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Le Musée de Douai, depuis son origine jusqu'à ses derniers accroissements

130 pages
L. Crépin (Douai). 1867. 1 vol. (128 p.) ; in-16.
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LE
MUSÉE DE DOUAI
DEPUIS SON ORIGINE
JUSQU'A SES DERNIERS ACCROISSEMENTS.
DOUAI
CHEZ L. CRÉPIN, LIBRAIRE
32, RUE DES PROCUREURS
1867
Extrait du catalogue de la Librairie douaisienne^H
De L. CRÉPIN, rne des Procureurs, 32, à Mena
Souvenirs .à .l'usage des habitants
de Douai, ou noies pour servir à l'his-
toire de cette ville. 2 volumes
in-18. 12 fr.
Histoire populaire de Douai par
Ch. MINE. Un petit volume in-18
sur papier fin. Prix 1 50
Nouveau guide de l'étranger dans
Douai, contenant la Topographie et
l'Histoire de cette ville, la descrip-
tion complète de ses monuments, or-
né de vignettes, d'un plan de Douai.
- Un volume grand in-18 3 fr.
Jehan Bellegambe de Douai,
peintre du Rétable d'Anchin, notice
suivie de recherches sur d'autres
peintres de la même famille, par M.
A PREUX fils avec le portrait fac si-
mile de ce peintre. Une brochure
in-18. 1 fr.
Histoire de Jean-sans-yeur avec
portrait autographe et armes de ce
prince, détails de son entrée solennelle
à Douai le 25 juin 1405.- Douai,
1861. Une brochure in-8* 1 fr.
Le Bibliophile du Nord de la
France guide de l'amateur de livres,
prix : un an, 12 numéros, 3 francs,
départements, 4 francs.
Ephémérides et Biographie douai-
siennes. Un volume in-18. 4 fr.
Vocabulaire des hamaux et des Hy-
drographies des départements du Nord
et du Pas-de-Calais. Un volume
in-8*. 8 fr.
Dictionnaire des communes des
départements du Nord et du Pas-de-
Calais. Une brochure in-8. 1 fr.
Notices historiques relatives aux
offices et aux officiers de la Cour du
Parlement de Flandres. Un volume
grand in-4# 10 fr.
Notes historiques, relatives aux
offices et aux officiers de la Gouver-
nance du souverain Bailliage de Douai
et Orchies. Un volume grand in-4*
Douai, 1810. 6 fr.
Notices historiques * rglatives 11
offices et aux officiers du !Conseil 1
vincial d'Artois. Un volume -gr,
in-4°. 6 fl'
Coutumes et anciens règlements g
la ville et échevillage de Douai. Uj
volume in-18. 4 f
La Légendë^dëHayanl, par 1
Sureau, brochure in-18. 1-
Souvenir douaisien, Annuai B
avec des éphémérides et des notice
sur Douai. 8 vol. in-18. Prix des J
volumes.- - - --=-====i.6. i
Chaque volume contient de 4 à 50
pages; ils se vendent séparément 3 5
HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DES COMO
TES DE LALLAING, par M. Braâsart. i
édition, un volume grand in-8°. 8
Cette édition a été revue et aug ï
mentée par l'auteur, et ornée de deu
lithographies représentant Je çhâtead
de Lallaing et le fac simiie de plu
sieurs signatures des comtes de la
laing. 1
Bibliographie douaisienne ou Cat
logue historique et raisonné des livres1
imprimés à Douai depuis l'année 1563"
jusqu'à nos jours, avec des notes Bi-
bliographiques et littéraires, par H-
Duthillœul, 1854. 2 volumes gran
in-Se lroché. 14 Ir
Table chronologique et analylia
que des Archives de la mairie d
de Douai, depuis le Xie' s.iècle jus
qu'au XIIIe siècle d'après les travaux
de M. Guilmot, par Pilate-Prê^ost,
secrétaire de la mairie de Douai. Ufr
vol. in-8 de 588 pages.. 12 fr.
Almanach douaisien curieux
nouveau par le premier hoiifirffe' du
monde. Broch. in-i8, 2 années. 50 c.
ANNUAIRE DES FABRICANTS DE
SUCRES DISTILLATEURS ET LIQUORIS-
TES des départements du Nord, Pas -
de-Calais, Aisne, Somme, Oise, divi-
sés par arrondissement brochure in-8
couronne, prix. 75 c.
Tous ces ouvrages sont expédiés franco. Envoyer l'importance en un ,
mandat ou en timbres-poste à l'éditeur L. CaiplN, rue des Procureurs, 32.
Bmli–lofi t Cr^UT - «
LE
MUSEE DE DOUAI
LE
MUSÉE DE DOUAI
DEPUIS SON ORIGINE
JUSQU'A SES DERNIERS ACCROISSEMENTS.
DOUAI
CHEZ L. CRÉPIN, LIBRAIRE
32. HUE DES PROCUREURS
1 1867
TABLE.
Pages.
Avant-propos 7
I.
Origine du musée, ses premiers développe-
ments 9
II.
Bibliothèque. 15
III.
Agrandissement dn musée 20
IV.
Installation provisoire du musée Escallier,
août 1862 ,/ 24
V.
Un tableau de Van Helmont, août 1862.. 39
VI.
Le tableau de l'Immaculée conception. 42
VII.
Collection Berthoud 46
VIII.
Inauguration des vitrines du musée Bra.. 54
TABLE.
IX.
Daniel dans la fosse aux lions. 62
X.
Le triptyque de Nicaise Ladam .66
XI.
Promenade au musée de Douai en 1863.. 77
XII.
Le portrait de Louis XIV, par Van der
Meulen. 98
XIII.
La donation Boselli. 101
XIV.
Etude sur les antiquités mexicaines des
collections Berthoud et Jomard. •. 108
XV.
Le jardin du musée dessiné par M.Rosseels,
de Louvain. 1-27
AVANT-PROPOS.
Dans un centre intellectuel aussi important que
la ville de Douai, un musée est pour tous l'objet
d'un patriotique intérêt. Cependant l'histoire de
notre vaste dépôt n'est pas faite. On attend en-
core l'impression du catalogue de ses riches col-
lections. Nous savons que la commission admi-
nistrative élabore, avec un soin minutieux, les
documents destinés à combler cette fâcheuse lacune;
mais plusieurs années s'écouleront peut-être encore
avant l'exécution de ce louable projet. C'est pour
aider les nombreux étrangers qui parcourent notre
musée, c'est pour donner un commencement de
satisfaction à un public impatient d'étudier nos
trésors artistiques, que nous avons mis en ordre et
rassemblé dans ce volume des fragments inédits ou
peu connus, publiés, soit dans nos guides, soit dans
nos journaux, soit enfin dans des notices tirées à
un petit nombre d'exemplaires. Notre travail, sans
8 AVANT-PROPOS.
être aussi complet que le comporte son immense
sujet, a du moins le mérite d'avoir été fait par des
hommes sérieux et compétents. Si nous taisons
leurs noms, c'est que nous savons qu'ils se con-
tentent d'être savants des choses de notre cité, et
sont aussi modestes que dévoués aux intérêts de la
ville.
Désormais les amateurs d'art, qui voudront con-
server un souvenir de notre beau musée, n'auront
qu'à se procurer cette notice. Puisse-t-elle porter
au loin la vieille et légitime réputation de la patrie
de Jean-de-Bologne, de Jean Bellegambe et de
Théophile Bra !
Nous devons, en terminant, remercier l'admi-
nistration municipale, qui, avec une obligeance
parfaite, a bien voulu nous aider à mener à bonne
fin cette œuvre toute douaisienne.
L. G.
L
MUSÉE DE DOUAI. 2
Origine du Musée de Douai.
Ses premiers développements.
