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L'athéisme réfuté par la science ; suivi de la Critique du surnaturel, du spiritualisme, des systèmes athées, de la morale indépendante et du réalisme ; et de l'Etude des causes de ce mal, de ses graves conséquences et de son remède ou L'athéisme ennemi de la liberté et du progrès / par A. D. Gentili

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Français
364 pages

Description

E. Dentu (Paris). 1869. 1 vol. (XVI-344 p.) ; in-16.
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Publié le 01 janvier 1869
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Langue Français
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L'ATHÉISME
RÉFUTÉ
PAR LA SCIENCE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleuras, 9, à Paris
L'ATHEIS?DE
RÉFUTÉ
PAR LA SCIENCE
SUIVI DE LA CRITIQUE
DU SURNATUREL, DU SPIRITUALISME
DES SYSTÈMES ATHÉES, DE LA MORALE INDÉPENDANTE ET DU RÉALISME
ET DE L'ÉTUDE
DES CAUSES DE CE MAL, DE SES GRAVES CONSÉQUENCES ET DE SON REMÈDE
ou
L'ATHEISME ENNEMI DE LA LIBERTÉ ET DU PROGRÈS
PAR
A. D. GENTILI
(Unique ouvrage traitant la question à ce point de vue nouveau et complet.)
PARIS
E. DENTU
LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, 17 et 19, Galerie d'Orléans
CH. DOUNIOL
LIBRAIRE-ÉDITEUR
29, rue de Tournon, 29
1869
Droits de prnp-iéte et de iraduciion réscivêi
a
PRÉFACE.
Depuis une vingtaine. d'années l'athéisme
fait en France des progrès immenses; cette
maladie, la plus terrible.dè, toutes, ..puisqu'elle
s'attaque à l'âmte. Qrtcor.e;dé.yelQppée et
propagée que.da.ni ;iine.;jcèr,taine.;çlasse, demi-
savante qui se dit lettrée;; mais malheur. 4.1a
société si l'on vient à en infecter le peuple le
moins qui puisse lui arriver, sera de tom-
ber dans la barbarie il est donc urgent d'en-
gager contre l'athéisme une,lutte énergique.
Un inomenl.ilm'a semblé téméraire, à moi,
qui suis inconnu du public, de traiter un sujet
sur lequel les grands .maîtres avaient déjà fait
paraître des publications dans ces derniers
temps toutefois, je. n'âi pas hésité, en
voyant que ces grand|£ esprits, absorbés pro-
bablement par des devoirs supérieurs, avaient
n PRÉFACE,
suivi les errements du passé et ne s'étaient oc-
cupés,. avec une éloquence irrésistible, il est
vrai, que des points particuliers de la ques-
tion les moins contestés de part et d'autre,
c'est-à-dire de la partie philosophique et re-
ligieuse, et qu'ils avaient négligé une partie
très-importante, la partie scientifique. Or, l'a-
théisme prétendant aujourd'hui s'appuyer ex-
clusivement sur la science, c'est par la science
qu'il faut surtout le combattre, en prouvant
qu'elle lui est hostile; aussi lui ai-je tout sub-
ordonné dans ce livre.
Dans son ouvrage intitulé Dieu dans la na-
ture, M. C. Flammarion a bien essayé de traiter
quelques questions scientifiques se rapportant
à ce sujet, mais il n'a fait que de la demi-science
et par suite de la fausse science, puisqu'il dit
de la question des générations spontanées
qu'elle est restée indécise, et il ne parle pas des
expériences chimiques, physiologiques et em-
bryologiques qui l'ont fait rejeter; il énonce à
peine, et encore incomplètement, la théorie de
Darwin sur l'origine des espèces, sans parler
PRÉFACE. In
des nombreuses objections qu'elle soulève au
point de vie scientifique et qui l'infirment; il
croit que l'homme peut avoir une origine si-
mienne il ne se doute donc pas que deux sa-
vants ont tranché cette question dans le sens
inverse M. Gratiolet par l'anatomie etM. Max
Millier par la science du langage? enfin, il ne
dit rien, à propos de l'idée de vie, des travaux
récents de physiologie de MM. Cl. Bernard et'
Viréhow qui la révèlent sous un jour tout nou-
veau. Toutes les autres questions scientifiques'
sur lesquelles prétend s'appuyer l'athéisme
ne sont même pas énoncées. Je ne parle pas de
l'ouvrage de M. Bertulus, intitulé l'Athéisme,
car. il n'a rien de scientifique et n'est
rempli que d'anecdotes et de lieux communs
médicaux qui n'ont le plus souvent aucun
rapport avec la question de l'athéisme. Je sens
donc que je suis sur un terrain tout à fait neuf.
Aussi, ai-je voulu traiter toutes ces grandes
questions radicales en les mettant à la portée
de tout le monde, avec l'ordre et la rigueur
scientifiques, pour que les athées ne pussent'
IV PRÉFACE.
plus, dire qu'elles. sont. encore indécises. ou
tranchées dans leur sens.' J'espère que les
arguments scientifiques sur lesquels je m'ap-
puie ébranleront la conviction.de ceux d'en-
tre eux qui seront sincères.
Pour lutter donc, non plus, comme. on l'a
fait jusqu'à présent, par attaques isolées, avec
de vieilles armes et sans plan.défini, mais bien
d'une manière écrasante, il fallait agir dans le'
domaine des idées comme on agit dans le do-
maine des faits organiser les forces morales,
comme on organise les forces matérielles;
adopter des armes nouvelles en rapport avec
les progrès de la science. En effet, on avait
combattu jusqu'à présent le scepticisme vol-
tairien qui s'attaquait par le ridicule au chris-
tianisme il faudra maintenant combattre par
la science le scepticisme allemand aux formes
pédantes et lourdes; enfin, et surtout, il fau-
dra suivre. un plan bien arrêté d'avance et
une tactique nouvelle..
Ce livre a ce. triple but, et. j'espère que,,si
'PRÉFACE. V Il
on lui prête quelque' attention, on ne redou-.
tera plus l'athéisme; car, il enseigne à le
reconnaître sous.toutes ses formes et dans sa
triste laideur, et fait ressortir jusqu'à l'évi-
dence que'les athées, qui disent posséder là
vérité, sont comme,ces pauvres hallucinés qui
.se croient en pleine santé, même au moment.
de. leurs plus étranges hallucinations. De plus,
j'espère que les peuples fascinés et hésitants,
comprenant enfin l'impôrtancè et la gravité
-d'un mal dont ils seraient les premières vie-,
times, s'il prenait de profondes racines, secoue-,
ront leur torpeur et chercheront à le prévenir
par l'hygiène de la liberté. Il me- semble, en
effet, que puisqu'on prend tant de précau-.
tions,. peut-être illusoires, contre le choléra
on devrait en prendre aussi contre l'athéisme,
ce choléra moral qui obscurcit l'âme, la glace,
la flétrit et la tue.
L'assimilation de l'athéisme.à une véritable
maladie m'a. permis de l'egâminer sous toutes,
ses faces et avec l'ordre et là rigueur scientifi-
ques l'âme étant une et indivisible, n'a pas
.VI PRÉFACE.
comme le corps plusieurs, maladies; elle ne
peut en avoir qu'.une, laquelle aura plus ou
moins d'intensité et s'attaquera à l'âme tout
entière.
