La représentation fantastique dans « Le Horla » de Maupassant - article ; n°1 ; vol.32, pg 231-245
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1980 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 231-245
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1980
Nombre de lectures 126
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Jacques NEEFS
La représentation fantastique dans « Le Horla » de Maupassant
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1980, N°32. pp. 231-245.
Citer ce document / Cite this document :
NEEFS Jacques. La représentation fantastique dans « Le Horla » de Maupassant. In: Cahiers de l'Association internationale
des études francaises, 1980, N°32. pp. 231-245.
doi : 10.3406/caief.1980.1221
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1980_num_32_1_1221VA
LA REPRESENTATION « LE HORLA » DE FANTASTIQUE MAUPASSANT DANS
Communication de M. Jacques NEEFS
(Paris)
au XXXI* Congrès de l'Association, le 26 juillet 1979.
Je voudrais lire Le Horla dans la torsion de l'expérience qui
s'y effectue. L'écriture de fiction me semble être l'exploration
d'une dimension qui n'est propre ni à l'écriture ni à la fiction,
celle des densités, des corps, des espaces de proximité et
d'éloignement, des appartenances qui identifient, des diffé
rences qui spécifient. Mais cette dimension, qui ne peut que
s'éprouver actuellement, culturellement, dans les battements
et l'approximation pleine d'un vécu, n'est pas susceptible
d'être l'objet stratifié d'une représentation qui l'ordonnerait,
puisqu'elle est la dimension même de toute représentation.
Or, l'espace littéraire a précisément à faire avec cette dimens
ion, en ce qu'il soumet la relation entre représentation et
réalité à l'épreuve, simultanément, d'une affirmation et d'une
contestation, en ce que s'y effectuent et s'y interrogent à la
fois des partages constitutifs, historiquement variant, de
l'ordre des savoirs, des représentations, des institutions.
L'étroite réciprocité au xix* siècle du réalisme et du fantas
tique se comprend dans ce mouvement de problématisation
d'une représentation qui n'a d'autre garantie que sa propre
affirmation. Le dispositif complexe qui se met en place dans
l'espace littéraire affirme la réalité comme le substrat de toute
relation de connaissance, comme l'objet observable, construe- 232 JACQUES NEEFS
tible, mais en même temps édifie l'espace de représentation
dans l'incertitude de ses limites et de ses garanties. La sur
charge d'affirmation réaliste, qui tente d'effacer la présuppos
ition de fiction par le déploiement du reconnaissable, de
l'identifiable, par la référence à des savoirs non romanesques
qui authentifient le surcroît de savoir qu'apporte le roman,
par des protocoles internes d'apparition, de gestion, d'achève
ment qui confient à l'ordre fictif la tâche de son propre dé
ploiement, n'a de sens que par rapport au risque même du
fictif : si la fiction peut s'offrir comme le réel, la garantie
d'une distinction et d'une correspondance assurées entre la
réalité et sa représentation devient hésitante. L'affirmation de qui caractérise le fantastique du XIXe siècle (avec le
protocole de l'authentification, de l'expérimental, de l'inte
rrogation savante et informée) est comme le tracé retors des
démarcations, des limites connaissables, des garanties du sujet,
de l'extension du réel.
Pour édifier l'espace d'apparition fantastique, l'effet de
cadre, la stéréoscopie de présentation sont déterminants (1).
De ce point de vue, les différences entre la première et la
seconde version du Horla sont éclairantes (2). La ver
sion inscrit le récit de l'apparition du Horla dans l'ostentation
du cas médical : le Docteur Marrande réunit ses amis « pour
leur montrer un de ses malades ». Cette introduction cumule
les garanties : « le Docteur Marrande, le plus illustre et le
plus eminent des aliénistes... » (p. 411) (3), la curiosité :
« Je vais vous soumettre le cas le plus bizarre et le plus in
quiétant que j'aie jamais rencontré » (ibidem), et la mise en
place de la source narrative : « Un domestique fit entrer un
homme [...] . Ayant salué et s'étant assis, il dit... ». Commence
(1) Pour éviter une lecture allégorique du contenu de l'histoire, du
conte, il faut prendre en compte l'espacement narratif dans lequel
flotte l'histoire ; cf. la critique par Jacques Derrida de la lecture que
fait Lacan de La Lettre volée de Poe, dans « Le facteur de la vérité »,
Poétique n° 21, 1975, en particulier p. 133 sq.