Lorsque les PP. Jésuites eurent été appelés à
Douai, vers 1568, par D. Jean Lentailleur, abbé
d'Anchin, pour y diriger le collège que ce dernier
venait d'y établir, ils reçurent en même temps une
maison appropriée à leur habitation, avec cour et
jardin, et il leur fut fourni un local convenable
pour édifier une église, qui ne fut bâtie cependant
qu'en 1586. On en voit encore la porte en pierres
bleues, dans la rue du Musée ; elle portait l'ins-
cription : Sanctum et terribile nomen ejus. Leur
couvent était attenant au collège. Il prit bientôt une
grande extension, car dans la rue actuelle de la
Charte, il se prolongeait jusqu'à la place Saint-
Jacques. Les PP. y restèrent jusqu'à leur suppres-
sion, en 1765. En 1761, ils avaient érigé, à l'ex-
trémité du. bâtiment principal, un observatoire
surmonté d'une girouette en forme de télescope et
qui a été récemment démoli. Après l'expulsion des
Jésuites, leur couvent, à l'exception des construc-
10 LE MUSÉE DE DOVA1.
tions sur la rue de la Charte, fut affecté à l'usage
de l'Université, qui s'y trouva transférée avec ses
écoles publiques, son tribunal et ses archives, en
vertu des ordonnances des 1" mai 1767 et 21 juin
1771 ; cet état de choses subsista jusqu'en 1793,
époque où l'Université fut virtuellement abolie.
Le rez-de-chaussée du principal corps-de-logis, les
dépendances et les greniers servirent alors de dépôt
aux livres, aux tableaux et aux objets de toute nature
provenant des églises et des monastères supprimés.
En 1808, après la réorganisation de l'instruction
publique, des facultés des sciences et des lettres
devaient être annexés au lycée de Douai. La faculté
des lettres seule fut organisée en 1809; elle ne
subsista que jusqu'au commencement de l'année
1816. Les cours s'en faisaient dans l'ancienne mai-
son des PP. Jésuites.
Dès avant cette époque, et vers 1807, un certain
nombre d'hommes dévoués à la science et douai-
siens de cœur, avaient conçu le proj et de tirer parti
des trésors que la ville avait sous la main, d'y join-
dre des collections d'histoire naturelle et d'anatomie,
et de doter ainsi la ville d'un musée qui offrît aux
études le complément des ressources que la biblio-
thèque, installée au premier étage de l'édifice, leur
assurait déjà. Au nombre de ces citoyens, nous
LE MUSÉE DE DOUAI. 1 t
signalerons spécialement MM. Louis Duquesne,
Beytier et Potiez-Defroom. Leur zèle infatigable
n'a pas peu contribué à la formation, à l'accrois-
sement et au premier classement, dans ces mêmes
bâtiments, des collections qui l'occupent encore
aujourd'hui. Ils furent d'ailleurs vivement secondés
dans leurs efforts, par M. De Forest de Quartdeville,
alors maire de Douai.
Le musée s'augmenta peu à peu à l'aide des dons
des amateurs, de ceux du gouvernement et d'une
allocation annuelle de la ville ; malheureusement
aussi, il fut privé, à plus d'une reprise, par des
ventes imprudentes, de morceaux rares qu'au prix
de l'or on ne parviendrait plus aujourd'hui à y
réintégrer. Le 1er décembre 1818 notamment, on
mit aux enchères, sous prétexte d'encombrement,
une foule de tableaux qui furent adjugés à vil prix.
Des panneaux qui ne trouvèrent point amateur
forment aujourd'hui un des ornements de notre
galerie de peinture. Que dire du vandalisme qui,
pendant les guerres de la République et de l'Em-
pire, transformait en caisses les tableaux gothiques
peints sur bois entassés dans ce dépôt public, et qui
les envoyait aux magasins des Chartreux, se rem-
plir de gargousses fabriquées avec les feuillets de
parchemin et les miniatures de nos manuscrits!.
12 LE MUSÉE DE DOUAI.
Si ces pertes cruelles n'ont pas été complètement
réparées pour notre musée, elles se sont du moins
adoucies par l'addition de cabinets tout entiers,
gràce à la libéralité de leurs possesseurs ou à des
sacrifices intelligents de la municipalité. C'est ainsi
que nous fûmes assez heureux, en 1833, pour enle-
ver aux Anglais, qui la convoitaient déjà, l'impor-
tante collection d'antiquités romaines, réunie à
Bavai par l'abbé Carlier (1). C'est ainsi encore, que
les tableaux, les meubles et les objets d'art amassés
par le Dr Escallier, ont été légués par lui à sa ville
natale en 1857 ; c'est ainsi enfin que de nombreux
objets d'histoire naturelle ont été, en 1858, donnés
au musée, par Mme veuve Balthazar, d'après le vœu
exprimé par son mari. Une mention plus recon-
naissante encore est due à l'enfant de la cité, à
l'éminent statuaire, qui, à l'exemple de David d'An-
gers, a voulu voir réunis dans sa ville natale, mais
de son vivant même, les modèles de ses œuvres,
ses études, les livres, les gravures et les dessins
qu'il avait colligés, et jusqu'aux manuscrits dans
(1) M. de Guerne, alors maire de la ville, en présence de l'hé-
sitation que montrait le Conseil municipal à faire une dépense
relativement assez considérable, avança généreusement les fonds
de ses deniers personnels, en laissant la ville maîtresse de l'époque
du remboursement.
LE MUSÉE DE DOUAI. 13
lesquels il avait déposé le fruit de ses méditations
sur l'art (1).
Ces accroissements successifs ont fait de notre
musée le plus important du département du Nord,
comme ensemble, et l'un des plus riches de pro-
vince, pour les sections d'archéologie et d'histoire
naturelle.
Toute l'étendue du second étage est occupée par
la salle destinée à l'histoire naturelle proprement
dite ; on trouvera dans les armoires placées à gau-
che, les mammifères, représentés par les princi-
paux genres et par les espèces les plus remarquables;
dans les armoires de droite, une partie de la série
des oiseaux; les reptiles et les poissons. Dans le
milieu de la salle sont les grands animaux, le reste
de la collection des oiseaux déplacée momentané-
ment par suite des travaux d'agrandissement et les
vitrines qui composaient le cabinet d'histoire na-
turelle de M. Balthazar. Les membres de la com-
mission administrative du Musée, dans le but de
rendre ces collections aussi utiles que possible aux
travailleurs, ont cherché à posséder dans chaque
série le plus grand nombre de genres distincts ou
(1) M. Théophile Bra, auteur de l'Ulysse du Palais-Royal, du
Christ en bronze du tombeau des Merlin de Maingoval à Valen-
ciennes, etc., etc.
14 LE MUSÉE DE DOUAI.
au moins les genres les plus saillants, plutôt que
les espèces rares. A ce point de vue la série des
oiseaux est véritablement très complète. Les oi-
seaux d'Europe s'y trouvent presque tous, surtout
depuis le don de Mmo veuve Balthazar ; dans cette
dernière collection on voit une charmante réunion
de colibris et d'oiseaux-mouches et une grande
quantité d'œufs et de nids ; cette spécialité manque
à presque tous les musées. Pour donner une exacte
idée de l'importance de notre Musée, ne nous suf-
fira-t-il pas, d'ailleurs de dire qu'il est classé le
troisième de France sous le rapport des collections
d'histoire naturelle. C'est un rang qu'il gardera,
nous n'en doutons pas, grâce au dévouement de
la commission, aux bonnes relations qu'elle a su
former et entretenir avec le Muséum de Paris, et
aussi grâce à l'habileté du préparateur, M. Louis
Potiez, en même temps professeur de modelure aux
écoles académiques de Douai. Il a employé pour le
- montage des grandes pièces, un système qui re-
produit exactement les moindres détails anatomi-
ques de l'animal, en même temps que par l'exclusion
du foin, des étoupes, etc., il assure la conservation
presque indéfinie des peaux. L'application en a
été faite très heureusement à la girafe, aux droma-
daires et aux grands antilopes d'Afrique, qui sont
LE MUSÉE DE DOUAI. 15
posés au milieu de la salle. Pour les petits animaux
à poil ras, M. Potiez les moule sur nature, et c'est
le moule qui est ensuite recouvert de la peau. Deux
chiens montés par ce procédé et que l'on remar-
quera aisément dans les vitrines, sont à notre avis
ce que l'on peut voir de plus parfait en ce genre.