.On sait que les maladies du corps revêtent
,des,formes différentes, selon le pays où elles se
présentent et l'époque où on les examine;
malgré cela, la science faisant un travail.de
synthèseaprès les premiers travaux d'analyse,
finit par reconnaître ce qu'il, y a de radical et
d'immuable sous ces for,mes différentes passa-
gères,. et les ramène toutes à un type unique:,
c'est à un semblable travail que je me suis li-
vré sur l'athéisme. Après avoir examiné ses
différentes formes dans. l'espace et le temps
(Ecole critique, Panthéisme, Idéalisme, Natura-
Usine,. Positivisme, Morale indépendante, Réa-
lisme, Fatalisme), je les ai soumises.à un travail
de synthèse qui m'a permis de les.réduire à
,.un type unique, l'athéisme, dont j'ai pu. re-
connaître la nature propre et étud.ier les cau-
pes. Celles-ci sont l'une, déterminante la
révolte .de la raison contre Dieu ou la ici, en-
PRÉFACE. VII
gendrant l'orgueil ou l'esprit de domination,
la légèreté d'esprit ou l'esprit sophistique et
l'esprit d'e sybaritisme, et se traduisant par le
rationalisme en philosophie et par le protes-
tantisme en religion; l'autre, prédisposante
le scandale -que causent les faux adorateurs
de l'idée de christianisme, de gouvernement
et:de société; c'est-à-dire les partisans du'des-
rpotisme qui engendre la corruption] les pha-
risiens hypo'crites qui n'ont rien de chrétien
"puisqu'ils ne prennent de l'Évangile que la
Jettre et qu'ils sont ennemis du progrès mo-
:derne, œuvre du christianisme, enfin les ri-
chés et les puissants; égoïstes,- rapaces et vo-
luptueux. Après avoir étudié ses symptômesgé-'
inéraux et particuliers sous ces différentes faces
de l'âme, la raison, le bon sens, la morale, l'art
.et'la vie, j'ai pu indiquer le moyen de le pré-
venir, qui n'est autre que la liberté: la liberté
de l'Église et de l'État, par leur. séparation;
'la liberté de la Papauté ou son indépendance;
la liberté de la presse, la liberté des réunions
[publiques, et la liberté de l'enseignement su-
VJII .PRÉFACE.
périeur. En un mot,'il faut laisser leur libre
activité à la vérité, à la charité et à'la justice,
pour qu'elles accomplissent leur oeuvre ..de'
progrès dans la société. ̃̃
̃ L'étude des symptômes n'est que la réfuta-
tion de l'athéisme par tous les moyens les plus
efficaces; je l'ai réfuté
1°.Par lascience,'en montrant que le positi-'
viéme détruit la science et par suite le progrès,
et' en prouvant que sur toutes les questions
importantes, la sciences l'anéantit;
2° Par. le bon sens, en montrant que sur les'
grandes questions du surnaturel, de Dieu, due
l'âme, de la liberté, de la vie future, etc., le bon
sens suffit à lui seul pour anéantir l'athéisme
qui nie et confond tout en mutilant l'âme: et
qu'il lui est en complète opposition; puis
en mettant à nu les idées de ses principàux'
représentants, pour montrer leur inanité; r
3° Par la morale,1 en faisant voir que sa
morale indépendante n'est que 'la corruptions
ou la négation de la morale ̃̃̃
4° Par l'art, en faisant ressortir lé réalisme
PRÉFACE. IX
ou plutôt le cynisme des athées dans l'art';
enfin, j'ai établi que l'athéisme ne comprend
pas l'idée de vie, dont il est la négation.
Chacune des parties de cette étude forme
ainsi un tout indépendant, et de plus, toutes
les parties sé reliant entré elles, elles cbnàti-
tuent un tout unique, de sorte' que chàque
-lecteur, selon sa tournure d'esprit ou ses étu-
des. antériéures, après avoir été frappé plus
fortement par telle ou telle partie, finira par
céder àla force irrésistible de l'ensemble.
A un autre point de vue, cet ouvrage est di-'
visé en deux'parties; la première, purement
scientifiques, s'adresse plus spécialement aux
sceptiques, et la seconde; philosophique, re-
.ligieuse et artistique, s'adresse plus spécia-
lement à- ceux qui croient.
En résumé, il y a' de neuf dans ce livre
1 Lès armes nouvelles qui m'ont été suggé-
réels par la science actuelle
2? L'organisation dé l'attaqué et de la dé-
fense, par la .formation' de cadres élastiques
qui permettront à l'avenir de poursuivre Ter-
"X PRÉFACE.
reur sous quelque forme qu'elle -se présente,
de sorte que la forme.de la réfutation, comme
l'erreur qu'elle doit poursuivre, pliera aux
circonstances et sera changeante, mais le fond,
c'est-à-dire le plan de l'attaque sera immuable,
.de tous,les temps et de tous les lieux, comme
,la vérité elle-même;,
3° Enfin, l'idée féconde qui, me faisant con-
,sidérer l'athéisme «comme une véritable mala-
die morale, m'a,permis de joindre les membres
épars. de cet être monstrùeux, de l'organiser,
et de lui donner pour ainsi dire un corps; je'
ne dis pas une âme. C'est alors que je me suis
trouvé en. présence d'un être mort-né, engen-
drant dans l'homme l'erreur,, la flétrissure de
l'âme, le cynisme et le mal, et dans la société,
le despotisme' ou l'anarchie, c'est-à-dire là
barbarie. Je ne doute pas que la simple vue de
.cette triste laideur n'inspire un dégoût salu-
taire et ne ramène à la vérité d'une manière
autrement puissante que tous les raisonne-
,ments abstraits et géométriques, si fatigants'et
si s.tériles, de la philosophie, spiritualiste offi-
PRÉFACE. XI
cielle pour laquelle, par conséquent, je ne puis
pas avoir le moindre. respect, quoique j'en aie
énormément pour la raison et pour la science
qu'elle engendre.
Les esprits me paraissent on ne peut mieux
prépares à accepter la lutte. Le spiritualisme
officiel, qui correspond à cet état de l'âme qui
n'est ni la santé, ni la maladie, n'a heureuse-
.ment, à l'heure qu'il est, que très-peu d'adhé^
.rents, malgré .les illusions que l'on nourrit sur
son compte dans, un certain milieu ;mais ces
illusions s'évanouiront quand j'aurai montré
sa décadence imminente. En effet, des philo-
sophes spiritualistes qui se trouvent sous l'in-
fluence du préjugé rationaliste,. on peut dire
que, s'ils sont logiques, ce sont de futurs athées
.en voie d'éclosion qui se sont seulement un
peu attardés dans la voie de leurs devanciers.;
en même temps. que ceux, rares il est vrai,
dont l'esprit a été assez puissant pour secouer
ce préjugé, se sont élevés jusqu'au christia-
nisme. D.'un autre côté, .les:récentes élections
.pour la députation ont montré que ces par-
XII PRÉFACE.
tis mixtes,' qui correspondent en politique à
la philosophie spiritualiste ou à la vérité par-
tielle, tous ces parties issus de l'égoïsme, ont'
cessé d'exister, pour faire place au socialisme,
qui, de quelque manière qu'on l'interprète,
chrétien' ôu. athée, est aujourd'hui leur plus
grand énnemi; de sorte que ce spiritualisme
qui s'était toujours interposé entre les deux
ennemis redoutables pour amortir leur choc,
voyant devant lui, d'un côté l'erreur radicale,,
de l'autre côté, la vérité.radicale, a perdu toute
existence et il ne lui reste plus qu,une vie fac-
tice ou officielle, ou plutôt il s'efface et dispa-
raît en se fondant dans l'un ou l'autre de ces
deux camps ennemis. C'est là le grand événe-
ment de notre temps, qui permet la lutte et qui
prépare le succès, puisque, le rationalisme of-
ficiel disparaissant, la liberté d'action des
.deux antagonistes ne sera plus gênée.
