//img.uscri.be/pth/56c129c6ef0e8681acde3732aebb295cb7f20b96
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Jean-Baptiste Broussier. 1766-1814 . (Signé : H. Labourasse.)

De
24 pages
Impr. de Contant-Laguerre (Bar-le-Duc). 1869. Broussier. In-8° , 24 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

JEAN-BAPTISTE BROUSSIER,
L'an dernier, à cette même place, nous avons dit quelques
mots du cordonnier poète, Nicolas François (a). C'est encore
d'un enfant de Ville-sur-Saulx, du général comte BROUSSIER,
que nous entretiendrons cette année nos lecteurs. A peu près du
même âge, François et Broussier ont passé ensemble leurs pre-
mières années et ont recu les leçons d'un même maître : mais
bientôt, obéissant à des vocations. diverses, ils se sont séparés,
et, tandis que l'un, sur les champs de bataille, prodiguait son
sang pour la France, l'autre, dans une plus humble sphère,
remportait sur lui-même une belle victoire , en restant simple
artisan au milieu des excitations de tout genre qui le portaient
à donner carrière à son impérieux penchant vers la littérature.
Tous deux sont morts encore jeunes, pleins d'avenir, ayant usé
leur vie à l'accomplissement du devoir, et si l'on rappelle ici
qu'un autre BROUSSIER (b), né vers la même époque, dans le
même village, parcourut semblablement une carrière glorieuse
et devint à son tour maréchal-de-camp, chacun pourrait s'é-
fomer à bon droit de voir trois hommes, remarquables à plus
d un titre, illustrer en même temps une humble commune
de li Meuse , si ce n'était chose fréquente dans notre héroïque
Lorraine.
(a) Voyez A lmanach de Bar de 1867, Partie historique, page 22.
(6) BROUSSIER (NICOLAS), né à Ville-sur-Saulx le 2 mars 1774, mort
en cette commune le 9 janvier 4850, dans sa 76e année, général de
brigade, baron d'Empire, commandeur de la Légion d'honneur, cheva-
lier de Saint-Louis, décoré de la plaque de Charles III d'Espagne.
Parent et compagnon d'armes de J.-B. Broussier, dont il fut l'aide-de-
2 LES HOMMES REMARQUABLES.
JEAN-BAPTISTE BROUSSIER naquit à Ville-sur-Saulx le 10 mai
1766. Encore en bas âge, il perdit son père, gendarme de la
maison du roi. L'éducaiion du jeune orphelin fut confiée à une
de ses tantes qui l'affectionnait particulièrement; il sut ré-
pondre, par ses heureuses dispositions et par un travail assidu,
aux sacrifices qu'elle s'imposa pour lui; mais vainement elle
essaya de lui faire embrasser l'état ecclésiastique : une irrésis-
tible vocation le portait vers la carrière des armes. Après quel-
ques études préparatoires sous la direction du curé de la pa-
roisse, homme instruit et judicieux, Broussier fit ses humanités
avec le plus grand succès au collège de Bar-le-Duc. On sait que
Giiles de Trêves, doyen de la collégiale de Saint-Maxe de Bar,
qui aimait le séjour de Yille-sur-Saulx, dont il fit même bâtir
le château actuel, avait, deux siècles auparavant, fondé et doté
ce collpge, auquel le Barrois et la Lorraine doivent tant d'hom-
mes éminents.
La révolution francaise éclata; l'ennemi franchit nos fron-
tières; maîtres de Verdun, les Prussiens marchaient sur Paris.
La France lit un appel patriotique à tous ses enfants, qui se
hâtèrent d'y répondre. Comme Oudinot et Exelmans, de Bar,
comme Gérard, de Darnvillers, comme tant d'autres héros
ignorés, Broussier entendit ce suprême appel. Il entra au ser-
vice comme capitaine le 6 septembre 1791', dans le 3e bataillon
des volontaires de la Meuse, et fit sa première campagne en
1792, sous les ordres du général Beurllonville.
Le Conseil exécutif avait donné à ce général, qui comman-
dait en chef l'armée de la Moselle, la mission de s'emparer de la
camp, il l'a intimement connu, et a laissé de lui une biographie ma-
nuscrite à laquelle nous avons fait quelques emprunts, et dont nous
devons la bienveillante communication à M. Gelly père , de Bar le-Duc,
neveu de N. Bioussier
A gauche de l'autel principal de l'église de Vijle-sur-Saulx est fixée
au mur une plaque de marbre noir portant l'inscription suivante :
A LA MÉMOIRE DU GÉNÉRAL DE BRIGADE BARON BROUSSIER, COMMANDEUR
DE LA LÉGION D'HONNEUR. CHEVALIER DE SAINT-LOUIS, DÉCORÉ DE LA PLAQUE
DE CHAIILES III D'ESPAGNE, NÉ A VILLE-SUR-SAULX LE 2 MARS 1774, ET
DÉCÉDÉ EN LA DITE COMMUNE LE 9 JANVIER 1850.
