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Examen critique des voyages dans l'Amérique septentrionale, de M. le marquis de Chatellux, ou Lettre à M. le marquis de Chatellux, dans laquelle on réfute principalement ses opinions sur les Quakers, sur les nègres, sur le peuple, & sur l'homme ([Reprod.]) / par J. P. Brissot de Warville

De
128 pages
[s.n.] (Londres). 1786. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
EXAMEN
CRITIQUE
DES VOYAGES
DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
DE M. L E MARQUIS
DE CHATELLUXi
0 V
LETTRE
A M. LE MARQUIS DE CHAT ELLUX;
laquelle on réfute principalement fis opinions
fur les Quakers fur les Nègres fur le Peuple r
& fur V Homme,
PAR 1. P. BRISSOT DE WARVILLE.
le fui, toujours pour le. Perficutés.
SlDNEY.
i 7 H 6.
le Lecteur eft prié de lixe ut Errata avant de
cpmmtncer l'Ouvrage.
Pag. 5 lige 9, M. Benejet, life^ elle fut remplacée.
par M. Bénézet, vieux Quaker
Ibid. lig. il, peut être regardé lifcz ce M. Bénézet
peut être regardé.
Pag. il lig. Voltaire qui les a ridiculises,
quoiqu'il les connût peu life^ Voltaire qui les °
a ridiculifés & loués tour à tour.
Pag. dernier alinea vous euffiez fur-tout évitée
life^ fi vous euffiez réfléchi qu'il n'eft point de
Sexe aux yeux de l'Eternel vous eu&ez
évité, &c.
Pag. %i note il parle quelquefois éloge, lifei
avec éloge.
(l)
mais il
ce que vous avez
avancé fur les Quakers fur les Nègres & fur le
Peuple, pour que je le. fupprime ou FadoucifTe.
premiers vous pouvez nuire
au bien que leur faim exemple produit en refufant
aux feconds le titre d'homme, vous autorifez fînon
à verger leur fartg au moins iles traiter en bêtes
de fomme; vous arrêtez l'effet de la commotion
philosophique qui' va fans doute produire leur
affranchiflement univerfél. En aviliffant le Peuple
vous engagez à rerTerrer fes fers par tout où il-en
porte. Voilà de grands intérêts. Ils me justifieront
aux yeux du Public d'avoir pris la plume û
précipitamment ils trie justifieront à vos yeux
même, de l'avoir prife contre vous votre raifon
plaidera fans doute pour moi contre -votre efprit,
& vous me fpardonnerez d'avoir publié des
vérités, peut-être désagréables pour vous, lorfque
je vous aurai convaincu que ces vérités font utiles
au Public & que je ne pouvois les laitier dans
l'oubli, Amicus Plato magis arnica vsritas cet
axiome doit être une loi facrée pour tous les
Ecrivains qui font vraiment guidés par le bien,
Public.
le ne prétends point faire ici- la cërifure géné^
rate de |ros Voyages.. Je laine par exemple 9
aux Journaliftes le foin d'apprécier votre ftyle*
6c je m'm"
J'eufle defiré je vous l'avoue moins d'inquié-
tudes, en vous, Sur les mauvais foupers que vous
pouviez faire en, Amérique moins de plaifir à
çit moins d'exa&itude à nous en
détailler tous les plats. Ce n'eft pas le Journal
d'un Philosopher d'un homme
d'État qu'on espère de lire, quand on voit à la tête
le Publique (<%).
J'eufle deilré que votre œil obfervateur ne fe fût
pas cirçonfent aux Auberges, que vous n'euffiez
Américains au plaifir de
lâcher un bon ipt. Hélas que diront-ils Surtout
ceux que vous outragez quand ils vous'liront l
les de l'intimité ridiculifés
par un homme décore de .tant de titres ? Quelle
confiance un François oBfcîir pourra-t-il leur -inf-
pirer ? Quand il lui
dira`: venez-vous auffiépier nos ridicules pour les
publier au-delà des mers..
Vos confrères les Académiciens ont beaucoup
(i) Excellent Traité à quelques erreurs près,
de M. de Marquis de Ghatellux, auquel j'ai rendu
hommage dans plufieurs de mes Ouvrages.
le voile qui couvroit fa bienfaitrice. Mais elle
étoit dans la tombe; mais fa flétriffufe fi c'en
étoit une ne réjailliffoit fur personne mais
l'intention pure excufoit le bon' Jean-Jacques
toujours aux genoux de celle dont il outrageoit
en apparence la mémoire. Avez-vous aucune de
ces excufes à alléguer à ceux que vous avez livrés
debré plus de profondeur dans
vos recherches fur les effets des différentes conf-
titutions Américaines. J'euffe defiré quelques
détails fur le- nombre des criminels, fur la nature
des crimes les plus fréqiiens fur les moeurs,
îeur différence dans les Villes t dans les Campagnes
dans les Bois, fur J'euffe
enfin defir4 <ju*au lieu
vous euflîez articulé des griefs des* féts bien
prouvés. Mais ce tfëft
ces intéreffans objets.
Les principaux griefs dont je vous accufé fe
réduisent à ttois
10. Vous avez calomnié & ridiculifé la Sede
respectable des Quakers;
Vous avez décrié les Nègres
3 n. Vous avez décrié PHomme & le Peuple.
Tels font les trois grands chefs d'accusation
que je porte contre vous au tribunal du Public,
Après les avoir difcutés j'ajouterai quelques
w
Aiij
réflexions fur divers objets qui nf ont également
En les examinant j'expoferai d'abord votre
opinion vos affermions ma réfutation fuivra. le
commence par l'article des Quakers.
Justification des Quakers,
JE cite 'd'abord votre long pacage contre les
Quakers.
« M. dont la petite taille la* figure
» humble &. msfquvne faifoient un parfait contrafte
» avec celle de M. Pendelton peut être regardé
» plutôt comme le modele que comme 1'échan-
tillon de la Seae des Quakers. Occupé uni-
» quement du bien des hommes fa charité &C
f^ » fa générofité lui attirerent une grande çonfidé-
U* ration dans des tems plus heureux où les vertus
» feules fuffifoieiït pour illuftrer un Citoyen.
» Maintenant le bruit des armes empêche d'en-
» tendre les foupirs de la charité, & l'amour de
» la Patrie a prévalu fur celui de l'humanité.
» Cependant Benefet exerce toujours fa bienfai-
» fance il venoit me demander des éclairciffe-
y> mess* fur les nouvelles méthodes inventées en
ance pour rappeller les noyés à ,1a yie je
» lui promis non feulement de les lui envoyer
» de Neuport mais de lui faire parvenir une
» boëte pareille à celles que notre Gouvernement
n a fait diftrib&er dans les Ports de Mer. La
co
fais que tu es homme
de l'Académie Françoifè.
Les gens r de' Lettres ont écrit de bonnes choses
» depuis quelque tems; ils ont attaqué les erreurs
ce les préjugés, l'intolérance fur-tout r eft-ce
dégoûter les hommes,
9> de la Guerre & à les faire vivre entr'eux
» comme des frères ou des amis ? Tu ne te
tu fondes
des lumières de
» la philofophie. Plufieurs mains aétives travaillent
»► au grand édifice du bonheur Public; mais inu-
» tilement s'occupera-t-on d'en achever quelques
» parties tant qu'il manquera par la bafe &
cette bafe tu fas dit eft la paix générale.
Quant à l'intolérance & à ter perfécution il
» eft vrai que ces deux ennemies du genre hu-
» main ne font pas encore liées par des chaînes
alfez fortes; mais je te dirai un mot à l'oreille
peut-être pas toute la force
» quoique tu fâches très-bien le François elles ne
» font plus à la mode je les croîrois même prêtes
» à être anéanties fans quelques petites circom-
» tances dont tu n'es -pas inftruit c'eft qu'on
de cent mille liv«
n de rente à ceux qui les fàvorifent. Cent mille
(7)
AH
<9 livres de rente reprit Benejet il y à là de
» quoibâtir des Hôpitaux & établir des Manu-
» factures c'eft fans doute l'usage qu'ils font de
» leurs richeffes. Non mon ami lui répondis-
» je > la, persécution a befoin d'être foudoyée
» cependant il faut avouer qu'ils la payent aflez
» trial, & que les plus magnifiques des perfécu-
» teurs fe contentent de donner mille ou douze
» cens liv. de penfîon à quelques Poètes fatyriques
» ou à quelques JournaHftes ennemis des Lettres
» dont les ouvrages fe lifent beaucoup Se fe
» vendent très-peu. Mon ami médit le Quaker^
» r'eft une étrange chofe que la persécution, j'ai
» peine encore à croire ce qui m'ell arrivé à moi-
» même. Mon père. étoit François je Ms né
» dans ton pays. Il y a maintenant foixante ans
» qu'il fut obligé de chercher un- afyle en An«
» gleterre emmenant avec lui fes enfans, le feui
» tréfor qu'il ait pu fauver dans fon malheur., la
» juilice ou ce que l'.on appelle ainfi dans ta
» Patrie, le fit «pendre en efligie parce qu'il ex-
» pliquoit l'Evangile,différemment que tes Prêtres.
