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Les Cent Sonnets de R. Agnès,...

De
114 pages
impr. de G. Jacob (Orléans). 1872. In-8°.
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LES
CENT SONNETS
DE R. AGNÈS,
PUBLIÉS SOUS LES AUSPICES
DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES ARTS D'ORLÉANS
ET VENDUS
AU PROFIT DES ÉMIGRANTS DE L'ALSACE-LORRAOE.
Prix : UN FRANC.
ORLÉANS,
IMPRIMERIE DE GEORGES JACOB,
4, CLOÎTRE SAINT-ÉTIENNE, 4
1872
LES
CENT SONNETS
DE RENÉ AGNÈS,
POUR FAIRE SUITE
A SON HISTOIRE ET A SES FOLIES,
Brochure et volume imprimés à Orléans, en 1867,
CHEZ GEORGES JACOB.
LES
CENT SONNETS
DE R. AGNÈS,
PUBLIÉS SOUS LES AUSPICES
DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES ARTS D'ORLÉANS
ET VENDUS
AU PROFIT DES ÉMIGRANTS DE L'ALSACE-LORRAII.
Prix : UN FRANC.
ORLÉANS,
IMPRIMERIE DE GEORGES JACOB,
4, CLOITRE SAINT-ETIENNE, 4
1872
LES
CENT SONNETS
DE RENÉ AGNÈS.
SONNET PRÉLIMINAIRE.
APPEL A LA BIENFAISANCE
EN FAVEUR DES ÉMIGRANTS DE L'ALSACE-LORRAINE.
Frappés par le malheur que toute guerre entraîne,
Venons tous au secours de nos concitoyens,
Des pauvres émigrants d'Alsace et de Lorraine,
Forcés d'abandonner leurs foyers et leurs biens.
La France est tout pour eux : mère patrie et reine.
Pour vivre sous ses lois, ses doux et chers liens,
Ils préfèrent l'exil à leur natal domaine,
Au redoutable joug des barbares Prussiens.
Leur pays est le prix de notre délivrance.
Cherchons tous les moyens d'adoucir leur souffrance ;
Soyons ingénieux à trouver les meilleurs.
Si vous goûtez celui que propose ma plume,
Français, daignez souscrire à ce petit volume ;
Son prix pourra peut-être étancher quelques pleurs.
R. AGNÈS.
Orléans, 12 novembre 1872.
— 6 -
SONNET DÉDICATOIRE
A tous mes lecteurs.
Lecteurs, vous souvient-il un peu de mes Folies?
En avez-vous coupé les feuillets précieux,
Pour en mettre un instant les pages sous vos yeux?
Enfin, les avez-vous bien ou mal accueillies?...
Si plusieurs avaient pu vous paraître jolies,
Je serais tout ravi de ce succès heureux!
Pour offrir mes sonnets, je serais moins peureux,
Aujourd'hui que bien plus mes muses sont vieillies.
« Publier des sonnets!... quelle témérité!
« 0 malheureux Agnès ! Mais c'est à ne pas croire !
« N'était-ce pas assez de ta fameuse Histoire ?
« Tu n'as donc plus dans l'âme aucune charité?
« A tes lecteurs, outrés d'une audace pareille,
« Tes cent sonnets vont mal sonner à leur oreille. »
René AGNÈS,
Membre de la Société des Amis des arts d'Orléans,
Et membre d'honneur des Concours poétiques de Bordeaux.
Orléans, 12 novembre 1872.
I
SONNET A MA FILLE.
« Un sonnet, m'a-t-on dit, est difficile à faire ;
« Il exige des vers tous au bon coin frappés.
« Traiter un tel sujet, ce n'est point ton affaire;
« Le Parnasse a pour loi des monts trop escarpés!
« Combien de beaux esprits dont le nom se doit taire,
« Imprudents comme toi, déjà se sont trompés!
« En voulant du sonnet pénétrer le mystère,
« Apollon à ce jeu cent fois les a dupés. »
Le conseil est fort sage et d'un coeur charitable.
Le suivre, en m'arrêtant, me serait profitable;
Mais je n'en ferai rien, je vous le dit tout net.
En voici la raison : c'est raison de famille.
J'ai dit que je ferais un sonnet à ma fille,
Et je crois qu'à présent ma fille a son sonnet.
- 8 -
II
A M. X***
CANDIDAT NON ÉLU AU CONSEIL GÉNÉRAL.
Dédié à lui-même.
Consolez-vous, Monsieur : vous tombez avec gloire!
Voyez votre vainqueur : loin du char triomphal,
Il médite en secret sur sa triste victoire,
Due à la pression du corps électoral.
Dans tout votre canton, pour nous c'est bien notoire,
On le pourrait prouver sans se donner grand mal,
Si des élections la muse écrit l'histoire,
On rira des hauts faits de votre heureux rival.
