Le Mexique. Conquête du Mexique par Fernand Cortez. Guerre de l

Le Mexique. Conquête du Mexique par Fernand Cortez. Guerre de l'indépendance et république. Expédition française au Mexique, 1861-1863 ; par E. Muraour

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bureau des "Annales contemporaines" (Paris). 1863. In-16.
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Ajouté le 01 janvier 1863
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Langue Français
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ARDOIN 1968
RUERRF. Or- L'INDFPENDANCE nu MEXtQUF
LE
'IEXIOUE
PAR
E. MURAOUR
m3
iJhEAU DES ANNALES CONTEMPORAINES]
1V:ris — 1*2. nie Yhh'Uiie. 12 — Piuis
LE MEXIQUE
Paris. — Typ. GaiLtet, rue Gil-Ie-Coeur, 7.
LE
MEXIQUE
r."- "V Oqnquête du Mexique
vW %> ~rJ~Ï'* Fernaad Cortez
GueB^TOe l'Indépendance et Répiilb liane
Expédition, française au Mexique
1861-1863
PAR E. MURAOUR
PARIS
BUREAU DES ANNALES CONTEMPORAINES
- 12, ÏICR VIVIENNF., 12
1863
PREMIÈRE PARTIE
LA CONQUÊTE DU MEXIQUE
PAR FERNAND CORTEZ
LA
CONQUÊTE DU MEXIQUE
PAR FERNAND CORTEZ.
CHAPITRE PREMIER.
La conquête du Mexique est une épopée. — L'étendard de Cor-
tez. — Le gouverneur de Cuba. — La peur du paradis. — Le
fou de Vélasquez. — Comment Cortez condamne les habi-
tants de San-Yago à l'abstinence. — Comment il prend
congé du gouverneur. — Ce qu'il appelle emprunter du roi
d'Espagne. - Discours de Cortez à ses soldats. — Départ do
la flotte.
Nous allons raconter la conquête du Mexique par
Cortez; c'est chanter que nous devrions dire, car
ici le simple récit des faits est une véritable épo-
pée plus extraordinaire que toutes celles qui sont
sorties de l'imagination des poètes. Un des plus
puissants empires qui aient jamais existé est ren-
versé par une poignée d'hommes hardis et cou-
— 8 -
rageux. Un pays quatre fois- plus étendu que la
France est conquis à la couronne d'Espagne et eu
même temps à la foi catholique par six cents guer-
riers, en moins de deux ans. N'est-ce pas là un évé-
nement qui dépasse les proportions de l'histoire?
Les caractères des héros qui ont accompli cette
œfcfre soiAà la hauteur dê leurs actions; ce sont
des géants faisant des choses gigantesques. Le chef
qui les conduit semble avoir été créé par la Provi-
dence pout le rôle extraordinaire* qu'il a joué.
Ajoutons que le but de l'expédition est noble et
grand; c'est une croisade et non un voyage aven-
tureux entrepris pour conquérir la toison d'or.
On ne peut nier que Cortez et ses compagnons
aient subi la puissante attraction des richesses;
mais une pensée plus élevée les pousse et les en-
flamme : ils ypnt planter au Mexique l'étendard do
la Croix. Ils tiennent d'une main Tépée et tte
l'autre l'Evangile. Le bruit inconnu de leurs canons
porte l'effroi dans les cœurs, mais ils prêchent une
religion qui partout remplace des superstitions
barbares, et le sang humain cesse de couler sur
lès autels.
Ce qui achève de donner un caractère épique
à-l'bistofre que nous allons écrire, c'est qu'à cha-
que pas on y rencontre le merveilleux. Eton-
nés des prodiges qu'ils accomplissent, les com-
pagnons de Cortez et Cortez lui-même ne peuvent
-9-
s'cmpècher de croire à une intervention du Ciel en
leur faveur. Ils marchent au combat après avoir
ctc bénis parla main du père Olmedo et pendant
la bataille ils aperçoivent la mère du Christ sur un
nuage, ou saint Pierre, le patron de Cortez, monté
sur un cheval gris.
On était au mois de février de l'an de grâce 1519.
Une flottille guerrière venait de mouiller au cap
Saint-Antoine de Cuba. Ou voyait flotter sur le ri-
vage un grand étendard de velours noir brodé d'or,
portant une croix rouge au milieu de flammes
bleues et blanches et au-dessous cette légende, en
latin : Amis, suivons la croix; nous vaincrons par
ce signe. C'était l'étendard du futur conquérant du
Mexique.
La plus grande activité régnait sur les vaisseaux
et sur le rivage. On mettait les armes en état; on
matelassait de coton les pourpoints des soldats. On
avait hâte de mettre à la voile.
Tout en présidant aux préparatifs du départ,
Cortez jetait de temps en temps des regards in-
quiets autour de lui et surveillait attentivement
l'horizon. C'est qu'il n'était pas tout à fait en règle
avec Velasquez, gouverneur de l'île de Cuba;
même, s'il faut tout dire, il partait, malgré cc der-
nier, et la petite troupe qui l'accompagnait était
complice de sa révolte. Velasquez avait donné
l'ordre de l'arrêter; mais heureusement personne
— 10 -*
n'avait été jusqu'à ce moment assez hardi pour
tenter de mettre cet ordre à exécution. 1
Les compagnons de Cortez n'avaient nul souci
de la défense du gouverneur ; ils avaient confiance
dans le génie de leur chef, peu leur importait
qu'il fût plus ou moins légitime du moment où ils
l'avaient jugé capable. C'était du reste Velasquez
lui-même qui l'avait nommé général de son ar-
mada. Il venait de lui en retirer brusquement
le commandement, poussé par une vieille haine
mal éteinte qui s'était réveillée tout-à-coup. Si
vous voulez savoir ce que Vélasquez avait sur le
cœur à l'endroit du capitaine de son armada, le
voici en quelques mots :
Au sortir de l'université de Salamanque, où il
s'était montré assez mauvais écolier, Cortez qui,
comme on le pense bien, n'avait pas songé tout de
suite à conquérir le Mexique, s'était livré à un autre
genre de conquêtes plus faciles et cependant assez
dangereuses. Un soir qu'il escaladait un mur pour
pénétrer chez la dame de ses pensées, le mur s'é-
croula et il faillit être écrasé sous les décombres.
Il devait précisément s'embarquer quelques jours
après pour le Nouveau-Monde ; mais quand il fut
guéri de ses blessures, la flotte était partie.
Cortez s'embarqua l'année suivante sur un na-
vire marchand qui le conduisit à l'île de Cuba,
il avait alors dix-neuf ans. La traversée fut ora-
- H 4z.
geuse, le vaisseau fut longtemps ballotté par une
affreuse tempête, mais le Ciel manifesta sa'protec-
tion au futur conquérant du Mexique par l'appari-
tion d'une blanche colombe qui vint se reposer sur
le sommet du mât, et on ne tarda pas à apercevoir
la terre.
L'île de Cuba était gouvernée par Velasquez qui
l'avait conquise sans grande difficulté. Un seul
homme, nommé Hatuey, avait opposé une résis-
tance sérieuse. Il fut condamné au feu. Attaché sur
le bûcher, il fut invité par les conquérants à se
faire chrétien pour que son âme allât au ciel :
— Les blancs y vont-ils aussi ? demanda-t-il.
— Sans doute, lui répondirent les Espagnols.
— Alors je ne veux pas être chrétien, reprit le
condamné; je ne veux pas d'un paradis où je re-
trouverais des hommes si cruels.
Le gouverneur de Cuba avait faii la guerre
pendant dix-sept ans en Europe; il était avide de
gloire, mais plus avide de richesses, brave, mais
despote, jaloux et soupçonneux. Il fit pourtant bon
accueil au jeune bachelier de Salamanque et lui
offrit des terres.
— Je suis venu ici pour chercher de l'or, et non
pour labourer la terre comme un esclave, s'écria
Cortez.
Velasquez le prit pour secrétaire; mais il eut
bientôt à se plaindre de la conduite de son eIlli
- 12 -
ployé, que l'affaire du mur n'avait nullement cor-
rigé.
