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Les Candidatures impériales

31 pages
Le Chevalier (Paris). 1868. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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LES
CANDIDATURES
IMPERIALES
PARIS
LIBRAIRIE DE A. LE CHEVALIER
61, rue Richelieu, 61
1868
LES
CANDIDATURES IMPÉRIALES
Ce mot de candidatures impériales ne saurait
être pris en mauvaise part. Il est le dernier terme
d'une série : candidatures ministérielles, candida-
tures OFFICIELLES, candidatures GOUVERNEMEN-
TALES, candidatures IMPÉRIALES. Telle est la
gradation.
A dire vrai, toutes ces expressions sont, au fond
identiques ; l'idée qu'elles expriment est la même,
le but cherché ne diffère point : ce sont des degrés
dans la même voie.
Sous le régime parlementaire on disait : candi-
dats ministériels, parce que les ministres étaient
responsables de leurs actes, qu'ils avaient une po-
litique propre. Placé par la Constitution au-dessus
de la sphère d'action du ministère et des Chambres,
le roi régnait et ne gouvernait point. C'est le sys-
tème politique des Anglais inauguré en France par
les revenants de 1814, après la déroute de Water-
loo et le cataclysme qui s'en suivit. Toutefois les
ministres étaient ardents, parfois, à recommander
leurs amis aux électeurs, et le nom de députés
— 4 —
royalistes a été quelquefois donné aux heureux
candidats désignés par le ministère. Tant il est
vrai que, sous tous les gouvernements, la tendance
des ministres est d'écarter du mandat législatif
ceux dont le dévoûment n'est pas d'avance assuré.
Le système des candidatures ministérielles ou
royales qui florissait au bon temps du régime im-
porté d'outre-Manche, a été retenu et perfectionné
par le gouvernement impérial restauré. On sait
dans quelles circonstances et à quelle occasion
Louis-Napoléon Bonaparte fut nommé empereur.
Un pouvoir presque absolu lui a été déféré par ce
brave et candide peuple français, aussi inconstant
et mobile dans sa volonté que les flots de la mer
qui le sépare de la patrie de Wellington. Il en a
usé sans conteste, comme il lui a plu, sans aucun
doute pour la plus grande gloire de la France et
le bonheur des citoyens. Nous n'examinons pas.
Mais il était évident, à priori, que la pratique
admise sous la royauté, en matière d'élection, al-
lait avoir sous l'empire des conséquences inatten-
dues, le principe du gouvernement ayant subi des
modifications profondes.
D'abord les candidatures officielles firent mer-
veille, et la Chambre fut composée presque exclu-
sivement de députés dévoués au nouvel établisse-
ment, laissant tout faire et ne soufflant mot. La
Constitution, d'ailleurs, avait sagement mesuré
avec parcimonie les attributions des mandataires
— 5 —
du peuple français : le chef de l'État était le maî-
tre de par les plébiscites, et il le fit bien voir. Au
surplus, silence complet; personne ne protestait.
Inutile de dire pourquoi, sous l'Empire, on a
remplacé le mot de candidat ministériel par celui
de candidat officiel. Chacun sait que, sous ce ré-
gime, les ministres ne sont que les organes, les
avocats de la politique personnelle du prince, qui
seul est responsable devant le peuple ; que n'étant
point, par conséquent, constitués en ministère, la
dénomination adoptée sous la royauté serait un
non-sens.
Cependant les causes qui avaient rendu pos-
sible et acceptable la dictature du gouvernement
impérial s'effacèrent et disparurent peu à peu. Le
chef de l'État l'a reconnu lui-même, en concédant
quelque liberté et en rendant au Corps législatif
une partie des attributions que les députés possé-
daient sous les précédents gouvernements.
Aussi bien, la vie politique renaît de ses cendres;
comme un Épiménide réveillé en sursaut, le peuple
français se frotte les yeux, s'agite, regarde, s'étonne
et prétend se mêler désormais, comme autrefois, de
ses propres affaires. L'esprit de critique et de con-
trôle, d'abord timide, s'affirme chaque jour avec une
plus grande énergie dans la presse, dans les livres
et à la tribune. Et aussi le gouvernement affirme
de plus en plus son droit de présenter des candi-
dats au suffrage des citoyens. Nous voici parvenus
aux candidatures gouvernementales, c'est-à-dire à
la seconde phase du système.