S'il veut nous rendre un jour la mémoire infidèle,
Qu'il soit dès à présent un conseiller modèle,
Qu'il soit à la hauteur de ses devoirs nouveaux!
Des intérêts communs, qu'il prenne la défense;
Qu'il apporte au conseil savoir, intelligence,
Et partage avec lui ses importants travaux.
— 9 —
III
A CÉCILE.
Dédié à elle-même.
Vous reprochez, Madame, à ma timide muse
De n'avoir point encor fait un seul vers pour vous.
De ce juste reproche elle est toute confuse;
Je la vois rougissant, tremblante à vos genoux!
De ce coupable oubli pour elle je m'accuse;
Daignez me pardonner, me voir d'un oeil plus doux.
Ma muse se réveille, et, si je ne m'abuse,
Elle fait un sonnet en ce moment pour vous.
Oui, Madame, un sonnet; un sonnet à Cécile,
Si vous m'encouragez, me deviendra facile.
Combien de vous l'offrir je serai satisfait !
En dépit des jaloux, de Boileau, le grand maître,
Sans tarder mon sonnet à vos yeux va paraître :
Le voici! le voilà! tenez, le tour est fait.
- 10 —
IV
A SOPHIE.
Dédié à elle-même.
Un jour, vous le savez, à ma fille Marie
Votre mari, Madame, a fait des vers charmants;
N'en soyez nullement jalouse, je vous prie:
Il puisait dans vos yeux tous ces beaux compliments !
Ne faut-il pas d'ailleurs de la philosophie,
Pour adoucir du coeur quelques déchirements?
Et si Charles voyait ce sonnet à Sophie,
Il en voudrait avoir pour calmer ses tourments.
Car un sonnet, dit-on, est oeuvre diabolique,
Lorsqu'il est bien tourné, galant et poétique.
Mais, hélas! tout cela n'étant point dans le mien,
Vous le pourrez montrer à votre époux, Madame,
Sans crainte de jeter le trouble dans son âme;
Vous-même, j'en suis sûr, vous en répondrez bien.
— 11 -
V
A EUGÉNIE.
Dédié à elle-même.
Depuis peu du sonnet j'ai la folle manie;
J'en fais à tout propos, souvent hors de saison.
Si j'en essayais un en chantant Eugénie,
Pour mettre enfin d'accord la rime et la raison?
Voyons : ce nom charmant fait rêver d'harmonie :
A la romance il sied bien mieux qu'à la chanson;
A l'oreille il traduit la douceur infinie
Qu'on aime à rencontrer toujours à sa maison.
Mais celle qui répond à ce nom qu'on adore
A mille autres vertus que le vulgaire ignore,
Et que sa modestie a bien soin de cacher.
Loin de les dévoiler, pour ne lui point déplaire,
A son exemple, ici, ma muse les va taire ;
Mais on les peut trouver sans même les chercher.
Orléans, 15 novembre, jour de sa fête.
— 12 —
VI
A AUGUSTINE.
Dédié à elle-même.
Muse, encor un sonnet, un sonnet sur commande.
On le veut sans défauts ; ce point est capital.
Augustine, à son tour, ainsi me le demande.
Comment donc échapper à cet arrêt fatal?
Hélas ! je ne le puis ! Ce nom se recommande
Par trop de souvenirs de bonheur conjugal ;
Il mérite trop bien que de coeur je lui rende
Un hommage éternel de respect sans égal !...
Comme le veut Boileau, du plaisant au sévère,
Madame, nous passons. Le nom que je révère
Du maître m'a rendu presque l'imitateur.
Ce brusque changement peut attrister votre âme ;
Mais déjà, c'est certain, vous pardonnez, Madame,
En faveur du motif, à votre serviteur.
- 13 -
VII
A M. FERNAND HU, DE PONTLEVOY.
Dédié à lui-même.
Dans votre épître en vers la malice pétille;
Candide Agnès! j'y suis sans pitié plaisanté!
Je pourrais bien m'en plaindre et vous chercher castille,
Si j'étais ferrailleur, mal commode, emporté.
Mais je ne le suis point; bon père de famille,
Rien ne me fait sortir de ma placidité.
Loin d'avoir un duel qui m'enlève à ma fille,
En riant je riposte au coup qui m'est porté.
Eh! oui, toujours au cou j'ai la cravate blanche;
Sur l'oreille, en marchant, mon adhérent se penche
Et brave fièrement le feu de vos quatrains !
Partageons en amis les faveurs de la muse.
Vous savez que ce jeu plus qu'un autre m'amuse;
De grand coeur donc, merci de vos alexandrins.
- 14 —
VIII
LE PRINTEMPS.
Dédié à l'Eté.
L'hiver nous quitte enfin ! et la température,
Au souffle du printemps, s'adoucit par degrés;
Phébus, de ses rayons ranimant la nature,
Déjà fait repartir l'herbe tendre des prés.
