Le masque levé et déchiré sur les complots que peuvent former les intrigans, les factieux et les conspirateurs... ou La Conspiration des Brottier, Poly et consorts, (surnommée la conspiration des Béquilles), dénoncée à tous les français, avec les causes principales qui l

Le masque levé et déchiré sur les complots que peuvent former les intrigans, les factieux et les conspirateurs... ou La Conspiration des Brottier, Poly et consorts, (surnommée la conspiration des Béquilles), dénoncée à tous les français, avec les causes principales qui l'ont produite... ([Reprod.]) / par le citoyen J. D. L. [Jeudy de Lhoumaud]

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Français
57 pages

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chez Dessenne (Paris). 1797. Royalistes -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le 01 janvier 1797
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Langue Français
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVESDELA
REVOLUTION FRANÇAISE
L E
MASQUE
ET
Sarle s iojnplots que peuvent former les intrigant
<s^ȍneux- et les conspirate^bm*~mu Us
INSPIRATION DES BROTTIER
JH\4j^LY ET CONSorts,
^Stmiommiêe la Cnnspinitîon tins Béquilles )
Df NO NC ÉE à tous les Français avec les cames
principales qui-l'ont produite pour fixer, d'une
manière incontestable, l'opinion publiqui sur la
possibilité d'une contre-révolution en France à
tffiavenir la stabilité du nouveau gouvernement
,et' la certitude d'une pl1i.1. prochaine; à la suite
de laquelle on trouvera la devise, de l'année
qui annonce de grands e. énemens.
PAR LE CITOYEN J. D. L.
De Bâtis au Japon, du Japon jusqu'à Rome,
lepIUssotaniaia.l, mon avis, c'est
'̃' ̃ 40BoihiHir.
A FARIS,
Lfghas, Imprimeur, rr.edu Bacq N° 610
CHEZ JUA.^rT, au Palais idem, baraques rie bois
Et chez tous les Marchands de Nouveautés'
An V. ou
AUX FRANÇAIS.
LE ridicule, ou, si vous l'aimez mieux, Fran-
çais, l'opprobre dont se sont couverts dans tous les
tems, les Intrigans, les Factieux et les Conspirateurs,
( parce que de cent conspirations, à peine en a-fr-il
réussi une), -ont prouvé chaque fois, et le délire
de certains hommes dans de certains; momens et
leur grande folie comme leur extravagance.
Il faut convenir, à la vérité, que les :chefs des
gouvernemens dans tous les pays ont toujours
plutôt cherché à se garantir des conspirations, et à
les attendre, qu'à prendre %dus les moyens possibles
de les prévenir, de peur de remonter aux causes
.qui pouvoient les produire et les regarder quelque-
fois plus que perfonne.
Auni. n'a-t-on jamais manqué de leur em faire
les plus cuifans reproches. Et si c"Ost en
développant ces caufes, que j'ai cru, FRANÇAIS,
devoir vous prétenter un ouvrage aussi utile qu'in-
téreflantà lire, puisqu'il peut nous procurer la paix
d'ùne manière fûre et durable j'ofe efpérer que
vous applaudirez 'à mon zèle, comme à mon cou-
rage, dans l'espèce d'anarchie où nous vivons-»
et d'aprèsf lujrrtoutla variété des opinions ipu nous
divisent. J. D. L.;
A a
LA CONSPIRATION
DES BEQ.UILLES.
LA conspiration des Brôttiers et Poîy ( Surnom-
méela conspiration des Béquilles (i)); qui dévoie
éclater au commencement de cette année (
V. ft. ), et qui étoit un peu mieux ourdie que
celle des mouchoirsfales, (dont les' auteurs ne vou-
lôient pas dan'nér un roi à lai France, niais rappeler
encore le régné de la terreur )', étoït une de ces
extravagances que nos petits neveux auront peiné
à croire, et qui nous fait voir Combien riioinme
est un être bien à plaindre, lorsqu'il ne fait pas
fe juger lui-même, et qu'il s'abandonne au de ire
de son imagination qui souvent le trompé et l'entre'.
