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L'impartial, ou réfutation de la troisième partie de l'écrit intitulé : "Marseille, Nismes et ses environs en 1815" (2e partie) ; suivie de quelques observations sur l'écrit intitulé : "Les crimes d'Avignon" , par M. F...

52 pages
Impr. d'E. Aubanel (Tarascon). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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L'IMPARTIAL,
ou
RÉFUTATION
DE LA TROISIÈME PARTIE
De l'Écrit intitulé : MARSEILLE, NISMES et ses
environs, en 1815 (2.mepartie) ; suivie de quel-
ques Observations sur l'écrit intitulé: Les crimes
d'AVIGNON.
Par M.T F...
C'EST VOUS de qui les mains impures
Trament le tissu détesté ,
Qui fait trébucher l'équité
Dans le piège des impostures;
Lâches, aux cabales vendus ,
Artisans de fourbes obscures,
Habiles seulement à noircir les vertus.
J. B. ROUSSEAU ; Ode contre les hypocrites.
TARASCON,
DE L'IMPRIMERIE D'ELISÉE AUBANEL
1818.
« Pour anéantir la Monarchie , les crimes ne
» leur ont jamais rien coûté. »
Précis historique du massacre des protestans du Gard ,
tnvers les catholiques.
AVANT-PROPOS.
LE libelliste Durand ne s'est point contenté de
ses deux premiers libelles ; il en a fait paraître un
troisième , où il appuyé , par de nouveaux men-
songes et de nouvelles calomnies , les mersonges
et les calomnies des précédera. A la vérité, il ne
s'adresse plus au public ; il écrit, par dix mille exem-
plaires , à un particulier à qui il raconte pour la
100 eme fois tout ce qui s'est passé dans le dépar-
tement du Gard, et auquel il propose des questions
relatives à la tranquillité de ce département, comme
s'il croyait que le Roi et les Autorités n'y songeas-
sent pas assez; comme si c'était à un jeune insensé
qui le premier a chassé , loin de ses concitoyens ,
la paix et le repos , à parler des moyens de les
rappeler parmi eux. Chose étrange! Un jeune hom-
me , sorti de la poussière, des collèges depuis peu
d'années , que rien ne rend encore recommanda-
ble, à moins qu'il ne regarde comme des titres d'a-
voir joué la comédie , et d'avoir entrepris un jour-
nal qu'il a abandonné au 2.eme numéro , et Dieu sait
comment ! Ce jeune homme , disons-nous , se met
tout-à-coup dans la tête de réformer la conduite
du gouvernement , il a même la complaisance de
lui indiquer le moyen à prendre pour ramener la
tranquillité ; lorsque personne ne la trouble que lui,
et il nous répète à satiété quelques faits que nous
savions avant qu'il eût pris la plume, et beaucoup
d'autres que personne ne sait excepté lui, et que son
cerveau créateur lui fournit prodigalement ! Voilà
ce qu'il nous faut voir.
Ce qui est plus étonnant encore, c'est que tant
de gens puissent appuyer de pareils ouvrages
Quel est donc ce changement qui s'est opéré
A 2
(4)
parmi nous , que sont devenus notre caractère et
nos moeurs ? Nous français, peuple autrefois si doux,
qui partagions notre vie entre nos plaisirs et nos
devoirs , qui étions autant célèbres par notre hu-
manité que par nos talens et notre valeur, qui em-
brassions nos ennemis dès que le combat était, cessé;
aujourd'hui changés , je ne sais comment , par l'in-
fluence de quelque astre ennemi, après nos longs
malheurs nous ne nous occupons que des moyens de
les renouveler. Acharnés à nous nuire, en vain un Mo-
narque sage, pacifique, et qui semble avoir pris pour
■modèle ceux de ses aïeux dont la postérité conser-
vera éternellement la mémoire , nous présente la
paix et la tranquillité qu'il a rappelée parmi nous ;
en vain il nous conjure de nous livrer à elles: nous
n'en voulons pas , nous les rejetons avec dédain;
les troubles, les dissentions et les menaces ont plus
de charmes pour nous : nous ne sommes point ras-
sasiés de 2 5 ans d'infortunes , et nous aimons mieux
nous préparer de nouveaux maux , que d'oublier
ceux que nous avons soufferts.
