Le Livre des quarante nouvelles, pour les enfants, par Mmes Marie Mallet et M. Dumont

Le Livre des quarante nouvelles, pour les enfants, par Mmes Marie Mallet et M. Dumont

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189 pages

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A. Desesserts ((Paris,)). 1852. In-16, 188 p., fig. et pl..
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Ajouté le 01 janvier 1852
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Langue Français
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LE LIVRE
DES
QUARANTE NOUVELLES.
PARIS. — TYPOGRAPHIE DE MADAME VEUVE DONDEY-BOPRE,
Rue Saint-Louis, 46, au Marais.
LE LIVRE
DES
QUARANTE NOUVELLES
mm mu mmm
PAR
ïm« MARIE MALLET ET M. DUMONT.
ALPHONSE DESESSERTS
ÉDITEUR DE LA LIBRAIRIE A ILLUSTRATIONS POUR LA JEUNESSE
Passage des Panoramas, 38; galerie Feydeau, 12.
LE BON CHIEN CHARLEMAGNE.
On voyait très-sou vent
chez monsieur de Gra-
niont, un ancien mili-
taire, toujours accompa-
gné de son chien Charles
magne. Ce bon animal,
doué d'une grande in-
telligence, savait mille
petits tours d'adresse que
son maître lui avait appris lorsqu'il était au service,
et qu'il exécutait au premier commandement, ainsi
qu'un bon soldat, ce qui lui valait souvent quelques
— 2 —
croquignoles, de petits morceaux de sucre, et sur-
tout les applaudissements et les caresses de tous les
enfants.
Ernest, petit garçon de monsieur de Gramont,
éprouvait un très-grand plaisir à commander Charle-
magne. Un jour, que le cher enfant lui avait fait faire
l'exercice, c'est-à-dire la charge sur l'ennemi, les cris
du blessé et le cheval allant à l'ambulance, monsieur
de Gramont, témoin de ce petit spectacle dont il rit
de bon coeur, après avoir récompensé Ghaiiemagne,
dit à son fils : — Ce chien est un bon militaire et fait
honneur à son nom. — Je crois, papa, que Charle-
magne était un grand roi! — Son règne fait époque
dans notre histoire, répondit monsieur de Gramont.
Chaiiemagne était fils de Pépin le Bref, premier roi
de la seconde race ; il fut le vingt-quatrième roi de
France, monta sur le trône en 768, âgé de 26 ans,
régna 46 ans, et mourut à l'âge de 72 ans.
— Comme il était vieux! interrompit Ernest. Est-ce
qu'il a fait la guerre, papa? — Charlemagne éleva la
France, par ses conquêtes, au plus haut point de gloire.
Il vainquit les Saxons, passa les Alpes, soumit l'Italie
— 3 —
septentrionale et se fit couronner roi de Lombardie.
— Tiens ! il avait donc deux royaumes? —Il alla en-
suite en Espagne, s'y rendit maître de plusieurs pro-
vinces et perdit, au retour, le fameux capitaine Ro-
land, renommé par sa valeur. Il défit, après cela, les
Arabes, qui étaient entrés en Italie, et prit plus tard
la Bavière, l'Autriche et la Hongrie. -^-11 prenait donc
tout, monsieur Charlemagne? dit Ernest en riant.
—Enfin, reprit monsieur de Gramont, Charlemagne
se trouvant à Rome, en 800, le pape Léon III le pro-
clama empereur d'Occident, le jour de Noël, dans la
basilique de Saint-Pierre. — Comme c'est beau d'être
empereur ! dit Ernest; est-ce que je ne le serai pas, moi
aussi? — Je ne le pense pas, lui répondit son père.
Tu vois, par ce que je viens de te dire, que le nom de
Charlemagne est, peut-être, le nom le plus célèbre
de notre histoire et qu'il n'est pas permis à un petit
garçon de ton âge d'ignorer les principaux traits qui
caractérisent la vie d'un si grand roi. Car en s'occu-
pant de la gloire de la France, il veillait au bonheur
de ses sujets; il protégea les arts, les sciences, fut un
roi juste, religieux, et mérita, par ses actes glorieux et
LE MOULIN A YENT.
Georges était à la campa-
gne avec sa tendre mère,
madame Grégoire. Ce petit
garçon regardait de la fenêtre
I du salon les grandes ailes
d'un moulin à vent qui tour-
naient rapidement, et avec
; régularité, depuis le matin.
—Mère, dit Georges en atti-
I rant madame Grégoire près
de la fenêtre; mère, à quoi
servent les moulins à vent ?
— A moudre le blé, mon fils.
— 6 —
— Pourquoi moud-on le blé, mère ?
— Pour faire de la farine, Georges, dit la bonne
mère... ensuite, avec cette farine, on fait du pain et
des gâteaux. Le blé forme la principale nourriture de
l'homme.
—Et qui est-ce qui a fait le blé? reprit le petit ques-
tionneur.
— G'estDieu, mon fils, qui a tout créé sur la terre.
— Alors on doit remercier Dieu qui nous a donné
du blé pour faire du pain et des gâteaux, n'est-ce pas,
mère?
— Oui, cher enfant, car Dieu est notre père infini-
ment miséricordieux i
— Et où vient le blé, mère? continua Georges après
un court silence.
— Dans les champs. Vois-tu, là-bas, ce paysan qui
creuse la terre?... il travaille depuis le point du jour, la
sueur inonde son front; cependant il continue avec
courage sa sainte tâche! Ce laboureur, mon fils, sème
le blé! "
— Que Dieu bénisse le laboureur ! dit Georges avec
une charmante gravité. M. M.
