//img.uscri.be/pth/49adaadce88ebe10af673f07b3b882c115fe41fd
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Le Gal Marchand . (Signé : G. Réal.)

De
19 pages
impr. de Maisonville (Grenoble). 1851. Marchand, Jean-Gabriel. In-8° , 20 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

LE GÉNÉRAL
—Extrait de l'AMI DE L'ORDRE du 30 novembre 1851.
GRENOBLE,
IMPRIMERIE MAISONVILLE , RUE DU PALAIS.
1851.
Quelques jours se sont écoulés depuis que la tombe
s'est ouverte pour l'un des plus illustres enfants du
Dauphiné, l'un des plus dignes serviteurs de la France,
pour le glorieux vétéran de nos grandes guerres, qui doit
laisser au milieu de nous une mémoire si pure et si
respectée. Nous voulons, à notre tour (1), essayer de
reproduire, dans un récit rapide et fidèle, quelques traits
de cette noble vie qui se prodigua tant de fois, avec une
si martiale bravoure, sur les champs de bataille, et qui
devait s'éteindre, après une longue et vénérable vieillesse,
au milieu de la paix des champs et dans les plus douces
comme dans les plus honorables occupations de l'homme
de bien.
(i) Nous avons retardé de quelques jours cette publication,
afin de nous donner le temps de puiser aux meilleures sources
les renseignements les plus complets et les plus exacts sur une
carrière militaire aussi longue que brillante. Nous avons parti-
culièrement consulté les Victoires et Conquêtes, les Fastes de la
légion d'honneur, l'Histoire du Consulat et de l'Empire, la Bio-
graphie des hommes du jour de M. Germain Sarrut, la Notice
déjà publiée à Grenoble par M. Duchesne dans le Voeu national,
et le discours prononcé par M. le général Partouneaux sur la
tombe du général Marchand. Nous avons eu également sous les
yeux des notes particulières écrites, il y a plus de vingt ans,
par une plume qui ne pouvait pas se tromper en recueillant, à
côté du général, les glorieux souvenirs de sa vie.
Jean-Gabriel Marchand naquit à l'Albenc, canton de
Vinay, le 11 décembre 1765. Sa famille le destinait au
barreau. Ses études étaient terminées et le moment
était venu pour lui de plaider devant le parlement, lors-
que éclatèrent, en 1789, ces grands événements qui
devaient renouveler le monde, et qui entraînèrent dans
leur cours toutes les générations nouvelles.
Au premier coup de canon qui retentit sur nos fron-
tières, la France se leva, jeune alors et confiante dans
ses ardeurs et dans ses espérances, qu'aucun excès
n'avait souillées, qu'aucune honte n'avait ternies. C'é-
tait l'époque de ce patriotique élan de 1791, qui devait
d'abord sauver la Révolution devant l'étranger, et, plus
tard, la réhabiliter devant l'histoire.
Le général Marchand fit ses premières armes dans la
compagnie d'éclaireurs du 4e bataillon de l'Isère. C'était
une compagnie d'élite. Il fut appelé sur-le-champ à la
commander. Le choix de ses compagnons d'armes
le fit officier le jour même où son patriotisme le faisait
soldat.
Le capitaine Marchand suivit dans la campagne de
Savoie son bataillon de volontaires, qui fut attaché,
après la conquête de cette province, au camp de Tour-
nous. Ce camp devait proléger nos frontières des Basses-
Alpes, menacées par l'armée austro-sarde. Nos troupes
n'avaient pas encore beaucoup d'expérience; les chances
de la guerre ne leur étaient pas favorables. Dans une
affaire difficile au milieu de la vallée de l'Arche, le
capitaine Marchand fut chargé par le général Rossi de
protéger avec sa compagnie d'éclaireurs la retraite des
troupes engagées. La fermeté et le sang-froid du jeune
capitaine, qui, avec une poignée d'hommes, résista bra-
vement à des forces considérables, permit aux troupes
françaises de rentrer sans perte notable dans leur camp.
Le capitaine Marchand y rentra le dernier, cinq heures
après tous les autres. Tous les périls et tous les honneurs
de la journée furent pour lui.