Devenu amoureux d'une jeune fille nommée
Catalina, qui appartenait à une honnête famille de
l'tic, Cortez avait promis de l'épouser; mais il
changea bientôt d'avis et brava les menaces du
gouverneur. Celui-ci le fit enfermer; mais le pri-
sonnier sauta d'un second étage par la fenêtre et
se réfugia dans une église. Repris et enfermé de
nouveau, il s'échappa encore et rentra dans la
même église. Le gouverneur, qui ne savait quel
moyen employer pour le faire sortir de son sanc-
tuaire, fut bien surpris de le voir au bout de quel-
ques jours entrer chez lui tout armé. Il lui adressa
les plus vifs reproches; mais Cortez l'apaisa par
ses discours et bien mieux encore par ses actes;
car il épousa Catalina. Devenu Alcade de San-Yago,
il se livra à l'agriculture et à l'exploitation des
mines. Grâce à son activité et à son intelligence,
il acquit bientôt une fortune considérable.
Cependant excité par les récits merveilleux d'un
Espagnol établi à Cuba, nommé Hernandez de
Cordova, qui, dans un voyage entrepris à ses frais,
avait touchéle Yucatan, Velasquezavaitenvoyé Juan
de Grijalva, son neveu, avec quatre navires, pour
explorer la côte du continent. Celui-ci, qui était
un navigateur intelligent et brave, était allé beau-
coup plus loin que Hernandez de Cordova; il avait
4» —
longé une assez grande étendue du littoral mexi-
cain; il était entré en rapport avec les naturels du
pays qui, en échange de quelques verroteries, lui
avaient donné des ornements en or d'une grande
valeur.
Tout portait à croire que la côte du continent à
l'ouest de Cuba était habitée par un peuple plus
riche et plus avancé en civilisation que tous ceux
qu'on avait découverts jusqu'alors dans leNouveau-
Monde. Le gouverneur résolut d'envoyer une expé-
dition de ce côté, et il se mit à préparer un arme-
ment considérable auquel il consacra une notable
partie de sa fortune. Il en confia le commande-
ment à Cortez, dont il avait apprécié l'intelligence
et la bravoure, et qui, en outre, lui avait été re-
commandé par deux de ses amis comme l'homme
le plus capable de mener à bonne fin la grande
affaire qu'il entreprenait.
Du jour où il a été nommé chef de l'expédition
qui se prépare, Cortez devient un autre homme.
Non-seulement il engage tout ce qu'il possède dans
l'entreprise à la tête de laquelle il est placé, mais
encore il fait des emprunts considérables. Velas-
quez lui témoigne la plus grande confiance et sur-
veille avec lui les travaux qui, grâce à l'energie
de ces deux hommes, sont poursuivis avec la plus
grande activité.
Mais un jour le fou du gouverneur lui dit à l'o-
- 14 —
reille. — Prenez-y garde, maître, ou nous irons
bientôt à la chasse de notre beau capitaine.
Cette parole, que Velasquez tourne et retourne
dans son âme soupçonneuse, finit par y éveiller la
défiance et y faire revivre sa vieille inimitié contre
Cortez. Celui-ci apprend tout-à-coup que le gou-
verneur a l'intention de lui enlever le commande-
ment de l'expédition; c'est détruire toute la for-
tune qu'il a engagée dans l'entreprise et ruiner en
outre ceux auxquels il a emprunté. Ij f.J.>
Il est bien dangereux d'être injuste à l'égard
d'hommes aussi énergiques et aussi habiles que
Cortez. Le futur conquérant du Mexique a pris
aussitôt une résolution extrême qu'il communique
à ses lieutenants. Tous se montrent disposés à
suivre Cortez malgré le gouverneur; les parents
mêmes de ce dernier, qui doivent faire partie de
l'expédition, prennent parti pour le jeune aven-
turier.
Bien que les préparatifs ne soient pas terminés,
on lève l'ancre à minuit, les vivres manquent, et
Cortez n'a pas d'argent ; mais une chaîne d'or d'une
grande valeur est suspendue à son cou, il court la
porter au marchand qui approvisionne de viande
la ville de San Yago et lui prend en échange toutes
ses provisions. Tant pis pour les habitants de San
Yago, ils ne mangeront pas de viande ce jour-là.
Velasquez apprend en se levant ce qui est arrivé;
— J-
hors de lui, il s'élance sur son cheval et arrive sur
le quai. Le capitaine de son armada approche de
lui sur un canot à la portée de la voix. — Eh
Lien! que faites-vous donc là capitaine, lui crie le
gouverneur? Est-ce ainsi que vous prenez congé
de moi? — Pardonnez-moi, répond Cortez; le
temps presse; et il y a des choses qu'il faudrait
exécuter avant même que d'y penser. Voire Excel-
lence a-t-elle quelques ordres à me donner?
Frappé d'une pareille audace, le gouverneur
reste immobile sur le rivage, pendant que le canot
rejoint la flotille.
Cortez se dirige aussitôt vers Macaca, où il prend
tout ce qu'il peut trouver dans les fermes royales;
c'est ce qu'il appelle emprunter au roi d'Espagne.
A la Trinité, il fait publier une proclamation qui
invite à le suivre tous ceux qui aiment l'or et les
glorieuses aventures. Il y avait à cette époque dans
les îles du Nouveau-Monde un grand nombre d'hi-
dalgos qui ne trouvant plus de lauriers à moisson-
ner sur les champs de bataille de l'Europe, étaient
venus chercher au-delà des mers un élément à
leur dévorante activité. Plusieurs s'empressèrent
de répondre à l'appel du conquérant, et parmi eux
se trouvaient Alvarado, Cristoval, Alonzo de Avila,
Juan Velasquez de Léon, parent du gouverneur, et
Gonzalo de Sandoval. Ces nobles aventuriers, qui
devaient s'enrichir de tant de gloire et d'or dans
-6-
l'expédition, furent reçus sur la flotille au son d
la musique el au bruit de l'artillerie.
Au cap Saint-Antoine, Cortez fit le dénombremcD
de ses forces. Il avait en tout six cent soixanl
trois hommes, dont cent dix étaient marins
onze vaisseaux, dix pièces de canon et quatre fan
conneaux. Parmi 'tes soldats, treize seulemen
étaient arquebusiers, trente-deux arbalétriers "C
seize cavaliers. Chacun des nobles animaux mon.
lés par ces derniers avait coûté 30,410 fr..-La di
rection delà flotte avait été confiée à Antonio d<
Alaminos, qui avait été le pilote de Christophe
Colomb dans son dernier voyage en Amérique.
C'est avec ce petit nombre d'hommes et ces fai-
bles ressources que Fernand Cortez allait attaque!
le plus puissant empire du Nouveau-Monde. Mais
tous ceux qui composaient la petite troupe du
jeune aventurier avaient la ferme intention d'être
des héros, et sous la bannière du Christ qui flottait
au-dessus de leurs têtes ils se croyaient invincibles.
Leur chef, qui était l'âme de l'expédition, avait
soufflé sur eux son enthousiasme et ses belles espé-
rances. Ils ne pouvaient manquer de faire des pro-
diges, conduits comme ils l'étaient par un homme
d'une grande force de volonté, -d'un esprit fécond
en ressources et qui savait commander.
Cortez était dans toute la vigueur de l'ooe, il
avait Vrenfe-qualre ans. Sa taille était au-deSefus dè
- 17
a
la moyenne, son teint pâle, ces yeux grands et
noirs. Avec une apparence assez grêle, il était
pourtant très-vigoureux ; il avait les épaules larges,
la poitrine saillante; et son corps façonné par
l'exercice pouvait supporter les plus rudes fati-
gues. Quant à son caractère, on verra par ses actes
qu'il joignait la prudence à l'audace, l'habilité à la
force, et qu'aucun obstacle ne lui parut jamais in-
surmontable.
