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La vérité sur le concile : réclamations et protestations des évêques, discours de Mgr Darboy, M. l'abbé Doellinger, Mgr Deschamps, Mgr Dupanloup, testament spirituel de Montalembert / par M. Jean Wallon

De
250 pages
Sandoz et Fischbacher (Paris). 1872. Ultramontanisme. 1 vol. (XII-238 p.) ; in-18.
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La y~r~ sur le c~~c~.
Sandoz &Fischbacher
Paris 1872
Wallon J.
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des documents microfilmés
Original illisible
NF Z 43-120-10
Texte détérioré reliure défectueuse
N F Z 43-120-11 1
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des documents microfitmés
LA VÉRITÉ
t-Ut'.
LE CONCILE
RÉCLAMATMNS ET PMTESTA1TJNS DES EVËQUES.
D!SCOïmS DE M' DARBOY.
M. ).'A[!)!È DHJ.HX~;)' M"" DECirA.~frS. M' DtJPA.?;LOI.'r.
'FESTA~n~T SFÏHJTUEL DE MÛNTALEMBERT.
t'A):
M. Jj. WALLON
L. ~~fS
SANDOZ ET FtSCHHACHER, ËDtTEtJRS
.!3,m!K.nE~).'<RHTnUH))ES~A.[~TS-PH)U';S.H
t872 ·
T'tusdroits réserves.
LA VÉRITÉ SUR LE CONCILE
PAtUS. TYPOGnAMHE BE CH. MEYRUEtS
))OECUJ~s,13.72
LA VÉRITÉ
SUR
LE CONCILE
RÉCLAMATIONS ET PROTESTATIONS DES ËVËQUES.
DISCOURS DE M~ DARBOY.
M. L'ABBÉ HOF.LUN&ER. M°" DECHAMPS. t). DUPA~LOUL'.
TESTAMENT SPIRITUEL DE MÛNTALEMBERT.
t'AR il.
M. JnAN WALLON
PAtUS
SANDOZ ETF!8CHU.\CHER, ËDtTEURS
33, nUE DE SKtXF. HT nUR DES SAtXTS-t'ÈRES, 33
t872
Tous droits rcset'véa.
-M-
PRÉFACE
Licet resistere Pontifici
(BELLARM)N.)
Pour qui connait les matières ecclésiastiques et est en
état d'en juger sans parti pris, les actes du Concile du Va-
tican sont tellement entachés de nullité, qu'il doit paraître
superflu d'en signaler les vicee. Il n'y a qu'à laisser faire
le temps. Si les dogmes frelatés du 18 juillet 1870 s'impo-
sent à la croyance ou à l'insouciance publique, c'en est
fait de l'Eglise; elle' devient, comme toutes les sociétés hu-
maines, une œuvre d'intrigues et de partis, soumise à la
loi des majorités, et le prêtre n'est plus qu'un rusé fonc-
tionnaire feignant de croire, à la divinité de ses enseigne-
ments pour se donner du prestige.
Il faut, en effet, une audace ou une ignorance peu
communes pour venir nous dire, à nous, dont l'histoire
religieuse n'est qu'une longue protestation contre les
empiétements de la cour de Rome, que l'infaillibilité du
pape est un dogme. Et croire que la France, reniant son
passé, déchirant son histoire, y adhérera, est le fait d'un
aveuglement dont Dieu seul a le secret. Personne ne peut
H t'iU~'A~K.
prendre au sérieux de telles assertions, ni ceux qui les por-
tent, ni ceux qui les reçoivent. Déjà Mgr Dupanloup ajugé
a propos de se retirer de F Académie où sa parole n'avait
plus d'écho, et bientôt tous les ecclésiastiques, devenus
suspects, devront, à son exemple, s'éloigner de la société
qui n'aura plus pour eux qu'une dédaigneuse pitié. '< Me
jugez-vous assez fou pour croire ces fables dont vous ne
vouliez pas vous-mêmes? leur dira-t-on. ~deoKe me de-
lirare censes M< ~Πcredam?
Montesquieu nous a peint la décadence d'un culte d'où
la foi s'est retirée et que la politique s'efforce de maintenir.
« On voit, dit-il, un Cicéron qui, en particulier et parmi ses
amis, fait a chaque instant une confession d'incrédulité,
parler en public avec un zèle extraordinaire contre l'im-
piété de Verres. On voit un Claudius, qui avait insolem-
ment profané les mystères de la bonne Déesse, et dont
l'impiété avait été marquée par vingt arrêts du sénat, faire
lui-même à ce sénat qui l'avait foudroyé une harangue
remplie de zèle contre le mépris des pratiques anciennes et
de la religion. On voit un Salluste, le plus corrompu de
tous les citoyens, mettre à la tête de ses ouvrages une pré-
face digne de la gravité et de l'austérité de Caton. » Cha-
cun pourrait inscrire, sous ces portraits, des noms con-
temporains.
Indignés de ces hypocrisies officielles qui, en avilissant
toutes les âmes, conduisent aux irréparables désastres, les
peuples se révolteront; mais on les domptera, et, de lutte
en lutte, jetées'du fanatisme à l'impiété, les sociétés de
l'Occident iront rejoindre celles de l'Orient, sans même
que Dieu daigne les favoriser une heure de ce que j'appe-
lais en 1868 un «athéisme providentiel," pour les guérir
de' leurs superstitions et les ramener dans la bonne voie.
PRÉFACE. Itl
Quelle que soit leur valeur, les nouveaux dogmes sont
donc la fin de l'Eglise et la mort des nations. La politique
et la religion nous l'enseignent. ~tuec l'opinion de l'in-
/atMt&!7t7e et de la supériorité des papes sur les Conciles,
disait en 1662 i'évëque de Tournai, M. de Choiseul, aux
applaudissements du clergé assemblé, OK He pourrait plus
être Français ni M:e?He c/M'e<eM; et Portails, éclairé par
une longue expérience, répétait un siècle et demi plus
tard « Avec la doctrine ultramontaine on ne pourrait
être citoyen dans aucune partie du ?KOHde.
il faut donc à tout prix rejeter les dogmes impies du
'Vatican. Mais comment? L'Eglise a prononcé, dit-on
il n'y a qu'à se soumettre. x
C'est répondre à la question par la question. L'Eglise
a-t-elle prononcé (t)? Etait-ce vraiment l'Eglise qui par-
lait dans ce Synode sans liberté, sans lumière, qui ne
comptait peut-être pas un saint dans ses rangs? L'éloquente
protestation du 8 mai, qu'on lira plus loin, ne frappe-t-elle
pas de nullité tous les actes du Concile? Qu'importent les
adhésions postérieures qui, arrachées par la contrainte, ne
sont, ni unanimes comme on le prétend, ni absolues
comme on l'assure? Enfin se soumettre, ainsi que l'a fait
Mgr Darboy, en maintenant sa protestation de la veille,
n'est-ce pas annuler le dogme plutôt que le confirmer?
N'est-ce pas subir l'arbitraire pour rester en mesure de
défendre le droit? N'est-ce pas proclamer que, quoi qu'on
fasse, le Concile et le pape seront toujours supérieurs au
pape?
Le public, ignorant ou prévenu, n'est pas juge de ces
(1) La moitié de la chrétienté a refusé de se faire représenter
à Rome. Quelles que soient ses erreurs sur des points particu-
tV PRÉFACE.
questions les journaux, soldés ou pervertis, ne peuvent
qu'égarer l'opinion ou continuer leur oeuvre de décadence
en trompant le pays sur lui-même. Mais l'histoire (au
prix de quels sacrifices, hélas !) mettra ces vérités en lu-
mière et montrera que vouloir par la violence et la ruse,
comme l'ont fait les ultramontains, conduire l'oeuvre de
Dieu, c'est nier la Providence et propager l'impiété. Nul n'a
porté plus loin qu'eux le septicisme. En proclamant un
dogme inepte ils ont ébranlé tous les autres. On )e cache
aujourd'hui sous la pompe et l'abus des fausses dévotions,
mais on le découvrira plus tard; car s'il n'y a pas assez de
foi pour faire un schisme, comment y en aurait-il assez
pour faire un dogme?