— 6 —
La nuance est sensible, en effet. Au fur et à me-
sure que l'opposition grandit, quoique faible en-
core, on voit l'administration choisir avec plus de
soin et de sagacité ses hommes ; elle pose carré-
ment la question : Êtes-vous, oui ou non, franche-
ment et sans ambages, avec le gouvernement im-
périal? Arrière ceux qui ne sont pas résolus à prê-
ter à la réalisation de son programme un concours
efficace.
Mais le gouvernement personnel est pris à par-
tie; l'opposition fait de nouvelles recrues ; la ma-
jorité n'est plus ni aussi compacte, ni aussi una-
nime ; elle se divise à propos de certaines ques-
tions; il semble que l'accroissement indéfini des
dépenses publiques ait ébranlé les convictions an-
ciennes.
— Serrons nos rangs, disent alors les minis-
tres; choisissons mieux encore nos candidats;
éliminons les amis du second et du trosième de-
gré. Quiconque se sépare de nous, même acciden-
tellement, de nous qui sommes les porte-voix de la
pensée impériale, est contre l'Empereur : c'est un
ennemi de la dynastie et de la Constitution. Voilà
posées les candidatures impériales.
A ces mots, l'opposition proteste et soutient que
cette façon de procéder fausse radicalement les
élections; qu'elle constitue des majorités factices,
enchaîne l'indépendance des mandataires du peu-
ple , ouvre la porte à tous les abus, à toutes les
fautes.
On le voit, la question est d'une importance con-
- 7 -
sidérable ; de sa solution dépend celle non moins
intéressante de l'équilibre des budgets, de la mo-
dération des dépenses publiques. Il est même pro
bable que la solution du celle-ci est subordonnée
à l'accueil qui sera fait, lors des prochaines élec-
tions générales, aux candidats recommandés par
l'administration.
Il importe donc que les contribuables réfléchis-
sent, se rendent un compte exact de la situation;
qu'ils examinent ce qu'a produit jusqu'à ce jour le
système des candidatures officielles, quelle en est
la conséquence et quels en sont les résultats, ce
qu'on peut en attendre dans l'avenir au double
point de vue politique et financier. Si l'on est amené
à reconnaître que ce système est bon, il faut per-
sévérer; dans le cas contraire, on doit y renoncer.
Telle est l'alternative, et tel est le jugement qu'on
attend du peuple français.
Le gouvernement impérial, qu'on le sache bien,
n'abandonnera pas volontairement une pratique
qu'il trouve excellente et qui lui a bien réussi jus-
qu'à présent, par cela seul que l'opposition la
trouve détestable. Il semble, au contraire, disposé
plus que jamais à user largement de ce qu'il
nomme son droit. Il a pris la peine de nous en
avertir.
Dans la séance du Corps législatif du 11 juil-
let 1868, en effet, M. le ministre de l'intérieur, ré-
pondant à M. Pelletan, a affirmé de nouveau et
— 8 -
avec énergie le système des candidatures offi-
cielles, qu'il a nommées, cette fois-ci, gouverne-
mentales. Et les commentaires que le Constitu-
tionnel y a ajoutés le lendemain, dans un but aisé
à comprendre, ne sont qu'une vaine satisfaction
offerte à la majorité de la Chambre, dont la suscep-
tibilité avait paru froissée.
Aussi bien, le système admis en pratique, on ne
peut reculer devant ses conséquences; il faut le
soutenir et le faire prévaloir, nous n'ajouterons
pas perfas et nefas; mais enfin il faut le défendre.
Et le Constitutionnel s'est moqué en laissant croire
qu'on apporterait des tempéraments dans la pra-
tique. Si le ministre se réserve de choisir entre les
amis des divers degrés qui sollicitent l'attache of-
ficielle, il est bien certain qu'il désignera le plus
dévoué, abstraction faite de toute autre considéra-
tion. Et le choix une fois arrêté, toute l'armée des
fonctionnaires en masse donnera avec l'ardeur
que l'on sait.