LES PAQUERETTES.
Dieu ! que j ' aime les champs 1
disait Caroline à sa gouver-
nante, en sautillant comme
un petit oiseau, sur l'herbe
■ encore toute couverte de la
rosée du matin. — Ne courez
pas ainsi sur le gazon, ma
chère j vos bottines sont mouil-
lées et l'humidité pourrait
vous enrhumer. — Non, ma bonne, je ne m'enrhume
jamais..— Passez sur le sentier, cela vaudra mieux.
— 8 —
— C'est trop dur, j'aime mieux rester sur le gazon, il
est aussi doux qu'un velours.
— Pourquoi donc, ma bonne, dit Caroline en mar-
chant sur la pointe des pieds, l'herbe est-elle couverte
de petites gouttes d'eau? Voyez comme elles brillent
au soleil, on dirait des diamants de toutes couleurs. —
C'est en effet très-joli, répondit la gouvernante; cela
provient de la réflexion de la lumière sur la rosée,
c'est-à-dire, les rayons du soleil dans l'eau; c'est un
effet de lumière, — Je ferai aussi des effets de lumière,
dit Caroline en riant, pour amuser mon petit frère.
Mais, ma bonne, depuis que nous sommes à la cam-
pagne il ne pleut pas, et tous les matins, les arbres,
les fleurs, le gazon, tout est mouillé. On dit que c'est
la rosée, eh bien, moi, je ne comprends pas ça. Il
pleut donc dans la nuit? —Non, ma chère; mais
quand le soleil est couché, n'avez-vous pas moins
chaud que dans le milieu du jour? — Oh! oui, je l'ai
bien remarqué. — C'est qu'alors, l'humidité qui est
contenue dans l'air, n'étant plus absorbée par les
rayons du soleil, retombe sur la terre dont elle cou-
vre toutes les parties, de même que vos mains sont
— 9 —
mouillées quand vous les mettez à la vapeur de l'eau
bouillante; rappelez-vous comme vous aviez froid
l'autre soir? — Oh! c'est vrai, dit Caroline, je trem-
blais presque, et mon pardessus était un peu mouillé.
— C'était, répliqua la gouvernante, la rosée du soir,
qui commençait à tomber. —Pourquoi y a-t-il de là
rosée? — Je l'ignore, répondit la bonne ; je sais seule-
ment qu'elle est salutaire aux plantes, et que Dieu ne
fait rien d'inutile.
— Ma bonne, dit Caroline après un moment, voyez
donc ces jolies petites fleurs. — Ce sont des pâque-
rettes. — Ah! des pâquerettes? Eh bien, je les aime
beaucoup, les pâquerettes, et je vais en cueillir pour
faire un beau bouquet, que je donnerai à ma petite
maman au retour de la promenade ; elle sera bien con-
tente, n'est-ce pas, ma bonne? — C'est une attention
qui lui fera plaisir.
Et la chère petite en prit aussitôt une poignée.
— Mais regardez donc, dit-elle en cueillant à droite
et à gauche, elles sont toutes fermées; j'ai beau souf-
fler dessus, elles ne veulent pas s'ouvrir, pourquoi
donc? —> C'est qu'elles dorment encore.— Comment !
— 10 —
les plantes dorment?— Sans doute, ma chère. —=■
Elles dorment comme moi, les yeux fermés? — Les
plantes n'ont pas d'yeux ; mais les petits pétales blancs,
qui sont ouverts dans le milieu du jour, se réunissent
en un seul point au coucher du soleil, pour préserver
la fleur de la fraîcheur de la nuit, ou de l'humidité
de la rosée. — Voilà qui est étonnant! Et quand s'ou-
vriront-elles? — Lorsque le soleil sera bien élevé sur
l'horizon. — Je ne suis pas si paresseuse, moi, je me
lève plus tôt que les pâquerettes, j'ai beaucoup de
plaisir à les voir. Mais cela ne m'empêche pas d'avoir
bien faim; allons déjeuner, ma bonne, car je ne serais
pas fâchée de manger un peu, et d'apprendre à papa
que les pâquerettes dorment, et qu'elles prennent des
précautions pour ne pas s'enrhumer.
M. D,
UN JEU DE PATIENCE.
— Sais-tu, Léonie, que le
voilà déjà grande? disait ma-
dame de Neuville à sa jolie
petite fille. —Oui, maman, j'ai
sept ans aujourd'hui, et j'en
suis bien contente. — Cela me
fait autant de plaisir qu'à toi,
lui dit sa mère, à ton âge, mon
enfant, on devient raisonnable
et l'on pense à s'instruire. —
Maman, je sais lire et compter. — Sans doute, répli-
qua madame de Neuville; mais cela ne suffit pas; il
— 12 —
faut savoir mille autres choses : un peu d'histoire, de
géographie... — Oui, maman, dit la bonne petite, je
veux tout savoir. Apprends-moi quelque chose pour
me rendre savante; je vais m'asseoir au près, de toi
dans mon petit fauteuil, comme si j'étais une visite,
et nous causerons ensemble, tandis que tu broderas
mon petit col.
— Pour commencer la conversation, je te demande-
rai, reprit madame de Neuville, comment on nomme
la ville que nous habitons. — Oh! je le sais bien, dit
Léonie en riant, Paris. —- C'est juste, lui dit sa nière.