Le Musée est ouvert tous les dimanche et chaque
jour de la fête communale, de une heure à quatre
heures de l'après-midi; pendant la semaine les
étrangers peuvent s'adresser au concierge.
II.
Bibliothèque.
La création d'une bibliothèque publique à Douai,
remonte à l'année 1767; par lettres patentes du
1er mai, les bibliothèques de chacune des falcultés
de l'Université furent transférées dans celle du
collége d'Anchin, pour n'en faire qu'une seule
avec celle-ci et la rendre publique. Toutefois cette
utile mesure ne reçut son application qu'en 1770,
époque où s'ouvrit définitivement cette bibliothè-
que. Elle paraît avoir été assez considérable. En
16 LE MUSÉE DE DOUAI.
1791, elle passa entre les mains de l'autorité mu-
nicipale ; bientôt furent réunis à Douai les livres
et les manuscrits de toutes les communautés reli-
gieuses de la ville et des environs. La masse de ces
volumes dépassa 100,000; 25,000 seulement furent
inventoriés. Ce dépôt, livré à l'ignorance ou au
mépris, fut malheureusement employé à tous
les usages. En 1799, on fit du Musée une grange
au blé et on envoya à l'arsenal une immensité de
livres. A la même époque le bibliothécaire quali-
fiait une partie de ces volumes, qui ont acquis
depuis une grande valeur, « de capucinades et de
misérables rapsodies propres à la beurrière. » On
vit se répéter pour les livres, ce qui s'était passé
pour les tableaux ; on en vendit des masses au poids
du papier, de telle sorte qu'il est presqu'impos-
sible aujourd'hui de retrouver à la bibliothèque
publique un seul des milliers de volumes que
possédaient certains couvents de Douai ; on com-
prend les désastres bibliographiques qui durent
être la conséquence d'un pareil état de choses.
En 1805, sous l'intelligente direction du maire,
M. Deforest de Quartdeville, ce chaos commença
à se débrouiller. Un inventaire prétenduement
méthodique, mais rempli d'erreurs, fut entrepris ;
on ne le termina que vers 1820. Il a été refait de-
LE MUSÉE DE DOUAI. 17
puis d'une manière plus satisfaisante.
Dans son état actuel, la bibliothèque de Douai
occupe au premier étage des bâtiments du Musée
une grande salle placée au-dessus des galeries
d'archéologie et de peinture ; elle renferme près
de 60,000 volumes dont au moins 300 incunables.
Les manuscrits, au nombre d'environ 1,100 sont
renfermés dans un nouveau local attenant à la salle
principale. Les constructions nouvelles ont doublé
la longueur de la bibliothèque et permettront
d'obvier à un encombrement qui se fait de plus en
plus sentir.
Les hommes studieux trouveront dans la biblio-
thèque de Douai, pour la partie théologique, les
livres anciens les plus célèbres et les plus estimés,
tous les grands commentaires sur l'écriture et les
importantes collections des Pères de l'Eglise; pour
la jurisprudence, les traités de droit ancien ; dans
les sciences et les arts, un grand nombre de beaux
ouvrages à figures et de curieuses collections musi-
cales. L'histoire générale, les histoires spéciales et
surtout celle des dix-sept provinces des Pays-Bas,
forment un ensemble aussi complet que possible ;
enfin les grandes collections que les bibliothèques
particulières ne peuvent en général posséder, s'y
rencontrent également, telles que l'A rmorial géné-
18 LE MUSÉE DE DOUAI.
rial de d'Hozier, le Gallia Christiania, les recueils
des historiens de France, et les publications plus
récentes faites sous les auspices du gouvernement.
Il y a environ vingt ans, ce dépôt public s'enor-
gueillissait encore du célèbre recueil d'estampes
gravées sur bois, connu sous le nom de la Bible
des Pauvres, et dont on compte les exemplaires ;
par suite d'un concours malheureux de circonstan-
ces, elle n'en possède plus aujourd'hui qu'une
partie. Parmi les volumes précieux à d'autres titres,
nous signalerons le Livre d'Heures (1) du célèbre
chancelier d'Angleterre Thomas Morus, sur lequel
il traça, au moment d'aller au supplice, quelques
lignes de dédicace à son ami Jean Fisher, évêque
de Rochester. Quant aux Manuscrits, il ne peut
venir à la pensée de signaler tous ceux qui sont
dignes d'intérêt, soit par leur antiquité, soit par
les précieuses miniatures qui les ornent, soit enfin
par leur contenu même. Dans cette dernière
catégorie, nous indiquerons cependant l'Opus
tertium, de Bacon, resté inédit jusqu'à sa publi-
cation récente d'après le manuscritde Douai. Le
manuscrit original des Annales Vedastini, un
(1) Ce volume appartenait à la bibliothèque du collége des
Ecossais de Douai.
LE MUSÉE DE DOUAI. 19
recueil de Lettres de saint Bernard, la réunion
des documents diplomatiques, relatifs à la mis-
sion du cardinal Pole en Angleterre, les travaux
de Dom de Bar sur les Abbayes du pays, et enfin
quelques traités du moyen-âge sur le droit. On
trouvera également dans le cabinet des manus-
crits une suite héraldique et généalogique très
importante, recueillie en grande partie par M.
Maloteau de Villerode, la plupart des travaux iné-
dits de Plouvain et de Guilmot sur l'Histoire de
Douai et enfin l'inestimable Collection de costumes
anciens et modernes formée par M. Valmore, et
dont il a fait don à la ville natale de sa femme,
Marceline Desbordes ; elle contient plus de dix
mille figures,
La bibliothèque est ouverte aux travailleurs les
mardi, mercredi, jeudi et vendredi de chaque se-
maine, de onze heures à quatre heures du 1er oc-
tobre au 1er avril, et de onze heures à cinq heures
du soir du 1er avril au 31 août. La bibliothèque
est fermée pendant la quinzaine de Pâques et pen-
dant le mois de septembre.
20 LE MUSÉE DE DOUAI.
III.
Agrandissement du Musée de Douai.
Le 8 septembre 1858, le Conseil municipal, sur
la proposition de M. Bommart, rapporteur d'une
commission spéciale, vota les fonds nécessaires à
l'agrandissement du Musée de Douai. Ces travaux
importants furent menés à bonne fin en 1863.
Voici un article publié par Y Indépendant en mai
1862 :
Nous avons la satisfaction de pouvoir rassurer
nos lecteurs sur l'ouverture, au moins provisoire,
du Musée pendant la fête communale. Comme
nous le pressentions, les diverses sections de la
commission administrative déploient le zèle le plus
louable pour que cette exhibition partielle puisse
faire juger tant bien que mal du coup d'œil impo-
sant que vont offrir nos collections, après l'achève-
ment des nouveaux locaux. Il est encore difficile
de préciser l'époque d'une inauguration définitive;
des modifications aussi radicales ne peuvent s'im-
proviser, et les collections ne pouvaient être livrées
à l'humidité des enduits neufs.
