens destructeurs , elle a aussi, dans les puis-
sances qu'elle a départies à nos organes , établi
une sorte de compensation, un contre-poids
salutaire destiné à tempérer quelque temps les
effets de ces agens ; nous devons en conclure
que les puissances extérieures qui tendent à nous
détruire , opposées aux puissances intérieures
qui tendent à nous conserver, doivent, l'une et
l'autre, être constamment en activité pour cons-
tituer la vie, laquelle s'éteindrait nécessairement
par le repos de l'une ou de l'autre de ces puis-
sances. N'est-ce pas en procédant d'idées tout-
à-fait contraires à celles que j'émets ici que
certaines personnes cherchent à prolonger le
cours de leur existence en se soustrayant aux
agens extérieurs qui les entourent? Tandis
qu'elles croient jouir en paix des douceurs que
semble leur promettre leur artifice, elles ren-
contrent précisément le mal qu'elles voulaient
éviter.. Et l'expérience ne prouve-t-elle pas tous
les jours dans la société que ces êtres indolens
livrés à la mollesse et à l'oisiveté, et dont toute
( 14)
la sollicitude se réduit à éloigner d'eux les agens
contre lesquels la nature les a destinés à réagir,
se dépouillent ainsi volontairement des armes
qu'elle leur a départies pour les combattre ?
17. Il n'est donc pas douteux que, pour l'in-
térêt de notre conservation , nous sommes for-
cés d'exposer sans cesse nos organes aux agens
de leur destruction. Il est donc bien démontré
que chaque pas que nous faisons dans le sentier
de la vie est nécessairement un pas que nous
faisons vers la mort, et que, trompés par l'ap-
parence des choses, nous atteignons ce terme
redouté en croyant avoir tout fait pour l'éloi-
gner de nous. Nous mourons enfin par cela
même que nous avons vécu, et le trépas n'est
que la dernière conséquence des actes de la
vie.
18. C'est ainsi qu'après avoir animé tous les
êtres du désir de se conserver, et les obligeant
ensuite de puiser à la même source et l'aliment
qui les conserve et le poison qui les détruit, la
nature prévoyante , toujours simple dans les
moyens qu'elle met en oeuvre, a su s'assurer de
l'inviolable exécution de ses lois.
(15)
Considérations générales sur les fonctions
organiques.
19. Nous venons de voir tous les êtres vivans,
sans cesse occupés du soin de se conserver, agir
et réagir perpétuellement les uns sur les autres :
c'est dans cette alternative toujours renaissante
d'action et de réaction réciproque, que nous
avons trouvé la puissance qui soutient, qui con-
serve la vie, et l'agent qui la détruit.
Maintenant, considérant l'homme abstracti-
vement et individuellement, je devrai exami-
ner avec détail ses fonctions particulières, et
montrer dans cet examen comment, au milieu
des corps dont il vit entouré, il évite les uns,
se rapproche des autres au contraire , choisit
parmi eux , s'approprie et transforme en sa
substance ceux qui conviennent le mieux à sa
conservation , c'est-à-dire sur lesquels il peut
agir avec efficacité.
20. Pour remplir ce travail avec toute l'exac-
titude dont je conçois qu'il est susceptible, il
faudrait présenter un précis de l'histoire phy-
siologique de l'homme; mais cette tâche serait
sans doute au-dessus de mes forces : je sens d'ail-
leurs que les détails et les discussions où ce nou-
veau sujet m'entraînerait, en éloignant encore
(16)
le but principal auquel je veux atteindre , me
feraient dépasser de beaucoup les bornes d'un
ouvrage où, voulant resserrer le plus possible
les détails relatifs à la matière même qui en fait
l'objet spécial, je dois, à plus forte raison , me
restreindre sur tout ce qui ne lui est qu'acces-
soire. Je ne ferai donc qu'indiquer ici ce que je
pourrai traiter plus en détail lorsqu'il me sera
permis de penser que les vues que j'ai à propo-
ser dans ces recherches ont en effet tout le degré
de vérité et d'importance que je leur attache.
21. Nous avons observé précédemment que
l'homme, de même que tous les êtres vivans,
était animé du desir de se conserver ; ajoutons
ici que tous ses sentimens, tous ses mouvemens,
que tous les phénomènes enfin qui se passent
en lui ont pour objet unique sa conservation, et
que c'est toujours à ce résultat définitif qu'il
faut rapporter tous les actes dont son existence
se compose, quelle que soit la nature et la di-
versité de ces actes.
