Femmes du peuple de Nancy et les prisonniers français...

Femmes du peuple de Nancy et les prisonniers français...

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Français
14 pages

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impr. de N. Collin (Nancy). 1872. In-8° , 15 p..
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Publié le 01 janvier 1872
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Langue Français
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P, GUYOT.
LES
FEMMES DU PEUPLE
DE NANCY
ET LES
PRISONNIERS FRANÇAIS
BROCHURE DÉDIÉE AUX FEMMES DE NANCY
et rendue au profit de la Souscription pour la libération du territoire
NANCY
TYPOGRAPHIE DE N. COLLIN, RUE DE GUISE, 21
1872
Nancy. — Imprimerie de N. COLLIN, rue de Guise, 21
AUX FEMMES DU PEUPLE NANCEIEN
Je vous dédie ces quelques lignes, à vous qui avez tant
souffert pendant l'invasion ; qui souvent vous êtes enlevé le
pain de la bouche pour le donner à nos soldats prisonniers.
Vous offrir cette brochure, en la mettant en vente au profit
de la souscription nationale, c'est ajouter en votre nom une
nouvelle offrande à celles déjà si grandes que vous avez faites
à la patrie.
P. GUYOT.
Nancy, janvier 1872.
I.
Qui donc en France, si ce n'est en Eurone, n'a su que
le 12 août 1870, vers quatre heures de l'après-midi,
quatre uhlans sont entrés à Nancy. C'est ce qui fit dire à
un député de l'ex-chambre impériale : la capitale de la
Lorrains fut prise par quatre hommes ; après lui,
chacun dans les provinces à l'abri de l'invasion répéta la
même phrase, si bien que clans le nord, le midi et l'ouest
de la France, lorsque pendant la campagne, un soldat
nancéien arrivait chez son hôte, on lui jetait à la face ces
mots : Nancy est la ville des lâches.
Je n'ai pas aujourd'hui à ramener à sa propre valeur,
cette insultante calomnie, car bonne justice en a été faite
officiellement et officieusement., mais surtout par les
souffrances morales de la population de cette ville, sa
conduite toujours si digne et sa charité poussée en plu-
sieurs cas jusqu'à l'héroïsme, par le nombre de ses enfants
qu'elle envoya, volontaires même après l'invasion, rejoin
dre les armées actives ou auxiliaires et enfin dernière-
ment en prenant l'initiative d'un appel à la France pour
la libération du territoire et en donnant elle-même l'exem-
ple en réunissant en quelques jours une somme d'un
million.
Depuis quelque temps, la ville moins étranglée par le
corset de fer que lui a mis l'étranger, peut respirer ; elle
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a pu jeter un coup d'oeil sur ce qui s'est passé chez elle
pendant les jours d'oppression et elle a découvert quan-
tité d'actes de vertus, de preuves touchantes de dévoue-
ment dont presque toujours les femmes étaient les auteurs
et elle les en a chaleureusement remerciées. Jamais elle
ne fit mieux, car si les souffrances furent grandes au
pays, les femmes en prirent leur bonne part et elles
mirent en oeuvre toutes leurs facultés pour les soulager.
Le récit a été fait de tous les actes de la charité publique,
charité collective, qui fut bien féconde, car les sociétés
qui se formèrent pour travailler au soulagement des pri-
sonniers français réunissaient dans leur sein l'élite de la
société nancéienne : honneur donc et merci une fois de
plus à toutes celles qui consacrèrent leurs journées en-
tières et quelquefois leurs nuits à cette oeuvre patriotique ;
à celles dont les salons servaient d'ateliers et les maisons
de magasins où l'on réunissait ce qui était nécessaire au
soulagement de ces misères inouïes. Mais à côté de cette
charité collective dont les résultats quoique bien puis-
sants laissaient encore bon nombre d'infortunes, il s'en
produisit une autre dont les actes privés, spontanés et
parfois sublimes ne furent généralement connus que d'un
petit nombre de témoins et eurent pour auteurs presque
toujours des personnes de position modeste, plus que
modeste quelquefois, des femmes du peuple en un mot.
De ces femmes je vais écrire ; quelques lignes, tâcher
de retracer quelques faits dont je fus le témoin et consi-
gner ici quelques-uns de leurs actes des plus héroïques.
Que leur modestie me permette ce que je vais dire, car
quelque soit l'éloge que l'on fasse d'elles, il sera toujours
bien au-dessous de la vérité et surtout de la reconnais-
sance qui leur est acquise dans le coeur des prisonniers
qui, en ayant eu le malheur d'être perdus pour la défense