LE MUSÉE DE DOUAI. 21
Nous allons essayer de donner une idée des
travaux exécutés dans notre Musée; ce sera le
meilleur moyen de faire comprendre les délais qui,
au premier abord, paraissent exagérés.
En pénétrant par la brèche ouverte sur la rue
de la Charte, nous trouvons au rez-de-chaussée, à
gauche, une saillie polygonale accusant une entrée
nouvelle en pendant avec l'ancienne porte que
nous connaissons tous. Traversons un vestibule et
nous voilà dans une grande salle, dont les trois
nefs sont séparées par deux rangées de colonnes
grecques cannelées aux deux tiers de leur hauteur.
Cette salle, entièrement neuve et destinée à la
statuaire, présentera de grandes difficultés d'em-
ménagement par suite des jours se croisant en
divers sens. C'est le résultat de fenêtres nombreu-
ses percées à l'ouest, à l'est et au midi. On espère
avec raison qu'une peinture polychrome, dans le
sentiment grec, confiée à un décorateur habile
M. Cellier, remédiera à cette diffusion exubé-
rante de lumière. Les premiers essais vont être
entamés et seront menés à fin cet été.
Près de la salle de statuaire se trouve un esca-
lier neuf, correspondant avec la salle de lecture
de la bibliothèque située au-dessus du vestibule,
dans l'avancée polygonale. Mais avant de monter
22 LE MUSÉE DE DOUAI.
au premier étage, parcourons le rez-de-chaussée.
La nouvelle salle à colonnes communique par une
large porte avec les salles réservées aux peintures :
d'heureuses modifications ont été faites dans la
disposition de certains tableaux, mais l'aspect gé-
néral n'a pas changé. La salle d'archéologie reste
aussi la même.
La galerie d'anatomie a cédé sa place à une annexe
de la peinture, et l'ancienne salle des fossiles, où
elle aboutit directement, va céder sa place à une
partie notable du musée Escalier dont nous allons
enfin pouvoir deviner toute la valeur.
Ceci, espérons-le, ne préjudiciera pas à la cons-
truction désirable d'un local spécial, éclairé par le
haut et réservé à la peinture.
Au premier étage, toute la partie neuve au-des-
sus de la salle de statuaire servira de prolongement
à notre riche bibliothèque.
L'extrémité de cette vaste galerie, sur la rue de
la Charte, se terminera par la salle des manuscrits.
Cabinet pour le collage et les dépôts provisoires,
salle de lecture chauffée , rien ne manquera à ce
service important dans une ville où les études lit-
téraires sont appréciées et suivies.
Le redressement de l'ancienne cage d'escalier
permettra de supprimer l'escalier qui conduit ac-
LE MUSÉE DE DOUAI. 23
tuellement aux galeries d'histoire naturelle. Les
deux rampes seront continuées du premier étage
jusqu'au second, et nous savons qu'il est fortement
question de prolonger également le petit escalier
de service de la bibliothèque, situé près de la salle
de statuaire, afin de donner un débouché facile au
laboratoire du conservateur, placé au-dessus de la
salle de lecture dans les combles du bâtiment en
saillie.
Nous réservons à nos lecteurs la surprise causée
par les vastes proportions de la galerie d'histoire
naturelle. C'est là que les membres intelligents
de la commission passent des journées entières
à classer les oiseaux dans l'ordre du catalogue
laissé par notre concitoyen, M. Valéry Potiez. Par
une disposition des plus heureuses, le squelette
sera placé dans le voisinage de l'animal empaillé,
et le naturaliste trouvera réunis tous les éléments
d'anatomie comparée. Nous le répétons, des mo-
difications aussi radicales exigent de longs et mi-
nutieux travaux, et au moment de Gayant, si nous
trouvons encore le désordre inséparable d'une ins-
tallation hérissée de difficultés, du moins nous
aurons la preuve d'une bonne volonté qui ne se
dément pas, et mérite assurément de calmer notre
impatience.
24 LE MUSÉE DE DOUAI.
Installation provisoire du Musée
Escallier.
.14 AOUT 18621(1)
Le 26 février 1857, la ville de Douai perdait un
de ses plus aimables et spirituels collectionneurs.
Par suite de dispositions testamentaires, antérieu-
res de quelques jours seulementà cette mort regret-
table et datées du 15 février, l'église Notre-Dame
devenait propriétaire du célèbre polyptyque d'An-
chin et notre Musée communal s'enrichissait de toute
une collection de tableaux, de meubles anciens et
d'objets d'art, fruit des intelligentes recherches d'un
homme de goût dont la vie avait été consacrée aux
études artistiques.
Le don généreux du docteur Escallier contribua à
faire ressortir l'insuffisance des bâtiments destinés
à recevoir nos collections municipales. Déjà le mu-
(i) L'état d'avancement des travaux exécutés au Musée permet-
tra d'ouvrir au public, le 15 août, de une heure à cinq heures,
les salles de rez-de-chaussées destinées à l'archéologie et aux ta-
bleaux. La collection du docteur Escallier est installée à part
dans un nouveau local réservé autrefois aux fossiles et à l'ana-
tomie.
LE MUSÉE DE DOUAI. 25
LE MUSÉE DE DOUAI. 3
sée Bra, collection de modèles, de livres, de gravu-
res et de dessins, offerte généreusement à sa ville
natale par la touchante libéralité d'un artiste qui
se dépouillait de son vivant, n'avait pu être expo-
sé aux regards du public. Au moment ou le Con-
seil municipal allait être appelé à voter les premiers
travaux du Musée, M. Maurice, alors maire, s'ex-
primait ainsi avec autant de vérité que d'à-pro-
pos ( 1 ) : « Nous avons là une dette à acquitter
envers ceux de nos concitoyens qui nous ont donné
ou légué des collections d'une haute valeur et un
encouragement à offrir à ceux qui, possesseurs de
richesses artistiques, pourraient hésiter à suivre
l'exemple déjà donné. » L'agrandissement du Mu-
sée était donc devenu d'impérieuse nécessité; ettelle
est l'importance croissante de ce magnifique éta-
blissement que les travaux en cours d'exécution ne
devront être que le prélude d'annexes nouvelles
réclamées avec instance par la sollicitude de la
commission administrative.
Le legs Escallier, sur lequel doit se concentrer
aujourd'hui notre attention, eût été emmagasiné
provisoirement, si par un suprême effort et pour
(i) Rapport du Maire au Conseil municipal, séance du 7 août
1858
26 LE MUSÉE DE DOUAI.
ne pas inhumer temporairement les nouveaux tré-
sors confiés à sa garde, la section d'archéologie
n'avait pas obtenu de la section d'histoire naturelle
la faculté d'envahir momentanément les galeries
de minéralogie et de conchyologie pour y étaler
tant bien que mal le cabinet du docteur, dont la
ville venait de prendre possession. Nous aurons un
jour une galerie de peinture éclairée par le haut et
nous pourrons soustraire nos tableaux à l'humidité
du rez-de-chaussée qui d'ailleurs n'a pas été distri-
bué pour une semblable destination. Mais les gran-
des constructions, celles municipales surtout, ne
s'improvisent pas et il était opportun de placer le
muséeEscallier dans des conditions transitoires qui
permissent de l'apprécier. C'estce que vient de faire
la commission d'archéologie et des beaux-arts ; et
nous ne pouvons trop la remercier d'avoir profité
sans retard du moment où l'installation de l'histoire
naturelle dont le prolongement des galeries four-
nissait l'occasion de donner au cabinet du docteur
une hospitalité plus en rapport avec notre recon-
naissance.
