Jacinthe ou Les effets de la dissipation

Jacinthe ou Les effets de la dissipation

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29 pages

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Barbou frères (Paris). 1867. 30 p. : front. ; In-16.
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Ajouté le 01 janvier 1867
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Langue Français
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BIBLIOTHÈQUE
CHRÉTIENNE ET MORALE
APPROUVÉE
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JACINTHE
ou
LES EFFETS DE LA DISSIPATION.
JACINTHE
ou
LES EFFETS DE LA DISSIPATION.
LIMOGES.
BARBOU FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES»
18 "7
JACINTHE
ou
LES EFFETS DE LA DISSIPATION.
Jacinthe, jardinier de Livry, était
regardé comme le plus habile de tout
le canton. Ses fruits surpassaient en
— 8 —
grosseur ceux de tous ses voisins, et
on leur trouvait un goût plus savou-
reux et plus exquis. Tous les grands
seigneurs, dans leurs festins d'appo-
rat, se faisaient honneur de ses pê-
ches à leur dessert. Il n'avait pas be-
soin d'envoyer ses melons à la halle;
on venait les mettre à J'enchère
sur ses couches; souvent, même
à prix d'or, on ne pouvait s'en pro-
curer.
L'espèce de gloire qu'il trouvait
dans son travail, et le gain qu'il en
retirait, l'attachaient assidûment à
— 9 —
ses cultures. Riche et laborieux com-
me il était, il ne lui fut pas difficile
de trouver un bon parti.
La première année de son mariage
fut très-heureuse. Colette secondait
son mari dans les travaux, et jamais
les fruits de leur jardin n'avaient si
bien prospéré.
Malheureusement pour Jacinthe,
à côté de sa maison demeurait un
jardinier, nommé Grégoire, qui, dès
la pointe du jour, allait s'établir dans
uncabaret pour n'en sortir que la nuit.
L'humeur joviale de Grégoire avait
— 10 —
séduit Jacinthe, qui ne tarda pas
long-temps à prendre ses goûts. Au
commencement, il n'allait le trouver
au cabaret que pour lui parler de jar-
dinage; bientôt , dans son jardin
même, il na lui parlait que de
vin.
Colette gémissait de ce change-
ment dans la conduite de son mari.
Comme elle n'avait pas encore acquis
d'expérience pour gouverner elle-mê-
me ses espaliers, elle était souvent
obligée d'aller le chercher au milieu
de ses verres et de ses bouteilles,
— H —
pour le ramener à son travail. Il au'
rail bien mieux valu qu'il ne s'en fût
pas du tout occupé- Il ne taillait plus
ses arbres que la tête prise de vin. Sa
serpette jouait au hasard dans les
branchages. Des branches à fruits
étaient coupées indistinctement com-
me les branches gourmandes, et ses
beaux pêchers, où, l'année pré-
cédente , il n'y avait pas un seul
jet oisif, ne produisaient plus de
fruits.
Plus Jacinthe voyait languir son
jardin, plus il sentait se fortifier en
— 12 —
lui le goùt de la crapule. Ses fruits et
ses légumes avaient perdu toute leur
renommée, et, ne trouvant plus dans
son travail de quoi satisfaire sa hon-
teuse passion, il se défaisait peu à
peu de ses meubles, de son linge et
de ses habits. Enfin, un jour que sa
femme était allée porter au marché
quelques racines qu'elle avait culti-
vées elle-même, il alla vendre tous
ses outils pour en boire le produit
avec Grégoire.
On aurait bien de la peine à se fi-
gurer quelle fut la douleur de Colette