Mais qu'est-ce que Paris, et où est-il situé? —L'ins-
truction de Léonie n'allant pas au delà : — Je n'en
sais rien, répondit-elle; Paris, c'est Paris, ma petite
mère.
— Paris, mon enfant, est la capitale de la France,
notre patrie, ainsi nommée parce qu'elle est supé-
rieure à toutes les villes du royaume, par son étendue
et les beaux et nombreux édifices qu'elle renferme. —
Maman, la France est-elle beaucoup plus grande que
Paris? — La France forme un état considérable qui
contient dans son étendue un grand nombre de belles
— 13 —
et de petites villes, toutes bien peuplées; c'est l'en-
semble de tout cela qui se nomme la France. —Y a-t-ii
aussi des campagnes dans la France? demanda la petite
Léonie, qui aimait les longues promenades. — On en
voit de tous les côtés, lui répondit sa mère; le soîr
qui est fertile et cultivé, est entièrement couvert de
champs, de montagnes, de forêts et de rivières. —
Attends un peu, pour rn'apprendre tout cela, dit
Léonie en interrompant sa mère, que je prenne
une tartine.
L'aimable enfant revint au bout d'un moment ; elle
avait mangé sa tartine et passait dans sa bouche ses*
petits doigts encore tout poissés de confitures. — Ma-
man, dit-elle, je voudrais bien voir toute la France,
pour me promener dans toutes ses belles villes. — Ce
serait un peu difficile, lui répondit sa mère; tes petites-
jambes ne pourraient pas y suffire. Mais, afin de t'en
donner une idée, continua madame de Neuville era
prenant une jolie boîte cachée derrière elle, voici uu
jeu de patience dont je te fais cadeau; je l'ai acheté
à ton intention. En ajustant toutes les pièces, qui
doivent rentrer les unes dans les autres, tu auras la
— 14 —
représentation de la France ainsi que sa division an-
cienne et moderne.—Bonne mère, que je te remercie !
dit Léonie en sautant de joie, et, cherchant à ouvrir
la boîte avec ardeur, elle fit tomber tout le jeu; ce qui
lui attira une légère remontrance de sa mère.
Le tout ayant été ramassé par la chère enfant, ma-
dame de Neuville eut la complaisance de monter la
patience aux yeux étonnés de Léonie, qui jeta des cris
d'admiration à la vue de la France étendue devant
elle comme par enchantement. — Pour se reconnaître
dans tout cela, lui dit sa mère, on a divisé la France
en quatre-vingt-six parties, que l'on nomme départe-
ments; ce petit jeu t'instruira et t'amusera en même
temps ; tu peux voir aussi sur ta patience les noms des
anciennes provinces, qui étaient au nombre de trente-
deux. — Oui, maman, dit l'aimable enfant en posant
son petit doigt sur la Normandie, voici le pays de ma
nourrice. — En effet, lui dit sa mère. — Et Léonie
avait déjà brouillé le jeu, tout impatiente qu'elle était
de l'arranger elle-même. —Demain, continua-t-elle,
je me promènerai dans toute laFrance avec ma poupée,
nous ferons des voyages, des parties de campagne, et
13
nous reviendrons toujours à Paris, pour t'embrasser,
bonne mère. — En achevant ces mots, Léonie donna
deux baisers à madame de Neuville et courut visiter
ses autres bagatelles.
M, D.
ADOLPHE ET LA LUNE.
— Père ! père ! écoute - moi, •
dit le petit Adolphe à monsieur
Bergeron, en le tirant par les
basques de son habit.
D'abord il faut que j'apprenne
à mes jeunes lecteurs que mon-
sieur Bergeron se promenait, par
un beau soir d'été, dans le vaste
jardin qui s'étendait devant son habitation.
— Que veux-tu, mon fils? dit ce bon père à Adol-
phe.
— Ah! papa, ma cousine Henriette me conte des
—- 17 —
choses bien drôles..... elle dit que la terre tourne
autour du soleil; c'est pour rire, n'est-ce pas, qu'elle
dit cela ?
—Mais non, mon cher enfant, répondit monsieur
Bergeron, Henriette t'a dit la vérité.
— Comment, petit père ! reprit Adolphe fort surpris,
notre monde marche, il bouge?
— Certainement ; notre terre, qui est toute ronde
comme une orange, roule dans l'espace ; elle tourne
autour du soleil, qui nous donne la lumière et la
chaleur.
— Alors, dit Victor, le frère d'Henriette, notre
monde ressemble à un ballon.
— C'est très-singulier, dit Adolphe d'un air pensif.
— Mais, reprit-il après un court silence, on dit : le
soleil se lève, le soleil se couche, où va-t-il donc se
coucher?
— Pendant bien des siècles, répondit monsieur
Bergeron, les peuples, plongés dans l'ignorance,
croyaient que le soleil faisait le tour du monde : de là
l'habitude de dire que le soleil se couche, quand il
disparaît à nos yeux pour éclairer d'autres parties de
— 18 —
la terre... C'est au contraire la terre qui s'est tournée
et a présenté aux rayons du jour l'autre moitié de son
globe.
— Mais, dit le petit questionneur, qui fait mouvoir
le monde?
— Tu le sais, Adolphe. Tu le répètes chaque soir
avec ta mère. Rappelle-toi.
— Ah! quand je dis mes prières, s'écria Adolphe...
je dis : Père tout-puissant, créateur du ciel et de la
terre! C'est Dieu !