Ce qui ne permet pas de douter que la vérité
triomphera de l'erreur, c'est l'immense mouve-
ment religieux qui, parallèlement à.la marche
de l'athéisme, s'accomplit en France depuis le:
PRÉFACE.
commencement du. ,siècle .et se traduit sous
toutes. les formes en politique, par le concor-
dat de Napoléon et par, l'application sociale
du. grand principe chrétien de justice et d'éga-
lité.; en poésie, sous une forme populaire, par
Le Génie du christianisme de Chateaubriand; en
philosophie, parles tendances chrétiennes que
révèlent Maine de..Biran dans son; Journal in-
time qui nous le montre vrai, et complet, et
Jouffroy, vers les dernières. années de sa.vie,;
.en théologie, en prenant une forme fougueuse,
et populaire sous. la, plume de de Maistre:-En-
fin, aujourd'hui, animé :par le.souffle ardent de
la liberté, ce mouvement religieux est destiné
à faire les progrès les plus. rapides. Dans ces
derniers temps, de. grands esprits. ont retrouvé
la. foi après, avoir passé par le doute et même
par le.scepticisme;.de sorte qu'ils. inspireront
toute confiance, puisqu'ils sont non-seulement
savants, mais encore désintéressés dans la
question ceux-ci,, animés de ce feu sacré de
prosélytisme, propre aux Français et qui en
fait de vrais apôtres, brûlant de communi-
XIV PHËFACE.
quer leurs. idées aux peuples, vont propager la'
vérité avec une 'intensité extraordinaire en
s'aidant des -moyens rapides que leur offre le
progrès matériel, moderne.
Les deux ennemis sont donc en présence, et
le moment est suprême. Comme tout, aujour-.
d'hui, dans la politique, dans la science et
dans la littérature, a pour but, de près ou de
loin, la religion,1 la lutte va s'engager non-seu-
lement par les idées,. mais encore par les ar-
mes. Aujourd'hui, les gouvernements, après
avoir organisé toutes leurs forces militaires
pour faire la guerre dans un` but égoïste, sont
silencieux et recueillis comme à la veille de
ces grands événements qui font date dans
l'histoire.. Mais il y a aussi les peuples; ceux-
ci ne voient pas d'une manière bien claire'le
vrai mobile auquel ils obéissent, mais ils sont
poussés par un instinct providentiel à épurer
dans le sacrifice et le sang l'Europe pourrie par
le matérialisme et la jouissance, et à faire
triompher enfin le christianisme et la liberté.
Je suis heureux et fier de voir à la tête du
PRÉFACE. XV
progrès la France, ce soldat de Dieu, qui peut
être dévoyée un moment, mais qui ne tarde
pas à rentrer dans. sa mission chrétienne et ci-
vilisatrice..
Parce que l'on compte sur l'intervention
de la Providence, ce n'est pas une raison
pour abdiquer sa liberté en désertant la lutte,
puisque, pour attirer ses bienfaits, le meil-
leur moyen consiste à les mériter, par le com-
bat et par l'effort dans la recherche de là.
vérité. C'est ainsi que j'ai été amené à publier
ce livre qui s'adresse également aux deux
ennemis; il montre aux athées qu'ils ne sont
tels que parce que tout en connaissant les
faits de la science, ils-n'ont- pas élevé assez
haut leur.esprit ou plutôt ils ne l'ont pas assez
humilié pour acquérir la lumière nécessaire.
pour leur donner leur vraie interprétation, en
même temps qu'il expose aux chrétiens les
faits de la science qu'ils ont trop négligés. et
sur lesquels ils doivent désormais s'appuyer,
puisqu'ils ont déjà la lumière qui les éclaire
pour leur donner un sens divin. Les faits, sans
XVI PRÉFACE.
la. lumière, qui doit les éclairer, n'ont pas. de
sens; la lumière, sans les. faits qui doivent lui
servir de substratupi,. n'est .plus vivifiante.et
n'a pas le don de frapper les esprits inquiets
qui raisonnent; :mais les faits, rapprochés de
la lumière, acquièrent tout à coup une force
de conviction qui, j'espère, .frappera les chré-
tiens et les athées.
Que les hypocrites et les personnes hau-
taines devant Dieu et si humbles devant les
hommes, .ne viennent pas m'accuser d'avoir
parlé d'une manière irrévérencieuse de cer-
tains, prétendus .philosophes et savants; je
respecte les personnes et je ne m'attaque, qu'à
leurs pernicieuses, doctrines. D'ailleurs, quand
on est sincère et convaincu, on doit ,faire son
devoir sans se, laisser influencer par de mes-
quines, considérations, surtout quand on a pris
l'habitude d'être bien humble devant Dieu ou
la. vérité, cet aliment de la science, mais fier
et indépendant devant les hommes.
1
EXPOSITION GÉNÉRALE DE. L'ATHÉISME.
§ 1. L'athéisme d'aujourd'hui est renouvelé
des anciens.
Dès que l'homme devient sceptique, quelles que
soient les voies tortueuses, variables à l'infini,
dans lesquelles son esprit se jette, il se trouve en-
gagé dans une véritable impasse; il s'agite dans le
vide, et il n'y a plus pour lui. que ténèbres et er-
reurs, car il a éteint son unique flambeau.-
Pour tout esprit sceptique qui est logique, il n'y
a que deux chemins à suivre dans l'examén' et l'é-
tude de "l'Être ou bien il n'existera pour lui que la
matière, principe de sa propre substance et sa
cause à elle-même, et ce système s'appelle le na-
turalisme; ou bien il niera l'existence de l'esprit ou
de la matière comme êtres réels, et il n'admettra
qu'une substance unique, universelle, qui se révèle
dans l'espace et le temps. Ce système s'appelle le
panthéisme, et voici sa formule Dieu est tout, ou
bien Tout est Dieu.
2 EXPOSITION GÉNÉRALE
Au fond, ces deux systèmes sont également
athées mais les panthéistes ne veulent pas l'a-
vouer franchement, comme on le faisait au siècle
dernier, et, par hypocrisie, ils conservent le nom
de Dieu, tout en détruisant l'Être.
Ce ne sont donc là que les différentes formes
d'un même système, appelé athéisme en religion,
naturalisme, matérialisme, idéalisme, empirisme,
panthéisme en philosophie, positivisme en scien-
ce, morale indépendante en morale, réalisme en
art, despotisme ou anarchie en politique, et fata-
lisme en histoire.
Les aberrations d'esprit qui mènent à ces erreurs
sont aussi vieilles que l'homme, et de même qu'un
trouble du corps, une fièvre, par exemple, est au-
jourd'hui ce qu'elle était autrefois, ce qu'elle sera
toujours, de même le trouble d'esprit causé par le
manque de foi est aujourd'hui ce qu'il était dans
l'antiquité, ce qu'il sera tant qu'il sera quels que
soient, d'ailleurs, le point de l'espace ou du temps
où il se présente, l'individu qui en est atteint, et
le nom qu'on lui donne.
Sans remonter au panthéisme indien des brah-
manes et des bouddhistes, en Grèce, Démocrite (né
vers l'an 470 av. J.-C.) et Parménide (né vers l'an
535 av. J.-C.) soutenaient les erreurs si désolantes
du panthéisme et du naturalisme panthéiste qu'on
propage aujourd'hui en Allemagne et en France.
DE L'ATHÉISME.. 3
Qu'ont ajouté à leurs conceptions nos philosophes
modernes? Absolument rien; les anciens ne don-
naient pas, il est vrai, à ces systèmes des noms si
prétentieux et si savants; c'étaient tout simple-
ment les Ioniens et les Éléates, et surtout ils avaient
l'art de ne pas délayer comme eux leurs idées dans
un océan de mots. Nos philosophes insinuent, en
cachant la source où ils ont puisé, qu'ils ont in-
venté non-seulement des mots nouveaux, mais en-
core des idées nouvelles, et Dieu sait quelles idées;
mais ils ont beau travestir l'athéisme en lui don-
nant un masque et des vieux habits qu'ils façon-
nent à la moderne, et en lui faisant tenir un lan-
gage insidieux et trompeur, l'observation la plus
superficielle suffit pour le démasquer. Ils ont donc
mis en œuvre les procédés que le mal emploie tou-
jours,pour tromper ou corrompre; soit qu'il s'insi-
nue sous la forme du serpent, de la courtisane, de
l'espion ou du sophiste, il porte toujours le masque
et il prend l'accent d'un langage hypocrite pour ca-
cher son fonds pervers et repoussant. Quelle excuse
peut-il donc y avoir pour ces gens qui, de parti
pris, ferment leur âme à la chaleur et à la lumière
que le christianisme répand autour d'eux d'une
manière si intense qu'elle frappe l'esprit et le cœur
même des plus endurcis? Les Grecs avaient au
moins pour excuse, au point de vue du fond, l'ab-
sence de cette lumière chrétienne qui peut seule
4 EXPOSITION GÉNÉRALE
empêcher de confondre le Créateur et la créature et
de les fondre soit dans l'unité de substance idéale,
soit dans l'unité de substance matérielle et, au
point de vue de la forme, ils. avaient cet air de
simplicité et de distinction qui font que, tout en les
plaignant de n'avoir pas eu la lumière chrétienne,
on les aime encore et on les lit avec plaisir mais
ces prétendus philosophes d'aujourd'hui, avec leur
langage présomptueux et vulgaire, quoique recher-
ché, ne sont vraiment pas faits pour inspirer de
l'attachement.
