La cour plénière : héroi-tragi-comédie en trois actes et en prose, jouée le 14 juillet 1788 par une société d

La cour plénière : héroi-tragi-comédie en trois actes et en prose, jouée le 14 juillet 1788 par une société d'amateurs, dans un château aux environs de Versailles ([Reprod.]) / par M. l'abbé de ... [H.-M.-N. Duveyrier]

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77 pages

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[s.n.] (A Paris). 1788. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Ajouté le 01 janvier 1788
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Langue Français
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HÉR 01 TRA GI COJSnBSM^
EN TROIS ACTES ET F^ PROSE;
JouÉÇ lé 14 juillet,
i^^r une Société d* Amateurs dans un Château
Jaux invitons de VtrjailUs.
Par M. l'Abbé Da
La chéti^ pécore
s'enfla fi bien qu'elle creva*
LA IFONTAINE.
.A PARI S.
1788.
(3)
AVIS DES EDITEURS.
J auteur de cet Ouvrage ne l'avoit
pas d'abord deftiné pour rimpreffion.
Enchanté d'avoir réuffi à mettre fur le
grand théatre de l'adminiflration mini/lé-
rielle, des Perfonnages dont il connoiffoit
parfaittment les maurs le langage fi le
caradere il s'est amufé à faire répéter fur
un petit théatre d'appartement (¡ pour le
plaijir de quelquts perfonnes de diflindion
la préparation des feenes qu'ils exécutent
devant le public. ( i ) -"•
Son amour propre a joui d'un nouveau
triomphe. Ses talents littéraires n'ont pas eu
de moindres ficcès que fes talents politiques.
Le ha;ard nous ayant procuré la connoif-
fonce de ce petit chef- d* œuvre dramatique,
nous avons tant fait par nos éloges par la
perfpeSive de gloire que nous avons préfentée
au merveilleux Abbe qu'il n'a pu réfifter à
( i ) Cette Piece a été réellement jouée dans mi
château voifin de Verfailles. Plufieurs perfonries db la
premiere qualité ont affifié à la repréientation. Le jeu
de la feene a été fi vrai & nilufion frcomplette,
qu'on a vu à différentes reprifes les fpeeateurs
oubliant qu'ils affifloient à une Comédie & par un
quiproquo qui fait Féloge de rOuvragc,fiffierles Adeurs
qui repréfentoiem Meneigneurs de Sens & de Lamoi-
gnon, en croyant fiffler les opginaui puis fe réveiller
comme d'un fonge fe regarder, rire de leur miprife
& faire retentir la falle, d'applaudifTements. Quel
triomphe pour un Auteur.
(4)
nos inflances & que nous en avons obtenu
la permijjion de livrer au grand jour cette
precieafè produâion y & même de la livrer
fous fon nom.
Comme ce n'a pas été fans peine que nous
avons déterminé le modefle Auteur à nous
confit r fa Piece le temps s'efl écoulé & quel-
ques-uns des événements dont il y efl fait
mention fe font éloignés. Il efl vrai aujfi que
la cataflrophe s'efl approchée^ & qiûà la
rigueur, il y a a tout rendre une forte
de compenfation; mais toujours le Lec-
teur je tiendra pour averti afin qu'il n'aille
pas nous faire quelques mi/érables chicanes
qui maintenant, ny auront point d'excufe.
Dans le préfent que nous faifbns à nos
contemporains nous n'avons d'autre but que
celui de plaire &: de les inftruire & nous
fommes tellement perfuadés que nous l'avons
rempli, que nous comptons fur la recon~
noijfance univerfelle.
Les Acteurs même qui occupent la fcene,
ne nous fauront pas mauvais gré de la pu-
blication de ce Drame ils conviendronttous
que ce qu'on appelle la partie des mœurs, efl
fupérieurement traitée que le dialogue eft
dune vérité rare car V étonnent Ecrivain
nous a affuré que ce n'étoit pas feulement
ce que doivent dire mais ce que difoient (i)
i ) Ce que nous avançons ici nous difpenfe do
prévenir le Lçdeur fur quelques tournures de phrafe,
<«>
PERSONNAGES.
L'ARCHEVÊQUE DE SENS, principal Miniftrc.
M. DE L AMOIGNON Garde des Sceaux.
M. DE MAUPEOU Chancelier.
Madame DE LAMOIGNON.
LA MARQUISE DE BRIENNE.
LE BARON DE BRETEUIL, Minore.
LE COMTE DE MONTMORIN Minière.
LE Chevalier DE GUER Député de la Bretagne.
Le Comte DE VIENNOIS Député du Dauphins
Le Comte DE SABRAN Député de Provence.
Le Chevalier DE MESPLESSES Député du Béarn.
Madame d'ÉPRÈMESNIL & fes deux Filles.
ALBERT Maître des Requêtes, Chef des Efctaves.
PIEPAPE, jadis Lieutenant-Général de Langres
Efclave.
L'ABBÉ MAURI, l'un des Quarante de l'Académie
Françoife Efclave.
L'ABBÉ MORELLET l'un des Quarante de l'Aca-
demie Françoife Efclave.
BLONDEL Secrétaire du Sceau jadis Avocat
Efclave.
TROUPES D'ESCLAVES parmi lefqu^W dif-
Dagoult Montgalax
La Scène eft à Verfail/es^
LA COUR PLÉNIÉRE,
Heroï Tragi Comédie.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIÈRE.
LE PRINCIPAL MINISTRE,
LE GARDE D,ES SCEAUX,
ALBERT.
( Albert eR devant un bureau avec des cartons & de»
papiers il vient de faire levure du projet d'Edit
portant établiftement d'une Cour plénière. }
LE PRINCIPAL MINISTRE.
H bien Mons Albert, que dites-Tous du pro-
jet ? N'efl-il pas fublime ?
ALBERT.
Monfeigneur il eft fublime digne du grand
Minière qui Ta conçu.
LE GARDE DES SCEAUX.
Digne de la Nation qu'il doit rendre heureufe
& d'ailleurs très-conforme aux loix fondamentales
que je refpectej vous le favez bien.
ALBERT.