— Oui, mon fils, reprit monsieurBergeron, c'est Dieu
qui a créé toutes ces merveilles et nous a doués d'intel-
ligence pour les comprendre, les admirer et le bénir.
— Et la lune... court-elle aussi au tour du soleil?
— Non, elle tourne autour de notre monde, elle en
fait le tour en vingt-quatre heures.
■—La terre met-elle longtemps à marcher autour
du soleil, papa? demanda encore Adolphe.
— Oui, elle met douze mois, c'est-à-dire toute une
année.
— Elle ne rnarche donc pas aussi vite que la lune?
dit Adolphe en riant; oh! la paresseuse!
— 19 —
— Il ne faut jamais accuser avant d'être bien ren-
seigné, répondit monsieur Bergeron : la terre ne mé-
rite pas cette injure, car elle fait un bien long voyage,
pendant que la lune en fait un infiniment plus court.
— C'est égal! dit Adolphe, j'aime mieux la lune,
parce qu'elle ne me fait pas mal aux yeux quand je la
regarde.
— Pas d'injustice, dit monsieur Bergeron en sou-
riant, chacun a son rôle et a droit à notre reconnais-
sance. Le soleil nous chauffe et mûrit les récoltes, le
blé, le raisin, tous ces bons fruits que tu aimes tant.
— Eh bien! s'écria Adolphe, j'aime le soleil comme
toi, père, et la lune comme notre douce et patiente
mère.
Et le jeune enfant envoya un baiser à la lune qui
ino ndait ses cheveux blonds de ses rayons argentés.
M. M.
L'ENFANT ET LE HANNETON.
— Hanneton! vole, vole!
s'écria la voix joyeuse du
jeune Emile Dur oc en entrant
bruyamment dans la chambre
de sa mère :
— Bonjour, mèrel
— Bonjour, mon ange ai-
mé... que tiens-tu serré ainsi
dans ta main?
—Un hanneton que le petit voisin Hector m'a donné.
— Tu le serres trop, enfant, tu ne crains donc pas
de lui faire du mal?
— '21 —
— Est-ce que cela sent le mal qu'on leur fait,
comme nous? demanda Emile en ouvrant un peu sa
main.
—Certainement, mon fils... vois comme ce pauvre
insecte cherche à t'échapper....c'est qu'il redoute la
pression de tes doigts, il craint d'être écrasé.
— Hector a traversé la queue de son hanneton
avec une aiguille et y a attaché un fil; il le fait voler
ainsi très-bien; le hanneton ne peut s'en aller, car le
fil le retient. Est-ce que cela le fait souffrir, mère?
— Mon amour, si je perçais ta petite main avec un
couteau, et que je passe une corde dans cette ouver-
ture?...
— Oh! tu me fais peur! interrompit vivement Emile
en cachant ses mains derrière son dos.
— Enfant! je t'aime trop pour te causer une pareille
douleur... j'aimerais mieux... mille fois mieux, per-
cer les miennes! Mais, revenons à nos hannetons; tu
comprends que ce que fait Hector prouve un mauvais
coeur; il est beaucoup plus âgé que toi, et il sait qu'il
fait une méchante action, en torturant une pauvre
bête qui ne peut se défendre.
— 22 — -
— Oh! je le lui dirai, s'écria vivement Emile.
Mais, maman, continua le jeune garçon en regar-
dant son hanneton qui rampait sur la table... mais,
maman, qui est-ce qui a fait ces bêtes-là ?
— C'est Dieu... toujours Dieu... Dieu qui est par-
tout, qui a tout créé, qui fait tout vivre par son amour.
Aussi il n'est pas content quand on fait inutilement
souffrir les bêtes auxquelles il a donné la vie!
— Je ne le ferai plus, mère, dit gravement Emile.
— Maman! il s'envole! s'écria l'enfant en voyant
le hanneton ouvrir ses ailes, prendre son élan et
s'élancer par la fenêtre ouverte.
— Il est heureux, répondit madame Duroc en sou-
riant, il est libre; il va se reposer sur les branches
des arbres du jardin, et il racontera à d'autres in-
sectes de son espèce les dangers qu'il a courus et la
peur qui le fait encore trembler.
— Qu'est-ce qu'un insecte, mère?
*— Un insecte est un petit animal dont le corps est
divisé et comme coupé par des anneaux. Il y en a de
plusieurs sortes : les uns rampent comme les vers, les
chenilles ; les autres marchent comme les fourmis ;
23 —
et d'autres volent comme les mouches, les hannetons
et les papillons.
— Merci, mère, dit Emile tout pensif et bien décidé
à ne plus faire de mal à aucune bête.
M. M.
HENRI QUATRE.
Madame de Valbrun, pro-
priétaire d'une charmante ha-
bitation située à Montmo-
rency 7, était venue passer quel-
ques jours à Paris, avec Albert,
son petit garçon, pour y faire
l'achat de quelques livres né-
cessaires à l'instruction de ce
cher enfant.
Albert, qui aimait à tout savoir et beaucoup à cau-
ser, trouvait dans la capitale, si remarquable par les
beaux monuments qu'elle renferme, mille moyens
— 25 —
de satisfaire-'son goût pour apprendre, goût très-
louable, qui lui faisait adresser une foule de questions
à sa mère, sur les divers objets qui s'offraient à sa vue.
Madame de Valbrun, dont la tendresse était extrême
pour son fils, l'emmenait toujours avec elle dans ses
visites ou ses promenades, écoutant avec intérêt les
petites remarques d'Albert, dont elle profitait souvent
pour orner son esprit de quelques connaissances
utiles.