Heureux, nous n'avons plus à craindre la froidure;
De la douce chaleur nous sentons les progrès.
La terre se revêt d'un manteau de verdure;
Les gazons et les champs de fleurs sont diaprés.
Nos vergers et nos bois se couvrent de feuillage;
Des oiseaux on entend partout le doux ramage;
C'est un concert charmant des plus harmonieux !
Le printemps embaumé nous charme et nous enivre ;
Les jeunes sont plus vifs, et moins lents sont les vieux.
De tous plus librement le coeur se sent revivre.
Orléans, 20 mai 1872.
- 15 -
IX
A M. ARTHUR LEBRET,
Elève de Seconde au Petit Seminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin.
Vous êtes proclamé premier de la Seconde,
Pour en avoir hier remporté tous les prix.
D'un triomphe aussi beau je ne suis point surpris;
Du travail, ami vrai, le travail vous seconde.
Le travail est la loi du Créateur du monde.
Bien loin pour lui d'avoir négligence ou mépris,
Nous devons l'aimer tous et même en être épris,
Car il est de bonheur une source féconde.
Par son beau talisman bientôt la Rhétorique
Vous ouvrira ses champs, son parterre magique,
Où vous allez cueillir des fleurs à pleines mains.
Et lorsque la moisson en sera terminée,
Vous les saurez mêler aux lauriers de l'année,
Pour couronner encor votre tête à deux mains.
30 juillet 1872, lendemain de la distribution des prix.
- 16 -
X
A MON CHAT.
Dédie à Mlle Annette DARDONVILLE, ma voisine, soeur hospitalière
des chats.
Mon chat gras et dodu, par sa grosseur énorme
Un peu ressemble au chien. Sous son luisant poil noir,
Son poitrail d'un beau blanc, gracieuse est sa forme,
Et tous mes visiteurs se plaisent à le voir.
Au code aimé des chats le mien peu se conforme.
Toujours le fainéant soupe si bien le soir,
Qu'il n'est pas étonnant que la nuit il s'endorme,
Laissant rats et souris dévaster le manoir.
S'il était affublé d'une belle jaquette,
Du chapeau dit à claque, ou bien d'une casquette,
Je croirais posséder l'illustre Chat-Botté.
Dans mon illusion, je l'enverrais peut-être
Dire à tous les passants que moi, son heureux maître,
De la fortune aussi je suis l'enfant gâté.
1er août 1872.
- 17 —
XI
A FOX,
CHIEN DE MON BEAU-FRÈRE LÉOMAN-BEAUHAIRE.
Dédié à ce dernier.
Au. sonnet ce matin, muse, il faut qu'on s'escrime.
Je t'offre un beau sujet : Fox, un excellent chien.
Sans presque la chercher tu vas trouver la rime,
En nous disant qu'il est un vigilant gardien.
C'est une vérité qu'avec bonheur j'exprime :
Pour défendre son maître, il ne redoute rien.
De mordre nos mollets s'il commet l'affreux crime,
En faveur de son zèle on lui pardonne bien.
Du griffon mal commode en trompette est la queue.
Sur son mur chaque jour il fait plus d'une lieue
En trottant, aboyant les chiens et les passants.
Sentinelle, il est là, toujours sur le qui-vive.
Et lorsqu'on sonne, on frappe, à la porte il arrive
En courant, le premier, pour dévorer les gens.
3 août 1872.
- 18 -
XII
A JOSÉPHINE.
Dédié à ma belle-soeur INGÉ-BEAUHAIRE.
Un sonnet sans défauts est une perle fine:
On la cherche toujours, sans la trouver jamais.
Moi je suis plus heureux en chantant Joséphine :
Au moins j'ai découvert la perle des sujets.
Sans aucun compliment, sa tournure est divine;
Son visage est rempli de séduisants attraits ;
Dans ses yeux pétillants son esprit se devine.
De son portrait charmant c'est l'ébauche à grands traits.
Mais ce n'est rien encor. Ce qui la rend aimable,
La met au premier rang, c'est sa figure affable,
De son coeur généreux la douce charité.
En vous la dévoilant, je crains de lui déplaire;
Mais, entre nous, peut-on redouter la colère
De celle qu'on appelle un ange de bonté?
9 août 1872.
- 19 —
XIII
A THÉRÈSE.
De mes sonnets, lecteurs, j'arrive au chiffre treize,
A ce nombre fatal du monde redouté.
Rien qu'à le prononcer je me sens mal à l'aise,
Honteux, j'en fais l'aveu; je suis épouvanté.
Aussi, me voyez-vous au bureau, sur ma chaise,
Tremblant, la plume en main, par la peur agité,
N'osant plus achever mon sonnet à Thérèse,
Craignant qu'il ne soit point digne de sa beauté.
Mais son coeur est si bon et si plein d'indulgence!
Si souvent je la vois secourir l'indigence,,
Qu'elle ne peut manquer de me prendre en pitié.