En effet, né faut-il pas être bien fou, bien extra-
tfagant, que d'imaginer que, fans moyens, ou avec
des fecours auflî foiblé*' que ceux qu'a pu fournir
l'Angleterre aVix1 nialvèillaris en France, qui auroïènî!
Voulu bouleverfeV encore leur patrie, (lès quels: ont
été à-peù-ptës les mêmes dans tous les pays
une poignée d'individus pourroît jamais y opérer,
une ebntre-révoliitkm, et'rcta&ir un roi
français', fi le peuplé en génér'aïnV Jonnoît.' pas
ion a'flVntiïril^it dans l'espoir
par-la de l'extréfnë misère ou ilïe trouve réduit
depuis la révolution.
<*}
C'est bien aujourd'hui plus que jamais que l'on
devroit rappeler le refrein, de la chanfon de Ma;-
.borougt, et que l'on chantoit dans les commence-
mens de la révolution, changer-moi cette tête
puifqu'il n'çst que trop vrai que, parmi la quantité
de mécontens dont la France fourmille, il sç-brouve
des êtres aflez peu fenfés pour croire Qu'il est
» poffible de aie changer de forme à un geuver-
9 nement aufïî-tôt qu'il a été créé, » fans confi-
dérer que des hommes nouveaux, qui ont le pouvoir
en main et toute l'autorité, feroient a4 moins tout ce
qui eft en leur puuTance pour déjouer les complots
que la malveillance ypudroa former, et rendre par
ce moyen-là tous fes efforts inutiles.
Il me femble, comme à tous ceux qui penfent
et réfléchirent que pour renverfer en France la
république, et y caufer une contre-révolution, il
faudroit au moins qu'il y eût, comme autrefois, du
teins des guerres civiles, deux partis auffi bien pro-
noncés l'un que l'autre, et que chacun eût comme
le gouvernement, les mêmes moyens ou de grandes
rtilfources c'est-à-dire uné forte armée à fon
commandement un tréfor bien rempli, ( quoique
ce ne foit pas malheureufement le cas oû fe trouve
le trésor public aujourd'hui ) des impofitions con-
sidérables à recouvrer, et des hommes enfin dont
laTagacité reconnue, la conduite et les bonnes moeurs
nelamèroient aucun doute fur l'entreprise.
(5)
A3 3
Mais éroit-ce la portion ou Se tràuvoit la conif-
piration des béquilles au moment où el'e fe pro-
pofoit d'éclater!
Non, comme on l'a vu dsns la note ci-deflïis.
Conipofc'e d'individus fans moyens quelconques
comme fans talens, ni capacité r ce font de tels
hommes qui ont ofé fe mettre à, h tête d'une cons-
piration j etfeflatter avec dé belles paroles, (comme
Bjbœuf et fës imitateurs, foit anaiçhifles foitr.er-
roriftes ou orléaniftes ) d'abufer une; autre fuis, de
la ciédiilué du peuple français, qui,,1 ignorant ce .que
c'étoit qu'une révolution a fi bien appris à fes
dépens Que ce n'est pas en vain gu'un peuple s'in-
furge, et qui, ne reflembîant alors qu'à un torrent,
ne peut plus s'arrêter que lorfque chaque individu
est ruiné et fatigué, exténué par les fecoufTes qu'il a
éprouvée.
O Français! -qu'à jamais cette conspiration def
béquille.s vous ferve de leçons! Et rappelez-vôus
dans tous les tems que û ce font les di'apidations
forcenées* de, la cour de Louis XVI qui ont hàté
la révolution de il n'a pu y avoir, que des
iiitn'gans et des ambitieux dans le principe, qui aient
cru devoir en profiter pour leur propre intérêt.
Ensuite que d'autres intri^ans, qui leur ont
succédé et qui fe font réunis avec des fourbes et des
fixons, ne s'en feroient jamais mêlés s'ils n'eus»
fentpas pensé eux-mêmes d'y trouver de gr.ânds
avantages.