22. L'homme est soumis à un certain nombre
de besoins, c'est-à-dire, qu'environné de toutes
parts des matériaux de sa conservation, il est
sujet à éprouver la nécessité d'agir sur eux et de
repousser leur atteinte. Le besoin s'annonce par
un sentiment pénible, puisqu'il est l'indice que
quelque chose nuit ou manque à la conservation
( 17)
de notre santé et du bien-être qui l'accompagne ;
cette sollicitude qu'il fait naître en nous, selon
qu'elle est plus ou moins vive, nous excite, d'une
manière plus pu moins pressante, à rechercher
les moyens propres à la faire cesser; et ce n'est
que lorsque le but de ces recherches est rempli
que nous satisfaisons notre besoin. Ne cherchons
point ailleurs que dans cet acte la source du
plaisir; puisque l'homme n'est remué que par
le desir de se conserver, c'est dans l'acte par
lequel ce desir est accompli que devait résider
la source de ses jouissances. Le plaisir n'est en
effet que le sentiment que nous éprouvons à sa-
tisfaire un besoin , et la vivacité de ce sentiment
est toujours relative à l'importance et à l'inten-
sité du besoin que nous satisfaisons. Lorsque ce
sentiment existe en nous avant l'instant où nous
cédons réellement à l'impulsion du besoin, c'est
que notre imagination vivement agitée, nous
transportant tout-à-coup au moment où nous
satisferons réellement notre besoin, franchit
l'espace intermédiaire et nous fait ainsi goûter,
par l'illusion, un charme anticipé; en outre, la
mémoire nous retraçant le souvenir d'un sem-
blable besoin satisfait, nous fait jouir d'avance
du plaisir que nous aurons à satisfaire celui qui
nous presse actuellement. Ce plaisir imaginaire
procède donc du plaisir réel ; ce qui le prouve
( 18 )
d'ailleurs , c'est que le premier n'existe jamais
qu'au détriment du second, et que celui-ci est
d'autant plus vivement senti que le premier a été
moindre. Admirons encore ici la nature, qui,
par le sentiment pénible dont elle a accompagné
le besoin, et par l'impression délicieuse insépa-
rable de l'acte par lequel nous faisons cesser ce
sentiment, s'est doublement assurée de l'exécu-
tion de sa volonté : en effet, nous ne desirons
pas moins nous soustraire à une sensation pé-
nible que nous en procurer d'agréables. Obser-
vons encore que la nature a proportionné le plai-
sir qui résulte de la satisfaction des divers be-
soins à l'importance et à la nécessité attachée à
leur contentement : c'est ainsi, par exemple,
que la conservation de l'espèce étant, dans l'or-
dre général des choses , bien plus importante
que la conservation de l'individu , elle a invité
tous les êtres organisés à l'acte de la procréa-
tion par l'attrait irrésistible du plaisir le plus vif
et le plus délicieux dont elle ait embelli leur
existence, etc., etc., etc. (1).
23. Soumis à des besoins auxquels ils est in-
(1) L'acte par lequel l'espèce se perpétue n'étant point
indispensablement lié à la conservation de l'individu , il
était bien nécessaire que la nature conviât tous les êtres à
cet acte par le charme, entraînant et les sentimens déli-
(19)
téressé de pourvoir, l'homme devait posséder,
et il possède en effet, des facultés au moyen des-
quelles il peut apprécier la nature de ces divers
besoins et les satisfaire ; discerner parmi les
corps qui l'environnent et qui sont à sa dispo-
sition , ceux sur lesquels il peut agir avec avan-
tage, et ceux, au contraire, dont l'action puis-
samment délétère serait supérieure à la réaction
dont ses organes sont susceptibles.
24. Les facultés que l'homme possède sont
suffisamment démontrées par les faits qui les
supposent; néanmoins , comme il importe d'en
avoir une connaissance exacte et précise pour
concevoir ce que nous dirons touchant la nature
des maladies en général et le mode d'action des
médicamens, nous les examinerons lorsque nous
aurons jeté un coup d'oeil rapide sur les diverses
fonctions qui ont lieu dans l'état de santé.