Par ce secret espoir mon âme se rassure.
Je finis mon sonnet à peu près en mesure,
Pour l'offrir à Thérèse au nom de l'amitié.
13 août 1872.
- 20 —
XIV
A ROSALIE.
Dédié à ma belle-soeur LÉOMAN-BEAUHAIRE.
J'ai chanté Joséphine, et l'on croit que j'oublie
Madame Léoman, mon autre belle-soeur.
Vraiment, il n'en est rien, ma chère Rosalie;
D'être un beau-frère ingrat je n'ai point le malheur.
De toutes les vertus ta belle âme est remplie.
Je n'en cite que deux : ta bonté, ta douceur ;
Car par toi ma famille est toujours accueillie
Avec tant de tendresse, avec tant de bonheur !
Oui, de mes chers enfants tu remplaças la mère ;
Tu les sus consoler dans leur douleur amère
En les aimant tous trois presque autant que les tiens.
Merci pour eux, pour moi, de ta sollicitude,
Du bonheur qui nous vient de ta douce habitude
De confondre en ton coeur tes enfants et les miens!
14 août 1872.
- 21 -
XV
A LA FRANCE.
Muse, il est temps de faire un sonnet à la France,
A ce noble pays saignant et dévasté;
Mais d'abord demandons à Dieu sa délivrance
Des mains d'un ennemi cruel et délesté.
Dans notre coeur alors renaîtra l'espérance
Pour nous de voir enfin cesser l'adversité ;
De voir des jours meilleurs après notre souffrance,
Si nous mettons d'accord l'ordre et la liberté.
Des hommes sans raison vont prêchant l'anarchie ;
D'autres rêvent l'empire ou bien la monarchie.
Tout cela, c'est la guerre et la division.
Pourquoi, dans l'intérêt de la chose publique,
Ne pas continuer de vivre en république,
Si par elle on obtient la paix et l'union?
15 août 1872.
- 22 —
XVI
A M. THIERS,
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.
Napoléon et vous, ministres incapables,
En déclarant la guerre à la Prusse, aux Germains,
Vous attiriez sur nous des maux épouvantables
Dont la plume, au récit, tremble encor dans les mains.
Ces bataillons du Nord, épais et formidables,
Partout se sont montrés barbares, inhumains.
En vain pour repousser leurs masses innombrables
Nos soldats ont-ils fait des efforts surhumains.
Par la fortune, hélas ! la France était trahie ;
Elle allait succomber tout entière envahie,
Lorsque pour la sauver on signe enfin la paix.
Et grâce à Monsieur Thiers, à son rare génie,
La France, qu'il a prise hier à l'agonie,
Déjà se sent revivre en goûtant ses bienfaits.
15 août 1872.
— 23 -
XVII
A LA BOUTEILLE.
Dédié à mon rival et joyeux ami Charles GODET.
De nouveau, ce matin, ma muse se réveille
Pour chanter le sujet favori de mon coeur.
De tous il est connu : c'est l'aimable bouteille,
Qui m'a su captiver par sa douce liqueur.
A peine ai-je goûté ce divin jus de treille,
Qu'il se répand en moi comme un philtre enchanteur.
Il opère à l'instant cette rare merveille
De chasser les soucis et même la douleur.
Lui seul me fait passer des heures fortunées,
En plongeant dans l'oubli l'hiver de mes années,
Pour ne me laisser voir que mon joyeux printemps.
Croyant me retrouver aux jours de ma jeunesse,
La gaîté me revient sous sa charmante ivresse.
Puisse l'illusion durer jusqu'à cent ans!
19 août 1872.
- 24 -
XVIII
A MON VIEUX FAUTEUIL.
Je chante mon fauteuil. Cet ami véritable
Ne m'a jamais boudé, causé nul embarras.
Sa place est au bureau tout aussi bien qu'à table;
Sitôt que je l'approche, il me tend ses deux bras.
Sans être en acajou, luxueux, confortable,
Que je le trouve bon, quand je reviens bien las,
De faire un long trajet par un temps détestable,
Qui double en voyageant la fatigue des pas !
Sur lui me reposant, à l'aise je respire;
Que j'y suis bien encor, quand la muse m'inspire
Et me dicte, à mon gré, le sonnet, la chanson !
Enfin, mon vieux fauteuil, je sais le reconnaître,
Tous les jours je te dois des instants de bien-être ;
Par toi, mon meilleur temps se passe à la maison.
23 août 1872.
- 25-
XIX
A MA PENDULE.
Dédié au cousin Edouard MARTIN, qui m'a donné ce sujet.
Ma pendule mérite aussi que je la chante :
Elle a pour moi marqué jadis d'heureux moments ;
En me les rappelant, leur souvenir m'enchante
Et retrace à mes yeux leurs doux ravissements.
De ce bonheur passé bien longue fut l'attente;
Mon coeur, au balancier comptait ses battements.