» Mon pere ne fut gueres plus content de ceux de
l'Angleterre il voulut s'éloigner de toute la hié-
» rarchie & vint s'étab^r dans ce pays-ci,, aû
» j'ai mené une vie affez heureufe jufqu'à ce que
» la Guerre fe foit allumée. Il y a. long-tems que
» j'ai oublié toutes les perfécutions que ma famille
a éprouvées. J'aimé ta Nation, parce qu'elle.
t«3
éf£ douce & fenilbîè pour, toi ;̃ mon ami
» je fais que tu fers l'humanité autant qu'il eft
» en ton pouvoir. Quand tu feras en Europe,
engage tes Confreres à te féconder, & en at-
tendant permets que; je mette fous ta pro-
» te&ion nos frères de Hland ,t.
« *Alors il me recommanda en détail les Quakers
qui habitent cet État & qui ne lainent pas
d'être en grand nombre; puis il prit congé de
moi en mé demandant la permiffion de m'en-
» voyer quelques Pamphlets de fa façon la
» plupart faifant l'apologie de fa Sefte. de Pajfurai
» que je les, lirois avec grand plaifir & il ne
o manqua pas de me les envoyer, le lendemain
» matin »,
« De quelque fe&e que foit un homme brû-
lant de £ele & d'amour pour l'humanité, c'eft,
» il n'en faut pas douter un être refpeétable mais
j'avouerai qu'il eft difficile de faire réfléchir fur
la Sefte en général régime qu'on ne peut
» refufer à quelques individus. La» loi que plu-
-» fieurs d'entr'eux obfervent, de ne dire ni vous
» ni Monjîew *9 eft loin de leur donner- un ton de
» Jîmplicité & de candeur. Je ne fais fi c'eft pour
compenser cette efpece de rufticité qu'ils on
» fouvent un ton mielleux 6- patelin qui eft tout
à-fait jêfuitique. Leur conduite ne dément pas
» 'non plus cette reffemblance. Couvrant du man-
» teat; de la Religion leur indifférence pour le bien
» public ils épargnent le fang U eg vrai ./«r-
» tout lx leur mais ils excroqmm l'argent des
» deux partis Se cela fans aucune pudeur & fans
aucun ménagement. C'eft une opinion reçue
» dans le Commerce qu'il faux fe défier d'eux
» & cette opinion eff fondée elle le, fera encore
» davantage. En effet, Tien ne peut être pis que
» renthoufiafme dans fa décadence car que-
» peut-on lui fubftituer, fi ce n'eft l'hypocrifie.
» Ce monftre, fi connu en Europe, ne trouve
w que trop d'accès dans toutes les Religions.
» Le Dimanche 10, j'avois réfolu de faire un
cours de cultes & <TÊglifes. Malheureufement les
différentes Seftes qui ne s'accordent fur aucun
» autre point, ont pris la iféme heure pour affem-
» bler les Fideles. Àinfi je ne pus voir dans la
matinée que l'affemblée des Quakers, & dans.
» l'après-midi, que celle des Anglicans. La Salle
)) où les Quakers fe réunirent, e%quarrée; il y
a de tous les côtés, Ôc parallèlement aux quatre
m murs, des bans & des prie-dieu de forte qu'on
eft placé les uns vis-à-vis des autres fans
Autel ni Chaire, qui fixent l'attention. Lorf-
» qu'on s'anemble, quelqu'ancien fait une prière
impromptu & telle qu'elle lui vient dans l'ef-
» prit puis on garde le filence jufqu'à ce qu'un
homme ou une femme Soit infpirée & fe leve
» pour parler. Il faut croire les Voyageurs fur
» leur parole, quelqu'extraordinaires que foient
mais sûr que
» j'arrivai dans le moment une femme venoit
de fe taire. Un homme la remplace
intérieure l'illumination.
» qui vient de Ce/prit &
beaucoup 6c fe^arda
» bien d'expliquer enfin Ton Discours finit au
» grand contentement des freres & des foeurs
tous Pair d'être diftrait & ennuyé.
» Après un demi-quart d'heure de filence un
» vieillard fe mit à genoux, & nous débita une
# fort plate prière après laquelle il congédia l'Au;
» di toire.
» En Portant de c* trifte & agrefie Affem-
» blée, le fervice des Anglicans me parut mie-
espèce tant pour la musqué que pour
les décorations une belle chaire placée devant
un bel orguef un beau Minière dans cette chaire
lifant, parlant, chantant avec une grâce toute
» théâtrale; des jeunes femmes répondant mélo"
» dieufement du parterre & des loges; un chant
doux & agréable, alterné par de très-bonnes
» fonates jouées fur l'orgue tout cela comparé
» aux Quakers, aux Anabaptiftes, aux Presbyté-
» riens, &c. me paroinbit plutôt un petit Paradis
» que% chemin du Paradis. Cependant, fi l'on
» confidere tant de Sectes différentes ou féve-
» res, ou frivoles mais toutes impérieufes, toutes
on croit voir les hommes Ere dans
» le grand Livre de la Nature comme Montaucid
# âan$ fin Livre. On a écrit Vous étes un blanc
» bec & il lit toujours trompette bleJJIe. Sur un
» million de chances, il n'en exiGe pas une pour
» qu'il devine une ligne d'écriture, fans favoir
épeler fes lettres*; toutefois s'il vient à implorer
» votre fecours gardez -vous de l'accorder; il
» vaut mieux le laiffer dans l'erreur que de fe
» couper la gorge avec lui ».
Tel eft l'article le plus violent de vos voyages
contre les Quakers. Vous leur lancez encore quel-
ques traits ailleurs; mais ils ne méritent pas d'être
cités.
Avant d'entrer dans les détails que néceflite la
centre de cette diatribe, j'oferai vous demander,
Monfieur, quels font les faits, les livres, les
hommes d'après lefquels vous prononcez fi telle-
ment la condamnation de cette Secte. Avez-vous
connu beaucoup de Quakers, la généralité des
Quakers Avez-vous long-temps vécu -dans leur
intime familiarité? Pouvez-vous les juger tous, &
favoir ce que tous valent pour avoir affiflé à
une feule de leurs Affemblées ? ou pour avoir, en
panant, converfé avec l'un d'eux ? ou pour avoir
été introduit chez un autre qui ne daigna pas vous
regarder? Quand vous êtes entré dans cette Affem-
blée Religieuse quand vous avez jugé le difcours
ou la priere qu'on prononçoit étiez vous dans
F
quoiqu'il les
mêmes
vos opinions' morales
militaire
corps que
ne vous rendoient-
ils pas d'avance un témoin fufpeft & un juge.
partial? ̃
Ehl pourquoi avez-vous, en les jugeant, aban-
donne ces principes qui doivent guider un juge ?
Pour être un individu
il faut ou l'avoir pris fur le fait, violant l'honneur
ou* la probité ou avoir des témoignages authen-
tiques & défintéreffés fur fon délit des oui-dires
vagues ne peuvent jamais fuffire.
Pour condamner un Corps une Société qui
exifte depuis lông-tems, pourPaccufer de. fripon-
nerie, d'égoïfme faut avoir une
chaîne de faits bien confiâtes de faits d'autant
•plus certains que $lus( grave &
qu'elle frappe plus de perfonnes.
a dit que Jes Catholiques
Autos-da-fé
le manacre
le vieux avoit été on
pouvoit citer les Scènes de fang qui fignalerent Ja
révolution de 1650 en Angleterre, & la
qu'il excita dans le nouveau monde.
dit que les Jéfuites étoient ambitieux mtrïguans
perfécu^eufs on pouvoit citer leuts manoeuvres
éternelles, en Angleterre, en France^ la deftn|eT
tion dec Port-Rôyâl & tant de lettres de cachet
avec lesquelles ils ont fait périr dans les
fècreWAme foule dé victimes qui n'avoieiiÇ
d'autre "tort que de ne pas péiifer comme eux.
Voila des faits bien prouvés.
