La Révolution lyonnaise depuis le 4 septembre / par Louis Garel

La Révolution lyonnaise depuis le 4 septembre / par Louis Garel

-

Français
97 pages

Description

tous les libraires (Lyon). 1871. In-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1871
Nombre de lectures 21
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo
Signaler un problème

LA
REVOLUTION LYONNAISE
DEPUIS LE 4 SEPTEMBRE
PAR
Louis GAREL
Secrétaire du Comité de Salut public.
Prix : 50 centimes
LYON
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES
1871
LA
RÉVOLUTION LYONNAISE
DEPUIS LE 4 SEPTEMBRE
PAR
Louis GAREL
LYON
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES
1871
LYON, ASSOCIATION TYPOGRAPHIQUE
Regard, rue de la Barre, 12
AVANT-PROPOS
Les circonstances brusques et imprévues, pé-
ril général tous les jours grandissant et se locali-
sant, désastres, chômages, etc., sont pour une
grande part dans la révolution récente et ont
notablement causé ou influencé les faits qui se
sont passés depuis le 4 septembre. Mais à Lyon
surtout, ces faits ont eu un caractère particulier
qui est dû aux aptitudes propres de la cité et aux
tendances, différentes de toutes autres, de sa po-
pulation ; ces aptitudes et ces tendances, les
circonstances n'ont fait que leur donner lieu à se
manifester. Lyon, dans l'action commune, a agi
d'une façon en quelque sorte individuelle. Le Nord
et l'Ouest, les autres villes, les autres provinces
ont pu ne pas comprendre sa conduite, et être
surpris de ses protestations, de ses refus, de ses
débats sans cesse renaissants; son attitude a dû
paraître bizarre, et beaucoup l'ont déjà condamnée
sans se rendre compte des causes ni des résultats
qui fatalement en surviendront.
Aussi est-ce une étude curieuse, utile, nécessai-
re, que celle de l'histoire lyonnaise depuis que le
triomphe prussien nous a débarrassée de l'empire
et livrés à nous-mêmes. Mais, pour qu'elle soit
complète et concluante, il faut absolument qu'elle
remonte aux faits antérieurs, qui montreront Lyon
tel qu'il est, ayant agi hier comme il agit aujour-
d'hui, comme il agira demain.
L'histoire lyonnaise n'a jamais été racontée que
par des jacobins ou des légitimistes, les uns comme
les autres faussant son esprit pour leur plus grande
gloire. Les premiers ne lui pardonneront jamais
sa révolte de 1793, son insoumission continuelle au
gouvernement unitaire et indivisible ; et son
initiative d'où résulte qu'il est toujours le premier
à se montrer et à se décider en toute révolution,
n'est pour eux qu'indiscipline et intelligence dé-
sordonnée que condamne à jamais leur jalousie.
Les seconds, les ultras-blancs, légitimistes et
cléricaux, ne cessent de prétendre qu'ils sont la
source, la cause de ses mouvements. De cette cité
ils ont fait leur foyer, et se servent comme d'un
levier de son esprit de rébellion qui n'est autre que
l'instinct du fédéralisme.
Fédéralisme! mot terrible, paraît-il! Ce mot
ne le sera jamais autant que le fait de l'unitarisme
qui nous a menés où nous sommes.
Paris, voltairien, futile, badaud, flâneur et ga-
min, gouaille ou foudroie les villes de province qui
réclament leur vie propre, la vie qu'elles possèdent
réellement. Factice qu'il est, Paris cherche à
absorber toute la force de la nation dans ses veines
exsangues ; bavard, il rit de nos convictions ; oisif,
il veut gouverner pour se distraire. Il luttait
jadis, par caprice, par lubie, contre ses rois qu'il
— 5 —
nous imposait, tandis que Lyon luttait contre ses
archevêques et ses comtes, asseyait sa forte bour-
goisie, et ne se ralliait à la France qu'en garan-
tissant l'indépendance de sa commune 'et le pou-
voir de sa municipalité.
Devant les Prussiens de 92 et les menées à
l'intérieur, il fallait sans doute l'unité organisant
la victoire, la concentration des forces nationales
et l'obéissance militaire à l'Assemblée. Lyon dit :
« Soit ! voilà mes hommes et mon argent, mais
vous ne toucherez pas à mon droit communal et je
ne veux pas de votre Robespierre qui causera
Napoléon ». Lyon fut vaincu. Cet esprit fédératif,
conséquence de tout son passé, se manifestait
par la voix de ses bourgeois que menaient les
royalistes. Mais voici que Lyon s'organise pendant
trente-sept ans d'indifférence politique, devient
un grand foyer industriel et commercial, une ville
de travail, riche de l'incomparable pays qui l'en-
toure, pauvre des détresses qu'occasionne pour la
classe des producteurs l'unitarisme gouvernemen-
tal, et voici que ce sentiment, doublé de l'instinct
social, renaît et éclate dans le coeur du peuple
même.
Avec l'aide, il est vrai, des sociétés secrètes dont
le centre est à Paris, mais qui ne s'occupent que
de politique, Lyon, ne s'insurgeant que pour des
causes positives, sociales, salaires ou revendica-
tion de droit, se lève en 1831 vis-à-vis de la royauté
triomphante dont elle a peu de souci, et sa grande
bataille de 1834 est la première affirmation de la
révolte socialiste. Les combattants s'appelaient
— 6 —
mutuellistes. Aujourd'hui ce nom n'a plus parmi
nous le même sens, sa signification est devenue
plus large, plus philosophique, plus scientifique;
mais le progrès de l'économie sociale, les conquê-
tes de l'expérience qui nous amènent à passer
outre sur certains raisonnements, ne nous font
pas renier le glorieux nom que nos pères ont con-
sacré de leur sang.
Lyon fut battu en avril 1834, comme Paris le
sera en juin 1848, et cela devait être. La classe
ouvrière de Paris doit savoir qu'un coup de force
par ses barricades, pas plus qu'un coup d'Etat par
son chargé d'affaires, ne profitent à sa cause et que
tenter de la faire triompher par le Gouvernement,
par l'État, c'est avouer son ignorance et son inca-
pacité. Lyon rentra de nouveau dans le silence.
Les doctrines qui s'émirent et se fondèrent en
écoles sous le règne de Louis-Philippe, eurent peu
de prise sur ses travailleurs. Le Saint-Simonisme
trouvait de rares adhérents dans la haute classe
commerciale et banquière, battu en brèche par le
catholicisme qui n'admettait pas ses tendances
philosophiques et ne voulait profiter que des inté-
rêts financiers dont cette école ouvrait la voie. La
petite bourgeoisie, dont le caractère mystique se
prêtait à ses billevesées, donna de nombreux par-
tisans au fouriérisme, comme plus tard il en donna
au positivisme. Mais tous restaient fidèles à l'idée
de l'indépendance de la commune, dont au surplus
on ne leur disputait guère la gestion.
Il est temps de faire remarquer que Lyon, com-
me les autres villes et plus qu'elles, a, en outre du
fléau du paupérisme et de l'exploitation capitaliste,
celui de l'abrutissement par la religion. Pour Paris
l'influence religieuse ne se fait sentir que par son
intervention dans le Gouvernement et il s'en
débarasse facilement par une révolution politique.