(2) Sur les différences d'ensemble et de détails entre les deux ver
sions, voir André Targe, « Trois apparitions du Horla », dans Poé
tique n° 24, 1975.
(3) Ed. de M.C. Bancquart, Gamier, 1976. LA REPRÉSENTATION FANTASTIQUE : « LE HORLA » 233
alors le récit du malade anonyme qui occupe la plus grande
partie du texte. Le récit de la maladie suit la chronologie des
événements, il est organisé en récit clinique (présentation,
situation du personnage, premiers symptômes, preuves, ana
lyses et explications). Mais il est aussi envahi par une rhé
torique de la persuasion : ce qui peut être entendu comme
récit d'un délire hallucinatoire doit virer en démonstration de
la réalité du Horla (« Messieurs, écoutez-moi, je suis calme »
(p. 415), « Attendez ! » (p. 417), « Vous ne me croyez pas.
Je l'ai vu cependant. » (p. 417). L'effet du récit est pris en
compte pour assurer l'assentiment du destinataire à l'impro
bable : « Je sens, Messieurs, que je vous raconte cela trop
vite. Vous souriez, votre opinion est déjà faite : « C'est un
fou. » J'aurais dû vous décrire longuement cette émotion
d'un homme qui, enfermé chez lui, l'esprit sain, regarde, à
travers le verre d'une carafe, un peu d'eau disparue pendant
qu'il a dormi » (p. 414). Le récit fantastique joue ainsi sur
la difficulté qu'il y a à gagner l'adhésion pour affirmer d'au
tant plus la réalité de l'incroyable, un peu comme la beauté
superlative est présentée comme indescriptible (4). Dans le
texte réaliste, l'assentiment est supposé acquis mais toujours
fragile : la force d'affirmation du texte, mais surtout la nappe
du vraisemblable qui suppose l'homogénéité de la fiction et
du réel instaurent une cohésion entre la représentation et le
monde comme tout. Dans le texte fantastique, l'assentiment
au présupposé de réalité est sollicité contre toute possibilité :
n'est-ce pas précisément pour déjouer, par l'adhésion au fictif,
la nature des adhésions à ce qui était d'avance posé comme
réel ou recevable, pour faire trembler, le temps du texte, la
cohérence qui assure l'ordre des représentations ? La force
de conviction propre au récit fantastique (d'autant plus grande
que l'hésitation est plus forte) vise moins à faire croire « vra
iment » à la réalité de l'impossible qu'il fait apparaître ou
(4) Cf. Jean Bellemin-Noël, « Des formes fantastiques aux thèmes
fantasmatiques », dans Littérature n° 2, 1971, en particulier p. 112-115,
et « Notes sur le fantastique (textes de Théophile Gautier) », dans
Littérature n° 8, 1972, p. 5-6. 234 JACQUES NEEFS
même à faire douter un instant de son impossibilité, qu'à
suspendre toute certitude sur la congruence entre représenta
tion et réalité (5).
Quand le récit a pour seul garant le sujet narrateur, il doit
conjurer la possibilité d'illusion qui l'affecte par le recours
à des témoins. C'est d'une certaine manière, ce que refuse la
seconde version, plus ouverte à l'indétermination- Dans la pre
mière version du Horla, le récit interne se raccroche à son
récit introducteur comme à sa preuve externe : « Trois de
mes voisins, à présent, sont atteints comme je l'étais. Est-ce
vrai ? » Le médecin répondit : « C'est vrai ! ». Et : « Ces
liquides ont-ils disparu comme chez moi ? » Le médecin ré
pondit avec une gravité solennelle : « Ils ont disparu. »
(p. 418). L'autorité compétente n'est plus simple présentateur
ou destinataire du récit, elle est prise dans son réseau démonstr
atif. Une telle interférence

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