Et enfin, qu'il n'y aura jamais la tête des conf-
pirations, comme des infurrections qui pourront fe
ïiianifefler par la fuite, que des intrigans et des
ambitieux ( pour votre malheur etnon pour votre
bonheur), qui chercheront à vous induire enerrear.
Ne croyez pourtant pas, FRANÇAIS, que ce foit
pour flatter ni ehcénfer le nouveau gouvernement,
que je vous parle de la forte.
N'étant pâs'payé pour en dire du bien en aucune
man ère, je ferais, fâché que vous me cruffiez jamais
capable de vous parler difléremment comme
j'ef ère vous en convaiacre de p!us.en plus dans 14
fiite de ce petit ouvrage.
Pour être heureux, felon moi, dans tel pays que
ce puiffe être, et empêcher qu'un peuple ne crie
et, ne s'infurge Il faut d'abord que tous ceux qui
font à la tête du g,ouvernement et des admjniftra-
tions, ou qui font fonctionnaires publics fans
aucune exception, ayent une conduite régulière
des moeurs fans reproche comme des talent qui
puitfènt perfuader qu'ils font réellement capables
de remplir les fonctions honorables qui leur font
confiées; de plus, qu'ils ne foient jamais entouré»
d'intrigans ni d'ambitieux, comme nous ne le voyons
que trop tous les jours, fous le prétexte fpécieux
A4
qu'ils ont une opinion bien prononcée de républi-
canifme et enfin que toute leur conduite, comme
leurs démarches ne tendent qu'à mettre la paix
dans tous les coeurs pour leur faire oublier tous
les /chagrins que la révolution a pu leur caufer au
lieu de ne leur la¡(fer appercevoir qu'il n'y a que
des fourbes et des fripons qui profpèrert :ce qui
est alors le comble de la dérifion et du ridicule.
Auffi, Français écoutez ce que difoit le grand
Frédéric, roi de Pruffe qui nous connoiflcit mieux
que nous, et qui favoit bien nous apprécier: ( c'est
après la bataille de Rbsback, où la déroute dans
laquelle il mit formée Françaife, commandée par le
ci-devant prince de Soubife, fous Louis XV dont
la cour étoit fi perverfe, parce que les femmes y
préfidoient) ( 2 ) qu'il crut devoir s'expliquer d'une
manière auffi claire aux officiers français quil avoit
fait prisonniers.
La France, leur dit ce grand homme, ne man-
» que pas de bras; il ne lui faudroit que des têtes:
Si j'étois à la tète des Français, je voudrois aller
» d'un pôle à- l'autre. »
Or y me direz-vous Français qu'Imbu que je
fuis depuis long-tenu- de ces paroles trop fenfées et
trop véritables, je ferois capabie de fouillerma plume
par une baffe flatterie du gouvernement, comme de
la majeure partie de ceux qui y participent, pour
vous en impofer, et excuser par-là leur immoralité
comme leur ignorance? A4
Non, non, je ne fais..que trop* .cfue notre gou-
vernement n'efi: pas formé encore comme il devroit
l'être; et qu'il n'efl que l'ouvrage des Intrigahs et
de. Factieux, qui ne l'ont corupcié tel qu'il eft, que
pour y p acer quelques-^nes de leurs créatures, et
y mieux dominer tour-à-tour
Qui auroit, par effet, jamais imaginé, qu'après-
être iortis, comme nous l'étions, de l'anarchie la plus,,
eruelie et la Plus complette pour cômpofçr un
gouvernement dans un pays tel que la Fra ce, on
auroit placé à ia tête du Directoire exécutif, deu-r
avocats, deux- militaires, ( l'un du génie, l'autre
de l'artillerie)-, et un ci-devant noble, dort les
diverfes clafles d'une partie de ces individus ri'avoien't'
cène de faire le malheur de la nation depuis pinfietii s
fiècles fousa^ncien régime.: Tandis que tout
nous difoit quiWalloit un gouvernement plus varié
et mieux compofe.