Nous prions nos lecteurs de nous suivre dans une
salle située à gauche, dans le vestibule, et à l'extré-
mité de la galerie d'anatomie; aux lieu et place des
fossiles qui s'y trouvaient autrefois, nous trouve-
LE MUSÉE DE DOUAI. 27
Pons une salle aux murs entièrement couverts de
tableaux, décorée de quelques vitraux et garnie de
quelques meubles anciens : c'est cet ensemble qui
constitue le musée Escallier.
En entrant, vous reconnaîtrez au-dessus de la
porte la physionomie expressive et caractérisée du
savant docteur. Saluons ce docte douaisien dont la
mémoire restera vivante parmi nous et symboli-
sera toujours l'amateur éclairé.
Avant de jeter un coup-d'œil rapide sur les 177
numéros qui composent la série de peinture du
musée Escallier, hâtons-nous de déclarer que ce
legs gagnera infiniment à être connu. Il serait in-
juste de répéter ce que nous avons parfois entendu
dire que le polyptyque d'Anchin constituait à lui
seul tout le mérite de cette collection, et qu'en
dehors de cette œuvre il ne restait guère que des
œuvres médiocres.
Les artistes étrangers, qui ont visité notre Musée
depuis 1857, ont fait justice de cette appréciation
erronée ; ils n'ont pas caché leur admiration pour
un grand nombre de toiles de ce fonds nouvelle-
ment légué, et il nous sera facile de prouver que,
même abstraction faite de son plus beau joyau, le
docteur Escallier avait eu le mérite de réunir autour
de lui avec des ressources modestes mais quintu-
28 LE MUSÉE DE DOUAI.
plées par son expérience, les éléments précieux de
l'histoire de l'art dans toutes les écoles et à des
époques très variées.
Un ordre méthodique nous aidera à faire mieux
comprendre les richesses que nous ne ferons qu'in-
diquer sommairement. L'impression prochaine
d'un catalogue général des collections de peinture
du Musée de Douai si souvent réclamé par les étran-
gers admis à visiter l'important dépôt , l'une des
gloires de notre cité, comblera les lacunes inévita-
bles dans un travail analytique.
Ecoles anciennes dites gothiques (XIVe, XVe et
XVIe siècles).
L'heureux possesseur du polyptyque d'Anchin,
ne pouvait rester insensible au caractère parfois
naïf mais souvent vrai et profondément mystique
des écoles primitives. Ceux qui méprisent ce ber-
ceau de l'art ne savent pas assez faire la part de
la forme hiératique dont, par respect pour la tra-
dition, ces peintres d'une foi vive n'osaient point
s'écarter.
Le docteur Escallier, en admirant les ravissantes
compositions de son retable, avait été frappé du
caractère surprenant de cette peinture, dont l'au-
LE MUSÉE DE DOUAI. 29
leur ne devait pas lui être révélé ; il en étudiait
avec enthousiasme le coloris admirable et l'éton-
nante conception.
Dès lors les tableaux gothiques devaient trouver
un asile dans son cabinet.
Le plus ancien est sans contredit le n° 53. On
peut y voir dans les deux saints, représentés sur
fond d'or gauffré, un spécimen de l'école de Giotto.
Le n° 24 nous offre un triptyque fort curieux. La
vierge du panneau central appartient sans doute
à l'école florentine qui suivit Giotto ; mais les deux
volets trahissent le faire de l'école flamande et pré-
sente une analogie frappante avec les peintures de
Jehan Bellegambe.
L'inscription du chanfrein–1524 -vient ajou-
ter une puissante probabilité à cette conjecture,
en nous reportant à une époque où florissait
l'illustre maître douaisien.
Nous ne faisons qu'indiquer les nos 105, 164,
165, 70, qui doivent être étudiés au point de vue
des qualités et des défauts de ces écoles longtemps
méconnues.
Le nI) 175 mérite une attention toute particulière
par son inscription et l'expression de ses person-
nages, il représente saint Pierie fuyant la persé-
cution et rencontrant le Christ chargé desa croix.
30 LE MUSÉE DE DOUAI.
Nous lisons en effet sur le cadre : « Dornine, quô
vadis? - Venio Romam iterum crucifigi. »
Ce tableau, d'après l'inscription, était eu 1539
la propriété de Jacqueline de Lalaing, abbesse de
Flines; il fut découvert dans ce village par le doc-
teur Escallier. Le mot Romam, citéplus haut, offre
un exemple de l'analogie frappante que la lettre M
présentait au XVIe siècle avec la lettre H moderne.
On comprend ainsi'comment le peintre Memling
a été désigné si longtemps sous le nom deHemling.
Le n° 104 provient de l'abbaye de St-Bertin à
Saint-Omer ; c'est une vierge mystique de l'école
de Van Eyck, le célèbre inventeur de la peinture
à l'huile. L'Enfant-Jésus, si mal rendu quelquefois
par les meilleurs peintres gothiques italiens, est ici
d'une vérité saisissante et plein de vie.
Le n° 104 peut être attribué à Vander Weyden
dit Roger de Bruges ; il a été gravé par Cornille
Cost, en 1565, et se distingue par beaucoup de
sentiment.
Le n° 97 est une curieuse composition dans
laquelle on reconnaît le Crucifiement de St Pierre,
malgré l'anachronisme des costumes. Quelle bizar-
rerie, en effet, que de travestir Néron en prince
allemand du XVIe siècle ! C'est bien cet empereur
qu'on a voulu représenter sur un cheval blanc. Du
LE MUSÉE DE DOUAI. - 31
rësTé, îl y a du mouvement et de la science dans
ce beau tableau provenant de l'abbaye de Maroilles
près Landrecies. Malgré des relations très mar-
quées avec certains maîtres allemands, nous y
retrouvons la transparence des peintres flamands
et une perspective étonnante pour l'époque.
Le n° 124 provient de la collection du marquis
d'Aoust, grand oncle du marquis qui habite le châ-
teau de Cuincy. Il représente saint Jérôme assis de-
vantune table et montrant une tête de mort. Un
manuscrit ouvert laisse voir une miniature dont le
sujet est le Jugement dernier. Ce curieux tableau
est très attribuable à Quintin Matsys, mort en
1531 à Anvers.
Nous n'avons pas cité à beaucoup près tous les
tableaux gothiques qui méritent d'attirer l'atten-
tion dans le musée Escallier; mais nous voulons
jeter un coup-d'œil sur chaque école et ne pou-
vons avoir la prétention d'être complet ; nous nous
-contenterons de signaler le n° 29 attribué avec
une certaine vraisemblance à Taddeo Gaddi, élève
de Giotto, mort à Florence vers 1366.
La vierge mystique, panneau peint sur les deux
faces et pivotant dans son cadre, est sans contre-
dit une des œuvres qui rappellent le plus l'école de
Memling ; nous retrouvons le nom d'Isabelle de
32 LE MUSÉE DE DOUAI.
Malefiance, inscrit près de la religieuse qui prie
aux pieds du Christ. Cette religieuse vivait au mo-
nastère de Flines en 1506.
La Syrène (n" 86), peinture très fine, que nous
aurions volontiers classée parmi les maîtres ita-
liens, était attribuée à Cranach (mort à Weimar-
yers 1553), par son érudit possesseur.
Ecole italienne (41 tableaux, n08 14 à 55).
Cette école féconde, dont l'influence a été si
considérable sur toutes les autres, occupe une
place importante dans la collection du docteur Es-
callier, Nous citerons comme particulièrement re-
marquables :
(N° 51). Le Triomphe d'Amphitrite, par Le Do-
minicain. Cette toile provient de la vente du comte
de Padoue (mars 1843). On y retrouve la rondeur
du dessin et la grande habileté de l'auteur de la
Mort de St-Jérôme.
