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Feval habits noirs 7

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Paul Féval LES COMPAGNONS DU TRÉSOR LES HABITS NOIRS Tome VII Le National, 15 juin 1870 – 22 février 1872 Paris, E. Dentu, 1872 Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières Première partie Étonnante aventure de Vincent Carpentier ..6 I La santé de Vincent ...................................................................7 II Au dessert............................................................................... 19 III Voyage mystérieux................................................................27 IV Le commencement de la besogne.........................................38 V Naissance d’une idée fixe .......................................................46 VI La maison de Vincent ...........................................................56 VII Fanchette .............................................................................66 VIII Le salon de la comtesse...................................................... 77 IX La mère Marie-de-Grâce87 X Irène........................................................................................96 XI Une paire de modèles .........................................................106 XII L’inconnue ..........................................................................116 XIII Le tableau de la galerie Biffi ............................................ 125 XIV L’aventure de Reynier ...................................................... 135 XV Les deux portraits .............................................................. 145 XVI Bamboche et le marchef................................................... 155 XVII Le départ de Vénus ......................................................... 164 XVIII Le pacte.......................................................................... 175 XIX La maison de Vincent.......................................................184 XX Triomphe de l’idée fixe ...................................................... 194 XXI Celui qui trompe les deux ............................................... 204 XXII Aux écoutes .....................................................................214 XXIII Escalade.........................................................................224 XXIV Pris au piège...................................................................234 XXV Trésor antique .................................................................243 XXVI Trésor moderne .............................................................253 XXVII La voix du vengeur .......................................................263 XXVIII Le parricide .................................................................273 XXIX Le changement de peau................................................ 284 XXX À dodo ! ...........................................................................293 XXXI Barricades ..................................................................... 303 XXXII Potage servi par Roblot 313 XXXIII Le fond de la tasse ......................................................324 XXXIV Le nouveau colonel .....................................................335 XXXV Père et fille ....................................................................345 XXXVI La fuite.........................................................................356 XXXVII L’orage .......................................................................366 XXXVIII La disparition ...........................................................379 XXXIX La chambre du mort .................................................. 388 XL Où l’on entend parler de Vincent Carpentier................... 398 Deuxième partie Histoire d’Irène ....................................... 405 I Monsieur et madame Canada .............................................. 406 II La confession d’Échalot ...................................................... 420 III Le cavalier Mora .................................................................429 IV Plein panier de mystères.....................................................439 V La lunette d’approche...........................................................449 VI Coup monté........................................................................ 460 VII Reynier pris au piège.........................................................470 VIII La chambre d’Irène 483 IX La lettre de Vincent Carpentier ..........................................494 X La comtesse Marguerite...................................................... 508 XI Le fiacre............................................................................... 517 XII Entre deux eaux.................................................................527 – 3 – XIII La puissance de Marguerite.............................................538 XIV Condamné à mort.............................................................548 XV Départ d’Irène....................................................................559 XVI Serrure sans clef ...............................................................569 XVII Chez le cavalier Mora..................................................... 580 XVIII La lettre..........................................................................592 XIX Le cœur d’Irène 603 XX Madame Canada à la découverte ...................................... 619 XXI Mystère du Père-Lachaise................................................633 XXII Deux momies ..................................................................644 XXIII Fin de l’histoire du cimetière ........................................654 XXIV Irène et Reynier .............................................................665 XXV La mère de Reynier .........................................................675 XXVI Le truc de l’ours687 XXVII Le bûcher......................................................................697 XXVIII Dans le bûcher ............................................................707 XXIX La descente .................................................................... 719 XXX La poursuite727 XXXI Coup de stylet ................................................................734 XXXII L’attaque du trésor.......................................................743 XXXIII Le sanctuaire............................................................... 