Et puis que, pour former le nouvean mirtiftère,
on n'auroit mis en place que des avocats/'encore
des commis dit bureau, des'hommes enfin, dont les
talons et le mérite font fi équivoques d'après la
trifte expérience que nous en faifons, qu'on ne celle
d'en faire la critique la plus amère tous les jours.
Il étoit cependant deux proverbes bien connus
l'un fab rie an do fit faber, ( pour favoir forger,
il faut avoir été forgeron ); et l'autre, tels maîtres
tels valets. On ne peut donc pas dire que tous
(9)
ceux qui ont préfidé à la nomination du Directoire,
comme à celle des montures, n'aient commis à deflein
la preraière erreur et que, par une conséquence
naturelle} nos Directeurs n'aient placé enfuite au
ministère que ces individus conformés en tout à leur
façon de penier ( parce qu'autrement leur opéra-
tion auroit été manquée), afin de mieux dominer
tour-il-tour comme ils Font fait depuis un an.
Je ne dirai pourtant pTTs que? pour rendre justicç •
à la vérité, dans le nombre de nos cinq Directeur»',
et des mini/tres qui compofent le rainifùre, il ne.
s'y en youve point quelques-uns- qui ont trompé
l'attente de- leurs faWêwrs • et qui, ne tâchent de
mériter chaque juur !a.,confiince déjà nation, pour
la dédommager de i'injuftiçe qa'on lui a faite de ne
l'avoir point fait parriciper à leur choix comme
à leur élection. y
Mais tous également forit-ils leur devoir comme
ils devroient le faire, fâchant fur*-tout, qu'étant
des êtres amovibles ils- pourront payer fort cher
têt ou tard, les couleuvres qu'iisfônt avaler au
peuple j qui endure dans'.
1'efpéïancë où il est de pâfTer à un état meilleur ?
Je fuis encore forcé de le dire il en eft trop'
parini eux qui- abulerit de leurs pouvoirs, et qui •
malgré les clatneiars publiques » affrontent tous les
dangers, dans l'efpoir que- l'inipùnité fera toujours
la même qu'elle l'a été jufqu'à prêtent.
(1O)
I! eft donc prenant, FRANÇAIS, que vous ouvrier
les yeux non-feulement fur les, maux que .au, avez/
endurés- et endure? encore, si vous voulez éviter
<^es confpiration»-, niais même, que vous travailliez
Sérieusement à lès faire finir, puifqu'il n'eft,pas un
de vous qui ne le dcfire et que s'il n'y a que les
moyens 4'exécution qui vous manquent, ces moyens
ne font plus aufîi difficiles à découvrir que vous pou.
vezle croire, comme je vous.l'ai déjà fait preffentir,
et je vais vous le prouver actuellement.
MOYENS infaillibles d'éviter à l'avenir les conf
piratiqns en France comme dans toutes les par-
¡le,; de la république^
_Rien n'eft plus facile, que d'empêcher toute
efpèce de conspiration dans là république, quand
l'on voudra. Il ne s'agit pour cela que d'en former
upe.plus-forte que toutes celles qui ont ex|ft4, et qu'il
pourrait y avoir encore c'eft-à-dire de déclarer
are guerre perpétuelle aux vices, aux paflions, à la
cupidité à l'ignorance et aux intrigans et il n'y a
perfqnne de plus capables, ou du moins qui ayent
plus.de pouvoirs pour le fajre, que nos gouvernans
et nos législateurs s'ils en ont l'envie*
Mais nos gouvernans le feront-ils,et voudront-ils
commencer à préfent une auffi belle opération,
pour fe couvrira jamais de la plus grande gloire r
J'avoue ingénument que j'en doute, quand je
( Il)
vp's le. peu d'efforts qu'ils font cliqué jour pour
confiance pudique çt leur p«u d'empref-
à çrpployer les hommes de génie ef à
do^t ils. auraient un 51 grand besoin pour y parvenir
fructueusement.
Quand je vois que, malgré 1e cri public et les
clameurs continuelles qui devroient les fatiguer et le*
rappeler ,leurs devpirs, ils ne confient prefquç
toujours les places qu'à des iimigansy
çom,nie le faisoit cj-deyant la conveçi
tion et surtout son coopté df salut public donc
le non) fera gravé dans la mémoire de
ceux qui ont eu affaire tui.