Un jour qu'ils passaient sur le pont Neuf, Albert
s'arrêta, en disant à sa mère : — Vois donc, maman,
ce grand cheval! nous n'en avons pas comme ça à
Montmorency. — C'est un trop petit endroit, lui ré-
pondit-elle ; les statues se placent ordinairement dans
les grandes villes. —Pourquoi donc, maman?—Parce
qu'étant un objet d'art et consacrées à la mémoire
des hommes célèbres, dont elles rappellent les vertus
ou les talents, on ne les met que dans les villes prin-
cipales, surtout les statues équestres. —Qu'est-ce que
c'est qu'une statue équestre? demanda aussitôt Albert.
— C'est ce que tu vois ici, un homme à cheval. —
Ah! et quand je monte sur le mien, je suis donc aussi
— 26 —
une statue équestre? — C'est-à-dire, répliqua sa mère,
que tu es placé ainsi qu'on les représente.
En causant ainsi, madame de Valbrun s'arrêta un
moment sur le carré du pont Neuf pour faire reposer
Albert, et lui donner le temps d'examiner le cheval qui
avait attiré son attention. — Maman, dit-il, comment
s'appelle ce beau militaire qui se tient si bien à che-
val? — C'est Henri Quatre, lui répondit-elle, l'un de
nos rois de France. — Papa dit, reprit l'enfant, que
c'était un bon roi. — Oui, mon ami, Henri IV fut un
homme courageux, de beaucoup de génie et d'un
grand caractère; il voulait, disait-il, que sous son
règne, chaque famille pût manger la poule au pot tous
les dimanches- — Il avait raison, Henri IV; c'est si
bon la poule au pot! — La tendresse qu'il portait à
ses sujets lui valut le nom de Père du peuple. —
A-t-il fait la guerre, maman? — Henri IV fut un
grand capitaine, il combattit la ligue avec succès,
c'est-à-dire, les factieux qui ne voulaient pas le
reconnaître pour roi de France. Il gagna les batailles
d'Ivry, d'Issoire, de La Fère, et plusieurs autres. —
Moi aussi, dit Albert, je veux être un grand roi, pour
— 27 —
gagner des batailles. Il n'a pas été tué, maman? —
Non; mais il fut malheureusement assassiné par Ra-
vaillac, en 1610, après avoir régné 21 ans. — Oh! le
méchant! dit Albert, si j'avais été là, je lui aurais
coupé la tête avec mon sabre, n'est-ce pas, maman? Et
son petit garçon, il a bien pleuré? — Son fils aîné lui
succéda sous le nom de Louis XIII. On connaît aussi
Henri IV sous le nom du Béarnais, continua madame
de Valbrun, parce qu'il était né à Pau, dans le Béarn,
d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret. Les Pa-
risiens , ne voulant pas le recevoir comme roi, parce
qu'il était protestant, il fut obligé d'assiéger Paris, et
se fit catholique pour ménager ses sujets et se faire
ouvrir les portes delà ville. — Moi, j'aurais sauté par-
dessus le mur, répliqua Albert, en disant à tout le
monde : Me voilà! c'est moi qui suis le roi. — Les
choses ne se font pas'ainsi, mon ami. Henri IV em-
ploya cependant ton moyen pour faire parvenir du
pain aux Parisiens, ce qui lui attira l'amour de son
peuple, dont il fut le père. — Quel .bon roi! disait
Albert en donnant la main à sa mère qui s'était levée
pour continuer sa route. M. D.
LE COLLIER D'OR.
— Je veux un collier d'or
comme celui de ma petite voi-
sine flortense! s'écria Berthe,
en entrant chez sa mère, toute
rouge de volonté.
—Que dis-tu, mon bel ange?...
répondit doucement madame An-
dré ; mais parle plus bas, ou tu
réveillerais ton petit frère qui dort.
— Maman, je veux un collier d'or... c'est beau,
c'est tout jaune, et cela reluit au soleil !
— 29 —
— Oui, mon enfant, c'est très-beau; mais je n'ai pas
d'or, moi, pour t'avoir un collier.
—Vas-en chercher, maman, dit la petite fille d'un
air décidé.
— Ma fille, Dieu n'aime pas les enfants qui parlent
à leur mère sans respect et sans soumission.
— Mère, je ne le ferai plus!... S'il te plaît, va me
chercher...
— Mon amie, dit madame André en prenant sa
fille sur ses genoux, l'or est un métal qui se trouve
très-profond dans la terre... des esclaves dans quel-
ques pays, des ouvriers dans d'autres vont creuser
le roc, la terre et le sable pour en trouver... puis, on
le fond dans un grand feu, on le travaille longtemps,
et il devient alors brillant comme le collier de ta petite
voisine. Veux-tu que je parte, que j'aille bien loin à
travers les mers pour te chercher de l'or?...
— Oh! non, maman, reste avec moi, dit Berthe
en se serrant sur le sein de sa mère... Mais, reprit-
elle , la maman d'Hortense n'est pas allée bien loin,
elle a acheté le collier chez un monsieur qui en a
beaucoup d'autres.
— 30 —
— C'est possible, Berthe, répondit madame André j
cette dame est très-riche, je ne le suis point, mes seuls
trésors à moi, ce sont mes enfants... et je suis très-
heureuse quand ils sont sages et doux !