Et moi donc Monseigneur ?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ha ha je m'en doutoîs & moi âuflî Memeurs
mais 1 faudroit-il y renoncer, fi les loix étaient con-
traires ? & ces petites fcrupulcufcs n'eft-il aucun
moyen de les humanifer ?
(8)
LE GARDE DES SCEAUX.
Suivanr l'occafion. Voulez-vous que je parle avec
franchife ? je les compare à de vieilles prudes qui ne
font pas fâchées qu'on les viole quelquefois. (Il rit,)
ALBERT.
J'admire la gaieté de Monfeigneur jufques darft
les chofes les plus graves.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Tenez: j'ai plus de franchife encore. Vos loix dont
vous parlez beaucoup vos loix fondamentales fur-
tout que je-cherche depuis que je fuis au monde,
& que je ne trouve pas ne m'ont jamais paru qu'un
épouvantail placé vis à-vis du trêne comme on en
mer au milieu des champs pour écarter les oifeaux.
De loin il fait peur de prés c'eft un haillon.
LE GARDE DES SCEAUX.
Ah Menfeianeur, lorfque je vous les livre,laiffez-
leur au moins leur valeur apparente. Comment dia-
ble fans les loix plus de Parlement je le fais bien
mais auiTt plus de Garde des Sceaux.
LE PRINC IPALMINISTRE.
Et plus de Chancelier Monfieur de Lamoignon
Mais auiîi font-ce des loix qu'il nous faut dans la
circonitance préfente? Sont- ce des vieilles rubriques
que vous nommez principes ? Non Meneurs ce
font des idées qu'il nous faut, des idées nouvelles,
& non pas des loix. Ma foi je regrette encore l'om-
bre de refpect que je fuis forcené conîerver pour
elles
ALBERT.
L'ombre du refpeft oferois-je demander à Mon*
feigneur, fi rérabliflemenc de la Cour Plénière en
tfl une preuve
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Comment! cela vous échappe>Mon<: AlbertfVoyez
quel eft notre état adueL La recette égale tous les
ans la depenfe moins ii^o millions. Ce fou de Ca-
ioane apres avoir fait cent gambades allez heu-
reufec
(9)
teûfes finit par une culbute mortelle il aflemble
les Notables. Cette affeniblée a fait uti grand bien
je l'avoue elle m'a fait Minière principal maisaufïï
quelle foule de maux Ces notables fi bien choifis
dont on était ti sûr, ne s'avifent-ils pas de s'enflam-
mer du zele national, de l'amour patriotique ? Moi-
méme, j'étois alors le plus effronté citoyen- Nous
demandons des comptes vainement on veut nous
égarer avec des états imparfaits, infidèles contra-
dictoires le fameux déficit eft deviné Calcnne eft
chalTé parvenu au point d'où il venait de partir, le
ne fais par querprefuge*, l'ai vu les chofes à-peu-pres
comme il les voyait. Plus fin cependant, je congédie
bien vite mes anciens confreres les Notaoles je
faifis faute de mieux les plans que je venais de de-
nigrer, & j'envoie le fameux Edit du Timbre au
Parlement..
Ce Parlement enregîftrait les impôts depuis cent-
cinquante ans, j'ignore à quel tirre mais enfin cette
petire coutume s était établie pour la commodité
de tout le monde; il était d'ailleurs fi complaifant
Ci bon, qu'on ne fonge Jt pas à lui conférer fa pid*
belle prerogative.' Au contraire, on fe gardait tiert
de toucher à ton reflbrt immenfe pirce qu'un feul
enregistrement opprimait tout-d'un-c;oup vingt-dieux
Provinces. Qui diable s'y ferait attendu ? Voilà mes
Robins qui *ougiiTér<t, pour la premiers fois^qui
font les difficiles, les homme: de bien emi veulent
imiter les Notables, qui demandent des Etats, des
comptes, 4es échircifiements.
JPinfifte :'alors ils perdent la têre ils me font la
plus étrange capucinade; ils déclarent qu'ils ont mat
fait d'enregiftrerjufqu'à préfent; qu'ils n'eri ont' pas
le pouvoir qu'ils ne font pas les repréfentants dé la
Natiôif'; que la Nation feule a le droit de confonde
les impôts qu'il faut aflembler les Etats-Généraux r-
enfin, toutes les billevefées que vouj^ve^ues..
.le ne parle point de ma bonne contenance,* du
Iit-de-Juflice, du ï imbre enregistré, & de l'Impôt
Territorial adjoint au Timbre vous favez les rai-
fons de cette adjonction c'eft la perfidie la plu*
droite Voyez-vous comme déjà i on reproche an
( »p>
parlement de n'avoir point enregistré l'Impôt Ter-
ritorial, à caufe de fes exemptions personnelles ?
Voyez-vous comme on affecte de ne plus parler du
Timbre qu'il a fi bien efquivé oc d'oublier fur-tout
qu'au mornent où l'Impôt Territorial lui fut pré-
ienté, il venait d'abdiquer des pouvoirs qu'il eût été
trop ridicule de reprendre ?
Je ne parle pas non plus de fon exil à Troyes
de fon rappel force: j'e.i ai dit allez pour faifir les
réfultats de notre \fituation d'un côté néceflité des
Impôts de l'autre impoflibilité de l'enregistrement.
Dans cette croies petits efprirs ne voyaient qu'une
relTource l'aflemblée des Etats-Généraux; les efprits
forts en voyaient une autre, la banqueroute mot,
j'en voyais une troifièrne, celle de m'affranchir d'une
tutelle méprifable, d'abolir cette vieille formule
d'enregî/trement de déclarer par un bel Edit, le
Roi propriétaire de tous les biens de fon Royaume
& de prendre' tout ce oui ferait à ma convenance.
Mais voici ce que j appelle refpe&er encore les
loix qui ne le méritent guère déterminé à prendre,
je préfère la manière la plus décenre.
ALBERT.
Monfeigneur le fcrupule efl exceflîf il ferait
facile de prouver que tout appartient au Roi.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Eh bien! 1 Moniîeur, je fuis fcrupuleux. Je laifle
au peuple une apparence de propriété Je conferve
1 enregiiïrement pa :ce qu'à ies yeux, cette momerie
reprefente encore le contentement de la Nation.