Le bataillon de l'Isère quitta bientôt l'armée des Alpes
pour l'armée d'Italie, après avoir été, chemin faisant,
employé au siège et à la prise de Toulon. Les champs de
bataille de l'Italie devaient fournir aux hommes de la
trempe du capitaine Marchand de nombreuses occasions
de déployer leur courage et de développer, en les exer-
çant tous les jours, leurs talents et leurs qualités mili-
taires.
Le capitaine Marchand ne tarda pas à se faire un
nom parmi les plus dignes et les meilleurs officiers de
l'armée. Nous pourrions citer beaucoup d'affaires
sérieuses auxquelles il dut sa réputation de brave soldat
et d'excellent officier ; mais voici un trait, entre mille, qui
nous montre tout ce qu'il y avait alors, comme toujours,
de vaillance chevaleresque et d'héroïque intrépidité dans
l'armée française.
En 1795, pendant l'hiver qui précéda la belle cam-
pagne du général Bonaparte, quelques compagnies de
volontaires chargées d'une reconnaissance s'engagè-
rent, pendant la nuit, au delà des lignes de l'ennemi
et non loin de quelques redoutes de campagne occupées
par les Autrichiens. La reconnaissance terminée, il fallut
repasser devant ces redoutes pour regagner le camp
français. Mais le jour s'était levé : les troupes françaises
furent aperçues par les sentinelles autrichiennes, et bien-
tôt une vive fusillade fut dirigée de toutes les redoutes
sur nos soldats.
Les deux officiers qui les commandaient marchaient
à l'arrière-garde. Us firent sur-le-champ placer leurs
troupes hors de la portée de tous ces feux, et se plaçant
eux-mêmes, tous les deux, à une courte distance d'une
redoute, ils semblèrent, dans une immobilité dédaigneuse,
braver la fusillade autrichienne. L'ennemi, excité par
cette bravade, redoubla ses feux; à chaque décharge de
mousqueterie, on pouvait croire que cette audace inouie
serait chèrement expiée. Mais non ! les officiers ne
tombèrent pas et les feux cessèrent, les Autrichiens ne
voulant pas épuiser en pure perte leurs munitions.
Alors les deux officiers français portèrent tranquillement
a main à leur chapeau, saluèrent l'ennemi lente-
ment , comme pour prendre congé de lui, et vinrent au
pas reprendre le commandement de leurs troupes.
Il n'est pas nécessaire de dire ce que valaient de tels
exemples sur déjeunes soldats qui avaient besoin d'être
aguerris, et qui, ne doutant plus, après de tels actes, de
leurs officiers, devaient beaucoup moins douter d'eux-
mêmes. De la part de ceux-ci, ce n'était pas seulement
une héroïque fanfaronnade : c'était un moyen assuré,
malgré ses risques et périls, d'obtenir la confiance du
soldat.
L'un de ces officiers était le capitaine Marchand ;
l'autre était le chef de bataillon Joubert, dont la desti-
née devait être un moment si brillante et la fin si triste-
ment, si glorieusement prématurée; la plus étroite amitié
unissait les deux frères d'armes.
Le capitaine Marchand, appelé à l'état-major de l'ar-
mée par le général en chef Schérer, prit une part glo-
rieuse à la bataille de Loano (novembre 1795). A la tête
de deux cents grenadiers et sous les ordres d'un brillant
colonel qui devait être plus tard le maréchal Lannes, le
capitaine Marchand enfonça les rangs ennemis et vint,
sur les derrières mêmes des Autrichiens, assiéger avec ses
deux cents hommes une redoute gardée par douze cents
Hongrois et six pièces de canon. Enlever la redoute,
c'était gagner la bataille. Lannes et Marchand n'hésitent
pas. L'épée à la main, ils escaladent les retranchements
sous un feu terrible, marchent aux pièces, dispersent les
Autrichiens, et, tournant les canons de l'ennemi contre
l'ennemi lui-même, ils le prennent entre deux feux et
jettent le trouble dans ses rangs par des volées de mi-
traille. Les Autrichiens sont en déroute et se retirent à
trente lieues de là, laissant de nombreux trophées entre
les mains de nos braves soldats.
Ce fut ainsi que le capitaine Marchand devint chef de
bataillon, après avoir été le soir même, devant tout
l'état-major de l'armée, l'objet des plus flatteuses distinc-
tions du général en chef.