§ 2. École critique.
Examinons donc les conceptions de ces grands
esprits, et voyons à quoi elles se réduisent quand
on les a dépouillées de cet orgueilleux fatras
de mots savants et inutiles et qu'on les a mon-
trées dans toute leur nudité. Si la vérité est
d'autant plus belle qu'elle apparaît plus simple-
ment et pour ainsi dire toute nue, il n'en est pas de
même de ces erreurs l'impression qu'un esprit
observateur en éprouvera sera un mélange de pitié
et de dégoût; les Français surtout, qui ont tant de
bon sens et qui sont si impressionnables pour ce
qui choque la raison et a l'air prétentieux; riront
bien en voyant ce que cachent d'ignorance et de
folie ces airs de science et d'érudition.
DE L'ATHÉISME. 5
Si l'on veut bien ne pas remonter à l'Inde ou la
Grèce (puisque les sceptiques d'aujourd'hui cachent
cette origine de leurs systèmes), on peut dire que
Kant, en Allemagne, dans sa Critique de la raison pure,
a commencé à émettre d'une manière très-abstraite
ces erreurs qui constituent la philosophie critique et
le positivisme, en avançant que la raison ne peut
rien saisir au delà du. phénomène. Kant avait rai-
son d'avancer cela, au point de vue chrétien, ce qui
peut paraître un peu paradoxal; malheureusement,
il n'a pas été compris. Cette impuissance de la rai-
son, dont il parle, est bien réelle, et elle doit con-
damner la métaphysique ou la philosophie spiri-
tualiste classique, mais non le christianisme, car
celui-ci se fonde surtout sur la foi dont les droits
sont tout à fait réservés et d'un ordre supérieur
à ceux de la raison. Pascal, cet esprit si éminent
et si lucide, n'a pas dit autre chose en avançant
qu'on ne peut pas prouver l'existence de Dieu,
mais que le plus simple est d'y croire. Si l'on avait
été logique, on aurait donc dû dire que Kant dé-
molissait la vérité partielle' de la métaphysique,
pour ne laisser subsister que le scepticisme et le
christianisme c'est là l'œuvre et le mérite de
Kant, et, au point de vue chrétien, on ne doit pas
s'en plaindre, car il vaut mieux avoir affaire à des
ennemis francs et surtout logiques qu'à des protées
insaisissables; l'esprit se trouve son aise quand
6 EXPOSITION GÉNÉRALE
il n'a qu'à choisir entre la vérité radicale et l'er-
reur radicale; alors il n'y a plus d'hésitation pos-
sible il faut qu'il se décide pour l'une ou pour
l'autre. Je fais le procès à la philosophie spiri-
tualiste, mais non à la raison qu'on a; tort de
croire la véritable mère de cette philosophie. La
raison engendre la science qui s'appuie sur des
faits matériels contrôlés par l'expérience et non la
philosophie spiritualiste, de même que la foi en-
gendre la religion qui s'appuie sur les faits histo-
riques et sur la révélation. On doit donc avoir le
plus grand respect pour la science et pour la reli-
gion, parce qu'elles ont une base et qu'elles exis-
tent réellement; mais on ne peut pas en avoir pour
la philosophie spiritualiste, puisqu'elle n'a aucune.
base, ni terrestre, ni céleste, et, par suite, pas
d'existence elle erre dans les ténèbres à la recher-
che de chimères, toutes les fois qu'elle n'empiète
pas sur la science ou sur la religion.
Certains théologiens croient faire des avances à
la raison en prônant la philosophie spiritualiste et
en la réclamant comme une alliée. Ils se trompent;
ils feraient bien mieux, s'ils veulent marquer à la
raison un respect et un amour réels et intelligents
qui leur attireraient la sympathie générale, de re-
pousser cette prétendue alliée si froide, si stérile
et si chimérique, pour ne plus s'appuyer que sur
la science, unique œuvre sérieuse de la raison, et
DE l'Athéisme..7
ils consommeraient ainsi la véritable alliance de
la raison et de la foi, de la science et de la reli-
gion. Je recommande cette réflexion, d'une impor-
tance radicale, aux spirituahstes et aux chrétiens,
parce que, par sa rigueur mathématique, elle ré-
sume tout ce que l'on peut dire à, ce sujet et tout
ce que j'en dis moi-même dans le courant de cet
ouvrage.
Du temps de Kant, il s'est formé en Allemagne une
école de théologiens protestants, dont les chefs
Strauss, Baur, Ewald, ont imaginé une théologie
étrange qu'ils appellent scientifique, et de laquelle
ils bannissent le surnaturel, tout en croyant satis-
faire le besoin religieux de l'âme ils affectent de
grands airs de science et ils se posent en vrais
sages entre les orthodoxes qui, disent-ils, ont le
tort d'admettre ce que la science repousse, les mi-
racles, et les rationalistes étroits qui ne compren-
nent pas tout ce qu'il y a de poétique et de senti-
mental sous les symboles religieux ce sont des
rationalistes romantiques.
En France, M. Renan a pris ou fait semblant de
prendre ces idées au sérieux' en niant comme eux
le miracle et le surnaturel mais voyons ce que
pense de ce scepticisme un homme de génie et de
forte érudition. « Une disposition d'esprit plus,
nuisible encore peut-être que la. crédulité, c'est une
arrogante incrédulité qui rejette les faits sans
8 EXPOSITION GÉNÉRALE
daigner les approfondir'. » Ces philosophes criti-
ques, car c'est ainsi qu'on les nomme, ont une cu-
riosité sans choix pour eux, il n'y a pas de vé-
rités, mais des opinions ils ont inventé une loi
universelle qui régirait tout le monde moral, l'a loi
du devenir; pour" eux, tous les faits de l'histoire
sont empreints de fatalité, de sorte qu'ils sont to-
lérants pour tout ce sont les apôtres du despo-
tisme ils ont aboli la conscience, de sorte qu'ils
sont arrivés à cette conclusion révoltante, que la
moralité et l'immoralité sont tout un et ne sont
que de vains mots. Abordons maintenant l'étude de
ces systèmes.
§ 3. Panthéisme.
Spinoza avait dit Dieu est tout, le monde et
l'homme ne sont que des modes de la substance
infinie. Ce système mène au mysticisme; tout ce qui
-est visible n'est que néant et s'identifie avec Dieu.
Schelling imagina la fusion du monde et de Dieu
d'une façon opposée, et Hégel eut l'adresse de sa-
crifier Dieu au monde il renversa la formule de
Spinoza et dit Tout est. Dieu. Cette nouvelle for-
mule plut beaucoup à notre société qui, dans son
orgueil et ne vivant que par la vie extérieure, dut
se dire En voilà un au moins qui me connaît.
1. Alexandre de Humboldt, Cosmos, tome I, page 151.
DE L'ATHÉISME. 9
Hégel avait pris, en effet, l'homme par son point
le plus sensible, l'orgueil. et la vanité; mais il
laissa trop voir du côté de la liberté humaine le
collier du mâtin de la fable, sous ses belles pro-
messes de grandeur pour l'homme; nous verrons
plus loin que les hégéliens français ont été encore
plus adroits. Pour Hégel, il n'y a de réalité et de
substance que dans le monde. Dieu considéré en
lui-même n'est que l'absolu, l'abstrait, une pure
idée, une loi, un processus, un devenir, un non-
être, une négation, un' néant. Je ne veux pas aller
plus loin pour ne pas m'égarer dans cet inextrica-
ble fourré d'erreurs et de folies, et, à ce sujet,
je rappellerai ce que Henri Heyne qui, quoique
Allemand, avait de l'esprit, racontait de Hégel.
