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La Révolution, 1789-1872 : poème en 12 chants / par Victor Resal

De
86 pages
E. Lachaud (Paris). 1872. 1 vol. (94 p.) ; in-8.
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Paris — Imprime chei Alcan-Lcvy
<>i, Hue de Lafayelte, <u
LA
RÉVOLUTION
1789 — 1872
POÈME EN DOUZE CHANTS
;/iV" VICTOR RESAL
Chevalier de la Légion d'honneur, ollicier d'Académie
Membre de la Société d'émulation des Vosges
Arcien membre et ancien président du Conseil général des Vosges
Ancien membre du Conseil départemental de l'Instruction publique
Ancien représentant du peuple
PARIS
E. LACHAUD, LI BRAIRE-ÉDITEU R
4, PLACE DU THÉÂTRE-FRANÇAIS, 4
1872
Tous droit» rdscrvds
AU LECTEUR
Je crois avoir été fidèle à Vhistoire dans ces
rapides souvenirs; et si, dans les réflexions qui les
accompagnent, quelques lecteurs estimaient mes
appréciations peu fondées, qu'ils veuillent bien du
moins tri honorer asse{ pour ne pas mettre en doute
ma bonne foi, car c'est surtout un acte d'honnêteté que
j} ai pou lu faire.
Les quatre premiers chants de ce petit poème ont
été écrits dans les premiers mois de 186g et avant
de grandes fautes suivies de grandes catastrophes.
Je me suis contenté d'y faire quelques corrections
de style et de versification satis changer le fond de la
pensée, car c'est surtout en face du malheur qu'il faut
savoir demeurer juste.
J'ai du reste écarté avec soin de mes vers toutes
les attaques personnelles et je n'ai guère cité de noms
propres que ceux auxquels s'attachent de bons sou-
venirs; il est si aisé de se tromper dans les affaires
publiques que bien souvent l'indulgence n'est que
stricte équité.
Quant aux partis, il n'en était plus de même. Je
les ai jugés comme je croyais en avoir le droit.
En ce qui concerne la forme, je m'incline à
l'avance devant la critique.
CHANT PREMIER
CHANT PREMIER
LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE
ET LE PREMIER EMPIRE j
Au temps où florissait la féodalité,
Le paysan compris dans la propriété,
A titre d'outillage était joint au domaine.
Pour ce. déshérité de la famille humaine,
La Révolution, dans un vaillant effort,
Brisa ce qui restait de ce droit du plus fort.
Hélas! pour le pays bientôt après commence
Un régime hideux de san& et de démence
Où de toute grandeur l'irrémissible tort
Met au rang des suspects et conduit à la mort
4 LA REVOLUTION
Un affreux tribunal, qui compte autant de crimes
Que d'arrêts, par milliers choisit pour ses victimes
Des femmes, des enfants, des vieillards, des guerriers
Et des prêtres enfin, qui, pour leurs meurtriers,
Invoquent du pardon ia céleste espérance.
En ces jours de terreur, on voit le roi de France
Et sa noble compagne, et l'une de ses soeurs,
Enseigner à mourir à leurs vieux serviteurs.
t)e ces sanglants excès l'Europe confondue
S'avance, l'arme au bras, sur la France éperdue.
Un cri d'angoisse éclate et, d'échos en échos,
Fait appel aux grands coeurs. Un essaim de héros,
Pieds nus, sans pain, sublime, à la persévérance
Joignant la fougue, accourt et délivre la France.
Le plus grand de ce groupe, émule de César,
De la guerre, pour nous, supprime le hasard.
La victoire, toujours fidèle à ses batailles,
De l'ennemi vaincu sonne les funérailles,
Et, des champs d'Italie aux. plaines du Croissant,
Comme l'aigle, il ne fait qu'un long vol menaçant.
Soudain, la nation s'abandonne au délire
D'enthousiaste orgueil qv J Bonaparte inspire.
CHANT PREMIER l
Combien il était grand dans sa simplicité,
Quand, assuré déjà de l'immortalité,
Il offrait aux regards un débile jeune homme
Surpassant les grands noms de la Grèce et de Rome !