ENFANT DU VILLAGE, IL ENTRA AU SERVICE LE 6 SEPTEMBRE 1791 , COMME
SOLDAT DANS LE BATAILLON DES VOLONTAIRES DE LA MEUSE, IL ASSISTA AUX
GUERRES DE LA RÉPUBLIQUE. DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE, ET SUT, PAR SA
CONDUITE, SON TRAVAIL ET SON COURAGE, MÉRITER LE GRADE D'OFFICIER GÉNÉRAL.
Le Musée de Bar-le-Duc possède le portrait en pied de Nicolas Broussier.
JEAN-BAPTISTE BROUSSIER. 3
ville de Trêves. A cet effet, Beurnonville avait divisé son armée
en trois colonnes, dont l'une, commandée par les généraux
Pully et Landremont, ayant avec elle toute l'artillerie, devait se
former en bataille sur la hauteur à gauche de Dœil, ayant Wa-
vren en front (15 décembre 1792). Les positions à emporter,
très-élevées, étaient défendues par les Autrichiens, en nombre,
retranchés, soutenus par une formidable artillerie, et campés
dans plus d'un mètre de neige. Ces obstacles ne peuvent arrêter
les colonnes dont. Broùssier fait partie : elles s'élancent, fou-
droyées par l'artillerie autrichienne; il leur faut plus d'une
heure pour parvenir aux premiers retranchements, où doit s'en-
gager une lutte terrible à la baïonnette. Ce combat corps à corps
procure à Broùssier l'occasion de montrer la froide intrépidité
dont il donna plus tard tant de preuves : blessé grièvement à la
tête de sa compagnie, il se jette, malgré cette blessure, dans le
dernier retranchement, et, par son énergie, concourt puis-
samment au succès de la journée. Effrayés de la valeur des as-
saillants , les Autrichiens lâchent pied, fuient précipitamment,
et nous abandonnent plusieurs pièces de canon. Ce brillant fait
d'armes fut inutile : l'armée de Beurnonville se retira, et vint
prendre ses quartiers d'hiver dans les environs de Sarrelouis.
Rétabli de sa blessure, Broùssier fit la campagne de 1793 dans
le même corps d'armée, et le 15 février de l'année suivante, il
fut élu chef de bataillon. Il prit part en cette qualité aux cam-
pagnes de 1794, 1795 et 1796, dans la 34, et la 43e demi-brigade
de ligne, comprises dans l'armée de Sambre-et-Meuse, où il
donna, en toute occasion , des preuves de bravoure et de capa-
cité militaire. Nous ne pouvons résister au désir de mettre de
nouveau en relief la valeur de Broùssier, qui alors combattait
sous les ordres d t général Championnet. -
L'archiduc Charles avait pris le.commandement de l'armée
autrichienne; Jourdan commandait celle de Sambre-et-Meuse
au-délà du Rhin. Par des mouvements bien combinés, l'archiduc
mit l'armée française dans la dure nécessité d'opérer sa retraite
sans pouvoir combattre. Plusieurs de nos divisions étaient com-
promises, et il fallut toute la prudence et le talent de nos géné-
raux pour les soustraire à de désastreuses et inévitables défaites.
Plus l'ennemi montrait d'empressement à attaquer, plus Jourdan
s'ingéniait à éviier un combat inutile et meurtrier. Toutefois
un jour vint où la colonne du centre de l'armée autrichienne
atteignit l'avant-garde de Championnet, qui formait alors l'ar-
rière-garde, et dont faisait partie le bataillon de Broussier.
Toujours intrépide, celui-ci s'empare d'un défilé important près
du moulin d'Hazemulh, en avant d'Amberg, et le défend une
journée entière contre toute l'armée ennemie (22 août 1796);
4 LES HOMMES REMARQUABLES.
atteint d'une balle nu front pendant cette action meurtrière, il
jpst mis hors de combat. Malgré cette courageuse défense, l'un
des plus beaux laits d'armes de Broussier, l'avant-garde fut
séparée de la division Championnet, et le général Klein, qui la
commandait, dut se retirer sur Hersbruck pour éviter l'ennemi
et opérer ensuite sa jonction avec le gros de l'armée française.