Mais y moi pour être entièrement libre c'-eil de
renregiftrement lui-même que je m'empare; j'invente
& je forme un Tribunal auquel je donne le nom im-
pofant de COUR Plénière, qui foir chargée d'en-
regitlrer pour tout le Royaume & dont tous les
Membres foient autant d'automates qu'un coup de
iifrlet agite & dirige à mon gré.
^LE GARDE DES SCEAUX.
Et cette claufe d'ailleurs ? par laquelle ils feront
forcés d'enregiflrçr deux mois après la prérexitation
(Il)
des Etats quelles que foient dans l'intervalle la force
& la juftice de leurs Remontrances cette claufe
ii'a-t-elle pas tout prévu ? Vous me la devez, Mon-
feieneur & je la dois moi-même je l'avoue avec
respect, au couiin Maupeou. Le drôle s'en était
douté mais toujours poltron, il n'en avait hafardée
que les préliminaires c'eit jugement l'article rroi-
ficme de fon Edit du mois de Décembre 1770.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oh pour !es détails je reconnais avec grand
plaiGrs les bons fecours que vous m'avez prêtes;
aulîi c'eil choie résolue nous partagerons l'honneur
de la journée n'eil- il pas vrai ?
LE GARDE DES SCEAUX.
Et cette compofition de la Cour Plénière, ne
ferait-elle pas feule un chef-d'oeuvre de politique^
& d'équiré tout enfemble? Tous les grands Cham-
briers de Paris, appellés là pour allécher les autres
& pour me donner l'air de les caréner, tandis que
je les pcignarde cette Grand' Chambre dont la
moitié eft déjà lubjuguée Se dont l'autre moitié
fi elle rechigne fe trouvera tout-à-coup engloutie
au milieu des confeillers d'Etar des Maîtres-des-
Requêtes, des Parlementaires de Provinces que je
nommerai; des Archevêques, des Evêques que vous
nommerez des Gentilshommes, des Chevaliers
des Ordres des Gouverneurs ôc des Lieutenants-
Généraux de Province que nous nommerons en-
femble des Grands Officiers de la Maifon du Roi
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oui tout cela eft fort bit- combiné.
LE GARDE DES SCEAUX.
Et ne dirons-nous rien de mes fupprdïîons ôc de
mes grands Bailliages, qui vous vengent aflez de la
capucinade, Se qui nous procure le triple avantage
de contenter nos petites vengeances perfonnelles
de détourner l'attention publique de 1 objet princi-
pal, du danger évident des propriétés pour la por-
ter fur m nouvel ordre de juriXdiction qui doit
(
plaire à la multitude; enfin de tromper le Roi loi-
même, intimement pertuadé qu'il ne s'agit ici que
d'une réforme dans l'admini rtration de la juflice
redoutée des Parlements mais néceflaire à la féli-
cité publique ? ALBERT.
Mefleigneurs, te fuis dans l'admiration! le bon
homme Richeliéu & l'imbécille Mazarin n'ont jamais
été fi loin celui-ci fuyait devant les Parlements,
l'autre fe contentait de les méprifer.
LE GARDE DES SCEAUX
Et nous les détruifons. Je n'ai plus qu'un petit
changement à ropofer; ôcc'eft la lecture de redite
gui vient de m en donner l'idée. Nous l'intitulons
dit portant établi/Tenient d'une Cour Plénière; je
voudrais mettre Cour PUniere. Les
nouveautés effarouchent toujours un peu.' J'ai en-
tendu dire que la France avait jadis une Cour Plé-
nière, & ce ne ferait pas une mal-adveHe ce me
femble d'annoncer notre conftirution nouvelle
comme une réfurreâioR, un rétabluTement de l'an-
cienne constitution.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Non pas s'il vous plaît, l'honneur de ilnventiort
m'appartient, & je ne veux pas avoir l'air d'un hom-
me qui fans imagination, fans reflburces, fans
idées, Ve traîne fur les pas de fes devanciers*
LE GARDE DES SCEAUX.
Mais! ne forames-nous pas d'accord, qu'encre
nous deux, l'inventeur ne iera pas nommé?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Soit mais tôt ou tard, il peut être connu èc'i'
ne voulez-vous pas autfi faire imprimer a coté de
notre Edit le plan de la Cour Plénière àponà par
Boynes fous Louis xV ?
ALBERT.
Monfeigneur daignez vous calmer la propofi-
Ùon de Mire le Garde des Sceaux peut avoir quel-
..(9.)
B
que utilité, & elfe eft fans danger. Le petit peuple;
en fuiyant la pente tracée le croira bonnement
ramené à l'ancien régime les bons efprits ceux
dont le fuffraee vous plaît fans doute n'y feront
pas trompés. Le Tribunal dont Mgr. le Garde des
Sceaux a entendu parler ( fi la Cour Plénière fiît
jamais un Tribunal ) n'était compofé que des hauts
Barons du Royaume. Ils y étaient appellés par leur
naûTance, & non par le choix du Miniltre. En
vérité votre Cour Plénière ne reffemble pas plus à
celle de S. Lonis que vous ne reffemblez vous-même
à l'Abbé Suger.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ah petit badin vous ferez Lieurenant^Cîvil je
le vois. Mettez donc Rétabliffement puifqu'il le faut;
& fur tout, inférez dans le préambule quelques
lignes qui fanent valoir le facrifice. [La pendule
fonnejcpt heurts. ] Déjà fept heures Allons, Mon-
sieur Albert il faut retourner à i'knpreffion nous
n'avons pas un moment à perdre.
ALBERT.
Efl-ce toujours pour Jeudi Monfeigneur ?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oui fans doute.
ALBERT.
Je penfais que l'Arrêté de Samedis pourrait doL%
ranger quelque chofe.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Fi donc 1
LE GARDE DES SCEAUX.
Notre maxime en ?€aire eft de regarder toujours
devant foi jamais derrière.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ha quelquefois de c6u comment d'ailleurs chan*
ger les ordres donnés pour les Provinces ?. V oui
raflez M. de Lamoignon ?
f Albert fa it une tfvérettct profonde v foru J
( io)
SCENE I I.
