Gare à l

Gare à l'Empire / Jean Pilori

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15 pages

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A. Lévy (Paris). 1871. In-8°, 15 p..
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Ajouté le 01 janvier 1871
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Langue Français
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Prix : 15 centimes
JEAN PILORI
Gare à l'Empire !
PARIS
A. LÉVY, ÉDITEUR
16, RUE DU CROISSANT, 16
1871
Gare à l'Empire!
Paris, 20 septembre 1871.
Pas de préambule; des faits !
Le moment est grave, l'heure est solennelle.
Semblable à ces vautours qui volent en tournoyant
autour du moribond, en attendant que le moribond soit
devenu cadavre, une tourbe effroyable, toute prête à
s'abattre sur la France, guette dans l'ombre la proie
convoitée.
Sedan, avions-nous cru, était le dernier mot de l'Em-
pire.
Eh bien ! non. L'Empire, semble-t-il, n'avait pas tout
dit.
Les rênes du pouvoir, tombées dans la boue sanglante
du champ de bataille transformé en champ de la honte,
ont beau être souillées, déchiquetées, avilies...
Il est encore des mains prêtes à les ramasser, pour
tenter d'en essuyer la fange et d'en raccommoder les
morceaux.
Prenons garde !
Après les secousses terribles que nous avons subies,
après la crise effroyable d'où nous sortons à peine,
notre pays est un convalescent qui ne peut que marcher
avec difficulté.
Un faux pas est bien vite fait.
Et sur la pente infâme où nous pourrions glisser, le
spectre de l'Empire erre inquiet, attentif, attendant au
passage...
Quoi?
Demandez-le donc à Bonaparte et aux siens !
Demandez-leur pourquoi leurs émissaires sillonnent
la province.
Pourquoi dans nos campagnes on voit défiler chaque
jour, transformés en courtiers de plébiscite, les anciens
hôtes les plus retors de la rue de Jérusalem.
Pourquoi, semant l'or à pleines mains, les séides du
régime déchu appuient leurs arguments de promesses
pompeuses.
Pourquoi, autour des casernes, on aperçoit des indi-
vidus à face patibulaire qui, comme ces agents des in-
dustries honteuses, accostent furtivement le passant, le
brave soldat sans défiance, et glissent dans son oreille
d'incohérentes paroles, dans ses doigts des petits livres
mystérieux.
Pourquoi ?
-5-
Allons ! quémandeurs sans vergogne, passez au
large !
Vous retardez de vingt ans ; vous nous rappelez une
date que nous voudrions oublier,
Le 2 Décembre 1851.
Passez au large, vous dis-je ; on vous a déjà donné.
Bizarres prétentions ! singulière propagande !
Ces hommes-là, vraiment, ne doutent plus de rien,
— depuis que, par une nuit froide et sombre, étran-
glant notre France dans un de ces guet-apens comme
en savent dresser les brigands dans les défilés des
Abruzzes ils ont, sur des montagnes de cadavres, esca-
ladé le pouvoir.
Ils ont des émissaires à gage, des pamphlétaires à
gage, des espions à gage-, à gage aussi des jongleurs
politiques et des faiseurs de journaux.
Ils ont des souteneurs assermentés qu'ils paient pour
prendre leur défense, des thuriféraires convaincus qu'ils
paient pour ressusciter les admirations éteintes, des
partisans à la course et à l'heure qu'ils paient pour ré-
chauffer les cendres refroidies.
Leur levier, c'est l'argent.
Leur arme, la corruption.
Et ils s'agitent, se remuent, se démènent, s'escriment
des pieds et des mains et font le diable à quatre pour
ressaisir leur puissance perdue.
Celui qu'aux Tuileries on nommait sire, et que Mar-
guerite Bellangé appelait son doux seigneur, cont
— 6 —
encore la France comme il la convoitait lorsqu'il était
le prince-président.
Et, ne riez pas...
Le Napoléon de carton qui, dans l'orgie de vin et de
sang du coup d'État, cherchait à crocheter les portes
de la postérité, quand Hugo lui criait :
Non, tu n'entreras pas dans l'histoire, bandit !
Le commandant en chef, que son génie militaire et
son superbe courage ont amené à rendre à Guillaume
de Prusse son épée vierge ;
Ce sabre qu'au besoin il saurait avaler...
Cet homme a encore des flatteurs !
Ouï.
Notre pays infortuné est tombé assez bas pour qu'il
s'y rencontre encore des personnages qui, s'affublant
du titre de Français, secouent sous le nez de César ex-
imperator l'encensoir éventé de leurs flagorneries.
Un de ces malheureux, dans un livre récent, énumère
les hauts faits de l'ère impériale, passe en revue les
guerres par lesquelles l'Empire a relevé la gloire de la
France.
Et savez-vous quelle épopée il cite parmi ces états de
service d'où notre prestige est sorti si éclatant?
La guerre du Mexique !.
Il faut qu'on se suppose fort pour déployer tant d'im-
pudence.