Le chasseur d

Le chasseur d'ours

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Charles Buet, né à Chambéry (Savoie) le 23 octobre 1846 et mort à Paris le 23 novembre 1897, est un écrivain et journaliste français. Extrait : Enfin ce bon lièvre vint se jeter dans un champ de pommes de terre. Mes cousins arrivèrent

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Nombre de lectures 76
EAN13 9782824712871
Langue Français
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CHARLES BU ET
LE CHASSEU R D’OU RS
BI BEBO O KCHARLES BU ET
LE CHASSEU R D’OU RS
1895
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1287-1
BI BEBO OK
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compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
  H Br uno est un p er sonnag e bien original, et
je v ous demande , ami le cteur , la p er mission de v ous le pré-M senter .
Figur ez-v ous une manièr e de g é ant, que les cuirasses d u mo y en âg e
habilleraient mieux que nos p antalons collants et nos v estons étriqués ; des
bras musculeux cap ables de soule v er les farde aux les plus lourds ; des
jamb es ner v euses, infatig ables ; une p oitrine semblable à un soufflet de
for g e .
Le visag e de mon oncle présente le ty p e sav o yard le plus pur : nez
gr os, r ond au b out, émaillé de r ubis et semé de v er r ues multicolor es ; y eux
gris, fendus en amande , ombrag és de longs cils et sur montés de sour cils
énor mes qui coup ent le fr ont blanc, haut et lar g e , de leur ar c neement
tracé .
Le visag e r espir e la b onté , la franchise , la simplicité , j’ oserai même
dir e la candeur .
1Le chasseur d’ our s Chapitr e I
T el que je le trace p our v ous, ô le cteur , ce p ortrait n’ est p oint flaé ;
mon oncle n’ est p as b e au, et, sous ce rapp ort, tous ses ne v eux lui r
essemblent.
Hilarion Br uno est r entier de son état, chasseur de pr ofession, mair e
de son endr oit, hâbleur sup erlatif, p ar ce qu’il est chasseur , plein d’une
r ogue dignité , p ar ce qu’il est mair e .
Il habite , à quelques kilomètr es de Saint-Je an-de-Maurienne , en
Sav oie , une char mante maisonnee aux mur s couleur de r ose , aux p
ersiennes grises, que les p ay sans du villag e app ellent le châte au et les b
ourg e ois de la ville , Maison-Rose .
Cee maison p ossède une cav e e x cellente , fraîche en été , chaude en
hiv er , dans laquelle vieillissent les b ons vins du p ay s : le tonique Princeps,
le capiteux Saint-Julien, le Bonne-Nouv elle et le vin de Ripp es, dont le
p arfum se rappr o che de celui de la violee .
Le salon de Maison-Rose est un p etit musé e où sont réunis pêle-mêle
des ép é es flamb o yantes et des meubles sculptés ; des table aux de maîtr e
et des fragments de vitraux. Les mer v eilles de la céramique italienne s’y
joignent aux filigranes de Gênes, aux v er r eries de V enise , aux émaux
cloisonnés de la Chine , à ces mille objets, en un mot, que l’ar g ot p arisien
nomme bibelots , et que leur pr opriétair e dé cor e p omp eusement du titr e
d’ objets d’art.
Si mes souv enir s ne me trahissent p oint, la salle à mang er et la
bibliothè que n’étaient p oint indignes du salon.
La salle à mang er , vaste piè ce lambrissé e de vieux chêne , était
encombré e de tr ophé es de chasse , tr ophé es qui s’étalaient même sur le grand
buffet de p oirier sculpté , où mon oncle r enfer mait sa massiv e ar g enterie
et les b elles p or celaines qu’il avait rapp orté es du Jap on. Il y avait là des
cor nes de chamois, des b ois de cerf, des défenses de sanglier s, aux quels
s’accr o c haient dans un ordr e admirable toutes sortes de fusils, de p oir es
à p oudr es, de flasques, de bidons, de car nier s. Les deux objets qui e x
citaient le plus viv ement mon admiration alor s que j’avais douze ans, – il
y a longtemps de cela ! – étaient : 1° une g ourde faite d’une noix de co co
sculpté e et 2° une p air e d’ our s emp aillés placés en sentinelle aux deux
côtés du buffet.
