Garde à vous ! ou le Cri de la sentinelle aux théâtres de Paris, par M. Dupuis-Dumarsais
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Français

Garde à vous ! ou le Cri de la sentinelle aux théâtres de Paris, par M. Dupuis-Dumarsais

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Description

Dondey-Dupré père et fils (Paris). 1829. In-8° , 32 p..
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Publié le 01 janvier 1829
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Langue Français

GARDE A VOUS!
ou
LE CRI DE LA SENTINELLE
AUX THEATRES DE PARIS.
PARIS. — IMPRIMERIE, DE DONDEY-DUPRE,
Rue Saint-Louis, N° /fô, an Maiais.
ou
LE CRI DE LA SENTINELLE
AUX THEATRES DE PARIS;
PAU. M. DUPTJIS DUMARSAIS.
Fiuat cum versu senlentia !
PARIS.
DONDEY-DUPRE PERE ET FILS, IMP.-LIB. ,
Rue S'-Louis , N° 46 , et rue Richelieu , K° 4? bis •
DELAUNAY, PALUS-ROYAL;
MONGIE, BOTJLEVART DES ITALIENS.
1829.
on
LE CRI DE LA SENTINELLE
AUX THÉÂTRES DE PARIS.
DIGUE objet des travaux de nos brillans aïeux,
Le théâtre aujourd'hui règne sur leurs neveux;
Et, docile à nos goûts, la baguette des fées
Semble avoir enfanté ces magiques palais
Où Thalie, abrégeant le cours de nos soirées,
Un tarifa la main accueille ses sujets.
Mais de la déité l'avare tyrannie
Lève sur leurs plaisirs de bien rudes impots ;
Et si l'on veut parfois oublier tous ces maux
Qui de maint pauvre diable empoisonnent la vie,
Cruelle alternative ! étouffant la clameur
D'un estomac brutal et sans philosophie,
Pour s'amuser le soir il faut dîner par coeur.
Aussi, j'en fais l'aveu : quand je lis Démosthènes,
Ce qui me frappe, moi, c'est de voir qu'on entrait
Moyennant une obole aux spectacles d'Athènes,
m- 6 ^-.
Et ce peuple léger, sourd à son intérêt,
Sur ce point là, du moins, mieux que nous l'entendait.
Si, jaloux d'obtenir un poste favorable,
Sans daigner achever mon modeste repas, . . .
Au moment du dessert j'abandonne la table,
Et, la montre à la main, précipite mes pas :
Grand Dieu ! que vois-je ? 6 foule, 6 foule épouvantable,
Où chacun à l'étroit gémit emprisonné.^ ;,
Où d'hostiles voisins peut-être enviroanojt ' '
Tandis qu'à mes dépens une main diligente
Exercera sans bruit un utile loisir,
Il me faudra payer de trois heures d'attente
Cet instant fugitif où m'attend le plaisir.
On ouvre cependant, et tout droit au parterre,
Au bout d'un siècle entier, croyant toucher au port,
J'arrive : prudemment écartons-nous d'abord
Du groupe belliqueux dont la mine guerrière,
Les longs bras, la voix forte et les robustes mains
Révèlent ces héros, ces modernes romains
Qui gratis du théâtre ont dépassé les portes,
Et, dans leurs rangs serrés enchaînant.les destins,
Retracent des Césars les fameuses cohortes..
$©• 7 -^
Fidèle partisan d'une franche gaite,
Où brille par éclairs la mordante satire,
Pour dérider un front trop souvent attristé,
C'est aux Variétés que je m'apprête à rire.
O voeux bientôt déçus ! téméraires projets !
Plus de ces mots piquans, plus de ces réparties
Dont l'aimable Momus enrichit ses couplets.