M. Pinard a parlé, en cette occurence, avec
ingénuité, c'est-à-dire en toute franchise et
loyauté; il est d'ailleurs dans le vrai et la lo-
gique des choses; et tous les commentaires de
la presse agréable ne sont qu'un leurre. Au sur-
plus les faits ont une éloquence supérieure à
tous les discours et articles de journaux. Donc,
pas d'équivoque : amis ou ennemis, choisissez,
il n'y a pas de milieu. Les moyens termes, les
compromis, les atténuations ou ménagements
ne sont que des exceptions commandées par des
— 9 —
situations particulières qui s'imposent à la pru-
dence gouvernementale. Ce qui confirme la règle
au lieu de la détruire.
M. le ministre de l'intérieur, nous le répétons,
avec une logique incontestable et une loyauté par-
faite, a érigé en principe la candidature officielle ;
et voici de quelle façon il la justifie :
« Tout gouvernement, dit Son Excellence, doit avoir un
programme, il doit avoir des principes, il doit avoir une foi,
il doit croire à quelque chose.... Il doit défendre son terrain
constitutionnel ; il doit défendre son terrain dynastique, c'est
le plus impérieux de ses devoirs. Le principe une fois con-
cédé, il faut accepter les conséquences.
» Le jour où le gouvernement descend dans l'arène, le jour
où il trouve sur le terrain du suffrage universel un candidat
qui à ses yeux conteste ses principes..., conteste son pro-
gramme, conteste sa constitution, conteste sa dynastie, son
devoir le plus sacré c'est de lutter contre ce candidat.
» Or lutter, c'est chercher, c'est adopter un candidat diffé-
rent, qui, lui, affirmera notre programme, nos idées, notre
foi, défendra notre dynastie et notre constitution. Laisser le
premier et adopter le second, c'est faire acte de légitime
défense. »
C'est parfait.
Si l'on ne peut applaudir le ministre qui parle
ainsi, on ne saurait lui refuser le mérite de ne rien
céler. Il ne vous prend pas en traître au moins ; il
vous avertit de l'attitude qu'il veut tenir, du but
qu'il poursuit et des moyens d'exécution qu'il
prépare. A vous messieurs les électeurs d'aviser !
Toutefois, que M. le ministre de l'intérieur nous
permette une observation. Nous pensons comme
— 10 —
lui que tout gouvernement doit avoir un pro-
gramme et des principes : quels sont ceux de l'Em-
pire? M. Pinard n'en dit mot, sans doute parce
qu'il les suppose connus depuis longtemps et qu'on
ne songe point à les modifier. Il a raison : l'Em-
pire a fait ses preuves et nous les voyons. Eh bien,
c'est précisément cela qui fait réagir contre la
pratique des candidatures gouvernementales ou
impériales. Voilà ce qu'il faudrait que compris-
sent ceux qui ont acclamé l'Empire et qui dési-
rent le conserver.
M. Pinard cite l'exemple des précédents gou-
vernements et prétend suivre leurs errements en
matière d'élection. Ce n'est pas habile ; l'histoire a
prononcé son jugement.
Le gouvernement de la Restauration avait un
principe devant lequel le monde officiel s'incline
encore aujourd'hui; il avait un programme qui en
vaut bien un autre; il avait de plus de l'honnêteté
et de la probité dans les affaires de l'État.
Louis XVIII et Charles X suivaient consciencieu-
sement, la main sur le coeur, la réalisation de
leur idéal, en monarques convaincus que leur
principe et leur programme, s'ils prévalaient enfin,
feraient le bonheur des Français. Avaient-ils tort
ou raison? Nous n'examinons pas; il suffit de
savoir qu'ils étaient de bonne foi. Mais les mini-
stres, eux, voulurent dominer les élections et
peser sur la presse qui protestait. On sait com-
ment le conflit finit en 1830. Quant au gouver-
nement de Louis-Philippe, on se rappelle qu'au
— 11 —
moment de sa chute, en 1848, le ministère
avait à la Chambre une grande majorité qui
l'abandonna. Et Napoléon Ier? N'avait-il pas un
Sénat qui ne lui refusa jamais rien? un corps
législatif muet ? A quoi tout cela a-t-il servi au
moment du danger? A précipiter la chute de celui
qui avait été le maître de l'Europe. Voilà des pré-
cédents que le peuple des campagnes ne doit pas
oublier, lui qui paie toujours, en fin de compte,
les frais de toutes les vocations infidèles.