Il est donc historiquement et mathématiquement impos-
sible que les nouvelles doctrines rencontrent jamais des
adhésions sérieuses et sincères. « Mais, dit-on, les causes
qui les ont produites ne vont-elles point les maintenir?
Si les évoques n'étaient pas libres hier, le seront-ils davan-
tage demain? »
C'est ici qu'intervient visiblement le doigt de Dieu.
En permettant, et pour longtemps peut-être, la chute
du pouvoir temporel, Dieu a changé la condition des catho-
liques, qui passent de la défensive à l'offensive. Ligués
pour soutenir le Saint-Siège, ils se ligueront mieux encore
pour le relever, et ne pouvant y prétendre qu'avec le con-
cours des gouvernements et de l'opinion, ils mettront à se
faire aimer le même zèle qu'ils mettaient autrefois à se
faire craindre. Ils redeviendront raisonnables et chrétiens.
« L'Eglise de France n'oubliera pas, écrivait le cardinal
liers (le doctrine ou de dogme, n'a-t-elle pas le droit d'être écou-
tée, quand il s'agit de la constitution de l'Eglisal r
PRÉFACE. V
de Bausset en 1819, alors que de Maistre, de Honaid et La-
mennais, aux gages de la Congrégation, faisaient entendre
leurs premiers et fanatiques accents, /<Me de France
n'oubliera pas que Mph~ (/?'a?tde gloire est d'être la seule
qui ait un esprit Kf(!'MKaJ; )' et vingt ans après, au mo-
ment où dom Gueranger rouvrait contre nos traditions,
nos littirgies. nos maximes, la campagne ultramontaine
qui nous a été si funeste, le comte Mole succédant:'). Mgr de
Quélcn, disait à l'Académie « C'est à son caractère 7:0-
tionalclue f.E~M'<? de France a dûsasupériorité sur toutes
les Eglises de la catholicité. »
Ce caractère qui faisait sa grandeur, sa force, et proté-
geait Rome elle-même contre la pression des aventuriers
qui l'assaillent de toutes parts, notre église l'a perdu parce
que tous les pouvoirs, monarchies, républiques, empires
qui se sont succédé depuis quarante ans, l'ont aban-
donnée dans sa lutte séculaire contre les jésuites elle le
ressaisira sans peine le jour où l'ultramontanisme, à son
tour, aura perdu la protection des gouvernements, qui,
dans leur criminel scepticisme, l'ont investi d'une puis-
sance facticé pour s'en faire un moyen de domination sur i~
le ctorgé, et par le clergé sur le peuple. Ce jour-là, qui
n'est sans doute pas 6!oigné, l'Eglise, délaissée, purifiée,
forcée pour vivre de reconquérir les sympathies publiques,
redeviendra nationale et libérale en répudiant toute soli-
darité avec le pouvoir occulte qui la mène, avec les misé-
t'ables qui depuis vingt ans dans la presse, la dominent et
la perdent.
Une pareille transformation ne se fera pas en un jour.
Il appartient aux laïques d'en hâter l'accomplissement.
Le dia-huitième siècle nous a montré les abus d'un épis-
copat de gentilshommes, trop souvent scandaleux et athées,
VI PRÉFACE.
qui n'hésitèrent pas, en t789, à sacrifier'Louis XVI et la
France à leurs rancunes politiques. Nous voyons aujour-
d'hui les dangers d'un épiscopat de roturiers, ambitieux,
fanatiques, trafiquant de l'Eglise et de la patrie contre des
dignités romaines. Lamennais a commencé ce mouve-
ment, Mgr Gousset l'a continué. « 11 s'est formé parmi
nous, écrivait le vénérable évoque de Chartres en 1854, une
faction ~ye~oM~Me qui, par de très-fausses vues,
marche à la perte de notre Hglise, et qui, après avoir
ébloui et trompé par ses artifices Rome et une partie de
la France, plongera son pays dans un désordre affreux
dont elle se repentira peut-être quand il n'en sera plus
temps. La très-grande pluralité des prêtres instruits et
sensés gardent un silence somb1'e et douloureux. Le dé-
couragement monte sur le siège des premiers pasteurs
eux-mêmes. L'origine de cette tempête et de ces divisions
est une cabale nombreuse, pleine d'âpreté et de violence,
qui s'est établie a Rome, et qui a un grand nombre d'as-
sociés résidant en France et en Italie. Et quel est le chef
de cette funeste coterie? C'estun prelat(Mgr Gousset) qui
a publié une théologie en quatre volumes, compilation
d'un bout à l'autre des écrivains qui ont traité de cette ma-
tière (1).
Si médiocre qu'elle fut, cette compilation toute remplie
des pitres doctrines p'OHMKKM, jointe à l'édition falsifiée
ou romanisée de Bergier, fit du paysan de la Haute-
Saône un évoque, bientôt archevêque de Reims, comte
romain, assistant au trône pontifical, puis cardinal.
(1) Portrait /:tMf de !E~M gallicane (1854); et C'aMp d'œt7
sur la constitution de la religion cat/M~Me et .<<- fêtât pré
sent de cette religion d'a)t< notre ~-(t)tce(t855).
PRÉFACE. VH
Aussitôt, les Pie, les Plantier, les Doney, les Bonne-
chose, marchèrent sur ses traces, que s'empressèrent de
suivre les Combalot, les Bonald, les Ségur, les dom Gué-
ranger, les Bouix, les Pillon, les Guérin, les Gaume, et
mille autres Comtes ou Monsignors jaloux, pour un ru-
ban, une mitre, un chapeau, de livrer le France à la cu-
rie romaine. Après eux vinrent les prêtres interdits ou
rebelles, trouvant à Rome, contre leurs évoques, une pro-
tection qu'on leur refusait à Paris puis les industriels,
banquiers, usuriers, marchands de messes, dont on toléra
le honteux trafic au profit de l'ultramontanisme; et enfin,
les laïques, journalistes ou zouaves, nobles ou vilains en
quête d'un titre, d'une place ou d'une dot pour eux ou les
leurs. Maintenant la secte, riche et puissante, est mai-
tresse de tous les diocèses, comme on l'a pu voir au Con-
cile, et le dernier des Pères Maristes, Rédcmptoristes ou
Jésuites, est plus redouté que Mgr Dupanloup. a Telle est,
écrivait en 1867 un évoque, la situation de notre Eglise de
France, telle est laprcMMTt exercée sur nouE-mêmes, dans
les plus hauts rangs de la hiérarchie, p6M' M~e coterie qui
ne ?'<?c!/7'?j6[?HCtM devant les Mïo~M honteux, que nous
nous trouvons réduits à nous défendre en nous cachant. »
Et dix ans auparavant Bordas-Demoulin avait dit «Le
despotisme règne dans l'Eglise, les laïques sont immolés
au clergé, les prêtres aux évêques, les évêques au pape,
ce qui les dégrade tous. » Cette situation s'aggrave tous
les jours; la France estmoinijiée.
Aujourd'hui les fidèles peuvent seuls tirer l'épiscopat de
sa captivité, rendre à l'Eglise son indépendance et, sa
force. Le feront-ils? Il faudrait pour cela qu'ils s'arrachas-
sent d'abord eux-mêmes aux affiliations ultramontaines
qui se sont emparées des principales carrières sociales, la
VIl[ PRÉFACE.
magistrature, l'administration, la marine, l'armée, et aux-
quelles ils doivent leur fortune ou leur crédit. Il faudrait en-
suite qu'aimant leur patrie, ils fussent en état de raison-
ner leur foi. Nous leur en offrons ici le moyen.
En réalité, c'est à nous, laïques, qu'il appartient de
mettre les nouveaux dogmes en circulation ou en interdit.
Juge et partie dans la question, le clergé, dont la voix n'est
pas libre, doit avoir la sagesse ou la 'pudeur de se taire.
