Germaine

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Extrait : L'assemblée se récria sur la naïveté du bonhomme qui enterrait ses écus tout vifs, au lieu de les faire travailler. Quinze ou seize exclamations s'élevèrent en même temps. Chacun dit son mot, trahit son secret, enfourcha son dada, secoua sa marotte. Chacun frappa sur sa poche et caressa bruyamment les espérances certaines, le bonheur clair et liquide qu'il avait emboursé le matin. L'or mêlait sa petite voix aiguë à ce concert de passions vulgaires~

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Nombre de lectures 33
EAN13 9782824711980
Langue Français
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EDMON D ABOU T
GERMAI N E
BI BEBO O KEDMON D ABOU T
GERMAI N E
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1198-0
BI BEBO OK
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Fontes :
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– Christian Spr emb er g
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
Les étr ennes de la duchesse
   de la r ue de l’Univ er sité , entr e le numér o 51 et le
57, on v oit quatr e hôtels qui p euv ent compter p ar mi les plusV b e aux de Paris. Le pr emier app artient à M. Pozzo di Bor g o ; le
se cond, au comte de Mailly ; le tr oisième , au duc de Choiseul ; le der nier
au bar on de Sanglié . C’ est celui qui fait l’angle de la r ue Belle chasse .
L’hôtel de est une habitation de noble app ar ence . La p orte
cochèr e s’ ouv r e sur une cour d’honneur soigneusement sablé e et tapissé e de
tr eilles centenair es. La log e du suisse est à g auche , caché e sous un lier r e
ép ais où les moine aux et les p ortier s babillent à l’unisson. A u fond de la
cour à dr oite , un lar g e p er r on, abrité sous une mar quise , conduit au v
estibule et au grand escalier . Le r ez-de-chaussé e et le pr emier sont o ccup és
p ar le bar on tout seul ; il jouit sans p artag e d’un vaste jardin b or né p ar
d’autr es jardins, p euplé de fauv ees, de merles et d’é cur euils qui v ont de
l’un chez l’autr e en pleine lib erté , comme s’ils étaient habitants d’un b ois,
et non cito y ens de Paris.
1Ger maine Chapitr e I
Les ar mes des Sanglié , p eintes à la cir e , se répètent sur tous les mur s
du v estibule . C’ est un sanglier d’ or sur champ de gueules. L’é cusson est
supp orté p ar deux lé v rier s et sur monté d’un tortil de bar on av e c cee
lég ende : SANG LI É A U RO Y . Une demi-douzaine de lé v rier s vivants, gr
oup és suivant leur fantaisie , s’ag acent au pie d de l’ escalier , mordillent les
vér oniques en fleur dans les vases du Jap on, ou s’aplatissent sur le tapis en
allong e ant leur tête ser p entine . Les valets de pie d, assis sur des banquees
de Be auvais, se cr oisent solennellement les bras, comme il convient à des
g ens de b onne maison.
Le 1 ᵉʳ janvier 1853, v er s les neuf heur es du matin, tous les domestiques
de l’hôtel tenaient sous le v estibule un congrès tumultueux. L’intendant
du bar on, M. Anatole , v enait de leur distribuer leur s étr ennes. Le maîtr e
d’hôtel avait r e çu cinq cents francs, le valet de chambr e deux cent
cinquante . Le moins fav orisé de tous, le mar miton, contemplait av e c une
tendr esse ine xprimable deux b e aux louis d’ or tout neufs. Il y avait des
jaloux dans l’assemblé e , mais p as un mé content, et chacun disait en son
lang ag e que c’ est plaisir de ser vir un maîtr e riche et g énér eux.
Ces messieur s for maient un gr oup e assez pior esque autour d’une
des b ouches du calorièr e . Les plus matineux avaient déjà la grande
liv ré e ; les autr es p ortaient encor e le gilet à manches, qui est la p etite tenue
des domestiques. Le valet de chambr e était tout de noir habillé , av e c des
chaussons de lisièr e ; le jardinier r essemblait à un villag e ois endimanché ;
le co cher était en v este de tricot et en chap e au g alonné ; le suisse , en
baudrier d’ or et en sab ots. On ap er ce vait çà et là , le long des mur s, un fouet,
une étrille , un bâton à cir er , une tête de loup , et des plume aux dont je ne
sais p as le nombr e .