LE PRINCIPAL MINISTRE, LE GARDÉ
DES SCEAUX.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
c
OEpt heures notre écervelé doit être fur le che-
i.ùn des Lies Sainre-Marguerite.
LE GARDE DES SCEAUX.
Et Goëllard fur la route de Pierre-en-Scife. J'ai
cjuelqu'inquictude cependant: ils ont dû être enlevés
à quatre heures du marin &: point d'avis.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Le pauvre petit Gorflard m'intéreg'e fort peu;
mais ce d'Epremefnil
LE GARDE DES SCEAu/.
Vous n'avez pas voulu me croire vous l'avez
ménagé fi j'tulle été le maître depuis long-temps
nous en ferions débarraflés.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
J'en voulais tirer parti; mais je me fuis trop preffé:
J'ai publié trop rôr nos entrevues, dans iefoiielles
je me laiffais bonnement endoctriner je voulais le
rendre fufpe& il a vu le piège & fa cervelle s'eft
LE GARDE DES-SCEAUX.
Au moins, puifque nous le tenons tenons-le bien.
Ne feroit-il pas pofïible que le foleil de Provence,
donnant à-plomb fur cette tête ardenre ?. Ma foi
fi vous vouliez
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Aider un peu le foleil?. Nom nous n'en fommes
pas la, & l'ennemi rieil pas auez dangeœux. Q-«
( il )
• diable peur il faire a deux-cents lieues d'ici entre
quatre murailles & fur un roc en pleine mer ?
j LE GARDE DES SCEAUX.
Il peur écrire.
1 LE PRINCIPAL MINISTRE.
A qui ? à la fentinelle ? Non il faur même s'il
efl poflîble donner à notre démarche un air de
| necefllté 6c à la détention de d'Eprémefnil un
prétexte légitime.
j LE GARDE DES SCEAUX^
» La chofe efi faite j'ai mes trompetttes qui publie-
ront, dès ce foir, qu'on ne punit pas dans la per-
il tonne de d'Eprémefnil, le Démofthcne du Parle-
ment, l'Auteur des dernières Remonrrances & de
l'rlrrcté mais un vil efpion du Gouvernement qui
n'a pas rougi de donner cinq-cents louis pour lé-
dnire les gardiens de l'Imprimerie-Royale f. ache-
ter les premières épreuves de nos Edits le fe^ret
de l'Etar
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Pas mal en vérité la fable trouvera toujours
quelques efprits crédules & cela fuffit. Ma foi
plus je réfléchis plus nos plans me paraitfent fa e-
ment concertes. il ne s'agit que d'avifer eiifemolt
aux moyens de l'exécution. Le premier-
LE GARDE DES SCEAUX.
Le premier moyen Monfeieneur eft entre
nous une confédération inviolable, il faut mettre
enfemble notre crédit nos intérêts nos cabales
nos intrigues ne nous féparer jamais encore moins
nous combattre.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
C'eil mon defir & vous le favez bien.
LE GARDE DES SCEAUX.
Vous favez auffi que chaque conjuration a ton
ferment allons Monfeigneur un petit ferment
fur rEvangile.
LE PRINCIPAL MINISTRE,
Vous moquez-vous ? Je vous ferai donc jurer fur
la Loi Salique?. Ne plaifantons pas. Voici ma pro-
mette [il lui tend la m un ] foi de Gentilhomme
je jure de vous être inébranlablement attaché.
LE GARDE DES SCEAUX ferrant la
main du. Premier Miniftre,
Je le jure de même la vie & à la mort.
LE PRINCIDAL MINISTRE.
Nous convenons d'effayer la douceur avant d'em-
loyer la violence nous convenons que, fi la Grand'-
Chambre accepte, tout efI dit c'eft donc à la
Grand'Chambre qu'il faut rendre nos filets ? Vous
conaoifïez votre Grand'Chambre?
LE GARDE DES SCEAUX.
Comme ma famille.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Vous allez donc me donner des lîgnalements ?
LE GARDE DES SCEAUX.
Sans doute. Mais tour ceci va fe paffer pendant
l'Atfemblée du Clergé & nous convenons auifi qu'il
n'eft jpas inutile de le travailler. Vous connoiflez vo-
tre Clergé ?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Comme la Cour. Soyez tranquille je vous four-»
nirai la lifte des Soutanes. Commençons par les
Robes Ronges. Tenez, voilà FAlmanach Royat
[Le Garde des Sceaux prend & ouvre l* Mnutnack Royal.]
Je ne fais fi vous penfez comme moi je mets tout
le Parlement dans ta Grand'Chambre, &la Grand'-
Chambre dans quatre perfonnes
de Fleury d'Ammécourt, & Robert.
LE GARDE DES SCEAUX.
Votre calcul eft févère. La Grand'Chambre en a
d'autres qui ont auifi leur mérite & leur opinion
Sé^uier par exemple, moins connu par fon talent
( i3 1
fublime que par fa diflipaiion. Je vois même étuis
les Enquêtes des jeunes-gens qui promènent mais
j'ai des amis parmi tous ceux que vous ne nommez
pas des amis dont je fuis sûr &, à la rigueur, il vous
Juffit d'opérer fur les quatre que vous avez nommés.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
A-la-bonne-heure. Eh bien d'Ormeûon ;qu el en
cet homme-là ? je le connais peu fes fbciétés ne
font pas les miennes.
LE GARDE DES SCEAUX.
Je le crois d'Ormeflbn a les moeurs rigides c'efi
un vrai Magistrat il en a conservé les principes &
le coftume aÍfez bon jugeur au demeurant mais
par fois railleur gauche inepte au fervice du
Roi. Son Noifeau fuffiroit pour l'exclure en
général cet homme eft craint & el1imé.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ces gens-là font difficiles à manier. Nous verrons
cependant. Er Fleury ?
LE GARDE DES SCEAUX.
Oh celui-là eft un Doreur, un favant en us un
vrai Cariridès obfcur entortillé.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
D'Ammécourt & lui, cependant, font plus adroits
que les autres.