Mais à Lyon cela est dans les moeurs, dans les
habitudes invétérées, et s'appuie d'ailleurs sur une
tendance particulière de l'esprit que la science ne
tardera pas à utiliser, mais qui alors se morfondait
dans une sujétion absur le à la cléricature qui, de
temps immémorial, ayant eu sa raison d'être mais
ne l'ayant plus, infecte notre ville.
L'ouvrier lyonnais le comprenait bien. Aussi,
dès février 1848, dont l'acte n'était pour beaucoup
que politique, le peuple donna-t-il à la révolution
son double caractère, conséquent avec ses senti-
ments socialistes et anti-religieux. Les Voraces
firent une guerre atroce aux prêtres et aux jésui-
tes, et l'annonce du siège de Rome détermina une
émeute. De pair alla l'idée sociale. Tandis que les
bourgeois que le système parlementaire avait
affermis dans leur égoïsme et leur cupidité, vo-
taient pour Cavaignac, le peuple, reconnaisant
d'instinct la vanité de la politique, vota pour
Raspail qui représentait la moralité, l'éducation,
le travail, en un mot le droit du travailleur à
vivre et à s'instruire. Napoléon, élu de la France,
ne trouva à la Croix-Rousse que des insultes.
Désarmé depuis juin 49, vaincu pour la troisième
fois, et après l'inutile effort du Complot de Lyon,
le peuple resta indifférant à toutes les machina-
tions des années suivantes. Quand Paris laissa faire
— 8 —
son coup d'État à ce Napoléon qui, dans l'esprit
des communistes parisiens demandant toute réfor-
me à l'État, devait être le représentant de la
révolution sociale, Lyon fut gravement puni. Il
dut subir la loi qu'on infligeait à Paris, mais dont
Paris, tendant à une régénération luxueuse et à
une omnipotence bohémienne, ne se plaignait
guère ou ne s'apercevait pas, j'entends la suppres-
, de la municipalité,
Que faire sous ce joug odieux? La cléricature
triomphait, et la bourgeoisie, s'appuyant sur elle
et ne gardant de son vieil esprit que l'amour des
aumônes et des processions, forte des conces-
sions financières et riche des tripotages de Bourse,
avait perdu le sens de l'indépendance de la .com-
mune. Eh bien ! soit, et tant mieux ! Nous allons
voir le peuple à l'oeuvre !
Certes, il serait ridicule d'exagérer le mouve-
ment moral, social et politique qui s'est produit à
Lyon sous l'Empire ; néanmoins l'histoire en
serait instructive et mériterait d'être faite. On a
pu lire les rapports de policiers récemment publiés
et concernant ces faits ; mais ces gens, imbus des
idées gouvernementales aux quelles ils obéissaient,
n'y ont pas compris le moindre mot. Il y a eu de
vains efforts, des erreurs, des tergiversations, des
découragements. Qu'importe? Une grande idée
travaillait ce peuple, ce peuple lent à agir, reflé-
chissant longuement, mal instruit d'ailleurs dès
l'enfance, manquant de brio et d'entrain, et, pour
les braillards et les exaltés, dépourvu d'enthou-
siasme et de décision, mais qui sait où il tend,
— 9 —
cherche sagement les moyens, et.agit à propos,
désormais convaincu, entêté et incorrigible.
Les associations ouvrières, essayées dès 1848,
avaient laissé clans les esprits un germe que la
réflexion devait féconder, et l'action sociale s'éla-
bora d'autant plus que l'action politique était
interdite et impossible. Quel que soit le Gouver-
nement, le travailleur a toujours devant lui le
capital qui l'exploite. La coopération s'offrit à lui
comme un moyen pratique, positif et légat. Cette
légalité était son défaut. Les ouvriers, novices
encore, cherchèrent un capital à eux pour lutter
contre le capital des autres, sans songer à résou-
dre la question par rien de révolutionnaire. Renon-
çant aux compagnonages qui ne sont plus de notre
époque et ne signifient plus rien, désabusés des
Sociétés de secours mutuels que le Gouvernement
favorisait et prenait en main, ils se formèrent en
Sociétés coopératives de production ou de con-
sommation, que la logique les amena à appuyer de
Sociétés de crédit, fondées sur les mêmes bases.
Ce devint un élan irrésistible. A franchement dire,
le socialisme n'avait guère à voir là-dedans. Se
déclarant chacun et solidairement patrons à la
place des patrons, ils entraient dans.une voie
incertaine le long de laquelle les aiguilleurs dé-
voyant le train ne devaient pas manquer. Les bour-
geois et le Gouvernement le comprirent bien, et
apportèrent, les uns leurs capitaux à tant d'inté-
rêt, l'autre sa haute protection et ses subventions
au besoin. Même ainsi épaulés, ces tristes-essais
furent infructueux, et les gens qui les épaulaient
— 10 —
le savaient d'avance, ne songeant qu'à convaincre
les ouvriers de leur incapacité, à dérouter leurs
tendances ou à se faire une popularité. Tout cela
donna à réfléchir. Rien de tel que les faits pour
ramener à l'idée révolutionnaire. On en vint à la
décision de concentrer ses efforts disséminés, et
on se rallia à l'Internationale que la politique
impériale ne tarda pas à englober et à mener.
De graves scissions eurent lieu. L'Internationale
s'organisa, de nation en nation, et, prenant bru-
talement le taureau par les cornes, se prononça
pour le collectivisme. (Dans le cours de cette his-
toire, nous la verrons à l'oeuvre, et nous aurons
lieu de juger longuement l'esprit qui l'inspire.)
Des membres des Sociétés, les uns, démocrates
républicains ou. impérialistes, persistèrent dans
le système des subventions de l'État, de la lutte
contre le capital par le capital, du crédit avec
intérêt et de la production avec bénéfices; les
autres, mutuellistes, imbus surtout des idées de
Proudhon, protestant contre toute ingérence de
l'État, opposant au capital le crédit mutuel, orga-
nisèrent des réunions, des cercles où les questions
sociales furent gravement agitées.
Cette idée de la suppression de l'État dans les
rapports sociaux était trop dans l'instinct lyonnais
pour qu'elle ne fût pas accueillie. Mais beaucoup
se rebiffaient contre les lenteurs de la rénovation
économique ainsi comprise, et s'entêtaient, avec
raison peut-être, dans une croyance à une révo-
lution pouvant changer brusquement la face des
choses.
— 11 —
Ce n'est point ici le lieu de discuter ces diverses
doctrines. Mais il résulte ce fait que tous sentaient
le besoin urgent d'une étude scientifique et pra-
tique du socialisme, établissant la société sur des
bases tout-à-fait neuves. En même temps, se fon-
daient les Sociétés d'enseignement libre et laïque.
Contre la religion qui l'avait tant asservie, la
population lyonnaise déploya un fanatisme pres-
que égal à celui qu'il combattait, et une haine
envenimée qui cherchait plus à détruire qu'à
créer, n'affirmant pas encore, et ne le pouvant,
une philosophie capable de remplacer le théisme.
Les journaux, assez favorables à cette lutte
anti-cléricale, ne donnaient pas à l'idée le déve-
loppement nécessaire. Pour ce qui est des journaux,
d'ailleurs, Lyon a toujours été mal partagé.
Organes de tel ou ter parti ou de bailleurs de
fonds, capitalistes et concessionnaires exploitant
avec prudence, ils ne prêtaient, sous l'Empire,
aucun appui moral aux tendances du peuple,
bâillonnant la pensée et assujetissant le mouve-
ment, à la consige et au mot d'ordre. Aussi les
socialistes et les révoltés du travail, réduits à
leur initiative entravée et à des réunions étroites
et suspectes, se lancèrent-ils dans la voie des
grèves, reconnaissant ce moyen mauvais mais en
usant comme de la seule arme qui restât à leur
disposition, et réservant à plus tard l'effectua-
tion d'un programme qui s'affirmait chaque jour
et qui comprenait : l'amoindrissement de l'État,
la fédération, et la suppression des monopoles
— 12 —
financiers et industriels, l'échange et la produc-
tion au prix de revient.
La République permettra au peuple d'émettre
au grand jour son opinion et sa volonté à ce sujet,
et nous les discuterons et soutiendrons à leur
heure.
De son coté, la question politique surgissait, de
plus en plus brûlante. L'Empire commençait à
se débattre contre le réveil de la conscience publi-
que. Lyon avait trop souffert des razzias de la
police, pour qu'à la revendication du droit ne
s'ajoutassent pour elle des rancunes inoubliables.
Ses premiers députés, Hénon et Jules Favre,
protestaient hautement au Corps législatif contre
a suppression de la Municipalité élue, échos en
cela de la classe moyenne que ruinait une Com-
mission municipale luxueuse, gaspilleuse et sans
remords. Mais bientôt cet effort ne suffit pkis, et
le peuple entrant en lice, voulut des réclamations
plus générales et plus énergiques, et au besoin
des actes.
Contre Hénon, reconnu incapable, on porta le.
tribun Bancel, appuyé par la franc-maçonnerie et
par le noyau semi-révolutionnaire qu'avaient
formé les diverses élections des Conseils général
et d'arrondissement. Son éloquence l'emporta vis-
à-vis du peuple qui hésitait, croyant bien trouver
en lui l'irréconciliable ennemi de l'Empire mais
non le représentant du socialisme. Beaucoup
songeaint à une candidature ouvrière, plusieurs
eurent le courage, devant la population enjôlée,
d'affirmer les principes nouveaux et de consulter
— 13 —
le vote par bulletin blanc. L'heure n'était certai-
nement pas encore venue pour le triomphe ou
même le succès d'estime des idées que préconisait
ce mode de vote, et Bancel fut élu. Mais Lyon,
faisant leur juste part aux passions politiques et à
la haine contre l'Empire et le coup d'État, mani-
festait en outre son véritable esprit et ses tendan-
ces particulières en nommant, en même temps
que Bancel, et contre Jules Favre, le socialiste et
anti-clérical Raspail, ennemi acharné de l'Église,
de l'État et de la loi, représentant ainsi la même
idée révolutionnaire que le bulletin blanc affichait,
moins quelques différences qui étaient le fait d'une
génération nouvelle.
On sait ce qui suivit ces dernières élections.
Continuellement en haleine, l'opinion publique
ne cessa d'affirmer sa révolte chaque jour plus
violente. Réunions publiques orageuses où l'on
tonnait contre le gouvernement et le clergé, grèves
où la question sociale se posait implacable, tel est
le bilan d'une année de troubles pendant laquelle
la réflexion et la discussion mûrirent et arrêtèrent
les convictions, et qui créa l'entente pour un effort
commun et invincible.
Au plébiscite, Lyon répondit non. Les absten-
tions, sagement motivées et fidèles à l'esprit vrai-
ment et largement révolutionnaire, furent nom-
breuses. Malgré le vote des campagnes dû surtout
à ce que, les assommant de politique, on s'est peu
donné la peine de leur faire comprendre les consé-
quences sociales de la République, l'Empire ago-
nisait. L'anxiété oppressait les coeurs. Quelle
— 14 —
devait être la fin de tout cela ? Quelle main ouvrira
la porte à l'ère nouvelle où devra triompher la
Révolution, balayant les vestiges du passé et déci-
dant des principes péniblement et lentement con-
quis par l'esprit moderne?
C'est alors que l'Empire songea à retremper sa
débilité dans un bain de sang. Une sorte de fatalité
terrible amenait à la France corrompue, affaiblie
et déchue, une seconde invasion. Dans le vent du
Nord on entendit brusquemont hurler ce chant
teutonique, sur le mode d'Ulhand et de Koerner :
« Hurrah! hurrah! vous êtes le Bas-Empire ! Place aux
barbares!
« Vous parlez et disputez de politique. Nous allons vous
montrer ce qu'est un empereur vrai, ami du Dieu désarmées,
et nous assumons la tâche malpropre de vous débarrasser de
votre empereur faux, allié des jésuites, contre qui Paris n'a-
su lancer bêtement que des vaudevillistes et des vidangeurs!
« Hurrah !
« vous parlez de philosophie. Nous sommes curieux de
savoir s'il vous reste tant soit peu de conviction et de disci-
pline morale.
« Hurrah!
« Vous parlez de socialisme. Nous vous montrerons com-
bien est peu terrible ce capital lâche, qui vons effraie, et ce
qu'on en fait !
« Hurrah? hurrah! vous êtes le Bas-Empire. Place aux
barbares! »
A Ce cri sauvage, que répondra la France?
Voyons à quelles croyances, à quels principes elle
fera appel pour combattre cette insulte et cette
calamité, et si, particulièrement, Lyon sera ce
qu'il doit être dans cette grande lutte, et s'il res-
tera fidèle à sa mission.
LA
RÉVOLUTION LYONNAISE
Depuis le 4 Septembre
I
Quand la guerre fut déclarée, Lyon fut loin de
manifester un grand enthousiasme. On sentait
trop que l'Empire jouait son va-tout et que son
succès, pas plus que sa défaite, n'amènerait rien
de bon à la France. Mais les démocrates sincères,
qui eussent préféré démolir l'Empire par eux-
mêmes, au lieu de laisser ce triomphe et toutes
ses conséquences aux Prussiens, et qui crièrent:
Vive la paix ! cri corrélatif de celui : Vive la
République! furent accusés de prussianisme et
malmenés. Toutes les intrigues financières ca-
chées sous la politique impériale et tous les
intérêts compromis choisirent dès lors ce rôle et
cette accusation, dont se serviront plus tard les
nouveaux gouvernementaux, toujours fourbes et
adroits.
La guerre tourna mal. Défaites sur défaites, et
anxiété chaque jour plus profonde. Voyant, à dé-
couvert l'infâme trahison, le peuple s'émut. Des
désordres eurent lieu. On insulta les officiers qui
ne partaient pas au combat, fidèles à l'absinthe de
— 16 —
la garnison et au mandat de contenir le peuple ;
on cassa les vitres des jésuites, alliés des traîtres,
et on assiégea la Préfecture, réclamant des armes.
L'autorité organisa alors les Gourdins réunis, et
voilà MM. les conservateurs, amis de l'ordre, ins-
crits à la police et armés d'un bâton d'agent, les
impérialistes devant fatalement finir comme leur,
empereur avait commencé.
Cependant, le peuple se préparait, et la classe
moyenne elle-même, chassant ses ridicules répu-
gnances et ses craintes fantastiques, en arrivait
lentement à comprendre l'urgence de l'avénement
de la République, qui seule pouvait nous sauver.
Il ne s'agissait plus pour les républicains que de
coordonner leurs forces.
Sans attendre cette entente commune, le 13
août, sur la place de la Croix-Rousse, un homme
dévoué et loyal, un brave citoyen qu'exaltaient
les malheurs de la patrie, Joseph Lentillon, fit
appel aux ouvriers, aux hommes, aux femmes,
aux mères. Bon et simple de coeur, ne pouvant
croire au mal, peu politique, optimiste et voyant
tout à travers le prisme d'une imagination géné-
reuse, il avait formé le projet de réunir en colonnes
la population du faubourg et d'aller à leur tête
présenter au préfet ses justes réclamations et
demander pour le salut de la France le gouver-
nement républicain.
Empoigné, disputé à la police, dont l'un des
agents fut tué, il fut incarcéré à la prison Saint-
Joseph et livré, avec plusieurs autres, au conseil
de guerre.
— 17 —
Cette tentative avortée (elle était trop isolée et
l'heure n'était pas venue) fut cause qu'avorta de
même, sans commencement d'acte, celle qui se
préparait pour le 16 août et pour laquelle se con-
certaient les sections de l'Internationale, il s'agis-
sait d'arrêter en route les mobiles lyonnais, qui
devaient monter ce jour-là au camp de Sathonay,
de leur faire rebrousser chemin et agir avec eux
sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Le coup de main
eût d'ailleurs probablement échoué. Effrayée de
celui de la Croix-Rousse et de ses résultats, la
population était en outre distraite par le départ
de ces jeunes soldats qui promettaient un grand
appui à la patrie en danger et ne manifestaient
aucun sentiment de révolte.
La situation n'en était pas moins de plus en plus
tendue. Les nouvelles arrivaient, mauvaises,
désastreuses. Le 20 août, M. Bérenger, avocat
général, se rendit à une réunion de démocrates
influents au café Casati. Là se trouvaient les chefs
de la franc-maçonnerie, Ducarre, Leroyer, etc.,
et des notables du commerce lyonnais, s'occupant
fort des affaires publiques, la plupart meneurs ■
parlementaires des élections et grands revendi-
cateurs de la municipalité élue, bien entendu au
profit de la bourgeoisie. M. Bérenger ouvrit à
leurs yeux éblouis cette perspective qu'un matin
ou l'autre la Préfecture pourrait bien se trouver
dégarnie, abandonnée; qu'on ne pouvait en ce
cas laisser le pouvoir à la commission municipale,
mal vue de la ville, mais qu'on espérait en haut
lieu qu'eux hommes d'ordre et démocrates hon-
— 18 —
nêtes, se chargeraient volontiers de maintenir
l'ordre. On parlementa; on imposa hautement
cette condition : que la République s'ensuivrait.
— « Vous êtes bien cruels, Messieurs ! Vous rou-
lez donc au lion vaincu donner le coup de pied de
l'âne! De grâce !...» — Certes, rien ne fut décidé,
mais il est impossible de ne pas croire qu'il y eût,
par le fait de quelques-uns du moins, une entente
tacite.
D'un autre côté, un groupe de républicains
convaincus, Barodet, Ganguet et autres, combi-
naient un plan de bataille indépendant de toute
autorité constituée, mais basé néanmoins sur la
légalité. Le Corps législatif, avait depuis long-
temps voté que Lyon élirait librement son conseil
municipal, et le droit était acquis, sinon la chose
faite. Ce groupe pensa donc que le mieux à faire
était de dresser une liste des citoyens suscep-
tibles d'une candidature, de la faire adopter par
le peuple du haut du balcon de l'Hôtel-de-Ville
et quand l'heure serait venue, et de constituer
ainsi à Lyon le pouvoir républicain.
Sans s'arrêter à tant de combinaisons et sans y
mettre tant de formes, le peuple se tenait prêt et
choisissait dans son sein et par sections ses man-
dataires pour le cas fortuit. Il sentait, en lui,
gronder l'orage, et faisait appel à toute sa force et
à tout son calme pour agir et bien agir.
Dans la nuit du 4 fut apposée l'affiché annonçant
la dernière honte, celle de Sedan.
— 19 —
II
Le 4 Septembre.
Lyon se trouvait dans des conditions tout-à-fait
spéciales. Hors le préfet, représentant le gouver-
nement central et ayant tous pouvoirs, il n'y avait
à l'Hôtel-de -Ville aucune administration régu-
lière avec qui l'on eût à compter. Marseille et
Saint-Etienne se heurtant à des conseils municipaux
élus depuis peu et qui se chargèrent des affaires,
ne purent effectuer une révolution aussi radicale,
ce qui leur créera des discordes plus tard. Ici,
rien, que le mandataire de ce pouvoir qui tombait.
De là, pleine puissance indiscutable aux révolu-
tionnaires qui s'emparaient de la position.
A huit heures, le peuple, que la dernière dépê-
che avait déterminé, et pour qui sonnait l'heure
décisive, entra dans l'Hôtel-de-Ville. Ou plutôt
il y rentra, comme rentre dans ses foyers, souillés
par la rapine, le maître, après vingt ans d'exil.
Quelques sergents de ville et policiers firent
mine de se défendre, mais cela dura peu. Timon,
ancien conseiller d'arrondissement, se présenta,
brandissant un drapeau rouge ; un jeune homme,
dont nous ignorons le nom, le lui prit des mains
et, la foule forçant les portes, le hissa sur le dôme,
abattant, et remplaçant le drapeau tricolore qui, à
Sedan , s'était abattu pour faire place au drapeau
blanc de la trahison.
Durand, médecin, Hénon, ex-député, et plu-
— 20 —
sieurs autres allaient à la recherche du préfet,
enfoui dans ses appartements. A une fenêtre du
rez-de-chaussée; Ch. Beauvoir, Soubrat, Chaverot,
acclamaient la République, et, appelant les
citoyens à signer, rédigeaient l'affiche suivante,
pour laquelle on fit gémir les presses du journal le
Salut public, brusquement mis en réquisition
à cet effet, et qui fut apposée avant dix heures du
matin :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
COMMUNE DE LYON
Les malheurs de la patrie nous dictent notre devoir. Nous
décrétons l'armement immédiat de la nation, la déchéance de
l'Empire, et la proclamation de la République.
Le Comité provisoire de salut public :
CH. BEAUVOIR, CORDELET, L. CHAVEROT, MOUSSY,
EM. VALLOT, REYNIER, .GROS, GRIFFE, TARRE,
SOUBRAT, BONNET, FOURNIER, LOMBAIL.