Quandje vois encore que, bien loin de travailler à
rétablir le,s bonnes ^îœurs dans, la république np*
législateurs font les dire Qu'on ne. doit
pas parler de
(comme s'il pouyai^ y avoir bonnes Jpix fans,.
rrioraîe, ) el pour le prôner qu'ils ont
Que éjections, pour
îion^er !e tiers qui doit
qui deux t çetçev
apnée, les électeurs ne pourrons pas difcuter fur la,
des Candidats. (5)
AufS, ppur nep.a,s entrer, dans ce dans
des diidj|fjons qui feront inuujes, ne m'arrêterai- je
qu'à quelques faits qui pjouvaint engager nos
gouvernans et nos pjijs çflkm
( Va )
liellèniënt, qu'ils ne le font y «e la cause de nos maitx,
"fèfon't plus efficaces que les dinertatidns les plus
favantes fur la néceffité de la morale dans' u"n gïànd
empiré toute avantageufe "qu'elle feroir dans la cir-
constance où nous nous trouvons.
̃: Et l'on pourra d'autant plus y ajouter une con-
fiance entière; qu'ayant fait de mon côté les plus
grands efforts pour rétablir en France nos finances
et relever le crédit public, (que je regarde comme
deux sources principales de notre plus grand bon-
neur) je ne fais fi c'eft à Vignorançe ou à un défaut'
d'expérience du miniftre Rame!, .à qui je m'étois
adrefle, et qui m'avoit renvoyé à ce fujet ala ci-de-
vant comrriiffion des finances que je dois l'attribuer
éuïfamauvaifefoi, comme ci^devant membre de
Mite commiffion pu bien fo amour-propre
comme à celui du Directoire", qui fe font trouvés
offefifés du reproche qu'on avdit fait dans le confeil
des ci«q-éents, àFaipoult, (cMevarit miniftre dans
cëttëpartie ) d' avoir vo'wlu'rémeitré une autrefois îd
éès financiers en proposant de
Cdftfiter la vente des biens nationaux la nouvelle
«Saifîyd'efcompte, qu'il eûr voulu relever etdont
f_,afond- Ladebat avok: été nommé directeur
général1*, de même que Le Coûteux, ( du conféil des
ainsi qu'on le voit dans*
les5 Prc'cèVverbaux que répandit alors cette com-'
jragniè à profusion dans le public.
(i3)
Maisfi cestce que nous allons
fufpendons encore notre jugement, pour ae pas
nous perdre en conjectures.
Caufes principales des dernières confpirations qui
ont eu lieu dans la Réliublique.
Il n'y a pas de doute que l'intérêt, la cupidité et
l'ambition la plus inconsidérée, fort couvent, lorf-
qu'on connoît les hommes, ont été dans tous les
tems la caufe des confpirations qui ont pu se tramer
et éclaterpar-tout; ri quelquefois le mécontentement
de certain* individus du gouvernement y a eu un peu
de part; et que toutes les fois qu'un gouvernement a
été gêné dans les finances, ou obéré par les dilapi-
dations et les faufles opérations qu'il a pu faire, foit
par l'ignorance de les agens, foît par leur défaut"
d'expérience, ou leur amour-propre bleflï c'eft
toujours le tems où il s'eft formé le plus de confpi-
rations, et où lès conspirateurs ont pu avôir le. plus
beau jeu.
Et fi je ne puis en donner une plus grande preuve,
que la rivolution- préfente laquelle a enfanté ensuite
toutes les confpirations qui ont éclaté pendant fon
cours on ne me reprochera pas de m'être trompé
dans cette occafion, puifqu'il feroit impoïfible de
me faire là plus petite objection contraire.
