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Je recommande l'âme de ma femme...

16 pages
Impr. de Goupy (Paris). 1864. M., J.. In-8 °. Pièce.
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Je recommande l'âme de ma femme, celle de ma mère,
et la mienne aux prières de mes enfans, de mes frères et
soeurs, de tous mes parens, de tous mes amis, et de tous
ceux qui pensent aux morts, et qui prient pour eux. Je
demande à mes enfans de fonder des messes à cette inten-
tion. — Beaucoup, beaucoup de prières !
Je demande sincèrement pardon à tous ceux que j'ai
offensés, ou à qui j'ai causé de la peine.
Je pardonne de tout mon coeur, et j'ai pardonné depuis
longtemps à tous ceux qui ont pu m'offenser.
Du reste, je ne me souviens pas d'avoir jamais reçu de
personne une offense qui ait laissé trace dans mon coeur.
Je prie Dieu de me pardonner le scandale que trop sou-
vent — volontairement ou involontairement — j'ai donné à
mon prochain.
— 2 —
Je demande pardon à ceux que j'ai scandalisés, et je les
prie de prier pour mon âme.
Je recommande à mes enfans de s'aimer tendrement; de
ne jamais se brouiller entre eux, môme passagèrement, sous
aucun prétexte ; de s'entr'aider dans toutes les circonstances
de la vie, dût celte assistance coûter à celui qui la donnera
de grands sacrifices, matériels ou autres.
Quels que soient les motifs ou colère ou de mécontente-
ment qu'ils se croiraient en droit d'avoir les uns à l'égard
dos autres, je les supplie, au nom de Jésus-Christ Notre
Seigneur, au nom de la très- sainte Vierge Marie — au
nom de leur sainte mère, dont ils ne sauraient trop honorer
la mémoire — de se pardonner, sans jamais laisser dans
leur coeur un mauvais sentiment de rancune survivre au
premier mouvement d'humeur ou de vivacité. Que le soleil
ne se couche pas sur votre colère, enseigne l'Apôtre. C'est
surtout entre frères que ce précepte doit être fidèlement
gardé. Mes frères et moi avons vécu toute notre vie dans
une parfaite union, il n'y a jamais eu entre nous de dis-
sentiment qui ait duré une heure. Le Psalmisle compare
l'union des frères à la rosée du mont Hermon, et au par-
fum répandu sur la barbe d'Aaron. «Ah! que c'est une douce
« chose, s'écrie-t-il, que les frères soient unis ensemble!
« C'est là que le Seigneur répand sa bénédiction, et une
« longue vie ! »
Mes fils ne devront jamais oublier qu'ils sont les prolec-
teurs naturels de leur soeur. Ils ont de grands devoirs à
remplir envers elle, et seront appelés peut-être à de grands
sacrifices aussi. Ils ne doivent reculer devant aucun. L***
— 3 —
est l'aîné de plusieurs années. Ses devoirs seront plus
grands; avant tout, il aura celui de l'exemple adonner.
Tout sacrifice accompli en vue d'un devoir, et dans une
intention pieuse, est agréable à Dieu, et trouve par là sa
récompense.
Ma fille, à son tour, devra bien se pénétrer du rôle de la
soeur dans la famille. Elle doit en être l'ange, ange de
prévoyance, de douceur et de consolation. Elle est la pro-
vidence, le charme et la joie du foyer. Si les frères, par la
protection dont ils l'entourent, remplacent pour elle le
père qui n'est plus, elle, par ses soins intelligens, par sou
attentive tendresse, et son affection dévouée, est appelée à
remplacer la mère dans ses devoirs les plus délicats, les
plus doux, et peut-être les plus difficiles.
Je supplie mes enfans de ne jamais oublier qu'ils sont
catholiques; que leurs parens étaient de fervens catholi-
ques, attachés de père en fils à la foi catholique, apostoli-
que et romaine; en dehors de l'Église romaine, il n'y a que
l'erreur. Ce qu'on nomme le gallicanisme n'est qu'une es-
pèce de schisme, qui, en passant par le jansénisme, aboutit
à l'hérésie protestante, ni plus, ni moins. L'Église est là où
est Pierre, et pas ailleurs: Ubi Petrus, ibi Ecclesia.
Je ne leur demande pas de se faire des don Quichotte
de morale ou de pruderie religieuses ; mais je désire qu'ils
prennent la religion au sérieux, comme elle doit être prise.
Il n'est pas bon de faire à tout propos étalage de ses croyan-
ces. Rien, d'ordinaire, n'est plus niais, et souvent rien n'est
moins sincère. Qu'ils gardent leur foi intacte et pure au
fond de leur coeur, qu'ils veillent avec une jalouse sollici-
_ 4 —
tude à ne jamais la laisser entamer; mais, s'il en est lieu,
qu'ils sachent la confesser hautement, et la pratiquer sans
trouble et sans hésitation. Qu'ils fuient les discussions
oiseuses, les controverses inutiles, d'où il résulte presque
toujours plus de mal que de bien. En pareil cas, le mieux
est de se faire du silence une règle absolue. Pourtant, s'il
se rencontrait quelque circonstance où le silence serait
coupable, ou pourrait être mal interprété, qu'ils n'hésitent
pas alors, mais alors seulement, à protester parleur attitude
et par leur langage contre l'outrage fait devant eux à la
religion catholique.
