Le chat de la mère Michel : pantomime bouffonne en un acte / par Eugène Bouly de Lesdain

Le chat de la mère Michel : pantomime bouffonne en un acte / par Eugène Bouly de Lesdain

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10 pages

Description

Vve Mollie (Paris). 1873. 7 p. : pl. ; gr. in-8.
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Publié le 01 janvier 1873
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Langue Français
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JSCÈNUSS ET COMÉDIES
POUR LES PENSIONNATS ET LES SALONS
par Eugène qJOUL y DE LESDAIN.
LE CHAT
DE
LA MÈRE MICHEL
*
PANTOMIME BOUFFONNE EN UN CICTE.
Cette Pièce est suivie de Notes et Avis sur la manière de jouer la Pantomime.
e1
Prix s 1 franc.
Avec planche de costumes: 1 franc 10 centimes.
PARIS :
Ve MOLLIE, 131, boulevard Saint-Germain.
WATTELIER. libraire, 19, rue de Sèvres.
BEAUVAIS :
TREZEL, 21, rue du Châtel.
1873.
LE CHAT
DE
LA - MÈRE MICHEL
TANTOMIME BOUFFONNE EN UN ACTE,
par EUGÈNE BOULY DE LESDAIN.
PERSONNAGES :
CASSANDRE, vieillard ridicule.
PIERROT, valet de Cassandre.
ARLEQUIN, neveu de la mère Michel.
POLICHINELLE, ami de Cassandre.
MARFORIO, ami d'Arlequin.
Un vieux PROCUREUR. [Personnage par-
lant.)
BOURGEOIS ET GENS DU PEUPLE.
VoU, d, fa, & m te? ~be? cettlv OKCC, 14-tue, D-clote,
Le théâtre représente un carrefour. A droite, au premier plan, la maison de Cassandre. Devant la porte de
cette maison, une treille formant berceau. A gauche au premier plan, une espèce de bicoque à la porte de
laquelle est suspendue une enseigne portant ces mots : CRIE un PUULlC. Auprès de la porte, un banc sur lequel se
trouve un tambour.- Au deuxième plan, à gauche,,un grand arbre dont le branchage s'étend, par les frises, jusqu'au
milieu du théâtre.– Au fond, à droite et à gauche, des rues et une promenade aboutissant au carrefour.
SCÈNE PREMIÈRE,
Pierrot sort de la maison de Cassandre, por-
tant une table et une chaise qu'il dépose sous
la treille. Cela fait, il étend un tapis sur la table,
et s'instaliant comme s'il allait prendre un bon
repas, il fait les gestes de découper une volaille,
de la manger, de boire un verre de vin, etc.
Mais hélas l tout cela n'est que songe. Son
maître, le vieux Cassandre, le laisse jeûner.
Cette pensée fait soupirer le pauvre Pierrot.
SCÈNE II.
Le Procureur (personnage parlant), arrive par
la rue du fond, à gauche, et apercevant Pier-
rot, il lui dit d'une voix très-nasillarde :
« Mon ami -Pierrot, prévenez le bonhomme
Cassandre que maître Barbouillat, son procu-
reur, le demande ; et qu'il vient pour lui donner
lecture et connaissance du testament de feu la
mère Michel, sa vieille voisine, qui lui a fait
un legs de la plus haute immportance. »
Pierrot fait signe qu'il a Compris. Il témoigne
sajoie èn pensant qu'on fera meilleure chère chez
son maître enrichi, et que son ventre grossira.
Il salue le Procureur et rentre chez Cassandre.
SCÈNE III.
LE PROCUREUR seul. Ce n'est pas de ce legs
qu'Arlequin sera charmé. lui, le filleul de la
mère Michel, morte sans enfants. lui qui
comptait bien jouir de suite des deux mille
livres de rentes de sa vieille marraine. Aussi,
de quoi s'avisait-il de faire des niches au chat
de la mère Michel ? (Apercevant Cassandre.) Ah !
voici le bonhomme Cassandre, (Arlequin vient
par le fond de gauche.) et justement et en même
temps , Arlequin qui arrive de l'autre côté. Ça
tombe bien : une seule lecture suffira.
SCÈNE IV.
Pierrot revient avec Cassandre. Arlequin , en
arrivant, fait de grandes politesses au Procureur
et à Cassandre, puis il tend la main à Pierrot
qui, refusant sa main, tourne le dos à Arlequin.
Arlequin, voyant cela, lui donne en même temps
un coup de pied dans le derrière et un coup de
sa batte sur le dos. Pierrot fait un bond et de gro-
tesques contorsions ; puis se place derrière son
maître. Le Procureur s'asseoit à la table,
sur laquelle il dépose son sac à procès pour
en retirer le testament ; Arlequin, à gauche du
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Ihéâtre, se tient à l'écart. Comme il n'y a qu'une
chaise sous la treille, Cassandre dit à Pierrot
d'aller lui en chercher une seconde. Pierrot va
chercher et apporte la chaise; mais, oubliant que
c'est pour son maître qu'il a apporté ce siège,
il se place gravement dessus, pour entendre plus
à son aise la lecture du testament. Cassandre lui
donne un coup de canne pour le déloger. Pierrot
se lève subitement et va se placer, avec sa chaise,
au milieu du théâtre, tandis que Cassandre,
croyant prendre la place de Pierrot sur la chaise,
s'asseoit sans y regarder, et tombe à la renverse,
les deux jambes en l'air. Pierrot, ne se doutant
pas de ce qui se passe, attend toujours, en regar-
dant Arlequin, la lecture du testament. C'est le
Procureur qui aide Cassandre à se relever.
Celui-ci va donner un coup de canne sur le dos