Auflî bien pénétré que j'étois de ces idées, quand
Faipbuk eut été nommé ambaffadeur à Gènes, et
d¥)
qu'il1 fut ^tfestioti làê le rempoter frtlr Rameï qui lui
a fuccédé, je criii cïéyoif ën bon citoyen français,
écrire à Ramel pour lui Faire part de mes vues Ar
les finances, dont il allait s'occuper plus particuliè-
rement qu'il n'avoit fait jufqu'âlors et lui faire pref-
fentir que si je regardois l'établiffement d'tihe
Banque nationale dont il étoit queftion depuis
quelque tems comme l'établiffement le plus utile
pour remédier à une partie des maux que les aflî-
gnats avoient causés â la nation le renouvsllement
de la caifle d'efcompte, tel qu'on l'avoit préfenté
dans un profpectus qui renfei moit le plan de cette
Banque n'étoit pas un établifftment suffi bien con-
certé qu'il auroit dû l'être pour une Banque nationale
chez une grande nation qui avoit de grands maux à
réparer, et des ennemis puiffans à combattre.
Je ne fus donc pas peu forpris lorlque j'eus vu
et parlé à Ramel, en lui préfentant mes premières
réflexions à cet effet, de lui entendre parler: « de la
» liberté qu'avoit le peuple d'établir toutes les Ban-
ques qu'il voudroit former et que le gouvernement
ne devoit point donner préférence, ni accorder
y de protection à aucune. »
Ce langage je l'avoue eut d'autant plus lieu de
me Surprendre que comme Ramel, en sa qualité de
miniftre, s'il Sentoit l'importance de fa place, devoit
penfer difléremrrient qu*un député-, je crusdevoir
diflirtiL-ler alors dans met réponses et lui dire
Qu'il verrait les divers changemens quejeluimo*
poferois dans le plan que je lui pré/enter ois. Ce
qui en effet m' ayant réujji il me. répondit qu'il
verroit avec plaijir mon travail; et je me retirai.
M'étant mis auffi-tôt à travarller à taan plan, je
je lui écrivis au bout de trois jours, et fus le voir le
lendemain.
Ayant pris lecture de mon travail, il voulut me
faire encore les mêmes obfervations qu'il m'avoitfaites
fur la liberté qu'avoit le peuple d'établir les banques
qu'il voudroit, et que je n'eus pas de peine à détruire.
Auffi après m'avoir écouté un peu plus attenti-
vement qu'il n'avait fait d'abord, il me répondit Je
vois et goûte aje^ vos raifons je vous avois écrit
en- corféquende pour vous donner l'audience que
vous me demandiez en voici la lettre vous êter
venu fort à propos; la eommiffwn des finances doit
occuper aujourd'hui de cet objet; je vous engagé
d'aller la trouver, et de direau préfixent, ( k cittyert
Dauchy), que vous y vener de ma part :il èJCà*>
nera votre plan avec attention et vous verre.- ce
qu'il vous répondra.
Jaloux, je l'avoue, de me mériter la confiance de'
ce nouveau ministre, (que je ne connoifloiS' par
encore aflez, il est vrai, pour m'en défier)-, jet
courus* atrfÎMÔt à la commHBon des finances' /mais
je n'y trouvai pas le président, qui ce jbuMà1 ri*/
•voit -pas parus,
i -»6 )
moire comme mon plan, à trois de ses coiièguvs
que .j'y rencontrai.
Y étant retourné le lendemain, la commHîïon
qui s'occupoit d'autre matière, me fit dire d'y
repai'er le furlendemain.
M'y étant rendu le furlendemain j'appris que
«tous les membres de la commifîîon étoient allés chez
Rame! pour y collationner, et parier d'affaires de
forte qu'après une quatrième course, que cette col-
lation m'obligeoic de faire, pour parler au citoyen
Dauchy, je ne pus le voir qu'un moment fous le
prétexte qu'il étoit attendu chez le mimftre et qu'il
ne pou'voit me donner pius de tems.
Oblige encore de me retirer et de retourner à la
commifüon le jour après, j'y fus. Mais quelle fut
encore ma furprife, d'entendre dire au citdyen
Dauchy Le confedneveut plus s'occuper de Banque;
il a renvoyé cet établi \ffement act Directoire; c'eft à
vous Je retourner voir le miniftre que la cltofe con-
cerne à préjent..
