La glèbe

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Extrait : Quelle malédiction lui tua ses frères au berceau et ses parents sur la glèbe ? Seul de la race

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Nombre de lectures 30
EAN13 9782824712017
Langue Français
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P A U L AD AM
LA GLÈBE
BI BEBO O KP A U L AD AM
LA GLÈBE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1201-7
BI BEBO OK
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Ont contribué à cee é dition :
– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
    de fer me tiède après le dîner ; où s’étir ent les
ombr es sur le car r e au r ose , où la vieille ser vante dr oite et plateL essuie la vaisselle tintante ; là Cy rille vient s’asse oir cee v eillé e
d’hiv er .
Il p ense à T r ouville , aux mois des der nièr es vacances, à D enise . Son
cousin, ce no ceur , les avait unis solennellement, un matin, de vant la mer
plumeté e , tandis que r uisselait l’har monieuse v oix des e aux, tandis que
riait cee fille aux che v eux teints. Et suivit une folle e x cur sion en bar que
où elle le ser rait à la taille en lui disant des bêtises : « Potache , p otache .
Oh ! que t’ es far ce , p etit p otache . » Ce lui sonne encor e . Elle ép ela «
Institut Saint- Vincent » sur les b outons de son unifor me ; car , sorti depuis
cinq jour s de chez les Pèr es, un tailleur n’avait pu le p our v oir de
vêtements civils.
Et dans cee chair duv eteuse , dans ces che v eux teints gr os et dr us, il
vé cut des semaines. Les heur es p assé es hor s des étr eintes, il ne les sait
1La glèb e Chapitr e I
plus.
L’aima-t-elle cee femme de Paris, é choué e là p our fair e la plag e ? Si
bête qu’ elle ne p arlait même p as, si r obuste qu’ elle le faisait g eindr e en
le lacis de ses bras doux, lui le r ude fils de p ay sans et de chasseur s. Elle
l’ahurit de ses p arfums br usques, de ses dentelles infinies, de ses soieries
et de ses mousselines.
En Italie . Comme ça. Par ce qu’il avait encor e dans la tête Vir gile ,
l’histoir e , les g ondoles de V enise , Cicér on, le For um. Ils étaient p artis av e c
l’ar g ent d’un usurier , un ami d’ elle . Sans hésitation lui conclut cet
empr unt, malgré sa raison morig énante . Et puis, à Milan, un midi, elle se
le va ter riblement fâché e , cassa les p or celaines de la toilee , lui prit son
p ortefeuille et, p ar le pr emier train, fila sur Paris. Pour quoi ? Elle était
iv r e-morte depuis tr ois jour s.
Alor s il fallut r e v enir . Il dor mit tout le temps du v o yag e . and il ne
dor mait p as, il lar mo yait. À Ly on il tr ouva son tuteur .
Furieux cet oncle lui r endit des comptes : « T u as vingt-un ans, p ar
b onheur ! Je ne serai p as oblig é de m’ o ccup er d’un p ar eil chenap an. » Et
l’ oncle r etour na dans sa métairie après av oir ser monné p endant dix-huit
heur es de chemin de fer , et pré dit la r uine .
À tout cela Cy rille p ense .
Sa pip e laisse aux lè v r es la sav eur la plus souhaitable et les nues de
fumé e sinuent en spir es valsantes. L’av er se chante aux vitr es. Les che vaux
piaffent à l’é curie ; il les é coute .
La T er r e ne vaut plus. Sans doute , elle se r elè v era : la T er r e ne p eut
faillir . Mais quand ? D onc p as d’ar g ent. D es ter r es et des ter r es, son p
atrimoine inaliénable , p ar r eligion. Il les connaît : rases et plates étendues
depuis Be cquer elles jusque Ferb on, englobant les clo cher s et les moulins,
enjambant les grandes r outes. Sans un arbr e . Il y chasse durant toutes les
vacances depuis l’anné e où il r emp orta neuf prix.
La lamp e v er se sa lumièr e r onde sur le caraco p assé de la ser vante
dr oite et plate . Et les jur ons des ouv rier s ar riv ent du four nil av e c le v ent.
A utr efois, à Boulogne , il étudia chez les Pèr es. Une vie d’é colier sag e
av e c le mépris pr ofond des cancr es, av e c les calmes études où, de tout le
p oids de sa lourde intellig ence , il s’appliquait à p arfair e les thèmes et à
noter l’accentuation gr e cque ; les joies des pr omenades bavardes et
turbu2La glèb e Chapitr e I
lentes ; le suprême ravissement d’instaur er en leur sens pré cis certaines
phrases obscur es de intilien et d’ en êtr e louang é seul p ar le pr ofesseur ;
les idé es d’amour esquivé es av e c hor r eur comme susceptibles de
punition. Puis, des v olumes dorés, des mé dailles d’ar g ent dans des é crins gr
enat, le baiser de l’ar che vê que cour onnant aux stridences de la musique
et des brav os, un p ar chemin de bachelier qui, là-haut, gît dans le vieux
se crétair e d’acajou près du daguer ré oty p e où il distingue mal ses p ar ents
en costume de no ces, aujourd’hui morts. Non, jamais il ne mang e a fin et
pr opr e comme au réfe ctoir e , ni dans les ducasses d’ en de çà la D eule ni
dans les k er messes d’au delà . À T r ouville ? En Italie ? Il but surtout.