Ne nous ont-elles donc laissé que des récrimina-
tions , des haines et de mutuelles menaces, ces
longues années de douleur que nous avons si len-
tement parcourues ? Malheur à vous , écrivain per-
fide et calomniateur , qui , reveillez ces haines à
demi assoupies , qui , sous prétexte de bander les
plaies déjà cicatrisées de la patrie , ne cherchez
qu'à les rouvrir et à les envenimer ! Oui, les pré-
tendus baumes que vous y versez ne sont que du
poison. Indigné de vos nouvelles impostures , nous
sommes forcé d'y répondre ; vous avez engagé
le combat, c'est en vain que nous voudrions cesser;
en portant de nouveaux coups, vous nous obligez à
rester en garde , à parer et à riposter ; et quoi qu'il
puisse résulter de ce combat , ce sera vous qui
l'aurez voulu.
(5)
CHAPITRE PREMIER.
QUOIQUE tous les libellistes qui attaquent avec
tant d'acharnement les royalistes du Gard, se res-
semblent par plusieurs choses, d'abord par leur
audace à calomnier , et ensuite par leur empresse-
ment à cacher la vérité , il en est cependant qui
ont une couleur particulière: celle de l'impudent
Durand est facile à saisir ; l'adresse à rendre vrai-
semblables les assertions les plus absurdes , l'effron-
terie à les soutenir, jointe à une haine extrême ca-
chée sous le voile d'une impartialité scrupuleuse ;
voilà les caractères particuliers de sa brochure; heu-
reusement, le masque ne le couvre pas toujours
tout entier , et il montre souvent le bout de l'o-
reille.
On verra aisément, par cet écrit, ce qu'on doit
croire de cette affectation d'impartialité, arme d'un
lâche et d'un fourbe qui se cache pour mieux frap-
per sous une forme étrangère. C'est le dernier
effort de la haine : pour mieux assurer ses coups,
elle se déguise elle-même, sachant bien qu'on se
méfiera d'elle si elle se montre telle qu'elle est, au
lieu qu'on ne se tient pas autant en garde contre
les discours d'un homme qui parait tranquille et qui
raconte des événemens sans avoir l'air de s'y inté-
resser. Mais cette tranquillité, lorsqu'elle est feinte ,
n'en impose pas long-temps : on déchire bientôt le
voile qui couvrait l'imposture et la calomnie , et
elles n'en paraissent que plus hideuses.
Le pamphlétaire Durand commence sa lettre à
M. Benjamin Constant , en lui apprenant que
le Gard est borné au nord par les Cévennes ; à
l'ouest par le Rhône , etc. Après l'avoir instruit de
A3
( 6)
ces vérités importantes , il passe à la ville de Nismes ,
et laissant la géographie de côté, il nous peint cette
ville comme divisée entre deux sectes irréconcilia- ,
bles dont l'une ne peut parvenir à dominer sur l'autre.
Ici le libellisle s'aperçoit de l'impudence qu'il a
montré en traitant de secte la religion du Prince et
de l'Etat , la religion qui depuis tant de siècles a
été prèchée dans toutes les parties du globe ; il se
hâte de nous prévenir par une note , que les mots
religion , culte, série , signifient la même chose pour
lui, et qu'il s'en sert indifféremment. En vérité. c'est
dommage que M. Durand ne paraisse pas bien versé
dans la connaissance des synonimes, cela gâte beau-
coup les talens d'un écrivain tel que lui : avec tout
le respect que l'on doit à ses lumières, nous avouons
qu'il nous avait paru , jusqu'à ce jour , qu'il y avait
une grande différence entre les deux mots, et
qu'il n'était pas permis de les employer indifférem-
ment , à moins de vouloir tout dénaturer, et nous
comparions dans notre ignorance la religion à une
tendre mère , et une secte à une fille rebelle , ce
qui est bien loin de se ressembler. Mais doréna-
vant nous profiterons des leçons de M. Durand ,
nous rapprocherons les mots éloignés , et nous
avouerons, s'il le veut, que l'imposture est la même
chose que la vérité, quoique ses écrits se ressentent
beaucoup plus de la première que de la seconde.
Pour nous montrer qu'il entend aussi bien les
mots en politique qu'en religion, il nous avertit en-
rore , par la même note, qu'il se sert de ces expres-
sions parti. esprit départi, pour désigner les roya-
listes comme les bonapartistes, les sujets fidèles,
comme les partisans de la rébellion. M. Durand
veut absolument confondre tous les termes, et l'on
voit qu'il a profité du dictionnaire de Bonaparte ,
qui appelait insurgés les espagnols armés pour la
défense de leur légitime souverain.