LE GARDE DES SCEAUX.
Plus adroits, Monfeigneur Le d'Ammécourt
eft un drôle le plus dangereux de tous d'Ali-
gre, lui même n'en: pas manchot, lorfcju'il fe
place entre ces deux matois. Je le répète ? c'efl vers
a Ammécourt fur-tout qu 4il faut diriger l'hameçon.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Laiflez-moi faire oui je fais qu'il en fin je l'ai
vu quelquefois je me flatte même de lui avoir donné
a1Tez bonne opinion de ma perfonne. Je fais du moins
ce qull çn dit un jour en bonne waifon. Cependant
[ M]
d'Aligre m'a affuré que depuis 1774 » d'Ammécourt
& Fleury l'avaient trairé cordialement.
LE GARDE DES SCEAUX.
C'eft, qu'apparemment ils y avaient leur intérêt.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ce d'Ammécourt eft: garçon il eft immenfement
riche je ne connois ou'un moyen de le tenter, & je
m'en charge. Paffons a Robert.
LE GARDE DES SCEAUX.
Robert n'efl qu'unfranc Jan/èrJJîe.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ah î fi
LE GARDE DES SCEAUX.
Mais vous le connoiffez vous l'avez vu je l'ai
fait venir chez moi pour vous donner une idée de
l'original.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oui M. le Confeiller m'a paru un animal bien
lourd, bien brusque, un vrai fagot* d'épines.
LE GARDE DES SCEAUX.
Et de plus opiniâtre comme un mulet. Les Clercs
l'appellent le Dieu Thermes.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Ceft un Janfénifte il fuffit je ne m'en charge
pas j'ai toujours été fufpeâ: à ces fanatiques. Il fau
dn que vous encenfiez le Dieu Thermes & je fais
mon affaire des*trois autres.
LE GARDE DES SCEAUX.
S'il ne s'agit que de les divifer la chofe ne fera
pas difficile j car ce que vous ignorez peut-
Il eft inutile de faire «bferrer l'obligation étroite à la-
quelle vous femmes atterris de coaferrer la vétité de l'hiâoirct
juCques da£s les cxprtflloM.
( 15 )
être ces quatre perfonnages qui n'ont qu'un Inté*
rct: & qui ne devraient avoir qu'un fentiment..».
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Eh 1 bien ?
LE G ARDE DES SCEAUX à fort oreille
& avec un ton difcret.
Ils fe déteflent.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Paspoflible Quoi 1 d'Ammécourt «3c Fleury qui
ne fe quitrtent pas, qui femblent agir 8c parler en-
femble
LE GARDE DES SCEAUX.
Ils fe déteftent.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Mais ne vous y trompez pas ces gaillards- là font
très-capables de s'aimer d'amour extrême & de
s'unir comme frères lorfqu il s'a;ira de nous tour-
menter.N'importe, cependant:ils feront bien ad oits,
s'ils m'échappent, Vous êtes sûr au moins que leur
Arrêté ne nous nuira pas ?
LE GARDE DES SCEAUX.
Bagatelle Une tournure viendra tout expliquer.
Les tournures ne nous manquent jamais. Un ferment
fait contre une chofe encore ignorée eft-il à crain-
dre ? On dira que le nouveau régime ne touche point
à la Conftitution & l'Arrêté n'aura plus d'objet
mes amis d'ailleurs qui fans contredit, font
les plus honnêtes paiferont les premiers 8c les au-
tres ne demandent qu'un exemple qui les autorife.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Inutile de parler des Abbés qui vont courir le
Bénéfice à qui mieux mieux. On dillingue cependant
un petit mutin qui fe fîn^ularife qui fait le tribun
du peuple qui s'en va, déconcertant les Lettres-de-
cachet jufques dans les Bureaux du Breteuil.
Un certaifi le Cogneux de Belabre.
( i6)
LE GARDÈ DES SCEAUX.
Le Général Jacquot ? Oui cela parle; mais on
le laifîe parler. Ces Abbés, Monfeigneur nous ont
conduits naturellement à rÂITemblée du Clergé nous
lui devons une vifite.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Elle fera bientôt faire Je ne chargerai pas mes
portrait. L'Archevêque d'Arles eft un homme a1fez
în/truit un bon Evêque mais point de caractère
e n'en fuis pas inquiet je l'ai noyé. L'Evêque de
Blois a quelque efprit mais fa tête ett mal organifée
pleine d'une métaphyfique obfcure je jetterai
du' ridicule fur fes vertus. Pour Auxerre c'ell
un petit intriguant très dangereux mais je fais
le moyen de le ramener je paierai à fa Sœur fon vin
de migraine. J'ai connu Beziets en Languedoc il efl
pacifique & d'ailleurs facile à féduire je lui pro-
mettrai quelque chofe pour lui & fa famille il
fera mon très-humble ferviteur. Vous connoiflez
r Archevêque de Rheims? loyal gentilhomme & d'un
efprit folide mais je le ferai paner pour un homme
incapable; & quel crédit voulez-vous qu'il ait dans
le Clergé? Je ne parle pas du Clermont; c'eft un curé
de campagne.Voilà ceux que nous pourrions crain-
dre les autres front à nous. Rhodè* m'eft dévoué &
vous en favez la raifon le pauvre hère étoit perdu,
& je l'ai fait placer il n'eft point ingrat au moins
faut-il que je lui rende ce temoignage. Embrun eft
écrafé de dettes & je lui ai promis une abbaye.
Troyes eft tour à moi, & je viens de faire fon neveu
Coadjureur.
A 1 égard du fecond ordre, il eft dans ma dépen-
dance. Jai d'ailleurs mon Grumet qui les échauffe,
& qui les mène ou je veux avec des promeffes aue
je ne tiendrai pas. Vous ne connoiifez pas mon
Grumet ? J'en fuis fâche il étoit digne d'être initié
à nos mvftères. Vous le voyez la Prêtraille peut
être facilement menée & en général je fuis sût
que la befogne ira toute feule.
LE GARDE DES SCEAUX.