Autour de son cadran, que l'aiguille était lente !
Combien j'aurais voulu presser ses mouvements !
Mais du bonheur présent, que l'heure est fugitive !
En vain, pour l'arrêter dans sa marche trop vive,
Faisons-nous mille efforts: ils restent superflus.
Ainsi l'homme, entraîné souvent dans sa carrière,
Est réduit à jeter ses regards en arrière,
Pour évoquer un temps qui ne reviendra plus.
24 août 1872.
- 26 —
XX
A LA CLOCHE.
La veille des grands jours, à la ville, au village,
La cloche les annonce en joyeux carillons;
Artisans, laboureurs, comprenant ce langage,
Ferment leurs ateliers ou quittent leurs sillons.
Pour fêter un baptême, un heureux mariage,
La cloche, à notre oreille apportant ses doux sons,
Invite à la prière, au plaisir nous engage.
Ne résistons jamais : prions ! chantons ! dansons !
Mais aux jours malheureux, lugubre et moins sonore,
La cloche alors en deuil se fait entendre encore,
Pour annoncer la mort de ceux qui nous sont chers.
Quand nous allons pleurant conduire au cimetière
Un parent, un ami que renferme la bière,
Ses accents sont mêlés à nos sanglots amers.
26 août 1872.
— 27 -
XXI
A MA CANNE.
Si je ne faisais point un sonnet à ma canne,
Je serais un ingrat, digne de la prison,
Elle qui m'assistait lorsque, dans la chicane,
D'un débiteur j'allais pour saisir la maison;
Elle qui m'accompagne aujourd'hui quand je flâne
Soit sur le macadam, soit sur le vert gazon;
Qui brise en le frappant le mets chéri de l'âne,
Sans se douter qu'il peut s'en plaindre avec raison.
Canne de luxe au temps de ma belle jeunesse,
Elle sera bientôt mon bâton de vieillesse,
Pour m'aider à franchir des sentiers trop glissants.
Et lorsqu'en approchant du terme de la vie
Je verrai ma vigueur de faiblesse suivie,
Ma canne soutiendra tout le poids de mes ans.
Route d'Orléans à Marigny, le 26 août 1872.
- 28 -
XXII
LES LUNETTES.
Dédié à ma nièce Gustave INGÉ-LEMIRE, qui m'a donné ce sujet.
Muse, loin de chanter l'Olympe et ses faux dieux,
Ces fabuleux sujets, véritables sornettes,
Célèbre dignement ces verres précieux
Dans le monde connus sous le nom de lunettes.
Chante cet instrument qui nous fait dans les cieux,
Par son puissant secours, découvrir des planètes.
Mais non ! dis-nous plutôt que, choisi pour nos yeux,
Il nous rend à l'instant les visières plus nettes.
Quel immense bienfait! Je ne pouvais plus lire;
Mes yeux n'y voyaient plus quand il fallait écrire;
J'allais être à trente ans frappé de cécité.
Malheureux, désolé, j'allais perdre la vue,
Quand un merveilleux verre à mes yeux l'a rendue.
Béni soit l'inventeur qui nous en a doté!
28 août 1872.
— 29 -
ENVOI DÉDICATOIRE DU SONNET QUI PRÉCÈDE.
A ma nièce Gustave INGÉ-LEMIRE.
Ce matin, bien avant d'entendre les sonnettes
Résonner au quartier pour annoncer le lait,
Je m'occupais déjà du sonnet aux lunettes.
Heureux, pensant à vous, sans peine je l'ai fait.
Vous l'avez demandé; je vous en fais l'hommage,
Me réservant tantôt d'en exiger le prix.
Mais chut! je ne veux pas en dire davantage,
Car mon neveu pourrait en être un peu surpris,
Surtout s'il est jaloux.... Mais encor je bavarde ;
C'est bien à tort vraiment, car, ma nièce, il me tarde,
Après l'avoir écrit, tout à fait mis au net,
De vous expédier voire petit sonnet.
R. A.
— 30 -
XXIII
L'ÉTÉ.
Dédié à l'Automne.
Mais adieu du printemps la saison tant aimée!
Déjà le rossignol a fini ses chansons ;
Les lilas sont passés; plus de fleurs aux buissons.
Du doux zéphir adieu l'haleine parfumée.
Voici l'été brûlant. La plaine est animée
Par des cris incessants qui partent des sillons;
Le plus aigu de tous est celui des grillons,
Qui semblent commander à ce peuple pygmée.
Mais les blés jaunissants sont à maturité;
Dans les champs on entend la paille qui pétille ;
Le moissonneur arrive, armé de sa faucille.
Il l'abat à ses pieds avec dextérité;
Courageux au travail, il dépouille la plaine,
Et de ses épis d'or sa grange est bientôt pleine.
Août 1872.
— 31 -
XXIV
CHATILON-SUR-OISE (Aisne).