( 7)
Pour nous, nous n'admettrons point ces expres-
sions-là. Dans un temps de trouble et d'anarchie ,
en 1793 et 1799 Par exemple , il pouvait y avoir
des partis. L'absence de chef, et presque de lois,
permettait de voir le bien de la France de plusieurs
manières différentes , et le parti victorieux n'avait
souvent d'autre avantage que celui d'être le plus
fort : mais aujourd'hui qu'un Roi légitime , appelé
par les voeux de la nation , est assis sur le trône ,
nous soutenons qu'on est sujet révolté , si l'on n'est
point sujet fidèle. M. Durand dût-il nous traiter
d'esprit servile, d'esprit dénué d'idées libérales ,
nous ne connaissons point de milieu , il n'y a plus
de parti à suivre que celui du Roi , ou pour mieux
dire il n'y a plus de parti , et tous ceux dont les
voeux aspirent à changer le gouvernement ne sont
que des rebelles , tel que l'imposteur C... D... et
consorts. M.Durand, dans quelques endroits de sa
brochure, soit que la fureur de médire l'emporte,
soit qu'il croie nécessaire de dire du mal du parti
qu'il défend , pour mieux prouver son impartialité
prétendue : M.r Durand, disons-nous , calomnie
quelquefois un parti comme l'autre, et nous croyons
alors de notre devoir de les défendre tous les deux
avec la même franchise , d'autant plus que les
calomnies sont ici au moins inutiles , et qu'il y a
assez de vérités à dire. Il prétend qu'à Nismes les
haines de parti sont si générales et si fortes, que le
père les inspire ( ce sont ses expressions) à ses en-
fans , à ses amis et à tout ce qui l'entoure. Nous avan-
çons , sans crainte d'être démenti, que cela est faux,
et qu'il faut être bien impudent pour attribuer à toute
une ville le fait de quelque misérable. Car, parmi
les gens d'une certaine classe que contient la ville,
on ne trouve qu'un très-petit nombre de person-
nes qui aient montré une haine décidée contre
celles du culte opposé , et ce ne sont que des pro-
A 4
(8)
testans comme les S... L..., les A... M... (1), les Ed..;
P... et les C...
Quant aux catholiques , nous défions M. Durand
d'en nommer un seul dans la classe dont nous par-
lons, à qui on puisse reprocher d'avoir, en son
particulier , travaillé à la ruine des protestans. Ont-
ils à se plaindre de ceux même qui avaient le plus
(1) A... M..., chef d'une maison de fabrique , était officier
dans la garde urbaine. Dans l'après-midi d'un jour qu'il était
de garde au poste établi à la barrière du chemin d'Avignon,
cercle de la comédie , et là, en présence de plusieurs
membres de cette société , il dit : « J'ai fait une bonne jour-
» née, j'ai dévalisé vingt-deux miquelets , et pour qu'on ne
» me le conteste pas , je me suis fait délivrer l'attestation que
» voilà.» Un des membres presens ( M.r Ch. J...) lui dit avec
humeur : « votre conduite est indigne d'un honnète homme ;
» et si vous, M.r A.... M.... vous vous porteZ à de tels attentats, à.
» quoi ne devons-nous pas nous attendre de la part de votre
» populace ? que, si la chance tourne , comment voulez-vous
» que nous contenions la notre après de tels exemples , » Ce
discours ne fut pas du goût des urbains présens ; car: le
S.r L... P..., autre officier dans cette même garde , dit: «ce
» soir je suis de service au même poste ; qu'il me vienne des
» miquelets , et l'on verra comme je les traiterai.» Il dit lo
lendemain dans le même cercle , qu'il n'en avait eu que
treize à exploiter.
Lors de la première restauration , un jour que l'on mu-
tilait les bustes du Corse, le Sr. A... M... préserva , en l'em-
portant sur ses épaules et en le cachant dans sa maison,
celui eu marbre qui était à l'hotel-de-ville ; le 3 avril, il l'y
reporta en pompe.
Un de ses amis lui reprochait un jour de jouer trop gros
jeu , il lui répondit que c'étoit de l'argent des miquelets.
Pour le récompenser de ses hauts faits , il fut nommé
membre de la chambre des representans.
C'est là ce fabricant que tous les libellistes dépeignent
non comme un martyr de son opinion., mais de sa loi ;
qui a été obligé de transporter son industrie ailleurs , ce
qui est cause, disent-ils, de la misère d'un grand nombre
d'ouvriers : que les libellistes se tranquillisent , cet honnête
fabricant est revenu , et il achètera lui-même , tout comme
faisait son commis,, les bas tous fabriqués.
(9)
à se plaindre d'eux ? M.r Froment, dont ils avaient
égorgé toute la famille, honoré de la confiance du
Roi à son retour , s'en est-il servi pour leur nuire ?