Arrivé au cap Saint-Antoine, Cortez réunit sa pe-
tite troupe et lui adressa un discours qui se termi-
nait par ces paroles : «
« Je vous offre une glorieuse récompense, mais
il faut la gagner par d'incessantes fatigues. Les
grandes choses ne s'accomplissent que par de
grands efforts; et jamais la gloire n'a été le prix
de l'oisiveté. Si je me suis donné tant de peine, si
j'aventure dans cette entreprise tout ce que je pos-
sède, c'est peur l'amour de la renommée, la plus
noble récompense de l'homme. Mais si quelques-
uns d'entre vous convoitent surtout les richesses,
gardez-moi seulement votre foi, comme je vous
garderai la mienne, et je vous rendrai maîtres de
trésors tels que nos compatriotes n'en ont jamais
rêvés. Vous êtes peu nombreux, mais vous êtes forts
par votre résolution ; et pourvu qu'elle ne chan-
celle pas, soyez sûrs que le Tout-Puissant, qui n'a
jamais abandonné les Espagnols dans leurs luttes
— 48
contrôles infidèles, vous couvrira de son bouclier,
fussiez-vous enveloppés d'une nuée d'ennemis;
car votre cause est une juste cause et vous com-
battez sous la bannière de la croix. Marchez donc
avec joie et confiance; menez à une heureuse fin
une œuvre commencée sous d'aussi heureux
auspices. »
Le père Olmedo, qui faisait partie de l'expédition,
célébra la messe, et mit la flotte sous la protection
de saint Pierre, patron de Cortez. La petite troupe
était pleine de joie et d'enthousiasme. On était au
dix-huilième jour de février, Cortez donna l'ordre
du départ et sa flottille vogua bientôt vers l'empire
inconnu qu'il allait conquérir.
- 49 -i
- '-
CHAPITRE II. T«iHiroij
/!(j fli r
.: t r'!)f!f
Comment Cortez convertissait les Indiens. - Un acctyçnt pror
videntiel. - Le Rio de Tabasco. - Réponse que^foht tel
Indiens au notaire de l'expédition. — Effet produit, par les
détonations des armes à feu. — Ce qu'on trouve susgepdij
à un arbre. — Le cheval de guerre du patron de l'Espagne.
— Soumission des Indiens. — Le dimanche des RamëaUi à
Tabasco. dOfJ :,/1
iop-IOT
'il .m l
Ainsi était partie par un bon veut la floge, qt4
portait Cortez et sa fortune; mais elle ne tarda pa^
à être assaillie par une horrible tempête, qU1 (Hh
persa les vaisseaux sur la surface des mers; l,e lia-,
vire qui portait le jeune capitaine arriva le dernier
dans l'île de Cazumel, où devait être le premier
point de relâche. Sa présence y était bien ij
saire; Alvarado, qui n'avait pas la prudeq.,
chef de l'expédition, avait effrayé les habitajij&jd^
l'île en commettant toutes sortes de violences e~
surtout en pillant les temples. Cortez fit à son lieu-
tenant les reproches les plus vifs en présenç.ikPA
toute, l'armée, et rendit la confiance aux lnAi'!JtT
en leur assurant que, loin de leur vouloirJ£Mt'f
- 20 -
aucun mal, les Espagnols venaient en amis chez
eux leur annoncer la vraie religion. Chargé de leur
prêcher la bonne nouvelle, le père Olmedo, aumô-
nier de l'expédition, le fit en termes simples et
touchants; mais son discours ne produisit aucune
impression sur ses auditeurs, aucun Indien ne se
montra disposé à renoncer au culle de ses dieux.
£ épè!ndànt il fallait les convertir; telle était la con-
sedence humaine à cette époque : Cortez se serait
fcrti coupable en laissant. derrière lui les habitants
dejÇ&yimel plongés dans les erreurs de l'idolâtrie.
Ne pouvant consacrer que peu de temps à la con-
version de ces infidèles, car il avait hâte d'aller plus
loin, le commandant de l'expédition résolut d'avoir
retioHrl; à des moyens plus énergiques et plus expé-
Ôitifs que la douce éloquence du père Olmedo : par
son orclre la main des Espagnols fit rouler du haut
ftes °èscaliers de leurs temples les statues des
dïeiïx; Les pauvres Indiens, indignés d'un pareil
'crilége, s'attendaient à voir les idoles se venger
elles-mêmes; mais comme aucun châtiment n'at-
féignàït les Espagnols, ils finirent par croire que
tcnrx dieux étaient impuissants et consentirent à
recevoir le baptême. * 1
Bientôt on reprit la mer; mais à peine la flotte
êhtif'"-é'lle au large, qu'elle fut obligée de revenir
vêts ht côte. Un aecident que les Espagnols de-
vaient bientôt regarder comme une faveur céleste
- 21 -
avait mis un vaisseau hors d'état de pour9uijV?erfa
course sans avoir été réparé. A peine Cortex pt ,selt
compagnons avaient-ils regagné le rivage ^qu'ils
virent aborder dans un canot un hommeyprçpçue)
entièrement nu, à la barbe longue et héri,.p»
visage maigre et brûlé par le soleil. Cet hompq
salua le chef selon l'habitude des Indiens en tou-
chant la terre avec la main et la portant ensuite à
la tête. — Etes-vous des chrétiens, demaa,--t..j
en espagnol. — Cortez pour toute réponse Fetn-t
brassa, et lui jela son manteau sur les épaules.)
Ravi d'un si bon accueil et le cœur plein de joie à
la vue de ses compatriotes, le nouveau venu expli7
qua comment il se trouvait sur ces rivages. -, o!n"1
Il était religieux et se nommait Jéronimo de
Aguilar. Il avait fait partie, huit années auparavant
d'une expédition à travers la mer des .yVnUlles^
mais le vaisseau qui le portait avait fait naufrage,
près des côtes du Yucatan. Un certain nom-lft<k|
ses compagnons avaient pu se sauver a-iep luit
dans une chaloupe; parmi eux plusieurs étaient
morts de faim et d'autres avaient été égorgép SUFJ
les autels des dieux, car les sacrifices humains,
étaient en honneur dans ce pays. Quant à lui, il.
était tombé entre les mains d'un cacique qui lin)
avait laissé la vie, mais en l soumettant,, au plus-
dur esclavage. Cet infidèle avait même tenl^ de lei
décider à se choisir une femme; mais copine; ilj
- 22 -=
atvaif ïefus5 afin de ne pas violer son vœu, le bon
refitfuiix avait été obligé de passer par autant de
tënfâlibhs que saint Antoine, desquelles grâce au
lnef f)'lSvait toujours triomphé. A la fin, las d'éprou-
ver la vertu de son esclave, le cacique lui avait
éoASe le soin de sa maison et la garde de ses nom-
bréûsëS' femmes. Il eut un jour l'idée d'offrir à son
màttTë pour prix de sa rançon quelques verroteries
^ii'iî aVait sauvées du naufrage. Le cacique accepta
FéctiÀngë et lui donna sa liberté. Il s'était enfui
efeëtféfràïit des contrées plus hospitalières, lorsque
éàîlk'ûôtote par la volonté du Ciel son canot était
vêIitfJaborder à l'endroit même où la flottille espa-
gnole avait jeté l'ancre. -
ofBansiJl'accident arrivé à un de ses vaisseaux,
Cbrféff'ëût été déjà loin de la côte et il n'eût pu
éJtlmfttl' avec lui le père Aguilar, qui, en qualité
d'ïntèrprète, devait lui être d'une grande utilité.
ta rèftèontre de ce religieux fut un événement
d'antetit plus heureux que Cortez avait pour tout
ihtéi-ptèté un naturel du Yucafan qui parlait fort
mal l'espagnol, et qui pour comble de malheur
devait chapper aussitôt que l'expédition serait
aWiVëë 'dans son pays. Pcn-dant ses huit années
d'ékcittVage, le père Jéronimo avait appris conve-
itablfemént les divers dialectes du Yucatan; mais
lâ Mexicains ne comprenaient aucun de ces dia-
lèctëév Heureusement la Providence qui protégeait
— 23 -
d'une manièro si manifeste Cortez et ses compa-
gnons devait plus tard combler cette lacune, et
permettre à son apôtre de faire connaître aux infi-
dèles la parole de Dieu apportée au monde par le
Christ. Mais n'anticipons pas sur les événements.