Dédié à M. et Mme LALBALETTRIER-MOUNOURY, dudit lieu.
Muse, après avoir fait ce matin la bourgeoise
Sous le paisible toit de Lalbaleltrier,
Fais ton petit sonnet à Châtillon-sur-Oise ;
Sois propice à mes voeux; ne te fais pas prier.
Ce serait mal à toi de faire la sournoise;
Nos parents, nos amis pourraient se récrier,
Et non point sans raison, même nous chercher noise,
De n'avoir rien pour eux tiré de l'encrier.
De Châtillon chantons la riante contrée,
L'Oise jusqu'à ce jour de nous deux ignorée,
Ses coteaux, ses vallons, ses sites enchantés.
Moi, je les veux graver au fond de ma mémoire,
Pour les revoir toujours, même aux bords de la Loire,
Ainsi que les amis par nous si mal chantés.
Châtillon-sur-Oise, 30 août 1872.
- 32 -
XXV
ALAINCOURT ET SENERCY (Aisne).
Dédié à MM. et MMmes LEFÈVRE père et fils, dudit lieu.
Muse, à chanter encor le devoir nous engage;
Tous deux gardons-nous bien de nous arrêter court,
Lorsque de Châtillon un fringant équipage
Nous emporte au grand trot, franchit Berthenicourt.
Mais déjà nous touchons au terme du voyage ;
Nous voici parvenus au pays d'Alaincourt,
Chez l'ami Lucien, dans son charmant cottage,
Où pour nous recevoir à la porte il accourt.
Là, nous trouvons encor des Picards fort aimables ;
Ils ne négligent rien pour nous être agréables
Et nous faire oublier notre lointain pays.
Alaincourt! Senercy! ravissantes demeures,
Ma muse, en vous chantant, ne compte plus les heures,
Pour laisser un sonnet à nos nouveaux amis.
Alaincourt, Senercy, 1er septembre 1872.
- 33 —
ENVOI DU SONNET D'AUTRE PART.
A M. et Mme LEFÈVRE père et mère, à Senercy.
D'un jour plus vieux que la veille
Ce matin je me réveille
En pensant à Senercy,
A mon sonnet téméraire,
Que Boileau, mis en colère,
Eût condamné sans merci.
Mais en vous j'ai l'espérance
De trouver plus d'indulgence,
Un accueil plus bienveillant;
Aussi, frappant à la porte,
Lorsque ma main vous l'apporte,
Je suis un peu moins tremblant.
Daignez agréer l'hommage
De cette dernière page
Qui vient de paraître au jour.
Hélas ! lorsque je la signe,
Je la reconnais indigne
De votre charmant séjour.
R. A.
Château de Senercy, le 1er septembre 1872.
- 34 —
XXVI
LA PIPE.
Dédié aux fumeurs, et en particulier à M. SAUTTON-PARISIS , ancien
Président du Tribunal de commerce d'Orléans.
Pour ne plus travailler, en vain ma plume excipe
De ses labeurs passés, de ses vers trop nombreux.
« Mais tu n'as pas, lui dis-je, encore chanté la pipe?
« Cet oubli n'est-il point un crime à bien des yeux? »
Le jeune homme, en fumant, au monde s'émancipe.
La pipe le grandit, le rend tout orgueilleux.
Du bonheur le tabac est pour lui le principe;
Il lui donne ici-bas un avant-goût des cieux.
Lorsqu'il nage au milieu des flocons de fumée,
Il s'enivre, oubliant presque la femme aimée.
Sa pipe la remplace et captive son coeur.
Elle devient pour lui sa plus chère maîtresse;
Sa bouche avec amour l'aspire et la caresse.
Il s'abandonne entier à son charme vainqueur.
Alaincourt, 3 septembre 1872.
- 35 —
XXVII
MON PARAPLUIE.
Dédié à mon neveu Gustave INGÉ, chez lequel je l'ai fait.
Reprenons nos travaux, muse, je t'en supplie ;
Cultivons le sonnet, pour fuir l'oisiveté.
En vers alexandrins chantons mon parapluie.
Tout autant que ma canne, il l'a bien mérité.
De son manche arrondi que la pomme est jolie!
On la tient à la main avec solidité.
Sous son tissu de soie on peut braver la pluie,
Et même y mettre encore à l'abri la beauté.
En la serrant de près, on résiste à l'averse ;
On rit même aux éclats, ou tout bas on converse,
En remerciant Dieu de l'heureux contre-temps.
Grâce à mon Robinson, au temps de mon jeune âge,
On trouvait du bonheur même au sein d'un orage,
En s'abritant à deux pendant quelques instants.
Paris, 6 septembre 1872.
- 36 -
XXVIII
MON VIEIL HABIT.
Dédié à mes enfants et à ma belle-soeur LÉOMAN, pour le jour de sa fête.
De mon vieil habit noir la coupe est élégante ;
La mode la prônait au temps de mes amours.