Nous, au contraire, si nous voulons encore nous présenter
sans rougir dans la société des honnêtes gens, nous de-
vons rendre compte de notre foi. H ne suffit pas de dire
comme ce bon religieux voulant mourir en paix « J'en
écrit que deux et deux font quatre, je ~e~ace." Il faut
dire pourquoi. C'est le seul moyen que nous ayons main-
tenant de combattre efficacement l'athéisme et l'ultramon-
tanismo, qui sont les deux formes de l'incrédulité, comme
on l'a pu voir par l'exemple de Lamennais, comme on le
verrait mieux encore par celui de ses disciples, prêtres ou
journalistes, évêques et cardinaux, grands promoteurs de
niaises dévotions, d'autant plus fanatiques qu'ils sont plus
sceptiques, s'ils avaient le courage de nous ouvrir leur
âme. Qui ne le sait? Derrière ces apparitions, ces super-
stitions, ces miracles qui se multiplient d'une manière
effrayante autour de nous (1), il n'y a le plus souvent 1
qu'une impudente exploitation de la crédulité populaire.
« Si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal, » dit le
vulgaire, et l'on ne voit pas qu'en nourrissant les âmes
d'illusions, on les dégoûte de la vérité. « L'Eglise a-t-elle
donc besoin de ces mensonges, s'écriait avec raison le
(1) Moins qu'~t Rome; cependant, où l'on a vu. en 1795 et en
1867, une vérita.ble épidémie de miracles.
PRÉFACE, tï
Père Grah'y. Comment prendre au sérieux, par exemple,
l'aimable étourdi, devenu l'un des plus ardents promoteurs
(iu miracle de Lourdes, qui disait avec tant de bonne hu-
meur autrefois <' Moi, quand je me marierai, je veux la dot,
en argent et les parents en terre, » et qui semble, en effet,
avoir trouvé dans la grotte de Lourdes l'objet de ses re-
cherches.
Or, si l'hypocrisie se développe, si la superstition sepro-
page, si l'infaillibilité qu'on proclame sans y croire trouve
des complices ou des dupes, si l'erreur en un mot l'em-
porte sur la vérité, à qui la faute? Ne sont-ce pas nos
li'chetés qui la rendent possible? Soyons logiques Puis-
que l'homme a péché il est naturel qu'il fasse le mal, et 't
lorsque l'impiété triomphe nous ne devons nous en pren-
dre qu'à nous-mèmes c'est parce que nous avons man-
qué de vérité, de justice, de charité dans nos rapports
sociaux. L'amour est plus fort que la mort. Quand l'Eglise
se pénétrera de cette vérité qu'elle enseigne mais qu'elle
ne s'applique point, tournant contre elle-même la plupart
des reproches qu'elle adresse à la société moderne, elle se
réformera et elle réformera le monde. N'a-t-elle pas tenu
l'Europe pendant des siècles, la France depuis vingt ans?
Qu'en a-t-elle fait? Pourra-t-elle demain ce qu'elle n'a pas pu
hier? Non. Loin d'avouer ses torts, sous l'action de ses dé-
testables guides elle s'exagère son impeccabilité jusqu'au
délire, et dès lors tout lui devient incompréhensible, inex-
plicable. Elle ne voit que mystère autour d'elle pour ne se
point voir elle-même, et accuse le Démon, la Providence,
des fautes dont elle est seule responsable. N'est-ce pas la
plus vaniteuse ignorance qui fait dire à son organe habi-
tuel « Personne ne peut dissimuler que la France est au
pouvoir de la canaille. et l'on ne comprend plus le gou-
X fRËL'ACE.
vernement quû sous l'aspect d'un fouet qui fasse rentrer la
canaille! La ruine du monde est une tragédie repré-
sentée par de médiocres acteurs comiques. Nous sommes
en enfer et à la foire. Le sang coule, l'incendie éclate,
les bêtes sont lâchées des grotesques éperdus font tout
cela par conseil et sans le vouloir Cassandre et Jocrisse
mènent les destins du monde, prennent fièrement les
chemins de l'abimc. et sont étonnés de rencontrer par-
tout l'abime. La terreur hébétée écarquille les yeux parmi
des péripéties toujours prédites, toujours inattendues,
toujours aussi bouffonnes qu'épouvantables. Nous rebon-
dissons des désastres aux catastrophes sans pouvoir un
moment cesser de rire. L'amertume des mépris et des
dégoûts immenses s'ajouteaux affres de la mort. La société
se sent mourir et se sent ridicule. Elle n'est pas combattue,
elle n'est pas vaincue, elle est pincée comme un chenapan
vulgaire. Ce criminel ne peut comprendre- pourquoi il est
pris, comment il s'est laissé prendre, par quel mystère il
meurt du châtiment qu'on inflige aux polissons; et son
dernier souffle est pour siffler son agonie. L'histoire n'offre
pas d'exemple de cette résignation cynique. Toute la race
humaine s'abandonne à l'ongle des histrions! » Il ne
s'agit pas ici, bien entendu, des histrions de la Salette ou
du Saint-Siége qui tiennent en effet la France depuis vingt
ans et qui sont incapables de faire un retour d'humilité
sur eux-mêmes. Mais conçoit-on une âme assez vile et
vaine pour parler ainsi do nos désastres? Et que dire
de ces sentiments, de ce ton, de ces pensées qui font cha-
que jour la nourriture et l'amusement de soixante mille
prêtres? Un clergé soumis à de telles divagations est jugé.
Prêt à tout, capable de tout, il peut croire que le pape est
infaillible, taïcoun ou Dieu; il n'importe. Son autorité n'est
l'~Ë~'At;);. \f 1
plus: bientôt sa voix sera sans écho; les enfauts mmne
l'accueilleront en riant.
Voilà l'effroyable situation dans laquelle nous a jetés
l'ultramontanisme. Pour en sortir nous faisons appel aux
laïques intelligents et pieux. Nous voulons, en leur mon-
trant la nullité des actes du Vatican et l'impossibilité de
les faire jamais accepter parmi nous, leur prouver que ce
n'est pas en persévérant dans la voie des superstitions,
dans le culte des faux miracles, des faux dogmes, des sa-
crés-coours et des fétiches, que l'on parviendra à restaurer
la foi et les mœurs. Dieu lui-même, en éprouvant son
Eglise plus qu'il ne l'a jamais fait, montre assez combien
il reprouve l'oeuvre de mensonge qu'on a voulu lui faire
subir, et nul doute qu'après bien des châtiments et des
luttes, il ne remette tout en place. 7K~/aM?'a?'e omnia in
Christo; c'est la loi. Faisons donc librement ce qu'il nous
contraindra de faire malgré nous, si nous persistons dans
no.. coupables silences, dans nos lâches complaisances pour
lesultramontains qui nous ont conduits où nous sommes,
et qui sont en France, comme je l'ai déjà dit, des malfai-
teurs publics.
Les documents que nous offrons ici à la méditation des
catholiques, sont tirés des Documenta ad !~M.f<?'eM<!MM!
Concilium Fa:<!CCtHMM, anni 1870, publiés par l'abbé Frie-
drich, en 1871, à Nordlingue, en 2 volumes in-8. Leur
authenticité n'est ni contestée ni contestable. La traduc-
tion en. a été faite, puis revisée avec le plus grand soin par
deux ecclésiastiques de Paris. Le texte latin devait y être
joint. On a dù provisoirement y renoncer pour ne pas gros-
sir le volume. Par contre, on ne voulait publier que le
discours de Mgr Darboy et sa protestation du 16 juillet,
pour établir que sa soumission au décret du 18 n'implique
Xtt PRÉFACE.
nullement sa croyance au dogme et que les Vieux-Catholi-
ques, en sp tenant sur le terrain delà foi, dans les limites
qu'il leur a tracées, n'ont aucunement besoin de se jeter,
comme on l'a prétendu, dans le protestantisme, l'ortho-
doxic ou le schisme, étant bien résolus, au contraire, à
rester des catholiques de 1869, rien de plus, rien de moins.
Quelques personnes ont pensé que les réclamations des
évêques et les chapitres composant l'appendice avaient ici
leur place naturelle; on s'est décide à les donner, sou-
mettant le tout au jugement de l'Eglise universelle, seule
infaillible et seule gardienne du dépôt de la foi, parce
qu'elle a seule, l'histoire le fera voir, les promesses et la
parole de Jésus-Christ. « Humilie ton cœur, dit l'Ecclé-
siastique (II, 2, 3), et ne te hâte point au jour de l'obscur-
cissement. Supporte les délais de Dieu, sois uni au Sei-
gneur et attends, afin que ta vie croisse au dernier jour. »
Fête de sainte Claire, 12 août 1872
1
LA VÉRITÉ SUR LE CONCILE
SITUATION
DES ANCIENS CATHOLIQUES
Je pousserai, s'il le faut, mes plaintes jus-
qu'aux cieux.