Mr Boyer, avocat, dont ils avaient immolé le père,
s'en est-il jamais vengé , qu'en prêchant l'oubli des
offenses ? Que chacun pardonne ; n'a-t-il pas en-
core été fidèle à ces généreux principes , après
qu'on l'eut persécuté de nouveau pendant les cent
jours? M. Baron, conseiller, qui eut tout à souf-
frir de leurs mauvais traitemens pendant l'usurpa-
tion des cent jours , a-t-il seulement demandé la
punition des assassins , quoiqu'il sache bien leur
nom , comme on le verra par une note à la fin
de cet écrit ? ( voyez note A ). Moi-même , s'il m'est
permis de me nommer après des personnes si res-
pectables , que n'ai-je pas eu à souffrir de leur
part ? et cependant je prouverais , s'il le fallait,
que, lors des réactions , je ne me servis de l'auto-
rité de capitaine que j'avais alors que pour sauver
plusieurs de leurs maisons menacées. Nous cite-
rions mille exemples qui prouveraient, avec la der-
nière évidence , que cette haine de parti généra-
lisée , comme le fait M. Durand , n'existe que dans
son cerveau, et dans celui de quelques misérables
pamphlétaires.
Vous nous demanderez sans doute , M. Durand ,
si, selon nous , tous les catholiques d'une certaine
classe sont des honnêtes gens non: mais ; il est cer-
tain , et nous le prouverions par mille exemples ,
que ceux qui ne l'ont pas été , se sont rangés tout
naturellement sous les bannières opposées , tels que
Moul., clerc de B... P..., les G....les Auph..., lesB...P...,
les A..., les F..., les D... les P...B..., et quelques autres
semblables , parmi lesquels on ne saurait sans in-
justice vous refuser une des premières places. Cette
tendance de mauvais sujets , à aller se joindre aux
protestans , ne serait guère honorable à ces der-
( 10 )
niers ; mais ils ont toujours cherché à s'attirer les
mauvais catholiques, pour pouvoir ensuite les met-
tre en avant, et se cacher derrière eux. Il est à
remarquer que les catholiques qui ont fait cause
commune avec les protestans , ne sont que des
personnes dont les noms seuls font horreur, puis-
qu'ils nous rappellent tous les maux de la terreur, et
quant aux protestans qui se sont unis avec les ca-
tholiques, ce sont des personnes recommandables
tant par leur rang, que parleurs talens et leur probité.
Après avoir ainsi dépeint toute la population de
Nismes , tous ses chers concitoyens , sous des traits
aussi faux que hideux , le libelliste revient naturel-
lement à son but , qui est d'attaquer les catholi-
ques en particulier ; car nous pensons même qu'il
n'a avancé les phrases précédentes , où il les in-
culpe tous également, que pour s'en faire un passe-
port auprès des gens qui ne sont pas aussi partiaux
que lui. A l'entendre maintenant., il n'est aucun
village autour de St Gilles et de Beaucaire où l'on
puisse à peine trouver quelques individus qui n'aient
point pris part aux horribles évènemens dont Nismes
a été le théâtre. Cela est faux , ou du moins effroya-
blement exagéré ; c'est comme si l'on disait que
parmi les libellistes on ne saurait en trouver un qui
ait dit une vérité. Mais pourquoi ne dit-il pas aussi
qu'il est des villages près de Sommières, près d'A-
lais , où l'on ne trouverait presque personne qui
n'ait prit part aux horreurs commises à Nismes
en 1790 (bien autres que celles d'août 1815 ) , et
qui ne s'y soit rendu dans les cent jours , bien dis-
posé à en commettre encore de semblables , s'il
n'en eût été empêché par la crainte de la chute pro-
chaine du tyran, et par quelques protestans honnê-
tes. Voilà ce que devrait dire M. Durand, s'il était im-
partial. Mais ce n'est point son but , et il cherche
autant à cacher la vérité pour ce qui concerne les
( 11 )
crimes réels des protestans , qu'à Créer des men-
songes pour en imputer d'imaginaires aux catho-
liques.
Après ce beau tableau des villages où l'on suit la
religion de l'état, que va-t-il dire des autres? Se-
lon lut , les Cévennes , et tous les autres pays pro-
testans sont habités par un peuple doux , paisible
et religieux, plein de bonté et desprit naturel. En
vérité, le livre tombe des mains en lisant de pareil-
les phrases. M.r Durand espère-t-il nous faire oublier
toute l'histoire de ce pays ? croit-il que son asser-
tion aura assez de poids pour balancer celle de
tous les écrivains , depuis le règne de François 1.er
où les protestans parurent en France , jusqu'à nos
jours ? Les Cévenols sont donc doux et paisibles !
les Cévenols sont pleins d'esprit et de bonté ! et
les villages de la plaine près de St-Gilles et Beau-
caire , c'est-à-dire, des villages tous catholiques ,
sont peuplés d'assassins et de monstres. Heureuse-
ment nous n'aurons pas la peint; de réfuter ces ab-
surdités : M. Durand va répondre lui-même ; car ,
s'il a mauvaise tète , il n'a pas toujours bonne mé-
moire.