Il me donnait alors une allure fringante,
Aussi bien que l'eût fait un habit de velours.
Il ne m'a point rendu la parole arrogante,
Orgueilleux, ni pédant, faiseur de beaux discours;
Il ne me poussa point vers la femme intrigante
Qui ne parlait aux yeux que par de vains atours.
Mais par lui j'ai trouvé la compagne fidèle
Qui me rendit heureux en vivant avec elle :
La mère des enfants donnés pour mon bonheur.
Par leur affection chacun d'eux la remplace,
Depuis que dans le ciel cet ange a pris sa place,
Pour appeler sur nous les bontés du Seigneur.
Orléans, 8 septembre 1872.
— 37 —
ENVOI DU SONNET QUI PRÉCÈDE
A ma belle-soeur LÉOMAN.
Je n'avais point de bouquet pour ta fête.
Tout désolé, seul dans mon cabinet,
Pendant longtemps je me creusai la tête,
Sans rien trouver que mon dernier sonnet.
A ton désir d'en avoir la copie,
La plume en main, promptement je la fais
Pour te l'offrir, ma bonne Rosalie,
En y joignant de nouveau mes souhaits
Pour ton bonheur, celui de ta famille.
De notre bouche ils montent jusqu'aux cieux.
Que Dieu toujours bénisse cet asile.
Soyez-y tous ensemble bien heureux !
Orléans, 8 septembre 1872.
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XXIX
SONNET-SOMMATION.
A M. Evariste Carrance, Président des Concours poétiques de Bordeaux,
pour lui réclamer son volume « LE MARIAGE CHEZ NOS PÈRES, » auquel
j'ai souscrit le 21 avril 1872.
MON CHER ET HONORÉ PRÉSIDENT,
De mon ancien métier une réminiscence
Se réveille et grandit, vient s'emparer de moi.
Je n'y peux résister; je cède à sa puissance
En vous signifiant, Monsieur, de par la loi,
Que je suis tout à fait a bout de patience
D'attendre vainement... Eh! vous savez bien quoi?
Loin de me l'adresser, vous gardez le silence.
Aujourd'hui, sans relard, je veux savoir pourquoi.
Je vous déclare donc, en termes énergiques,
Qu'après avoir souscrit aux pages magnifiques
D'un volume de vous, je les veux recevoir.
Si ma sommation demeure sans réponse
Pendant plus de trois jours, Monsieur, je vous annonce
Qu'en justice aussitôt je saurai me pourvoir.
Je n'en resterai pas moins votre tout dévoué serviteur
et indigne collègue.
R. AGNÈS.
Orléans, 9 septembre 1872.
- 39 -
XXX
AU CHAPEAU ADHÉRENT.
Dédié à M. PATAY, chapelier à Orléans.
Je veux faire un sonnet à l'adhérent chapeau.
L'homme crâne, en marchant, le penche sur l'oreille.
Nul autre, à le porter, n'a de façon pareille :
C'est à faire trembler un poltron dans sa peau.
Des chapeaux, l'adhérent est de tous le plus beau;
Bien posé sur le chef, il vous coiffe à merveille.
Jugez-en par le mien, acheté de la veille,
Et dites s'il n'est pas du goût le plus nouveau.
Du chapelier Patay c'est l'honneur et la gloire ;
Il fait plus d'un jaloux aux rives de la Loire
Que je pourrais livrer à la publicité.
Mais, heureux sous le feutre adhérent à ma tête,
Dont j'ai fait, en payant, la facile conquête,
Je veux taire leurs noms, de par la charité.
Orléans, 10 septembre 1872.
— 40 —
XXXI
LA PLUME.
Dédié à mon neveu RICHER-LÈOMAN. qui m'a donné ce sujet.
Mon neveu me propose un sonnet à la plume.
C'est un sujet, d'ailleurs, bien connu d'un huissier.
Pour le traiter soudain mon courage s'allume ;
Biais je n'ai dans la main qu'une plume d'acier.
Quand l'austère Boileau polissait sur l'enclume,
Que Racine chantait ou qu'écrivait Dacier,
La plume se taillait cent fois pour un volume;
Toujours, avant d'écrire, il fallait l'essayer.
Alors ils arrachaient au plus sot volatile
Cet instrument léger, de tous le plus utile,
Pour offrir à nos yeux l'oeuvre de leur esprit.
Aussi leurs doigts tenaient la plume véritable.
Jamais plume d'acier n'y sera comparable.
La mienne, au moins, le prouve au sonnet qu'elle écrit.
Orléans, 11 septembre 1872.
- 41 —
XXXII
LA TABLE.
Sans être un fin gourmet, je veux chanter la table,
Ce point rond ou carré qui nous voit réunir
Pour passer en famille un moment agréable
Que chaque jour deux fois au moins fait revenir.