Oh ! que ces deux our s me faisaient p eur av e c leur s dents blanches et
2Le chasseur d’ our s Chapitr e I
p ointues ! leur s y eux de feu, leur s p oils br uns, longs et frisés !
ant à la bibliothè que , elle se comp osait uniquement de liv r es de
v o yag e et de chasse . C’était encor e une des manies de mon oncle , le quel,
je v ous l’ai déjà dit, était un fier original.
Il avait un certain nombr e de manies.
D’ab ord, celle de la chasse ; puis, celle de raconter ses chasses. Ensuite ,
celle de raconter ses v o yag es, en montrant ses bib elots, ou bien en sablant
le contenu des vieilles b outeilles de sa cav e .
Il n’avait jamais v oulu se marier et vivait comme un our s, p artag e ant
son temps en quatr e p arties ég ales qu’il p assait dans son salon, sa
bibliothè que et sa salle à mang er ; la salle à mang er lui pr enait deux p arties sur
quatr e !
Chaque mois, il p artait un b e au matin, après av oir endossé la v este de
v elour s à côtes, les culoes grises et les guêtr es de p e au, qui comp osaient
son costume de chasse , et ne r e v enait qu’au b out de huit jour s, amenant
av e c lui le cadav r e d’un our s et quelques jo y eux comp agnons av e c
lesquels il mang e ait son gibier .
Un jour , comme j’étais allé r endr e visite à mon oncle , je le priai de me
conter une de ces histoir es de chasse qu’il savait si bien conter .
Hilarion Br uno me jeta un r eg ard sour nois.
— Tiens ! tiens ! p etit, me dit-il étonné , je ne te savais p as curieux
d’av entur es.
Je p oussai un soupir à fendr e une r o che en deux.
— Ah ! mon oncle ! m’é criai-je d’un air scandalisé , quand je ferai des
liv r es il faudra bien que v otr e nom y figur e .
Il sourit p ater nellement et haussa les ép aules.
— Il faut v o yag er p our fair e des liv r es, gr ommela-t-il ; il n’y a de b e aux
liv r es que les histoir es de v o yag es !
C’était comme cela.
Hilarion Br uno ne conce vait rien au-delà ! Il faisait fi des r omans,
abhor rait la philosophie , se souciait p eu de l’histoir e et dé daignait la p
olitique .
Pour en r e v enir à mon histoir e , ou plutôt à l’histoir e de mon oncle ,
il alla déb oucher un flacon de vin blanc d’Her millon, me v er sa rasade et
r eprit :
3Le chasseur d’ our s Chapitr e I
— Tiens ! ne v eu, je vais te raconter comme je suis de v enu chasseur , et
chasseur d’ our s encor e !
Allé ché p ar ce pré ambule , je m’assis commo dément dans un grand
fauteuil de cuir à or eillees, et je me prép arai à é couter de mon mieux.
— Il faut te dir e , commença mon oncle , que je n’ai p as toujour s eu
cinquante ans. En 1825, j’étais un g ar çonnet de quinze ans, fort et r obuste ,
b our ré de latin et de gr e c, mais or gueilleux comme dix humanistes et sot
comme vingt collégiens pris colle ctiv ement. Cee anné e-là , j’étais allé
p asser mes vacances chez ma tante Esthénie , laquelle habitait le villag e
des Hulles, au-dessus du b our g de la Ro chee . Ma tante Esthénie avait
soix ante-dix ans. Elle p ossé dait quatr e fils et deux filles : Ge or g es, qui
avait quarante ans ; André , qui en avait tr ente-cinq ; Édouard, qui en avait
tr ente-quatr e , et Camille , mon aîné de deux ans. Les deux filles étaient
marié es : l’une à M. Amenet, le notair e , l’autr e à l’av o cat P latine , le bien
nommé .
Comme bien tu le p enses, mon camarade le plus intime était Camille .