25. On peut en général réduire à trois or-
dres principaux les fonctions conservatrices de
l'homme considéré individuellement :
26. 1°. Le premier de ces trois ordres com-
prend les fonctions des organes qui nous mettent
cieux qu'elle y a attaché, sans quoi chaque être , occupé
seulement de sa conservation individuelle, se fût contenté
des plaisirs qu'il eût éprouvé à satisfaire ses besoins les
plus immédiats, et l'espèce n'eût pas tardé à s'éteindre.
(20)
en rapport avec les objets qui sont hors de nous ,
nous éloignent ou nous rapprochent de ces ob-
jets selon qu'ils peuvent nous nuire ou nous être
utiles, et qui, veillant sans cesse (1) à nous pro-
téger au milieu des agens extérieurs, repoussent
les plus délétères, et s'emparent de ceux qui peu-
vent servir à notre conservation.
27. 2°. Les fonctions du deuxième ordre ont
pour but d'élaborer et d'assimiler à notre propre
substance les corps soumis à l'action des organes
par lesquels elles s'exécutent.
28. 3°. Le troisième ordre se compose des
(1) Cet ordre de fonctions éprouve néanmoins une
intermittence d'action pendant le sommeil ; mais alors la
sensibilité, cette sentinelle attentive qui, travestie sous
diverses formes, veille de toutes parts à nos côtés, ne
tarderait point à l'éveiller si quelque atteinte , durant le
sommeil, était portée à notre conservation : d'ailleurs,
il est à remarquer que l'animal a pourvu à ses besoins
quand il s'abandonne au sommeil ; qu'il ne s'y livre qu'en
même temps que la plupart des autres êtres, dont il a dès-
lors moins à redouter ; qu'une nuit profonde les enve-
loppe et les dérobe alors à l'action des uns des autres ; et
qu'enfin il choisit pour sommeiller, comme pour reposer
lorsqu'il est malade , un lieu écarté , un abri sûr et tran-
quille où il puisse être avec sécurité , comme s'il pres-
sentait sa situation pendant le sommeil, et qu'il voulût
suppléer, par tous ces soins et ces précautions, à la garde
vigilante dont il va être privé quelque temps.
(21)
fonctions dont l'objet est de rejeter hors de nous
les matières qui ont déjà été soumises à l'action
de nos organes, mais qui, par leur quantité trop
grande ou leur qualité délétère, n'ayant pu ser-
vir à la nutrition, seraient devenues, au bout
d'un certain temps , nuisibles à la conservation
de l'individu.
29. Les fonctions successives dont la série
constitue le premier ordre sont , 1°. les fonc-
tions des sens extérieurs : de l'ouïe, de la vue,
de l'odorat, du toucher et du tact général, qui
transmettent au cerveau l'impression que font
sur eux les corps environnans ; 2°. la perception,
le travail du cerveau sur ces impressions per-
çues , la détermination ; 3°. l'action des nerfs et
celle des organes locomoteurs qui nous mettent
dans un rapport convenable à notre conserva-
tion avec les objets extérieurs dont les qualités
ont été jugées par le cerveau ; 4°. l'action du
sens du goût, qui est une espèce de tact destiné
à apprécier la solubilité et la saveur des corps
qui doivent être soumis à l'action des organes
chargés du second ordre de fonctions. Les fonc-
tions du goût servent donc de complément aux
divers actes dont l'ensemble constitue l'ordre
des fonctions qui nous occupent.
30. Les matériaux sur lesquels s'exerce ce
premier ordre de fonctions, ou, en d'autres.
(22)
termes, les excitans naturels des organes des-
tinés à remplir l'objet de ce premier ordre,
sont : 1°. tous les corps susceptibles d'affecter
nos sens; 2°. les sensations; 3°. la détermina-
tion ou la volonté modifiée par l'habitude et
l'éducation.
31. C'est à l'instant où s'achèvent les fonc-
tions du premier ordre que commencent celles
du second ; au nombre de celles-ci sont la mas-
tication , la déglutition , la digestion stomacale
et duodénale, l'absorption, aux surfaces internes
et externes de notre corps, des diverses matières
déjà soumises ou non à l'action de nos organes et
pouvant servir à la conservation de notre indi-
vidu ; le transport de ces matières à une masse
commune, qui est le sang veineux ; l'impulsion
communiquée à ce fluide par le ventricule droit
du coeur ; la respiration, dont l'objet est de
donner de nouvelles qualités au sang veineux
qui traverse les organes où cette fonction s'o-
père , le mouvement qu'imprime le ventricule
gauche du coeur à ce fluide ainsi pourvu de nou-
velles propriétés ; et enfin la nutrition résultant
du travail particulier de chaque organe sur cet
excitant général que le coeur, par son action,
a distribué dans tous les points de l'organisme.