« La paix qui règne en ces contrées, » dit-il un
peu plus loin, en parlant des Cévenols , « se con-
« cilie peu avec l'idée effrayante que se font les ha-
» bitans de la plaine, de ces hommes qu'ils ont vus
» plusieurs fois les armes à la main : comme eux
» pourtant, les Cévenols sont doux , paisibles , igno-
» rans en politique , etc.» Les Cévenols sont donc
paisibles et doux , comme eux, c'est-à-dire, comme
les habitans de la plaine , dont tout-à-l'heure vous
faisiez de brigands ; et maintenant vous les radou-
cissez pour les comparer avec les Cévenols : soyez
donc un peu mieux d'accord avec vous-même.
Pour augmenter l'idée de cette douceur qu'il
prête àces derniers , M.r Durand rappelle que, lors
(12)
d'un départ en masse pour combattre les royalis-
tes, les maires de ces communes résolurent de retenir
quelques hommes afin que tous ne partissent pas ; une
commune devait en fournir 300 , il s'en échappa 1500 ;
le maire envoya quelques hommes pour rappeler
ceux qui étaient partis sans ordre , les hommes en-
voyés se réunirent à la troupe. Cela n'a pas besoin
de commentaire , et soit que le fanatisme les pous-
sât à combattre des catholiques , soit que l'esprit
de rébellion les poussât à combattre des royalistes ,
soit que le désir du pillage excitât leurs pas , la
douceur de leurs moeurs en demeure toujours suf-
fisamment démontrée.
Mais ce n'est pas tout que de se démentir lui-
même ; le Iibelliste fait ici , sans s'en apercevoir-,
un aveu remarquable ; les gens de la plaine, dit-il,
se font une idée effrayante des Cévenols. Et pourquoi
donc cela? Un peuple doux et paisible inspire peu de
frayeur à des scélérats, à des assassins, et il nous
semble que ce seraient plutôt les scélérats et les
assassins qui en inspireraient à un peuple doux et
paisible. En effet , on n'a jamais vu les Cévenols à
Nismes, que pour piller ou assassiner t et l'on y
voit encore de bonnes marques de leur douceur
et de leur bonté.
Mais ce n'est pas assez pour M.r Durand de ca-
lomnier les royalistes, s'il ne calomnie aussi le Roi.
« Tout est calme aujourd'hui chez les Cévenols ,
» dit-il; mais, pour assurer ce repos, ne faudrait-il
» pas qu'ils bannissent leur crainte , et apprissent
» à compter sur la parole des Rois ? » On sent bien
que ce pluriel n'est là que pour la forme, et que, s'il
n'a pas dit du Roi, il a voulu qu'on l'entendit ; car,
enfin, les Cévenols n'ont que faire de la parole des
autres Rois de l'Europe. Et quand donc le Roi a-t-il
manqué à sa promesse ? N'a-t-il pas toujours mon-
tré que, lorsqu'il s'agissait de sa justice, il ne tenait
( I3 )
pas en compte quels avaient été ses amis ou ses
ennemis? n'a-t-il pas fait exécuter les lois envers
tous avec la même exactitude ? n'a-t-il pas étendu
sur tous la même protection? j'aurais dit la même
clémence , si tous en avait eu le même besoin ; n'a-t-il
pas pardonné ceux qui avaient travaillé à la ruine
dé son trône ? n'a-t-il pas puni , quand il a cru
devoir le faire , ceux qui avaient pris sa défense ? Si
quelque souverain a appris aux peuples à se dé-
fier de la parole des Rois, ce ne peut être que Buona-
parte : lui qui n'avait jamais en vue que son avan-
tage et l'avancement de ceux qu'il savait y travail-
ler ; lui qui ne regardait la justice et l'équité que
comme des moyens de plaire au peuple, dont il ne
fallait plus se servir dès que la force seule pouvait
suffire , et qui, tout en promettant au Roi d'Espagne
de le défendre contre ses ennemis , traçait le plan
de la conquête de son royaume et préparait des
embuches pour lui ravir à lui-même la liberté. Nous
savons bien que M.r Durand ne trouvera point là
de perfidie , parce que tout ce qu'a fait Buonaparte
paraît nécessairement grand et beau aux yeux de
ses adorateurs , mais nous n'en soutiendrons pas
moins que jamais Roi jusqu'à nos jours n'avait exé-
cuté aussi fidellement que Louis XVIII la parole qu'il
avait donnée avant de monter sur le trône, il n'a
pas même voulu qu'on pût concevoir quelques dou-,
tes à cet égard ; il a regardé comme les ennemis
de l'état et les siens, ceux qui pouvaient espérer
quelque chose de contraire à ce qu'il avait promis ;
et un impudent libelliste ose encore le calomnier !
