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L'ami de ceux qui n'en ont point, ou Systême économique, politique et moral, pour le régime des pauvres & des mendians... ([Reprod.]) / [par Abbé Méry]

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267 pages

Description

chez Paschal Prault (Paris). 1767. Aide sociale -- France -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Ajouté le 01 janvier 1767
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Langue Français
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S Y STEM E
Mans dans tout
PARIS$'
Chez PàscHal Prault Libraire,
Font, au.'bas de la rue S. Jacques
xat à PAmôBt
M
Àvtc Approbation PrhUigi
on a moins fongé à diriger îès-re-
gards bienfaifans de l'humanité
fur l'indigent, qu'àféyir contre lui
par des loix de rigueur & quel-
quefois même barbares, pour le
punir d'un mal qu'il ne fouffre
déjà que trop,, @quoiqu'innocent.
Serok-il beau comme nous dit
un de ces écrivains rempli, à
ce qu'il aflure de zèle pour la
patrie d'arrêter fur tous les
grands chemins les mendians &c
les gens fans aveu, pour les faire
pendre ou expirer fur la roue ?
Qu'on les fixe plutôt dans les
campagnes &: dans les villes, en
leur fourniffant un travail nécef-
& utilç encore
n'auront plus
aucun 4c couxirpour de-
PRÉFACE.
Aiij
mander raunaône. Qu'on borne
en un mot, par des loix fages,
toute leur fortune à vivre chacun
dans le fol, & du métier, que le
plan d'une politique éclairée- a
droit de leur prefcrire, & vous
ne verrez plus qu'ils foient ten-
tés de l'aller chercher ailleurs. Il
n'y aura plus alors ni fainéans,
ni vagabonds qui courent le pays
pour demander leur vie. Ces vues,
fondées autant fur l'humanité
que fur le vrai patriotisme, îiife
follicitent aujourd'hui à prendre
la plume, Sck publier, comme les
autres, mes penfées fur la police
des mendiaris dans le royaume:
à propofer enfin un rdglement
«économique, qui pourroit bien
n'être pas plus utile que tous
Aiv
A
(ECONOMIQUE,
POLITIQUE ET MORAL,
Pour le Régime des Pauvres & des
Mendians, dans tout le Royaume.
Introduction.
'N fe plaint que nous avons des
mendians en France: n'y en a -t il
pas toujours eu? Et.ne peut-on pas
dire encore qu'il y en aura tant que
l'habiteront les gens qui ont des re-
(8)
venus & ceux qui n'en ont point
Vouloir donc aujourd'hui par un
fyftême nouveau, empêcher que, dans
le Royaume, il ne fe trouve des jfu»
jets qui foyent dans le befoin, ou des
pauvres n'eft-ce pas former le projet
d'empêcher qu'il y ait des familles opu-
lentes,ou des particuliers qui foient ri~
ches défendre au/ïï que, dans nos
bourgs & nos villes, on ne remarque
des gens de difUn£Hôn,cjui vivent d'une
autre maniere que les autres ? Je m'i-
magine voir l'excitoyen rêveur Se
nufantrope de Genève, R. qui
veut confondre toutes les condi-
tions, & détruire entiérement, par-
mi les hommes la fociété fous
le prétexte ridicule de la vouloir ré-
former, ou d'en corriger tous les
(9)
Il n'eft point ici queftion de ban-
nir de nos cités ni de nos provin-
ces, ceux qui font .dans l'indigence.
Ces malheureux attendent qu'on les
couvre Se qu'on les nouriffe parce
qu'ils n'ont pas de quoi pouvoir fub-
fafler foit que le travail qui eft
le partage des ouvriers leur man-
que foit que l'âge ou l'infirmité les
mette dans fimpniffance de gagner
leur vie. Il s'agit au contraire de
fournir à cette clafle de citoyens qui
appartiennent à l'état comme les
autres, & qui onde droit d'y vivre,
tous les fecours que la raison, aufli
bien que l'humanité, & l'intérêt mê-
me du gouvernement public, exige
qu'on leur accorde.
Aucun royaume ne peut certai-
nement fe vanter aujourd'hui d'être
(10)
fous une adminiftration plus fage, ni
fous- un régime plus parfait., que ce-
lui que Dieu même avoit établi au-
trefois dans la nation juive, avant
qu'elle eût des rois. C'étoit la Théo-
cratie qui formoit alors la confli-
tntion politique de ce peuple favo-
rifé cependant nous lifons que Dieu
lui prédit, que dans la terre fertile
qu'il veut lui donner, il y aura/tou-
jours des hommes qui demanderont
leur pain. (a)
Mon but au refte n'eft point der.
faire ici fur l'aumône un fermon pour
exciter tous les riches à accomplir
ce précepte indifpenfable de la cha-
rité, fuivant leurs facultés, & felon
l'étendue des befoins du pauvre. Je
(a) Dcuter. 15.
( tt 1
de Gomme dit S.