Le maîtr e dor mait jusqu’à midi, en homme qui a p assé la nuit au club :
on avait bien le temps de se mer e à l’ ouv rag e . Chacun faisait d’avance
emploi de son ar g ent, et les châte aux en Esp agne allaient b on train. T ous
les hommes, p etits et grands, sont de la famille de Per r ee qui p ortait un
p ot au lait.
« A v e c ça et ce que j’ai de côté , disait le maîtr e d’hôtel, j’ar r ondirai
ma r ente viagèr e . On a du p ain sur la planche , Dieu mer ci ! et l’ on ne se
laissera manquer de rien sur ses vieux jour s.
— Parbleu ! r eprit le valet de chambr e , v ous êtes g ar çon ; v ous n’av ez
2Ger maine Chapitr e I
que v ous à p enser . Mais, moi, j’ai de la famille . A ussi, je donnerai mon
ar g ent à ce p etit jeune homme qui va à la Bour se . Il me trip otera quelque
chose .
— C’ est une idé e , ça, monsieur Ferdinand, r ep artit le mar miton.
Portez-lui donc mes quarante francs, quand v ous ir ez. »
Le valet de chambr e rép ondit d’un ton pr ote cteur : « Est-il jeune !
’ est-ce qu’ on p eut fair e à la Bour se av e c quarante francs ?
— Allons, dit le jeune homme en étouffant un soupir , je les merai à
la caisse d’ép ar gne ! »
Le co cher p artit d’un gr os é clat de rir e . Il frapp a sur son estomac en
criant : « Ma caisse d’ép ar gne , à moi, la v oici. C’ est là que j’ai toujour s
placé mes fonds, et je m’ en suis bien tr ouvé . Pas v rai, pèr e Altr off ? »
Le pèr e Altr off, suisse de pr ofession, Alsacien de naissance , grand,
vig our eux, ossu, p ansu, lar g e des ép aules, énor me de la tête , et aussi r
ubicond qu’un jeune hipp op otame , sourit du coin de l’ œil et fit av e c sa
langue un p etit br uit qui valait un long p oème .
Le jardinier , fine fleur de Nor mand, fit sonner son ar g ent dans sa main,
et rép ondit à l’honorable pré opinant : « Allais, mar chais ! ce qu’ on a bu, on
ne l’a plus. Il n’ est tel placement qu’une b onne cachee dans un vieux mur
ou dans un arbr e cr eux. Ar g ent bien enfouie , les notair es ne la mang ent
p oint ! »
L’assemblé e se ré cria sur la naïv eté du b onhomme qui enter rait ses
é cus tout vifs, au lieu de les fair e travailler . inze ou seize e x
clamations s’éle vèr ent en même temps. Chacun dit son mot, trahit son se cr et,
enfour cha son dada, se coua sa mar oe . Chacun frapp a sur sa p o che et
car essa br uyamment les esp érances certaines, le b onheur clair et liquide
qu’il avait emb our sé le matin. L’ or mêlait sa p etite v oix aiguë à ce concert
de p assions v ulg air es ; et le cliquetis des piè ces de vingt francs, plus
capiteux que la fumé e du vin ou l’ o deur de la p oudr e , eniv rait ces p auv r es
cer v elles et accélérait le baement de ces cœur s gr ossier s.
A u plus fort du tumulte , une p etite p orte s’ ouv rit sur l’ escalier , entr e le
r ez-de-chaussé e et le pr emier étag e . Une femme , vêtue de haillons noir s,
descendit viv ement les degrés, trav er sa le v estibule , ouv rit la p orte vitré e
et disp ar ut dans la cour .
Ce fut l’affair e d’une minute , et p ourtant cee sombr e app arition
étei3Ger maine Chapitr e I
gnit la joie de tous ces valets en b elle humeur . Ils se le vèr ent sur son
p assag e av e c les mar ques d’un pr ofond r esp e ct. Les cris s’ar rêtèr ent dans
leur g osier , et l’ or ne sonna plus dans leur s p o ches. La p auv r e femme avait
laissé der rièr e elle comme une traîné e de silence et de stup eur .
Le pr emier qui se r emit fut le valet de chambr e , un esprit fort.
« Sapristi ! cria-t-il, j’ai cr u v oir p asser la misèr e en p er sonne . V oilà
mon jour de l’an gâté dès le matin. V ous v er r ez que rien ne me réussira
jusqu’à la Saint-Sylv estr e . Br r r ! j’ai fr oid dans le dos.
— Pauv r e femme ! dit le maîtr e d’hôtel. Ça a eu des mille et des cents,
et puis v oilà ! i est-ce qui cr oirait que c’ est une duchesse ?