Mais combien n'est-il pas bientôt plus grand encor,
Lorsque, vers Marengo reprenant son essor,
Il y fixe pour nous et la paix et la gloire,
Lorsque l'ordre renaît grandi par la victoire,
Et que, de toutes parts, les peuples et les rois
Élèvent à l'envi son nom sur le pavois!
De la splendeur guerrière il atteignait le, faîte.
Soudain l'ambition, qui jamais ne s'arrête,
Comme à Clovis lui montre un trône sous sa main
Où, par le peuple, il peut monter le lendemain.
Il ne résiste pas et, bientôt fascinée,
La France, qui ne sait où tend sa destinée,
Entre le monde armé, l'émeute et la terreur,
Proclame ce soldat d'hier son empereur.
Sérieux, économe, aussitôt de la France
En doablant la richesse il double la puissance.
Né grand législateur, des recueils des vieux droits
Il fait soudain sortir nos immortelles lois;
Et des temples souillés écartant la barrière,
Il convoque, du trône, un peuple à la prière
6 LA RÉVOLUTION
Et rend à tous les coeurs ces horizons touchants
Qui sont l'espoir des bons et l'effroi des méchants.
Qu'il était grand toujours ! Qui donc aurait pu croire,
En cet excès d'honneur, de puissance et de gloire,
Que, par delà les mers à jamais déporté,
Cet homme universel, ce guerrier redouté,
Plus prudent qu'Annibal, plus vaillant qu'Alexandre,
Du faîte de l'Europe allait sitôt descendre !
Hélas! trop absolu, perdu par les grandeurs,
Il cesse de dompter ses bouillantes ardeurs
Et bientôt ne voit plus de bornes au possible.
Le monde épouvanté, dans une lutte horrible
Où vingt fois le talent met le nombre aux abois,
Terrasse enfin ce fier dominateur des rois.
O néant de l'orgueil et de la gloire humaine,
Maître du monde hier, il meurt à Sainte-Hélène !
Nous vîmes, en ces jours d'indicible douleur,
Pour le Français si fier et si plein de valeur,
Les Cosaques du Don inonder nos villages,
Et de vingt nations les différents langages
En des tours de Babel convertir nos cités.
Comme en un tribunal, en congrès discutés,
Nos confins et nos droits, notre existence même
Furent par nos vainqueurs érigés en problème.
CHANT PREMIER
Écartons à jamais ce sombre souvenir,
Ou plutôt qu'il nous serve à régler l'avenir,
Et que cette leçon affreuse et solennelle
Conserve parmi nous sa morale éternelle.
Qu'à l'avenir la paix, la modération,
La justice et l'accord soient notre ambition-,
Et que, désabusé d'un éclat illusoire,
Le Français dans l'utile enfin place sa gloire.
CHANT DEUXIÈME
CHANT II
LA RESTAURATION
ET LA MONARCHIE DE JUILLET
Ces orages passés, la France, sous ses rois,
A retrouvé le calme et la paix d'autrefois.
Mais son coeur, ulcéré de la sanglante injure
Qu'il vient de ressentir, de plus en plus abjure
Ce vieux culte des rois qui blesse sa fierté.
Charles Dix le comprend et de la liberté,
Que pourtant il mesure avec parcimonie,
S'épouvante. A son tour, la presse calomnie
Tous les pouvoirs publics, et de la royauté
Ébranle chaque jour l'antique majesté.
Dix-huit cent trente sonne et la révolte éclate.
Le pouvoir, sans défense, est vaincu. Cette date
12 LA REVOLUTION
Vient de rouvrir l'exil une dernière fois
Au vieillard héritier de soixante et dix rois.
Ce monarque, abusé sur les droits de sa race,
Affronta le péril sans en avoir l'audace.
Honnête cependant, doué d'un noble coeur,
Du pays qu'il aimait, il voulait le bonheur
Qui dans un autre siècle eût été son ouvrage.
Mais, dès l'enfance, imbu de l'esprit d'un autre âge,
Et voyant lès penchants de notre nation
A travers les regrets de l'émigration,
Il signa l'ordonnance en effet punissable,
Mais dont son ministère était seul responsable,
Et qui fut le signal de son expulsion.