(CARDtNAL DE LORRAINE.)
I.
Le silence des anciens catholiques n'est pas un
acquiescement de leur part aux nouvelles doctrines
du Vatican, mais le résultat de la situation péril-
leuse que l'ultramontanisme a faite à la France et
qui commande à tous la plus grande réserve.
D'une part, sous la. double menace de l'invasion
et de la révolution, ils ne peuvent, sans être accusés
de fomenter des troubles, entretenir la polémique
2 SITUATION
que soulèvent chaque jour les ultramon tains. Les
bons esprits en sentent le péril, l'opinion publique
y répugne, opposant aux provocations du fanatisme
un menaçant dédain.
D'autre part, il n'est pas moins impossible de
rétablir l'ordre dans les faits sans le rétablir au
préalable dans les idées, c'est-à-dire sans discuter
les questions religieuses, qui dominent toutes les
autres et qui, sous des noms divers, se retrouvent
au fond de tous nos dissentiments politiques.
L'ordre, en effet, n'est que le classement régulier
des principes ou des faits sociaux, parmi lesquels
la religion tient nécessairement le premier rang
et ceux qui nous conseillent de nous soumettre à
Rome sans mot dire, montrent par là qu'ils ne
connaissent pas mieux les besoins des consciences
que ceux de la société.
Nous sommes donc entre deux impossibilités
également inéluctables et mortelles, ne ponvant
pas plus rétablir l'ordre sans la vérité, que la vérité
sans l'ordre, et voués parconséquent à d'incessantes
alternatives de despotisme e et d'anarchie. C'est l'état
auquel, pour assurer leur empire et par la seule
force de leur merveilleuse organisation, les jésuites
ont réduit tous les peuples qui se sont livrés à eux,
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 3
dont l'Espagne, après la Pologne, l'Italie, l'Au-
triche, nous offre en ce moment l'affligeante image;
et qui. dans un langage prophétique, faisait dire à
l'infortuné Clément XIV, mort victime de son
héroïque'détermination, que nulle part, « tant que
ces religieux subsisteraient, l'Eglise ne jouirait
d'une paix certaine, ni l'Etat d'un repos durable. »
Ainsi, grâce à la situation menaçante et contra-
dictoire qui nous est faite, le patriotisme consiste
aujourd'hui, pour les laïques à se taire sur les
questions les plus urgentes et les plus graves et à
subir en silence les entraînements du fanatisme;
et chaque jour, en eS'et, des gens qui ne croient
à rien nous reprochent de ne pas croire à tout, et
des rebelles à toutes les lois nous veulent imposer
tous les dogmes. Pour les ecclésiastiques, le devoir
consiste à simuler une foi qu'ils n'ônt point en
professant des nouveautés qu'ils réprouvent, et par
suite, à compromettre non-seulement la religion,
source première de toute vérité, mais aussi leur
propre caractère en attirant sur leur tète le ridicule
ou la honte. On a même vu, dans l'espérance de
prolonger de quelques années leur inutile et coû-
teuse existence, les Facultés de théologie courir au-
devant des humiliations et trahir leur mandat.
4 SITUATION
Toutes les forces conservatrices sont ainsi dé-
tournées de leur véritable but, et jamais il n'a été
aussi vrai de dire que la société conspire contre
elle-même.
Protéger l'ordre, aujourd'hui, c'est protéger
ceux qui, absolus dans leurs doctrines parce qu'ils
sont impersonnels dans leurs actes, en ont été les
plus constants adversaires; qui ont déchiré toutes
nos traditions, terni toutes nos gloire, renié toutes
nos réformes; combattu la Restauration, renversé la
monarchie de Juillet, miné l'Empire; empêché tout
gouvernement régulier de s'établir en France depuis
soixante ans, et, tantôt sous le drapeau de l'ordre,
tantôt sous celui de la liberté, répandu dans-les
hautes classes l'esprit le plus révolutionnaire qui
se soit jamais vu. Car, quel autre nom donner à
la folie furieuse .avec laquelle les gentilshommes
et les bourgeois d'à présent prennent à tâche de
déshonorer leurs pères en déversant l'injure et le
mépris sur les idées libérales qui nous réunissaient
tous il y a quelques années, et sur la nuit si sainte-
ment enthousiaste du 4 août (1)!
(1) En 1845, M. Dupanloup écrivait au nom des catholiques
tibérauxqui formaient alors l'immense majorité du clergé
« Les institutions libres, )a liberté de conscience, la liberté pû-
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 5
L'ordre dont ils nous menacent est donc plus
effrayant que ledésordre; de là vientque l'Assemblée,
image de la nation, est impuissante comme elle.
La société cependant, ne saurait périr, et périr
sans combat.
Dans le désordre général il est facile de voir que
ceux qui se rangent sous le drapeau hypocrite de
la liberté du Bien provoqueront tôt ou tard une
nouvélle explosion du jacobinisme ou de l'absolu-
tisme social, et qu'entre ces deux fanatismes, qui,
déjà, se groupent et s'organisent, la religion, qui
est vérité-charité, courra les plus grands dangers.
Il n'y a donc rien de plus urgent ni de plus pa-
litique, la liberté civile, la liberté individuelle, la liberté des
familles, la liberté de l'éducation, la liberté des opinions, l'é-
galité devant la loi, l'égale répartition des impôts et des char-
ges publiques, tout cela, nous le prenons au sérieux; nous t'ac-
ceptons franchement, nous l'invoquons au grand jour des
discussions publiques. Nous acceptons, nous invoquons les prin-
cipes et les libertés proclamées en 1789. » Aujourd'hui, ces mê-
mes principes, condamnés par le Syllabus, sont chaque jour
reniés, bafoués par une presse qui a l'impudence de se dire con-
servatrice pour mieux tromper les âmes simples auxquelles elle
s'adresse, et, de plus, quarante-sept députés, en se déclarant in-
faiHibi)istes, ont adhéré a la bul'e C~s??t &'SMCtaxt portant
que « Le pape a deux glaives, l'un spirituel, l'autre temporel.
et toute créature, de quelque rang ou condition qu'elle soit, lui
doit une soumission absolue.
6 SITUATION
triotique à tenter, selon nous, que la constitution
d'un parti chrétien-catholique, relevant, en dehors
de toute intervention de l'Etat, notre vieille Eglise
de France si honteusement sacrifiée aux meneurs
du Vatican, et s'efforçant, au milieu de la défail-
lance universelle des opinions, des volontés, des
croyances, de restaurer la foi dans les âmes, la
raison dans les esprits, la charité dans les cœurs,
c'est-à-dire la concorde dans la société et la sécu-
rité dans la famille, ce que la réaction ou la révo-
lution, fussent-elles triomphantes, ne pourront
jamais accomplir au sein d'un pays raisonnable et
chrétien comme le nôtre.
C'est pourquoi nous pensons que les vieux
catholiques, tout en évitant les discussions irritantes
ou stériles, doivent se tenir prêts à confesser leur
foi et a recueillir les âmes qui, dans la lutte et de
quelque côté qu'elles viennent, éprouveront le be-
soin de retrouver le. Dieu raisonnable, juste et bon
de leurs pères, et de remplacer l'implacable bour-
reau des consciences qu'on leur prêche par le doux
cruciSé des chrétiens.
Pour être prêts nous avons voulu ouvrir une
chapelle. Ouvrir une chapelle Il en existe à
Vienne, à Munich, à Cologne, à Rome même.. En
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 7
France, c'est une affaire d'Etat. Qui voudrait nous
assister dans cette œuvre! qui oserait braver les
menaces des ultramontains!