Les avaries réparées, la flotte reprend sa course
et descend la large baie de Campêche bordée do
ces riches bois de teinture qui seront dans l'ave-
nir l'objet d'un commerce considérable. Arrivé à
l'embouchure du Rio de Tabasco, Cortez remonte
cette rivière sur de petites embarcations. De grands
arbres formaient sur les deux rives comme deux
murailles de verdure; la vallée présentait aux
regards le plus ravissant spectacle. Mais voici qu'à
travers l'épais treillis formé par les branches en-
trelacées, les Espagnols aperçoivent une troupe
d'indigènes qui font des gestes menaçants et bran-
dissent leurs armes.
Jugeant avec raison que cette côte est habitée par
un peuple plus belliqueux et plus fort que tous
ceux qu'on a rencontrés jusqu'alors en Amérique,
Cortez remet le débarquement au lendemain et fait
passer la nuit à sa troupe dans une île voisine. Au
point du jour, on aperçoit, sur le rivage, des forces
considérables. Le chef donne l'ordre à Alonzo de
Avila de débarquer avec cent hommes sur un point
de la côte qui se trouve masqué par un bois de pal-
miers et de se porter de là sur Tabasco ; lui-même,
- 24 —
il s'avance, à la tête de sa petite troupe, vers les
indigènes, qui l'attendent d'un air résolu. Dans
une proclamation qu'il fait lire à haute voix par le
notaire de l'expédition, il déclare aux Indiens qu'il
leur demande seulement le libre passage pour son
armée.
Les barbares répondirent à cette lecture par un
immense cri qui retentit dans toute la vallée et se
mirent à faire pleuvoir sur les Espagnols une grêle
de traits. Le combat commença avec une égale ar-
deur des deux côtés, on luttait corps à corps dans
le lit de la rivière.
Cortez, qui animait ses soldats par son exemple,
y perdit une de ses sandales. Quand les Espagnols
eurent enfin mis le pied sur la terre ferme, les
arquebusiers commencèrent à ouvrir un feu très-
vif. La détonation des armes à feu, que ces bar-
bares entendaient alors pour la première fois, leur
causa une telle frayeur qu'ils lâchèrent pied aus-
sitôt et s'enfuirent en désordre vers Tabasco, leur
ville principale. Quand Cortez y arriva, elle était
déserte.
Après avoir fait trois entailles à un grand arbre
qui se trouvait au milieu de la place publique, il
déclara solennellement qu'il prenait possession de
la ville au nom de Leurs Majestés Catholiques, et
qu'il maintiendrait son droit avec l'épée et le bou-
clier contre quiconque oserait le contester. Tous
- 2") —
ses soldats répétèrent la même déclaration, qui fut
enregistrée par le notaire de l'expédition.
Le conquérant établit son quartier général dans
la cour du plus grand temple de la ville, et, ainsi
qu'il fera prudemment durant toute l'expédition,
dispose toutes choses comme s'il devait être attaqué
à chaque instant. On s'aperçoit bientôt que le na-
turel du Yucatan, qu'on avait amené comme inter-
prète, a pris la fuite, et l'on retrouve ses habits eu-
ropéens suspendus à un arbre. On ne tarde pas à
apprendre que tout le pays est en armes. Cortez a
aussitôt pris sa résolution : il veut, dès le lende-
main, aller chercher les ennemis et leur livrer ba-
taille; il veut les étonner, les terrifier et les vaincre
par son audace et sa rapidité. Les intrépides compa-
gnons du conquérant se mettent à l'œuvre aussitôt,
les chevaux et les canons sont débarqués, la nuit
se passe à fabriquer des cottes de mailles en coton,
qui, bien plus légères que les cuirasses d'acier,
étaient cependant un rempart suffisant contre les
flèches des indigènes. Au point du jour, la petite ar-
mée est debout, pleine d'ardeur et avide de combattre.
Après avoir entendu la messe, toujours célébrée
par le père Olmedo, elle sort en bon ordre de la
ville, traverse des champs de maïs et de belles plan-
tations de cacao, et arrive devant une vaste plaine
où se presse l'armée nombreuse des Indiens, éva-
luée à quarante mille hommes.
- 26 -
En voyant venir à eux la petite troupe des Espa-
gnols, les barbares poussent ensemble un cri im-
mense et lancent leurs flèches, dont le ciel semble
obscurci. Les arquebusiers commencent leur feu
meurtrier, les canons tonnent et enlèvent aux en-
nemis des files entières de leurs soldats. Cependant
les barbares, qui sont de beaucoup supérieurs en
nombre, combattent avec acharnement; ils res-
serrent bravement leurs rangs à mesure que les
boulets y font des éclaircies sanglantes. Etonnés
d'une pareille résistance, les Espagnols commencent
à être inquiets ; car le conquérant ne paraît pas.
Mais voici que tout à coup un nuage de poussière
tourbillonne sur les derrières de l'armée ennemie,
dont les colonnes s'agitent en désordre; tous les
Indiens lâchent pied en même temps, se débandent
et s'enfuient épouvantés, comme si des bataillons
célestes tombaient sur eux du haut des nues. Cor-
tez venait de se montrer la lance en avant à la tête
de ses cavaliers castillans, dont les casques et les
épées, flamboyant au soleil levant, avaient frappé
de terreur les indigènes. Ces pauvres gens s'ima-
ginèrent que le cheval et le cavalier ne formaient
qu'un seul être étrange et surnaturel, une sorte de
centaure qui broyait en courant les bataillons sous
ses pieds.
Cette terrible charge de cavalerie ne produisit
pas moins d'impression sur l'esprit des Espagnols
— 27 -
eux-mêmes. Plusieurs d'entre eux virent le patron
de l'Espagne descendre d'un nuage sur un cheval
de guerre et se précipiter comme la foudre à tra-
vers les infidèles.
Cortez, aussi bien que ses soldats, fut persuadé
que le Ciel était venu à son aide dans cette action :
« Yos Altesses Royales, écrivit-il aux souverains de
Castille, doivent tenir pour certain que cette victoire
fut remportée moins par nos forces que par la vo-
lonté de Dieu; car qu'est-ce que nous aurions pu
faire quatre cents hommes que nous étions, contre
quarante mille guerriers? »
Quand il vit les Indiens en déroute, le chef dé-
fendit de les poursuivre et fit reposer ses compa-
gnons à l'ombre dans un bois de palmiers. Là on
rendit grâces à Dieu de la victoire qu'il venait de
donner. Plus tard, en cet endroit même, on vit
s'élever une ville qui fut appelée Santa-Maria-de-
la-Yittoria.
Les habitants de Tabasco ne tardèrent pas à faire
leur soumission. Leurs caciques offrirent aux Es-
pagnols des présents de toutes sortes, des fleurs,
des fruits et des ornements en or. Comme on leur
demandait d'où ils tiraient ce métal : De là, di-
saient-ils, en indiquant la direction du Mexique.
Le principal cacique de Tahasco donna, pour sa
part, au conquérant, vingt belles esclaves ; parmi
elles, se trouvait une jeune fille qui doit jouer un
— 28 —
grand rôle dans cette histoire; nous ne tarderons
pas à la retrouver. -
Au bout de quelques jours, les vaincus embras-
sèrent la religion des vainqueurs; ils furent con-
vertis en masse par le père Olmedo, et aussi par
Cortez, qui, comme on sait, employait des moyens
assez violents pour détacher les barbares de leurs
dieux. Les idoles de Tabasco Jurent précipitées du
haut de leurs pyramides par les soldats espagnols,
que la foudre du ciel n'écrasa pas, au grand éton-
nement des habitants. Ceux-ci reçurent le baptême
dans une pompeuse cérémonie qui fut célébrée le
dimanche des. Rameaux.