Le pays, replongé dans la confusion,
Va-t-il tomber aux mains de la démagogie?
Non. Dieu de nous sauver nous donne l'énergie.
Le sceptre, relevé par un puissant effort,
Est placé dans la main d'un prince habile et fort,
Instruit par le malheur, guidé par son génie,
Qui connaît de son temps l'exigence infinie
Et notre esprit français prompt à l'entraînement.
Nautonier plein d'adresse, au mobile élément
En cédant à propos ou bien en tenant tête
A l'orage, il saura conjurer la tempête.
CHANT DEUXIÈME i3
Oui, pendant dix-huit ans il eut ce grand honneur
A force de talents, d'esprit et de bonheur!
Mais quand vinrent les ans, les chagrins et l'orage,
Que déjà l'horizon présagea le naufrage,
Que, de points opposés, la coalition
Se fit l'avant-coureur de la sédition,
Qu'au mépris de l'accord que la raison conseille.
L'ambition brouilla les amis de la veille,
Que la presse excita des banquets factieux,
Qu'enfin l'émeute vint, lui, des séditieux
Ne voulut point alors anéantir les groupes,
Bien qu'un grand maréchal, répondant de ses troupes,
Assurât le succès, mais sans dissimuler
Que sous peine d'échec le sang devait couler.
Pour la première fois manquant de caractère,
Déguisé, fugitif, aux rives d'Angleterre
Louis-Philippe alla demander le repos.
De la paix, parmi nous, véritable héros,
De la France éclairée il eut la confiance,
Et sut réaliser la durable alliance
De l'ordre qui toujours amène le progrès
Et d'une liberté pure de tous regrets.
A la loi du contrat toujours resté fidèle,
Marchant avec la Chambre et pilote modèle,
14 LA REVOLUTION
Ce prince n'avait pas à l'insurrection
Donné prétexte. Mais la révolution,
Des égouts de Paris, Jusqu'à sa bourgeoisie,
De tout temps aux clameurs de la presse asservie,
Montait, montait toujours. Lassés de leur bonheur,
Ces bourgeois, oubliant la mission d'honneur
Imprudemment remise à leur milice armée,
Sans se joindre à l'émeute, embarrassent l'armée
Aux jours de février. Alors tout est perdu -,
Le trône est renversé sans être défendu
Et de la République aussitôt décrétée
Le nom frappe en tous lieux la France épouvantée.
CHANT TROISIÈME
CHANT III
LA SECONDE REPUBLIQUE
L'événement à peine est connu du pays
Que déjà, de partout, s'élance vers Paris f
Tout ce que la province ou redoute'ou méprise.
Cette foule, assignant à chaque jour sa crise,
Érige la révolte en éternel devoir
Et, même aux mains des siens, attaque le pouvoir.
Des ateliers publics dévorent les finances
Et se changent en clubs, où les extravagances
Et les conseils d'audace,^excitant des transports,
A l'émeute à ven{r$réparen^clès supports.
18 LA RÉVOLUTION
Dans ces jours de péril un orateur poète
Présente sa poitrine à l'émeute et l'arrête.
Cet acte de bon sens et d'intrépidité
Efface avec bonheur le coup qu'il a porté,
Par l'oubli du serment, à son ancienne gloire,
En acclamant la veille une triste victoire.
Par des palliatifs quelque temps ajourné
Le signal de la lutte à Paris est donné :
Du côté de l'émeute ils étaient deux cent mille
Et de l'autre on voyait une garde mobile,
De tous les déclassés véritable chaos,
Mais qui, le vingt-trois juin, phalange de héros,
Sous la main de l'honnête et malheureux Damême,
Assura la victoire à ce combat suprême.
Hélas! ces insurgés se sont fait les bourreaux
D'un grand et saint prélat, de plus de généraux
Que n'en ont abattu les plus grandes batailles.
Pour finir dignement, entre quatre murailles,
Prisonnier, désarmé, le général Bréat
A vu trancher ses jours par un assassinat.
O mon pays si fier, ô ma grande patrie,
Dois-tu donc reculer jusqu'à la barbarie
CHANT TROISIÈME 19
Sous ces conspirateurs fils aînés de l'orgueil
Et de l'ambition, qui sèmeraient le deuil
Et briseraient la loi par le temps consacrée
Pour deux jours de pouvoir et d'ignoble c urée,
Brutus avariés, méritant le ponton
Quand ils n'ont pas d'excuse écrite à Charenton?