32. Les excitans des organes chargés de ce
second ordre de fonctions sont : les alimens et
( 23 )
les boissons, l'air atmosphérique et les divers
gaz qui en altèrent plus ou moins la pureté, le
calorique, le sang considéré ici comme exci-
tant particulier de l'organe de la circulation, et
les produits récrémentitiels des sécrétions.
33. Le troisième ordre de fonctions se com-
pose de l'action des divers organes destinés à dé-
barrasser l'économie des matières liquides ou
solides impropres ou inutiles à la nutrition. Ces
matières, qu'on connaît sous le nom d'excré-
mentitielles, sont les résidus de celles qui, après
avoir été soumises à l'action des organes des
deux premiers ordres de fonctions , ont été en-
suite élaborées et séparées par ceux qui sont
spécialement chargés de l'exécution des fonc-
tions du second ordre (1 ).
34. Dans la succession nécessaire des divers
actes dont se composent les fonctions que nous
venons d'énumérer , nous ferons remarquer
que le sang, qui est le résultat définitif de l'ac-
(1) J'éprouve ici toute la difficulté qu'il y a de donnée
un aperçu général sur des objets que l'on ne peut vrai-
ment faire connaître que dans des descriptions détaillées;
mais c'est pour l'ordre de ma matière, et comme pour
marquer la place de ces choses dans mon cadre, que j'en
parle ici : elles sont d'ailleurs suffisamment connues aux
lecteurs à qui je m'adresse.
(24)
tion successive des organes sur leurs excitans
particuliers, devient ensuite lui-même l'exci-
tant général où toutes les parties de notre être
puisent l'aliment nécessaire à leur conservation.
Le coeur étant, comme nous l'avons dit, l'agent
essentiel par lequel s'opère la distribution du
sang préparé, perfectionné et transmis ensuite
dans ses cavités par l'intermédiaire de plusieurs
systèmes d'organes, rend donc à ceux-ci ce qu'il
a reçu d'eux: l'intérêt de sa propre conservation
l'y oblige; car l'enchaînement et la dépendance
de toutes nos fonctions sont tels, que chaque
organe est contraint de concourir à la conser-
vation de tout l'organisme, s'il veut se conserver
lui-même. Deux sortes de fonctions sont assi-
gnées à chacun : l'une a pour objet de coopérer
soit à la recherche, soit à la digestion, à l'éla-
boration, etc. , à la circulation des matériaux
où tous les organes doivent puiser la vie ; l'autre
a pour but la nutrition particulière de chacun.
Dans la première, chaque organe travaille pour
la société ou l'économie toute entière ; dans la
seconde, chacun d'eux travaille pour soi-même;
et ces deux ordres de travaux sont tellement
liés et dépendans, que si l'un ou l'autre était
suspendu quelque temps, il en résulterait né-
cessairement un désordre général proportionné
à l'importance de l'organe dont les fonctions
(25)
auraient été dérangées. Prenons pour exemple
de cette vérité les phénomènes généraux qui ont
lieu dans une asphyxie : l'air vital ne pénétrant
plus dans le poumon, la fonction de cet organe
de la respiration est suspendue ; dès-lors le sang
qui le traverse n'y acquiert aucune qualité nou-
velle ; il reste noir et arrive en cet état au ven-
tricule gauche du coeur : celui-ci distribue à
tous les organes, et se transmet à lui-même, ce
fluide dépourvu des propriétés nécessaires à l'en-
tretien de l'action vitale ; alors, comme l'a dé-
montré Bichat, le cerveau, le coeur, etc., etc.,
ne tardent pas à suspendre leur action ; et les
organes dont les fonctions cessent les premières,
contribuant à leur tour à éteindre les fonctions
d'autres organes dont l'action était subordonnée
à la leur, la mort générale devient nécessaire-
ment le prompt résultat des désordres qui nais-
sent ainsi les uns des autres et s'accroissent suc-
cessivement.
35. Ces faits nous montrent évidemment la
dépendance admirable des divers organes entre
eux, et la nécessité où chacun est de concou-
rir à l'entretien général de tout l'organisme,
puisque l'intérêt de sa conservation propre l'o-
blige à prendre part à la conservation des au-
tres organes , qu'un lien plus ou moins étroit
enchaîne aussi dans leurs actions respectives: