La Satire du jour, par Ph. Desriaux

La Satire du jour, par Ph. Desriaux

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Français
14 pages

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impr. de L.-G. Michaud (Paris). 1815. In-8° , 15 p..
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Publié le 01 janvier 1815
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Langue Français
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LA SATIRE
DU JOUR.
PAR PH. DESRIAUX.
consumere fruges. (HORACE.)
1 1 -
ë-~,–
A PARIS,
CHEZ L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR DU ROI,
HUE DES BONS-ENFANTS , NO. 34.
M. DCCC. XV.
--------"
LA SATIRE
DU JOUR.
P OUR bien passer la vie on la fait courte et bonne ;
Et les productions que la terre nous donne,
Les végétaux, les fruits et tous les animaux
Qui nous viennent des airs, des forêts et des eaux,
Ne suffisent qu'à peine à l'appétit vorace
Qui distingue si bien notre nouvelle race,
Depuis que le fermier, la bonne et les laquais
De leurs anciens seigneurs occupent les palais,
Et que le muletier, ayant vendu sa rosse,
Se fait effrontément promener en carosse.
Voici vingt ans que dure un si beau carnaval,
Et nous ne voyons pas encor la fin du bal.
( 4)'
Admirable sujet d'une caricature !
Celui-ci par son maître est conduit en voiture,
Soit qu'il aille a sa fille acheter des grelots ,
Ou dans un atelier voir son père en sabots j
L'autre bouffi d'orgueil et pétri d'ignorance,
De son riche manteau tire son arrogance :
Plus stupide que ceux qu'on vit a Chantilly,
Après s'être enivrés d'un fameux vin d'Ailly,
En désordre courir à la bibliothèque (i),
Et rouler en cornets Aristote, Sénèque,
Platon, Virgile, Homère, et tant d'autres écrits
Dont pas un seul de vous ne connaissait le prix,
Pâtres, maçons, paveurs, insipide cohue
Qu'effrayait un ballon élancé dans la nue,
Et ce grand télégraphe, ouvrage industrieux,
Dont les bras alongés écrivent dans les Cieux.
Mais traçons le tableau de leurs belles orgies
Faites non en plein jour, mais le soir aux bougies,
(1) Ceux qui pillèrent le château du prince de Condé
furent trouvés dans sa bibliothèque mettant les livres en
cornets de papier.
(5)
Dans ces vastes salons où les lambris dorés
Par des lustres brillants la nuit sont éclairés.
Là tout frappe les yeux d'un luxe asiatique;
Car, avec les châteaux, la troupe fanatique
A voulu tout avoir, linge, glaces, rideaux,
Tables en acajou, porcelaine, cristaux,
Vases d'or et d'argent, sculptures, boiseries,
Tableaux, antiquités, longues tapisseries Î1
Et la coupe où buvait Turenne ou Catinat,
Est portée à présent aux lèvres d'un goujat.
Qu'ont-ils fait pour avoir cet amas de richesses ?
Ce qu'on a fait partout, des crimes, des bassesses.
L'on a coups de fusil chassa son créancier,
L'autre, la torche en main, brûla tout son quartier;
Celui-là conduisit son père a la potence ;
Et l'autre, pour jouir de sa fortune immense,
A dénoncé son maître, et dressé, sans pâlir,
L'échafaud où lui-même il aurait dû périr.
A prendre du bon temps chacun d'eux s'évertue;
Mais, pour nous en venger, la volupté les tue,
,De tout sexe, à tout âge, et les fait lestement
Par un sentier de fleurs courir au monument.
(6)
Dans un de ces châteaux où les tables dressées
A de fâcheux revers toujours sont exposées ,
Un jeune homme malade entendait de son lit
Des convives joyeux les clameurs et le bruit;
Et, par les médecins quoique mis à la diète,
Il s'habille , à son cou suspend une serviette,
Et, sa canne à la main, arrivé lentement,
Dévore un pâté chaud qui l'étouffé a l'instant,
Et le couche par terre : Ah ! je meurs de famine ;
Qu'on me mène expirer, dit-il, à la cuisine.
On l'enlève; et chacun se regarde et se tait,
Mange les yeux baissés, et boit quand il lui plaît.
Le plus hardi d'entre eux rompt enfin le silence
Par un docte sermon contre l'intempérance,
Et leur démontre à tous, sans cesser de manger,
De ce vice odieux l'effroyable danger;
De tous les autres maux prêchant qu'elle est la source r
Et que l'homme avec elle est perdu sans ressource :.
Quiconque se nourrit de mets trop succulents
Creuse, leur disait-il, sa tombe avec ses dents.
Eh ! n'est-il pas honteux de perdre ainsi la vie
Plongé dans la débauche et dans l'ivrognerie ?