— Pourquoi n'es-tu pas riche, maman ?
— Parce que Dieu donne à chacun selon sa sagesse,
mon enfant; vois, cette dame n'a qu'une fille; moi,
j'ai trois beaux anges qui m'aiment et me caressent...
je n'envie pas son sort. Hortense a son collier d'or;
mais, toi, tu as une soeur, une douce compagne, et ton
petit frère qui suspend ses bras roses à ton cou...
voudrais-tu les donner tous deux pour ce collier que
tu désires?
— Oh ! non, maman! dit Berthe de tout son coeur.
— Vois comme Dieu répartit sagement les biens de
ce monde! continua madame André : cette petite
fille est moins heureuse que toi. D'ailleurs Dieu nous
défend de convoiter ce qu'il lui a plu de donner à nos
semblables... nous devons le bénir pour les bienfaits
dont il nous comble chaque jour, et nous soumettre
toujours à sa volonté... car ce qu'il fait est bien fait !
M. M.
PETIT PAPILLON BLEU.
Il y avait plus d'un
quart d'heure que Berthe,
aimable petite fille de
monsieur Granger, cou-
rait après un joli papillon
bleu, lorsqu'elle s'arrêta
tout essoufflée, en disant
avec malice : — Petit pa-
pillon bleu, tu ne m'é-
chapperas pas ! Comme
s'il eût entendu, le char-
mant insecte se pose sur
une fleur nouvelle, puis
échappe encore aux petits doigts qui voudraient le
— 32 —
saisir, en Voltigeant successivement sur toutes les
roses du parterre- — Oh! le méchant papillon! dit
Berthe, il s'envole toujours quand je veux le prendre;
mais c'est égal, tu seras mon prisonnier, petit papillon
bleu. Comme te voilà rouge ! lui dit son père, qui arri-
vait auprès d'elle; il ne faut pas courir aussi fort, cela
te ferait mal. — C'est ce papillon que'je veux avoir,
et qui s'en va quand j'approche; je marche pourtant
bien légèrement. Je crois qu'il s'amuse à me contra-
rier. — Non, mais il échappe au danger en faisant
usage de ses ailes, lui répondit monsieur Grânger.
Tandis que cette chère enfant causait avec son père,
le petit papillon bleu, qu'elle ne perdait cependant
pas de vue, se trouva pris dans le réseau de son frère
Charles, qui le poursuivait aussi. — C'est moi qui le
tiens! cria-t-il avec bonheur. — Comme il est joli! dit
Berthe en le regardant et en le prenant dans ses doigts,
qui s'imprégnèrent aussitôt d'une espèce de poussière
bleue, poussière dont la couleur varie selon celle du
papillon. — Mes doigts sont tout bleus, dit-elle à son
père, avec étonnement. — Cette couleur apparente,
lui répondit monsieur Granger, dont les ailes du pa-
— 33 —
pillon sont couvertes, est une sorte de poudre qui sert
à garantir la délicatesse de cet organe; elle se détache
en partie lorsqu'on y touche. —Gomme c'est joli un
papillon ! dit Charles, je veux en avoir de toutes les
façons. —Ils sont très-variésj répliqua son père, et
l'on en fait de belles et nombreuses collections. L'exis-
tence du papillon est très-courte dans son état de pa-
pillon.—Dans quel état est-il donc autrement, papa?—
Il n'est d'abord qu'un ver, une chenille, dont tu peux
voir le corps en regardant sous les ailes de ce joli papil-
lon bleu. — Quoi ! mon papillon est une chenille? oh !
ça me contrarie, je ne veux plus le toucher, car j'ai une
peur affreuse de ces bêtes-là. — Les chenilles ne font
pas de mal, reprit Charles, j'en touche toute la journée
et le jardinier aussi. — Mais, papa, dit Berthe, com-
ment la chenille peut-elle devenir papillon ? — Il
s'opère une métamorphose très-surprenante dans cet
insecte, répondit monsieur Granger. La chenille vit un
certain temps dans son état primitif, au bout duquel
elle retire d'elle-même une substance liquide et goin-
meuse, qui devient solide àTùhpression de l'air et dont
elle forme une sorte de réseau fortement serré, qu'elle
— 34 —
attache entre deux feuilles, telle que la chenille des
jardins, ou à quelques petites branches d'arbres ou
d'arbrisseaux, comme le ver à soie. Lorsque les che-
nilles ont ainsi bâti leur demeure, elles s'y enferment
et restent plongées dans un engourdissement complet,
durant lequel elles n'offrent plus à l'oeil qu'une petite
boule brunâtre, sans mouvement, qu'on nomme chry-
salide. — Comme c'est drôle! dit Berthe. — J'en ai vu
beaucoup, ajouta son frère..— Ceci, reprit monsieur
Granger, est une première métamorphose, et au bout
de quelques jours on est tout étonné de voir sortir de
cette enveloppe grossière un joli papillon bleu, blanc,
rose ou de toute autre couleur, semblable à celui que
tu viens d'attraper tout à l'heure, dont on admire
Léiégânce et la diversité des nuances. C'est dans son
état de papillon que la chenille dépose ses oeufs.
Parmi ces insectes, continua monsieur Granger, on
distingue les vers à soie originaires de la Chine, ap-
portés par de bons missionnaires en Europe, où ils se
sont multipliés et acclimatés. Le ver à soie est aujour-
d'hui une branche de commerce des plus importantes
pour l'industrie. — Je ne croyais pas mon papillon
— 33 —
bleu si intéressant, dit Berthe. Si tu veux, mon frère,
nous ferons une collection de tous les papillons.
