Examen ethnologique des têtes de saint Mansuy et de saint Gérard, évêques de Toul, par D.-A. Godron,...

Examen ethnologique des têtes de saint Mansuy et de saint Gérard, évêques de Toul, par D.-A. Godron,...

-

Français
15 pages

Description

impr. de Vve Raybois (Nancy). 1864. Mansuy, Saint. In-8° , 15 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1864
Nombre de lectures 11
Langue Français
Signaler un problème

EXAMEN ETHNOLOGIQUE
DES
TETES DE ST MANSDY ET DE ST GÉRARD
ÉVÊQUES DE TOUL
PAR
D. A. GODRON
DOYEN DE LA FACULTE DES SCIENCES DE NANCY
NANCY
Ve RAYBOIS, IMPRIMEUR DE LACADÉMIE DE STANISLAS
Faubourg Stanislas, 3
1864
(Extrait des Mémoires de L'Académie de Stanislas, 1864.)
Nancy, imprimerie de ve Raybois, rue du faub. Stanislas, 3.
EXAMEN ETHNOLOGIQUE
DES
TÊTES DE SAINT MANSUY ET DE SAINT GÉRARD
ÉVÊQUES DE TOUL
Il est une source à laquelle les anthropologistes n'ont
pas jusqu'ici puisé et qui pourrait fournir des rensei-
gnements précieux à l'étude des races humaines, je
veux parler des reliques des saints, surtout lorsque ces
vénérables personnages ont longtemps habité le pays
où leurs restes ont été conservés et qu'ils ont occupé
un rang tel que leur tombeau et les diverses circons-
tances relatives à leur existence, sont restés parfaite-
ment connus des populations au milieu desquelles ils
ont vécu.
Malheureusement, il arrive rarement que ces restes,
renfermés et scellés dans la châsse qui les contient,
puissent être l'objet d'une étude scientifique suffisante.
J'ai eu récemment cette bonne fortune et voici à quelle
occasion.
Monseigneur Lavigerie, évêque de Nancy, ayant or-
donné une révision des reliques de son diocèse, une
_64 —
question embarrassante se présenta tout d'abord. Les
têtes de saint Mansuy et de saint Gérard, tous deux
évêques de Toul, le premier au quatrième siècle, le
second au dixième, avaient été placées dans le même
reliquaire. Les étiquettes anciennes ayant été séparées
des restes qu'elles désignaient, il y avait à résoudre
une question d'identité. Monseigneur l'Evêque me
pria de me joindre à la commission d'ecclésiastiques
chargée par lui de l'examen des reliques, pour chercher
la solution de cette difficulté.
Ne connaissant pas l'histoire de ces deux saints, je
me rendis à la réunion sans aucune idée préconçue ou
plutôt avec la présomption que, dans une question de
cette nature, mon intervention n'aurait vraisemblable-
ment aucun résultat, relativement au point qu'il s'agis-
sait de résoudre.
Toutefois, lorsque les deux têtes dont il est ici ques6
tion furent mises sous mes yeux, je reconnus immédia-
tement l'une d'elles comme présentant le type gaulois
brachycéphale le mieux caractérisé, tel que le décrit
W. Edwards (1), tel que je l'ai observé sur des mil-
(1) W. Edwards, Des caractères physiologiques des races hu-
maines considérés dans leurs rapports avec l'histoire, Paris,
1829, in-8° p. 65. — D'après les observations faites par plusieurs
membres éminents de la Société d'anthropologie de Paris et no-
tamment par MM. Dareste, Pruner-bey, Lagneau, Rameau, etc.
(Mémoires de la Société anthropologique de Paris, t. 2, p. XXIX),
liers de tètes dans les charniers de Pagny-sur-Moselle,
de Bettborn, de Sarraltroff, d'Avricourt et plus récem-
ment dans le sol de l'église St-Epvre de- Nancy, qui
vient d'être démolie, tel enfin que je l'ai dépeint'dans
mon Etude ethnologique sur les origines des popu-
lations lorraines.
L'autre tête, extrêmement remarquable par sa con-
formation, est évidemment celle d'une autre variété hu-
maine et, me rappelant la description que Retzius a
donnée des têtes suédoises (1), j'ai soupçonné tout d'a-
bord qu'elle appartenait à l'une des races du nord de
l'Europe.
Or, on m'apprit, séance tenante, que saint Gérard
était Gaulois et saint Mansuy Ecossais. Mais la seconde
ce type ne serait ni le type celtique ou gaël, ni le type kymri, ca-
ractérisés l'un et l'autre par un crâne dolichocéphale, mais l'an-
cienne race qui peuplait notre patrie avant les invasions des Celles et
des Kymris. Or, en Lorraine, les têtes brachycéphales, semblables à
celles du saint dont il est ici question, appartiennent à peu près ex-
clusivement aux populations des campagnes et sont de beaucoup do-
minantes dans nos grandes villes, telles que Metz et Nancy. W.Ed-
wards a constaté le même fait en Bourgogne, dans le: Lyonnais, le
Dauphiné, la Savoie jusqu'au mont Cenis (Ibidem, p. 63). Il faut
donc en conclure que l'ancienne population de ces provinces, ainsi
que celle de la Lorraine, n'a pas été refoulée par les invasions cel-
tique et kymrique, mais qu'elle a absorbé à peu près complétement
ses vainqueurs.
(1) A Retzius, Om formen of Nordboernes Cranier, Stockholm,
1843, in-8°, p..3.