— C’ est son gueux de mari qui lui a tout mang é .
— Un joueur !
— Un homme sur sa b ouche !
— Un cour eur qui tr oe du matin au soir , av e c ses vieilles jamb es, à
la suite de tous les cotillons !
— C’ est p as lui qui m’intér esse : il n’a que ce qu’il mérite .
— Sait-on comment va M ˡˡᵉ Ger maine ?
— Leur négr esse m’a dit qu’ elle était au plus bas. Elle crache le sang à
plein mouchoir .
— Et p as de tapis dans sa chambr e ! Cee enfant-là ne guérirait que
dans les p ay s chauds, à F lor ence ou en Italie .
— Ça fera un ang e au ciel du b on Dieu.
— C’ est ceux qui r estent qui sont à plaindr e !
— Je ne sais p as comment la duchesse sortira de là . D es comptes à n’ en
plus finir chez tous les four nisseur s ! Le b oulang er p arle de leur r efuser
cré dit.
— Combien ont-ils de lo y er là-haut ?
— Huit cents. Mais je m’étonne si monsieur à jamais v u la couleur de
leur ar g ent.
— Si j’étais de lui, j’aimerais mieux laisser le p etit app artement vacant
que de g arder des p er sonnes qui font tache dans l’hôtel.
— Es-tu bête ! Pour qu’ on ramasse sur le p avé le duc de La T our
d’Embleuse et sa famille ? Ces misèr es-là , v ois-tu, c’ est comme les plaies du
faub our g : nous av ons tous intérêt à les cacher .
4Ger maine Chapitr e I
— Tiens ! dit le mar miton, je m’ en mo que p as mal ! Pour quoi qu’ils ne
travaillent p as ? Les ducs sont des hommes comme les autr es.
— Gar çon ! r eprit grav ement le maîtr e d’hôtel, tu dis des choses
incohér entes. La pr euv e qu’ils ne sont p as des hommes comme les autr es,
c’ est que moi, ton sup érieur , je ne serai p as seulement bar on p endant une
heur e de ma vie . D’ailleur s la duchesse est une femme sublime , et elle fait
des choses dont ni toi ni moi ne serions cap ables. Mang erais-tu du b ouilli
p endant un an à tous tes r ep as ?
— D ame ! ça n’ est p as amusant, le b ouilli !
— Eh bien ! la duchesse met le p ot-au-feu tous les deux jour s, p ar ce que
son mari n’aime p as la soup e maigr e . Monsieur dîne d’un b on tapio ca au
gras, av e c un bie ck ou une p air e de côtelees, et la p auv r e sainte femme
avale jusqu’au der nier mor ce au de gîte qui se b ouillit dans la maison.
Estce b e au, cela ? »
Le mar miton fut touché dans l’âme . « Mon b on monsieur T ourno y ,
dit-il au maîtr e d’hôtel, c’ est des g ens bien intér essants. Est-ce qu’ on ne
p our rait p as leur fair e p asser quelques douceur s, en s’ entendant av e c leur
négr esse ?
— Ah bien oui ! elle est aussi fièr e qu’ eux ; elle ne v oudrait rien de
nous. Et cep endant m’ est avis qu’ elle ne déjeune p as tous les jour s. »
Cee conv er sation aurait pu dur er longtemps, si M. Anatole n’était
v enu l’inter r ompr e . Il entra juste à p oint p our coup er la p ar ole au
chasseur , qui ouv rait la b ouche p our la pr emièr e fois. L’assemblé e se disp er sa
en toute hâte ; chaque orateur emp orta ses instr uments de travail, et il
ne r esta dans la salle des délibérations qu’un de ces balais gig antesques
qu’ on app elle tête de loup .
Cep endant Mar guerite de Bisson, duchesse de La T our d’Embleuse ,
cheminait à p as pr essés dans la dir e ction de la r ue Jacob . Les p assants
qui la frôlèr ent du coude en courant donner ou r e ce v oir des étr ennes la
tr ouvèr ent semblable à ces Irlandaises désesp éré es qui piétinent sur le
macadam des r ues de Londr es à la p our suite d’un p enny . Fille des ducs
de Br etagne , femme d’un ancien g ouv er neur du Sénég al, la duchesse était
coiffé e d’un chap e au de p aille teinte en noir , dont les brides se tordaient
comme des ficelles. Une v oilee d’imitation, p er cé e en cinq ou six
endr oits, cachait mal son visag e et lui donnait une phy sionomie étrang e .
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