Le sauveur attendu de la France / par M. J. Grand

Le sauveur attendu de la France / par M. J. Grand

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J. Gastineau et fils (Angers). 1871. In-18, 36 p..
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Ajouté le 01 janvier 1871
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Langue Français
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LE SAUVEUR
ATTENDU
DE LA FRANCE
PAR
M. J. GRAND
ANGERS
Librairie Saint-Joseph
J. GASTINEAU ET FILS, RUE BAUDRIÈRE, 27
1871
PROPRIÉTÉ DE L'AUTEUR.
(Reproduction et traduction réservées).
Nos lecteurs sont prévenus, que ce petit
opuscule ne contient aucune prophétie;
les quelques lignes écrites sur Paris en
sont la preuve évidente.
Nous avons voulu remonter le moral
des âmes pieuses qui ne voient, que le côté
du mal, dans celte ville. Plaise à Dieu que
nous réussissions !
Nous avons aussi évité de parler du gou-
vernement actuel de la Défense nationale,
bien convaincu que tous les hommes d'ordre,
— 4 —
à quelque couleur qu'ils appartiennent, le
soutiendront avec énergie.
Enfin, nous avons essentiellement tenu
à circonscrire notre travail, afin de le mettre
à la portée de tous.
P. S. Nous recevrons avec reconnaissance les cri-
tiques, qu'on voudra bien envoyer, franco, à
l'Éditeur.
LE SAUVEUR
ATTENDU
DE LA FRANCE
I
« Tout est perdu, fors L'honneur ! » s'écriait
avec une noble fierté le vaincu de Pavie 1.
Hélas ! que n'en est-il ainsi ! Nos malheurs
seraient moins grands ; mais aujourd'hui, tout
semble perdu, même l'honneur! Oui, tout semble
perdu ; car, nous assistons à une époque de
douloureuses épreuves, où la main de Dieu
semble s'être appesantie sur notre France, pour
la châtier et lui apprendre que ce n'est pas im-
punément qu'elle s'écarte de lui. Insensés, ceux
qui ne voient pas que Dieu se joue des hommes
et se rit de leur fureur !
1 François Ier.
— 6 —
La Fille aînée de l'Église, vaincue, foulée aux
pieds par des uhlans ! Sédan, Metz, « journées
incompréhensibles » de malheurs, où l'empire
fut brisé comme un roseau, et où la fortune de
la France semble encore ensevelie comme dans
un tombeau.
Voilà donc où devaient aboutir quatorze
siècles de gloire, mais aussi quarante ans de
corruption !
Quelle terrible leçon !
Et, tandis que les hordes allemandes enva-
hissent, comme un flot dévastateur, notre pays
et voient la fumée des maisons de notre capitale,
un homme siége sur un piédestal de bronze, ce-
lui-là même dont la muse servile et prussienne
félicitait Frédéric II du sang de Rosbach, et
voulut couvrir d'infamie le beau nom de Jeanne
d'Arc : Voltaire, en un mot ! nom hideux, qu'on
croirait être fait du sourire de l'enfer et de la
boue de la société, tant l'impiété semble respirer
sur cette bouche impure 1 !
1 C'est le Siècle qui a fait élever une statue à Voltaire ;
le Siècle avant Sadowa était pour la Prusse. Pour rendre
hommage à cette manoeuvre des sociétés secrètes, on devrait
— 7 —
Pauvre France, tu n'es pas seule coupable !
Partout règne la corruption. Un cynisme infâme,
un égoïsme abject s'est emparé des classes de la
société. L'immoralité est une soif, un besoin.
L'impiété s'érige en blasphème. L'Église est de-
venue le jouet d'une presse ' impure ; ses
prières, ses larmes, ses préceptes 2 sont tournés
en dérision.
changer l'inscription et mettre : A VOLTAIRE PRUSSIEN, LE
SIÈCLE PRUSSIEN ! — Frédéric écrivait au philosophe de
Ferney, au lendemain de sa victoire de Rosbach : « Je vous
remercie de la part que vous prenez aux heureux hazards
qui m'ont secondé. » Voltaire lui répondit : « Vous êtes fait
pour être mon roi... Sire, me voilà dans Paris, c'est je
crois votre capitale... O Paris, sois digne, si tu peux, du
vainqueur que tu recevras dans ton enceinte irrégulière et
crottée... L'envoyé de Votre Majesté peut dire à présent : Les
Français sont tous Prussiens. » — Oh ! le profond abâtar-
dissement d'un peuple qui ose élever une statue à l'infamie !