(N° 39). Ce portait si pur est-il bien celui de la.
belle Paule? c'est bien certainement l'œuvre d'un
peintre italien qui aimait comme le Primatice à
modeler son sujet sur fond d'or. Il faut avoir peint
pour comprendre la difficulté de ce tour de force
et s'expliquer la ressource des fonds rembrunis dont
l'école hollandaise a tiré un si grand parti.
LE MUSÉE DE DOUAI. 33
(N° 18). Toute galerie italienne a une sibylle de
grand maître. Le musée Escalllier nous offre une
très belle Sibylle Delphique ; la croix qu'elle tient
à la main rappelle sa prescience du Christ. Ce ta-
bleau offre beaucoup d'analogie avec une Circé du
Guerchin conservée au Louvre, et ne serait pas
indigne de ce maître.
(N° 17). St-François mourant dans une grotte
et visité par des anges peut être attribué au même
peintre bolonais.
(N° 19). Belle composition d'un dessin très sûr
représentant Rebecca donnant à boire à Eliézer,
et qui rappelle le genre de Pierre de Cortone.
(N° 16). Excellente production de l'école de
Parme. Souvenir en beaucoup d'endroits de la
Nuit, du Corrége, du Musée de Dresde. On re-
connait les qualités gracieuses de cette école dans
les têtes d'Anges adorant l'Enfant-Jésus.
(N° 36). Ce tableau, dont M. Escalllier faisait
grand cas , représente V Enlèvement de Déjà-
nire. Nous aimerions mieux un peu plus d'es-
pace entre les deux groupes ; mais nous ne pou-
vons méconnaître dans cette peinture, provenant
de la galerie du régent duc d'Orléans, une grande
habileté de main et le cachet de la grande école
raphaélesque. ,..,
34 LE MUSÉE DE DOUAI.
(N° 30). St-Christophe portant l'Enfant-Jésus,
large et belle peinture de Lucas Jordane, dit Fa-,
Presto, élève de Ribera.
Nous mentionnerons encore parmi les peintures
italiennes les plus remarquables :
Les N08 46 Paysage dont le coloris rappelle Sal-
vator Rosa. :
(35). Adam et Eve, de Jean-Baptiste Paggi,
tableau gravé par Cornelius Galle.
(49). Le Portrait d'une princesse Chigi, par
Francesco Vanni.
(32). Tête de jeune homrne qui rappelle le por-
trait de Raphaël, et doit appartenir à l'école de
Léonardi de Vinci.
(34). La Vision de St-François dans le désert,
par Francisco Mola, peintre milanais, mort à Rome
en 1668.
(37). Le Baptême de Ste-Lucile par St- Valen-
tin, délicieuse toile très authentique du Bassan,
rapportée en France en 1819 par un officier fran-
çais.
Ecole française (11 tableaux n" 1 à 14).
On peut attribuer à l'école si précieuse des
Clouet, dont il reste à peine quelques vestiges, le
n° 3, Portrait d'une Dame.
LE MUSÉE DE DOUAI. 35
Le n3 1 est un tableau fort curieux par les dé-
tàils qu'il donne sur l'ameublement et les costu-
mes sous Henri IV. Il est attribuable à Abraham
Bosse, né à Tours en 1610.
(N° 2). Callot, l'historien des Gueux, a peint
quelques tableaux et gravé un nombre considéra-
ble d'estampes d'une originalité incontestable;
nous retrouvons ici un rare exemple de son talent
comme peintre.
(N° 12). Charmante esquisse retraçant un Exor-
cisme, auteur inconnu.
Ecole Espagnole (14 tableaux nOs 55 à 69).
Le tableau capital de cette école dans le musée
Escallier nous paraît le n° 61 : la touche hardie de
Ribera ne peut être méconnue dans cette tête de
philosophe. Cette belle toile est signé de ce maître
et datée de 1635.
(N° 63). Portrait d'un gentilhomme vêtu de
noir, par Velasquez.
(N° 58). Charles II d'Espagne, fils de Philippe
IV, en habit de bernardin, attribué à Murillo.
(N° 51). La Sainte-Vierge soutenant le Christ
fnort, peinture étonnante d'effet et se rapprochant
du-faire de Louis de Morales, surnommé le Divin,
mort en 1586.
*
36 LE MUSÉE DE DOUAI.
Mentionnons encore le portrait d'une carmélite
en prière (n° 66), et la mort de Caton, d'Utique
(n° 60), attribuables l'un à l'école de Ribera, l'au-
tre à ce maître lui-même.
Ecole Flamande et Hollandaise, 109 tableaux
nos 69 à 178).
Le docteur Escallier recueillait avec un intérêt
tout particulier les tableaux d'origine flamande et
hollandaise. C'était remonter aux sources mêmes
des inspirations de nos artistes douaisiens. N'ou-
blions pas que la ville de Douai appartenait aux
comtes de Flandre et aux Pays-Bas Espagnols, avant
de devenir française.
L'école du grand artiste flamand Rubens est
représentée dans la galerie Escallier par les n"'
(148) la vendange faite par deux génies ailés,
panneau d'une grande fraîcheur de coloris ;
(N° 150). Diane se reposant après la chasse,
tableau signé du grand maître, et daté de 1599.
Puis enfin les nos 149 et 151.
(N° 100). Christ en croix, dont le coloris rap-
pelle les teintes habiles de Van Dyck.
(N° 99). Prométhée attribuable à ce même pein-
tre, ainsi que le beau portrait d'un magistral
d'Anvers n° 98. r
LE MUSÉE DE DOUAI. 37
'h:. A propos de portrait, remarquons avec quelle
admirable couleur sont rendus les divers person-
nages représentés sous les n08 139, portrait de
femme, par Porbus, mort en 1583. (N° 80), por-
trait d'une princesse du temps de la domination
espagnole, par Jean Bylert, d'Utrecht. (N° 151),
portrait du comte Olivarès, ministre de Philippe
IV, de l'école de Rubens. (N° 142), portrait d'un
magistrat, par Nicolas Ravestein, mort en 1750.
(N° 170), dame hollandaise en costume de deuil,
auteur inconnu.
Nous en passons et plusieurs excellents. Signa-
lons la belle tête d'étude, (nO 159) représentant un
vieillard s'appuyant sur un baton, c'est l'œuvre
remarquable de Stavered, élève de Gérard Dow.
Aimez vous les animaux ? Deux grands tableaux
méritent votre attention. (N° 146), un bœuf et
trois chèvres, par Roos de Francfort.
(N° 116). un paon assailli par un coq, par
Hon de Koeter, d'Utrecht ; citons encore dans le
même genre les nos 120 et 121, la rencontre au
gué-et un pâttre gardant une vache, par Karel du
Jardin.
- Le n® 122 basse-cour , par Kamphuysert, le
'.;nO 169, qui rappelle Wouvermans et la halte de
cavaliers, par Jacques Kuyp (nO 88.
38 LE MUSÉE DE DOUAI.
N'oublions pas les tabagies si remarquables par
leur transparence et leur exécution facile. Le n° 77
est de Brauwer, cet intrépide héros de cabaret qui
pratiquait ce qu'il peignait. Les nos 131 et 132
nous reportent à Van Ostade. peintre coloriste par
excellence. Le n° 85 représente des routiers
jouant aux cartes avec une vivandière; il est de
Craesbeke,
Grandes et sérieuses qualités nonobstant la tri-
vialité du sujet dans les n08 79 et 89.
Nous voulons terminer cette sèche énumération
et nous nous apercevons que nous n'avons pas dit
un mot du n° 119, le berger endormi par Mer-
cure. toile d'un coloris très chaud, par Jordaens.
Pouvons-nous passer sous silence Holbein, ce
peintre allemand dont il faut voir l'œuvre à Bâle
en Suisse, et dont nous retrouvons le faire carac-
térisé dans le n° 144, portraits de Thomas More
et de Jean Fischer ?
