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Le Peuple et ses cornacs (actualité), par E. de Lacour

De
32 pages
Cheval (Bruxelles). 1870. In-16, 32 p..
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LE
PEUPLE
ET
SES CORNACS
(ACTUALITÉ)
PAR
E. DE LACOUR
BRUXELLES
CHEVAL, ÉDITEUR, GRAND'PLACE.
1870
LE PEUPLE
ET
SES CORNACS
Bruxelles.— Typ. de H. TUIRY, rue d'Isabelle, 42-24.
LE
PEUPLE
ET
SES CORNACS
ACTUALITÉ)
PAR
E. DE LACOUR
BRUXELLES
CHEVAL, ÉDITEUR, GRAND'PLACE
1870
LE PEUPLE
ET
SES CORNACS
I
Peuple, on t'égorge !
Peuple, on a juré ton anéantisse-
ment!
Deux cent mille de tes enfants ont
été massacrés; trois cent mille autres,
horriblement mutilés, se tordent dans
d'atroces douleurs.
— 6 —
La terre est rouge.
Les rivières charrient des cadavres.
Du sang partout, et ce sang, c'est
le tien, Peuple.
Plus de moissons, plus de verts pâtu-
rages; des cadavres, rien que des ca-
davres. Plaines et coteaux sont transfor-
més en cimetières.
Peuple, médite sur ces ruines :
Tes grands bois ont été incendiés.
Le canon a détruit tes chaumières, tes
villes. Au fait, à quoi bon des abris?
puisque la plupart des habitants sont
morts hier et que ceux qui existent en-
core seront assassinés demain.-
Ne puise pas à cette rivière, Peuple,
tu boirais du sang.
Ne marche pas, tes pieds se tein-
draient de rouge.
Sois immobile, te dis-je, tu ne sau-
— 7 —
rais faire un pas sans écraser l'un des
tiens.
Vois-tu ces jambes, ces bras gisant
sur le sol ensanglanté? C'est à toi, Peu-
ple, qu'ils ont été amputés. Et ces en-
trailles que déjà les vers dévorent; et
ces tètes grimaçant sous l'empire de la
douleur ; et ces corps déchiquetés par
les oiseaux de proie... Tout cela est à
toi, bien à toi : ce sont tes fils.
Hé quoi ! tu frémis d'horreur?
Mais ce n'est là que le prélude de
l'immense hécatombe projetée.
Crois-tu donc que tes bourreaux se
contentent de si peu? Ce serait mal les
apprécier. Cinq cent mille victimes!...
Est-ce vraiment un repas digne d'un
roi?... Un demi-million... peuh!... un
ventre royal est bien autrement exi-
— 8 —
geant : c'est plusieurs millions dé cada-
vres qu'il lui faut; c'est une génération
entière qu'il entend dévorer.
La mère n'aura plus de fils, le vieil-
lard sera privé de son unique soutien,
l'enfant deviendra orphelin ; mais qu'im-
porte ! Un tigre est-il susceptible d'at-
tendrissement?...
11
El toi, Peuple, que fais-tu, pendant
qu'on égorge tes frères ?
Tu recueilles les mourants ;
Tu panses les blessures ;
Puis tu soupires tristement et maudis
tout bas, oh ! bien bas, les auteurs de
ces forfaits.
Ah! j'oubliais : parfois aussi, lorsque
tu rencontres un de tes assassins, tu le
— 10 -
salue humblement — j'allais dire bête-
ment — et pousse de la plus forte voix
un : « Vive le bourreau ! » chaleu-
reux, auquel celui-ci daigne répondre,
si sa digestion s'opère heureusement,
par un petit geste protecteur.
Peuple, est-ce là le rôle qui te con-
vient?
On te fouette, tu caresses.
On lève sur toi le bâton, tu tends l'é-
chine.
On dispose de ta vie et de tes biens,
tu t'inclines avec résignation.
On dévaste tes champs, on pille (es
coffres, et tu bois silencieusement tes
larmes !
Mais où donc est ta vaillance d'autre-
fois? Ton bras a-t-il perdu toute vi-
gueur? Ton cerveau est-il incapable
d'enfanter un dessein contre tes enne-
— 11 —
mis? Ton coeur n'a-t-il plus une étin-
celle de virilité? Serais-tu lâche, enfin?
Je n'ose le dire, et pourtant...
Récapitulons.
Tu as des millions de bras, et il suffît
de quelques coquins pour te mettre les
menottes.
Tu es l'intelligence, et l'on te traite
en bétail.
Tu es la force, et tu courbes timide-
ment le front.
En un mot, tu obéis lorsque lu de-
vrais ordonner !
Un maître devenu valet...
C'est à n'y pas croire. Et l'on ne sait
s'il faut te plaindre ou le mépriser.
Peuple, prends garde ! Si tu n'as nul
souci du passé, si ta « dignité » s'ac-
commode du présent, crains l'avenir,
ce brillant avenir qui te tend la main et
— 12 —
auquel tu refuses l'embrassement. Per-
sister dans ton immobilité, c'est donner
aux générations futures le droit de t'ac-
cuser. Songes-y : sévères, terribles,
implacables comme la vérité, elles di-
ront :
Que tu as failli à tes devoirs envers
l'humanité;
Que tu t'es endormi dans une cou-
pable indifférence;
Qu'il t'appartenait de préparer les
voies à une ère meilleure, ébauchée
déjà par tes devanciers, et que lu ne
lègues aux arrivants que la honte et le
désespoir ;
Enfin que, pouvant tout, tu n'as rien
voulu faire.