Nous nous adressâmes au Conseil municipal,
qui nous renvoya au préfet, qui nous renvoya au
directeur de l'assistance publique, qui nous renvoya
au Conseil des hospices, qui nous renvoya aux
bureaux, c'est-à-dire à cette force anonyme, irres-
ponsable, jalouse et tracassière, qui peut tout et
ne fait rien, dont le suprême e&'ort est d'arrêter
toute initiative en étouffant toutes les affaires,
persuadée que les citoyens sont des mineurs, des
maniaques ou des fous qu'il faut, pour son repos
et pour leur bien, empêcher d'agir. Sous le prétexte
que le local que nous demandions était à vendre,
on refusa de nous le louer, même au mois En
réalité, la liberté de la prière n'existant point en
France, pas plus sous la République que sous la
Monarchie ou l'Empire, l'administration municipale
ne voulut point nous donner un local dont elle
jugeait qu'on nous interdirait l'usage. Ainsi s'exerce
la liberté de conscience si solennellement inscrite
depuis 89 en tête de nos constitutions. Et, chose
plus singulière encore notre culte, le culte dont
nous demandions l'exercice, était hier celui de
8 SITUATION
tous les Français, le seul que la loi connaisse et re-
connaisse et qui, sans son aveu, s'est trouvé su-
brepticement transformé (1)
Cette oppression des âmes, blessées, froissées
dans leurs manifestations les plus légitimes, a pour
conséquence d'effroyables etpériodiques explosions.
La puissante machine pneumatique qu'on appelle
l'administration et dont tout le monde souffre en
France, peut bien faire le vide, c'est-à-dire imposer
silence aux esprits elle ne saurait faire qu'ils
acceptent ce qu'ils repoussent, ni qu'ils soient
croyants malgré eux. Les voilà donc, par son fait,
contraints de devenir conspirateurs ou sceptiques.
Nous ne serons ni l'un ni l'autre. En permettant
la chute du pouvoir temporel du pape, qui amè-
nera la dispersion des congrégations; en amoin-
drissant, pour le jour de l'élection du futur Pontife,
la suprématie de la France ultramontaine; en nous
donnant enfin des institutions de liberté et de discus-
(1) Non-seulement j'Etat ne peut plus, en conscience, subven-
tionner un clergé ultramontain, c'est-à-dire radicalement hostile
& la société moderne, mais, de plus, l'histoire enseigne que les
donations faites a l'Eglise par les rois, les princes et les fidèles,
ayant presque toujours eu pour objet de soutenir les institutions
nationales, la dotation du clergé doit, en partie, faire retour h
la nation.
DES ANtUENS CATHOUQUES. 9
1.
sion, Dieu prépare trop visiblement le règne de la
vérité pour que nous n'attendions pas son avéne-
ment en patience. Cependant nous croyons que,
dans le silence forcé del'Eglise, les laïques ont l'im-
périeux devoir de repousser ce que Montalembert
appelait avec tant de raison < des doctrines outrées
Ht outrageantes pour le bon sens comme pour l'hon-
neur de l'humanité~ et de combattre en toutes cir-
constances <: ces théologiens laïquesdel'absolutisme
qui immolent la justice, la vérité, la raison et l'his-
toire en holocauste à l'idole qu'ils se sont érigée au
Vatican. »
Bien résolus à ne trahir ni la patrie ni la vérité,
sans toutefois sortir de la réserve que commande
la situation, ni vouloir provoquer une agitation
qui nous répugne; convaincus d'ailleurs que, dans
son duel vingt fois séculaire contre Rome pour la
plus grande expansion de la vérité et de la liberté
dans le monde, notre pays ne peut se relever sans
reprendre la vieille tradition de ses croyances, nous
ne cesserons donc de protester contre un Concile
dont l'unique préoccupation a été de nous abaisser
pour eri finir avec les idées libérales, et qui, selon
le mot énergique du P. Gratry, cr commencé par
un guet-apens s'est terminé par un coup d'Etat. D
10 SITUATION
Sauf un petit nombre de naïfs ou d'habiles,
personne en France ne croit à l'infaillibilité du
pape, et tout le monde fait'semblant d'y croire
les ecclésiastiques, parce qu'ils sont sous un régime
de terreur d'où dépend leur précaire existence, ce
qui a fait donner à ce dogme le nom sinistre de
dogme de la ,/NMK,' les laïques, parce qu'aniliés
depuis longtemps à la lig'ue ultramontaine que
nous avons fait connaître ailleurs (1) et à laquelle
ils doivent leur fortune ou leur crédit, ils ne veulent
point diviser ce qu'ils appellent les forces du parti
conservateur, comme si un parti pouvait se fonder
sur un malentendu et se dire conservateur quand'il
sape les lois, les traditions, les maximes les plus
nécessaires et les plus constantes du pays.
Toutes les âmes sont donc dans une situation
violente et fausse qui ne saurait se prolonger sans
péril,, car elles ne peuvent se soustraire à la crainte
chimériqued'un schisme qu'en s'obstinant dans un
système de dissimulation cent fois plus immoral
et plus funeste.
(l)DaM.~a;cûMf(!e,R(MM6et la France.
IL
DES ANCIENS CATHOUQUES. 11
<[Je ne crains pas d'affirmer, a dit leP. Hyacinthe
au Congrès de Munich, que le nombre de ceux
qui croient aux nouveaux dogmes est relativement
petit.
« Les uns, se faisant de la foi une notion très-
fausse et ne distinguant plus entre se MMMte~'6 et
croire, acceptent l'autorité extérieure des décrets
du Vatican sans en reconnaître la vérité intrin-
sèque.
« D'autres, se croyant obligés d'adhérer inté-
rieurement aux nouvelles formules, s'efForcent de
leur donner aux yeux du publie comme à leurs
propres yeux un sens dont elles ne sont pas sus-
ceptibles. Ils luttent contre la terrible évidence'de
ces formules, et finalement ils aboutissent à un
misérable compromis entre les convictions de leur
raison et la faiblesse de leur volonté. « Obéissez,
«maisn'exécutezpâs, ? disaientlesCortèsd'Aragon
en transmettant à la nation ceux des ordres du
roi qui leur paraissaient excessifs. Tel est le secret.
du système d'interprétations forcées, dans lequel
tant d'esprits éclairés, mais timides, cherchent un
repos qu'ils n'y trouvent point. Qu'ils me per-
mettent de le leur dire avec une franchise qu'excuse
et qu'exige l'heure solennelle où nous sommes
13 SITUATION
un tel système n'est pas moral; vous en rougiriez
les premiers, s'il s'agissait de tout autres matières.
Si l'Eglise parlait le langage que vous lui prêtez,
elle ne parlerait pas le langage des honnêtes
gens
a Pourquoi donc, en face de cette minorité de fa-
natiques aveugles et d'intrigants sceptiques qui se
donnent la main et entraînent à leur suite dans une
erreur qu'elles ne comprennent pas, les foules igno-
rantes, indiSFérentes ou abusées, pourquoi ces illu-
sions des esprits les plus perspicaces, pourquoi ces
défaillances des cœurs les plus vaillants ? pourquoi,
comme aux jours d'Isaïe, a les sentinelles d'Israël
<r sont-elles devenues semblablesà dea chiens muets
<: qui ne savent plus aboyer, et qui, assoupis dans
<c l'ombre ne voient que des fantômes? »
« Ils ne sont donc pas schismatiques,ceux qui,
restés fidèles à l'autorité du'saint-siége et de
l'épiscopat, se refusent à confondre cette autorité
divine avec l'abus que les hommes en font. Ils ne
sont pas schismatiques, ceux qui se souviennent
des obscurcissements passagers mais terribles, que
Dieu dans sa colère a quelquefois permis dans son
Eg'HHe,etdëI'undesqueIs,I'arianisme, Paint Jérôme
écrivait a Sous le nom de l'unité et de'Ia foi, c'est
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 13
« l'infidélité qu'on avait définie, et rien ne parais-
« sait alors plus conforme à la piété et plus con-
« venable aux serviteurs de Dieu que de suivre la
« multitude et de ne pas se séparer de la commu-
« nion du monde entier. » Non, ils ne sontpas schis-
matiques, ceux qui, pour reconnaître la foi catholi-
que dans les décisions d'un Concile, exigent que ce
Concile soit vraiment un Concile, non une assem-
blée sans liberté comme l'étaient alors celles de
Rimini et de Séleucie, comme l'est aujourd'hui
celle de Rome. Non enfin, ils ne sont pas schisma-
tiques, ceux qui s'obstinent saintement à demeurer
dans l'Eglise malgré les efforts que l'on fait pour
les en chasser, et qui refusent également de sa-
crifier la vérité à l'unité et l'unité à la vérité
<t Ce n'est pas là le schisme, c'est plutôt le
martyre
« J'en rends grâce à Dieu, ce martyre a été le
nôtre. Toutefois, si glorieux qu'il soit, j'ose dire
qu'il ne suffit pas tout seul il y faut encore joindre
l'apostolat.
<Dans le soir de l'Eglise judaïque, pendant que
les ombres s'épaississaient sur la Synagogue, pen-
dant que l'antique Israël subissait une décadence
et traversait une crise si semblable aux nôtres,
14 SITUATION
Jésus était assis au bord du puits de la Samaritaine.
Il relevait par la sagesse d'en haut le cœur de ses
disciples trop enclins aux calculs de la prudence
humaine, et il leur adressait ces paroles a Vous
t dites qu'il y a encore quatre mois, et puis la mois-
<: son viendra. Et moi, je vous dis levez les yeux
<: et voyez les campagnes comme elles sont déjà
o: blanchies par la moisson x »
a Il me semble entendre en ce moment l'écho de
ces paroles arriver jusqu'à nous.
<t Et notre Maître ajoute
<: Oui, la moisson est grande, mais les ouvriers
o: sont en petit nombre. Priez donc le maître qu'il
a envoie des ouvriers dans son champ x
III.
Nous adressons cette prière éloquente, émue 'du
P. Hyacinthe à toutes les âmes qui gardent encore
le souci de la foi et de la patrie; car si elles se
maintiennent, comme les jansénistes autrefois, dans
le silence respectueux que leur imposent en ce
moment les circonstances, elles donnent ~au peuple
une singulière idée de leur sincérité, et si, au
contraire, elles se rallient peu à peu aux nouveaux
dogmes, qui ne sont que le prélude de beaucoup
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 15
d'autres déjà mentionnés dans le Syllabus, elles
attestent par cette indifférence à tout croire, par
cette facilité à sacrifier leur raison et leur foi aux
injonctions de la cour de Rome, un état mental des
plus graves et pour ainsi dire impersonnel, qui les
transforme en agents serviles d'une volonté étran-
gère et qui les met au ban de l'opinion publique.
Un être qui ne s'appartient pas, qui ne sait pas
aujourd'hui ce qu'il croira demain, ne mérite ni
respect ni crédit. Le mot fameux de ce prélat qui,
longtemps avant de se rendre à Versailles pour
demander au roi Guillaume le rétablissement du
pouvoir temporel du pape, avait déjà dit « et nous
aussi nous avons un régiment à faire marcher et
il marche » se trouve justifié. L'Eglise n'est plus
une société; elle devient une caserne, une geôle,
obéissante par intimidation, croyante parnécessité,
et dont l'unanimité n'atteste que la commune ser-
vitude.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir ces
conséquences des nouvelles doctrines du Vatican
qui placent toutes les âmes, entre la révolte et
l'abjection, sous la menace incessante d'un coup
d'Etat dogmatique; et si nous ajoutons que ces
doctrines suscitées en haine de la France, n'ont
16 SITUATION
été promulguées que pour l'humilier (1), pour
rendre plus prompte et plus facile la guerre que
les ultramontains n'ont cessé de faire aux idées
modernes, c'est-à-dire aux principes essentiels et
constitutifs de la société contemporaine, on com-
prendra quels éléments d'agitation permanente se
trouvent introduits parmi nous et quelle situation
dangereuse est faite au clergé, agent forcé de ces
désordres.
Et cependant des esprits vraiment chrétiens
hésitent encore à se prononcer contre le Concile.
Je ne parle point de ceux qui, dans les chaires,
dans les journaux, dans les livres, font métier de
leurs convictions et qui, comme ce jésuite du dix-
huitième siècle appelé avec tous les pères de son
ordre à signer la déclaration de 1682 contre l'in-
Mlibifité du pape, dit au magistrat chargé de
recevoir son adhésion « Est-ce qu'il n'y a plus
rien à signer? Si, monsieur, répondit ce der-
nier, il y a encore le Coran, mais je ne l'ai pas
sous la main. s Les ultramontains de cette sorte
(1) Mgt* Manaing et Mgr Deohamps ont voutu surtout dés-
honorer Bossuet. Tous les écrits ultramontains respirent la co-
ière et l'envie contre la France, contre ses gloires et ses insti-
tutions. 1
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 17 7
font sans doute beaucoup de mal, mais ils signe-
ront, quand il le faudra, le Coran.
Le danger n'est pas là. Il est dans cette rési-
gnation attristée, découragée, à laquelle s'aban-
donnent trop facilement les anciens catholiques.
Affolés de peur, les uns demandent l'ordre à tout
prix, même au prix de leurs plus intimes convic-
tions, les autres, qui ont donné des gages à la
cause de la liberté religieuse et que nous déplo-
rons de ne pas voir parmi nous, se font muets pour
rallier des forces qui leur seront toujours hostiles
quoi qu'ils fassent. Tous sacrifient leur conscience
à des intérêts de parti, oubliant que la France ne
peut ni mettre fin à ses déchirements intérieurs
sans sortir des équivoques dans lesquels tous les
gouvernements la retiennent depuis cinquante ans,
ni reprendre son rang parmi les nations si elle
laisse le grand mouvement religieux qui se pré-
pare en Europe se faire sans elle et contre elle.
D'ailleurs sacrifier sa conscience à des intérêts de
parti, si respectables qu'on les suppose, et préfé-
rer la vérité qui passe à la vérité qui ne passe pas,
n'est-ce pas faire'œuvre de révolution ou fouler
aux pieds le premier devoir du chrétien ? Et ten-
dre la main aux ultramontains d'Allemagne, sous
18 ô SITUATION
prétexte d'arrêter l'unité, n'est pas seulement une
oeuvre puérile; c'est en outre obliger les protes-
tants d'Alsace à renier leur ancienne patrie, et jus-
tifier, sinon provoquer, l'invasion de toutes les
réactions européennes contre les traditions reli-
gieuses'et libérales de la France; c'est, en un mot,
semer le vent, préparer les tempêtes.
Quant aux politiques qui, pour masquer leur
insouciance ou leur défaite, se prévalant des dé-
clarations verbales de la curie romaine qui retran-
che momentanément les questions politiques des
matières visées par le décret du Concile, prétendent
que ces trois mots le pape est M~/s~J~ n'ont
rien changé au droit public ecclésiastique des
Etats, nous déplorons leur aveug'iement et sans
parler des conflits qu'a fait surgir la bulle Unige-
nitus et qui ont puissamment concouru à la révo-
lution sans rappeler les luttes pour la société de
Jésus auxquelles ont succombé la Restauration et
la monarchie de Juillet sans montrer que le si-
lence ou le dédain qu'on veut opposer aux doc-
trines nouvelles est la négation même de toute
croyance et ne préserve le pays de l'erreur que
pour la jeter dans l'impiété; qui de nous n'a pu
constater, que, défini contre toutes les règles pour
DES ANCIENS CATHOUQUES. 19
célébrer la délivrance miraculeuse de Gaëte, le
dogme en apparence inoffensif et mystique de
rimmaculée-Conception, en portant au dernier
degré de l'exaltation le fanatisme des ultramon-
tains, rendit nécessaire et populaire la guerre
d'Italie, qui provoqua plus tard le /S'~J~ d'où
sortit l'abaissement de l'Autriche au dehors et,
chez nous, par le réveil de l'esprit révolutionnaire,
un véritable état de guerre civile que le dogme
de l'infaillibilité pontificale n'a fait qu'accroître,
malgré nos désastres, et qui ne se terminera pas
sans faire couler des flots de sang.
Les esprits qui ne voient pas l'enchaînement de
ces faits sont des myopes contre lesquels il est inu-
tile de raisonner. Ils ne verraient pas mieux les
intrigues des ultramontains désolant l'Espagne,
divisant l'Autriche, précipitant l'Italie dans les
bras de la Prusse et la France dans la révolution,
en faisant.ajourner toute les réformes pour organi-
ser sous le nom de Fa?M national au ~S'ac~-C~M~
de Jésus la première ligue ouvertement laïque et
jésuitique qui ait encore osé se montrer parmi nous.