Dans la séance du 9 avril 1857, le Conseil mu-
nicipal a adopté à l'unanimité le projet de com-
prendre dans les constructions nouvelles, a faire
au Musée, l'érection d'une salle spéciale destinée à
la collection que nous venons d'analyser. Faisons
des vœux pour que cette dette de reconnaissance
soit noblement acquittée sans trop de retard.
LE MUSÉE DE DOUAI. 39
V.
Un tableau de Van Helmont.
AOUT 1862.
Plus les œuvres d'art se multiplient dans une
cité, plus son goût s'épure, plus ses idées s'élar-
gissent, plus elle apprend à aimer le beau. La po-
pulation douaisienne que son passé, ses monuments
et ses institutions littéraires ont habituée dès long-
temps à goûter les choses de l'esprit, apprendra
avec intérêt qu'un tableau remarquable mérite
particulièrement son attention.
Entrons donc dans le Musée dont le con-
cierge ne nous refusera pas la porte, malgré les
travaux d'appropriation qui s'exécutent en ce mo-
ment et en interdisent momentanément l'accès au
public.
Vers l'extrémité de la salle principale où, en
attendant la construction d'une galerie spéciale en
rapport avee nos richesses, sont conservés nos ta-
bleaux, se voit une acquisition nouvelle représen-
tant une fête flamande. Le groupe principal est
formé par plusieurs personnages assis autour d'une
40 LE MUSÉE DE DOUAI.
table, mangeant, buvant, chantant, fumant ; à
l'avant-plan quelques enfants aux joues rebondies
et vermeilles s'évertuent à chanter et à souffler
dans des instruments ; à droite un paysan et une
paysanne sautent à qui mieux mieux au son de la
cornemuse d'un jeune ménétrier : l'ombre d'un
arbre et les feuilles d'une treille abritent ces grou-
pes divers contre les rayons du soleil ; çà et là sur
le sol, des poteries flamandes, un enfant endormi
au pied d'une table et un chien jqui dresse l'oreille
pour écouter un bruit lointain.
C'est bien la kermesse du Nord : il y a là plus
d'une tête digne des Teniers ; la vaisselle rouge
des Flandres y est reproduite avec cette couleur
locale merveilleuse qui caractérise l'école ; mais
des souvenirs d'Allemagne et surtout d'Italie ani-
ment cette toile ; elle est bien italienne -cette mai-
son ombragée d'une vigne formant arcade au-
dessus du perron conduisant à l'albergo; elles
sont bien italiennes ces deux femmes au type fin et
gracieux, dont l'une lit une lettre, et dont l'autre
tient un enfant sur son sein ; ils rappellent l'Italie
cet arbre doré par la lumière, ce paysage imprégné
d'une chaude vapeur qui vivifie le sol et les person- *
nages. L'auteur est flamand, il a les qualités de ses
LE MUSÉE DE DOUAI. 41
LK Mude: DI DOUAI. 4
maîtres ; mais on voit qu'il a étudié au-delà des
maitre s - mais on voit
Alpes.
La signature qui apparaît au premier plan nous
révèle le nom de Mathieu Van Helmont (1653 à
1739), peintre de Bruxelles, qui, après avoir été
l'élève de Teniers, voyagea sans aucun doute en
Italie et exécuta plusieurs tableaux pour Louis XIV.
Nul artiste assurément n'était mieux fait pour
réconcilier avec l'art flamand le grand roi, qui
repoussait d'une manière trop absolue la verve
quelquefois triviale des Brauwer et des Van Ostade.
La commission d'archéologie du Musée, par
l'achat qu'elle vient de faire, nous donne une
nouvelle preuve de la sagacité qu'elle apporte dans
l'emploi de ses modestes ressources. Nous ne pou-
vons trop remercier les concitoyens intelligents qui
se dévouent à la prospérité de notre beau Musée
et garantissent, par leur administration éclairée, le
progrès constant de nos collections municipales.
42 LE MUSÉE DE DOUAI.
VI.
Le tableau de l'Immaculée
Conception.
Nous n'hésitons pas à attribuer à Jean Belle-
gambe deux volets d'un triptyque, hauts de 2m,53,
et larges de 1 m ,84, conservés au musée de Douai.
La partie centrale, qui est perdue, devait représen-
ter l'Immaculée Conception. Sur le panneau de
droite, se voit un pape, probablement St-Grégoire,
assis sur un trône ; aux pieds du souverain pontife
se tiennent, avec des attributs et des phylactères
sur lesquels sont écrits des textes extraits de leurs
écrits favorables à l'Immaculée Conception, saint
Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jean
Chrysostome et plusieurs évêque d'Orient et d'Oc-
cident, qui représentent la tradition, la papauté,
la catholicité tout entière, proclamant la naissance
sans tâche de la Vierge. Sur le volet de gauche,
témoignent aussi, en faveur de cette pieuse croyance
devenue un dogme, la ville de Douai et l'université
de Paris. Cette dernière est représentée par Pierre
Lombard, Duns Scott et plusieurs autres de ses
docteurs; et la ville de Douai, par un bourgeois,
LE MUSÉE DE DOUAI. 43
! probablement l'un des chefs du magistrat, avec sa
;famille, et par deux religieux, un dominicain et
un franciscain, dont les mains se tournent vers
île beffroi et portent des inscriptions relatives à l'Im-
:maculée Conception et à la ville. La face extérieu-
re, peinte en grisaille, offre plusieurs épisodes de
la vie de saint Joachim et de sainte Anne, que les
artistes de l'école primitive rattachaient toujours à
l'Immaculée Conception; sur le haut, les armoiries
de la famille Pottier, riches marchands, dont plu-
sieurs membres firent partie de l'échevinage, et
dont le nom se rattache particulièrement à divers
'travaux exécutés au beffroi et à l'hôtel de ville (1).
Cette œuvre doit être aussi de Jean Bellegambe ;
elle révèle pourtant quelque changement dans sa
manière, ce qui a pu faire croire à une autre main.
Dans les tableaux déjà décrits et dans celui-ci,
mêmes perspectives à travers des arcades élancées,
mêmes colonnes composites, mêmes arabesques
capricieuses; entre les pilastres, mêmes balcons où
(1) Au mois de novembre 1863, les Souvenirs de la Flandre
wallonne ont publié un ancien document qui prouve que ce reta-
Ible a été achevé en 1526, et qu'il est de Jean Bellegambe, à qui
il avait été commandé, par la famille Pottier, pour la chapelle de
ÎPImmaculée Conception des Franciscains. Nos conjectures ont donc
Ï5té complètement confirmées par cette découverte importante.
44 EE MUSÉE DE DOUAI.
se réunissent des évêques; pour les personnages, f
même pose, même expression dans la physionomie; t
même manière de peindre la tête. Les étoffes, lest
mitres, les objets d'orfèvrerie, offrent la ressem-j
blance la plus frappante ; il n'est pas jusqu'à l'écri-
ture des phylactères qui ne soit absolument iden- i
tique.
Comme nous le disions plus haut, le comparti-
ment central de ce retable de l'Immaculée Concep-
tion est perdu ; mais on peut se faire une idée de
la manière dont Jean Bellegambe avait conçu ce
sujet, en étudiant un petit tableau peint sur bois
que possède M. Amédée Thomassin, et qui appar-
tient à l'école, sinon à l'œuvre, de notre grand ar-
tiste. Au premier plan d'un lointain paysage, entre
l'une de ces arcades d'architecture mixte qu'aimait
à reproduire l'auteur du retable d'Anchin, est age-
nouillée sainte Anne, les mains jointes et les yeux
modestement baissés ; de son sein s'échappent des
rayons ardents qui forment un cercle lumineux, au ;
centre duquel apparait vaguement, rose et douce,
l'enfant conçue sans péché, celle qui deviendra la
mère de Dieu. Le paysage offre, à l'arrière-plan
des épisodes de la vie de saint Joachim et de sainte i
Anne, qui rappellent ceux des panneaux du musée b
Les détails d'exécution, le coloris, la disposition
LE MUSÉE DE DOUAI. 45
ides personnages, trahissent Jean Bellegambe ou son
[influence.
