Franc langage : satire politique / par M. Henry Dehault

Franc langage : satire politique / par M. Henry Dehault

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16 pages

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Amyot (Paris). 1851. 15 p. ; in-8.
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Ajouté le 01 janvier 1851
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Langue Français
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FRANC LANGAGE
SATIRE a?<OMT3:<~r~
PAR
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.-- Revision! Révision !
JJriï : 50 cfntimrs
PARIS : AMYOT, RUE DE LA PAIX
8 1851 ,
FRANC LANGAGl
Révision ! Révision !
0 république ! en vain aux regards stupéfaits
Ton effigie étale une foule d'attraits,
En vain des épis d'or parmi tes cheveux brillent,
Tes costumiers en vain très-décemment t'habillent,
En vain tu te fais voir avec des seins féconds
Promettant au pays d'inépuisables dons,
En vain sur le palais, la caserne et l'église
On grave en ton honneur une sainte devise ;
Je te hais! Je confesse, en toute humilité,
Qu'autrefois de t'aimer j'eus l'ingénuité.
Comme un chaland naïf d'après une étiquette
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-2-
Jugeant crédulement d'un objet qu'il achète,
Je fus séduit jadis, juvénile candeur!
Par ta vertu d'enseigne et ton charme trompeur.
Mais mon erreur fut courte ; et tout homme sincère
Qui reste encore épris d'une telle chimère,
Tôt ou tard détrompé, maudira, comme moi,
L'idole dans laquelle à présent il a foi.
Au triste aveuglement de quelques cœurs honnêtes,
A l'exaltation de quelques jeunes têtes
Il est un terme; et, bien que sans mauvais motifs,
Si ces rêveurs tenaient des discours subversifs,
La justice contre eux sévirait, je l'espère.
N'allez pas m'accuser d'un vœu par trop sévère;
Je ne désire point qu'on les déporte, oh 1 non :
A deux pas de Paris nous avons Charenton.
Contre la république, hëlas ! est-ce la peine
D'énumérer ici les causes de ma haine ?
L'égoïsme jaloux n'est pas mon conseiller.
Mes griefs, ce sont ceux du pays tout entier,
Et chacun peut d'avance en dérouler la liste.
Je parlerai pourtant. Rarement on résiste
Au douloureux plaisir de soulager son cœur
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Par une plainte amère ou par un cri vengeur.
Et d'abord ne voyez rien de systématique
Dans mon aversion contre la république.
Si Dieu rendait parfait le pauvre genre humain,
Pour ma part, je serais fervent républicain.
Je n'ai donc point horreur du mot pris en lui-même,
Mais ce que je déteste, et d'une force extrême,
Ce que je veux flétrir sans pitié dans ces vers,
Ce sont les intrigants et ce sont les pervers
Patronant de ce mot leurs criminelles trames
Et le faisant servir à des projets infâmes.
C'est de vous que je parle, hommes dont le talent
Consiste dans un style abject et violent ;
Libellistes remplis de haine et d'amertume,
Ainsi que d'un stylet vous armant d'une plume;
Politiqueurs des clubs et des estaminets
De la calme sagesse ennemis acharnés ;
Orateurs furibonds, vous faisant une gloire
D'exciter les hourras d'un grossier auditoire ;
Troupeau de mécontents, tourbe d'ambitieux,
Toi de la dictature en secret désireux
Et voulant mériter, ô folie incroyable !
De l'avocat d'Arras le renom exécrable ;
Toi plat provincial de moins de gloire épris,
Attendant qu'une émeute ensanglante Paris
Et qu'enfin le tocsin sonne l'heure opportune
Pour te faire nommer maire de ta commune.
0 meneurs du parti, que je vous connais bien !
A l'instar de Babœuf, pour chaque citoyen
Vous demandez, dans un jargon humanitaire,
Égale portion de pécule et de terre.
Mais ce n'est pas pour vous que vous faites ce vœu ;
Le brouet social vous satisferait peu.
Au vulgaire laissant un partage si mince,
Comme au temps de Ledru, vous iriez en province
Sous couleur d'opérer le grand nivellement,
Aux dépens du budget vivre princièrement.
Oui, je vous connais bien ! en de secrets repaires
Vous rassemblez sans bruit les amis et les frères
Et vous les excitez au combat, pour asseoir
Sur des débris sanglants votre odieux pouvoir.
Pourtant,bien qu'en discours vous soyez tous fort braves,
Quelques-uns d'entre vous s'enferment dans les caves,
Quand sur la barricade, où leurs voix l'ont poussé,
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Un plomb mortel atteint l'émeutier insensé.
Oh ! oui, je vous connais. Toujours votre langage
Est dicté par l'envie et respire l'outrage :
Plaisants réformateurs, c'est un crime à vos yeux
Que d'être riche, illustre ou d'avoir des aïeux ;
Parfaits logiciens, vous voulez qu'on détruise
Tout ce qui se refuse à votre convoitise.
De cela, quant à moi, je ne m'étonne pas.
Chaque siècle a produit des instincts aussi bas.
Mais ce qui me révolte et ce qui me surpasse,
C'est que l'on ait assez d'impudence et d'audace
Pour couvrir du manteau de la fraternité
Les passions d'un cœur par l'orgueil tourmenté
L'orgueil! oh! jamais mieux que chez un démagogue
Ne s'en offrit la bosse au doigt du phrénologue.
Aussi, dans ce parti, tout saugrenu rhéteur,
D'un plan impraticable excentrique inventeur,
Prétend que sa doctrine est la seule parfaite,
La prêche sur les toits et se pose en prophète.
De tels fous sont nombreux ; mais, grâce à Dieu, chacun
Pour juger ses rivaux montrant du sens commun ,
Tout chef de secte, avec force cris et blasphèmes,