Au commencement de 1797, la 43e demi-brigade: dont
Broussier faisait partie, passe de l'armée de Sambre-et-Meuse
à l'armée d'Italie, et, sur ce nouveau théâtre, cet- officier supé-
rieur donne bientôt de nouvelles preuves de sa bravoure.
Le 16 mars, Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,
� ordonne de passer Je Tagliamento, que l'ennemi paraît vouloir
"défendre avec vigueur. La division Guyeux, dont dépend la 43e,
se jette dans la rivière sous le feu bien nourri de l'artillerie
autrichienne, et atteint la rive opposée. En vain l'archiduc
Charles ordonne plusieurs charges de cavalerie; ses troupes
sont culbutées, et le général Schulz demeure notre prison-
nier. Par son exemple et sa présence d'esprit, Broussier con-
tribua puissamment à cet important résultat, et fut mis à l'ordre
du jour de l'armée.
Ayant passé le Tagliamento, Bonaparte pénètre dans la Ca-
rinthie malgré l'âpreté de la saison, s'empare de Palmanova, et
déconcerte, par la rapidité de ses manœuvres, toutes les précau-
tions stratégiques de l'archiduc qui, contraint de faire prompte
retraite, remonte la vallée de l'izonzo pour gagner, avant les
Français, les importants passages de Caporeto et de Tarvis. Son
intention est prévenue; Masséna fait-occuper Tarvis par ses
avant-postes; d'autre part il refoule dans les gorges de Caporeto
la colonne autrichienne de Bayalitsch. Cependant Gontreuil,
autre général autrichien qui commandé;- J'avant-garde , par-
vient à déloger les troupes françaises qui y ont pris position.
Soutenu par la division Serrurier, lé général Guyeux, qui
marche en seconde ligne, porte vers Pufero la colonne battue
la veille. Toujours en avant lorsqu'il y a de la gloire à acquérir,
Broussier, suivi de ses soldats, rencontre l'ennemi forlifié dans
le village de la Stupizza, dont il s'empare de vive force avec son
bataillon qu'électrise son exemple. Sans perdre de temps, il
marche sur le fort de la Chiuza di Pletz, qu'occupent les troupes
autrichiennes. Il s'élanée par une embrasure sur une pièce à
laquelle les canoniers vont mettre le feu, pénètre dans le fort,
fait prisonniers les cinq cents hommes qui Je défendent, et
saisit de sa propre main le général Clébeck, commandant du
fort. Exaspérés par une trop longue résistance, rendus furieux
par la mort de plusieurs de leurs compagnons d'armes, nos sol-
dats vont tuer le général à coups de baïonnettes, quand Brous
JEAN-BAPTISTE BROUSSIER. 5
èier. aussi généreux que braye, se jette au devant des assaillants,
lui fait un rempart de son corps et lui sauve la vie. Ces actions
d'éclat lui valent d'être nommé par Bonaparte lui-même, chet
de brigade (ou colonel), le 29 mars suivant.
Pendant l'hiver de 1798 à 1799, le gouvernement ayant en-
voyé, sous les ordres du général Championnet, une armée dans
le royaume de Naples pour en faire la conquête, le colonel
Broussier, dont le mérite était justement apprécié, fut attaché à
l'état-major du général en chef. Récemment passé de l'armée du
Rhin à celle de Rome, le général Duhesme commandait la divi-
sion formant la gauche de cette armée. Son premier soin fut de
réorganiser et de discipliner les troupes, et Broussier le seconda
d'une manière très-active dans ces urgentes améliorations. On
marcha sur Naples, et le 23 décembre, on mit le siége devant
Pescara petite ville avec un bon port sur la Méditerranée. C'é-
tait l'unique place d'armes des Napolitains: le général Duhesme
y entre le 24, et y trouve des approvisionnements considérables
en vivres et en munitions de guerre. Il établit dès lors son
quartier général à Chieti, d'où il envoie Broussier, avec six com-
pagnies de grenadiers et quelques cavaliers, à la poursuite d'un
corps napolitain qui tenait la campagne. Pendant deux jours,
presque toutes les communications sont interrompues, mais
bientôt Broussier atteint la colonne erniemip, la disperse, et
douze pièces d'artillerie , tous les caissons et de nombreux pri-
sonniers tombent au pouvoir des Français, Il rejoint à Torre di
Passeri la brigade du général Rusca, et ces troupes réunies se
dirigent sur Bosio di Popolo.