« Il n'y a qu'un individu qui m'ait compris, lui di-
sait un jour Hegel, et encore, reprit-il aussitôt, je
n'en suis pas sûr, » et Henri Heyne ajoute qu'il
croit que cet individu, c'est Hegel lui-même. Cette
opinion de Henri Heyne sur Hégel et le panthéisme
me rappelle ce que Voltaire, qui avait encore plus
-d'esprit et de bon sens que Henri Heyne, pensait de
la métaphysique. « Quand, dit-il, deux philoso-
sophes discutent et que chacun d'eux comprend ce
qu'il dit, sans cependant pouvoir se faire compren-
dre, ils font de la métaphysique, et quand ils ne
comprennent ni l'un ni l'autre ce qu'ils disent, ils
font de la haute métaphysique. » Ainsi le scepti-
10 EXPOSITION GÉNÉRALE
cisme et la philosophie officielle sont jugés par le
bon'sens, et c'est à propos de la légèreté avec la-
quelle on accepte sans examen ces systèmes, que
Mgr l'évêque d'Orléans, ce grand lutteur du catho-
licisme, s'écrie « Quand donc les esprits sérieux
parmi nous apprendront-ils à ouvrir les yeux sur
les vrais dangers de la société et à n'être pas du-
pes des sophismes.et de la tromperie des mots?
Quand sàura-t-on se demander compte de ce qu'on
lit? Quand donc,. devant une phrase inintelligible
ou captieuse et une affirmation tranchante, saura-
t-on s'arrêter et, fermant le livre, se demander à
soi-même: Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'y a-t-il
au fond? L'auteur se comprend-il lui-même? Il
affirme, il nie mais la preuve, la preuve, où est-
elle' ? »
§ 4. Naturalisme panthéiste, positivisme, idéalisme,
morale Indépendante, réalisme.
Comment peut-on admettre avec Hégel qu'une
pure abstraction, une véritable négation, un non-
être peut engendrer la réalité? que le néant peut
engendrer l'être? C'est le dernier degré de la folie.
Les Allemands ont eu de la peine à le reconnaître,
mais enfin ils l'ont reconnu et ils reculent; alors
1. A l'ertissemcnt, etc. Conclusion.
DE L'ATHÉISME. 11
les Français, voyant le défaut de la cuirasse, ont
cherché à y remédier et voici comment. Ils ont dit
Le monde existe, donc il est infini et éternel; ou
bien Le monde a en lui seul le principe de son
existence. C'est là ce qui les distingue de Hégel;
leur Dieu, c'est le monde. Ils ont rejeté l'idéalisme
de Hégel, son principe abstrait et l'être identique
au non-être qui se réalise dans le devenir éternel.
Ils n'ont gardé que le devenir, c'est-à-dire le mou-
vement de la vie universelle, la loi du développe-
ment des êtres, la suite éternelle des phénomènes
leur système est le naturalisme. M. Vacherot dit
k 0: La nature a en elle-même son principe de mou-
vement et de changement; elle est la cause de tous
ses effets 1. «Les positivistes prétendent, eux, en
d'autres termes, que le monde a dans ses lois im-
manentes le principe de sa vie et de son mouve-
ment. M. Vacherot, dans son système, qu'on peut
appeler l'idéalisme, en veut au Dieu personnel; car,
dit-il, l'idéal seul est parfait; or, si Dieu n'a pas
de personnalité, il n'est pas. Comme on le voit,
c'est toujours l'athéisme, quel que soit le nom sous
lequel on le cache.
En résumant enfin les idées de l'athéisme, pour
les rendre plus intelligibles, nous voyons que les
sceptiques sont obligés d'admettre 1° une unité
1. Métaphysique et science, tome II, page 508.
12 EXPOSITION GÉNÉRALE
infinie et nécessaire; 2° une force immanente qui
réside dans le monde, qui n'en est pas distincte,
et dont le monde n'est que la manifestation; 3° un
ressort secret, un principe de vie « qui pousse in-
cessamment l'être à exister de plus en plus, à re-
vêtir toutes les formes du possible
Ainsi, voilà trois hypothèses, au lieu de celle
toute simple du Dieu créateur. Triste philosophie
que celle qui croit arriver à la vérité, en se basant
sur des hypothèses sans fondement, et en entas-
sant erreurs sur erreurs; elle s'en éloigne, au con-
traire, de même qu'en accumulant des quantités
négatives on s'éloigne de l'unité au lieu de s'en
rapprocher.
Ce sont là les idées théoriques de l'athéisme;
mais ce système a aussi enfanté une morale dite
morale indépendante. Elle est en effet indépendante
de Dieu, mais elle dépend du caprice individuel,
de sorte qu'elle n'est que la destruction de la vraie
morale. Dans ces derniers temps l'athéisme a
même inventé un nouveau genre d'art à sa conve-
nance qu'il a appelé le réalisme, qui de son vrai
nom devrait s'appeler le cynisme; car il vise au laid
et au réel, au lieu de viser au beau et à l'idéal, et
il détruit ainsi l'art lui-même.
1. Renan, la Science de la nature, chap. vr.
DE L'ATHÉISME. 13
§ 5. Fatalisme.
Une fois lancés sur la pente de l'erreur, les scep-
tiques sont allés jusqu'au bout. Ils sont tombés
dans le fatalisme, en niant le Dieu créateur 'ou la
Providence et la liberté, et en restant aveugles de-
vant l'ordre et l'harmonie qui règnent dans l'uni-
vers et dans l'histoire. Ils ont beau invoquer à
l'appu de ce fatalisme les opinions de savants scep-
tiques, il nous sera facile de les convaincre d'er-
reur à l'aide de la science, comme à l'aide du bon
sens. Les vérités scientifiques résultant toujours
de l'expérience et de l'observation des faits sont
écrasantes par leur évidence, et vraiment il est fâ-
cheux qu'elles ne soient pas accessibles à tout le
le monde, comme le sont les vérités qui dérivent
du bon sens, car leur force de conviction est irré-
sistible.
De Candolle avait dit « Les oiseaux volent parce
qu'ils ont des ailes, mais un véritable naturaliste
ne dira jamais Les oiseaux ont des ailes pour
voler. Darwin, naturaliste anglais, a émis la
même opinion, en disant « L'ceil n'est pas con-
struit cnmme il l'est pour voir, mais il voit parce
qu'il est ainsi construit. Pour eux donc, les fonc-
tions sont un résultat et non un but. Mais, de
même que je disais aux panthéistes qu'ils ne fai-
14 EXPOSITION GÉNÉRALE
saient qu'habiller à la moderne les idées des phi-
losophes de l'antiquité, Démocrite et Parménide,
je dirai à ces savants qu'ils ne font que répéter ce
que Lucrèce, bien longtemps avant eux, en a dit
dans son livre De natura rerum (lib. IV)
Nil natum est in corpore, ut uti
Possemus, sed quod natum est id procreat usum.