Dans le vieux Luxembourg on vit le communisme
Enseigner sa science érigée en civisme ;
Dans nos grandes cités, moins radical que lui.
L'art subtil de tirer parti du bien d'autrui,
Nommé socialisme, étala ses maximes;
Il conduirait aussi notre France aux abîmes,
Mais par la pente douce et plus à petit bruit ;
Fleur du mancenillier, la mort est dans son fruit.
O rêves de Proud'hon, est-il donc bien possible
Qu'à vos déraillements l'homme soit accessible?
*
Si, de ces quatre francs, qu'au travail j'ai gagnésj
Je n'use que moitié, les autres épargnés
Ne sont-ils pas les miens? Et qui donc/ sam; ctéliré
Et sérieusement, oserait bien me dire
Que ce fruit de ma peine et de ma liberté,
Sans oubli de tous droits, peut m'être contesté?
20 LA RÉVOLUTION
Suis-je donc libre ou serf comme l'antique plèbe?
Dois-je bientôt revoir les gênes de la glèbe
Ou bien mes pieds, mes yeux et ma tète et mes bras
Et tout ce que j'en tire à moi ne sont-ils pas?
De ce que j'ai créé ne suis-je pas le maître?
Ne puis-je le donner au iils que j'ai vu naître
Ou bien encore aux père et mère désolés
Qu'en ce monde ma mort va laisser isolés?
Après moi, faudra-t-il, qu'à la ic -ileur amèrc
De voir mourir un lils, ils joignent la misère ?
Et croyez-vous, de grâce, à l'ardeur de celui
Qui devrait forcément travailler pour autrui
Et dont l'ettbrt fécond jusqu'au moment extrême
Serait pour le public, non pour d'autres lui-même ?
Verriez-vous donc enfin les fils du laboureur
Semer pour l'étranger? Mais quelle lourde erreur
Tri n'ai-je pas faite en parlant de famille ?
Elle ùù^nraîtrait, car elle est bien la fille
De la propriété, qui sait, en un faisceau,
Réunir les parents au chevet d'un berceau
Et, souvent, des enfants, sous l'égide d'un père,
Décupler les efforts, pour vaincre la misère
Et pour créer l'aisance au foyer paternel.
Non, Dieu n'entendrait plus ce serment solennel
CHANT TROISIEME 21
Où de jeunes époux, dans leur sainte allégresse,
Sous l'oeil ému des leurs, consacrent leur tendresse
Qui va bientôt donner à la société
Et richesse et bonheur et perpétuité.
Droit éternel de l'homme et son penchant suprême,.
La propriété n'est que le soin de lui-même
Et des siens, l'aiguillon de cette activité
Sans laquelle il n'aurait ni pain ni dignité.
De l'enfance à la mort s'il travaille et ménage,
C'est pour lui-, c'est aussi parce que l'héritage
Reste, quand de ses jours s'est éteint le flambeau,
Un aide pour les siens à travers le tombeau.
Dans ces instants, un homme au vaillant caractère
Eut, six mois, du pouvoir la mission austère.
Servant la République avec conviction,
Cavaignac nourrissait la noble ambition
De donner la durée à ce régime instable
En se montrant toujours au désordre intraitable.
Son projet échoua, mais fit grandir son nom :
Le succès n'a pas seul illustré Washington.
Cependant, aux cités, aux champs, partout en France,
Régnait l'inquiétude et germait la souffrance-,
aa LA REVOLUTION
Un nuage semblait obscurcir le chemin
Et la foudre en pouvait jaillir le lendemain.
Un an s'écoule à peine et soudain le suffrage
Universel impose à tous son arbitrage,
Et son arrêt, semblable à la voix du canon.
Vient, du grand Empereur, ressusciter le nom,
Ce nom, qui pour aucun n'était problématique, •
Était assurément la sanglante réplique
A cet esprit loyal, mais novice et hautain
Qui venait d'imposer son dogme puritain.