Mais vous Monfieur queîs faits Semblables
pouvez-vous opposer aux Quakers ? Vous n'en
citez pas un ïeui Loin delà Vous ne citez que
des faits à leur avantage car }'aurai quelquefois'
le plaifir de vous fermer ta bouche par vos propres
paroles.
Mais de ce feul peint que vous jâ'avancez au-
cun délit pofitif contre les Quakers, de ce feuï
point que vousr que
fardés oui dire), deslaffertions vagues p conclus
que vous n'avez aucune vices & des
crimes que vous que
vous les
Je n1me bornerai pas à ce fâifbîïnéfnént général
(U)
je .yeux, vous fuivre pas à pas. Il me femble qu'on
à tçôis articles jmncipattx les repro-
ilies que vous faites aux Quakers. Ils frappent i
Ou fur leur conduite privée & leur morale
Ou fur leurs, dogmes religieux
Où prieurs principes politiques.
de ces points je vais démontrer votre
initiftice. °
Conduite privée morale des
des Quakers à Londres liai pris des,
informations for leur Sefte & voici
j'ai crû devoir leur rendre publiquement, dans un
feins, £c dans un Ouvrage (3») où je vouldïs
Patrie, enluicbnnant le tableau de cette lite^
que nous devrions' imiter au lieu de la jaloufer ;4ans
un Ouvrage où, comme l'a bien deviné un Jour-
nalifte étranger, pavois pour but d'insinuer les bons
principes au travers de l'enveloppe
«La implicite, la candeur, ïa bonne foi
(5) Voyez pag. du
Journal d» Londres og Tableau des
Sciences en Rads »
(4) Voyez. ler;»?i u de la Correip®ndance Littk*
taire 1785. feuille Etrange^
vént des Ânectiotes, piquantes, & dcs,atticks ttès^
energiques en fw&à de rhumanitc.
Teurs
»
ils n*étoient pas polis mais ils étoient hu-
» mains ils n'avoient pas d*efprir cet efprï*
» fans lequel on n'eft rien en France avec lequel
» on peut être tout mais ils avoient du bon
cœur droit, une
ame defirois vivre en
» fociété ce feroit je
ce feroit avec mes Com-
» patriotes: -Et leurs femmes* me ,dira' t on
» que font-elles ? Elles font ce qu'elles devroiënt
» être par-tout j- fidèles à leurs maris, tendres
pour daça
» leur ménage,
» elles tbùP^ & c*eft-îà îeur
» principal' caraétere > emprèfleès à plaire
» d'autres 'individus ni au monde en général,
elles fe 'réfèrvent tout
p pour leur, intérieur. Il eiLencore quelques Pays
la morale
“& la décent
Seâ:e qui ècontioit par fes idées*
par la fermeté de ,irai peu vu de
phyfîonomïes ttiotiaïès haètî
étoït de
cette <^
men le J '̃-̃ ̃' ̃•*̃̃̃•*̃
(x«î
» où règne cette fimplicité de moeurs par exem*
p pîe les Arabes Font confervée avec la vie
» errante des premiers Patriarches. Difons-le
» répétons-le c'eû dans ces mœurs qu'on trouve
de bons ménages des familles heureufes &
» des vertus publiques. Nous malheureux gan*>
» grenés au fein de notre civilifa|jiQn & de notre
politeffe nous les avons abjurées. Aum qui de
nous cil heureux, finon celui qui a la force de
» fe reporter à la vie de la nature & de vivre
» comme les bonnes gens des fiecles pafTés
dont nos Agréables fe moquent avec tant de
» grâce ? Si ad naturam vives dit Seneque.,
numquam exis. pauper, fi ad opinionem 9 num~r
& quam dives ».
Je n'ai pas la préfomption de croire que mon
témoignage Seul doive l'emporter fur le vôtre.
Mais combien d'autres je pourrois citer à
l'appui du mien Je n'en choifis qu'un feul mais
(S) Lifez entc'eutres l'Hiftoire de J'ÉtablifTement
des Européens dans les Indes art. de la Pen/îlvanie-
Lifez la traduction des Lettres d'un Fermier de
Pèofilvanie aux Habitans de l'Amérique Septentrio-
nale, excellent Ouvrage diffèrent par ton objet de
celui de M. de Crevecoeur y publié dans l'origine des
troubles, par M. Di^infon qui y a joué un grand
ïôlé. Se qui etpii dernièrement Préfîdent du Confeil
en Fenfilvanie.'Cet*Ouvragea été traduit en François
il en: frappant > il eft décifif <M celui du feiï*
lîble Auteur des Lettres d'un Cultivateur Améri-*
câin. Vous le connôiffez perfonnellement comme.
moi;vous favez s'il eft aucun Écrivain qui mérite
autant de cônfSmee par fa candeur la bonté de
ibn âme & par fon taraêle,re& L'amitié la plus
tendre, & uti grand rapport de fentimens m'u^
niffent à lui mais je mets cette amitié de côté
pour pefer fort témoignage. Il vécu long -teins
en Amérique, vécu aveë des Quakers il les a
Vus dans leur intérieur il les a fuivis éprouves
dans tous les actes de là vie civile, & il en porte
un jugement entièrement oppofé au vôtre (y)é
Avec quelle chaleur il loue l'hospitalité fimrile
& cordiale qu'il trouva dans leurs maifons la
paix le bonheur qu'il y vit régner î Tout s'y fait
en filence & cependant avec gaieté. Comme il
loue leur bon fens leur fagacité leur tem-^
pérance leur douceur rinftruétiori de leurs
femmes « En général, dit-il elles brillent fans
éclat, font folides fans pédanterie ennemies
& publié en il n*a fait aucune fenfation quoi-»
qu'il contînt de grandes vérités pblitiques.
Enfin lifez un petit Pamphlet de M* Bénézet, fur:
rétabiiflement des Quakets.
Voyez lés Lettres cCun Cultivateur Américain
tôm. «premier depuis la page jufqu'à igj ) &
l'Anecdote qu'ort lit dans la Préface;
( 'S )
» font accoutumées dès leur jeuneffe donne â
» leur convocation un degré d'intérêt qu'on ne
» trouve ailleurs que rarement & un fonds de
folides qui m'a auvent furpris.
» Elles font diftinguées des autres non-feulement •
» par. la implicite de leurs vétemens mais encore
» par l'extrême propreté de leurs maisons, de
s* tout ce qui les environne. Le rilence &
la modèle une façon particulière de com-
sx mander à l^urs leurs infé-
rieurs, égale & tranquille Semble
» être par-tout le de res bonnes
gens».
Et cette vifite intereflante chez le Botanifte
Bertrand Se cette Anecdote fi touchante de Far-
franchiffement du Nègre de Mifflm et l'Hiftoire
vers le Général Howe,
qui n'a pas lu qui n'a pas dévoré tous ces faits
où fe peint rame des Quakers, où fe développent
leurs principes ? Quel lecteur glacé ces tableaux
fi touchans n'ont pas ému pénétré transporte en
Amérique au milieu des Quakers, enthoùïîafmé
pour la vie patriarchale ? Quel lecteur, s'abandon-
nant à fes rêvés agréables n'a pas defiré de devenir
comme eux bon fimpîe l'enfant delà nature?
Quel lecteur enfin n'a pas intérieurement rendu
hommage cette Se&e comme à la plus morale,
( i*>
B ij
à la plus édinante, à la^lus. feinte de toutes lé*
Seaes } ̃
Et vous voulez Monteur détruire cet en-
chantement Vous démentez tacitement la vérité
de ces tableaux Homme cruel Quand c'eût été
une illufion deviez-vous la diffiper ? Elle nous
étoit chere elle étoit utile en confolant l'homme
vertueux, en donnant des èemprds aux vicieux.
Mais non ce n'eft point une illùfion ce font des
vérités des faits que vous qui
n'avez vu l'Amérique que dans des Camps, aU
milieu du tumulte des armes &dans une de
ces crifes violentés, où l'homme jette hors de
fa fphere, n'eft plus lui, ne peut juger ni
être jugé Vous qui n'avez connu l'Amérique
qu'en la parcourant rapidement qu'en panant
dans des Auberges', ou animant par hafard un
bal ou à une converfation Vous démentez un
Américain même, un Cultivateur qui n'a pro-
noncé fon jugement qu'après vingt-fept ans d'ob-
fervations faites à loifir au fein de la paix de la
confiance de l'amitié
Et avec quels armes venez-vous le combattre ?
avec nos préjugés européens nos préjugés
François. Vous n'avez aucuns faits & il ert cite;
cet homme refpé&àble il cite des, faits bien au-
thentiques, des noms bien connus; il cite les
Bénézej: les- Miffik les Beftrand. Et vous, en
(i°)
parlant d'hypocrites de fripons vous ne nomîîie2
personne; comment peut-on vous croire ?