751 XXXIV La foudre .....................................................................772 À propos de cette édition électronique................................. 779 – 4 – Le cycle des Habits Noirs comprend huit volumes : * Les Habits Noirs * Cœur d’Acier * La rue de Jérusalem * L’arme invisible * Maman Léo * L’avaleur de sabres * Les compagnons du trésor * La bande Cadet – 5 – Première partie Étonnante aventure de Vincent Carpentier – 6 – I La santé de Vincent Vers le commencement du règne de Louis-Philippe, au mi- lieu de Paris, agité par les conspirations républicaine et légiti- miste, il y avait une maison, austère et calme comme un cloître. Le bruit et le mouvement l’entouraient, car elle était située non loin du Palais-Royal, à quelques pas du passage Choiseul, où se réunissaient alors, dans le même local, une goguette de « joyeux » vaudevillistes et un des plus célèbres parmi les conci- liabules politiques. Mais ni l’écho des harangues, ni le refrain des chansons n’arrivaient jusqu’à cet asile, respecté à l’égal d’un sanctuaire et que la solitude de la rue Thérèse semblait abriter contre tous les tapages de la comédie humaine : clameurs de colère ou cris de plaisir. Ah ! qu’il était glorieux alors, le toupet du roi-citoyen ! Et son chapeau gris ! Et son parapluie ! Je ne crois pas qu’il y ait eu de souverain plus populaire que Louis-Philippe d’Orléans. Son portrait était à la fois dans tous les journaux à images et sur tou- tes les murailles, un portrait qui représentait magistralement une grosse poire, déguisée par une paire de favoris anglais et qui était d’une frappante ressemblance. On s’amusait avec ce cher roi, tout doucement, sans fiel, à la bonne franquette ; on l’appelait « M. Chose » ou « M. Untel », ou encore « La meilleure des républiques » ; son fils aîné n’était connu que sous le nom de Poulot ; on avait fait à sa sœur la ré- putation de boire des petits verres : tout le monde lui tapait amicalement sur le ventre, en l’accusant de voler aux Tuileries – 7 – comme dans un bois et d’avoir accroché, par une nuit bien noire, le cou de son vieil oncle, le dernier Bourbon-Condé, à l’espagnolette d’une fenêtre de Saint-Leu pour procurer une po- sition au petit duc d’Aumale, charmant enfant d’ailleurs et fort intelligent. C’était le bon temps. La Mode, Le Charivari, La Caricature gagnaient un argent fou ; l’hiver, les gamins faisaient des ci- trouilles de neige qui étaient encore le portrait du roi et qu’on décorait de la fameuse légende : Gros-gras-bête. N’est-ce pas là le comble de la popularité ? Il n’y avait à Paris qu’un seul homme plus caressé, plus vi- lipendé que le roi. C’est un philanthrope, connu sous le nom du « Petit-Manteau-Bleu » et dont les cinq parties du monde se moquaient à cœur joie parce qu’il distribuait des soupes aux pauvres dans le quartier des Halles. Le fait de distribuer des soupes constitue-t-il donc un crime ou une incongruité ? Je ne sais pas, mais j’ai toujours vu ceux qui donnent suspectés, mis à la question et en définitive exécutés par ceux qui ne donnent pas. C’est tout simple. Ceux qui ne donnent pas forment l’immense majorité. Mais voyez, cependant, le pouvoir de la vraie, de la haute vertu : dans cette paisible maison de la rue Thérèse habitait un saint vieillard, qui faisait bien autre chose que de distribuer des soupes. Il avait institué lui tout seul, et grâce à sa fortune consi- dérable, un établissement de secours qui fonctionnait réguliè- rement comme les bureaux de l’assistance publique. – 8 – Seulement il fonctionnait bien mieux : nul n’aura de peine à me croire. Peu à peu, quelques personnes éminentes, mais discrètes, s’étaient jointes à ce vieillard pour former l’admirable comman- dite de la charité. C’était un service organisé ; la maison avait ses visiteurs, chargés du contrôle, ses employés qui recevaient et classaient les demandes. Ici, du matin jusqu’au soir, on travaillait à donner, comme ailleurs on s’efforce pour recevoir. Cela se faisait sans faste ni affichage, mais cela se faisait au vu et au su de tout le monde. Eh bien ! que ceci soit dit à la louange de Paris, loin d’insulter le colonel Bozzo-Corona, patron de ce merveilleux office, Paris l’honorait et le respectait, ainsi que son intelligent secrétaire général M. Lecoq de la Périère. Paris daignait ne point s’opposer à leur œuvre, d’autant plus utile qu’elle s’adressait, disait-on, à une classe d’indigents à qui le malheur conseille trop souvent le crime. Le colonel Bozzo et son auxiliaire, actif, adroit comme un diplomate de la police, sondaient les profondeurs de la grande ville pour y plonger le bienfait. Paris n’est pas toujours content quand on le sauvegarde ; mais par hasard Paris se laissait ici protéger sans se fâcher, et l’hôtel de la rue Thérèse était partout en odeur de vénération. Le samedi 2 octobre 1835, un peu après cinq heures du soir, un vieillard de haute taille, enveloppant sa maigreur fri- leuse dans une ample douillette, quittait le rez-de-chaussée de – 9 – l’hôtel, occupé par les bureaux et montait d’un pas pénible et lent le grand escalier conduisant aux appartements du premier étage. Il s’appuyait au bras d’un homme jeune encore, à la phy- sionomie hardie et gaie, qui portait gaillardement un costume taillé à la dernière mode, en fort beau drap, mais où les couleurs se choquaient selon une gamme un peu trop voyante. C’était le colonel Bozzo et son fidèle alter ego, M. Lecoq, qui venaient de quitter leur travail quotidien, chacun d’eux pou- vait dire assurément comme Titus : « Je n’ai pas perdu ma journée. » Le colonel semblait parvenu déjà aux dernières limites de l’âge : nous disons déjà parce qu’il devait vivre encore long- temps ; mais nous ajoutons que ceux qui le connaissaient depuis vingt ans ne l’avaient point vu vieillir. Sous la restauration, on lui donnait plus de quatre-vingts ans déjà. M. Lecoq était entre la trentième et la quarantième année, solidement pris dans sa taille robuste, et portant sur ses épaules carrées une figure un peu commune, mais singulièrement avi- sée. Ses lunettes d’or lui allaient comme si c’eût été un trait de son visage, et l’on eût été fâché de le rencontrer sans le gros pa- quet de breloques qui battait sur son pantalon écossais, enflé à la ceinture par un commencement d’embonpoint. – Nous avons distribué 4329 francs aujourd’hui, dit Lecoq, pendant que le colonel soufflait entre la première et la seconde volée. – C’est samedi, fit observer le vieillard, en façon d’apologie. – 10 –