On voit languir trois ans ce régime impossible,
Duel dissimulé, quoique toujours visible,
Entre les deux pouvoirs ; puis, en un coup d'État,
Le deux décembre enfin le broie avec éclat.
Ce coup brisait les lois; et cependant la France
En tous lieux l'acclama comme une délivrance,
Tant la démagogie inspirait de terreurs !
Il fut assurément aidé par les fureurs
D'Un parti qui, croyant grandir par la menace
Et pouvoir compenser le nombre par l'audace,
CHANT TROISIÈME a?
D'effroi public souvent s'est fait entrepreneur.
A mon sens, néanmoins, c'est un insigne honneur
Pour nos représentants, d'avoir, sans défaillance,
Opposé de la loi la froide résistance
Et de n'avoir voulu que noblement finir,
Sans chercher à semer le champ de l'avenir.
CHANT QUATRIÈME
CHANT IV
LE SECOND EMPIRE
La République meurt bientôt et son naufrage
S'est accompli sans bruit *, un colossal suffrage
Vient d'appeler au trône, à cause de'son nom,
Le Président d'hier, Louis-Napoléon.
Vers quelque souvenir qu'on* ait l'âme portée,
Il faut bien l'avouer, la France consultée
Jusque dans ses hameaux, répondant par trois fois,
N'a pas laissé planer le doute sur son choix.
Non jamais, remontant jusqu'à la nuit des âges,
Aucun homme n'a vu plus nombreux témoignages
28 LA REVOLUTION
Alîirmer de son droit la légitimité,
Et, si l'Empire est fait, la France Va voté!
Que fallait-il donc faire ensuite? Se soumettre
Aux lois de son pays et ne jamais admettre
Qu'on tourne son serment sans manquer au devoir,
Ni qu'on reste honnête homme en sapant le pouvoir.
Dès ses commencements, l'Empire a, de la France,
Reculé la frontière, agrandi la puissance;
Mais je crains qu'il n'ait trop semé dans les combats.
Pour la France et pour lui le danger sur ses pas.
La paix nous offre aussi la lutte et la victoire,
Et c'est là que seraient la grandeur et la gloire \
Si les mots solennels : VEmpire c'est la paix,
Pour le bonheur du monde enfin devenaient vrais.
Du progrès, parmi nous, un élan magnifique
Aurait bientôt doublé la richesse publique
Et son long sillon d'or, aux confins des Etats, '
Comme aux siècles passés, ne s'arrêterait pas.
De progrès et de paix le pays est avide.
Quand, hier, à Paris, dans le palais d'Armide,
L'oeuvre prodigieux de cent peuples divers
Etalait le nouveau blason de l'univers,
CHANT QUATRIÈME -29
Je pensais. Cette ruche où le monde travaille,
Devrait être plus tard le seul champ de bataille -,
Le navire à vapeur partout fendant la mer,
Le wagon en plein vol sur ses barres de fer,
La poste confiée à l'aile de la foudre,
Un jour, sur tout le globe, aideraient à résoudre
Un problème jadis vainement agité,
Le grenier d'abondance et la fraternité.
A l'oeuvre il faut le temps*, mais si, comme Moïse,
C'est de loin que notre oeil voit la terre promise,
En France, en notre temps déjà, le doigt divin
.A4mt|j|a^ks progrès que l'on nierait en vain.
De tous côtés l'épargne a des caisses ouvertes
" Aux plus petits dépôts qu'elle affranchit des pertes \
Le secours mutuel, et dès lors anobli,
A, dans toutes nos lois, son principe établi
Et la loi de retraite a, par la prévoyance,
Offert à la vieillesse une source d'aisance.
Plus bas, et pour tous ceux qui de l'adversité
Sont atteints, même quand leur sort fut mérité,
3o LA RÉVOLUTION
Nous avons l'hôpital, le bureau d'assistance,
Les mille procédés qui, de la bienfaisance,
Font éclore, aux cités, les dons consolateurs.
Aux champs moins bien dotés nous n'avons que nos coeurs,
Mais ils viennent à bout de calmer les misères
De ceux que leurs malheurs rendent surtout nos frères.