— Je vous aiderai de mes conseils, mes enfants;
nous les étudierons ensemble, et je vous montrerai
comment la chenille devient chrysalide, puis après
papillon.
M. D. :
PARMENTIER ET LES POMMES DE TERRE.
Edouard et Georgina
étaient à la ferme de leur
bonne nourrice, fraîche et
belle paysanne des envi-
rons de Caen, en Norman-
die. Ils se promenaient
avec elle dans les champs,
voyaient rentrer la mois-
son et paître les vaches et
les brebis dans la prairie.
— Nourrice, s'écria Georgina, belle petite blonde
de quatre ans, qui s'attachait au jupon de la bonne
— 37 —
paysanne et la suivait partout; nourriee, qu'est-ce que
font ces hommes dans ce champ, là-bas, avec ces
machines qu'ils élèvent en l'air, puis, qu'ils plongent
dans la terre?
— Ces machines sont des houes avec lesquelles ces
hommes tirent les pommes de terre du terrain où
elles ont grandi, dit la, nourrice.
— J'aime bien les pommes de terre, moi, dit
Edouard en courant vers le champ, voyons de quoi
elles ont l'air en sortant de la terre !
— Sous le règne de Louis XVI, roi de France, dit la
fermière, un homme de bien, voyant beaucoup de
pauvre monde sans pain, car il y a des années où la
récolte de blé est mauvaise, prit-en pitié tous ces
enfants sans nourriture, et il apporta d'Amérique
i cette racine ronde que nous appelons la pomme de
terre et en planta dans ses champs... puis en donna
à tous ceux qui venaient lui en demander; depuis ce
jour, il n'y eut plus de famine en France... personne
ne mourut de faim.
-—Comment s'appelait ce brave homme? dit
Edouard.
38 —
— Il s'appelait Parmentier, dit la nourrice.
— Je n'oublierai pas ce nom-là, répondit le jeune
garçon avec recueillement.
— Et tu as raison, enfant : le nom de celui qui
nourrit le pauvre est le plus grand après celui de
Dieu.
" - • ' M. M.
LA GEOGRAPHIE.
—Oh ! comme je voudrais sa-
voir lire comme toi sur les car-
tes de géographie! s'écria Adèle
Montel en se penchant sur l'é-
paule de sa cousine Alphonsine,
qui regardait une carte d'Angle-
terre.
— C'est très-facile, Adèle, regarde : l'Angleterre est
une île, c'est-à-dire une partie déterre entièrement
entourée d'eau.
— Et comment y va-t-on alors ? demanda Adèle
— 40 —
—Tu ne réfléchis jamais, Adèle, avant de parler,
répondit Alphonsine d'un petit air sérieux; on y va en
bateau... les bateaux sont faits pour passer l'eau.
— C'est vrai, reprit la petite fille ; notre oncle
Alexis nous a prises dans son canot dimanche dernier
pour nous mettre dans l'île Saint-Ouen... nous avons
passé l'eau comme pour aller en Angleterre.
— Oui ; mais on va en Angleterre dans de grands
navires, et non pas dans de petits canots.
— Ah î qu'est-ce que c'est que de grands navires?
demanda Adèle curieusement.
—Tu ne comprends rien, ma chère, dit la cousine
avec un peu d'impatience; les navires sont plus grands
que les bateaux... mais c'est la même chose. Tiens,,
par exemple, ta maman est plus grande que toi... tu
es plus petite... mais c'est la même chose... tu. com-
prends, n'est-ce pas ?
— Oui, très-bien, répondit Adèle ; les bateaux sont
les enfants des navires.
Alphonsine, ne pouvant affirmer le contraire, resta
muette:
— Voilà, reprit-elle après un court silence en indi-
— 41 — , ,
quant un gros point noir sur la carte, voilà la capitale
de l'Angleterre qui s'appelle Londres.
— Londres! s'écria Adèle en ouvrant tout grands
ses beaux yeux bleus ; mais c'est là que mon papa
est allé ! Maman m'a dit que c'était une ville immense
où l'on parle l'anglais.
— Sans doute, puisque c'est le langage du pays. .,
dit Alphonsine... Ne vois-tu pas combien il est agréa-
ble de savoir la géographie et de pouvoir se dire en
regardant une carte : Mon père est là... pour revenir
à nous, il prendra le chemin de fer qui le conduira à
Douvres, port de mer sur les côtes méridionales de
l'Angleterre... puis, il s'embarquera sur un beau
bateau à vapeur, qui le portera à Calais, port de mer
sur les côtes au nord de la France, et alors, en peu
d'heures, il sera ici à Paris, près de nous, dans nos
bras.
— Tu as raison, ma cousine, dit Adèle ; apprends-
moi bien vite cette intéressante science, qui fait
qu'on peut suivre les pas de ceux que l'on aime
d'un bout du monde à l'autre, et qui rend l'absence
moins pénible.
— â2 —
De ce jour cette petite fille étudia beaucoup, et
quand son papa revint, elle put lui montrer sur la
carte la route qu'il avait suivie, ce qui fut une grande
joie pour ce bon père.
M. M. '■
L'ELEPHANT.