Mais, lui iépiiqiuii-je aufrî-tôt vous voudrez bien
me remettre mon mémoire avec le plan de la caiflé
d'escompte imprimé que j'y a> ois réuni pour vois
mettre à même d'en faire la comparaifon avec le
mie
6 Votre mémoire, me répliqua-t-ilsur-le-champ,
♦ je ne fais oà il eft; vous m'embari#&nez beaucoup
fi je devois vous. k \,remettre dans le. moment; je
verrai
(V)
B
» verrai dans mes papiers chez moi, s'il jjèuty êitrey
» ou s'il ri'eft point dans un des cartons du bureau.
Etant allé en conféquenee chez lui deux ou trois
fois pour chercher 'mer papiers, comme à la com-
iriÏÏiôn il me fut imporîible de les trouver et je
ïtii fbrcé de faire non-feulement un autre;mémoire
mais encore de mé procurer un autre plan de li
me préfenfiér cheÉ
Kâmèl.
Toujours jaloux dé fètvîr ma patriei^le me mis
ï faire une aune copie tfèTtton plan et fê hcman-
quai: pas vde' ce qui venait de
Lui ayant récrir q\îârd mon nouveau trav«il"fut
îfèhevé, voici quelle fut fa répanfei'Qùejeji'roiséien
̃de ")è tut tnvoyer qwêitques jours à -l! avariée pour
l'èntûthirter et qu' atdts jepourrois le
direfonavts, '̃
Mais quel fut -dé nouveau mon étoianiement
Gamme s'it eût oublie qû'il'm'avoit er-.voyé la com-
«lîflîon des finances pour en rayonner avec elle, il me
répéta une troifième fois ce qu'il m'avoit dit la
première tc Que la liberté Qui permettait au com-
» iriirce déformer autant de Banques qu'il voudrait,
empéch une na-
» tiondiè établir une Banque en
d'efàmpte et qui le
( i8>
gouvernement alors traiterait avec celle qu$ lui
.¥r.a$ofex,9}1 Ie plu? d'avantage etc.
M'appercevant poux-lors combien j'avais été
joué, je nemanquai pas de lui répondre aufll-tQt:
«j Yous-ycroyez donc citoyen miniftre qu'une
concurrence de Banques dans, la république feront
fâvurabie,,au gouvernement.! Vous vous. trompe?
je penfe, ainfi que bien d'autres j-tou^t
le. contraire; et vous verrez si ce que je, vais yous
pFfdke ïnang.uera
̃,4,Ç$Jhpit d'abord Àlexff <^teJ contre autel,. s'il
s'if-aliliffpu dans la-république^'
» parce que vous n'en voyer point cher les étrangers^
»t!»Ji-à*dire en Angleterre en Hollap.it, en
Pruffh, en Efpagne, comme: dans les .Etats-Unis
» Venife, etc,où
» d'ejcompte que vous voudriez faverifer,,
n'aura pas lieu, parce que le ridicule jeté fur
» cette •̃compagnie d'après- la déclaration d'un
membre du confeil des cinq cents, que ce fer oit
» remettre la nation fous le joug des financiers
p engagtra chaque particulier qui y a placé de
l'argent, à retirer fes fonds aujji-tôt que cet
e établiffement ne fera pcts fous la
» ciale du gouvernement avec Yaffurance de, lui
» tonferver la plus grande indépendance. Au rqste,
je Mfire me tromper pour le bonheur de
(̃«9.)
nnances, q
B a
» publique;- mais vous verre^ ce qui en va
» et je-me, retirai ipoirçs raéqontem à la vérité, <Tua
» mois de Mais que favois,, perdu à vouloir .faire le
» bonheur de mon pays, que de l'ignorance grp-
» que me
» les hommes, et d'en cantnoître les véritables in-
>? tirets, 4. quelques.. motifs particuliers ne le fei-
» foient pas agir aunt fing'uJièrej-nen t. »
Auflî arrètans-nou^ là un moment.