Je n'ai pas besoin de leur dire que, à chaque fois qu'ils
croiront pouvoir servir la cause catholique par leurs écrits
ou par leurs discours, il est de leur devoir de le faire. Met-
tre ses facultés et les dons naturels qu'on a reçus en par-
tage au service de la vérité, est le plus noble usage qu'on
en puisse faire. Mais il est essentiel de ne pas s'abuser sur
la valeur de ses moyens, et de ne pas prendre le désir de
bien faire pour la possibilité de bien faire. En pareille ma-
tière, le zèle ne suffit pas; souvent même un zèle plus ar-
dent qu'éclairé nuit, au lieu de profiter, à la cause que l'on
prétend défendre. Il faut donc, en ceci plus qu'en toute
chose, une grande circonspection, et n'agir que lorsqu'on
est tout à fait sûr de soi.
Qu'ils se gardent avec le plus grand soin des religions
nouvelles qui surgissent de temps à autre dans le monde,
pour l'éprouver.
Devant les vérités que notre raison est impuissante à
comprendre, l'Église nous enseigne à nous humilier et à
croire, dans la simplicité de notre coeur. Ces religions,
filles de l'orgueil, nous disent au contraire de nous redres-
ser, et de rejeter ce que noire raison n'admet pas ; parce
que la raison ayant été donnée à l'homme pour distinguer
le vrai du faux, l'homme ne doit croire que ce qu'il com-
prend. Langage du tentateur dans le paradis terrestre, sub-
stitution de l'orgueil, c'est-à-dire du libre examen, à l'hu-
milité chrétienne, c'est-à-dire à la foi. Saint Augustin
s'écriait: « C'est impossible, donc je crois; c'est absurde,
donc c'est vrai ! » Confession sublime que la philosophie
feint de ne pas comprendre, et dont elle s'efforce en vain
de rire, mais à la hauteur de laquelle je la défie d'atteindre
jamais.
A chaque fois que mes enfans verront ainsi, en matière
de foi, assigner à la raison pure la première place et tout
lui subordonner, ils pourront être assurés qu'ils ont affaire
à l'erreur. L'erreur ne procède jamais autrement.
Qu'ils réfléchissent au nombre de ces religions qui se
sont produites depuis la naissance du christianisme. Cha-
cune d'elles tour à tour s'est proclamée en possession de
la vérité. A les entendre toutes (car toutes parlent le même
langage), elles sont appelées à remplacer le catholicisme
vieilli qui a fait son temps, et à vivre jusqu'à la consom-
mation des siècles. Combien d'années dure en moyenne
leur éternité, à chacune d'elles ? et quelle entrave sérieuse
ont-elles jamais apportée à notre sainte religion, qui pour-
suit à travers les âges son cours régulier et toujours le
même, que ni les événements, ni les passions humaines
ne peuvent accélérer ou relarder?
— 6 —
Qu'ils considèrenl les hommes qui, dans tous les siècles,
se sont faits les adeptes de ces sectes diverses. A côté de
quelques honnêtes esprits tombés là par erreur, combien
vont y chercher des facilités de pratique, des complaisan-
ces de doctrine, peut-être même des compromis avec leurs
passions, que ne tolère pas la religion catholique. Com-
bien encore n'y voient qu'une occasion de se distinguer de
la foule,un piédestal offert à leur puérile ambition, un
moyen de jouer à l'apôtre, ou tout simplement quelquefois
de faire de l'originalité, ressources que n'offre pas non plus
la religion catholique, où toutes les têtes s'inclinent et se
confondent dans une pensée commune d'humilité, sous la
main du prêtre qui les bénit.
Notre-Seigneur lui-même a prédit les fausses doctrines :
« Beaucoup viendront en mon nom... et ils en séduiront
« beaucoup... Prenez garde qu'aucun ne vous séduise. »
Que mes enfans donc se tiennent à l'ombre des conseils
de la Sagesse divine; qu'ils se contentent de la foi de leurs
parens; c'est la seule vraie, c'est la seule éternelle, c'est
la seule qui les mènera sûrement au port du salut. Qu'ils
ne soient jamais assez malheureux pour aller chercher la
vérité là où ils ne la trouveront pas. La vérité ne réside
qu'à Rome. C'est là que le Seigneur a bâti son Église, et
le Seigneur a promis qu'elle ne périrait pas. Qu'ils ferment
l'oreille aux clameurs qui pourront s'élever autour d'eux.
Quoiqu'on leur promette, on ne leur donnera jamais rien
qui vaille le signe de la croix, avec ce simple acte de foi :
Je crois l'Église qui est une, sainte, catholique, apostoli-
que et romaine.
je les supplie de ne jamais perdre de vue la miséricorde