Doubles sens effrontés, lourdes bouffonneries,
Trop fidèles tableaux, gestes souvent trop vrais,
Voilà de ce séjour les riantes folies;
Et si je vois briller, parmi tant de longueurs,
D'une heureuse gaîté quelques pâles lueurs,
Il me faut, habitant d'une zone nouvelle,
Dont l'atmosphère pèse à mon esprit rebelle,
Voir passer, habillés d'ennuyeux calembourgs,
Tous les sales propos qu'on débite aux faubourgs..
S'il en est tems encore, et grâce au voisinage,,
Allons vite, au Gjmnase allons porter nos pas.
Des halles et des ports les moeurs et le langage,,
Le ciel en soit loué ! ne m'y poursuivront pas.
Le bon goût y savoure avec délicatesse
Ces petits mots, ces riens pétillant de finesse,
Ces traits de sentiment dont la douce chaleur
&• 8 -m
Dans le coeur prend naissance et va toucher au coeur.
Point de gaîté bruyante : un charmant badinage,
Que gâte un peu d'apprêt et de marivaudage,
N'y provoquent jamais de bien joyeux éclats ;
Mais un piquant sourire a de plus doux appas;
Quand soudain, contre nous employant d'autres armes,
A quelque mot touchant l'auteur nous attendrit,
Et d'un choc imprévu surprenant notre esprit,
Au sourire lui-même emprunte encor des larmes.
Des larmes ! mais vraiment où suis-je? Il me semblait
Que notre auteur avait du nom de vaudeville
Baptisé cet enfant de sa verve facile,
Et s'il m'en souvient bien, mon oreille en effet
A cru de loin en loin distinguer un couplet.
Un couplet, quel effort ! voilà bien, ou je meure,
Un joyeux vaudeville ! oui, joyeux? on y pleure ;
C'est un drame plutôt, et pour pleurer, ma foi,
Je n'avais pas besoin de sortir de chez moi.
En vain me suis-je armé de cet arrêt sévère :
O Scribe, à ton nom seul expire ma colère.
Que tes tableaux sont pleins de grâce, de fraîcheur!
Et si parfois, cherchant à remuer ce coeur
Dont tu nous veux tracer l'énergique peinture,
Tes pinceaux égarés allèrent la nature,
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Le public , caressant un mensonge si doux,
Au charme s'abandonne, et l'auteur est absous.
Ainsi donc je m'apaise en faveur du Gymnase.
Légers, mais mesurés, éloquens sans emphase,
Ses acteurs, possédant les grâces du salon,
Savent déguiser l'art sous un air d'abandon.
Qui pourrait, insensible à leur verve entraînante,
Supporter désormais le débit ampoulé
De maint acteur chétif qui, de vent tout gonflé,
Etonne, au boulevard, une foule ignorante ?
Qui, d'un air furibond, faisant tonner les mots,
Ne s'échauffe jamais, ou jamais à propos;
Dont le maintien, l'organe et les traits sans noblesse
Contrastent plaisamment avec tous ces hauts noms
De rois, de généraux, déjuges, de barons,
Que le plus mince auteur dispense avec largesse.
Ah ! je respire enfin , il me tardait vraiment
De rendre un juste hommage à ce rare talent,
Et même en cet instant, malgré moi, je regrette
De n'avoir point encor soldé toute ma dette ;
Ce noble but lui seul m'eût inspiré des vers,
Et quand, pour ranimer une débile muse,
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Tel auteur se met l'ame et l'esprit à l'envers,
La mienne à ce doux soin se délasse et s'amuse.
Sur la toile où ma main a dépeint ces acteurs
Faut-il du mélodrame essayer les couleurs ?