Les Espagnols parcoururent les rues en proces-
sion, portant à la main des branches de palmier,
et faisant retentir l'air de chants religieux. Cette
fête produisit une vive impression sur les barbares,
dont plusieurs fondirent en larmes, s'il faut en
croire les chroniqueurs. Leurs prêtres mêmes, vê-
tus de robes blanches, s'étaient mêlés au cortège.
Le père Olmedo célébra la messe dans le plus grand
temple, où l'image du Christ avait remplacé les
statues monstrueuses des faux dieux ; après la cé-
rémonie, Cortez et ses compagnons, tenant toujours
leurs rameaux à la main, descendirent la rivière
et rentrèrent dans leurs vaisseaux.
Le lendemain, la flotte déploya ses voiles et
vogua vers le Mexique.
— 29 —
CHAPITRE III.
Un phénomène étrange. — Embarras du père Aguilar. —
L'ange de l'expédition. — Débarquement des troupes. —
Entrevue avec le cacique de la province. — Présents offerts
à Cortez. — Merveilleux effet de la poussière d'or. — Un
peintre mexicain. — Prodiges. — Terreur de Montêzuma.-
Ambassade envoyée par l'empereur vers Cortez. — La roue
d'or.
Après avoir rasé assez longtemps les bords si-
nueux du Mexique, la flottille espagnole était en-
trée dans la baie de Saint-Jean-d'Ulloa, par un beau
soir du Jeudi-Saint.
Parmi les compagnons de Cortez, ceux que l'ex-
pédition de Grijalva avait déjà amenés dans ces pa-
rages donnaient aux autres des explications sur le
.pays qu'on venait d'atteindre, sur ses productions
et les mœurs de ses habitants, saluant les rivières
et les montagnes par les noms qu'elles avaient re-
çus d'eux dans leur premier voyage. « Ceci est la
! France, Montesinos ; ici est Paris, la grande ville,
ici le Duero, qui se jette dans la mer. » Tel est le
passage d'une vieille ballade sur l'enchanteur Mon-
- 30 -
tesinos, que chantait Puerto Carrero, un des intré-
pides navigateurs qui avaient accompagné le con-
quérant.
Le rivage était couvert d'une foule d'indigènes
qui contemplaient avec admiration comme un phé-
nomène extraordinaire les vaisseaux espagnols
glissant à l'aide de leurs seules voiles sur la mer,
tranquilles comme de grands oiseaux aux ailes blan-
ches. Plusieurs pirogues vont et viennent dans la
baie près du bord; une d'elles, chargée de fleurs,
do fruits et d'ornements d'or, atteint le navire de
Cortez; les indigènes qui la conduisent montent à
bord sans défiance et offrent leurs présents.
Chargé de traduire leurs paroles en espagnol, le
père Aguilar reste muet; il ne comprend pas la
langue que parlent les Indiens de la pirogue. L'em-
barras du conquérant est extrême. Comment en-
trera-t-il en communication avec les indigènes?
Comment pourra-t-il les convertir à la foi du Christ
sans le secours du langage? Mais la Providence,
qui songe à tout, a mis sur son vaisseau même un
charmant interprète, qu'il a amené avec lui sans
le savoir.
Nous avons dit que, parmi les vingt esclaves dont
le cacique avait fait présent à Cortez, il y avait une
jeune fille qui était destinée à jouer un rôle im-
portant dans ce récit; car c'est grâce à cette jeune
fille qu'on parvint à comprendre les Indiens de la
- S -0
pirogue. Elle était née au Mexique et en parlait la
langue. Par quelle suite d'événements se trouvait-
elle sur la flotte espagnole? C'est tout un roman.
Etant encore en bas âge, elle avait perdu son
père, qui était un cacique puissant et riche ; sa mère,
s'étant remariée, eut de son second hymen un fils,
à qui elle désirait transmettre les biens de son pre-
mier mari. Dans ce but, elle fit passer sa fille pour
morte et la vendit. Les marchands qui l'achetèrent
la revendirent au cacique de Tabasco, dont la libé-
ralité la fit passer au pouvoir du conquéranl.
Cette jeune fille, connaissant la langue des Mexi-
cains et celle du Yucatan, pouvait, avec l'aide d'A-
guilar, qui savait cette dernière langue et l'espa-
gnol, composer un interprète suffisant pour mettre
le chef en communication avec les indigènes du
Mexique. Du reste, on lui donna des leçons d'es-
pagnol; elle le sut bientôt, parce qu'elle avait de
l'intelligence et de la mémoire, et puis parce que
l'amour se mit de la partie. Elle se passionna pour
Cortez, qui fut bientôt séduit par sa beauté et son
dévouement. Elle fut appelée Marina par les Espa-
gnols et Malinche par les Mexicains, qui donnèrent
à Cortez le nom de Malintzin, ce qui veut dire
maître de Malinche.
La belle Marina fut l'ange de l'expédition. Sa
physionomie était ouverte, douce et expressive; son
âme était ardente, passionnée, tendre et pleine
- 32 -
d'héroïsme. Fidèle à sa patrie d'adoption et dé-
vouée à Cortez, elle tira plus d'une fois les Espa-
gnols de périls extrêmes; bonne en même temp*
pour les races vaincues, elle contribua aussi sou-
vent à rendre plus léger pour elles le poids de la vic-
toire.
Grâce à la jeune esclave, le conquérant apprit
que les indigènes qui lui offraient des présents
étaient Mexicains, et qu'ils étaient soumis à Mon-
tezuma, lequel régnait sur un immense empire et
commandait à des armées innombrables. Leur pro-
vince était gouvernée par un cacique nommé Teu-
thlile.
Les Espagnols débarquèrent le jour du Vendredi-
Saint non loin du lieu où s'élève aujourd'hui Vera-
Cruz. Ils campèrent dans une vaste plaine, qui fut
bientôt couverte de huttes faites de feuillage. At-
tirés par la curiosité, les indigènes accoururent en
foule pour voir les étrangers, auxquels ils offrirent
des fleurs, des fruits et des provisions de toutes
sortes. Le gouverneur de la province lui-même, le
jour de Pâques, vint faire sa visite à Cortez. C'était
un fonctionnaire plein d'intelligence, de finesse
et de courtoisie. Le chef lui fit bon accueil, et,
après l'avoir fait assister à la messe du père 01-
medo, l'invita à une collation arrosée de vin d'Es-
pagne, qu'il goûta fort.
Après le repas, on causa par l'entremise de la
- 33 —
3
belle Marina; Teuthlile demanda d'abord au con-
quérant qui il était et dans'quel but il venait au
Mexique. Cortez répondit qu'il était l'envoyé d'un
grand empereur, qui régnait en Orient, et qui n'a-
vait pu entendre parler de Montézuma sans avoir
le désir d'entrer en relation avec lui. Le cacique
parut stupéfait qu'il y eût au monde un autre sou-
verain aussi puissant que son maître. Son étonne-
ment fut encore bien plus grand quand Cortez lui
annonça positivement qu'il était dans l'intention
de rendre visite à Montézuma. Le gouverneur lui
promit cependant de transmettre sa demande à
l'empereur dans le plus bref délai. Des esclaves ap-
portèrent ensuite au jeune chef de l'expédition es-
pagnole les présents qui lui étaient destinés : c'é-
taient des ornements d'or d'un magnifique travail,
du coton et des ouvrages en plumes d'une grande
magnificence. Cortez fit à son tour au gouverneur
des présents qui devaient être remis à l'empereur:
ils consistaient en un fauteuil sculpté, un chapeau
de drap cramoisi, des colliers, des bracelets et au-
tres ornements de verre, qui étaient d'un grand
prix aux yeux des Mexicains, auxquels l'art du ver-
rier était inconnu.