Peut-être quelques, protestations ) quelques Re-
montranc;e$
( 17)
c
tnonrrances fur les Grands-Bailliages fur les fup-
prenions fur rous les articles qui touchent à la
bourfe de ces Meflieuis.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
J'ai mon plan là-deffus. Le jour même du Lit-de-
Juilice j'écris à d'Aigre pour qu'il m'envoye les
trois fujets notés d'Ormefibn d'Ammécourt ëc
Fleury. Je les harangue à ma manière je les invite
moi-même à réclamer fur les fupprelTions fur les
Grands-Bailliages, fur tout ce qui bleffe leur intérê:
perfonnel, en leur faifant entendre très-intelligible-
ment, que, s'ils veulent nous pafrer la Cour Plénière,
nous fommes difpofes à leur paffer tout le relie.
LE GARDE DES SCEAUX.
Tout le refle !.«
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Quelle frayeur ? Promettre ce n'eil pas donner.
LE GARDE DES SCEAUX.
Allons Je prévois que nous ferons entièrement
libres à la fin du mois & que la Cour Tléniere ne
fera pas au moins ce qui m'empêcheroit d'aller à la
noce de mon fil?.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
ABaville, fans doute?
LE GARDE DES SCEAUX.
Eh non à Dijon. La Péque provinciale ne veut
pas venir il faut 1"aller chercher.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Elle eft fi riche
LE GARDE DES SCEAUX.
A1fez. Une fœur infirme qui ne fe mariera pas
partageant ainfi avec deux freres les millions du père
Courbeton ayant ,4'aiJleurs fa part des 600,000 liv.
( i8)
que la Borde a eu la bonté d'ame de donner pour
la terre de Cheffy.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Vous êtes bon père M. de Lamoignon & les
affaires publiques ne vous font pas oublier vos en-
fants votre fille mariée à Caumont votre fils à la
plus riche héritière de la Magiitrature.
LE GARDE DES SCEAUX.
A propos de ma fille vous favez Monfeigneur
qu'il eft affez d'ufage dans des temps de profoérité
comme celui-ci que le Roi augmente la dor des
filles de Minières d'une fomme de 100,000 liv.
Ma dclicarefTe permet-elle que je rappelle moi-mcme
r étiquette ?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
J'entends, j'entends Je m'en charge, & cela efl
bien jufie. Quel bruit
SCENE III.
LE PRINCIPAL MINISTRE LE GARDE DES
SCEAUX PI£PAPE UN VALET -DE-
CHAMBRE.
PIÉPAPE dans la coul{fe> au Valet-de- Chambre.
J E vousafiure, Monfieur qu'il m'eflindifpeniâblt
de les voir fur-le-champ.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Qu eft-ce ?
LE VALET-DE-CHAMBRE.
Ceft M. Piépape, qui veut abiolument entrer.
( 19 )
PIIÈPAPE.
Meifeigneurs je vous demande pardon.
LE GARDE DES SCEAUX.
Vous voilà tout effrayé
PIÈPAPE.
Mais vous ignorez ce qui fe palLe M. d'Éprémef*
nil n'eft pas arrêté
LE GARDE DES SCEAUX.
Il n'eft pas arrêté ?
PIÊPAPE.
Non Tandis que les Gardes faifoient ouvrir fa
porte, il a efcaladé le mur mitoyen & s'eft jeté
dans la maifon voifine à l'aide d un Procureur au
Parlement qui l'habite.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Nomme-t-on ce Procureur?
PIÊPAPE.
Il s'appelle Leblanc de Varsnne."
LE GARDE DES SCEAUX.
Mon ami, notez-moi ce gueux-là.
PIÊPAPE écrivant fur fes tablettes;
Cependant la po rte s'ouvre; ia voiture part au
grand trot des chevaux ? les Gardes courent long-
temps pour r atteindre: c'étoit le fils de d'ÉprémefniJ
& ion Précepteur. D'Êprémefnil » d'un autre coté
le rendoit tranquillement au Palais en robe » &
efcorté du Procureur.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Sous la conduite de fon Connétable
.( la )
SCÈNE Iv.
LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, L'ABBÉ
MAURI UN VALET-DE-CHAMBRE.
LE VALET-DE-CHAMBRE annonce.
JVj l'Abbé Mauri-
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Eh bien grand Pontife Manlius efl donc au
Capitole ?
L'ABBÉ MAURI.
Vous le favez Mefleigneurs? Et Goël1ard auffi.
LE GARDE DES SCEAUX.
Goëflard aufli? Mais ces gens de la Prévôté font
donc des butors ou des frippons ? [ avec colère ]
Auffi des égards, toujours des égards! Si on leur
avoit lâché un Desbrugnicres
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oui Desbrucnières fait bien qu'on ne fort pas
toujours par la porte.
L'ABBÉ MAURI.
Jugement c'eii par la fenêtre que Goënard eut
forti par une fenêtre baffe) qui donne fur le der-
rière de fa maifon. Le fils de d'Eprémefnïl, qui étoit
venu l'avertir, a fait le même faut. Goëslard a trou-
vé, dans la rue voifine le Médecin 3Êfanerry qui
lui a cédé fa voiture pour les conduire au Palais.
LE GARDE DES SCEAUX.
Piépape, notez-moi le Médecin.
L'ABBÉ MAURI.
Vous penfez bien que le Palais eft en rameur les
Clercs s attroupent; on bar des mains on crie bravo,
( 21 )
& d'Éprémeihil paffe modérément des Enquêtes à
la Grand'Chambre au milieu des acclamations.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Vous verrez que nous allons avoir la plus plate
comédie
LE GARDE DES SCEAUX.
Ceft. une révolte Monfeigneur un crime de
haute trahifon il faut que le châtiment effraie.
SCÈNE V.
LES ACTEURS PRECEDENTS L'ABBÊ
.MORELLET, UN VALET-DE-CHA MBRE.
LE VALET-DE-CHAMBRE annonce.
M. l'Abbé Moreller.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Bon voici tout le Confeil eh bien les nouvelles
du can r. L'ABBÉ MORELLET.
Vous favez l'efcapade de d'Éprémefnil ?