Il me femble que vous méritez ici un reprocher
bien grave. Quand un Écrivain combat le fen-
timeint d;un autre Ecrivain qui l'a précédé il
doit le citer le nommer, le déférer au tribunal
du Public. On ne peut si¡ exempter de ce devoir
que pour un Auteur notoirement méprifable. Or
vous avez Imprimé précisément le contraire des
opinions des affermons de M. de Crevecœur Se
voue Viarveï pas dit un feul mot de lui de fon
Ouvrage, de cet Ouvrage qui a eait tant de
fenfation 1 Et cependant vous l'avez lu vous
favez l'eftime dont fon Auteur jouit en Amé-
rique, vous méme lui avez donné des témoi-
gnages de la vôtre. Puisque vous combattiez non
pas Amplement (es opinions mais fes récits &
des faits l'honnêteté les égards le f efpect pour
le Public exigeoient ck exigent encore que vous
décliniez les faifons Se de la différence de vos
fentimens & de votre hlence.
Qui croirons-nous, de M. de Crevecœur, OU
de M. le Marquis de Chatellux, fur les Quakers,
l'un dit blanc l'autre noir.,? Voilà ce que j1ai
entendu dire voilà la queftton que vous deviez
éviter. En lainant dans le ftlence fon nom &
fon Ouvrage vous Jetiez le Public dansr Tin-
certitudes
Je fais- bien qu'on honore ce filence p&éée &
-C» )
Biij
Jéfuiiicpié» fi bien connu* âe$ Gens du monde
& des -Académiciens du nom de ménagémens
& d'égards. A présent on a le fecret de poignarder
un homme Public avec une maxime générale
ou même en ne parlant pas de lui. Cette maniéré
tâche de nos Aristocrates littéraires n'étoitpas
faite pour vous.
Quand j'attaque queîqtf un je le dois, & me
nomme; telle doit être la devife de tous les hon-
nêtes gens.
Cette incertitude où vous jettez le Public, ne
peut fubûfter long-temps, s'il veut pefer les rai-
fons que j'ai déjà alléguées contre votre fentiment,
& celles que je vais développer; n'y eût-il que la
différence des manières d'écrire, elle eft contre
vous. Quand bien même je ne connoîtrois pas
M. de C. quand je n'aurois pas lu cent fois dans
fon ame, je prononcerois d'après' la fîmpîe lec-
ture de vos deux Ouvrages. L'ame feule a dicls
le lien; le vôtre prouve que vous avez beaucoup
d'esprit; mais c'eft avec l'ame qu'on doit juger
des Républicains, des hommes d'une morale pure,
& telle eft celle des Quakers. Ce que vous avan-
cez pour détruire leur réputation, ne l'ébranlera
pas. Ici je commence à vous fuivre pas à pas.
La Loi que plufieurs Quakers, dites-vous
» obfervent de ne dire ni vous, ni Monfitur, eft
loin de leur donner un ton de fimplicitê
Ce n*jeft pas Fufage de plufieurs c'eft Puiage
Vous parlez de ton, comme fi les Quakers cher-
choient à avoir un ton, comme s'ils étoient fm-
ples avec prétentions. Ils font loin delà.
La difcours eft :l'abfence de
ces vaines formules, de ces complimens ridicules >
de ces mensonges convenus qu'ordonne la poli-
tefle françoife. la implicite dont fe piquent
les Quakers. Ils ne difent point à un homme qui
leur, efi inconnu, qu'ils font charmés de le voir.
Ils fe taifent, & attendent pour juger. Ils «ne fer-
rent point la main d'un homme qu'ils méprifent.
Il ne fe courbent point devant un bel habit, une
croix, un ruban bleu ou rouge. Ils ne courtifent
point le Minière que la Nation dételé. S'ils tu-
toyent tous les hommes c'eft par une fuite -de
leur opinion naturelle que tous les hommes font
égaux. Cette fource ne devroit-elle pas fanftifiër
leur ufage aux yeux d'un Philofophe.
Le courage avec lequel ils l'ont fogtenu à la
Cour dans les tribunaux xe courage avec le-
quel ils ont forcé l'autorité de fe ployer à leur
volonté, ne doit-il pas encore les honorer ? Car
je fuppofe avec vous, qu'il foit affez indifférent
d'appeller un homme vous ou tu il ne l'en: pas
Ify moins d'avoir un caractère de la fermeté de
cette inébranlable fermeté que les oppreffeurs haïf-
ùnt tant, pârce qu'ils en craignent les effets &
8 iv
îl importe peu que cette fermeté fe déployé pour
un, petit objet, pu dans des circonftances légeres.
Car il eft à prélumer qu'elle fe développera avec
plus d'énergie encore dans une crife importante.
Or les perfécutions effuyées par les Quakers,
plutôt que de 'renoncer au tutoyement, décéloient
un grand caraftere, & conféquemment leur fupé-
riorité fur le reite des hommes. Se ce caractère
ne s*eft pas démenti quand l'autorité a voulu
attaquer leurs principes politiques ou religieux.
Dam le fonds, qui a taifon, d'eux ou du vul-
gaire, pour cet ufage que vous leur reprochez?
Puifque vous eH la dénomination de plusieurs
individus, pourquoi l'attribuer à un feul L'adue-
lâtion imagina cette altération, l'orgueil & la
baflefl'e font étendùe' par-tout. Les Quakers ont
voulu ramener l'ufage au bon fens. Qu'avez-vous
à leurobje&èr? Faut-il qu'ils deviennent boiteux,
parce que vous n'avez pas la force de marcher
droit ?
Si ces Savans Superbes, qui prétendent au titre
de Philofophe, avpient la dans le
coeur ne devroient-ils pas imiter les Qjfckers ?
Ne devroieut ils pas abîmer ces
qui décèlent un efclavc ou un homme faux ? Ne
devroient-ils pas au lieu de plaifanrer les Qua-
kers comme eux élever l'homme 6c forcer le*
Grands à croire ne font que les égaux de
l'être le plus infime ? C'étoit ainfi que faifoit
( u )
Diçgene, ce Héros de' nos Académiciens, qu'ils
le, gardent bien d'imiter. Diogene étoit un vrai
Quaker c'eft-à-dire, un faige qui connoiflbit la
dignité de l'homme, &: le néant des grandeurs
fociales ?
Qu'eft ce encore que la candeur dont vous
femblez ne prêter que le mafque aux Quakers ?
Avoir de la candeur, c'eft avoir Famé fur les
lèvres" & on ne l'a que quand elle eft bien pure.
Avoir de la candeur c'eft dire ce que l'on penfe,
ç'etl rendre hautement hommage à la .vérité. Tel
efl & ils l'ont prouvé par le facrifice 4Ée leurs
vies, tel eft le caractère général des Quakers..
Vous êtes loin de le leur accorder, puifquê vous
lèur prêtez un ton mielleux & patelin tout-À*
fait jéfuitique. Vous prétendez même que leur
conduite ne dément pa.r cette
Affreufe ôc fauffe comparaifon Qu'entend-on
par un Jésuite? Un homme feux, avec l'air de
la candeur, hypocrite avec art ambitieux & in-
triguant fous l'apparence du renoncement aux hon-
neurs & aux richenes, tyran avec l'air de la dcm->
ceur la fervitude & de la politeffe égoïfte
avec wir de l'humanité.
Les Jésuites brûloient de dominer fur toutes les,
consciences gour dominer enfuite fur les trônes,
pour faire ouvrir d'un ligne les priions, & y
enterrer vivans leurs rivaux & leurs ennemis.
Voilà pourquoi ils affedoiçnt le ton mielleux &
patelin qui n' offenfe la vanité de perfonne, qui la
flatte, & la féduit au contraire.
Les Jéfuites brûloient de'la fièvre du profcl;y·
tifnxe. Ils enveloppoient les jeunes païens, ils les
tourmentoient pour en faire des adeptes Ils cir-
convenoiènt les grands & les petits, ils avoîent
des efpions à la Cour, & dans les Tribunaux, ils
foudoyoient des prôneurs & des partifans par-
tout en un mot ils vouloient tout envahir' tout
Subjuguer.