Le mélodrame, hélas!... à ce nom redoutable
Qui ne s'est figuré ce monstre théâtral,
Ce monstre comico-tragico-musical,
Larmoyant et chantant, plaisant et lamentable,
Qu'on voit, au premier acte, obscur et tortueux,
Parmi les noirs complots, les feintes confidences,
Et d'une amante en pleurs les longues doléances,
Suivre en dissimulant un chemin ténébreux ;
Promener un niais dont la figure blême
Paraît moins fade encor qu'il n'est fade lui-même,
Et pour finir le tout par un grand coup d'éclat,
Descendre le rideau sur un assassinat ;
Qui, sur les bords fleuris d'une rive champêtre,
Lorsqu'un acte nouveau vient à nos yeux paraître,
Aux doux sons du hautbois, du léger galoubet,
Déploie à nos regards les pompes d'un ballet ;
Quand soudain, ranimant et les cris et les larmes ,
Et mêlant à ces jeux le tumulte des armes,
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Il ordonne à grand bruit une arrestation,
Amène, au troisième acte , une accusation,
Un cachot et des fers, un interrogatoire
Gaîment assaisonné de termes de grimoire,
Où, brûlant de tout dire et ne pouvant parler,
Le juste à son devoir est près de s'immoler,
Jusqu'au tardif instant, marqué par la vengeance,
Qui fait dans tout son jour éclater l'innocence,
Et nous montrant enfin le méchant abattu,
Sur sa juste ruine élève la vertu !
Mais c'est trop répéter l'éternel persifflage
Dont ce bon mélodrame est l'éternel objet.
Blâmer, toujours blâmer, c'est un triste partage ;
Monsieur le satirique, un instant, s'il vous plaît ;
Encouragez du moins cette rivale altière,
Qui, de ses vieilles soeurs abandonnant l'ornière,
Des Goethe, des Schiller emprunte les pinceaux,
Et, traçant à grands traits d'énergiques tableaux,
A nos essais découvre une immense'carrière.
Évitons, toutefois, que le juste besoin
D'inventer, de créer, ne nous mène trop loin ,
Et n'oublions jamais qu'il est dans la nature
Des monstres dont nos yeux redoutent la peinture ;
De ces égaremens dont l'effrayante horreur
D'une ame honnête et pure outrage la pudeur,
Et que des assassins le féroce langage,
S'il ne dégoûtait point une muse sauvage,
Doit être avec mépris à jamais repoussé
Loin du goût délicat d'un peuple policé.
Je vois aux Nouveautés la pâle Valentine,
Dont le printems flétri vers la tombe s'incline,
A nos yeux étalant ses regrets douloureux,
Sa cruelle agonie et ses derniers adieux.
Ce tableau n'offre rien dont la vertu s'offense ;
Mais l'auteur en est-il plus digne d'indulgence?
J'avais cru jusqu'ici, dans mon bon sens épais,
Que, s'armant à propos d'un adroit artifice,
La scène avait pour but de dépouiller le vice
Du masque mensonger dont il pare ses traits ;
Pourquoi donc, sans raison excitant cette flamme
Que la tendre pitié nourrit au fond des coeurs,
Lorsque tant d'ennemis ont assiégé notre ame,
Du corps humain lui seul explorer les douleurs ?
Pourquoi de l'homme ainsi détruire le courage
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A l'aspect de ces maux qu'il ne saurait guérir ?
La mort n'a pas besoin, hélas ! d'apprentissage,
Et qui vit sagement en sage sait mourir.
S'il n'est aucun travers que ma muse ne fronde,
Prêt à porter plus loin ma course vagabonde,
Je veux sur ce théâtre ajouter quelques mots :
Qu'il prétende imiter, surpasser ses rivaux,
Gardons-nous sur ce point de lui chercher dispute,
Et parfois le succès couronne ses travaux.
Mais qui veut trop oser est bien près de sa chute.
Désertant à son tour le sentier plein d'appas
Où, la marotte en main, le riant vaudeville,
Couronné des présens d'une terre fertile,
Parmi les fleurs aimait à prendre ses ébats,
Vers un plus noble but il a porté ses pas.
De l'Opéra-Comique étroite succursale,
A-t-il espoir d'atteindre une gloire rivale,
Et doit-il, écoutant sa folle vanité,
A des rêves trompeurs immoler sa gaîté ?
Puisse-t-il démentir ma prudence craintive !
Du joyeux vaudeville enfant abâtardi,
Indigne nourrisson de sa mère adoptive,