Je crois que nul d'entre eux n'a été aussi net et
aussi catégorique. Les savants sceptiques objectent
aux partisans de l'ordre et de l'harmonie, les mons-
truosités, les anomalies, le gaspillage des créatu-
res inutiles et des forces perdues, etc. Ils ajou-
tent que, dans chaque espèce, l'anatomie nous
montre des formes et des organes inutiles à cette
espèce; tels sont, disent-ils, l'humérus caché dans
la nageoire des cétacés, les mamelles rudimentai-
res chez l'homme, les formes transitoires du fœtus,
dans lesquelles les mammifères ressemblent aux
poissons et aux reptiles avant d'atteindre leurs for-
mes définitives. Mais qui a fait connaître à ces sa-
vants le plan de Dieu, et qui leur a dit ensuite que
ces apparentes anomalies n'entrent pas dans son
plan? Se sont-ils élevés assez haut dans la contem-
plation des œuvres divines pour voir d'un seul
coup d'œil la position relative et absolue de toute
chose, ainsi que le rôle que chacune d'elles y doit
jouer? Tant que leur science marchera terre à terre,
DE L'ATHÉISME. 15
elle sera condamnée à ne pas jouir de la beauté et
de l'harmonie de l'Être. Avant qu'on eût découvert
la fonction physiologique des différents organes de
l'homme, aurait-on eu raison de dire que ces or-
ganes étaient inutiles et que, par suite, il n'y avait
pas d'harmonie dans le corps humain? Aujour-
d'hui, parce qu'on ne connaît pas bien le rôle de la
rate, des capsules surrénales, du corps thyroïde,
quel est le physiologiste qui oserait dire que ces
organes sont inutiles et prouvent le manque d'or-
dre et d'harmonie dans le corps humain? Goethe
imagina, pour expliquer tout cela en dehors.du
plan divin, la théorie de l'unité de composition,
ou procédé unique suivi par la force aveugle des
choses. Geoffroy Saint-Hilaire développa cette thëo-
rie que M. Littré appelle la loi du développement.
D'après lui 1° la nature agit sans intelligence et
sans but; 2° elle agit toujours et partout unifor-
mément. Elle est monotone dans son procédé. Cu-
vier a combattu avec avantage ce système, qui a
le tort de n'être pas tout à fait exact et de ne pou-
voir tout expliquer. Il a donc les deux défauts ra-
dicaux de toute fausse théorie; mais, en la suppo-
sant vraie, pourquoi ne pas voir, comme Geoffroy
Saint-Hilaire lui-même', que cette théorie, loin de
nier Dieu, est, au contraire, « une des manifesta-
1. Principes de philosophie zoologique.
16 EXPOSITION GÉNÉRALE
tions les plus glorieuses de la puissance créatrice,
et un motif de plus d'admiration, de gratitude et
d'amour? »
Mais voyons ce qu'en pensent les véritables sa-
vants qui, possédant des connaissances encyclopé-
diques, n'ont pas laissé étouffer leur bon sens par
des études trop spéciales. Albert le Grand, le pion-
nier des sciences physiques modernes, comme l'ap-
pelle M. Max Müller, disait « Dans l'univers tout
entier, non-seulement dans l'harmonie des organi-
sations individuelles, mais aussi dans la variété des
formes différentes, nous pouvons et nous devons
admirer la majesté et la sagesse de Dieu. »
Kepler, après avoir découvert les trois grandes
lois admirables sur lesquelles repose l'astronomie
moderne, s'écrie, dans la conclusion de l'Harmonie
du monde: 0 toi qui, par la lumière de la nature,
nous as fait soupirer après la lumière de ta grâce,
afin de nous révéler la lumière de ta gloire, je te
rends grâces, mon Créateur et mon Dieu, de ce que
tu me permets d'admirer et d'aimer tes œuvres. J'ai
maintenant terminé le travail de ma vie avec la force
d'intelligence que tu m'as accordée. J'ai raconté aux
hommes la gloire de tes œuvres aussi bien que mon
esprit en a pu comprendre l'infinie majesté. Mes
sens se sont éveillés pour chercher la vérité, au-
tant qu'il m'a été possible avec droiture et sincé-
rité. Si moi, qui ne suis qu'un ver à tes yeux, et
-DE L'ATHÉISME. 17
.2
né dans les liens du péché, j'ai avancé quelque
chose qui soit contraire à tes desseins, que ton
esprit m'inspire pour que je le corrige. Si la mer-
veilleuse beauté de tes ouvrages a enflé mon âme.
et si j'ai cherché mon propre honneur parmi les
hommes à mesure que j'avançais dans le travail
qui n'était destiné qu'à te glorifier, pardonne-moi
dans ta bonté et dans ta miséricorde, et fais par
ta grâce que mes écrits tendent à ta gloire et con-
tribuent au bien de tous les hommes. Louez le
Seigneur, ô harmonies célestes, et vous qui com-
prenez les nouvelles harmonies, louez le Seigneur.
Que mon âme loue le Créateur pendant toute ma
vie: C'est par lui et en lui que tout existe, le monde
matériel comme le monde spirituel, tout ce que
nous savons et tout ce que nous ne savons pas
encore; car il nous reste beaucoup à faire, que
nous laissons inachevé: »
Newton, qui ne prononçait jamais le nom de
Dieu sans se découvrir, et qui a fait des travaux si
admirables en optique, branche de la physique
qu'il a pour ainsi dire créée, disait « L'œil n'a pas
été fait sans aucune connaissance de l'optique et
l'oreille sans aucune connaissance des lois du son. »
Il est inutile de citer l'opinion de Pascal et celle
de Leibnitz à ce sujet; car ces deux génies, les plus
complets 'du dix-septième siècle, étaient de vrais
types de savants chrétiens. Enfin, de nos jours, l'il-
18 EXPOSITION GÉNÉRALE
lustre savant américain Maury, qui a accompli des
travaux si admirables sur les vents et les courants
de la mer, et auquel est, pour ainsi dire, due la
création de la météorologie, s'élève aux conceptions
les plus hautes en présence de la sagesse divine qui
a tout si bien réglé, et il se laisse aller au lyrisme
d^un saint enthousiasme qui nous rappelle certains
psaumes du roi-prophète. Tl continue la tradition
des véritables grands génies, de ceux dont la science
était assez profonde pour qu'il leur fût donné de
s'humilier en présence de la magnificence et de la
grandeur de Dieu, révélées par l'harmonie qu'ils
découvraient dans le ciel, sur la terre, dans les
êtres vivants et dans la nature humaine.
§ 6. Prétendues bases scientifiques de l'athéisme.
On cherche aujourd'hui à donner une base scien-
tifique au scepticisme. D'après Darwin, les espèces
ne sont pas, comme le prétendait Buffon, des êtres
réels, ou, comme le disait Cuvier, des êtres perma-
nents et fixes; elles varient, dit-il, indéliniment
d'après le principe de l'élection naturelle qui con-
serve et transmet les variations favorables; puis,
la concurrence vitale, autre principe, fait que des
espèces sont détruites par d'autres plus puissantes
mais il confond, comme l'a très-bien dit Flourens,
la variabilité avec la mutabilité.
DE L'ATHÉISME. 19
Darwin avait comblé l'abîme qui sépare le zoo-
phite de l'homme, sans oser aller plus loin mais
M. Pouchet n'a pas eu tant de scrupules, et il a
voulu combler l'abîme encore plus profond qui
sépare le minéral de l'être organisé; il a ainsi
sauté d'un règne à un autre, en voulant expliquer
l'éclosion de la vie à la surface de la terre par les
seules forces de la matière. Nous verrons comment
M. Pasteur l'a réfuté.
M. Berthelot venait de se livrer en chimie orga-
niqúe à un grand travail synthétique d'après lequel
il a pu former avec des éléments inorganiques,
tels quel le carbone, l'hydrogène et l'oxygène, des
matières organiques; cependant, jamais il n'a pré-
tendu former des êtres -organisés mais les igno-
rants, qui ne doutent de rien, se sont demandé si
la chimie n'avait pas dans ses creusets et ses cor-
nùes le secret de la. vie. M. Renan est même allé
jusqu dire: « La chimie et la biologie montreront
le secret même de la vie, la loi de l'atome; la science
infinie lui livrera un pouvoir infini qui sait même,
si, franchissant les limites de la planète, il ne gou-
vernera pas le monde'? Ailleurs encore, le même
écrivain avance, à propos de l'origine des espèces
de Darwin, que la morphologie nous livrera le
secret de la lente transformation de l'humanité
1. Science de la nature.
20 EXPOSITION- GÉNÉRALE
et le phénomène étrange en vertu duquel une es-
pèce animale prit sur les autres une supériorité
décisive'. »
Quel est le romancier qui oserait avancer de telles
hérésies scientifiques? Et pourtant M. Renan a cru
faire de la science en parlant ainsi, puisque son
ouvrage a pour titre Science de la nature.