Le cacique, ayant aperçu un casque doré sur la
tête d'un soldat, assura à Cortez que l'empereur
serait content de le voir. Le conquérant lui permit
de l'envoyer à son maître, mais à condition qu'on
— 3Î -
le lui rapporterait plein de poussière d'or. a on,
disait-il, da la. comparer avec celle de son pays. Il
ajouta que les Espagnols étaient, sujets à une ma-
ladie de cœur contre laquelle la poussière d'or était
un remède souverain. Cortez ne voulut pas laisser
partir le gouverneur sans lui avoir donné une idée
de la supériorité des armes de ses soldats ; il fit
manœuvrer sa petite troupe-, les cavaliers galopè-
rent, les trompettes retentirent, les canons firent
entendre leursformidables délonnations, tandis que
les boulets allaient briser des arbres éloignés. Le
cacique et les gens de sa suite étaient frappés d'é-
peuvante.
Pendant qu'il faisait manœuvrer ainsi son ar-
mée, ie chef ne fut pas peu surpris de voir un
artiste mexicain, amené là par le cacique, peindre
tout ce qui se trouve dans le camp des Espagnols,
tentes, hommes et chevaux, etreprésentertant bien
que mal même les charges de cavalerie et l'action
des boulets. Cette peinture fut envoyée à Monté--
zuma. avec les présents de Cortez.
Quand ces présents furent remis à l'empereur
du Mexique, il avait déjà appris l'arrivée des étran-
gers. Montézwna, dans la langue mexicaine, signi-
fiait homme triste et évère. C'était en effet un
prince grave, austère et surtout religieux. C'est
grâce à sa piété et à sa bravoure qu'il avait été élu
empereur en 4502. Le sage roi de Tezeuco lui
- 35 —
avait adressé les paroles suivantes le jour de son
couronnement : « Comment douter que l'empire
Aztèque ne soit parvenu à son apogée lorsque le
Dieu tout-puissant lui donne pour chef un prince
dont la seule présence remplit tout le peuple de
respect? Heureux peuple, réjouis-toi d'avoir un sou.,
verain qui sera pour toi la plus ferme colonne, un
père dans la détresse et mieux qu'un frère par l'af-
fection et par la sympathie; un souverain dont
l'âme élevée dédaignera toujours les vils plaisirs
des sens et l'oisiveté corruptrice. Et toi, illustre
jeune homme, ne doute pas que le Créateur qui
t'a imposé un si grand fardeau, ne te donne aussi
la force nécessaire pour le porter. Il maintiendra
ton trône inébranlable pendant de longues et glo-
rieuses années. »
Monté sur le trône, Montézuma n'avait pas
trompé les espérances du roi de Tezcuco : il s'était
distingué par sa bravoure et sa capacité militaire
dans beaucoup de guerres, avait doté l'empire do
sages institutions, bâti des temples et fait exécuter
un grand nombre de travaux utiles. Mais dépouil-
lant les mœurs des anciens empereurs Aztèques,
il affecta de se rendre invisible pour ses sujets, si
bien qu'il passait pour un prince fier et arrogant.
Et puis le luxe qu'il déploya dans un magnifique
palais qu'il se fit bâtir l'obligea d'augmenter les
taxes, ce qui excita des mécontentements et même
- 3G -
des troubles sérieux qu'il fallait réprimer par la
force. Cependant l'empire ne s'était pas affaibli
entre ses mains; il jouissait du pouvoir le plus ab-
solu; il était partout obéi et respecté presque à
l'égal d'un dieu. Il était juste, sévère, brave et
ferme; mais il avait un grave défaut pour un
prince, il était superstitieux, ce fut la superstition
qui le perdit.
-4 D'après une tradition répandue dans tout le
Mexique, le paysavait étéautrefois gouverné par un
dieu appelé Quetzalcoalt. Ce dieu avait vécu parmi
les Mexicains et leur avait appris l'agriculture, les
arts et la science du gouvernement. Son règne,
que n'avait jamais troublé le bruit de la guerre,
avait été l'âge d'or des Mexicains. En ce temps-là
les fleurs naissaient sans culture; un pied de maïs
formait la charge de deux hommes. Le coton se
teignait lui-même des couleurs les plus éclatantes
et l'aloès distillait une liqueur qui procurait une
ivresse délicieuse. Mais un jour cet excellent dieu
fut obligé de céder la place à une divinité moins
bienfaisante et de quitter le pays. Il se retira vers
la mer en passant par la ville de Cholula, qui lui
a élevé une pyramide. Quand il fut arrivé au golfe
du Mexique, il promit à ses sujets de revenir un
jour parmi eux; puis s'étant jeté dans un esquif
fait de peaux de serpents, il se dirigea vers l'O-
rients j- - M.
- 37 —
fuelzalooalt était comme le messie- des Mexi-
cains. Selon la tradition, il avait le visage blanc,
la taille kaate, les cheveux noirs et la barbe lon-
gue. Montézuma croyait plus fermement qu'aucun
de ses sujets que le divin Quetzalcoalt reparaîtrait-
un jour, et il était trop profondément réligiellx -
pour être disposé à lui refuser son trône sril venait
le redemander. Or, à l'époque où les Espagnols
débarquèrent, sur la côte du Mexique, tous les
esprits étaient frappés de l'idée que les- temps
étaient proches. Montézuma lui-même avait une
sorte de pressentiment que le sceptre. allait lui
échapper. Un grand nombre de prod-iges -dti reste
semblaient présager quelque événement extraor-
dinaire.
Les astrologues, consultés par l'empereursur ces
étranges prodiges, lui prédisent de même que la
puissance des Aztèques est près de finir.
Montézuma avait déjà entendu parler de l'appa-
rition des Espagnols lors de l'expédition de Gri-
jalva. On lui avait rapporté que les étrangers ve-
naient d'Orient, qu'ils étaient de haute taille, avaient
la peau blanche, la chevelure noire et la barbe
- épaisse. Le pieux empereur avait tout. de- suite
songé au divin Quetzalcoalt, et il avait tremblé
pour son trône. Aussi quelte ne fut pas sa terreur
quand on lui annonça que de nouveaux étrangers
avaient mis le pied dans son empire,-que leurs
- 38 -
tâisseaux fendatent la mer sans le secours des
rames, qu'ils étaient assis sur des monstres aussi
rapides que le vent et qu'ils étaient comme des
dieux armés de tonnerres qui renversaient les ar-
bres au loin dans la forêt. Il pâlit en voyant le
„ casque doré que lui envoyait Teuthlile. Ce casque
ressemblait à celui que portait autrefois le divin
QucLzalcoalt. Dans la frayeur qui l'agite, Monté-
zuma réunit son conseil : après une longue délibé-
ration, où furent ouverts plusieurs avis différents,
on décida qu'on enverrait vers les étrangers des
ambassadeurs chargés de riches présents.
Pendant que ces choses se passaient dans la ca-
pitale du Mexique, les Espagnols sous leurs tentes
de verdure se nourrissaient ds bananes et d'ana-
nas. Ils ne tardèrent pas à voir arriver dans le
camp la pompeuse ambassade de l'empereur du
Mexique. Des esclaves agitaient des encensoirs
d'or, d'autres portaient sur des nattes les présents
réservés au conquérant. C'étaient des pierres pré-
cieuses, des tissus de coton, des étoffes de plumes,
des perles, des casques, des boucliers, des fils d'or
et d'argent. Le casque doré avait été fidèlement
rapporlé de Mexico, où il avait été rempli de
grains d'or pur. Deux objets excitèrent surtout
l'admiration des Espagnols : c'étaient deux plats
ronds, l'un en or, l'autre en argent, qui étaient
aussi grands que les roues d'un carosse. Le disque
- 39 -
i.'Qr, où un Mexicain avait ciselé des plantes et
des animaux, représentait le soleil et valait à lui
seul près de deux millions de francs. Montézuma
désirait que ces présents fussent agréables aux
étrangers; il regrettait de ne pouvoir les inviter à
venir le voir dans sa capitale à cause de lajonguenr
et de la difficulté des chemins. Cortez répondit
qu'aucun chemin n'était pour les Espagnols ni long
ni dificile, et envoya à l'empereur des chemises
de Une toile de Hollande, des verroteries et un go-
belet florentin, en sollicitant de nouveau l'auto-
risation d'aller le visiter dans sa capitale Mais
Montézuma voulait à tout prix empêcher les étran-
gers de venir à Mexico.