Je le demande à tout homme qui connéit un
peu PHiftoire des Quakers, qui a tant foit peu
vécu avec eux, eft-il aucun de ces traits qui con-
vienne à ces hommes 6mples? Peut-^xn leur re-
procher l'envie de dominer, lorfqu'i"ls renoncent
aux places & aux honneurs ? L'intrigue lorfqu'iis
n'ont point d'ambition ? La fauffeté» lorsqu'ils n'ont
aucun- intérêt à en avoir ? Qui ne fait qu'ils ne pro-
félitifent point n'écrivent point, ne prônent point
pour fé faire prôner? Qui ne fait qu'ils ont en hor-
reur l'intolérance, & à plus forte raifon ces moyens
affreux de captivité, de tourmens fecrets d'in-
quifition, avec lefquels les léfuites ont voulu ren-
verfer le fyftcme de la grâce efficace ? Les Quakers
ont été foiivent bafoués, mutilés, mis aux fers;
jamais ils n'ont bafoué mutilé, mis aux fers aucun
de leurs ennemis. En peut-on dire autant des
étonnant' qu'ils aient le ton doux? c'eft
( '̃* •)
Celui que donne la tolérance pour toutes les Sectes
& l'anraujhde l'humanité. Mais ce ton eft loin
d'avoir le caractère dégradant du patelinage. Ce
dernier a un but décret, l'intérêt d'acquérir
du pouvoir ou de l'or ou la réputation ou des
titres. Or un Quaker ne recherche point le pou-
voir eG: moins avide d'or que tout autre individu,
re Soucie peu de la réputation dédaigne les titres.
Vous ne vous bornez pas à refufer aux Quakers
la fimplicité la candeur vous ne vous bornez
pas à les ammiler à une des Sectes les plus' àm-
bitieufes, les plus intriguantes lesplusjyranniques,
qui aient exifté; vous leur refufez même la pro-
bité* Vous prétendez que dans la guerre d'Amé-
rique, ils ont efcroqué l'argent des deux partis fans
aucune pudeur fans aucun ménagement.
Et vous n'appuyez d'aucune preuve une alléga-
tien auffi affreufe Et cette allégation enveloppe
toute la Secte Elle peut envelopper les Bénézeî
'& les Mimin, ces hommes que vous louez 6c
que les enthoufiàftes de la vertu admirent Com-
ment avez-vous pu flétrir ainfi d'un feul trait une
foule d'hommes respectables ? Quoi en fuppo-
fant, ce que je rie crois pas ce que je ne croirai
que lorfque vous aurez pofé des faits bien prou-
vés, en fuppofant que quelques Quakers euffent
profité des cifcbriftances pour vendre chèrement
ou même comme vous le dites, euffent excroqué
de ¡+argent des deux partis deviez-vous étendre
cette tache fur toute la Secte S'il eft des cou-
pables, nommez-les vous le devez. Vous êtes
coupable, vous-même ri vous ne le faites pas
car enfin par votre filence vous égorgez les
innocens avec les criminels.
Mais comme il eft impoflihle que vous ayez été
le témoin de tous les marchés faits par des Qua-
kers, comme il eft impoffible que vous ayez ja-
mais acquis, que vous puiffiez jamais acquérir la
preuve que tous les Quakers » fans exception,
om commis des friponneries il en réfutte
que votre alfertion eft. une vraie diffamation,
pour laquelle vous devez' une réparation au-
thentique au même tribunal ce tribunal du
Public, où, fans les citer, vous les avei flétrit.
Moi-même je vous y dénonce. Moi, lié avec
quelques-uns d'entre eux, moi, pleinement con-
vaincu de la probité des Quakers en général, mot,
voyant que l'accufateur eft un homme qualifié,
titré, appartenant à des corps littéraires» toutes
circonftances capables de forcer le Public à douter
de l'honnêteté des Quakers, je vous fomme de
fpéctfier vos accusations, de produire vos preuves
devant le Public & fi vous gardez le filèhce
encore une fois, je me crois à regarder
votre affertion comme une diffamation*
Ce mot vous choquera, Monfieur; je ne l'écris
qu'à regret; mais je ne l'écris point, fans en avoir
^mx, ou de baffeffes, ou de vices, en un mot,
déshonorer. Or n'accufez-
vous pas les Quakers d7ètre des cicrocs, des four-
des des hommes mdtâerens
du bien public?
B fe peut que des Quakers aient fourni dès
aux Anglois comme aux. Américains:
eft-ce là ce que vous qualifieriez crime ? Mais
fouvenez-vous que les Quakers fe regardent comme
les frères de tous les hommes, qu'aucun n'eft
.leur ennemi, pas même celui qui les persécute.
ce titre dés-lors Anglois & Américains, tout étoit
.égal pour eux. La plupart croyoient bien que
l'Angleterre faifoit une Guerre injufte. Mais un
Quaker ne rendoit pas le foldat Heffois complice
de, cette il fe croyoit obligé de le fe*-
courir comme fon frère rAmérieain.
Je Favoue dans l'opinion où je fuis que la
feule Guerre jufte eft celle ou un Peuple réfifte
Toppreffion & que la Guerre des Américaines
avoit ce caraôere j'aurois mieux aimé.. voir le
Quakers fe liguer avec les Américains pour chaffer
plutôt les deftruél:eurs de leur Pays.
Mais de Ce qu*ils ne l'ont pas fait de ce qu'ils
le font aftreint fcrupuleufement â fuivre leur
fy&ême de ne de fang je ne les
i$ï
point d'être criminels, ils Pétoîënt cPautaàf
moins que leurs principes & leurs actions étoient
connus des deux partis.
Peut-être encore ont-ils vendu cher aux deux
partis. Appellè£-Vdui efcroquerie cette forte de
vente ? Je voudrais avoir des faits précis, pour
douter cette accusation, ^en ayant àuCun vous-
même n*en citant point je fuis fôrèé de croire
que vous vous êtes laiffé féduïre par le préjugé
général contre le Négociant qui profite des cir-
côntlances pour vendre à très-haut prix.
Quand un Commerce éft litre, quand le ve&*
dêtr n'eft pas feul & qu'il y a concurrence»
quand il ne force point PaChetéur de lui payer te
prix n'y a point d*efc roqueriez
le prix fût-il d*âiîleiirs le plus haut qu'on puifle
imaginer.
Les circonftaftcës que la Guerre amené avec
elle entraînent une. grande haufte dans je prix
des denrées, parce qu'elles eh'dimmûertt la pfo-
duâ:5on & l'abondance. Celui qui les apporte au
marché n'eft point coupable d'en renchérir le
le tems d*abondanee, rareté, ,'pas-plus que dans
i frir peu pour le vul-
r gaire qui. eft accoutumé à un certain prix dont
les moyens par là
Guerre ce vu!gâh% 'alors forcé d'acneter tout au
poids de l'or crie à l'escroquerie. Je ne- doute
( ÎO )
point que partageant ce préjugé la plupart des
Officiers François qui, comme vous, voyageoient
dans les États-Unis rencontroiènt de pauvres
Auberges & des cuifines mal fournies & étoient
cependant obligés de payer avec de for un gîte
médiocre un fouper déteftable je ne doute
point dis-je que fouvent ils ne fe plaignirent
d'être écorchéj, & ne regardaient tous les Au-
bergiftes Américains comme des fripons. Vous
femblez I'infinuer vous-même dans différens en-
droits de vos Voyages (8). Vous, & ces Voya-
geurs, étiez dans l'erreur. On vous faifoit payer,
lô. la rareté des bras & leur prix exceffif 20. la
rareté des denrées la rareté des Voyageurs
la rareté des Auberges & d'après ces quatre
circonilances, il n'eft point étonnant que vous,
pàyafliez quatre fois plus cher qu'en France.
Il n'entre point dans mon plan de vous déve-
lopper ici toutes .mes idées fur la cherté Tout
ce que je puis dire, c'eft que jamais la cherté ne
(8) Dans l'un enti'autces en parlant d'un frere de
Bénézet, vous dites Qt?il ,n*avoit retenu desprin^
tiges des Quakers que celui de vendre très-cher.
(9) Voyez ce <|tie*f en ai dit dans mon article fur
fÉtat Civil des.Juifs, tom. Il, JouEpal du Ucée.
Vçndjecher^y dîfojs-je, s'en par le
mot de mauvaise foi au moins dans la bouche des
j^norans.
(m y
peut être transformée en elcroquerie t©nter les
fois, ]p, que l'Acheteur connoît les qualités de
la denrée & les de la vente
i°. qu'ayant concurrence entre les Vendeurs
l'Acheteur eft maître de prendre ou de refufer.
