La barrière

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Extrait : Personne n'est plus occupé à causer, à boire le thé, personne ne somnole. Un homme rassemble toute l'attention éparpillée. Il est le héros. Les joueurs et les joueuses du club, leurs amis et amies, le considèrent avec émotion. Son nom est prononcé par tous ceux qui n'ont pas voulu crier : « Réginald ! » Quelqu'un dit : « Il me rappelle le jeu du plus remarquable champion que j'aie connu. Même souplesse. C'est dommage qu'il appartienne à l'armée des Indes. Il deviendrait célèbre. » Lui, à peine la dernière balle lancée, entendant : « Hurrah ! », il a eu un sourire bref et plein, une sorte de remerciement à la vie, à la lumière du printemps, à l'air qui vient tout vierge de la mer, par-dessus la barrière de petits sapins, de fusains et de lauriers

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Nombre de lectures 60
EAN13 9782824712482
Langue Français
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REN É BAZI N
LA BARRI ÈRE
BI BEBO O KREN É BAZI N
LA BARRI ÈRE
0101
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1248-2
BI BEBO OK
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– Christian Spr emb er g
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1   r e ctangulair e et longue , r oulé e , taillé e en br osse ,
où vingt p arties de tennis v enaient d’êtr e joué es à la fois, deuxS é quip es seulement, huit jeunes hommes, huit jeunes filles,
continuaient de luer et de se disputer la victoir e dans le tour nament de W
estg ate on Se a. D es é quip es, en vérité . A ucun ter me ne conv enait mieux que
celui-là à ces gr oup ements que l’habileté sp ortiv e avait for més, à ces
amateur s de la raquee et de la balle que , dans l’ ordinair e de la vie , la fortune
distinguait d’av e c les pr ofessionnels, mais qui leur r essemblaient à cee
heur e , p ar la pré cision et la vigueur des mouv ements, p ar l’absor ption
de l’ esprit dans l’ effort phy sique , l’ oubli de toute co queerie et de toute
p olitesse vaine . Ils jouaient av e c le sentiment p assionné que donne un
art longtemps étudié . Chez eux, l’ or gueil d’un coup heur eux,
l’appréhension, le dépit, l’admiration jalouse , le désir de vaincr e , dominaient
l’instinct même de la jeunesse . Pas un mot n’était é chang é . À l’ ouest de la
prairie , assemblé dans une allé e , le long de la haie , un public assez
nombr eux, choisi, pr esque entièr ement féminin, r eg ardait. C’étaient quelques
grandes dames qui avaient leur habitation aux envir ons, des baigneuses
installé es p our l’été dans les villas de la côte , de vieilles filles p auv r es,
er rantes et dignes, comme il en ab onde en Angleter r e , et qui v enaient
2La bar rièr e Chapitr e
de W estg ate , de Bir chington, de Minster , de D e al, d’autr es coins encor e
de ce K ent réputé p our son climat tiède et p our son air e x citant et
lég er . T outes ces p er sonnes avaient été présenté es les unes aux autr es, soit
qu’ elles fussent des invité es, soient qu’ elles fissent p artie du club de
tennis de W estg ate . Elles for maient un gr oup e fer mé , lié p ar un rite , une
sorte d’aristo cratie p assagèr e où b e aucoup d’ entr e elles étaient fièr es de
se montr er . Le ton de la conv ersation était enjoué . Les jeunes filles et les
joueur s qui avaient été éliminés du tour noi s’ar rêtaient un moment, et
se mêlaient à cee p etite cour mondaine , où une femme surtout était
entouré e , adulé e et comme r o yale . Puis, ils se dirig e aient v er s une cabane ,
situé e au milieu du r e ctangle que divisait une haie de fusains, et autour
de laquelle étaient disp osé es des tables p our le thé .
— À tout à l’heur e , lady Br e y nolds ? . . . Je suis sûr e , chèr e lady Br e
ynolds, que Réginald va g agner !. . .