Pendant ce temps, le préfet Sencier apparaissait
au balcon, amené par Durand, qui le poussait
énergiquement, par Hénon, doué de peu d'éner-
gie et hésitant pour l'action, par Barodet et autres.
Il faisait à la foule, amassée sur la place des Ter-
reaux , de vaines promesses ; et Durand, le laissant
de côté, proclamait la République, aux applaudis-
sements de tous, qui depuis longtemps le deman-
daient (1).
(1) L'ex-préfet fut, quelques instants après, conduit
à la mairie de la Croix-Rousse, d'où il ne sortit que le
— 21 —
Les hommes à qui M. Bérenger avait confié une
grave mission ne se présentaient pas. Sans doute
ils ne pouvaient préjuger d'un aussi épouvantable
désastre que celui de Sedan, et ils se voyaient dis-
tancés. Les hommes d'action, risquant leur vie, et
les délégués des sections populaires étaient là,
imprévus pour beaucoup, et cependant prêts
depuis longtemps. Eux, on ne les verra revenir .
qu'après les élections au conseil municipal. Tout
au plus aperçut-on un instant le citoyen Ducarre,
qui se hâta de s'enfuir par une porte de derrière
quand apparurent les soldats armés et commandés
pour la résistance.
La résistance militaire ne fut pas de longue
durée. Les soldats étaient bien disposés, et les
chefs qu'excuse d'ailleurs la consigne, déployaient
seuls le zèle des grands jours de l'Empire, affir-
mant une rébellion qui ne sera vaincue qu'au
bout d'un mois.
Un escadron de hussards, sabre en main, s'était
brusquement aligné devant la façade de l'Hôtel-
de-Ville ; mais le peuple l'entoura, le pressa aux
cris de : Vive la République ! serrant la main des
soldats, désarmant les chefs, et, après une longue
hésitation, ils partaient sabre au fourreau. Une
compagnie d'infanterie, arrivant, leva la crosse et
fraternisa. Pauvres soldats, que votre César avait
8 septembre peur être interné à la prison de Saint-Joseph.
Sa famille et Bombonnel avaient fait maintes demandes au
comité pour sa libération, en assurant qu'il s'engagerait et
combattrait pour la France jusqu'à la mort. Qu'a-t-il fait
depuis que le nouveau préfet et la justice l'ont relâché?
— 22 —
abrutis et glorifiés, et trahissait! Vous aviez d'au-
tres ennemis à combattre, et la France, retrouvant
ses fils, vous pardonne les maux que vous lui avez
faits !
Cependant les citoyens maîtres, de l'Hôtel-de-
Ville organisaient un comité de salut public, et
du balcon, par l'organe de Ganguet, présentaient la
liste de ses membres à l'acclamation populaire,
qui l'acceptait.
Tout allait bien, quand une irruption subite de
lanciers essaya de déblayer la place. Mais il firent
bientôt comme les hussards. Le peuple était maî-
tre. A la même heure, quelques hommes, munis
d'armes trouvées à la Préfecture, forçaient les
portes de Saint-Joseph et délivraient Lentillon,
condamné, la veille, à un an de prison seulement,
par un conseil de guerre qui sentait péricliter la
cause de l'Empire, et Andrieux et Chanet, incar-
cérés depuis peu pour injures à l'État dans les
réunions publiques (1). La Préfecture de police
avait été prise dès le matin, et des hommes éner-
giques assuraient le salut de la République nou-
velle, en s'emparant des hommes à craindre et
comprimant tout essai de révolte des gens inté-
ressés à l'ancien état de choses.
Restait une grande difficulté. L'armée était
(1) Soubrat rencontra, dans la rue Impériale, le groupe
armé qui se dirigeait sur Saint-Joseph. — Où allez-vous ?
leur dit-il. — Délivrer notre ami Andrieux! — Mais le plus
pressé serait d'assurer l'Hôtel -de- Ville ; ensuite Andneux
se trouva naturellement libre. — Non, il n'y a que lui qui
puisse sauver la situation....
— 23 —
nombreuse à Lyon, plus nombreuse en proportion
que devant l'ennemi, et la population, la garde
nationale formée seulement en cadres, n'était pas
armée. Le sous-comité de la guerre, issu du
Comité de salut public, y songeait dès son entrée
en fonctions, mais perdait son temps à parlemen-
ter avec les commandant des forts, l'intendant et le
général, qui ne répondaient que par des refus à ce
pouvoir inconnu d'eux. Sans tant de formes, le
peuple, agissant révolutionnairement, avait mar-
ché , forçant les portes , envahissant les arsenaux
et les casemates, et il revenait, armé de fusils que
le gouvernement avait dit ne pas exister, et qui
dormaient tranquilles, tandis que les Prussiens
massacraient nos régiments trop rares.
Voici donc qu'avec l'appui de la garde nationale
armée, le Comité de salut public est organisé, que
le drapeau rouge flotte sur l'Hôtel-de-Ville, que
les affiches inscrivent sur les murs de la cité :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE et COMMUNE DE LYON ,
et que l'on apprend que Chambéry et Marseille
ont renié de même la dynastie et jeté leur
défi civique à l'ennemi ! Que manquait-il ? — Ah !
ces messieurs du Comité jouent un rude jeu,
disent les bourgeois; Paris ne s'est pas pro-
noncé..... — C'est vrai. Eh bien ! quoi ? fallait-il
attendre les ordres de Paris, et n'agir que d'après
lui et après lui ? Il se prononcera, que diable ! ou
nous verrons bien. Vive la République et vive la
Commune !
— 24 —
III
Le Comité de salut public.
Beaucoup ont répété à satiété que les membres
du Comité de salut public n'avaient aucun droit,
aucune légitimité à prendre en mains la gestion
des affaires. Cela est niais et ridicule ; il y avait
nécessité d'abord, et ils n'usurpaient le pouvoir
de personne puisqu'il n'y avait personne. En
outre , leur droit révolutionnaire consistait en ce
qu'ils étaient là et qu'ils encouraient une respon-
sabilité terrible. Mais si nous répondons à cette
objection plaisante, c'est surtout parce qu'il existe
une réponse meilleure encore que toutes autres
et qu'il est nécessaire que l'on connaisse.
Depuis deux semaines on s'occupait dans les sec-
tions de chaque quartier, par l'initiative d'un
comité central siégeant à la Croix-Rousse , de
la nomination de délégués chargés de remplir ce
rôle quand l'heure en viendrait. Ils ne s'imposaient
donc pas eux-mêmes, et avaient un titre. Il est
vrai que le travail de ces sections n'était pas
achevé, les événements. l'ayant brusquement
interrompu. Toutes les élections n'étaient pas
faites, et le programme n'était pas encore bien
défini. Mais telle fut la base sérieuse de la liste
qui s'élabora dans l'Hôtel-de-Ville. Plusieurs noms
furent ajoutés, au fur et à mesure que des hommes
se présentaient, bien connus de la démocratie et
ayant donné des preuves de leur dévoûment et de
leur valeur.