De largesse au pays l'exemple lut offert
Par le trône et surtout par l'ange au coeur ouvert
Qui, sans peur, apportait dans nos terreurs publiques,
Le bienfait du courage aux lits des cholériques.
L'enseignement aussi partout marche à grands pas
Et l'essor qu'il a pris ne s'arrêtera pas.
Au sommet, et parmi les rois de la science,
Les progrès du savoir et de l'expérience
Chaque jour de l'esprit élèvent le niveau.
Tout en bas, et dans l'humble école du hameau,
L'enfant voit aujourd'hui se faire la lumière
Et, s'il est bien doué, s'agrandir la carrière.
Le vieux maître d'école est mort. L'instituteur
De son noble mandat sent toute la hauteur.
Le succès est certain si notre esprit mobile
Ne refait le chaos par son ardeur fébrile,
CHANT QUATRIÈME 3i
Que Dieu nous garde donc et qu'il laisse venir,
Après le bien présent, le mieux de l'avenir.
Jusques en février, c'est dans les hauts étages
Que, de la politique, ont grondé les orages.
11 n'en n'est plus ainsi de nos jours. Les débats
Parlent au peuple entier du sommet jusqu'en bas.
Aussi, tout en l'aimant et voulant qu'on le serve,
Plus encor que jamais, doit-on, de la réserve
S'imposer aujourd'hui le devoir rigoureux •,
Car, s'il est, par nature, honnête et généreux,
Aux nobles actions si toujours il s'empresse,
De vos subtilités il n'a pas la souplesse,
Et la religion, qui gouverne son coeur,
Est la source chez lui du sens conservateur.
Olez-lui sa croyance, en lui laissant l'envie,
Et Dieu seul désormais sauvera la patrie! .
Un peuple intelligent doit sans doute prévoir
Les faciles abus de l'absolu pouvoir.
Mais si la liberté, récemment agrandie,
A ce danger possible aisément remédie
Et qu'aux droits du pays nul ne veuille attenter,
Est-il donc bien prudent de rien précipiter?
32 LA RÉVOLUTION
Les nations aussi meurent sous l'avalanche :
Sur nos tètes craignons bientôt qu'elle ne penche.
Retenons bien le sens de ces sinistres voix
De la presse et des clubs, si terrible autrefois,
Et pour enfin savoir au bon sens nous résoudre,
Quand l'éclair luit déjà, n'oublions pas la foudre.
CHANT CINQUIÈME
CHANT V
L'OPINION - LES VIEUX PARTIS
Grand était mon espoir, viennent bientôt trois ans
Notre pays alors semblait ja ses enfants
Du haut de sa splendeur adresser la promesse
D'un avenir sans fin de paix et de richesse ;
Tout déjà présageait un réveil libéral,
Puisqu'un ministre même en donnait le signal
Sans redouter le gouffre au pied du Capitole
Pour celui qui du peuple avait été l'idole.
Et cependant ce règne, où la prospérité
Frappe tous les regards, avait mal débuté.
A la loi du contrat se montrant infidèle,
Louis-Napoléon devenait un rebelle
36 LA REVOLUTION
Jusqu'au jour où par lui le peuple consulté
Couvrit le coup d'État de son autorité.
Et cependant encore il nous avait naguères
Suffisamment prouvé par d'imprudentes guerres
Que le pays blâma plus haut que ses élus,
Ce qu'offrent de dangers les pouvoirs absolus.
Et cependant enfin de trop justes critiques
Montrèrent que parfois les finances publiques,
Par trop de complaisance ou de légèreté,
Y prirent un cachet de prodigalité.
Mais à l'élan français quand il n'est pas d'obstacles,
Ce peuple, aidé de l'ordre, a le don des miracles.
Mais il faut l'ordre, car, gardien de tous les droits
Qui n'ont de caution que la force des lois,
Sans lui, le bon vouloir, l'activité, l'adresse
Sont vains, et sans travail il n'est plus de richesse.
Un point noir toutefois à l'extrême horizon
Apparaissait à ceux qu'éclaire la raison.
Par des pouvoirs rivaux tour à tour dirigée,
En quatre grands partis la France est partagée.
L'un d'entre eux, dont le culte antique était le Roi,
Garde encore en son coeur cet article de foi