Depuis la prise de Pescara et la dispersion de la colonne na-
politaine dont il vient d'être parlé, la division Duhesme n'eut
.plus affaire qu'avec des rassemblements de paysans, sorte de
condottieri plus redoutables d ais ces contrées que des troupes
régulières. Ces bandes insurgées infestaient surtout les environs
de Béiévent. Ouhrsmp, qui s'était rapproché de Capoue, déta-
cha Broussier sur Bénévent, à l'effet d'y enlever un trésor qu'on
savait y être gardé, aussi bien que pour purger le pays environ-
Dant des brigands qui l'infestaient. Précédé par le chef de ba-
taillon du génie Chabrier, il partit de Maddaleni avec la 17e
demi-brigade et trente-six chasseurs à cheval. Pour atteindre
l'ennemi, il lui fallait franchir ces gorges de l'Apennin, célèbres
dans l'histoire sous le nom de Fourches-Cattdines, où, comme
chacun sait, les Romains, vaincus par les Samnites, durent
passer sous le joug. Ces défilés étaient défendus par dix mille
paysans armés qui connaissaient toute l'importance de cette
position. Sans être intimidé par ce déploiement de forces,
Broussier pousse en avant, les charge à la tête des chasseurs, les
G LES HOMMES REMARQUABLES.
met en déroute, s'empare de Bénévent et de son trésor. Qua-
rante soldats et cinq officiers français perdent la vie dans ce
combat.
Ce même défilé des Fourches-Caudines allait être de nouveau
le théâtre des exploits de notre valeureux chef de brigade.
Instruit de la marche de l'armée française sur Naples, Broussier
quitte Bénévent le 20 .janvier. A peine sorti de cette ville, il
rencontre les mêmes paysans campés sur les hauteurs environ-
nantes , et qui tentent de lui couper la retraite. Il fallut se faire
jour à la baïonnette. et la 17e demi-brigade perdit beaucoup de
monde. Arrivé aux Fourches Caudines , Broussier ne vit pas sans
alarme les défilés de nouveau occupés par l'ennemi, et l'impos-
sibilité de les enlever de vive force, tant sa petite troupe était
inférieure en nombre. Obligé de renoncer à une entreprise
téméraire, Broussier, fécond en ressources, eut recours à la ruse
pour attirer l'ennemi dans la plaine. Il fit coucher le second
bataillon de sa demi-brigade dans un ravin couvert d épais
buissons, et donna ordre à un détachement de chasseurs et de
grenadiers de faire une attaque simulée, puis de fuir prompte-
ment devant l'ennemi, tandis que lui-même réunissait ses
hommes à cheval derrière une ferme, en arrière du bataillon
embusque : cette feinte eut un plein succès. L'ennemi coun sur
les prétendus fuyards en poussant des cris de victoire : quand
il est à deux pas de l'embuscade, les soldats cachés dans le fossé
se lèvent' tout à coup et font sur lui une décharge à bout por-
tant. Sans donner aux paysans le temps de se reconnaître,
Broussier accourt avec ses chasseurs, les charge avec impétuosité,
pendant que l'infanterie, s'élançant à la baïonnette, tombe sur
eux de son côté et les oblige enfin à fuir en désordre. La déroute
fut complète, ils laissèrent plus de huit cents morts sur Je
champ de bataille. Témoins du massacre de leurs compagnons ,
ceux des ennemis qui gardaient les hauteurs avoisinantes furent
frappés, d'une telle terreur, qu'ils laissèrent le passage libre.
Plus prudent et plus habile que les consuls Vétusius et Poslhu-
mius, Broussier fut aussi plus heureux. Avec moins de quinze
cents hommes, il venait d'accomplir deux beaux faits d'armes ,
en défaisant et dispersant plus de douze mille insurgés. En vain
l'on arguera, pour expliquer cette double victoire, qu'il était
aux prises avec des troupes peu disciplinées : tous ceux qui ont
eu affaire avec les brigands napolitains ou les guérillas espa-
gnols , savent quelles difficultés présentent ces luttes où l'amour
de la patrie et la haine pour l'étranger s'élèvent jusqu'au fana-
tisme.
En récompense des succès dus à son intelligence autant qu'à
sa bravoure, Broussier fut nommé général de brigade par le
JEAN-BAPTISTE BROUSSIER. 7
commandant en chef Championnet, le 20 janvier 1799; il fut
confirmé dans ce grade le 15 février suivant.