de la chaise de Pierrot, pour le faire partir. Mais
Pierrot, qui a posé ses talons sur un des bâtons
de la chaise, se contente de se soulever de toute
sa hauteur sur ce bâton, et se rasseoit impas-
sible, sans prendre garde à son maître. (Cette
charge se fait deux fois.) Enfin, un nouveau
coup de canne le décide à rapporter la chaise
auprès de la table. Cassandre s'y installe et fait
signe au Procureur qu'il est prêt à l'écouter.
Le Procureur met ses lunettes et dit: «Messieurs,
ouvrez vos oreilles et fermez la bouche pour
ne point m'interrompre. Je vais vous lire à haute
et intelligible voix le présent testament, qui
vous concerne tous les deux. » Arlequin,
faisant des signes de joie , se rapproche de la
table et indique au public que le testament doit
être tout en sa faveur. Le Procureur lisant :
« Moi, Aurore - Paméla - Artémise - Pétronille -
« Cunégonae DÉBINETTE , de mon vivant mar-
« chande de pain d'épice, et veuve, en quator-
« zièmes noces. du sieur Michel ; considérant
« qu'il est probable que je ne vivrai pas toujours,
« vu l'état de vétusté de ma chétive carcasse, »
(Atlendrissenwnt d'Arlequin.) « et voulant assu-
« rer, après ma mort, un sort heureux et une
« position honorable à mon vertueux, à mon
« tendre, à monbien-aimé Moumoute, » (A ce
nom, Arlequin, qui s'était approché de plus en
plus du notaire, avec une satisfaction marquée,
et laissant bien voir qu'il croyait que c'était à
lui que s'adressaient les épithètes données au
chat, s'éloigne avec dépit. Le Procureur n'a pas
cessé de lire.) « le plus admirable des chats
« vu qu'il ne lui manque que la parole pour
« être une personne naturelle;
« Considérant que mon filleul Arlequin, qui
« est, par caractère, très-farceur, très-railleur,
« et même un peu voleur, (Indignation d'Arle-
« quin.) ne manquerait pas de tordre le cou à
« Moumoute , pour n'avoir pas la charge de le
« nourrir, si je lui en faisais don et legs ;
« Considérant que, sans déshériter mon filleul,
<c je veux assurer une douce vieillesse à mon
« chat, j'ai résolu et décidé que ce précieux
« objet de ma sollicitude, lequel a fait l'unique
« bonheur de ma vie, serait confié aux soins
« intelligents et paternels de mon voisin le
« bonhomme Cassandre. Et pour récompenser
« ledit Cassandre des petits soins qu'il donnera
« audit Moumoute, je lui lègue l'usufruit de tout
« mon avoir, s'élevant à environ deux mille
« livres de rentes, pour tant et aussi longtemps
« que mondit et adorable chat aura l'agrément
« de vivre.
« Et l'usufruit cessera du jour où l'infortuné
« Moumoute sera rayé du registre des vivants.
« D'où résulte pour le voisin Cassandre le plus
« grand intérêt à soigner, héberger, dorloter,
« caresser et même, au besoin, médicamenter
« et clystériser mon vieux chat.
« Quant à mon filleul Arlequin , dans l'espé-
« rance qu'il deviendra un jour meilleur sujet,
« et qu'il aura, pour les chats, plus de vénération
« qu'il n'en a eue jusqu'à présent, je lui lègue la
« nue-propriété de mon petit avoir, dont il ne
« touchera les rentes qu'après le décès de mon
« regrettable matou, ainsi qu'il vient d'être dit.
« Et qu'il soit fait ainsi que je le veux. Signé :
« Aurore - Paméla-Artémise- Pétronille-Cuné-
« gonde DÉBINETTE , dite la MÈRE MICHEL. »
(Cessant de lire et remettant les papiers dans son
sac.)
« Tel est le testament de cette honorable femme.
Arlequin attendra la mort du chat. Vou3, voisin
Cassandre, vous le ferez vivre le plus longtemps
que vous pourrez. Mais défiez-vous d'Arlequin
qui, si vous ne veillez pas nuit et jour sur Mou-
moute, ne manquera pas, comme l'a prévu la mère
Michel, de lui tordre le cou, ce qui est tout-à-
fait dans son intérêt.
« Au revoir, monsieur Cassandre ; je vous invite
à envoyer immédiatement chercher le chat qui
est chez moi, car il doit avoir faim, attendu que,
depuis quatre jours, il a vécu sans manger.
Ce n'est pas que la mère Michel, avant de partir
pour l'autre monde, n'eût pris la peine d'appro-
visionner de biscuits la cage de son quadrupède,
mais je soupçonne véhémentement le concierge
d'avoir fait passer les biscuits par le bec de ses
serins. » (Il s'éloigne et revient sur ses pas.)
« Quant aux titres de rentes, je vous les appor-
terai ce soir. » (Il sort.)
Pierrot fait à reculons quelques pas devant
l'homme de loi, en agitant légèrement son cha-
peau, comme pour balayer la poussière du
chemin où celui-ci doit passer.
SCÈINE V.
Tandis qu'Arlequin, retiré dans le fond du
théâtre, à droite, témoigne son dépit, et
suit de l'œil tout ce qui se passe, Cassandre
dit à Pierrot d'aller en toute hâte et avec
précaution chercher le chat (t). Pierrot s'élance
O Chaque fois que Cassandre et Pierrot veulent
désigner le chat, ils passent la main derrière leur
dos, en imitant par jdes mouvements onduleux ceux de
la queue d'un chat, et prononçant d'une voix aiguë le
miaulement: miaou !