Reprenons :
Le principe admis, dit M. Pinard, il faut en ac-
cepter les conséquences, c'est-à-dire lutter. C'est
juste. Mais jusqu'où peut aller la lutte? on l'a vu
en 1830 et en 1848.
Donc le gouvernement descend dans l'arène du
suffrage universel à l'effet de repousser un can-
didat qui conteste à la fois son programme, sa
constitution et sa dynastie. Et si ce candidat
triomphe, malgré l'effort de toute l'administration,
c'est le gouvernement qui est battu dans la per-
sonne de son chef. Quelle imprudence ! Supposez
qu'aux élections prochaines la majorité soit ac-
quise aux députés que vous aurez combattus :
quelle sera la situation du chef de l'État? Y avez-
vous songé ?
Mais à quel signe reconnaissez-vous donc qu'un
candidat est votre ennemi? Tous ont préalablement
prêté serment de fidélité à l'Empereur et à la Con-
stitution : oseriez vous dire qu'ils n'ont point en-
gagé leur conscience? Non assurément. Tout au
— 12 —
plus pouvez-vous savoir, parce qu'ils l'avouent
dans leurs circulaires, que les candidats libres
et indépendants ou d'opposition comme on les
nomme, n'approuvent pas complètement votre
programme, ne pensent pas que la Constitution
soit parfaite, feront des efforts pour diminuer les
dépenses publiques et l'impôt : ce sont là des ad-
versaires, non des ennemis. L'ostracisme dont
vous les frappez prouve que vous ne voulez
pas même souffrir d'adversaires. Et votre cas de
légitime défense ressemble singulièrement à une
déclaration de guerre lancée à tous ceux qui
ne sont pas des amis du premier degré. Notre
raison d'intervenir, dites-vous en effet, « c'est
d'éviter l'adversaire, c'est de barrer le chemin
à l'homme que nous croyons de bonne foi contraire
à notre programme et à nos idées. »
Voilà qui est entendu : l'homme qui n'est satis-
fait ni de votre programme ni de vos idées est im-
pitoyablement écarté. L'aveu est bon à enregistrer.
« Nous voulons, poursuit M. Pinard en manière d'atténua-
tion, nous voulons que les fonctionnaires qui nous repré-
sentent consultent les maires, les notables, soient avec le pays
en relations constantes, et qu'ils puissent nous dire : Voilà
l'homme qui sera le mieux accepté et qui pourra le mieux
combattre ; voilà l'homme qui fera le mieux cesser les divi-
sions locales et qui triomphera le mieux de ceux qui nous
attaquent. »
Ce passage du discours de M. le ministre de l'in-
térieur a été fort applaudi de la majorité de la
Chambre. Nous applaudirions nous-mêmes si les
— 13 —
maires étaient à l'élection, si la centralisation
comprimait un peu moins toute initiative indivi-
duelle, si la pratique était conforme à la théorie,
si surtout les hommes de l'opposition et les candi-
dats agréables étaient traités ex oequo. Quoi de
plus naturel, en effet, que de s'enquérir quel est
l'homme qui possède les sympathies des électeurs,
qui a le plus de chance de réunir la majorité des
suffrages ! C'est un moyen d'information qui peut
avoir son utilité. Et si d'avance vous sanctionnez
le choix libre des populations, si vous recom-
mandez celui qui déjà est admis dans la pensée
publique, votre intervention ne saurait être bla-
mée. Mais alors à quoi bon l'attache officielle et
l'action administrative ?
Ce n'est pas ainsi que l'entend M. le ministre de
de l'intérieur. Trois candidats se présentent dans
une circonscription : un d'opposition et deux amis
dévoués. Va-t-on consulter les maires et les nota-
bles sur les titres du premier à la députation? Pas
le moins du monde : il est écarté d'emblée, sans
autre considération. Le choix qu'il s'agit de faire
aura lieu exclusivement entre les seconds, c'est-
à-dire parmi les amis des divers degrés.
M. Pinard ne veut pas que les fonctionnaires
publics, compris les maires, tournent les armes
qui leur sont confiées, leur prestige et leur in-
fluence contre le gouvernement. « C'est là un prin-
cipe de tous les temps, » dit le ministre. En fait
de principe, monsieur le ministre, il en est un que
vous oubliez et qui est supérieur à celui que vous