Croit-on que le silence sera plus efficace que
la lutte pour détourner de nous ces périls ou ces
hontes ? 1
20 srrUATtON
C'est l'opinion de quelques catholiques qui se
disent toujours libéraux et qui trouvent dans les
subtilités de leur conscience le moyen de concilier
les nouveaux dogmes avec leurs anciennes convic-
tions.
Nous ne prétendons pas les juger. Entre l'atti-
tude purement passive de Mgr.Strossmayer qui
n'adhérera jamais, quoi qu'on fasse, nous en avons
l'assurance, aux décrets du Vatican, et celle des
évoques qui s'y sont ralliés, les uns sans les pro-
mulguer, les autres sans rétracter leurs protesta-
tions antérieures, il y a suivant les temps et les
lieux, une infinité de nuances les plus délicates
dont l'appréciation n'appartient qu'à Dieu.
Mais, c'est notre intime conviction, ceux qui se
taisent aujourd'hui par politique, seront un jour,
par politique, obligés de parler, et de parler contre
leur conscience, s'ils persistent dans l'adhésion si-
lencieuse qu'ils donnent à l'erreur. Q~y~c~ ~e~
tem venit <~ ~Mcg~ ~<MM/ë~em~' o~e~ ejus. Le
monde si mouvant de lapolitique, qui,semble à nos
regards distraits obéir a. des lois inconscientes, est
tel, au contraire, que par le jeu régulier des pas-
sions humaines, il amène successivement toutes les
forces sociales à se produire au grand jour.
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 21
Est-ce que déjà ce prélat qui, dans deux volumes
érudits et fameux, a si victorieusement réfuté
l'ultramontanisme, n'est pas tenu d'éclairer la
conscience publique sur les motifs de sa conver-
sion aussi soudaine qu'invraisemblable?
Est-ce que les professeurs institués pour la dé-
fense de nos traditions et de nos maximes ne doi-
vent pas compte, au budget, de l'emploi ultra-
montain qu'ils font maintenant des deniers
publics?
Les écrivains du (7o~'e~o~<M~ sont certaine-
ment d'honnêtes et sincères catholiques qui tien-
dront à honneur de mourir comme M. Cochin
<: dans la foi de Lacordaire, de l'abbé Perreyve, de
Montalembert et du P. Gratry; » mais lorsque le
moment sera venu de discuter les questions qu'ils
écartent avec tant de soin depuis un an, ne déplo-
reront-ils pas le silence dans lequel ils se tiennent
aujourd'hui, comme ils ont déploré, en 1870,
l'absence du gouvernement au Concile qu'ils
avaient célébrée l'année précédente comme une
victoire de l'Eglise?
Et cet autre journal soi-disant libéral, que je
ne veux pas nommer parce que je le regarde
comme un foyer d'hypocrisie; qui a tour à tour
22 SITUATION
demandé et repoussé la séparation, attaqué et glo-
rifié l'infaillibilité papale, publié contre le Concile
des lettres qu'il renie audacieusement aujourd'hui,
combattu avec une violence inouïe ce qu'il appe-
lait le césarisme, c'est-à-dire le Concordat, et plus
tard réclamé avecnon moins de violence l'interven-
tion del'Etatpar la note comminatoirede M. Daru;
sert-il vraiment la vérité et croit-il, par son silence,
faire oublier ses palinodies?
Son silence plût à Dieu qu'il eût la dignité de
se taire. Mais, dans sa haine contre les anciens
catholiques dont il a été jadis le plus ardent pro-
moteur, il rivalise d'injures venimeuses et gros-
sières, non-seulement avec le journal trop fa-
meux qui, faisant métier d'ultramontanisme, y a
trouvé depuis longtemps puissance et profit, mais
encore avec toute cette basse presse de grand et
de petit format nouvellement acquise aux idées
romaines, et qui, mélangeant dans une promis-
cuité dégoûtante, le mysticisme au libertinage,
lance de la même main le propos obscène etl'apo-
logie du saint-siége. Car c'est un trait digne de
ce temps d'abaissement moral, et trop commun
pour être fortuit les journaux le plus friands de
scandale, sont aussi ceux qui, dans de petits entre-
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 23
filets mystiques, parlent avec le plus d'onction de
l'unité ou de la nécessité de la foi. Des incrédules
prêchent le dogme et des libertins la vertu, sans
même avoir conscience du spectacle repoussant
qu'ils nous o8rent. Jamais le profane et le sacré
ne se sont coudoyés dans d'aussi singulières ren-
contres. On se croirait à la chute du polythéisme,
alors que, par un tacite accord et se prêtant un
mutuel concours, le monde de la débauche vou-
lait, pour se maintenir, prolonger le règne de la
superstition.
Cette corruption de la presse livrée à des plumes
ignorantes ou vénales, qui créent sur toutes choses
une opinion factice, et, cachant au pays sa véri-
table situation, lui préparent d'épouvantables dé-
sastres, se trahit toutes les fois qu'une discussion
de quelque importance vient préoccuper l'opinion.
Mais elle éclate surtout dans les questions reli-
gieuses où dominent seules aujourd'hui les affi-
liations ultramontaines, maîtresses de la plupart
des journaux; à tel point que s'il fallait s'en rap-
porter à leur témoignage, les prescriptions du
~M~s contre lesquelles on a tant crié autrefois,
seraient maintenant reçues avec amour, et que la
France de Pascal, de Voltaire et de Lamennais, au
24 SITUATION
risque d'être la fable de l'Europe et la honte d'elle-
même, serait tout à coup devenue la France du
Sacré-Cœur et des jésuites.
Non; cette fantasmagorie n'existe que dans
l'imagination des journaux. La France n'est pas
ultramontaine, et si quatre-vingts ans de guerres
civiles n'ont pu rompre ses traditions monarchi-
ques, ce ne sont point deux années de silence qui
lui feront perdre ses traditions religieuses. Dans
l'abattement momentané de son génie, quel que
soit le degré d'ignorance et d'affaissement, c'est-à-
dire de corruption auquel l'abus des faux miracles,
le culte des amulettes, l'amour des pèlerinages et
toutes les pieuses industries de la dévotion ro-
maine et sensuelle, si fort en crédit de nos jours,
aient réduit les âmes, fanatiques et lâches en même
temps, nous ne doutons point que quand la France
reposée rentrera en elle-même, elle ne chasse
comme un mauvais rêve les doctrines funestes et
les fables malsaines de la superstition.
En se taisant les vieux catholiques ne se rendent-
ils pas complices des mensonges de la presse d'où
naîtront plus tard tant de sanglants conûits? Le
mal qu'ils font n'est-il pas plus grand que celui
qu'ils évitent? 2
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 25
2
IV
j7/<M~y<:M'6 'c~ c'est le seul principe qui
puisse aujourd'hui nous rallier, nous sauver.
Nul ne l'a plus héroïquement pratiqué que
Mgr Darboy, qui n'a pas montré moins de courage
en disant la vérité aux fanatiques de Rome, qu'en
donnant sa vie aux assassins de la Commune. Et
il l'a fait simplement, froidement, pour obéir à sa
conscience; car tandis que d'autres avaient un ca-
ractère qui les vouait fatalement à la mort, lui,
pouvait d'un mot faire tomber ses chaînes.