Il ose donner à entendre qu'on ne peut compter
sur sa parole ; et qu'exigez-vous donc de plus du
Roi , Monsieur Durand ; que fallait-il qu'il fît enco-
re ? N'a-t-il pas accordé à tous vos semblables la
protection qu'il leur ayait promise , quoiqu'une jus-
tice rigoureuse parût plus d'une fois s'y opposer, (1)
N'a-t-il pas souffert assez patiemment les infames
calomnies que vous et vos pareils vomissez de-
puis quelques mois contre ses défenseurs et ses
amis ? Et vous voudriez qu'on apprît à compter
( 1 ) On pourrait citer , parmi les plus grands exemples de
la clémence du Roi , la manière dont il a traité Chabaud-
Latour , qui en a été comblé de marquis d'honneur; on dit
même qu'un parti , appuyé par l'autorité (1) , est dans l'in-
tention de le porter parmi les candidats, lors des élections.
Si la sienne avait lieu , nous souhaiterions, pour le bien de
la France , qu'il ne tint pas le même langage qu'il a tenu
dans la séance du 11 floréal an 12. En voici quelque ex-
trait (2).
« Le reproche le plus grave que lui fera l'histoire , sera
» de n'avoir pas senti la nécessite indispensable de changer
» la dynastie et de prendre pour gouverner le peuple fran-
» çais , un homme sorti de son sein, et qui reçut comme
» un bienfait ce que la race ancienne des Rois regar-
» dait comme un outrage , la royauté constitutionnelle. Si la
» royauté feodale , si la race des Bourbons ne pouvait être
« maintenue sur le tronc en 1789, un mur d'airain s'est
» élevé depuis entr'eux et nous. Non , jamais les avantages
» conquis par la révolution ne seront anéantis ; non, jamais
» en reconnaissant ses erreurs , nous ne serons rejelés ,
» dans des erreurs nouvelles. Irions-nous , pour guérir les
» maux qu'elle enfanta , en appeler de mille fois plus ter-
» ribles encore, et pour apaiser les mànes de ses victimes ,
» leur immoler la génération présente ? Telles seraient, tri-
» buns , les conséquences inévitables du retour des Bour-
» bons , de cette race dégénérée qui n'a su ni régner , ni com-
» battre , ni souffrir. A cette seule idée, il n'est pas un fran-
» çais qui ne frémisse , pus un qui ne voie son existence,
» celle de sa famille mises en problème, sa fortune anéan-
» tie , ses jours en péril , et la patrie éplorée rejetée dans
» l'océan des révolutions; et vous-mêmes , hommes que je
» ne puis appeler fançais, vous-mêmes qui formez, ce voeu,
» comment ne voyez-vous pas cet abime de vengeances et
» de malheurs vous engloutir les premiers ? »
( 1 ) Où veut nous conclure cette autorité...?
( 2 ) Voyez le Journal des Débats, ou le Moniteur, du 12 floréal au
12 , 4 mai 1804.
sur sa parole ! Plût à Dieu que sa justice fût aussi
sévère que sa parole est exacte ; il y a long-temps
que nous n'aurions plus la peine de vous entendre.
Déplorable effet d'une partialité ou plutôt d'une
haine aveugle ! M.r Durand voit partout l'esprit de.
parti; il voit partout la haine des catholiques con-
tre les protestans ; si un homme maltraité , quoi-
que avec justice, mais se croyant peut-être en dan-
ger de perdre la vie , se porte à un excès coupa-
ble sans doute , qui ne doit cependant compro-
mettre que lui seul , le libtlliste trouve là des bri-
gands qui assassinent un général, pour pouvoir en-
suite attaquer mieux à leur aise les protestans qu'il
veut protéger. Vainement lui objecterons-nous qu'un
seul homme (1) est auteur de cette action , quel
que soit le degré de sa culpabilité, que tous les au-
tres Nîmois qui étaient présens ( et ils étaient en
petit nombre , car il n'y avait guère que des fem-
mes), auraient défendu le comte de la Garde dont
ils connaissaient le dévouement au Roi, en le cou-
vrant de leur propre corps. En vain objectercns-nous
tout cela: M.Durand, sans nous écouter, n'en per-
sistera pas moins à montrer à la France une ar-
mée de brigands catholiques acharnés sur un géné-
ral, uniquement parce qu'il défendait les protes-
tans ; ce qui n'est que l'effet d'une rencontre mal-
heureuse , d'un moment de colère dans en parti-
culier, il le transforme en un crime général qu'il at-
tribue à tous les habitans d'une ville, qu'il leur attri-
bue avec préméditation ; et ceux qui sont instruits
de la vérité pourront entendre de sang froid des
imputations semblables ! Il ne sera pas permis de
s'écrier que jamais la noirceur et la calomnie n'ont
(1) Ce, malheureux est étranger au département du Gard,
( 16)
été poussées plus loin. Ne demeure-t-il pas évi-
dent à tous les yeux que M.r Durand n'avancerait
pas de pareils mensonges, ne les peindrait pas sous de
telles couleurs, s'il n'était conduit , du plutôt aveuglé
par la haine et la partialité la plus coupable.