Les Quakers ont la réputation de vendre cher;
c'eft qu'apparemment leurs marchandifes font
toujours d'une bonne qualité. Mais puisque vous
êtes libre de vous pourvoir ailleurs vous n'avez
point à vous plaindre de leur cherté, & fi vous
leur donnez la préfërence, c'èft qu'apparemment
vous regardez leur marchandife quoique plus
chère, préférable par la qualité à celle dont le
prix eft inférieur.
On, fait d'ailleurs que les Quakers ont en gé-
néral un prix fixe, qu'ils ne f«renchériflent & ne
baiffent jamais. Or l'efcroquerie eft incompatible
avec un pareil ufage. EUe ne peut fe trouver que
parmi ceux qui varient fur leurs prix Se qui fe
jouant de l'ignorance Se de la crédulité'des Ache-
teurs, exigent un prix bien fiipérieur au taux du
marché.
Voilà les Marchands dont il faut.fe défier
laquelle
Ceji une commerce qu'il faut'
( Ji )
d'ailleurs. J'ai précisément ëft>
tendu le contraire à Londres dans
une Ville, où fi 'les Quakers avoient de la pente
à la ils devroiertt
être néceffairement plus fripons
qu'à Philadelphie.
ruption & c'eft un des plus grands prodiges de
ce fiecle, que dans un pareil doà^ue^ leiif vertu
ait confervé toute fa pureté
le veux due vous ayez entendu ce propos en
Amérique. Mais ne deviez-vous pas remonter à
là fource de ce bruit populaire? Ne deviez-vous
pas rechercher fi la méchanceté, l'envie (10) ne
l'avoient pas didé ? Ne deviez-vous pas en V&
rifier vous-même la réalité ? Et au lieu de Vous
borner à dire que cette opinion efi fondée rie
deviez-vous pas citer les faits bien authentiques
(ï o) On leur a reprochë dit M. de CreVecœrir
tôm. premier, pag. 169 leur .attachement l'état
du Commerce; mais on ne dit cela que par la ja-
loufie qu'excite la vue de leurs ridieffes. Les Quakers
font donc en Amérique l'objet de l'çavie publique
& alors combien de c ontes ne doi^eUe pas imaginer
& répandre contr'eux ? N*a-t-cm pas vu dans les fiecles
précèdens » l'envie des Chrétiens pauvres & orgueil-
leux, accufer les Juifs dés crimes les plus affreux-
onfquemênt patce qu'ils, s'enrichifloienE dans le
Commerce ?
qui
f. 33 )
c
qui lui fervent de fondement ? Encore une fois
d'un
crime il faut toujours mettre la preuve 6c le-fait
à côté. Sans cette condition l'accufation n'eA
qu'une calomnie & tel fera le icara&ere de la.
vôtre f vous ne nous citez pas les faits gravât.
que vous avez à reprocher aux Quakers & à
tous leç Quakers; car vous les n'étrillez tous fans,
aucune
religïeux des
Je paire maintenant aux ridicules dont vous
couvrez les Quakers en parlant de leur Culte ÔC
de leurs Dogmes religieux & je fuis de même
Votre récit pas à pas*
«Le Dimanche dix, dites-vous j'avois réTolu
de faire* un cours de Cultes & d'Êglifts
Il faut avouer que -eft faire un plaifant cours
que d'affifter une feule fois à un Sermon ou à
une Prière &. d'attrapper à la volée quelques
phrafes dans une Langue & dans une Religion
Étrangères. Puîtque chaque Seâe a un idiome
pjgtîculier puifque chacune donne une valeur
des mots généralement le bel
efprit qui veut faire fi lentement fon cours rifque
idées ce qu'il entend.
cet étrange
titi
téurs iPÊgtifes? Étoit-cë 'de'
monies ? Le Culte des Puritains en admet peu
celui des Quakers point* Étoit-ce de connaître les
principes & fefprit de chaque Se&e ? Ce but ëtoït
plus raifonnabïe plus important. Mais quelques
perfgicacité qu'on ait, peut-on fe flatter de faifîr
de connoître dans une heure dans une Séance,
le fy ftêtne théorique & pratique d'une Sefte ? L'un
s'apprend dans les Livres l'autre par des liaisons
habituelles & continues.
Nous n'avons que trop cette manié et! France
,de juger les objets en courant, & fans rien
profondir. On traite ainfi prefque toutes les
Sciences. On croit être habile Phyficien ou pof-
féder à fonds la Chimie pour avoir
.quelques féarices d'un cours. On s'eft déjà vi-
vement élevé contre cet abus; mais il /ubfîfte &^
fubfiftera long-tems parce qu'il favorife le char-
ïatahifmé des Maîtres la pareffe & la fuffifance
des Ëcoliers.
« Malheureufement ajoutez-vous les diffé-
rentes Sectes, qui ne s9 accordent fur auc un autre
point ont pris' la même heure pour affembler
ii les Fidèles». llp
Comment avez-vous pu imprimer que les Sectes
religieuses de l'Angleterre ou des États-Unis ne
s'accordent fur aucun point tandis que toutes,
par exemple:, regardent l'Evangile comme un Livre
divin, que toutes, à l'exception dés Unitaires,
<«>
Ci]
que toutes admettent
Vous êtes" trop àiftruit ,pour ignorer ces faifs, mais
vous avez facriné la vérité au petit plaifir de faire
N'eft-il pas encore unguker que pour la com-
modité des curieux »«vous vouliez affujettir toutes
les Sectes à une heure différente dans l'exercice
de leur Culte? Eh <jue ne faife,-vous vofte
cours jde Cultes
à Paris leur cours Une Ariette aux
Italiens, une S©en4aux Francis s un Ballet à
l'Opéra un tout de*promenade au Vaux Hall
ils ont tout vu, bavent tout, ils Ce fontmoatrés
par-tout ;& en deux heures.
Si en écrivant cette phrase vous euffiez voulu
vous rappeller que l'homme qui pénétré de fes
déyoiirs envers la Divinité*, s'élève, à lui dans le
fonds de foti coeur s'inquiète peu des Etrangers,
6c beaucoup de fon objet fi vous euffieï' encore
réfléchi qu'il eft plus qu'imprudent comme je-
Vous le prouverai, de dégrader les objets reli-
gieux, en les traitant avec cet air lefte en les
rabaiflant au niveau des Spectacles vous n'auriez
pas jugé fi légèrement les Quakers, les Puritains,,
m même le Anglicans.
Vous eufliez fur-tout évité cette mauvaise plai-
fanterie fur les femmes qu'on ne s'attend pas à
trouver fous la plume d'un admirateur du beau
Sexe Se cftin AÉiléiïiiciéa comme PAriofle
conterai un prodige, au
» moment où j'entrai une femme venoit de iê
taire
Cominent cette épigramme triviale Se rebattue
a-t-elle pu vous échapper fur-tout avec cet air
de prétention que lui donne la citation Vous
qui vantez avec tant de chaleur nos Françoifes
n'en avez-vous doéc jamais c^nnu qui euffeht le
talent de fe taire Se qu'on eût du plaifir à eiv
tendre ? N'avez-vous jamais vécu avec des An-
gloires Se des Américamess? N'avez vous pas
obfervé que la modeftie 1 le filence font leur
partage, qu'elles ne fé montrent jamais empreffiés
de parler, quoiqu'elles (oient
très-inflruites ,x & très-capables d'inftruire même
des Savans & des Académiciens. Je ne vous en
citerai qu'une, Madame Macaulay fon Hiftoire
des Stuards eft certainement plus utile que tout ce
que l'Académie Françoife Se fes Membres ont pro-
duit jufqu'à nos jours.
Eh pourquoi d'ailleurs humilier les femmes?
N'eft^-ce pas en aviliffant les individus qu'on les
.force à s'avilir ? Les Quakers ont rendu aux
femmes la juftice que nous leur refufons elles
ont prouvé qu'elles en étaient dignes car le
Quake rif me a eu fes Porcia.
Silence ou discours, vous paroiffez détermine
à tout critiquer chez les Quakers. « Un homme^
(J7)
Ciij
remplaça cette femme, Se parla
» fort bêtement fur la grâce intérieure l'illumina--
tion qui vient de Vefprit & tous les autres
» Dogmes de fa Sefte qu'il rabarha beaucoup Se
fe garda bien d'expliquer ».