C'est encore à lui que les amateurs et les hommes
spéciaux qui ont pratiqué la peinture s'accordent à
attribuer les deux volets d'un petit triptyque légué
à la ville, avec toute sa collection, par M. Escallier.
;Si le compartiment central accuse évidemment une
lautre main, il n'en est pas ainsi des deux volets qui
loffrent les commettants avec leurs patrons, saint
! Jean-Baptiste et saint Jean; sur le chanfrein du
remier de ces panneaux, on lit, en caractères go-
thiques, une phrase incomplète, avec la date de
:1524 ; cette date paraît se rapporter à la mort du
personnage représenté. Nous verrions volontiers
dans ces volets, moins forts comme exécution que
(les œuvres déjà citées, un des premiers ouvrages de
tfiotre grand peintre.
]
.'J
46 LE MUSÉE DE DOUAI.
VII.
Collection Berthoud
Promise après la mort du donateur et acceptée
avec ses conditions par le Conseil municipal de
Douai (séance du 18 février 1864). r
Nous vivons à une époque de positivisme qui
n'est pas toujours favorable aux arts et aux choses
de l'esprit; mais notre ville de Douai peut s'enor-
gueillir avec raison d'avoir su dominer ce froid
matérialisme , dont le résultat sera tôt ou tard
d'amoindrir les cités qui, tout entières à des inté-
rêts lucratifs, n'auront pas su faire la part de ce
culte du beau et de ces jouissances intellectuelles
qui anoblissent les cœurs et élèvent l'âme. ,
Loin de nous la pensée d'humilier, par une
arrogante comparaison, une population amie et !
voisine de la nôtre qui, dans mainte circonstance,
nous a donné des preuves d'une aimable courtoisie
en assistant à nos fêtes ou en nous conviant à ses
réjouissances; mais nous pouvons dire sans forfan-
terie que la belle ordonnance de notre Musée déjà
si remarquable par son ensemble, a dû faire dou-
LE MUSÉE DE DOUAI. 47
blement envie à la ville de Cambrai, lorsque cette
métropole religieuse de la province, si riche en
souvenirs historiques comme en collections parti-
culières, a vu l'un de ses littérateurs les plus dis-
tingués, ancien élève de nos écoles, promettre so-
lennellement au Musée de Douai toute une collec-
tion ethnographique, fruit de recherches intelli-
gentes et persévérantes.
Né à Cambrai, M. Henry Berthoud, l'auteur de
tant de livres instructifs et intéressants, l'actif col-
laborateur de plusieurs revues sérieuses et du jour-
nal la Patrie, ne pouvait songer à laisser à sa ville
natale les collections qu'il complète avec tant de
patience et d'érudition. L'ancien siège archiépisco-
pal de Fenelon, qui ne possède en ce moment que
les ruines d'une cathédrale moderne, n'a encore que
l'embryon d'un musée, si toutefois on peut nom-
mer ainsi la salle basse de la Mairie où sont relé-
gués quelques objets d'art à peine classés.
Nous devons évidemment, aux inspirations plus
éclairées qui n'ont cessé d'animer notre adminis-
tration municipale, la possession du dépôt impor-
tant dont l'installation, déjà si remarquable pour
un chef-lieu d'arrondissement, ne peut manquer
d'attirer l'attention des amateurs et de provoquer
de nouvelles libéralités.
48 LE MUSÉE DE DOUAI.
Si un sentiment de haute convenance ne nous
faisait un devoir de ne pas trahir les bonnes inten-
tions d'un propriétaire opulent, aussi érudit que
dévoué à nos gloires artistiques, et qui continue,
sous le ciel de l'Italie, les recherches lés plus inté-
ressantes ur Jean de Douai dit de Bologne, nous
pourrions déjà prévoir le moment où nos collections
posséderont, comme souvenir du sculpteur franco-
italien, des œuvres que le Louvre serait heureux
de nous disputer. Mais aujourd'hui nous n'avons
pour but que de donner à nos lecteurs une idée
sommaire du legs fait par anticipation au musée de
Douai par M. Henry Berthoud. Les conditions,
d'ailleurs très simples, imposées par le donateur,
ont été soumises au Conseil municipal et approu-
vées unanimement dans la séance du 18 février
1864. Nous parlons donc d'un fait acquis.
Sous le titre général d'éthnographie, la science
comprend l'étude des usages, des mœurs de tous
les pays du monde. Dans une collection ethno-
graphique, on cherche surtout à réunir tout ce
qui se rattache aux contrées les plus sauvages et les
moins explorées. Dans ce champ immense ouvert
à la comparaison, l'ère ancienne a sa place auprès
de l'âge moderne.
Nous connaissons tous lemusée Moillet, de Lille
LE MUSÉE DÉ DOUAI. 49
légué en 1850 par un homme qui avait beaucoup
voyagé et s'était efforcé, dans une trop courte exis-
tence, de rassembler les produits, les ustensiles des
peuples les moins connus. C'est une collection
ethnographique précieuse , exceptionnelle , qui
n'aurait jamais eu de rivale dans notre départe-
ment, si le legs Berthoud n'ouvrait à Douai la pers-
pective d'une collection moins considérable, mais
sans aucun doute plus intéressante encore au point
de vue de l'étude des âges anciens.
Nous avons visité M. Berthoud au moment même
où il venait de manifester son intention, -et nous
avons été émerveillé des richesses de tout genre et
de provenances tout à fait diverses, agglomérées
avec symétrie dans l'appartement que cet homme
de lettres occupe à Paris, n° 48, rue de la Roche-
foucault. Ilest évident que cette collection impor-
tante de fourrures, d'armes, d'idoles, de fétiches et
d'ustensiles de tous les pays et de toutes les époques,
gagnerait beaucoup à être exposée dans un local
moins exigu ; il a fallu des prodiges de combinaison
artistique pour faire entrer tant d'objets parfois
encombrants, dans un logement consacré d'ailleurs
aux usages de la vie ordinaire.
Notre visite a été rendue particulièrement ins-
tructive par l'heureuse rencontre, chez M. Ber-
50 LE MUSÉE DE DOUAI.
thoud, du savantanglais, M. Christie, accompagné
d'un des professeurs les plus connus du muséum
de Paris.
On gagne beaucoup à écouter de pareils cicero-
nes : et c'est le résultat de leurs appréciations que
nous sommes heureux de résumer aujourd'hui dans
ces quelques lignes. M. Christie, justement estimé
parmi les érudits pour ses ingénieuses recherches
sur les fossiles et l'âge de pierre, appartient à cette
phalange d'explorateurs dont M. Boucher de Per-
thes représente en France un des pionniers les plus
infatigables. On peut dire que l'avis de tels hom-
mes a un grand poids, quand il s'agit d'apprécier
les produits mystérieux des premières races de
notre globe, dont on recherche si avidement les
raresvestiges, éparpillés soit dans les terrains anté-
diluviens comme à St-Acheul, soit dans les caver-
nes nouvellement découvertes du Devonshire ou
du Périgord.
M. Berthoud a réuni dans sa collection des séries
fort intéressantes de ce premier âge du monde.
Auprès d'échantillons originaux, tels que haches
et couteaux en silex, il a classé les moulages au-
thentiques des principaux objets possédés par d'au-
tres amateurs en renom.
Pour bien comprendre l'importance de ces études