L'homme dérive du singe, d'après MM. Filippi et
Vogt; mais Gratiolet et M. Max Müller les ont ré-
futés par la science.
,j?- Cuvier, avec ses époques, et M. Élie de Beaumont,
avec sa théorie des soulèvements, avaient jeté les
bases de la géologie et expliqué les grands cata-
clysmes du globe. Lyell a substitué à ces théories
celle ^des causes actuelles et des actions lentes
(action de la mer et des marées, tremblements de
terre, éruptions volcaniques, pluie, vents, etc.).
L'influence de ces causes est réelle, mais il s'agit
de lui assigner sa véritable part dans l'explication
des grands faits géologiques, car une théorie n'ex-
clut pas l'autre.
D'après certains savants, laBible n'est qu'un tissu
de fables, puisqu'elle admet l'unité des races, le dé-
luge,l'arche de Noé, la dispersion des peuples, la con-
fusion des langues, etc. Nous verrons comment la
science et la critique contemporaine les réfuteront.
1. Science de la nature.
DE L'ATHÉISME. 21
Enfin, des physiologistes et des médecins alié-
nistes, tels que MM. Lélut, Moreau (de Tours), Buch-
ner, Moleschott, Vulpian, ont introduit l'athéisme
dans la science de l'homme. Ce qu'il y a de plus
étrange enfin, c'est la manière dont certains scep-
tiques comprennent là vie future; pour eux, l'âme
aura dans l'autre vie toute espèce de bonheur; seu-
lement elle n'existera pas.
Telles sont les prétendues bases scientifiques de
l'athéisme; plus loin nous les discuterons pour
démontrer que ce ne sont que des hérésies scien-
tifiques. D'après ces systèmes, l'harmonie de l'u-
nivers, au lieu d'être un principe, n'est qu'une
résultante ayant l'air d'agir comme un principe in-
telligent, c'est-à-dire comme Dieu. Si l'on fait
intervenir des milliards d'année3, on s'explique le
tout. Goetheavait cette idée, qu'il émet dans Faust,
en disant qu'au commencement était l'Action et
non le Verbe, l'Intelligence. L'action universelle,
l'activité aveugle, la matière parvenant à la formé,
à la vie, à la pensée, par une force aveugle et fa-
tale la perpétuité de l'être se transformant dans
la perpétuité du temps. Il est permis aux poëtes,
et surtout aux poëtes allemands, de faire de ces
rêves; ils en ont fait de plus étranges; mais qu'un
Français les ait pris au sérieux, c'est ce qui semble
extraordinaire; c'est pourtantce qu'a fait M. Renan
dans l'Avenir des sciences naturelles, lorsqu'il vient
22 EXPOSITION GÉNÉRALE
essayer de donner une explication mécanique du
monde. Il dépose dans l'atome la tendance au pro-
grès et rien qu'avec cela l'on voit naître l'univers,
par la loi chimique, la vie, la sensation, la raison.
On sait ce qu'on entend par propriété des atomes,
car la chimie s'en occupe spécialement: ainsi, on
sait que tel atome a telle densité, telle forme cris-
talline, etc., que l'on mesure; mais qu'est-ce que
), M. Renan peut entendre par la propriété dont
jouissent les atomes d'avoir la tendance au progrès?
Ce que Henri Heyne raconte de Hégel ne peut-il
pas s'appliquer à M. Renan? Mais Hégel se faisait
peut-être illusion et croyait comprendre ce qu'il
disait. N'est-il pas plutôt évident que M. Renan est
lui-même bien convaincu qu'il fait de la haute
métaphysique à la façon dont l'entendait Voltaire,
quand il nous parle de la tendance de l'atome au
progrès? M. Renan nous a dit que la chimie et la
biologie nous donneraient un jour le secret de la
vie, le pouvoir infinie, mais il ne le dit apparemment
que par modestie; il veut avoir l'air de laisser
quelque chose à faire aux futures générations en
définitive, tout cela, ne l'a-t-il pas fait lui-même,
tout seul, vers la fin de 1863, se trouvant à la cam-
pagne pour se reposer de ses rudes travaux de la
ville? C'est alors qu'il nous a donné, comme en se
jouant, dans l'espace de quelques heures, à peine
i le temps nécessaire pour l'écrire, tout un système
DE L'ATHEISME'. 23
du monde. Ne doit-on pas s'étonner de cette mo-
destie après une œuvre semblable, pour laquelle
Laplace, qui était pourtant un grand esprit, a été
obligé de travailler vingt ans?
En lisant ces idées si étranges, je ne pus m'em-
pêcher de faire cette réflexion Quand donc, en
France, en viendra-t-on à préférer des êtres pleins
de vie, et encore tels que la nature les a faits,
fussent-ils d'ailleurs nus ou couverts de hail-
Ions.. à ces mannequins, qui, de loin, font illu-
sion, mais qui, vus de près, excitent le rire .et le
mépris; car ils n'ont ni beauté, ni vie, ni mouve-
ment ?
§ 7. L'âme, mutilée par l'athéisme, nie et confond tout.
Nous avons vu que les athées ont une singulière
manière d'envisager Dieu ou l'Être. Au lieu de re-
monter à Dieu et à l'âme, sources du vrai, du bien
et du beau, comme cette voie est trop rude, ils pré-
fèrent les supprimer par la négation ou bien les
simplifier par la confusion générale de tout ce qui
est. Le trouble que ce mal fait éprouver à l'âme est
une mutilation par suite de laquelle elle subit une
éclipse complète, ou bien elle confond tout; cette
mutilation portant sur les trois faces de l'âme: le
vrai, le bien et le beau, celle-ci reste en proie à
l'erreur, au mal, à la laideur et à la tristesse. Ce
24 EXPOSITION GÉNÉRALE
qui se passe là n'est pas sans analogie avec ce qui
arrive 'dans le domaine des choses matérielles,
quand, par suite de certaines lésions, l'œil ne voit
plus rien ou voit tout coloré de la même teinte.
Après avoir nié Dieu, l'âme, la' vie future, la li-
berté, etc., les athées se sont jetés dans la confu-
sion confusion du christianisme avec toutes les
autres religions par E. Burnouf.; du Créateur avec
la créature par les panthéistes; de l'homme avec le
singe par M. Vogt; du génie avec la folie par MM. Lé-
lut et Moreau (de Tours); du monde inorganique avec
le monde organique par M. Pouchet de toutes les
espèces animales entre elles par Darwin du bien
avec le mal par les panthéistes, et enfin du réel
avec l'idéal par les artistes athées dans l'art.
Les athées n'admettent que ce qui tombe sous les.
sens, c'est-à-dire l'homme et la matière, et comme.
de l'homme, ils éliminent ce qui le caractérise,
l'ame; il devient pour eux un animal comme les
autres, seulement un animal plus élevé dans l'é-
celle des êtres organisés ici les athées sont pour-
tant logiques quand, en effet, ona de pareilles idées,
il est tout naturel qu'on ne se croie pas bien au-
dessus de la brute. Ne voit-on pas que celle-ci ne
croit pas davantage à Dieu,'à l'àme; etc., et ne re-
connaît que cette matière qui tombe sous les sens?
L'athéisme représente la foi fanatique, la foi
des sens, la: foi à son état pour ainsi. dire rudi-
DE L'ATHÉISME. 25
mentaire et inintelligent, ou plutôt c'est l'anni-
> hilation de la vraie foi intelligente et développée
*7 de l'esprit. Que, la raison lui tienne un langage
) élevé, elle répondra qu'elle ne peut pas la com-
prendre, parce qu'elle ne voit pas physiquement ce
que l'autre lui enseigne la foi raisonnée, c'est-à-
dire la foi chrétienne, n'est pas plus heureuse pour
la tirer de ce léthargique orgueil. Je ne crois
pas aux chimères, répond-elle; qui a vu Dieu,
l'âme, etc.?