Assise dans un fauteuil de jardin, habillé e d’une r ob e de ser g e bleue
très ser ré e , qui faisait valoir sa taille demeuré e mince , les che v eux
encor e châtain blond et sép arés en bande aux, mo de de coiffur e qu’ elle avait
adopté dans sa jeunesse , et qu’ elle n’avait jamais chang é , les traits du
visag e p arfaitement régulier s, cee grande femme était grande dame , non
p as sans le sav oir , mais sans s’y appliquer . Bien qu’ elle appr o chât de la
cinquantaine , elle demeurait b elle et intér essante à r eg arder , e x emplair e
p arfait d’une race , d’un milieu, d’une influence consciente d’ elle-même
et accepté e . Son visag e , p eu mobile , avait une e xpr ession réser vé e , et l’ on
de vinait que la maîtrise de soi, la réfle xion, l’ e x acte biensé ance , le
sentiment du rang, – non p as l’ or gueil, ni la vanité , mais le sentiment de la
hiérar chie , – for maient chez elle une habitude de toute la vie . Son accueil
n’était p as sans grâce . Elle avait dû av oir dès la jeunesse cee jolie façon
d’incliner la tête , et d’ar rêter , sur celui qu’ elle saluait, ce r eg ard aentif et
rapide qui signifiait : « V ous êtes r e connu ; v otr e nom, v otr e famille , les
conv er sations é chang é es il y a huit jour s, deux mois, tr ois ans, cinq ans,
tout cela est inscrit dans l’honorable mémoir e de Ce cilia Fer g ent, lady
Br e y nolds. »
A v e c quelques dames, qui avaient mis leur chaise près de la sienne , en
demi-cer cle , et qui p ouvaient se cr oir e , en ce moment, de son intimité , elle
se montrait g aie et v raiment jeune encor e . Elle causait av e c vivacité . La
3La bar rièr e Chapitr e
b elle dr oitur e de sa vie riait dans son rir e . Conv er sation banale d’ailleur s,
et qui avait p our sujet tout ce monde p assant des pr omeneur s. Parfois,
souv ent même , lady Br e y nolds r eg ardait son fils, qui ne la r eg ardait
jamais, absorbé p ar la p assion du jeu où il v oulait vaincr e . Alor s, les deux
y eux d’un bleu si clair , aux quels des cils très menus ne faisaient p oint
d’ ombr e , ces y eux dont le r eg ard était tout d’un jet, tout d’une coulé e ,
s’ emplissaient d’une admiration viv e , intrépide et mater nelle . Ils finir ent
même p ar ne plus quier le car ré d’herb e où Réginald disputait la
suprême p artie contr e un élè v e de Cambridg e . Les sp e ctateur s se taisaient
au b ord de la p elouse ; des ombr elles se r ele vaient, des bustes se tendaient
en avant. D es femmes, une à une ou se donnant la main, s’avançaient p our
mieux v oir , et p assaient entr e les filets tendus, sans hâte p our ne rien tr
oubler , grav es, le cœur baant. elques joueur s no vices, assis sur l’herb e ,
les coudes sur les g enoux r ele vés, le menton dans les p aumes des mains,
avaient les lè v r es pincé es p ar l’émotion et le fr ont bar ré p ar une ride . On
entendait neement le br uit des raquees frapp ant les balles. Une
automobile p assa au lar g e , sur la r oute , et son r onflement gr ossit, diminua,
fusa et s’éteignit sans que p er sonne eût tour né la tête . T out à coup des
cris de victoir e s’élè v ent, clair semés p ar ce que le lieu est « sele ct » ; on
agite les mains en l’air ; des amis trav er sent la p elouse au g alop de cour se ,
d’autr es au grand p as militair e .
— Bien joué ! Bien joué , Réginald !