À T urin du Lacr y ma-Christi. Les lè v r es de D enise s’é crasaient sur
le mince cristal et leur car min transp araissait dans la p our pr e du vin.
Après elle , il y huma : une sav eur chaude et liquor euse av e c des vigueur s
p ourtant, un ar rièr e-g oût amer , un p arfum d’ambr e et de thy m. . . un p eu
comme du très vieux V olnay où p er sisteraient des sav eur s de sucr e . . . Et
D enise son coude le vé , la p oitrine blanche et mouvante sous la g aze du
cor sag e d’été , ses longs cils baissés v er s la liqueur . . . Il r etr ouva sur ses
lè v r es ce g oût de thy m et d’ambr e , ce liquor eux qui p oissait leur s b ouches.
Et p our r e viv r e cee impr ession il commande :
— Catherine , allez à la cav e cher cher une b outeille de V olnay .
D e vant la b outeille br une r enaissent des souv enir s à chaque g or g é e
bue . Souv enir s tactiles, et souv enir s sapides, et souv enir s o dorants.
Visions de membr es qui se cambr ent, de b ouches qui ho queent, de dents
fr oides et dur es. Et chaleur s qui fluent p ar la g or g e av e c le vin comme
chaleur s de baiser s. Elles g agnent la p oitrine , elles l’éner v ent ainsi que
des contacts de der me .
— Catherine . Allez v ous coucher .
— Oui l’maîtr e .
La p orte se r efer me . Il met les bar r es. Il ne v oit plus qu’ elle . Elle
ondoie , la main à ses che v eux teints, le rir e à ses dents mouillé es. Ses bas
r oug es frétillent, ses g ants noir s se dé chiqueent. Elle grandit comme si
elle accourait v er s son fr ont, son fr ont d’amant qui brûle et où les v eines
baent. Elle se rap etisse facétieuse et fuyante , gr osse maintenant comme
une mouche . . . une mouche qui b ourdonne .
La b ourdonne autour de la lamp e , et gravite dans sa lumièr e
3La glèb e Chapitr e I
r onde . Oh ! l’insupp ortable b ourdonnement qui cr oît. On dirait d’une
comp agnie de tamb our s qui baraient comme les v eines baent dans son
fr ont brûlant. Vidé e la b outeille .
La sueur lui coule sur les temp es, sur les joues, dans le cou. D es
mouillur es fr oides. Il se lè v erait bien p our g agner cee bassine pleine
d’ e au, mais ses mains ne sont plus à lui, ses pie ds ne sont plus à lui.
Il se mord et il ne sent p as la mor sur e . La chair de ses doigts p araît
insensible , son nez dur comme le nez d’un cadav r e , ses joues p araissent
dur es comme les joues d’un cadav r e .
L’ ombr e floe sur le car r elag e r ose . Comme la mer à T r ouville
n’a-telle p as flux et r eflux ? T antôt l’ ombr e de la cheminé e se b er ce là et tantôt
elle se b er ce ici. Elle va baigner les jamb es de Cy rille . Elle r emonte
maintenant v er s la lamp e et le vieux bahut où les luisur es dansent la sarabande .
Ainsi que dans le bate au d’Étr etat, tout r oule et r oule . T out r oule , l’
estomac aussi dans la p oitrine de Cy rille qui n’ ose plus b oug er et s’av oue gris.
A u balancement de ce r oulis, il s’ endort. Seul dans la cuisine vaste .
n
4CHAP I T RE I I
 , , av e c cee vieille femme tacitur ne et br ute qui,
inter r og é e , n’ e xprime même p as les bavardag es du canton ; « desC bleuses-v ues », dit-elle , en haussant les ép aules ; ensuite elle se
tait. Les ouv rier s dor ment dans la grang e , dans les é curies, harassés de
lab eur et de tabac.
La pluie , l’hiémale pluie pleur e et pleur e sans ar rêt. D ans le hame au
nul ne v eille . Le fer mier le plus v oisin de Cy rille , son oncle , r onfle déjà
sans doute . S’il allait lui fair e visite , on discuterait encor e le dép
érissement de la ter r e , la grande rachitique . T out le jour , il étudia ce sol malade ,
épuisé , tout le jour il mé dicamenta. Il sait aussi bien que l’ oncle les phases
du mal. Pour quoi s’arister encor e à cee é v o cation de r uine ?
La ville est si loin. Les che vaux sont si las.
i v oir p ar mi l’atmosphèr e brillante du café saur e , où le g az clignote
v er s les faces ennuyé es et sé vèr es des vieux ? Les jeunes, ceux de son âg e ,
travaillent à Paris, à D ouai ; ils font leur dr oit. D’autr es Saints-Cy riens.
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