î>auî, à di VaxïéA
fine cymbale Je ne «fa*
muferai point non
projets dans qti^ cer.
tains politiques ou des gens oilifs
enfantent tous les jours pour régler
l'état > iù conduire auffi tes perfon.
nes qui le laifTe à ces
leurs
fpéculaibnlj le,
foin de les nie bornant^
pour ce, qui police, g4-
nijfaié des pair^res dahs le royaume."
à ces trois articles principaux, aux*
quels il me femble qu'on la peut rap*
porter fgâvoir, les inftruire les faire
(-?) Cor. Jfr
PREMIERE PARTIE;.
Moyens de procurer Vinfiru^iion au~ç
Pauvres,
1 L faut d'abord fi l'on veut tirer
parti de ces fujets ambulans & dif-
perfés commencer par leur enfei-
gner les devoirs de la religion £c
ceux même de la fùciété, qu'ils igno-
rent également, & dont ils n'ont le
plus fouvent aucune idée. Que fer-
viroient en effet tous les édits, &
même les ordonnances les plus féve-
tes, à un peuple de vagabonds, qui
vivent faits régle & fans, aucune dif-
pipline, fi l'on ne prend foin de les
raflembler en des e'glifps, ou e^d'aii"
trcs lieux, dans chaque diocèfe, pour
icur faire donner, du moins certains
jours, la nourriture fpirituclle, dont
ils ont plus befoin fans doute que du
pain matériel, par des éccléfiaftiques
zèlés, que l'evêque nommera pour
exercer cette fonction
Les édits, en un mot, contre les
jnendians auront beau fe multi-
plier fi l'on ne prend les moyens
pour les réunir, afin de les pouvoir
inflruire & fi l'on ne travaille k
les rendre gens de bien, ces rcgle-
mens de police relieront affichés fur
les murs;, & au coin des rues; pour
eux, ils s'en mocqueront, & laiffant
aux autres le foin ou la peine de les
lire ils iront toujours leur chemin,
& diront que toutel ces affairés ne
les regardent pas.
(M)
C'eft raifonner en l'air dira-t-on,
que de propofcr pour fournir la
doctrine néceflaice aux pauvres, un
moyen qui paroît fi difficile, s'il n'en
pas même impoffible & impratica-
ble je n'ai ici que deux mots à ré..
pondre. Qu'on me donne des prélats,
qui foyent animes d'un véritable zèle,
tels qu'on a droit fans doute de les
fuppofer; qu'on m'accorde au/fi qu'il.
y a dans le confeil des miniftres qui
les fecondent, & qui veulent fîncé-
rement le bien de l'état comme il
n'eft point permis d'eh douter alors
on ne trouvera rien, dans le plan que
je viens de propofer, qui ne foit fai-
fable, & même facile dans l'exécu.
tion.
Si l'on vient m'objecter que ces
gens-là ne fauroient jamais manquer
(i6)
d'inftru&ion dans les paroiiTes; puif-
que tous les curés ont foin de leur
faire des prônes & des catéchifmes,
Pour leur apprendre en particulier,
,ce qu'ils doivent croire & ce qu'il
faut pratiquer je répondrois à cela,
,que les mandians n'ont la plapart, ni
curés, ni paroiffes, ou plutôt que les
ayant toutes, ils n'en ont point, parce
qu'ils ne fe fixent jamais à aucune,
n'y allant que pour faire de l'argent,
& y troubler même d'une façon fcan.
daleufe l'office divin, bien loin d'y
aller pour prier Dieu ou pour en-
tendre des fermons.
La queftion eft de fixer à pré-
fent l'état, auffi bien que les fonc-
tions de ces nouveaux rêveurs des
pauvres dans chaque diocèfe & de
leur aligner en même temps un ho-
noraire
v'*7)
B
noraire ou revenu fumTant qui les
puifle mettre en état de s;acquitter
librement de cet emploi de charité.
On peut d'abord aflurer que la pru-
dence des évêques, & les foins aufli
qu'ils fe donneront pour chercher,
parmi leurs eccléfiaftàques, des fujets
qui foient capables de remplir ces for-
tes de places, pourra bien leur en faire
trouver. A l'égard enfuite des fonds
nécefîaires pour leur entretien, il pa-
roît que pour les avoir, il faudra que
la Cour y fupplée foit en unifiant
à ces poftes-là des bénéfices; foit en
alignant des penfions fur lxecono-
mat ou fur les prieurés, & les ab.
bayes qui font à fa nomination.
Voilà félon mon idée, ce qui
concerneroit en général le temporel
de ces cures des pauvres. Mais il
vant encore mieux, je crois laiflè?
jugement des prélats,
& àla directào» équitable du
nement là
tig\et
Pour ce qui eft des qualités per-
fonneiks, & de^ taiens ^«e doivent
avoir ces perfonnes prép*ofëes A l'inf-
truâion des pauvres. fera néceflai*
re qu'on
eccléfiaftiques qui:, les connoiflant
mieux que les laïcs auront auffi le
foin de les choifir. On ajo«era ici
feulement qu'il feroit bon
iènt tous de,
oh ils «uront ieur miffion^
afin plus
& plus de confiance.il ne fera point
puifque
W)
4^JU
géant pas, de amples diacres peuvent
s'en acquitter avec -fruit pourvu qtȴ
le lèley fupplée.