LE GARDE DES SCEAUX.
Nous ne favons que cela.
L'ABBÉ MORELLET.
Vous devinez le refte: les Chambres fe font
affemblées, & fon députe vers le Roi.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Nomme-t-on les Députés?
L'ABBÉ MORELLET,
Les Préfidents d'Aligre & d'Ormeiïbn d'Am-
mécourt, Amelot Barbier d'Ingreville, & Robert
de S. Vincent.
<*a)
LE PRftïCiPAL MINISTRE.
Le Dieu Thermes Ceci devient férieux. M. de
Lamoignon il ne faut' pas que cette députation
voile le Roi.
LE GARDE DES SCEAUX.
Parbleu Je n'y fais qu'un moyen. Potiez-moi
dans l'avenue un piquer de Gardes-Francaifes qui
enlève tout le cortège hommes chevaux &
voitures.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Le moyen eft un peu vif.
LE GARDE DES SCEAUX.
Prétendent-ils donc nous faire la loi ? Point de
Réputation qui tienne il faut que d'Éprémefhil
foi t enlevé.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Oui, fans doute, il le faut Triais un bon procédé
ne coûte rien; j'aime les procédés, moi ayons
toujours l'air d'être forcés, & même, de ne pas
faire tout ce qui feroit poûible. Je vais monter dans
un moment chez le Roi. La députation ne le verra
pas. Je dirai à Sa Majefté que ù filuiti publique exige
que les Députés ne foient pas entendus je hâterai
même, s'il le faut le départ pour la chafle. Vous,
cependant, M. de Lamoignon, vous recevrez les
Députés. Vous les recevrez bien, n'eft-il pas vrai ?
très-bien? PÉPAPE.
Il fait chaud nous leur offrirons de la limonade.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Je les verrai anffi, & j'irai avec eux jufqu'aux ca-
refles. En les amufant ainfi nous aurons le temps
de faire faifir d'Epréroefhil par les moyens que
nous allons décider.
(>3)
SCÈNE VI.
IrES CTEURS PRÉCÉDENTS, LE
ARON DE BRETEUIL.
LE VALET-DE-CHAMBRE annonce.
JV1# le Baron de Breteuil.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Tant mieux 1. M. le Baron j'allois paner chez
vous. Mais comment! nos ordres ont été bien
mal exécutés.
LE BARON DE BRETEUIL.
Auffi, pourquoi fe fervir de gens qui ne font
pas faits a la besogne ?
LE GARDE- DES SCEAUX.
Je veux qu'on les faffe pourrir en prifon.
LE BARON DE BRETEUIL.
Vous le voulti je -le veux auifi fi fon me prouve
qu'ils ont voulu mal faire.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Leur faure eft peut-être involonraire y j'aime à le
croire & d'ailleurs il ne s'agir plus que de la ré-
parer. Paniez-vous, M. le Baron, que 1 afyle choifi
par d'Éprémeûiil foit impénétrable aux ordres du
Roi?
LE BARON DE BRETEUIL.
Meûleurs Meifieurs c'efl à vous à délibérer
fur ce que vous devez faire.
LE GARDE DES SCEAUX.
Voici mon avis l'autorité du Roi ne peut être
arrêtée par aucun obftacle légitime & fi vous
voulez qu'elle ne foit pas compromife il faut ici
( M)
la plus éclatante rigueur. D'Éprémefhil eft au
Palus je le vois déjà entouré d'une armée. Les
Crêtes les Procureurs les Huifliers les Clercs
s'aflemblent & s'arment le Palais va devenir un
arfenaL Il convient donc de développer une force
telle, que le fuccès ne foit pas incertain. Entourez
le Palais ra1femblez les Gardes-du-Corps les Cent-
Suiffes, les Gardes-Suiffes les Gardes-Fnnçaifes
la Prévôté la Connétablie le Guet à pi a re Guet
à cheval, tous les Soldats en femeftre, tous les
Recruteurs. PIÉPAPE.
Et vos Hoquetons Monseigneur?.
LE GARDE DES SCEAUX.
Ils y feront. Les portes du Palais feront fermées
& barricadées. Soyez-en sûr. Faites approcher d'un
côté, le canon de la Babille; de l'autre, celui des
L'ABBÉ MAURI.
Et des bombardes fur la rivière, Monseigneur ?..
L'ABBÉ MORELLET.
Et des mines fous la Ste. Chapelle, Monfeigneur?..
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Voilà beaucoup de précautions Meflieurs un
peu trop. Je fais qu'il faut s'attendre à quelque réfif-
tance & la réprimer mais fans éclat, fans fcandale.
Je voudrais que quatre compagnies feulement de
Gardes-Françaifes & deux Compagnies de Gardes-
Suiffes, fullent commandées ce Loir pour entourer le
Palais, dans les ténèbres en filence pour faifîr
toutes les portes, s'emparer de toutes les avenues,
• couper toutes communications, jufques dans l'in-
térieur veiller à ce qu'aucun ne forte de ia Grand'-
Chambre pour aller à la Buvette pas même un
Evêque pas même un Maréchal de France, fans
être accompagné de deux fentinelles. Vous pourriez
ainû tour a votre aife Ôc décemment laiûr vos
deux Rcvolcés jufqu'au milieu des fleuis-de-lys donc
L'ABBF
(*5)
D'
L'ABBÊ MORELLET.
Monfeigneur & fi les portes de la Grand' Cham-
bres font fermées 1 fi on refufe de les ouvrir ?. fi.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Alors on fera tout doucement avancer les Sapeurs
du régiment, & brifer les portes fans bruit. Ce que
j'eftime plus important c'eA de confier cette expé-
dition à un homme d'une grande vertu d'un cou-
rage éprouvé inacceffiblc à la honte, fenfible feu-
lement à l'honneur d'cbür; à l'un de ces hommes en.
fin qui, dans un befoin & DE PAR LE ROI,
perdraient leur parent le plus proche & leur meil-
leur .ami.
LE GARDE DES SCEAUX.
Eh! n'ont-ils pas Dagoult?
LE BARON DE BRETEUIL.