J'oferai, Monfîeuf vous demander ici fi vous
entendez aifez Anglais des Quakers pour avoir
compris ce Quaker, & avoir pu le juger. Qu'un
Étranger foit capable de cuivre l'éloquent Burke
1 au Parlement, oit MUT Young fur le Théâtre il
n'etl pas pour cela toujours en état d'entendre un
Seétaire qui prêche fes Freres. Les Quakers fur-
tout, ont un langage particulier qu'il eft difficile
d'entendre ;3fvant d'avoir lu & bien atteritive-
ment, quelques-uns de leurs Livres l'apologie
de Barclay par exempte. Or je foupçonnerois
par un feul mot, que vous n'aviez pas tout-à-fait
la clef de l'Idiome & du fyiléme des Quakers
c'eft lorfque vous vous plaignez que le Prédicant'
garda bien d'expliquer fes Dogmes. Probablement
il étoit aflez clair pour fes Freres qui entendoient
fa Langue, lorsqu'il étoit obfcur pour vous qui ne
l'entendiez pas. Et dans un- pareil cas, que diriez-
vous d'un homme qui, n'ayant appris l'Indoftan
que dans la Grammaire de Halhed", diroit d'un
Brame, qu'il parla fort bêtement fur Viftnou ?
Que diriez-vous d'un bel efprit qui n'étant point
au courant des idées nouvelles qu'à fait naître
le Magnétifme appelleroit vos confidérations fur
f l*î
lé'mouvèment» un Recueil de Logogry0ies? Que»
les mille & une révolution que la Chimie Fran*
çoife a éprouvées dans fa nomenclature trou-»
veroit fort bête & fort obscur VOxigine de:
MM. Pourcroy 6c Lavoiner?
Il eft fort aifé de faire en quatre mots le pro-*
ces d'une Se&e & la fatyre de fes Dogmes. J'ai
vu de ces Plains qùi n'auroient pas même ex-
plique les rnots de ralliement,dont ils fe fervoient.
J'en*ai vu beaucoup citer en ricanant les propo.-
fitions de Janfénius qui auroient balbutié il on
les eût preifés de décliner & d'expliquer la pre-
miere de ces propositions.
C*eft avec des mots qu'on mene les ignorans
& je ne doute point que*la plupart de ceux qui
vous liront & qui ne connoiffent point les
Quakers ne les jugent fur la caricamre que vous
en faites & fur ces feuls mots, de grâce imé~
rieure d'illumination qui vient de Fefprit & fur-
tout fur la jolie pointe de rabaclzer. On fe dira
mais «d'où ces gens-là viennent-ils donc ? Ils font
donc d'un autre fiecle d'un autre monde Les
pauvrets ignares
Je ne fais pas ce qu'a dit le Quaker qui parï%
devant vous mais je vous avouerai que,les,
Dogmes fur lefquels il dévoit differter les
Dogmes, de fa Se&e ne me paroiffent pas fi bêtes
qu'à vous. lé vais en donner un Précis, non pour.
t» X
C iv
vous car vous avez Virement lu Bénézet aupara-
du
Public qui ne connoît les Quakers que d'Uprèsnos
Les Quakers croyent #1 un feul Dieu, Tout=
Puisant, Éternel & immuable.
Ils croyent à la Divinité à la Miffion du
Chrift..
Ils croyent que tous les hommes peuvent être
fauves.
Ils admettent une grâce une lumière univer-
felle. Ceft-à-dire, que Dieu fait la faveur à
tous cetix qui veulent fincérement connoître la
vérité & qui la recherchent de la leur dévoiler,
de fe faire connoître à eux.
Ils croyent que cette faveur a été accordée à
tous les Philofophes anciens qui à la pratique
de la vertu, joignoient la recherche de la vérité
tels que Socrate Épi&ete & Seneque.
» L'Ef prit faint n'eft pas autre chofe que cette
lumière intérieure qui leur fert dl guide.
Quiconque y dit Bénézet entre férieufement
en lui-même avec un defir fincere de connoître
& de faire fon devoir ne manquera pas d'y
trouver un guide fuffifant un rayon de Soleil
de lumière, qui éclairera fon entendement, & lui
donnera l'affiftance néceuaire pour le
bien- du mal. Ceux qui veulent obéir à cette lu-
mière à ce divin guide, quelque Religion" qu'ils
profèrent trouvent bientôt en eux-mêmes la
Sainteté., la pureté &c.
La Bible eft le feul Livre qu'ils lifent qu'ils
coniùltent qu'ils fuivenj. Ils refufent cependant,
dit Bénézet de l'appéller la parole de Dieu,
parce que cette dénomination doit être réfervée
uniquement au Chrift parce que ces Livres peu-
,vent être interprétés en divers- fens parce que
les hommes peuvent être portés à croire qu'en
l'ayant, ils ont tout ce qui eft néceffaire au falut.
Quant au Culte ils n'ont ni Cérémonies ni
Sacremens, parce qu'ils prétendent n'en*trouver
aucune trace dans les Écritures-Saintes.
Ils ne croyent point à la néceffité du Baptême
ni de la Cène; ce font des Types, des Images
fuivant eux une bonne vie eft la feule voie du
falut.
Ils admettent cependant la Prière mais ils
troyent qù'on ne doit prier que quand on eft
infpiré par l'efprit & on ne Teft que par une
longue méditation.
Ils ont des Affemblées parce que Dieu a
promis que, lorfque deux ou trois perfonnes fe-
roient affemblées en fon Nom il feroit au mi-
lieu d'eux.
Us n'ont ni Prêtre, ni Évêques; ni Minières
ils difent qu'ils ne voyent dans l'Évangile aucune
trace de cette Hiérarchie.
(41 )
L'homme qui veut avoir le privilège exclue
de communiquer avec Dieu, ç& fuivant eux un
présomptueux. Chaque Fidele eft Prêtre & Mi-
niflre de droit. Tout Quaker eft Prédicateur, dès
qu'il fe fent infpiré.
Aufli refufent-ils de payer la dîme. Ceft dé-
grader, felon leurs principes, la Religion, -que
d'en faire un commerce c'eft défobéir à l'tue
fuprême qui a dit donner gratuitement ce que
vaus ave{ reçu gratuitement.
Par la même raifon, ils rejettent la Science,
qu'on appelle Théologie ne la croyant propre
qu'à produite l'orgueil & des difputes.
Je dirai ci-après ce qu'ils penfent de la guerre.
On fait qu'ils ne font point de fernetzt, Se ils
te fondent fur cette parole de Jéfus-Chrift ne
jure{ poinc; mais dites feulement oui & non., et
qu'on ajoute eft mauvais.
Pour la police intérieure de cette Secte, elle
eft très exafte & très-raisonnable, Il y a de,s
Affemblées par députés tous les trois mois, Se
des Affemblées générales tous les ans. Ces Affem-
blées font composes de tous les Membres d'un
Comté. Si un frère fe comporte mal, les anciens
lui font des remontrances les lui réitèrent les
font réitérer par d'autres; s'il perfifte il e& cité
& jugé à l'Affemblée des trois mois. Il peut ap-
peler à l'Affemblée générale, où fa =ce eft exa-
minée de nouveau.
Hs évitent avec foin tous les Procès. S'il y a
quelque Quaker malheureux ou indigent tous
lis frères le Soutiennent (i i).
Us feront un devoir de contribuer aux aumônes
générales.
Ils n'occupent point de places dans les Magiftra-
tares.
Cependant dans la Penfilvanie, ils ont été pen-
dant un certain temps en poffeffion des Magiftra-
èires mais ensuite les Quakers s'appercevant qu'il
n'étoit gueres poffible d7accorder leurs principes
avec tes tentations des plaees ils réélurent de
n'en plus occuper aucune.
Tels font les dogmes religieux & civils des
Quakers & 9n doit dire à leur louange, que
dans les pays où ils étoient foibles & perféçutés,
Tien n'a pu les forcer à les quitter que dans
ceux où ils ont été maîtres ils n'ont forcé per-
sonne à les embrafTer. Je citerai à cette occasion
,deux paflages frappans de Barclay & de Bénézet
je ne changerai rien à leur ftyle.