Il faut dire un mot des sociétés Bolze et Grailhc
que M.r Durand nous dépeint , l'une comme ultra
royaliste, et toute catholique, l'autre comme consti-
tutionnelle et par conséquent protestante.
Nous ne chercherons point à justifier la société
Bolze de l'inculpation d'être ultra-royaliste ; on sait
qu'à Nismes les vrais et les seuls partisans du Roi (1)
ont été qualifiés de ce nom par les ultra bonapar-
tistes, et ils l'ont toujours regardé comme une ho-
norable injure.
Quant à la société Grailhe, dont la plus grande
partie avait formé pendant les cent jours une réu-
nion sous le titre de libéraux actifs , voici une adresse
faite par eux au maire d'alors, et où il est aisé de
connaître la mesure de leur royalisme constitu-
tionnel.
Nismes, 8 juin 1815.
Monsieur le Maire,
«Tout français se doit à l'état, lorsque l'honneur
» et l'indépendance nationale sont menacés ; déjà
» nous sommes mis à sa disposition comme gardes
» nationales et comme fédérés ; notre dévouement
» étant sans bornes, nous nous empressons encore
(1) Leur devise a été et sera toujours le Roi , fa légitimité
et la charte ; en un mot , les Bourbons ou la mort. Il ne
faut pas s'étonner qu'avec de pareils sentimens les préten-
dus royalistes constitutionnels trouvent à redire aux vrais
amis du Roi et de la patrie ; mais , comme nous l'avon
déjà dit, nous nous glorilions de pareilles attaque».
de
(17)
» de répondre à l'appel que Monsieur le Préfet vient
» de faire au patriotisme de ses administrés ; à cet
» effet, les membres du cercle des libéraux actifs
» déposent entre vos mains la somme de deux mille
» deux cents francs qu'ils offrent en don volontaire
» pour les besoins de la patrie. Puisse ce faible tribut
» de notre zèle inspirer à nos compatriotes tout l'en-
» thousiasme que nous éprouvons et que récla-
» ment la France et notre Empereur ! »
Ces quelques phrases peuvent faire suffisamment
connaître ce que sont les royalistes constitutionels
de Nismes ; leur royalisme est une espèce de fièvre
qui les prend et les quitte de temps en temps, sui-
vant que le Monarque , objet de leur amour, est
heureux ou malheureux ; quand il règne sans op-
position , et qu'ils ne voient point de moyen à le
renverser , ils sont tout dévoués à sa cause ; ils ne
voient que le Roi et la charte ; mais dès qu'un re-
belle s'élève et leur offre quelque espérance , quel-
que moyen de renverser le Monarque chéri et cette
charte qu'ils avaient toujours à la bouche , rien n'est
négligé pour y parvenir ; ils deviennent actifs , ils
prouvent invinciblement, en prodiguant leur fortune
et leur vie pour chasser le Roi de son royaume ,
combien ils sont dévoués à sa personne et attachés
à la constitution qu'il nous a donnée.
B
(18)
CHAPITRE II.
Troubles du Gard.
DANS chacune de ses trois brochures, M.Durand
nous entretient à satiété des troubles du Gard ;
peut-être espère-t-il multiplier les événemens à
force de les répéter , ou donner à ses honteuses
impostures les couleurs de la vérité ; il se trompe ,
il n'a fait que multiplier l'ennui , si quelqu'un a eu
la patience de les lire en entier.
Il commence par avertir qu'il parle en faveur des
protestans et qu'il est catholique, qu'il plaide la cause
de ceux qui furent ruinés dans ces troubles , et qu'il
n'a rien perdu ; qu'aucun motif ne le fait agir , que
l'intérêt seul de son pays le guide, et que son libraire
dirait si c'est par spéculation qu'il écrit..