Son discours a les traits de son âme. En termes
concentrés, précis, il énonce ce que lui dicte le
devoir, sans garder plus d'espérances que d'illu-
sions devant le parti-pris qui domine au Con-
cile. e Ecoutez-moi, dit-il, vous jugerez après; D
puis tempérant par un sourire les doulou-
reuses prévisions qui l'obsèdent, il ajoute <r Je
ne pense pas qu'au temps de Constantin l'Eglise
regrettât Néron. »
Déjà le cardinal Rauscher avait dit: a Ce dogme
renversant d'une manière flagrante l'ancienne
constitution de l'Eg'Iise, le saint-siége, en cas de
dissensions, n'aurait plus d'évêques pour le sou-
26 SITUATION
tenir. B Et le cardinal Schwarzenberg, obsédé des
mêmes pressentiments, s'était écrié « Celui qui
s'élève ~o'<! <ï~J, dit le Seigneur. Quand Boni-
face eut proclamé solennellement la puissance du
saint-siége sur les gouvernements temporels,
l'Eglise fut pour longtemps misérable dans sa
condition extérieure. N'est-on pas en droit de
craindre que si la puissance spirituelle du saint-
siég'e est élevée maintenant au delà de la juste
mesure, il pourrait entrer dans les impénétrables
desseins de Dieu qu'elle fût abaissée dans sa condi-
tion spirituelle et vît s'éloigner d'elle un grand
nombre d'esprits (1) ? »
Tout le monde voyait et redoutait ces consé-
quences du nouveau dogme. Seuls, les ultramon-
tains, emportés, non par l'amour de la vérité, mais
par l'ambition du pouvoir'et du triomphe, pour-
suivaient leurs coupables manœuvres. Comme un
témoin incorruptible, Mgr Darboy dépose de ce
qu'il croit, de ce qu'il sait, de ce qu'il a vu. Cer-
<M)M est, dit-il, et sept fois il énumère des faits dont
(1) Prévoyant que l'infaillibilité amènerait la chute du pou-
voir temporel, nous écrivions le 18 janvier 1870 « Que ceux
qui ne croient pas a la présence ou à'l'immanence de Dieu dans
lemonde, regardent, ils seront témoins de grandes choses. »
DES ANCIENS CATHOUOPES. 27
tous les Pères ont été témoins et qui établissent
1° Qu'on a fait violence au Concile; 2° que le
schema sur l'infaillibilité n'y a été introduit que par
surprise. Pauvre Mastaï, le plus doux et le plus
funeste des papes! Bien diS'érent de Pie IV qui
défendit « qu'on parlât de son autorité au Concile »
et qu'on définît quoi que ce fût « ~<xM ~.Mc~M'M~
unanime des (1), B Pie IX, hanté de visions
mystiques, a voulu qu'on le divinisât. Combien
depuis ne l'a-t-il pas chèrement payé Sa con-
science pleine de remords malgré la confiance
qu'elle aSecte, doit trembler en regardant l'ave-
nir. Quelle lourde tâche lui avait léguée Gré-
goire X~, et quelle tâche plus lourde encore, il
lègue à son successeur La Providence y pour-
voira, disent les catholiques; oui, la Providence
y pourvoit, elle parle sachons l'entendre. Quelle
leçon dans cette succession inouïe de faits qui ont
armé la Prusse et désarmé la France juste au
moment où l'Infaillible se croyait aux termes de
ses vœux! Les livres saints rapportent qu'au mo-
ment où notre Seigneur expira sur la croix, le
soleil fut obscurci, le voile du temple se déchira
(1) PaJtavicini.
28 SITUATION
et la terre éprouva un grand tremblement. L'his-
toire un jour dira aussi quel e6'royable ébranle-
ment s'est emparé du monde à l'heure où déjà
mutilée, l'Eglise crucifiée, expirante,, a livré son
âme au saint Père.
Non-seulement le schema de l'infaillibilité a été
introduit par surprise, mais la discussion n'en a
été ni sérieuse, ni libre. Ce n'est pas un témoin
suspect qui le dit, c'est Mgr Darboy, ce sont vingt
évoques qui l'affirment en présence des Pères, dans
le sein même du Concile. Leurs courageuses pro-
testations subsistent; il ne saurait y avoir aucun
doute sur ce point.
Dira-t-on que son évidence rendait toute discus-
sion superflue? Voyons donc quels sont les carac-
tères certains de l'évidence d'un dogme. Mgr Dar-
boy les énumère avec sa netteté habituelle, et cet
exposé devient, dans sa bouche, la critique inci-
sive et victorieuse du schema qui n'est ni prouvé,
ni clair. Et pourquoi? c'est que l'infaillibilité qu'il
s'agit de définir est l'infaillibilité personnelle du
Souverain-Pontife, puisque l'autre, admise par tous
les catholiques, ne comporte aucune discussion.
Or,c'est là une entreprise si hardie, si intolérable,
qu'on n'ose pas l'avouer. La formule du schema
DES ANCIENS CATHOLIQUES. 29
2.
est embarrassée, confuse. <r Excluez-vous, oui ou
non, le concours des évêques! s'écrie Mgr Darboy
dites-le, si toutefois vous l'osez. »
On l'osa plus tard.
La dernière congrégation générale, dit un his-
torien du Concile, eut lieu le 13 juillet. Le schéma
de l'infaillibilité y fut lu une dernière fois en ces
termes
« Fidèles à la tradition suivie dès les commen-
cements de la foi chrétienne, à la gloire de Dieu
notre Seigneur, pour l'exaltation de la foi catho-
lique et le salut des peuples chrétiens, avec appro-
bation du saint Concile, nous enseignons et définis-
sons pour dogme .révélé par Dieu, que le pontife
romain, quand il parle ex co~A~'a, c'est-à-dire
quand, accomplissant l'office de pasteur et docteur
de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa
suprême autorité apostolique, une doctrine sur la
foi et les moeurs, qui doit être observée par l'Eglise
tout entière, jouit, moyennant l'assistance divine
qui lui est promise par le bienheureux Pierre, de
cette in&illibilité dont le divin Rédempteur a doté
son Eglise, en dénnissant la doctrine sur la foi ou
sur les mœurs, et, par conséquent, lesdénnitions
-du Puotife romain sont irréformables. Si quel-
30 StTUATMN
qu'un ose ce qu'à Dieu ne plaise contre-
dire notre définition, qu'il soit anathème! »
H n'y eut pas de nouvelle discussion jusqu'au
18 juillet, jour de la proclamation solennelle.
Quel ne fut pas l'étonnement des Pères de la mi-
norité quand on présenta au vote final une for-
mule nouvelle et singulièrement aggravée dans le
sens ultramontain ? En effet le texte primitif du
13 juillet portait « Les définitions du Pontife ro-
main sont irréformables de par elles-mêmes, »
La formule définitive était ainsi modifiée a Les
définitions du Pontife romain de par e~M-M et
~OK,/jO<M' COM~~MMm~ l'Eglise (ex sese, non
<M~M ea; coMSgMSM .Fcc~M?. B.<: Nous n'aurions
jamais pu croire, ajoute M. de Pressensé, à un pareil
subterfuge qui serait considéré comme monstrueux
dans tout parlement honnête, si le fait n'était at-
testé par d'irrécusables témoins, a
Voilà par quel enchaînement de supercheries et
de violences, le schema, arbitrairement introduit
au Concile, soustrait plus tard à la discussion, et
finalement surchargé de corrections frauduleuses,
se présente aujourd'hui à l'acceptation des fidèles!
Or, de deux choses l'une ou bien il n'y a plus
de chrétiens vraiment dignes de ce nom, puisque
DES ANCIENS CATHOUCDES. 31
l'apôtre leur recommande de raisonner leur foi,
y~~om~~Jë sit o~~M<M~ ~M~ ou bien ceux
qui se parent encore de ce titre protesteront contre
la tentative inouïe de transformer en article de foi
une opinion restée libre jusqu'ici, comme le prouve
toute l'histoire de l'Eglise et spécialement la nôtre.
Il est donc moralement et matériellement im-
possible qu'une croyance à laquelle ont manqué
les 220 suffrages des prélats les plus éclairés, dans
un Concile où déjà faisaient défaut un si grand
nombre d'évêques delachrétienté, devienne jamais
un dogme de foi (1).
On a parlé d'adhésions qui seraient venues
après coup effacer les dissentiments.
Plusieurs pensent, en effet, que le texte conci-
(1) En dehors des Eglises épiscopales d'Orient, de Russie,
d'Angleterre, d'Amérique,, il y a dans l'Eglise romaine t,100 ti-
tres épiscopaux, dont 900 sont à la disposition du pape sent.
Les Etats du saint-siége en ont t-rente fois plus que la France,
ou 143 pour une population de deux millions et demi d'habi-
tants, qu'égaie presque celle des diocèMS de Brestau, de Paris,
de Vienne, de Cotogne, représentés par un seul évèque.
Sur )es*759 prêtât!; présents au Concile, on comptait environ
50 cardinaux, 100 vicaires apostoliques, 50 généraux d'ordre,
100 ët'eques de la Propagande, et 276 italiens. li ne restait donc
que 1S3 évêques à peu près indépendants, et cependant 220
s'abstinrent de voter i'infai])ib))ité!