Bientôt une nouvelle ambassade apporte à Cor-
tez la défense formelle d'approcher de la capitale.
Le conquérant insiste dans plusieurs entretiens,
mais toujours sans résultat.
Pendant une de ces conférences, l'heure des
vêpres sonne; les Espagnols tombent aussitôt à
genoux devant une croix, et par l'ordre de Cor-
tez le père Olmedo annonce aux envoyés de Mon-
tézuma que les étrangers viennent apporter au
Mexique une nouvelle religion. Les ambassadeurs
se retirent mécentents et indignés. A parlir de ce
jour les indigènes cessent d'apporter au camp les
provisions nécessaires. La solitude se fait autour
d'eux. Bientôt les fièvres si meurtrières sur ces
- 40 -
parages viennent s'abattre sur la petite troupe de
Cortez et moissonnent les plus braves de ses guer-
riers. Ceux qui restent font entendre de vives
plaintes et accusent Cortez de vouloir les perdre
parson ambition. fis demandent instamment qu'on
les ramène à Cuba. Cortez 'ne recule pas devant
les difficultés qui se pressent devant lui ; son idée
bien arrêtée est d'aller à Mexico. Nous verrons
comment il parvient à triompher du décourage-
ment de ses compagnons, et comment il accomplit
l'œuvre dont il avait fait l'objet de ses constantes
préoccupations.
,.
--
- 41 -
CHAPITRE IV
Situation difficile de Cortez. — Plaintes et murmures des
soldats. — Habileté du Conquérant. — Fondation de Vera
Cruz. —' On marche sur Cempoalla. - Comment Cortcz-
s'assure des auxiliaires,—Instruction des idoles. —.Dé-
pêches en Espagne. — Complot de soldats mécontents. —
Destruction de la flotte. — On marche sur Mexico.
La situation où se trouvait en ce moment CoiHcz
était de nature à décourager l'âme la mieux
trempée. Il pensait trouver dans les Mexicains
des peuplades sans énergie comme celles que les
Espagnols avaient rencontrées dans les îles; et
voilà qu'il avait affaire à un gouvernement orga-'
nisé militairement. -On lui assurait que Monté-
zuma, qui était un prince belliqueux, pouvait
mettre sur pied un million d'hommes.
Le conquérant cherchait le côté vulnérable de ■
cet immense empire, et il ne le voyait pas. Un
péril incessant le menaçait du côté de Vélasquez,
qui avait des amis parmi les chefs de l'expédition.
Nul doute que le gouverneur ne l'eût dénoncé
comme un rebelle à la cour ombrageuse de Madrid
- 42 -
et au conseil des Indes, présidé à cette époque par
Fonséca, homme jaloux et malveillant. A chaque
instant une flotte pouvait venir l'arrêter dans sa
course, au nom de Charles-Quint. Il n'y avait donc
pas de temps à perdre, Il lui fallait se porter
promptement dans l'intérieur du pays.' Mais ses
soldats voudraient-ils le suivre? Dévorés par le so-
leil, accablés de fatigues, tourmentés par des mil-
lions d'insectes dangereux, décimés par les fièvres
pestilentielles, plusieurs commençaient à murmu-
rer et à demander qu'oui fît le partage de l'or en-
voyé par l'empereur du Mexique et qu'on reprît
la route de Cuba.
- Les partisans de Vélasquez entretenaient le mé-
contentement parmi les soldats. A leur grand éton-
nement, Cortez, feignant de céder à leurs vœux, y
fit annoncer que la flotte allait immédiatement.
repartir pour Cuba. Mais les amis du conquérant se
récrièrent et déclarèrent qu'ils voulaient fonder
une colonie. Ils firent si bien qu'ils entraînèrent
toute l'armée dans l'ardente opposition que dési-
rait et qu'avait espérée Cortez. Celui-ci profita
admirablement de sa situation. Montéjô venait de
découvrir un mouillage à quelques lieues au nord
du point où l'on avait débarqué. Il fut décidé qu'on
allait immédiatement bâtir une ville sur cet empla
cernent et qu'on l'appellerait Villa Rica de la Vera..
Cru,, Yillo riçhe de la Yraie Croix.
- 43 -
Le conquérant nomme sur-le-champ les magis-
trats de la nouvelle colonie, auxquels il donne les
marques du plus grand respect, ce qui, selon le
droits des communes d'Espagne, le créait grand
juge et capitaine général de la municipalité. De
cette façon il ne relève plus de Vélasquez.
Cet acte ne s'accomplit pas sans une vive oppo-
sition de la part des amis du gouverneur de Cuba;
mais Cortez fit mettre aux fers les principaux ré-
calcitrants. L'harmonie fut promptement rétablie,
et au bout de quelques jours les prisonniers purent
être mis en liberté sans danger.
Le chef trouva bientôt l'occasion de mettre uti-
lement au service de sa cause le courage qu'il avait
fait entrer dans le cœur de ses soldats. Cinq dé-
putés indiens, dont' le costume est différent de
celui des Mexicains, arrivent un matin dans le
camp des Espagnols. Ce sont des Totonaques qui,
mécontents du gouvernement de Montézuma,
viennent prier le conquérant de se rendre à Cem-
poalla, leur capitale. Ils lui offrent cent mille com-
battants, s'il veut les aider à briser le joug qui pèse
sur eux.
Avec quelle joie Cortez leur promit son assis-
tance 1 ce grand empire pouvait donc être renversé,
puisque la division était dans son sein. Au bout
de quelques jours, l'armée marchait vers Ccm-
poalla. Elle trayersa d'abord des plaines stériles et
— 44 —
sablonneuses, n'apercevant que les flots bleus de
l'Océan, à sa droite, et dans le lointain, la tête
neigeuse du pic d'Orizaba. Bientôt le spectacle
change; ce sont des plaines ondulées couvertes de
cacaoyers et de palmiers à panaches où bondissent
des animaux inconnus et où volent par troupes des
faisans et des dindons sauvages. A mesure que
l'armée s'avance, la végétation me montre de plus
en plus riche et rigoureuse. Ici des buissons
d'aloès, de rosiers sauvages et de chèvres-feuilles
répandant dans l'air des senteurs enivrantes; là
s'élèvent des arbres majestueux ornés de convol-
vulus et de plantes grimpantes qui jettent des
ponts de fleurs d'un arbre à l'autre. « Voilà le pa-
radis terrestre, » disaient les compagnons de Cor-
tez. En effet, il y avait des enchantements pour
tous les sens dans ce pays délicieux, où des nuages
de papillons tourbillonnaient dans l'air embaumé,
pendant que le cardinal empourpré et l'oiseau mo-
queur faisaient entendre leurs douces mélodies.
Douze Indiens venus à la rencontre des Espagnols
leur servaient de guides. Quelques cavaliers en-
voyés à la découverte vinrent annoncer, à la grande
joie de la petite troupe, que les façades des mai-
sons de Ccmpoalla étaient recouvertes d'argent
poli.
Quand le conquérant-approcha, de la ville, une
foule considérable se porta à sa rencontre. Les
- 4-J -
femmes lui ofirirent des bouquets et suspendirent
des guirlandes de fleurs au cou de son cheval. Il
établit son quartier général dans le temple désigné
par le cacique, qui lui fit donner en abondance
des viandes cuites, des gâteaux de maïs et des pro-
visions de toute nature.
Dans sa première entrevue avec le gouverneur
de Cempoalla, Cortez essaie de le convertir. Le ca-
cique lui répond qu'il n'a pas à se plaindre de ses
dieux, mais de son empereur, qui exigeait de lui,
non pas seulement des impôts énormes, mais encore
un grand nombre de jeunes hommes et de jeunes
filles destinés aux sacrifices. Après lui avoir donné
l'assurance qu'il le délivrerait d'un joug abhorré,
le conquérant l'engagea à joindre ses armes à celles
des Espagnols : ce n'était pas qu'il eût besoin do
secours, disait-il, mais il desirait avoir l'appui des
indigènes, afin de pouvoir distinguer ceux qu'il
devait épargner dans la guerre d'extermination
qu'il allait entreprendre.