« Les témoins de Dieu dit Barclay, ap-
pelés par mépris Quakers ou trembleurs ont
(u) On m'a cité à Londres un Négociant Quaker
que fes Frères avoient relevé trois fois, à la qua-
trième on fengagea à quitter le Commerce Se
or lui affina une penfion pour fa fubfiftance,
(i 2} Apolog. de Barclay pag.
n donné une
» dans les fouffrances. Car auffitôt que Dieu eut
» révélé fa vérité parmi eux fans avoir aucun égard
» à toutes les oppofitions ils allerent de côté &C
» d'autre félon qu'ils étoient mus par le Sei-
» gneur,. prêchant & répandant la vérité dans
» les places plubliques fur les grands chemins
» dans les rues .$c dans les Églifes publiques; quoi-
» que battus chaque jour, fouettés, meurtris
» traînés & emprifonnés pour cette raifon. Et
» quand il y avoit, en quelque lieu que ce fût
» une Églife ou une Affemblée recueillie, ils lei
enfeignoient de tenir leurs Affemblées ouverte-
» ment & de ne point fermer les portes, ni de
» ne le faire point fia dérobée afin que tout le
» monde le fçût que .quiconque voudroit j,
» pût entrer. Et comme par ce moyen là tout
» jufte fujet de crainte, de confpiration contre le
» Gouvernement étoit entièrement ôté auffi
leur courage & leur fidélité, qu'ils avaient en
» n'abandonnant point leur imemblée > fatiguoit
» tellement la malice de leurs ennemis, qu'ils
» étoient contraints bien couvent de lailfer leur
ouvrage fans être achevé. Quand ils venôient
» pour .difperfer un^ Affemblée, ils étoient con-
» traints de tirer dehors chaque individu par
force (13) & quand on les avoit trames dehors
Sous le règne de cet infâme Charles. fécond^
» à leur place tout paifiblement. Et quand même
fait démolir leurs
» maifons de dévotion ils fe font affemblés le
>» lendemain ouvertement for leurs mafures &
» ainfi ils confervoiènt leur poffeflion & leur ter-
rein comme étant naturellement' le leur pro-
& qu'ils ne pouvaient avoir leur droit de
» s'affembler $ci de. fervir Dieu, confifqué à per-
» fonne. De telle forte que, quand il venoit des
»gensarméspour les difliper il leur étoit im-
» poflible de le faire à moins qu'ils n'euffint
» tué tout U monde qui y étoit; car ils fe tenoient
» fi ferrés tous- enfemble ,qu'aucune violence
qui fe jouoit de touces les Religions, & qui pour de
fargént les pcrfécutoit & les protégeoit tour-à-tour,
s'éleva une des plus fanglantes perfécutions, contre,
les Quakers. On %ha /ut eux dit Madame Ma-
caulay, des fatellités, on les infultoit, on les' blet-
foiti on en tua pl^fieurs.ifêys & Jenilt furent arrêtés
comme ils offtoient de l'argent à des Connétables
qui tnenoient quelques-uns de leurs frères en prifon.
On les condamna à payer chacun viv. fterl.
ou aller en prifon. Penn & Mead deux Quakers
refpeâables furent accafes & condamnés à quarante
marc* d'argent ,pour avoir gardé leurs chapeaux &c
Voyez Hiftôftè des Stuards Tom. VI
n*eût pu porter aucun d'eux à fe bouger, juf-
qu'a ce qu'on les eût arrachés delà par con-
» trainte. Tellement que, quand la malice de leurs
Adverfaires incitoit à prendre des pelles & à
» jetter fur eux les ruines & les ordures, ils
» demeuroient là fans en être émus, étant tous
» prêts, fi le Seigneur le vouloit ainfi, d'être là
» enfévelis tout vifs, témoignant pour lui. Comme
» cette patiente mais courageufe maniere de
» fouffrir, rendoit l'ouvrage des perfécuteurs
fort laborieux &t ennuyant pour eux de même
» auffi le courage des fouffrans qui n'ufoient point
i » de réfiftancej qui rie portoient point d'armes
'» pour fe défendre, & ne cherchoient point les
» moyens de fé venger frappa fecrettement les
» cœurs des perfécuteuxs. Par ce moyen là, après
» beaucoup de fouffrances & de plufieurs fortes
» ainfi patiemment endurées desquelles, fi ont
» vouloit les réciter on pourroit faire un vo-
pi lume (14) qui pourra bien être publié aux Na-
(14) Chartes Second qui naiïqaôfc des crimes,
& en imaginoit pour avoir des amendes défendit
toutes les Airembiëes des non-Cônfômiiftes. Quand
l'Aflèmblèe étoit de cinq perfonnes, $ fchellings pour
la premiere fois pour la féconde &c. pu
chaque personne, &il 'étoit ordonné, que s'il s'è-
levoit quelque douté fur l'interprétation de cet ac^i
les Juges dévoient toujours décider contre les ace*-
̃» iïon$ quand -,en fera 'tempe. car nous les
*» avons enregiffeës nous avons obtenu une forte
de liberté négative tellement qu'à préfent nous
nous affemblons pour la plupart tous enfembk
fans- empêchement de Magiftrat. Mais tout au
jm contraire la plupart des Proteftans, quand ils
» n'ont point de*permiffion ni de tolérance du
» Magiftrat s*affemblent feulement en Secret, &
» cachent leur témoignage', &c. ».
Barclay rapporte encore ces fouffrances dans fa
dédicace énergique, à Charles ïk Il aninne d'ail-
leurs que jamais on n'a trouvé un Quaker dans
les. confpirations nombreuses tramées contre lui j
,& il termine cette finguliere dédicace par ces idées
.vigoureufès*
« Tu as goûté la profpérité & i?adverfité tu
as long-temps été banni, & puifque tu as été
opprimé, tu as fujet de reconnoître combien
un oppreffeur eft haïflable tant à Dieu qu'aux
» hommes Se fi après tous ces avertiflemens tu
» ne te convertis pas au Seigneur f tu viens à
oublier celui qui s'eft, fouvenu de toi dans ta
w calamité eadonnes fuivre le luxe, la
voilà le tyran que Louis XÎV vouloit rendre
abfolu dans. fon Royaiîme. Voyez l'Hifloire, de
idadame Mactulay Xom* VI iv-4? pag.
bernent ta ïèti
:» grande Ôrc» ».
Ces pelages vous prouvent fuffifâmment, Moié-
fleur, la confiance Se la fermeté des Quakers an
milieu des perfécutions & l'énergie avec laquelle
Barclay parloit à Charles 11, s'eft toujours foutenoe
parmi eux. Le paHage fuivant vousprouvera égale-
ment leur tolérance là où ils ont été les plus fortÉ.
L'immortel Penn dans la Charte des privi-
lèges qu'il accorda .aux
nk le 28 Octobre r- iniera cette
claufe.
« Attendu que nulle perfonne ne peut être reel-
» lemept heureufe, iî elle eH privée de la liberté
de confcience, touchant les fentimens religiatt
& le culte du Dieu tout-puhTanf, le fèùî Maître
de la conscience, le Père de la lumière &c des
» efprits & l'Auteur auffi bien que l'objet de
ttmte connoiffance de foi & de culte, qui
feul éclaire Tefprit, & qui perfuade & convainc
l'entendement des hommes je déclare
» garantis par ces préfentes, que toute perfonne
» qui réfidera dans cette Province ou dans fes
» territoires, qui cohfeffera & reconnoîtra un
feùl Dieu tout-pùuifant le Créateur, qui foïf-
» tient & gouverne le monde & qui defirera. de
vivre paifiblement -fous le Gouvernement civil
» ne fera point môlefté, ni ne fouffrira aucuïi
préjudice dans fa -perfonns ou dans fes -biens
pour caufe de fes principes religieux» ibFte»
» matière de foi ou de pratique qu'il ne fera
point obligé de fréquenter ou de fupporter au-
cun culte ou, miniftere contraire à ce qu'il lui
paroîtra jufte ou de faire ou fouffrir aucun
» autre aâte ou chofe contraire à fes fentimens
en fait, de Religion & que toutes ces per-
» formes qui font profefïion de croire en Jéfus-
Chrift, feront capables, nonobftant leurs au-
» tres dogmes, eu égard à leur confcience de
» fervir ce Gouvernement dans toutes charges,
» foit légiflatives, foit exécutives ».
Maintenant, Monfieur, oubliez que vous avez
écrit contre les Quakers, oubliez vos préjugés &
vos plaifanteries rentrez en vous-même, & de-
mandez-vous, s'il y a tant de bêtife dans les
dogmes & le culte de cette Seéle tels que je
viens de les expofer.
Mais cette grace intérieure cette illumina:-
tion, cet efprit, me direz-vous, 'comment appel-
lerai-je tout ce fatras miftique? Je vous entends,
je pourrois vous répondre par la foi, par les dog-
mes des Catholiques & des Proteftàns que vous
enveloppez dans la même cenfure mais à un
Académicien, à un Philofophe, il faut d'autres
réponfes, & je vais vous les donner.
Illumination grace intérieure, extafe enthou-
fialine tous ces mots ne peignent qu'un même
état fpirituel de l'homme, celui dans lequel il fe
trouve