Attendra-t-on pour la détruire, que les Prussiens la réclament
à grands cris? Mieux vaudrait en faire une mitrailleuse et
forcer Voltaire, malgré son prussianisme, à servir au salut de
la France !
1 L'auteur est sur le point de terminer un travail sur la
presse, où il conciliera la liberté et la légalité.
2 Les vendredis « on va à la boucherie comme les chiens ; »
on travaille les dimanches ; on fête ce qu'on appelle vulgaire-
ment la Saint-Lundi. Il n'y a plus de jeûne. Eh quoi ! ne
— 8 —
Le monde entier s'en va en pourriture. Il n'y
a plus de principes, plus de religion. Que dis-je?
il y a un Dieu, c'est l'or 1 !
C'est à qui tuera le plus ; des canons, des mi-
trailleuses, voilà la civilisation ! La force prime
le droit; qu'importent les moyens? Il n'y a de
coupable, que le malheur.
Voilà ce qu'on appelle XIXe siècle !
Vantons-nous du progrès !
Voyez l'Europe, elle assiste tranquillement
aux deux hontes de notre époque : à l'agonie de
la France et à la spoliation du Saint-Siége,
L'unité allemande, l'unité italienne! tristes rêves
de notre siècle, source de tous nos maux 2!
Guidé par les sociétés secrètes, Victor -
Emmanuel a osé porter la main sur le Pontife
Suprême. Pauvre Italie! pauvre roi! Quel trésor
souille-t-on point la nuit du Vendredi-Saint par d'immondes
orgies? Le vicaire du Très-Haut n'est-il point vilipendé, comme
le dernier des scélérats ; et ne s'est-il point trouvé un homme
qui a osé traiter Jésus-Christ d'imposteur?
1 Le capital fait homme. (PELLETAN.)
2 On a remarqué la coïncidence de nos désastres avep l'a-
bandon de Rome.
— 9 —
de colère divine vous amassez sur vos têtes !
Avez-vous oublié le festin de Balthasar ? Manè,
Thécel, Pharès, votre empire a vécu.
L'Espagne se tourmente, sans cesse, pour
l'enfantement d'un roi ' et s'achemine, à grands
pas, vers l'abîme des révolutions.
La Belgique, la Hollande, la Suisse sont à la
veille de perdre leur nationalité.
Le Danemark démembré voit s'avancer l'heure
de sa ruine.
La Suède s'inquiète.
La Pologne n'existe plus que dans le passé.
L'Angleterre, après avoir assisté froidement à
nos malheurs, voit, avec effroi, s'agiter la question
d'Orient. Victime de son égoïsme mercantile,
elle est sur le point de descendre au deuxième
rang des nations.
L'Autriche, il n'y en a plus ; depuis Sadowa,
elle est à l'agonie. Elle a reculé devant l'Italie,
elle recule devant la Russie, elle reculera encore
devant Bismark, pour n'être plus, bientôt, qu'un
1 On sait que le successeur de Charles-Quint, don Carlos VII,
a toujours protesté contre les faits accomplis, au nom de
'honnêteté et de la vérité.
1*
— 10 —
souvenir dans l'histoire Ne vient-elle pas, der-
nièrement encore, de rompre avec Rome 1 ?
La Turquie expirante n'attend plus que le
coup qui doit la frapper.
La Russie, se jouant de l'Europe, rêve l'em-
pire d'Orient et marche, à grands pas, vers les
Indes.
L'Allemagne se traîne bassement à la suite de
la Prusse et mendie la mort à grands cris.
La Prusse, on l'a dit, « c'est le péché de l'Eu-
rope, » c'est le système de militarisme outré.
Les Hohenzollern ont légué à Guillaume les fruits
de leurs vols et de leur apostasie 2. Il se montre
digne de cet héritage ; et ce brigand couronné,
FLÉAU DE DIEU 3, blasphème la Providence, en
1 On reconnaît le génie du protestant de Beust, dans les
affaires de l'infaillibilité et du concordat et dans la conduite
du cabinet autrichien sur les derniers événements de Rome.
2 On sait qu'Albert de Brandebourg, grand -maître de
l'Ordre Teutonique, se fît protestant, pour séculariser les
biens de son ordre et se marier. Il fut le premier duc de
Prusse (1525).