Quelques jours après l'arrivée des Espagnols,
cinq officiers de Montézuma, magnifiquement vê-
tus, se présentent sur la place publique de Cem-
poalla, au milieu d'une troupe d'esclaves qui chas-
sent devant eux les mouches avec des fouets et des
éventails. En punition de ce que les Totpnaques
ont appelé chez eux les étrangers, ils exigent
qu'on leur livre vingt jeunes hommes et vingt
- 46 -
jeunes femmes pour être sacrifiés aux dieux.
Poussé par l'habile Cortez, qui veut le brouiller à
tout jamais avec Montézuma, le cacique fait mettre
en prison les collecteurs d'impôts, sans la partici-
pation des Espagnols. Le conquérant les délivre
presque aussitôt; et ils vont raconter à leurs maî-
tres l'outrage qui leur a été fait par le gouverneur
de Cempoalla et la noble conduite du chef des
étrangers. L'empereur envoie des ambassadeurs
chargés de présents témoigner sa reconnaissance
au conquérant, lequel répond qu'il ira voir Monté-
zuma dans sa capitale.
Les Totonaques commencent à éprouver une
sorte de terreur religieuse à la vue d'étrangers qui.
inspirent un tel respect à un prince dont le nom
seul les faisait trembler. Le cacique prend Cortez
pour arbitre d'un différend qu'il avait avec un de
ses voisins. Le conquérant réconcilie les deux enne-
mis et se fait la réputation d'un homme juste et
sage. Le cacique propose, pour être mariées à
des guerriers espagnols, huit jeunes vierges in-
diennes, richement vêtues, parées de colliers et
d'ornements d'or, et appartenant aux meilleures
familles de la province. Cortez y consent, à la con-
dition que les jeunes filles se feront chrétiennes,
et il engage de nouveau le gouverneur à recevoir
lui-même le baptême. Celui-ci déclare qu'il restera
fidèle à ses dieux. La conversation s'échauffe, le
- 47 -
conquérant s'écrie, en s'adrcssant à ses soldats,
u que le Ciel ne peut sourire à leur entreprise,
s'ils laissent debout des idoles qui s'abreuvent du
sang des hommes, et qu'il faut les détruire à
l'insfant. » a
Animés par les paroles de leur chef, les Espa-
gnols s'élancent vers le grand temple, haute pyra-
mide à large base, au sommet de laquelle condui-
sait un escalier de pierre. Le cacique appelle ses
guerriers aux armes; les prêtres courent en fana-
tiques par les rues, vêtus de robes noires, laissant
flotter sur leurs épaules leurs longues chevelures
imprégnées de sang humain et poussant des hur-
lements épouvantables. Par les ordres du chef, le
cacique, les prêtres et les principaux guerriers sont
saisis par les Espagnols et enfermés.
Marina fait alors comprendre au gouverneur
combien il a tort de résister à Cortez, qui seul peut
le protéger contre Montézuma. « Eh bien ! faites
donc tout ce que vous voudrez, s'écrie le cacique
en se voilant la face ; les dieuxe vengeront eux-
mêmes. »
Les idoles sont aussitôt précipitées du haut de leurs
pyramides, et les Espagnols en font un feu de joie.
Les Totonaques regardent avec étonnement brûler
eurs dieux impuissants et embrassent avec en-
housiasme la religion des étrangers. Dans le tem-
ple, aussitôt lavé et purifié, la douce image de la
- 48 -
Vierge, placée sur un autel, sourit aux nouveaux
convertis, qui entassent les fleurs à ses pieds. Après
avoir célébré la messe, le père 01medo leur adresse
un discours, et, à mesure que Marina traduit ses
paroles, tous les assistants fondent en larmes.
Après s'être ainsi assuré de puissants auxiliaires,
Cortez songe à se mettre à l'abri du danger qui le
menace du côté de Madrid. Connaissant la puis-
sance de l'or sur une cour avide qui en espérait
beaucoup de ses conquêtes au Nouveau-Monde et
n'en voyait pas encore, il se décide à lui envoyer
les magnifiques présents de Montézuma, dont le
partage n'a pas encore été fait. Mais comment à ce
partage, impatiemment attendu, faire renoncer des
hommes que l'appât des richesses surtout réunit
sous l'étendard de Cortez? Comment leur parler de
désintéressement?
Il l'ose cependant et réussit à leur persuader d'a-
bandonner le fruit de leurs fatigues pour faire un -
cadeau à Charles-Quint. Il est pourtant probable
qu'ils ne virent pas partir sans regret la grande roue
d'or donnée par Monfezuma, laquelle devait faire
merveille à Madrid et détruire tout l'effet des
plaintes de Vélasquez.
Cet important message est confié au fidèle Puerto L ,
Correro et au brave Montejo, ancien ami de Vé-
lasquez. Alaminos, le grand navigateur, est chargé 1
do la direction du navire, qui, outre les présents jï
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de ffiouVôzuma, porte à Madrid des manuscrits in-
diens et quatre esclaves destinés à périr sur les au-
tels -et délivrés par les Espagnols.
Malgré la défense du conquérant, on toucha Cuba,
etunmatelot, s'étant échappé à la nage, fit connaî-
tre dans l'île ce qui sepassaitau Mexique. Vélasquez
ioaua l'ordre à deux vaisseaux, fins voiliers, de
saisir le navire; mais cet ordre ne put être exécuté.
Cependant, le parti dtz gouverneur de Cuba tra-
nait à la Vera-Cruz une conspiration, où entrèrent
tous les mécontents, même Jean Diaz, un des qha-
pelains de l'expédition. On devait ramener la flotte
à Cuba; déjà tout était prêt, mais, dans la nuit
même ofc. l'on allait lever l'ancré, un des complices
avoua tout à Cortez.
Le conquérant punit avec une grande rigueur
les auteurs du complot, et pour mettre ses soldats
dans la nécessité de renoncer à toutes nouvelle
tentative de ce gençe", il forma le projet audacieux
de détruire sa flotte. Commo il savait dissimuler,
il réunit d'abord toutes ses troupes à Cempoalla
puis il se faitadresser par des hommes experts un
-rapport constatant le mauvais état des navires de-,
venus incapables de tenir la mer. « Il faut bien se
résigner, dit-il en feignant d'être grandement
étonné et affligé de cette nouvelle., la volonté de
Dieu soit faite! » et il donna ordre de couler à fond
les vaisseaux;
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Quand les soldats apprirent la destruction de la
flotte, ils laissèrent éclater leurs plaintes. Mais
Cortez sut les décider à la résignation; on avait
constaté, leur dit-il, que ces navires étaient im-
propres au service; et il produisait à l'appui de son
dire le rapport des experts. L'armée ne pouvait que
profiter d'un malheur qui lui assurait un renfort
de cent hommes vigoureux composant les équipa-
ges. En admettant même qu'on eût sauvé la flotte,
de quelle utilité pouvait-elle être dans la grande
entreprise qu'ils allaient tenter? Vainqueurs, ils
n'en avaient point besoin, et ils étaient trop avan-
cés dans le pays pour en profiter en cas de revers.
Il les suppliait donc de tourner les yeux d'un autre
côté. Calculer ainsi les chances de succès, les
moyens d'échapper au péril, c'était faire preuve
de peu de courage; ils avaient mis la main à l'œu-
vre; regarder en arrière à mesure qu'ils avan-
çaient, c'était courir à leur perte. « Pour mol,
s'écria-t-il en finissant, mon parti est pris; tant
qu'un seul de vous me sera fidèle, je resterai ici.
S'il est des hommes assez lâches pour craindre de
partager les dangers de notre glorieuse entreprise,
qu'ils s'éloignent; Au nom du Ciel! qu'ils retour-
nent à Cuba; qu'ils y racontent comment ils ont
abandonné leur chef et leurs camarades; qu'ils y
attendent patiemment le jour où nous reviendrons
chargés des dépouilles des Aztèques. i