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Le Trône et l'autel, ou Réponse à M. de Chateaubriand, par un ci-devant révolutionnaire. (Signé : Rigomer Bazin.)

De
20 pages
l'auteur (Au Mans). 1816. In-8° , 18 p..
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LE TRONE
ET L'AUTEL,
OU
RÉPONSE A M. DE CHATEAUBRIAND;
PAR UN CI-DEVANT RÉVOLUTIONNAIRE.
AU MANS,
Chez l'AUTEUR, rue Sainte-Ursule, N.° 8.
1816
Ouvrages du même Auteur.
SÉIDE, 2.4 pages in-8°. Prix : 40 centimes.
DOUTES ÉCLAIRCIS PAR UN CONSTITUTIONNEL ,
16 pages in-8.° Prix : 30 centimes.
Sous presse:
CATÉCHISME POLITIQUE, à l'usage des constitu-
tionnels; suivi du Catéchisme impolitique, à l'usage des
féodaux.
LE TRONE
ET L'AUTEL,
OU
RÉPONSE A M. DE CHATEAUBRIAND;
PAR UN CI-DEVANT REVOLUTIONNAIRE.
UN pair de France vient de jeter le cri d'alarme
dans un écrit où le ministère est représenté comme
l'instrument d'une faction, et cette faction comme un
affreux résidu de l'anarchie et du despotisme. Un ami
de la liberté va répondre à cet écrit vraiment extraor-
dinaire, dont l'importance s'accroît par l'effet naturel
du mystère.
Monsieur de Chateaubriand, familiarisé avec de
grands succès qu'il sut toujours obtenir des circons-
tances, plus encore que de son rare talent, est une
autorité trop imposante pour qu'on laisse au ministère
public seul le soin de le combattre. En reprochant à
d'autres l'esprit de système, il ne peut échapper lui-
même à ce reproche qui n'en serait pas un, si par sys-
tême on entendait communément une liaison d'idées
exactes données par la juste appréciation des faits.
M. de Chateaubriand est gentilhomme, et ne perd jamais
l'occasion de le rappeler au public : c'est de là qu'il
part pour chercher la route de la liberté. Il l'a trouvée
sans doute, mais pour les gentilshommes et les prêtres
seulement; car, dans son Utopie, là sont les purs élé-
mens de l'ordre social : les vertus, le dévouement et
l'honneur. Son attachement à la charte n'est, au fond,
qu'une sorte de déférence aux sentimens bien connus
du roi; c'est encore un voile transparent destiné à
couvrir ou plutôt à trahir une arrière-pensée féodale.
En admettant ces principes qu'on se lasse d'appeler
libéraux, il veut les ensevelir dans le tombeau des
abstractions, comme une certaine constitution le fut
dans l'arche révolutionnaire : c'est un leurre qu'il pré-
sente aux Français, une ruse d'homme d'état pour
tromper, endormir les simples, en leur faisant accroire
que des principes reconnus suffisent. Mais, en atten-
dant l'application de ces principes, on verrait le minis-
tère, la représentation nationale, l'administration, la
magistrature, les hauts grades de l'armée passer exclu-
sivement aux gentilshommes, c'est-à-dire aux nobles
féodaux; l'enseignement et les registres de l'état civil
aux prêtres; on verrait les anciens priviléges renaîtra
(3)
en faveur de la pairie; les honneurs et les richesses
pleuvoir sur les familles patriciennes.
Il y a quelque maladresse dans le développement
d'un art si rafiné. Cela pique l'amour-propre des con-
naisseurs, qui se multiplient de jour en jour. Trop
d'instruction est maintenant répandue dans la classe
moyenne, pour qu'elle ne juge pas-, avec autant de
justesse que d'indépendance et de sagacité, les hommes,
les choses, les intentions, les conséquences. Cette classe
nombreuse et moralement si forte veut aussi le trône et
l'autel; mais elle désire par-dessus tout l'extinction
absolue de l'esprit féodal. Elle connaît la valeur des
termes; elle sait que beaucoup ont changé d'acception
dans la bouche et sous la plume de ses anciens domina-
teurs. Si nous n'y prenions pas garde, la langue s'em-
barrasserait avec les idées, par l'effet de l'inconsidéra-
tion ou de la mauvaise foi d'écrivains sans méthode
qui brouillent tout en affectant de tout éclaircir. Ils se
sont fait un jargon précieux, emphatique, ambigu
dont l'influence est quelque chose dans l'intervalle des
grands événemens, et disparaît lorsque ces événemens
arrivent. Il se mêle à ce jargon un air de profondeur,
des formes analytiques, des mots d'une simplicité re-
cherchée, des saillies, du néologisme; ce qui fait un
ensemble où la prétention à l'originalité n'a pu mettre
que le cachet de la bizarrerie.