— Oh ! mon petit papa, dit
Alphonse en courant embras-
ser son père, qui rentrait
en ce moment, si tu savais
comme je me suis amusé! —
Qu'as-tu donc fait, mon ami?
lui demanda-t-il. — Nous ar-
rivons du jardin des Plantes,
répondit madame de Ver-
neuil. — C'est une belle promenade, reprit monsieur
de Verneuil, où l'on peut courir et jouer à l'aise. Le
jardin des Plantes est surtout intéressant et curieux
par toutes les choses qu'il renferme.
Voyons, continua-t-il en s'asseyant et tirant à lui
son petit garçon, qu'il mit entre ses jambes ; raconte-
moi ce que tu as vu.—Tout, papa, tout ; les oiseaux, les
fleurs, les animaux et leurs petites maisons, j'ai tout
visité; aussi je suis bien fatigué. —Et l'ours Martin?
tu ne m'en parles pas. —Je l'ai vu aussi, papa; mais
il n'a pas voulu monter sur son arbre pour avoir du
gâteau. Tiens, vois-tu, petit père, ce qui me plaît le
plus, ce sont les beaux petits moutons et les jolies
petites chèvres qui me suivaient pour avoir du pain ;
n'est-ce pas, maman? —Oui, mon ami, Alphonse,
ajouta madame de Verneuil, a partagé son déjeuner
avec tous les animaux du jardin des Plantes. — Je ne
veux plus voir les singes, reprit l'enfant, ils sont trop
laids. Si tu savais, mon petit papa, ils m'ont fait les"
plus vilaines grimaces.
— Et l'éléphant, qu'en dis-tu? demanda monsieur
de Verneuil à son fils. —Je ne l'aime pas non plus, il
est trop gros, et sa grande trompe me fait peur ; je me
suis sauvé quand je l'ai vue. — C'est un petit poltron,
répondit sa mère. —L'éléphant, reprit monsieur de
Verneuil, n'est pas aussi effrayant que tu veux bien le
- 45 -
dire; son naturel est doux et pacifique; se nourrissant
de racines et de branches d'arbres, son caractère n'a
rien de cruel. — Il ne mange pas les enfants, papa?—
Non, mon ami; loin de nuire à l'homme, il luirend, au
contraire, les plus grands services dans son pays natal,
où l'on est parvenu à le rendre domestique, c'est-à-
dire à le faire vivre dans la société de l'homme, ainsi
que tu vois chez nous l'âne et le cheval. — Il n'est
donc pas français? demanda Alphonse. —Non, il est
originaire d'Asie et d'Afrique, deux parties du monde
que tu as vues dans ta géographie. Comme je te le di-
sais, l'éléphant sert de monture aux Indiens. Lors-
qu'ils voyagent, un seul de ces animaux porte quelque-
fois sur son dos toute la famille, les meubles, les domes-
tiques, la batterie de cuisine et les provisions. — C'est
bien commode, dit le joli petit Alphonse en riant. — Le
caractère de l'éléphant, continua monsieur de Ver-
neuil, est noble et courageux, on le dresse à la guerre,
etl'on s'en sert avec succès dans les batailles, ainsi que
nous nous servons des chevaux. — Ah !... dit l'aimable
enfant, je voudrais bien avoir une petite cavalerie
d'éléphants pour m'amuser ; mais je les voudrais sans
— 46 —
trompe. — Pourquoi cela, mon ami? la trompe de
l'éléphant est un organe très-utile qui renferme deux
sens, l'odorat et le toucher; c'est le prolongement du
nez terminé par une sorte de doigt, qui lui sert à
ramasser et à porter à sa bouche, les objets que la
petitesse de son cou ne lui permettrait pas de prendre,
et qui devient une arme terrible dont il fait usage
contre ses ennemis. ,
Tu dois avoir remarqué aussi deux grosses dents
bien blanches, qui sortent de sa mâchoire supérieure.
— Oui, papa, répondit Alphonse, qui jouait avec
son bilboquet en écoutant son père. — C'est ce que
l'on appelle les défenses de l'éléphant. —"Matière qui
a produit ce bilboquet qui est dans tes mains, ajouta
madame de Verneuil. —Non, maman, dit le charmant
enfant, mon bilboquet est en ivoire. — C'est précisé-
ment cela, car c'est ainsi que l'on nomme les dents
de l'éléphant, lorsqu'elles sont travaillées.
— Mais, reprit monsieur de Verneuil, pour t'habi-
tuer à regarder l'éléphant sans effroi, je te conduirai,
ainsi que ta maman, dans un spectacle où l'on montre
un de ces animaux admirablement bien dressé. — Oh !
^_ 47 —

oui, papa, dit aussitôt Alphonse, cela me fera grand
plaisir. On le voit exécuter le pas de charge, reprit
monsieur de Verneuil, ainsi que plusieurs autres com-
mandements, après lesquels il débouche une bouteille,
dont il boit le vin à la santé du public. Tu n'auras pas
peur? — Non, petit père. —En ce cas, couche-toi de
bonne heure, et nous irons demain.
Alphonse, enchanté de cette promesse, embrassa
ses chers parents et courut se mettre au lit.
M. D.
L'ARC EN CIEL.
Henri et Laure étaient à la-
campagne chez leur bonne tante
Amélie ; ils étaient arrivés le ma-
tin par le plus beau temps ima-
ginable, et subitement vers midi,
le ciel se couvre, de gros nuages
sombres s'amassent au-dessus de
la jolie maison de la tante Amé-
lie, et bientôt une pluie d'orage,
chaude etàlarges gouttes, inonde
la campagne en un instant.
Henri et Laure avaient bien envie de pleurer, tant