Voilà donc cet homme impartial qui nous avoue
ici qu'il écrit en faveur des protestans. Quoi ! de
votre propre aveu vous parlez pour un parti contre
l' autre ; et quel cas voulez-vous qu'on fasse de vos
discours ? Il est donc évident que , passant sous
silence les actions les plus coupables des protestans,
vous ne vous attachez qu'aux plus légers de leurs
torts, que vous avez grand soin de présenter sous
le jour qui leur convient ; tandis que vous mettes;
tout en oeuvre pour faire voir, à travers le micros-
cope impur de mensonge , quelques fautes que les
catholiques peuvent avoir commises. Protecteur des
uns, agresseur des autres, vous ne pouvez en au-
cune maniére être témoin , vous n'êtes que l'avo-
cat de l'une des parties ; vous êtes à coup sûr celui
de la mauvaise cause.
Feus n'avez rien perdu , et vous plaidez pour ceux
(19)
qui ont été ruinés ; mais c'est précisément parce que
vous n'avez rien perdu , que vous plaidez leur cause.
Si pendant leur domination , si pendant les cent
jours ils vous avaient dépouillé , emprisonné , com-
me tant d'autres , vous ne seriez pas si prompt à
embrasser leur défense : mais alors ils vous épar-
gnèrent : que dis-je ? ils vous reçurent parmi eux ;
la ressemblance de vos opinions vous unit ; vous
fîtes cause commune ; tous les Marseillais en ont
été témoins , et quelques-uns même en ont souf-
fert : vos liaisons avec Brune et avec un capiraine
de la compagnie des collets jaunes, dont vous
vous faites encore gloire , achèvent de le démontrer.
Faut-il s'étonner, après cela , que vous protégiez
sous le régime du Roi ceux qui vous ont protégé
sous celui de Buonaparte ? Vous avez même des rai-
sons de haïr les royalistes , et le retour de Louis
XVIII , après les cent jours, détruisit peut-être vos
plus belles espérances, que vous fondiez sur le rè-
gne du dévastateur du monde , ainsi haine et res-
sentiment contre les partisans du Roi, alliance et
amitié avec ceux de l'usurpateur ; voilà les vrais
motifs qui ont guidé , disons mieux, qui ont égaré
votre plume , mais en voici un autre qui est bien
fait pour faire aprécier vos discours.
Pour achever de prouver que nul intérêt ne le
guide , notre libelliste nous envoie chez son libraire ;
mais d'abord -fut-il certain que ce libraire est de
bonne foi, et que M. Durand n'a pas su choisir quel-
qu'un qui lui ressemble , les auteurs ne s'enrichis-
sent-ils que par leur libraire ? Lorsqu'un gouverne-
ment paye des libellistes chez une autre nation pour
répandre tel ou tel bruit qu'il lui importe de rendre
public , est-ce des mains des libraires étrangers
que l'auteur reçoit son payement? Ne serait-il pas
possible qu'un parti riche , et qui n'a jamais plaint
l'argent pour parvenir à ses fins, soudoyàt un écrivain
mercenaire ? M. Durand ne niera pas que nous n'en
ayons vu plusieurs exemples; il ne faut donc pas
qu'il s'appuie tant sur le discours de son libraire ,
sans compter que ce libraire peut dire tout ce qu'il
veut. Après nous avoir assurés de sa bonne foi et
de son désintéressement , le libelliste reprend le
tableau des dévastations qu'ont éprouvées ses proté-
gés , dévastations qui n'ont eu lieu que dans sa bou-
che ou dans ses pamphlets ; il fait le catalogue des
maisons qui ont été démolies : ici nous allons met-
tre le lecteur à même de juger de son exagération.
Parmi les maisons dévastées et démolies , il place
au premier rang celle de M. Tansard , de manière
qu'on pourrait se faire une idée extraordinaire des
dommages qu'a éprouvés cet individu ; il importe
d'éclairer là-dessus l'esprit du lecteur , et quelques
lignes suffiront pour cela.
M. Tansard possédait à Nismes, entre les réco-
lets et la comédie, un petit jardin de 2 ou 3 cannes
d'étendue tout au plus, comme tout Nismes pour-
rait l'attester; encore est-ce improprement que nous
l'appelons jardin , car il n'y avait ni arbre , ni plan-
tes ; lors de la réaction , on abattit quelques pans
de muraille ( 1 ) à demi-hauteur , et M. Tansard
y attachait si peu de prix qu'il ne l'a plus fait relever,
quoique trois ou quatre journées de maçon auraient
(1) Dans les cent jours on dévasta la maison du sieur
Rivière, qui eut le doigt coupé d'un coup de sabre par les
assassins protestans. Les maisons Riche , Tailagran et au-
tres furent exposées aux mêmes fureurs. Lors de la bagarre
plus de cent maisons royalistes furent pillées ou démolies.
Est-il étonnant apres cela que la populace indignée de tant
«l'horreurs se soit malheureusement portée à quelques excès?