Après cette affaire, sans perdre une heure, il se dirige sur
Naples à marches forcées, bat et disperse un rassemblement de
lazzaroni et de paysans qui menaçaient le quartier général de
Duhesme, et prend dès-lors, une part très-active au siège de
cette capitale. « Dès le lendemain , il reçoit l'ordre d'attaquer
sur la gauche le grand pont situé près du quartier de la Made-
leine , et qui sépare la ville de Naples de ses faubourgs. Ce pont
est protégé par le fort del Carminé, et défendu par un corps
d'Albanais à la solde du roi de Naples, par un corps considé-
rable de lazzaroni, et par six pièces de canon. Une charge au
pas de course et à la baïonnette, faite par six compagnies de
grenadiers des 17e, 64e et 73e demi-brigade, décide, après six
heures d'un combat opiniâtre, la victoire en faveur des Français.
Les lazzaroni prennent la fuite; seuls, les Albanais résistent
encore; mais lorsque les grenadiers s'avancent sur eux pour les
percer de leurs baïonnettes, le bataillon demande quartier et
se jette tout entier aux genoux du vainqueur. Broussier, toujours
généreux, le reçoit prisonnier de guerre (a). »
Sur le point de commander une attaque générale, Champion-
net adressa aux Napolitains une proclamation. Son envoyé fut
"reçu à coups de fusil. L'attaque fut résolue pour le lendemain.
Dans la nuit du 22 au 23 janvier, le tocsin ne cessa de se faire
entendre; plusieurs sorties des lazzaroni furent vigoureusement
repoussées, et, au point du jour, la ville fut attaquée de plu-
sieurs côtés à la fois. Avec le 19e de ligne, les grenadiers de la
73e demi-brigade et le 7e régiment de chasseurs à cheval,
Broussier força l'entrée de la ville par le pont de la Madeleine,
et vint achever l'investissement du fort del Carminé, qu'une
colonne de la division Duhesme attaquait sur un autre point.
Naples fut prise, malgré l'acharnement des lazzaroni; pour s'a-
vancer dans les rues, il fallut passer sur leurs cadavres amon-
celrs. Comme Broussier était l'un de ceux qui avaient le plus
puissamment coopéré à la prise de la ville, le commandement
lui en fut momentanément confié. Par son énergie et son
impartiale justice, il sut y maintenir l'ordre et la paix. Mais
cette ville devint le théâtre de spoliations criantes, commises
par ces pillards, étrangers à l'armée, qui souvent s'imposent aux
villes conquises sous une apparence de légalité. Les Napolitains
se plaignirent hayiem^nt^de ces déprédations; Championnet
transmit au Dii)e(^>iJe;leup^plaintes trop fondées, et en reçut le
pouvoir néce, ..!:è\ pûjfty rép'ryj_r les désordres et faire cesser les
(a) Victoirdgyt ctàiqikële&Mes Français.
+--~! q. -.- -
-- i,
\,/ '0-",;.: M
V
S LES II-OMMES REMARQUABLES.
abus; mais accusé faussement par ceux dont il contrariait les
projets, il fut rappelé à Paris, entraînant dans sa glorieuse
disgrâce les généraux Dubesme et Brous&ier, qui, eux non plus,
n'avairnt pu pactiser avec les spoliateurs.
Pendant que les Français s'emparaient deNaples, le cardinal
Ruffo faisait insurger la Pouille, et menaçait les derrières de
l'armée. Il était urgent d'opposer au cardinal un officier général
capabteet vigourt ux qui pût déjouer ses projets er soumettre la
province. Choisi pour cette mission de haute connance, Brous-
sier se dirige sur Avellino, Ariano, Bovino, gagne Foggia le 23
février, et réussit complètement dans sa mission pacificatrice, au
prix des plus courageux efforts.
Il ne restait aux insurgés que Trani, Andria et Molfeta, points
occupés par dix à douze mille hommes qui, profitant de J'éloi-
gnement de l'armée, occupée au siège de Naplrs, exerçaient
impunément leurs brigandages. Duhesme ne différa pas plus
longtemps la réduction de ces trois villes. Broussier fut spécia-
lement chargé de soumettre Trani, et sa division avait, le 4
mars 4799, pris position à la Cirignola, lorsque Maedonald, qui
remplaça Championnet dans le commandement en chef de l'ar-
mée de Naples, voulant concentrer ses forces autour de la capi-
tale, donna à Broussier l'ordre intempestif d'évacuer la Pouille;.