Per sonne n’ est plus o ccup é à causer , à b oir e le thé , p er sonne ne
somnole . Un homme rassemble toute l’aention ép ar pillé e . Il est le hér os. Les
joueur s et les joueuses du club , leur s amis et amies, le considèr ent av e c
émotion. Son nom est pr ononcé p ar tous ceux qui n’ ont p as v oulu crier :
« Réginald ! » elqu’un dit : « Il me rapp elle le jeu du plus r emar quable
champion que j’aie connu. Même souplesse . C’ est dommag e qu’il app
artienne à l’ar mé e des Indes. Il de viendrait célèbr e . » Lui, à p eine la der nièr e
balle lancé e , entendant : « Hur rah ! », il a eu un sourir e br ef et plein, une
sorte de r emer ciement à la vie , à la lumièr e du printemps, à l’air qui vient
tout vier g e de la mer , p ar-dessus la bar rièr e de p etits sapins, de fusains
et de laurier s ; il a cher ché , un instant, autour de lui, la jeune fille qui lui
a ser vi de se cond, bien inférieur e , é videmment, mais de b onne v olonté ,
adr oite , aimable , il l’a r emer cié e d’un g este de la main, et aussitôt après,
4La bar rièr e Chapitr e
le visag e r e de v enu grav e , Réginald Osb er ne Br e y nolds a rapidement saisi
la v este que lui tendait un collégien émer v eillé . Par-dessus la chemise ,
il a endossé un vêtement de flanelle ample , rayé noir , jaune et r oug e ;
il a r esser ré la ceintur e de soie noir e qui r etenait le p antalon de flanelle
blanche , et à p as allong és, entouré d’une douzaine de jeunes g ens et de
jeunes filles qu’il dép assait d’une demi-tête , il est v enu saluer sa mèr e . Il
a ser ré la main que celle-ci lui tendait ; il a mis, dans son empr essement à
saisir cee main et à la le v er jusqu’à la hauteur du cœur , dans la pr ession
r esp e ctueuse de ses doigts, dans la duré e de cee car esse , dans son r eg ard
très fier , très heur eux, il a mis ce qu’il avait à dir e . Elle , de son côté , n’a
p as donné souv ent une p oigné e de main aussi éner gique . Mais le visag e
n’a r eflété que le sentiment qu’il est p er mis de laisser v oir à la foule , que
la fierté d’av oir un fils très b e au et très fêté , et elle a simplement dit :
— Mon cher enfant, je suis contente que v ous ay ez g agné ! Je suis fièr e
de v ous !
Et le jeune homme , r epr enant sa souple et longue allur e , s’ est dirig é
v er s la cabane , là-bas, le long de la haie de fusains. Lady Br e y nolds s’ est
le vé e , a fer mé son face-à-main d’é caille qu’ elle a p assé à sa ceintur e , a
fait un signe des y eux à quelques intimes, et, pr enant cong é des autr es,
escorté e d’une p artie de sa cour , elle s’ est mise à mar cher lentement v er s
les tables de thé .
A utour des tables, les joueur s étaient déjà gr oup és, quatr e ou six
ensemble . Les jeunes filles ser vaient le thé ; les jeunes g ens, depuis qu’ils
avaient laissé tomb er la raquee , commençaient à s’ap er ce v oir qu’ils de jolies v oisines. L’heur e du dîner n’étant p as v enue , ils é
chapp aient encor e à l’étiquee , ils étaient moins des hommes du monde que
des camarades de sp ort, libr es de s’asse oir de trav er s, les jamb es cr oisé es
ou étendues, le buste r env er sé sur le dossier du fauteuil, ou bien p enché
en avant ; de se tair e ou de p arler ; de p artir sans pr endr e cong é . A ucun
d’ eux ne témoignait un zèle e x cessif de conv er sation. Ils r estaient grav es
av e c nonchalance ; ils é coutaient les joueuses coiffé es de bér ets, et rép
ondaient d’un mot juste , drôle , chuchoté le plus souv ent, et qui faisait rir e
tout le cer cle ; ils laissaient s’agiter les femmes, cré atur es faibles et
nerv euses, qui diminuent toujour s le sérieux d’un sp ort, et dont le v rai rôle
est de char mer les vainqueur s. Pas de g alanteries tr op dir e ctes, d’ailleur s ;
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