— 25 —
D'ailleurs, il est bon de jeter un rapide coup
d'oeil sur cette liste et de l'expliquer..
En tête était Chepié, acteur énergique de cette
première journée, tisseur et prud'homme, en qui
la classe ouvrière avait pleine confiance ; puis des
hommes connus et estimés comme initiateurs
pleins d'activité et de zèle pour les élections
ou les sociétés, et toujours sur la brèche, Soubrat,
Favier, Langlade, Grosbois, Ganguet, Barodet,
Maynard; — des conseillers consacrés par le suf-
frage universel, Chaverot, Michaud, Baudy, Ver-
rières, Castanier, Crestin et Despeignes ; — un
ancien député, Hénon; — des membres influents
de l'enseignement libre et laïque, Duguerry,
Chapitet, Rossigneux, Carlod ; — puis des nom-,
mes qui comptent dans l'histoire des révolutions
lyonnaises, comme dans celle des déportations et
des emprisonnements, Durand, Grinand, Beauvoir,
Perret, Vaille, Comte, Gandy, Bruyat, Borel et
autres ; — Lentillon et Andrieux, en prison à
l'heure de la révolution. — Les autres, plus
obscurs, ouvriers, comptables ou hommes de
lettres, avaient titre soit de leurs mandataires,
soit de leurs actes.
La liste était depuis longtemps faite et affichée,
quand se présentèrent, pour y être adjoints, des
membres de l'Internationale, se faisant forts de
l'importance de leur société, de son influence'
sur la classe des travailleurs et des persécutions
que leur avait fait subir l'Empire, pour figurer de
droit dans l'administration républicaine. Certes,
le comité n'avait contre l'Internationale nulle
2
— 26 —
antipathie, plusieurs de ses membres en étaient
même sociétaires. Mais on fit remarquer à ces
citoyens que leur adjonction, à ce titre, donnait à
l'Internationale un caractère de caste particulière,
et qu'ils se mettaient ainsi en dehors de l'univer-
salité et du droit commun. Ils répondirent qu'ils
ne siégeraient au comité que comme membres de
ce comité, mais qu'en dehors ils pourraient, grâce
à l'organisation de leurs forces, dans tous les
pays, rendre de grands services , et, pour couper
court, on accepta, ajoutés à la liste, les citoyens
Albert Richard, Palix, Placet, Taccussel, Doublet,
Charvet et Lombail (1).
Parmi les membres du comité ainsi composé,
il pouvait y avoir divergence sur certains points,
mais tous étaient d'accord sur les points essentiels
dont la situation actuelle réclamait l'urgence ,
l'organisation de la défense nationale par les
moyens dont pouvait disposer la Commune, sans
attendre les ordres d'un gouvernement central
non encore établi, et qui, ni plus ni moins, igno-
rant les ressources locales, aurait eu à les consul-
ter, et l'affirmation de la République, qui seule
devait et pouvait montrer la voie à suivre.
Le comité s'organisa de suite en bureaux et en
sous-comités, pour subvenir à tous les besoins.
d'une administration complète. Il se subdivisa en
Comité de la guerre, Comité des intérêts pub lics et
(1) Albert Richard fut presque aussitôt rayé. Mis en suspi-
cion par beaucoup, individualité étrange, idolâtrée ou haïe,
il pouvait jeter sur le groupe entier, vis-à-vis de la popula-
tion, une défaveur dangereuse en ce moment critique.
— 27 —
Comité de finances dont les actes devaient conver-
ger sous la direction d'un Comité central déci-
dant et approuvant, et qui se mirent de suite en
fonctions et en permanence, prenant les mesures
nécessaires, nommant de nouveaux maires à la
place des anciens révoqués, arrêtant les personnes
dangereuses, organisant une police provisoire,
distribuant des armes et s'emparant des gares et
des bureaux télégraphiques.
Le comité, craignant de se trouver isolé, envoya
de suite à toutes les villes des départements limi-
trophes et du Midi, des dépêches annonçant la
proclamation de la République à Lyon. De Paris,
ce ne fut que le soir, à la nuit tombée, qu'on reçut
des nouvelles. Le citoyen Andrieux proposa aussi-
tôt le télégramme suivant :
« La République a été proclamée ce matin à
neuf heures, à Lyon. Le comité révolutionnaire a
pris les mesures d'urgence et attend les ordres du
Gouvernement provisoire. »
Cette rédaction fut vivement combattue ; elle ne
répondait nullement à l'esprit du Comité qui, au
lieu de : « attend les ordres » écrivit : « attend les
communications du Gouvernement provisoire de
Paris. »
Savait-on ce qui se passait là-haut ? Le mot de
République n'était pas même prononcé ; les dépu-
tés seuls de Paris signaient. Et Lyon n'était-il pas
en droit, étant allé de l'avant; de ne pas s'annihiler
dans une obéissance passive à un pouvoir inconnu
qu'il pouvait influencer et, au besoin, méconnaî-
tre, s'il ne répondait pas à ses vues?
— 28 —
Le Comité de salut public ne rencontrait aucun
mauvais vouloir de la population, qui applaudis-
sait à ses affiches appelant à l'ordre public et à tous
les efforts possibles pour la défense, proclamant
amnistie pleine et entière pour les délits politi-
ques et pour les délits de grève , d'association et
de réunion, et n'usant de la force qu'on lui accor-
dait, et de son droit que l'on consacrait, que pour
des causes justes. Le peuple avait en lui pleine
confiance et renaissait, calme et fort, à la vie poli-
tique qu'on lui avait trop longtemps déniée.
Nous allons le suivre pas à pas dans la voie"
révolutionnaire où son esprit et les événements
l'engageaient, et juger un à un ses actes.
COMPOSITION DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC :
Chepié, Chaverot, Perret, présidents; Maynard, Valiier,
Despeignes, Garel, Garel, secrétaires; Grinand, Rossigneux, Carlod,
Durand, Roux, Broyat, Lentillon, Soubrat, membres du
Sous-Comité des finances; Ganguet, Favier, Andrieux,
Barodet, Velay, Bonnet, Beauvoir, Hénon, Marillier, Tissot,
Doublet, Borel, Fournier, membres du Sous-Comité de la
guerre , Baudy, Barthélemy Garnier, Maire, Jacques,
Guillerme, Grosbois, Michaud, Josserand, Didier, Léonard,
fournier, Verrière, Vérat, Garnier (Pierre), Placet, Chanoz,
membres du Sous-Comité des intérêts publics; Chapitet,
Charavey , archivistes; Langlade, Vincent Guillaume,
Gros, Duguerry, Vaille, Laurent, Cannet, Chol, Cler, Comte,
Slichaloux, Henry, Chanal, Castanier, Crestin, Bouvatier,
Gahdy, Ychalette, Bergeron, Vindry, Monfouilloux, Rafin,
Belon, Cottin, Chavant, Jeanin, Vollot, Fouillat, Varambon,
Charvet, Palix, Taccusel, Lombail.
Carie, Castanier, Crestin, Comte, Josserand, Hénon, maires
provisoires des six arrondissements; Baudy, secrétaire
général de la police.