Schérer fut remplacé dans le commandement de l'ar-
mée d'Italie par le général Bonaparte, et la guerre pré-
senta bientôt une face nouvelle. Les combats de Monte-
notte, de Millesimo, la bataille de Mondovi, la prise de
Querasco achevèrent en peu de temps la conquête du
Piémont, qui n'obtint la paix qu'en cédant son armée et
ses places fortes.
Je cite tous ces noms, parce que le chef de bataillon
Marchand prit part à toutes ces affaires. Il était encore
au passage du Pô à Plaisance, au passage de l'Adda sur
le fameux pont de Lodi, à la prise de Milan, à tous les
grands événements de cette immortelle campagne.
Le général en chef envoya le général Masséna
combattre dans le Tyrol les forces autrichiennes. L'ad-
judant général Joubert commandait l'avant-garde; le
chef de bataillon Marchand servait sous ses ordres, con-
servant dans toutes les épreuves de la guerre cette éner-
gie qui grandit avec les obstacles et qui semble se plaire
aux choses impossibles. Un jour, dans les hauteurs de
la Corona, il se présente à la tête de trois compagnies
de carabiniers devant un corps de dix mille hommes
protégé par trois lignes de retranchements, force ces
lignes, jette l'épouvante dans le camp, le disperse sans
pouvoir le détruire avec sa petite troupe, et ramène au
camp français quatre cents prisonniers. Il n'avait pas
perdu un seul homme. Masséna, qui, d'une hauteur voi-
sine, avait présidé à cette brillante affaire; accourt au-
devant de l'intrépide commandant et l'embrasse avec
transport.
Dansce poste delà Corona, Joubert était chargé, avec
son avant-garde, de lutter contre les troupes autrichien-
nes qui venaient débloquer Mantoue, assiégée par les
Français. Plusieurs fois déjà il avait repoussé l'ennemi,
lorsque, dans un engagement plus sérieux et plus vif que
les précédents, on vit déboucher une colonne d'Autri-
chiens par les défilés impraticables du Monte-Baldo,
entre le lac de Garde et l'Adige. Joubert détacha
Marchand avec deux bataillons pour conjurer le péril.
8
Marchand y réussit d'abord , les Autrichiens sont conte-
nus et vont être culbutés : une balle vient frapper en
pleine poitrine le brave commandant. Joubert, sentant la
situation fort compromise, se résout à battre en retraite
et à livrer le passage, qu'une simple avant-garde ne peut
pas disputer plus longtemps.
Marchand est transporté à Lodi et se guérit lentement
de sa blessure, pendant que l'armée française prend une
brillante revanche sur le champ de bataille de Casti-
glione. Il rejoint l'armée, qui était toujours sur l'Adige
poursuivant le siège de Mantbue, et prend le commande-
ment d'un bataillon dans la quatrième demi-brigade
d'infanterie légère. Il faisait encore partie du corps de
Masséna et de Joubert, qui gardait alors à Rivoli le
débouché de l'Adige, sur les frontières du Tyrol. Ce fut
sur ce plateau de Rivoli, et quelque temps avant la
bataille qui devait immortaliser ce nom, que le com-
mandant Marchand ajouta un beau trait de plus à tous
ceux que nous venons de citer.
Il faisait charger à la baïonnette un ennemi beaucoup
plus nombreux, lorsque sous une vive fusillade, à trente
pas des Àutrichens, les soldats de Marchand s'arrêtent :
il y avait un fossé à franchir ; ils hésitent. Le comman-
dant prend un grenadier par les épaules, le force à
franchir le fossé et à marcher devant lui en face de l'en-
nemi. Le grenadier tombe entre les bras du comman-
dant. Il est frappé à mort. Marchand revient au bataillon,
s'empare d'un second soldat, le pousse de la même
manière, et le soldat va tomber à côté de son camarade.
Cette héroïque bravoure enlève le bataillon tout entier,
qui se montre digne d'un tel chef. Mais l'affaire devint
bientôt très-sérieuse ; toute l'avant-garde de Joubert fut
engagée. Il y eut un moment d'affreuse mêlée, dans
lequel Joubert eut son cheval tué sous lui et fut lui-
même dans un grand péril. Marchand courut à lui, obli-
gea son ami et son chef à prendre son propre cheval
pour sauver une vie plus nécessaire que la sienne au
salut de l'armée. Le noble dévouement de Marchand