L'écrit dont nous nous occupons a pour titre : De la
Monarchie selon la Charte, et pour épigraphe : Le roi, la
charte et les honnêtes gens. Il commence par cette profes-
( 4 )
sion de foi : La monarchie avec la charte est la seule bonne
manière de vouloir le roi légitime.... Ne fût-elle pas bonne,
cest la seule possible. Voilà qui est fort clair : passons.
Le gouvernement établi par la charte se compose de quatre
élémens : prérogative royale ou royauté, chambre des pairs,
chambre des députés, ministère. Cela est encore incontes-
table.
Le roi est une divinité.... Il est inviolable, sacré, infail-
lible. Arrêtons-nous ici : l'hyperbole est trop forte.
C'est une fiction qui ne convient point aux peuples
mûrs, par cela seul que c'est une fiction; elle ne con-
viendrait pas plus aux peuples demi-civilisés, parce
qu'il y a trop de finesse et de subtilité dans un pareil
système. Faire d'un mortel une divinité pour ôter en-
suite toute moralité à ses actions, c'est une conception
née dans les temps modernes, un tour de force à l'an-
glaise, que les Français ne peuvent imiter. Nous vou-
ions plus de fond, plus de vérité dans les institutions;
nous sommes désabusés sur tout, et nous ne pouvons
plus nous prêter à des apparences trompeuses. Chez
nous, un roi est un roi, c'est-à-dire un homme revêtu
de l'exercice du pouvoir souverain, ayant le privilège
de l'inviolabilité, non celui de l'infaillibilité; ordon-
nant au nom des lois, et dont la volonté a lieu dans de
certaines circonstances, indépendamment de ses mi-
nistres, celle par exemple où il jugerait à propos de les
changer. Supposons donc le cas où le roi voudrait les
renvoyer tous, quel serait le ministre, organe de sa
volonté, responsable de ses ordonnances ?
( 5 )
La prérogative royale doit être plus forte en France qu'en
Angleterre, dit M. de Chateaubriand. Je réponds que,
dans une monarchie constitutionnelle, la prérogative
royale doit être par-tout la même. Accepter ou rejeter
les lois, les faire exécuter, nommer les pairs et les
officiers de la justice, de l'administration, de l'armée;
représenter la nation dans ses rapports avec les gouver-
nemens étrangers, avoir le droit de faire grâce : telles
sont les principales attributions de cette prérogative
dans tous les pays soumis au régime constitutionnel.
Que pourrait-elle avoir de plus en France ?
Nous pensons, ainsi que M. de Chateaubriand, que
l'initiative royale des lois et leur proposition secrète
sont deux vices de la charte, et nous souhaitons qu'ils
soient corrigés selon les formes constitutionnelles. Sans
doute, l'initiative et la sanction de la loi sont deux
attributs incompatibles; car, dit fort bien notre auteur,
dans ce cas, c'est la couronne qui approuve ou désa-
prouve son propre ouvrage.
Mais nous ne partageons point son opinion sur l'im-
mensité de pouvoirs qu'il voudrait qu'on prodiguât à
la chambre des pairs. Il manque encore à cette chambre,
selon M. de Chateaubriand, non dans ses intérêts privés,
mais dans ceux du roi et du peuple, des priviléges, des hon-
neurs et de la fortune. Il faudra, tôt ou tard, rétablir,
pour les pairs, l'usage des substitutions par ordre de primo-
géniture. Le retrait lignager en serait un appendice heureux...
La terre noble ferait le noble plus sûrement que la volonté
politique... Sans priviléges et sans propriétés, la pairie est