3 II y a plus d'une coïncidence entre l'invasion prussienne
et celle des Huns. Même barbarie, même route, mêmes villes
pillées, à quelques exceptions prés.
— 11 -
osant la prendre à témoin de ses rapines et de
sa barbarie. Il veut, dans son orgueil, sur les
ruines fumantes de la France, ceindre le diadème
de Charlemagne 1. C'est l'extermination de la
race latine par l'élément germanique, la guerre
du protestantisme contre le catholicisme, le der-
nier effort des sociétés secrètes contre la reli-
gion 2.
Ainsi donc, un million de barbares sèment
l'incendie, le pillage, les maladies et la famine
dans notre France ! Les hommes sont paralysés ;
la guerre civile est imminente. Une guerre gé-
nérale menace d'embraser l'Europe. Le reste du
monde s'agite : la Chine, dit-on, avec ses
1 Guillaume serait le premier empereur protestant. Quelle
honte pour l'Europe ! C'est une nation catholique, la Bavière,
qui, la première, a eu le triste privilége de sacrifier l'honneur
chrétien à l'infamie d'un monarque protestant. Ajoutons que
déjà la colère do Dieu s'est appesantie sur cette malheureuse
contrée : son armée est presque complètement détruite.
2 II sera prouvé plus tard combien grande a été l'influence
des sociétés secrètes dans cette guerre de trahison et de
lâcheté.
— 42 —
490 millions d'habitants, veut nous écraser ; les
États-Unis, à peine revenus de leurs dissensions
intestines, sont prêts à les renouveler.
Où allons-nous? C'est à désespérer de notre
époque. « Ou le monde se trouve à sa fin et on
comprend facilement qu'il doive aller en disso-
lution, ou non, et alors, le monde ne peut
continuer plongé, comme il est, dans le mal ; il
faut qu'une main réparatrice vienne le sauver 1. »
La main de l'homme est impuissante à con-
jurer tant de maux. Dieu seul le peut.
Un SAUVEUR arrive toujours, dans les moments
les plus critiques et les plus désastreux, lorsqu'il
n'y a plus d'espoir.
Il nous est nécessaire; Dieu nous l'enverra.
1 Paroles de S. S. Pie IX à un évêque d'Orient, relatées
dans une lettre de cet évêque.
II
Cet homme Providentiel, nouveau Dieudonné.
ne pourra être protestant ou impie ; car il serait
en pleine contradiction avec sa mission divine :
il ne pourrait relever les ruines de la société,
portant en lui le germe de toute corruption, qui
est l'erreur.
Il sera catholique ! il défendra le Saint-Siége,
il relèvera le jour du Seigneur et fera de ses
préceptes des lois. Charlemagne a propagé la re-
ligion et secouru l'Église : il a été grand et ho-
noré ; la République de 1193, après avoir détruit
l'autel, a hâté par la prison les derniers jours
de Pie VI, Napoléon a détenu Pie VII : la colère
de Dieu a soufflé sur eux. Et notre pauvre
France aussi, depuis qu'elle a eu le malheur
d'abandonner ses vieilles traditions religieuses,
n'a fait que se précipiter d'abîmes en abîmes.
Il sera catholique ! et il ne rougira jamais de
2
— 14 —
son titre de chrétien : nos anciens croisés le
portaient bien avec orgueil et le cri de Dieu le
veut! les guidait à la victoire.
Il sera catholique, il sera Français ! Quoi de
plus juste ? Fille aînée de l'Église, la France n'a-
t-elle pas les mêmes ennemis qu'elle 1? N'a-t-
elle pas aussi reçu de tout temps la haute mis-
sion de régénérer et de gouverner le monde 2 ?
Oracle de la société, elle exerce sur l'Europe,
une suprématie intellectuelle et morale, qui ne
lui sera jamais contestée. Vient-elle à faillir ?
Les contre-coups de ses révolutions et de ses
fautes ébranlent le monde entier. Quand elle
souffre, quand elle est en péril, les autres peu-
ples s'agitent dans d'inexprimables angoisses.
La France, en un mot, c'est l'oeil du monde,
c'est la Providence de l'Europe ; si elle est sau-
vée, l'univers entier est sauvé.
1 Et au ciel le même protecteur, saint Michel.
2 « Si j'étais le roi de France, disait Frédéric II de Prusse,
il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe, sans ma
permission. »