Ge or g es me faisait p eur . André m’intimidait, Édouard me semblait un
g é ant. ant à Mme Amenet, elle me b our rait de b onb ons. Mme P latine
habitait Chambér y et p ortait des chap e aux à plumes ; elle ne v enait jamais
aux Hulles, craignant de gâter son teint.
Il était imp ossible de v oir famille plus unie et g ens mieux faits p our
viv r e ensemble sous un même toit.
L’ oncle Hilarion Br uno fit une p ause et j’ en pr ofitai p our lui dir e que
je ne v o yais p as encor e p oindr e les or eilles de l’ our s.
— Esto hijo ! ¹ gr ommela-t-il, p atience ! ne v eu, p atience ! j’ en ai déjà v u
p as mal, des our s, à quatr e ou à deux p aes !. . . aends un p eu !
Il but un grand v er r e de ne ctar her millonnais et continua son ré cit.
— En ce temps-là , r eprit-il, on p ayait six francs un p er mis de chasse . . .
Il faut v ous dir e que mon oncle me racontait cee histoir e en 1861,
c’ est-à-dir e une anné e après l’anne xion de la Sav oie à la France .
— On p ayait six liv r es un p er mis de chasse et l’ on chassait p artout.
Les g ardes étaient de b ons enfants qui faisaient leur de v oir , sans oublier
les pré ceptes de la civilité puérile et honnête . A u jour d’aujourd’hui, il
1. Cet enfant.
4Le chasseur d’ our s Chapitr e I
faut p ay er vingt-cinq francs, p ay er l’impôt des chiens, p ay er le lo y er des
biens communaux, p ay er encor e et toujour s !. . .
Si au moins l’ on p ouvait p arler , après av oir p ayé ! s’é cria mon oncle ,
en appuyant cee réfle xion d’un grand coup de p oing frapp é sur la table .
Il mur mura quelques p ar oles qu’il ne serait p oint pr udent de
transcrir e ici, et p our suivit :
— T ous les matins, Ge or g es, André , Édouard et quelques amis à eux
p artaient de grand matin p our chasser le liè v r e .
Camille , moi et un g amin de notr e âg e , qui rép ondait au nom d’ A urèle ,
nous p artions aussi p our tir er les griv es et les pig e ons sauvag es. Il y avait
un gr os r enard qui, chaque nuit, v enait tordr e le cou à nos p oules. Souv ent
nous le r encontrions, mais nous n’ osions le tuer , tant il nous faisait p eur .
— Mais l’ our s, mon oncle ! inter r ompis-je .
— Aends, aends un p eu, ne v eu !. . . Un matin, e x cités p ar le ré cit des
e xploits de mes cousins, nous leur dé clarâmes que nous irions av e c eux
du côté des tour s de Montmay eur .
Les tour s de eur sont deux b elles tour s sép aré es l’une de
l’autr e p ar une distance de cent mètr es au moins. Elles sont r esté es deb out
à la suite d’un crime commis dans ce châte au p ar le der nier bar on de
Montmay eur , Jacques. Ce Jacques était fils du maré chal de Sav oie . Or , en
14. . .
Lor sque mon oncle se lançait dans l’histoir e et qu’il ab ordait une
lég ende nationale , sa digr ession durait ordinair ement de tr ois à quatr e
heur es. Moi, je tenais à mon our s et je ré clamais éner giquement l’histoir e
de cet our s.
Hilarion Br uno eut aux lè v r es un sourir e de pitié et haussa les ép aules :
— Ah ! p etiot, me rép ondit-il, tu ne sais p as quel char me , quelle b e auté ,
quel arait my stérieux ont nos lég endes ! Si tu v eux fair e des liv r es, il
faudra bien appr endr e tout cela !
Petiot ! ! !
D ans toute cee phrase de mon oncle , je n’avais entendu que le mot
petiot , et j’allais av oir quinze ans au 23 o ctobr e pr o chain !
Je dé v orai ma rag e , esp érant que l’ our s ne tarderait p oint à v enir .
— Un matin donc, r eprit mon oncle , nous nous dirig eâmes v er s
les tour s de Montmay eur . Nous étions six, en y compr enant ma p etite
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