Un avis éflentiel qu'il rie ferait
pas, je penfe, inutile de donner à ces
prédicateurs; c'eft de rëftiplir ordi-
nairement leurs difeours de vérités"
pratiques & inaptes qui 'éditent au;
lieu d'y employer, fuivaiït là mode
qui -ne règne aujourd'hui que trop
dans la chaire ces tours £icquans
&*recherchés, que nous appelions des
penses, mais qui ne Font jamais pen-
fer les gens à.fe coftv'eitîr.
Trouver des minières zélés &È
les répandre enfui= dans tous ltsdid*
cefes devance, pour prêcher aux
médians & les inftruire, cela ne
îirflît
c'eft de faire venir à leurs fermonis
• <̃«>)
des auditeurs qui veuillent les écou-
ter, & qui en profitent. J'avoue que
fans cela, nos ouvriers évangé"
liques jettacpiént inutilement leurs
filets dans la mer; & qu'ils pour-
roient dire alors comme Saint Pierre
Ter totam nociem laborantes nihil ce-
jpimus. Cependant je réponds qu'il n'y
a point à craindre que le cas arrive
pourvu que l'on prenne les précau-
tions néceifaires que nous allons dire,
pour attirer la foule des pauvres à
ces exhortations.
Comme nous voyons d'abord qu'on
apprivoife par la faim les bêtes les
plus farouches, de même auffi on
peut apurer, qu'au moyen d'unintérêt
modique on peut mener à notre
but, je veux dire, aux inftru&ions
familières cette clâffe d'hommes
̃(̃$>
dont nous parlons. Qu'on leur donne
un fou feulement à chacun pour
âffifter à cet exercice, & il eft afTuré*-
qu'ils y viendront. D'ailleurs l'amour
du devoir & le defirj de profiter
engageroit même plufieujrs de s'y ren»
dre, fans avoir aucun autre intérêt
que leur falut. Cette aumône encore,
quoique légère, fera toujours autant
de pris pour leur fubfiftance, dont
nous parlerons dans la fuite. Il s'agit
maintenant de régler le tems & le
lieu où ces difcours de morale f©
pourront faire. ?
Pour le jour, quoique tous Ceux
de la femaine paroiflent propres k
inftruire des gens qui font entière-
ment libres d'affaires, tels que font
les pauvres il paroît cependant qu'il
fera plus à propos de les afîembler
tous les lundis, Moyen ceux
qui voudraient entendre les cathe*-
chifmes-& les prônes qui fe font les
dimanches & i£t es
obligation à laquelle ils font tenus;
d'ailleurs comme les autres pourront
s'y trouver. Les cmr4s encore, n'au-
f ont aucune apparente de fa
plaindre, qu'on veut entreprendre
'fur leurs fonctions, en iffftruifaiît,
Comme eux, les jours de fêtes; n'eft-
ce pas au -contraire leur rendre fer-
vice, que de les Recharger par- là
d'une partie du troupeau pour lui
donner la nourriture particulière qui
lui convient ?
Indépendamment de cette rai-
fon qui eft de pure convenance, le
lundi dtant pour la plupart des men*
le grand
(if)
nombre desloùvrierrqtfi gagncntla*
vie, un jour dé fête où ils ne fort!
rien, & qu'ils ont coutume fouvent
de paflèr au cabaret pour y dépenfer^
tout ce qu'ils ont pu amalfer durant
la femaine il paroït néeefiaire -dé
ies occuper ce par quelque
exercice, ,-qui les retienne dans-le de.
voir, & les empêche fur-tout de ie
livrer à la débauche.
A l'égard des îiéux que l'on choi-
lira dans chaque diocèfe pour tels
aflèmbtées d'iflftraiStton on doit pré-
férer toujours les fanxbôargs
centré- des ailles Outre que cet
ment de pauvre gens, parce que les
maiïcms & les beaii-
coup moins,
(H)
font s'y rendre aufll plus facile-
ment, puifqu'ils en feront plus pro-
che.
Qn objectera peut -être qu'il ne
feroit guères facile dans ces faux-
bourgs, de trouver des églifes ou
des endroits convenables, pour pou-
voir raflembler tout le monde qui y
viendra. Je conviens que cela pour-
roitquelques fois arriver; mais alors,
s'il n'y avoit point de chapelle qui
fûtaflèz vafte pour contenir tout cet
auditoire, n'en,feroit-on pas quitte
pour en faire bâtir une aux fraies, des
.babitans qui fe cottiferoient dans
chaque communauté, pour faire une
ibmme fuififante à cette entreprjfe
qui ne fçauroit après tout être bien
? Il n'eft pas queftion
;ici d'une fuperbe,