Considérant cette retraite comme une dérouie, les insurgés
d'Andria et de Trani se répandirent dans la province et y com-
mirent d'innombrables déprédations. Une nouvelle expédition
était urgente : ce fut encore Broussier dont on fit choix pour la
diriger et la mener à bien. Mais les difficultés s'étaient de beau-
coup accrues : les insurgés étaient deux fois plus nombreux ; les
anciennes fortifications d'Andria et de Trani, dont ils avaient
muré les portes, sauf une seule, étaient rétablies; les rues
étaient entrecoupées de fossés profonds, et les maisons crénelées
comme autant de forteresses.
Le 21 mars, Broussier marche sur Andria ; le lendenmin 22,
cette ville est investie, et les dragons, sous les ordres du colo-
nel Leblanc, interceptent toute communication entre Andria et
Trani. Ses ordres donnés, Broussier attaque avec vigueur la
porte vers Trani; déjà des échelles se dressent contre les mu-
railles quand un obus renverse la porte. Les Français se précipi-
tent par cette ouverture, franchissent le fossé sous un feu
meurtrier, pénètrent jusque sur la place et s'y établissent. 11 ne
fallut rien moins que l'intrépidité des troupes françaises et l'o-
piniâtreté de leurs chefs pour ne pas abandonner cette attaque
meurtrière ; presque chaque maison dut être emportée d'as-
saut; la prise de cette ville coûta aux Français trente officiers
et deux cent cinquante sous-officieis et soldats. Cette perte
JEAN-BAPTISTE 1 BROUSSIER. 9
considérable porta au plus haut degré chez les vainqueurs la
soif de la vengeance : celle qu'ils exercèrent fut atroce. Six mille
habitants furent passés au fil de Tépée; toute la ville fut livrée
aux flammes; on n'épargna que les vieillards, les femmes et
les enfants.
Un exemple aussi terrible, loin d'intimider les habitants de
Trani, sembla augmenter leur fanatique dévouement. Cette
ville était regardée comme le foyer de l'insurrection, et comme
la principale place d'armes des révoltés Entourée d'un mur
bastionné, protégée par un petit fort régulier, et défendue par
plus de huit mille matelots, corsaires, anciens soldats de l'ar-
mée napolitaine, familiarisés la plupart avec les armes, la
place de Trani eût exigé peut-être un siége régulier dans
tout autre moment. La défense devait être d'autant plus opi-
niâtre que de bons officiers s'y étaient rendus pour diriger
les opérations des insurgés. Ceux-ci avaient en outre dans le
port une petite flottille, composée de barques et de brigantins
armés de canons. Cette dernière circonstance, qui rendait né-
cessaire l'emploi d'un moyen semblable pour bloquer le port,
retarda de quelques jours l'attaque de Trani; Broussier ne se
mit en maiche que le 31 mars.
Partagés en trois colonnes, les Français se dirigent par trois
chemins différents sur Trani, afin de l'investir complètement.
Le 1er avril, les avant-postes sont à portée de pistolet de la
place, défendue par treize mille hommes déterminés. La nuit
suivante est employée à établir plusieurs batteries, et le 2, dès
l'aube du jour, ces batteries commencent à jouer sur la ville,
tandis que, sur un autre point, s'engage avec les assiégés un
feu bien nourri de mousquelerie. Cette double attaque avait
pour but de masquer la principale, conduite par Broussier en
personne. Ce général s'avançait avec quelques compagnies de
grenadiers, soutenus par la 64e demi-brigade, et portant soit
des fascines pour combler le fossé, soit, des échelles pour esca-
lader le rempart. Mais les assiégés avaient pénétré ce dessein, et
s'étaient portés en foule sur le point menacé. Les premiers gre-
nadiers qui paraissent en vue de la place sont tués ou blessés.
Atteint de deux balles à la fois, le capitaine de grenadieis Ver-
net tombe au milieu de ses braves soldats. Etonnés, les grena-
diers s'arrêtent; Broussier les dirige vers un petit fortin bàti
au bord de la mer, et que les assiégés occupent en force. Mais
déjà les intrépides chasseurs de la 7e légère ont grimpé sur le
fortin par les embrasureE, aux cris de rage-et d'épouvante des
assiégés, surpris de cette escalade imprévue. Excités par l'audace
des chasseurs, les grenadiers s'avancent à leur tour vers la
muraille, dressent leurs échelles et montent hardiment à l'as-