— 29 -
§1er.
Le 5 septembre.
L'inquiétude régnait toujours dans la popu-
pulation au sujet de l'autorité militaire et de
ses intentions peu conciliatrices. Dès le 4,
le Comité avait donné l'ordre, plusieurs fois
répété, d'arrêter le général Espivent ; mais cette
arrestation rencontrait des difficultés faciles à
comprendre. Une dépêche de Paris, àsonadresse,
lui fut envoyée le soir , lui annonçant, ainsi qu'au
préfet que Gambetta croyait être encore en fonc-
tions, qu'un nouveau gouvernement s'était établi,
et qu'il eût à se mettre à ses ordres. Le Comité
pouvait penser que cela suffirait pour amener
entre lui et l'autorité militaire des rapports sans
troubles et une entente commune. Mais, le lende-
main , les troupes étaient consignées dans les
casernes ou dans les forts, et l'on pouvait en pré-
juger soit menace, soit déflance et non acceptation
de l'état de choses.
Des discordes avaient lieu au camp de Sathonay,
où les chefs ne voulaient nullement reconnaître
la République. Les délégués envoyés par le
Comité y étaient menacés d'arrestation, et l'état-
major, avisé de ces faits, ne promettait qu'à contre
coeur un concours efficace. Le mauvais vouloir
semblait évident. En outre, des délégations de
troupes de passage ou casernées, se présentaient,
se plaignant qu'on ne leur donnait pas leur solde
où qu'elles manquaient de vivres. Il fallait agir.
— ou —
Cependant, le général Espivent se décida à
entrer en communication avec le Comité de la
guerre. Mais il arriva un fait .bizarre. Fut-ce
mauvaise entente de ce Comité avec son délégué
Beauvoir ou avec le Comité central, ou désordre
excusable par le trouble et la surexcitation des
esprits en ce moment critique. Toujours est-il que
cette correspondance resta sans réponse, ou du
moins-que le général, par une lettre du soir, s'en
plaignit amèrement, prenant pour lui le beau rôle,
et semblant accuser un manque d'organisafion et
d'ordre dans l'administration nouvelle, fier et'
insolent d'ailleurs de son pouvoir hiérarchique et
ne demandant pas mieux que de mettre en doute
la bonne volonté des citoyens, qui certes n'en pou-
vaient mais.
De plus en plus inquiet de la situation grave
que lui faisait cette absence de rapports amicaux
nécessaires pour l'organisation de la défense et la
tranquilité de la ville, le Comité central avait fait
battre le rappel, et la garde nationale était assem-
blée sur la place des Terreaux, s'attendant à
quelque communication et non à l'exécution d'or-
dres énergiques, quand arriva cette dernière
lettre du général.
Le citoyen Beauvoir donna des explications peu
nettes; il avait jugé son initiative personnelle
suffisante pour tout mettre d'accord, recevant les
dépêches et y répondant personnellement, sans
aviser ses collègues (1). Que cela vînt du comité
(1) Du moins c'est ce que laissait croire le silence ou les
réponses ambiguës des membres du comité de la guerre,
ou de Beauvoir, en tout cas il en résultait pour le
Comité une situation fausse. Le général n'avait
envoyé que des officiers d'état-major donnant des .
réponses vagues, et refusait de paraître lui-
même, malgré des appels réitérés. Le Comité en-
voya auprès de lui trois délégués, Durand, Vallier
et Carlod, pour s'entendre de façon que le
conflit ne s'aggravât pas. Le général leur dit
qu'il ne méconnaissait nullement la République,
mais que le ■seul pouvoir auquel il eût à obéir
était celui du ministre de la guerre, et qu'il n'a-
vait encore reçu de h : aucun ordre de se mettre
à la disposition du comité; il n'était d'ailleurs
sous la dépendance que du gouvernement central.
Les délégués le jugèrent ni bien ni mal disposé,
et plutôt peu intelligent, imbu des idées étroites
de sa caste militaire, ne voulant rien risquer, ne
sachant ce qui arriverait, et préférant rester dans
le statu quo et l'indécision, pour lesquels l'auto-
risaient son grade et les lois de la hiérarchie mi-
litaire.
De ces lois, le Comité, plein de sentiments tout
contraires et jugeant autrement la situation, eût
volontiers fait fi. Averti dès. l'après-midi, de l'ar-
rivée, prochaine à Lyon d'un délégué du gouver-
nement de Paris et jaloux de son pouvoir local et
autonome, il eût fort désiré abattre par lui-même
dont néanmoins les procès-verbanx, publiés depuis, sont
complètement, contradictoires avec leurs assertions devant, le
comité central. A qui donc revient la faute? Est-ce sérieu-
sement au pauvre Beauvoir, tant de fois accusé, et sur qui
on laissait tomber une accusation de plus, inappréciable dans
te nombre ?
— 32 —
cette résistance. Mais la conduite du général ne
donnait pas suffisamment sujet à un acte de force.
En outre, l'attente impatiente de la garde natio-
nale assemblée sur la place exigeait une décision
prompte, et une sorte de dégoût de ces premiers
obstacles légaux et absurdes, une lassitude pro-
fonde des angoisses de la journée, l'y amenaient'
insensiblement. Il passa outre et se résigna à
attendre.
Il ne fallait pas néanmoins avoir fait venir la
garde nationale pour rien. On décida de lui pro-
poser la nomination par acclamation d'un colonel,
et le candidat choisi fut le citoyen Métra, homme
dévoué qui avait fait ses preuves en 1848, en qui
l'on pouvait avoir pleine confiance, et sympa-
thique à tous.
Le Comité se rendit sur le balcon de l'Hôtel-de-
Ville et donna à la garde nationale, acceptant par
acclamation le colonel Métra, communication des
dépêches reçues et de l'envoi à Lyon du citoyen,
Challamel-Lacour comme délégué du gouverne-
ment de Paris. (Nous reviendrons sur cette délé-
gation et sur ce qui se passa ce jour-là à ce sujet,
dans un chapitre spécial.)
Ces petits faits ont un semblant d'insignifiance -
et un côté ridicule. Mais c'est ainsi que les révo-
lutions commencent, les administrations nou-
velles se trouvant toujours en lutte contre les
représentants de l'ancien pouvoir. Leur impor-
tance, d'ailleurs, apparaîtra indiscutable, lorsque,
par la suite, on verra l'obstination de cette résis-
tance et ses conséquences funestes, la municipa-
— 33 —
lité devant céder momentanément une partie de
ses prérogatives, perdues depuis, à l'autorité pré-
fectorale pour que soit enfin soumise l'autorité
militaire, après que cette situation anxieuse eût
amené une émeute et une tentative de révolution.
§ 2
Les Sous-Comités.
Comme nous l'avons dit, le Comité de salut
public avait nommé, pour l'organisation de tous
les services et la satisfaction de tous les besoins
urgents, trois sous-comités : Guerre, Intérêts
publics et Finances. Nous allons jeter un rapide
coup d'oeil sur l'ensemble, pendant leur entière
durée, des actes des deux premiers, tout spéciaux
et, par le fait des circonstances, moins significatifs
et n'ayant qu'an caractère d'actualité. Nous pour-
rons ensuite plus à l'aise raconter et critiquer la
période révolutionnaire du Comité, dégagée de
ces fait s particuliers.