Je sais bien que les athées font parade de cette foi
qui est, d'après eux, un signe d'intelligence: Com-
ment ne voient-ils pas qu'au point de vue intellec-
) tuel il y a plus de difficulté et de mérite dans la
1 croyance intelligente et solide que dans cette foi par
trop myope qui n'aboutit qu'à la négation? Qu'ils
sachent que, lorsqu'on est dans le doute, il faut de
la réflexion et de la science pour arriver à la vraie
foi, tandis qu'on n'en a pas besoin si l'on doit se
borner à nier? S'ils y pensaient bien, ils devraient,
puisque, pour eux, tout .est affaire de vanité, se
donner l'air religieux rien que par amour-propre.
J'espère même qu'un jour on le comprendra si
bien qu'on péchera peut-être par excès contraire;
tellement il deviendra évident pour tout le.monde
que l'esprit de religion suppose dans l'homme un
ensemble de qualités morales et intellectuelles peu
communes de nos jours et qui, à l'avenir, devront
26 EXPOSITION GÉNÉRALE DE L'ATHÉISME.
servir de base à l'aristocratie morale prise dans le
vrai sens du mot, non à l'aristocratie du pouvoir,
ni à celle des sophistes et des lettrés, mais à celle
des véritables savants.
PREMIERE PARTIE.
J'arrive maintenant à la partie la plus impôr^
o tânte de mon sujet, en ce sens que l'athéisme
prétendant se baser sur la science, si je prouve qu'il
est au contraire en opposition complète avec elle et
qu'il lui est essentiellement hostile, je lui aurai en-
levé toute base.
CHAPITRE PREMIER.
LA SCIENCE A POUR BUT LE PROGRÈS DE L'HUMANITÉ.
La science a pour objet la connaissance de la
vérité la vérité sur Dieu, la.vérité sur l'homme et
la vérité sur la matière brute ou organisée. Dieu a
donné à l'homme un fonds de'vérité pour exercer
28 L'ATHÉISME réfuté
l'activité de son âme et satisfaire à ses besoins nio-
raux, et un fonds matériel, le globe, pour qu'il
le fasse servir à ses besoins matériels. Le savant
fait usage. de sa raison pour exploiter ce dou-
ble fonds et pour progresser par ce double tra-
vail..
C'est sur ce fonds de révélation que la raison et
la science doivent s'exercer par la libre discussion
pour en extraire des vérités de plus en plus simples,
claires et élevées; la raison n'est donc qu'un ins-
trument s'exerçant en vertu de sa liberté non sur
un fonds vide, arbitraire ou de fantaisie, mais sur
un fonds de foi réel, absolu et immuable comme
Dieu même. La science a ainsi pour but, non de
créer la vérité, mais de la révéler en l'extrayant de
la mine qui la recèle et dans laquelle elle est ca-
chée. Cette vérité existe virtuellement en lui; car
c'est dans son âme que Dieu l'a déposée. Par sa
raison armée de la méthode expérimentale, le sa-
vant dégage cette lueur vague du chaos de l'erreur
dans lequel il sent qu'elle est plongée, comme le
minéralogiste extrait le brillant cristal de la gan-
gue qui l'enveloppe.
Tel est le point de vue à la fois simple et élevé
auquel il faut se placer pour comprendre le rôle et
l'importance relatifs et absolus de la raison et de
la foi, ou de la science et de la religion, ainsi que
leurs relations.
'PAR LA SCIENCE. 29
La science n'est donc que le produit de l'activité
de la raison humaine s'exerçant sur ce double fonds,
spirituel et matériel, que Dieu a donné l'homme
pour développer son corps et son âme par la li-
berté et le travail. La'science, œuvre spirituelle de
l'homme, doit tenir de la double nature de son
âme, c'est-à-dire qu'elle doit être imprégnée de
raison et de foi ou d'amour et porter l'empreinte
de la raison humaine sur la foi divine. Elle a donc
toujours du divin; l'interprétation peut en être ma-
térialiste ou athée, c'est-à-dire aveugle et incon-
sciente, mais la. science ne change pas de nature,
parce que des athées la comprennent au rebours;
elle reste ce qu'elle est d'une manière immuable,
un mélange de raison et de foi: Nous dévelop-
perons cette idée d'une manière encore plus com-
plète à propos de l'analyse de la méthode expéri-
mentale.
Les attributs de la science sont aussi beaux que
nombreux. En présence delà grandeur, de l'ordre
et de la beauté des œuvres de Dieu, ciel, terre, et
êtres vivants, comment le savant ne glorifierait-il
pas le Créateur, tout en s'humiliant devant sa sa-
gesse etsa science infinies?Mais, en même temps la
science fait progresser l'humanité et en faisant
prédominer de plus en plus l'esprit sur la matière
dans l'homme et dans la société, et en confirmant
la vérité de ces faits que le bon sens nous faisait
30 L'ATHÉISME RÉFUTÉ
déjà pressentir, et enfin, en développant la vie par
ses applications à la médecine, à l'histoire et à l'é-
conomie sociale.
La science imprime une impulsion *de progrès à
l'humanité par tous ses éléments. L'homme de-
génie capable de découvertes et d'inventions a
l'intuition de la vérité qu'il cherche; il voit d'a-
bord cette vérité d'une manière vague et spon-
tanée il se passionne alors pour elle, et, sous
l'influence de cette passion, son âme, par un im-
mense effort qui la retrempe, dérobe son secret à
la nature en faisant jaillir la vérité, en la réalisant
par le contrôle de l'expérience. Dans toutes ces
phases de travail, l'âme s'épure, s'élève et s'agrandit,
et enfin l'homme devient de plus en plus libre et spi-
rituel et tend vers la perfection. Le progrès consiste
précisément dans cette prééminence de plus en
plus grande que nous devons faire prendre à notre
âme sur la matière morte et vivante à l'extérieur
et les passions à l'intérieur, afin de nous délivrer de
l'esclavage de ces deux anciens ennemis, de les
dompter et les rendre dociles à notre voix. Qui
ne serait ravi en voyant ces vrais savants martyrs
et victimes de la science, souffrant de ne pas pos-
séder la vérité, brûlant de la saisir et se jetant au-
devant d 'elle avec tant de feu sacré qu'ils s'y sa-
crifient ? Dans toutes les sciences, ces martyrs sont
nombreux, et leur exemple a toujours inspiré aux
PAR LA SCIENCE. 31
âmes non flétries une soif pareille à la leur, qui les
épure et les élève.
Enfin, l'influence de progrès de la science a ce
caractère de clarté et d'absolu qui la metau-dessus
même de la morale et de l'art par ses arrêts sans
appel qui entraînent l'adhésion complète de l'âme,
et de plus, cette influence est la plus étendue de
toutes, puisqu'elle n'a aucune limite, ni dans le
temps, ni dans l'espace.
i La vérité sur Dieu et l'âme est la plus utile au
salut et au bonheur éternel; la vérité sur la vie a.
pour effet de détruire les maux physiques de
l'homme, et entin la vérité sur les êtres bruts
ou vivants nous les livre doux et obéissants
eux qui nous étaient auparavant si hostiles. et si
rebelles, et contribue ainsi à notre bonheur ter-
restre.
Parallèlement à cette œuvre de progrès sur
l'homme, s'en accomplit une immense sur la so-
ciété. Les passions et les préjugés, ces ennemis des
liens sociaux, venant à disparaître, les hommes se
rapprochent. Les miasmes qui empoisonnent le
milieu dans lequel ils viventmatériellementvenant
à être connus, on pourra prévenir par la science de.
la matière ces épidémies et ces endémies qui cau-
sent tant de maux dans la société, et ainsi s'ac-
complit par la science cette double œuvre de per-,
fection sociale, à la fois matérielle et spirituelle.,