Faites-vous attention Meffieurs que vous avez
affaire à une auemblée bien refpeâable ? Les Magif-
trats, les Pairs du Royaume des Maréchaux de
France des Evêques les Chefs de la Noblefle &
du Clergé méritent bien quelques égards.
LE GARDE DES SCEAUX.
Oui Monfieur mais. "L'autorité du Roi
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Sans douté. \J autorité du Roi
CH DES ESCLAVES.
U 'autorité du Roi Vautorité du Roi
LE BARON DE BRETEUIL.
Morbleu 1 l'autorité du Roi m'efl aulfi refpe&ablô
qu'à vous. Cette befogne au furplus n'efl pas la
niienne ce que le Roi m'ordonnera, je le ferai.
[ il fort.
LE PRINCIPAL MINISTRE, (k PonilU du
Garde du Sceaux.
Mon ami, fuivez cet homme-13 jufques chez la
Roi je vais m'y rendre.
[Le Garde des Sceaux fort fuhi dttous Us Efclavcs.\
(*6)
LE PRINCIPAL MINISTRE fiul.
V E Breteuil m'efl grandement fufpect fa bru-
raine, qu'on nomme franchife cache un orgueil
diflimule une ambirion perfide. Je n'ai pu le perdre
encore auprès de la Reine. Aulîî cet Abbé de Vtrmom
a quelquefois des fcrupules finguliers. N'avoit-il pas
le projet de la faire adorer? Le beau moyen pour le
réduire Non \0 non; calomnions toujours le peuple
dans refprir de la Reine; la Reine, dans l'efp rit du
peuple c'eiî en l'irritant contre lui, c'efl en la ren-
dant odieufe que je me rends néceffaire. Elle feroit
trop aimée fi on la connoiAbit trop aimable fi elle
favoit combien elle peut ctre aimée.
SCÈNE VIII.
LE PRINCIPAL MINISTRE LA MAR-
QUISE DE LOMÉNIE.
LA MARQUISE.
jf\ H mon Dieu! j'ai pafté la nuit la plus cruelle!
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Vous n'avez pas dormi, Marquife?
LA MARQUISE.
Je n'ai pas fermé l'oeil j'étais dans une agita-
tion qui m'annonçait bien tout ce qui vient d'ar-
river.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Quoi donc! LA MARQUISE.
Le bacchanal de Paris d'Eprémeiàil barricada
dans le Palais.
(*7)
Dij
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Mais quel rapport entre les folies de cet homme,
& le repos d'une jolie femme?
LA MARQUISE.
C'eft qu'ils parlent de révolte, de guerre civilé
& l'idée feule m'agace les nerfs, me donne des pal-
pitations dont je ne fuis pas maîrrefTe.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Sottife Quand on a deux cents mille foldats cin-
quante bourreaux on ne craint pas les /éditions.
LA MARQUISE.
Miféricorde Archevêque vous me faites trem-
bler eft-ce vous qui parlez de foldats de bour-
reaux ? Vous
LE PRINCIPAL MINISTRE.
C'eil un propos du Lamoignon.
LA MARQUISE.
Je m'en doutais je vous ai connu doux, ferr-
fible & rendre quelquefois vous vous en fouve-
nez ? Non, non vous n'êtes point cruel. Si ce
n'était un peu d'inconflance & de légèreté, vous
feriez un homme divin je vous l'ai dit fcuvent
mais je ne veux rien reprocher je ne fuis pas
boudeufe. Par exemple, vous dételiez Calonne,
& vous avez bien raifon eh Comment un ami »
une créature de Calonne un. Lamoignon peut-
il être votre ami ?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Mon ami je l'avoue c'efi: un homme abo-
minable que ce Lamoignon. Son infenfibilité ne
le cede qu a fon orgueil. Le Parlement eut fa pa-
trie c'etl le tombeau de fes pères le berceau de
fes enfants naiflance dignité, richeffe c'eft de là
qu'il a tout tiré. J'y vois fon beau-frere fon fils
fon gendre, fes coufins; & cependant pour quel-
ques haines p articulieres pour cinq ou fîx mem-
[a8]
bres qu'il dételé, il s'élance comme un tigre fur
tout le Corps qu'il mer en pieces, fans fonger qu'il
déchire fa propre famille & qu'il s'abreuve de
£on propre fang. Et fi l'on rappelle la conduite
qu'il tint en 1771 fi fon pente qu'il fut alors le
plus fier adverfaire du Maupeou (dont il furpafle
aujourd'hui les infamies) le plus audacieux fou-
tien d'une querelle qu'il appelle aujourd'hui re-
volre le Chef enfin le plus intrépide de ceux
qu'il traite aujourd'hui de rebelles en vérité c'efl
un vil personnage que le mépris général va bien-
tôt difputer à la haine publique.
LA MARQUISE.
Eh bien c'efi avec une telle efpece que vous for
mez fociété?
LE PRINCIPAL MINISTRE.
Comment efl il poifible ma chere qu'avec
votre efprit, & ma confiance inrime vous n'ayez
pas encore la mefure de mon caractère. Je fais fer-
vir Lamoigncn à mes grands deffeins. Lorfque
mon génie m'aura placé à côré de Richelieu au
rang qui Jeul efl digne de moi, c'eft fa rête fu-
perbe que je veux fouler la première,
LA MARQUISE.
Je fais que vous avez tout l'efprit du monde
que vous êtes né pour gouverner 1-'univers mais
ma tendreffe qui vous mettrait fur le trône s'a-
larme facilement. Que voulez-vous? je m'imagine
qu'une réclamation générale peur faire tout avor-
ter & que. vous pourriez bien être la premiere
victime.
LE PRINCIPAL MINISTRE.
J'ai trois moyens pour réuHlr la force la pa-
tience la réduction & dans le cas du mauvais
ïu-wcès, c'cît Lamoignon lui-même que j'écrafe fous
les ruines de mon projet. J'ai bien donné l'idée de
la Cour Plîniere mais j'ai remis fa deftinée
dans les mains de Lamoignon, en le laiffant feul
juge des moyens d'exécution. Seule il étoit cenfe
connoitre les efprits auxquels nous avons affaire.