Quant aux actes du sous-comité des finances,
ils sont intimement liés à la vie même du comité
central, et leur histoire se confondra dans la
sienne.
1° Comité de la Guerre. — Le plus grand
souci et l'affaire urgente de l'administration nou-
velle étaient évidemment de remédier aux vices
d'organisation de la défense nationale. Son sous-
comité de la guerre déploya de suite la plus
— 34 —
grande énergie. Mais les citoyens qui en faisaient
partie n'étaient pas des hommes spéciaux, et il
leur était difficile de trouver à s'adjoindre des
militaires imbus des idées qui triomphaient enfin
et non soumis servilement aux habitudes et
consignes de l'armée. La résistance que le Comité
avait rencontrée, les deux premiers jours, de la
part de l'autorité militaire, et qu'il n'avait pu
vaincre, allait plutôt croissant que diminuant, et
lui créait des difficultés terribles, qui devaient
continuellement entraver sa marche.
Son premier soin fut la distribution régulière
des armes prises dans les forts, et l'interdiction
de leur sortie de la ville. Il s'en trouvait moins
que l'on ne pensait, surtout d'armes de récent
modèle, et, quoiqu'à toutes heures vinssent des
déclarations qu'il en existait à te! ou tel endroit,
les investigations les plus sévères n'amenèrent
que de minces résultats. Le Comité de la guerre
se rendit ainsi compte de la situation qui était
faite à l'armée nouvelle qu'il fallait créer, et du
mensonge patent des assertions du gouvernement
déchu concernant nos ressources militaires. Il
devenait de plus en plus certain que cette immense
trahison remontait à une date plus éloignée, et
que devant l'ennemi vainqueur nous restions les
mains vides.
Le Comité fit de suite appel à l'industrie privée.
Il s'agissait de transformer au plus tôt les vieux
fusils; mais on se heurta, soit à la mauvaise vo-
lonté des gens, soit à leur incapacité réelle. Les
usiniers se prétendirent dépourvus de l'outillage
— 35 —
nécessaire. Contre toutes mesures de rigueur, il
est probable qu'ils eussent résisté; néanmoins,
peut-être eût-on dû dès lors profiter du moment
pour user du pouvoir révolutionnaire que l'on
possédait et qui fit défaut plus tard.
Il est juste de dire, pour l'excuse du Comité de
la guerre, qu'en ce moment la situation ne se
présentait pas assez périlleuse aux yeux de tous
pour qu'on pût formuler des exigences extrêmes
et user des moyens les plus énergiques. Cepen-
dant, nous croyons que le Comité central n'eût pas
hésité, s'il avait été, régulièrement et d'une façon
pressante, averti de l'état des choses. Mais son
sous-comité était composé en majeure partie de -
démocrates d'un caractère particulier : autori-
taires, formalistes et orgueilleux, ils s'obstinaient
à rester maîtres chez eux, à garder leur pouvoir
intact en dehors de l'action générale, se refusant
presque à l'entente commune. Plus d'une fois, ils
se rebiffèrent contre le Comité central, qui leur
reprochait d'agir sans avis préalable et exigeait
pour leurs-décisions un vote d'ensemble. Ils
jouaient au militaire comme on y joua tant de-
puis, et n'avaient du soldat qu'une sorte de su-
perbe hiérarchique et de prétentions dédai-
gneuses.
Ils parlementaient avec le général Espivent,
espérant en venir à bout. Celui-ci ne secondait
aucun effort, entravait tout; et il fallut, le 12 sep-
tembre, que le préfet intervînt pour qu'il se
retirât et quittât ses fonctions. Son remplaçant,
le général Mazure, ne fit pas mieux : c'était
— 36 —
encore un de ces hommes de l'Empire dont le
gouvernement central ne sut pas ou ne voulut pas,
se débarrasser, et contre qui, grâces à Gambetta,.
les autorités communales et l'opinion publique
agirent vainement ou trop tard.
Ce défaut de caractère et d'organisation du
Comité de la guerre ne l'empêcha pas de rendre
de grands services et de pourvoir aux nécessités
urgentes, autant qu'il lui était possible, en ces
premiers jours d'une révolution subite et devant les
conflits qui continuaient entre lui et l'armée et
qui surgissaient déjà vis-à-vis de l'autorité pré-
fectorale. Il avait, au début, maîtrisé les chefs
des mobiles campés à Sathonay, aidé les corps de
francs-tireurs et organisé la garde nationale et
son état-major vraiment républicain. Une tâche
plus lourde lui incombait, et, s'il n'eut le temps
de la mener à bien, il planta du moins les pre-
miers jalons de la voie à suivre.
La concentration dans Paris de toutes les forces
de la nation, laissait ouverts aux Prussiens les
chemins de l'Est et du Midi. Le Comité n'avait
pas su conquérir assez de force et d'autorité pour
prendre la direction des troupes restantes dans
ces provinces, les envoyer au secours de Stras-
bourg et empêcher l'approche de l'ennemi. L'unité
politique réclamait tout par Paris et nous liait
les bras. Il vit donc qu'il n'y avait rien d'impro-
bable à ce que Lyon fût assiégé, et il prit aussitôt
des mesures pour organiser sa défense. On fit des
plans et on ouvrit des chantiers pour des fortifi-
cations, des terrassements et des redoutes. La
— 37 —
critique de ces plans et de la demi-exécution de
ces travaux appartient à la suite de cette histoire.
Le Comité n'en eut que l'initiative, et sa courte
durée l'empêcha d'en subir ou d'en prévenir.les
fâcheuses conséquences.
Il y avait en ce moment dans le peuple un assez
grand élan patriotique., que depuis diminuèrent de
nouvelles défaites et qu'énervèrent des tentatives
infructueuses et une défiance croissante. Mais
alors on pouvait, le mettant à profit, essayer des
mesures énergiques et mettre la nation en branle.
Le Comité crut l'augmenter et l'exalter jusqu'à
l'enthousiasme en usant des souvenirs de 93, des
mots ronflants : La Patrie en danger! et du
Canon d'alarme ! Il ouvrit des. bureaux d'enrô-
lement pour les volontaires. Cela marcha bien
durant quelques jours, mais petit à petit parut
mesquin et ridicule ; ça devint de l'enthousiasme
à faux. Les volontaires s'en allaient rouiller dans
quelques casernes, et le nombre des enrôlements
décrut lentement. Si on avait foi en la Commune
pour les actes de révolution administrative et
financière, politique et sociale, on s'en rapportait
encore, quant à l'organisation militaire, au gou-
vernement central qui temporisait, parlementait,
espérant en une cessation des hostilités et en une
intervention en faveur de la République contre un
ennemi qui avait dit ne déclarer la guerre qu'à
l'empereur. On semblait attendre.
D'ailleurs, on oubliait trop, en voulant imiter
cette grande époque, que le peuple de 93 était un
peuple neuf, vierge, ardent; qu'il n'avait point