Me dira-t-on, à préfent, que fi l'interlti eft ce'
tfc attache le plus communémejît les hommes à leuç
de
eft celle à'wi grand finia^cier ni tel
qu'il en fa.u4iïoit un à. la fête des finances! d'un, grand
Eropife ÇQTOrqelji Fran.ce, pouf pouvoir en faire le,.
i Me dÀrart-pn que fi eu qua,tre confpi-
rations depuis un %n j,?.:celie de Babeuf ou des anar-
chiftes, ( qui n'a pref-
que ^p^rçe que les çonfpir«tems s'jr étoien;
pris; d'une manier trop
dans Icwc çelle de Grenelle, et donj
la plupart des icéiérats ont 4té pupis, 4." et
la ccwfpiratiQO des BrQttier et Poly toutes ce%
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a.uflî jaloux défaire le bonheur de la république, qu'«
faire choix de mauvais agens eût porté autant de
(pins a remédier au désordre de ^qs finances, qui
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poùrfûivte la guerre avec vigueur puifqu'ils ne pou-
voient pas ignorer que l'or et l'argent et à leur
défaut des fignes -d'échange auffi fûrs que des papiers
de Brique, éroieilt les plus fûrs garans des )Empires
et que ce fût précifément avec l'or, que Philippe
de Macédoine mit le trouble parmi les Grec;, comme
le moyen indigne qu'ont toujours employé les
Anglais, pour exciter en France les trahifons, fous
l'ancien régime, de même que depuis la révolution
Me diià-t-on encore que fi le Directoire fe fût
Sincèrement entouré de gens plus jaloux, également,
de faire le bonheur dû'peuple qu'à le fatiguer par des
troubles et des diflentiôris il n'y adroit pas eu quel-
qu'un qui lui auroit fait Sentir « Que Ramel, trop
» jeune pour avoir l'expérience d'un homme d'état,
était le dernier des hommes qu'il falloit placer à la
» tête des finances de la nation; parce qu'il ne fuffit
pas devoir de l'efprit, d'être poli et honnête,
» pour bïen remplir les fonctions d'une place aufîi
» importante il faut encore les connoiflances les
plus profondes pour occuper un pofte auflî im-
» portant car .puifque depuis quatorze Siècles, on
9 n'a connu en France que deux grands financiers,
» ( Sully et Colbert), qui n'auroient encore, chacun
pr's féparément que la moitié des connoiflaiices
» néceffai res, au moment préfent, pour s'en acquiter
dignement »
Et enfin ne conviendra-t-on pas que* fi l'on a
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donné à la dernière confpiration, le nom de cofifpi*'
ration des Béquilles par la gaucherie des confpi-
rateurs qui l'ont entreprife, fans reiîource ni d'autrts
moyens que les promeflès de Georges-P.u le plus
fourbe ,des hommes pour la faire réuffîr nos; fi-
nances en France ne font pas plus miférables que
cette dernière confpiration, à cause de l'ignorance
profonde de Ramel, je le répète, dans la place qufil
occupe comme de fon inexpérience dans l'art û
diffici de {avoir gouverneur les hommes, et de con-
noître fes véritables intérêts puifqu'il ne fut jamais
un moment plus urgent de dire la vérité, et de faire
sentir tous les avantages que la république peut en
Mais fi ce n'efl pas tout ce qui me-refte à dévoiler
pour remédier à tous les maux que l'impéritie et le
défaut d'expérience dé ce Minière nous ont causés,
achevons de le montrer tel qu'il està la nation entière
afin d'engager le Directoire non seulement à le
remplacer mais même à ne plus porter à cette
place importante qu'un homme véritablement capable
d'en remplir toutes les fonctions avec autant d'hon-
neur que de dignité.
Outre, comme on peut le croire de cette par-
tialité si marquée de Ramel en faveur de la nouvelle
Caisse d'escompte, je crus devoir attendre du temjs
la vengeance que je devois en espérer et, je puis
le dire, je nefus pas loj.g-tems à lavo:r arriver.