Que la nôtre, au foyer, soit simple ou confortable,
Nous la voyons dresser et de mets se couvrir,
Toujours d'un oeil content; ce n'est pas contestable,
Car, au fond, chacun sait qu'il faut bien se nourrir.
Tout en dînant, on rit, on plaisante, on babille,
Oubliant les travaux des champs et de la ville.
Notre corps se retrempe et reprend sa vigueur.
Le repas achevé, nos forces réparées
A de nouveaux labeurs se trouvent préparées.
Nous y marchons remplis d'une nouvelle ardeur.
Orléans, 12 septembre 1872.
— 42 —
XXXIII
LA BALANCE.
Muse, enfourchons Pégase, et que son vol s'élance
Jusqu'aux pieds d'Apollon, pour y trouver des vers
Dignes de mon sujet, de chanter la balance,
Sans en admettre un seul qui marche de travers.
Thémis en est l'emblême en toute circonstance :
Elle entend des plaideurs les arguments divers,
Pour prononcer entre eux une juste sentence
En faveur du bon droit contre l'homme pervers.
Dans nos mille contrats, que Thémis, en son temple,
Soit notre règle à tous et nous serve d'exemple,
En y faisant toujours régner la bonne foi !
D'être probe ou voleur, l'homme n'est-il pas libre?
De toujours marcher droit, sans perdre l'équilibre,
Proclamons donc enfin l'inviolable loi.
Orléans, 15 septembre 1872, étant sous le signe de mon sujet.
— 43 —
XXXIV
L'INSTITUTEUR.
Dédié à tous les instituteurs français, et particulièrement à mon neveu
Charles MËRY-AGNËS, instituteur à Cloyes, qui m'a servi de modèle.
J'aime l'instituteur au milieu de sa classe,
Surveillant ses enfants avec attention,
Vif, ardent au travail, oubliant qu'il se lasse
Pour remplir dignement sa grande mission.
Esclave des devoirs imposés par sa place,
Il ne prend qu'un moment de récréation.
Les enfants sont rentrés; en chaire il se replace,
Pour reprendre les cours de leur instruction.
Tout en les instruisant, il remplace leur père;
Sa justice pour tous est doucement sévère :
De Dieu, de la famille il leur prêche l'amour.
Puisse son dévoûment, dans les temps où nous sommes,
Préparer nos enfants à devenir des hommes
Pour servir la patrie et l'honorer un jour !
Orléans, 15 septembre 1872.
_ 44 —
XXXV
LA CARAFE.
Dédié aux buveurs d'eau.
Pour vous faire un sonnet sur la fade carafe,
Je m'évertue en vain : je n'y peux parvenir.
En la cherchant longtemps, la rime que j'agrafe
A mon ingrat sujet se refuse à venir.
Mon sonnet va manquer, et même l'épigraphe
Ne se commençant point, il ne peut se finir.
Je vous l'aurais pourtant orné d'un beau paraphe,
Si de ma muse, enfin, j'avais pu l'obtenir.
Mais Pégase est rétif! Apollon, trop sévère,
Ne veut rien accorder à ma carafe en verre,
Qui ne lui peut offrir qu'un liquide sans goût.
Oh! je pressentais bien que je perdrais ma peine;
Je n'ai rien fait du tout ,et je suis hors d'haleine.
Brisons donc mon sujet, pour en venir à bout.
Orléans, 16 septembre 1872.
- 45 —
XXXVI
LE JEU.
Dédié à mon neveu RICHER-LÉOMAN, qui m'a donné ce sujet.
Nul ne s'en doute, hélas ! je suis un oncle à plaindre.
« Eh! pourquoi, direz-vous? » Parce que mon neveu
Me harcèle sans cesse et me voudrait contraindre
A faire à mes dépens un sonnet sur le jeu.
" Mais n'a-t-il pas raison? Et ne dois-tu pas craindre
" Qu'en restant trop longtemps sans les souffler un peu,
« Dans le sacré foyer un jour puissent s'éteindra
« Du divin Apollon la flamme avec le feu? »
Comment! vous l'approuvez! et malgré ma fatigue,
Il me faut donc chanter le piquet, le bézigue,
Le whist et le boston, la bête et l'écarté!
La mouche, le brelan, la chouine et la brisque,
A tous ces jeux maudits, imprudent qui se risque,
Lorsque l'enjeu surtout à l'enchère est porté.
Orléans, 21 septembre 1872.
— 46 -
XXXVII
LES BERGERS DE FLORIAN.
Au temps de Florian, les bergers, les bergères
Gardaient leurs beaux troupeaux sous les yeux de l'amour.
Nonchalamment couchés sur les vertes fougères,
Trop promptement pour eux s'écoulait chaque jour.
De ces heureux amants, les peines passagères
Devant un doux regard s'éloignaient sans retour;
Coquets, ils portaient tous des houlettes légères,
Où les rubans flottaient et s'enroulaient autour.
Tous leurs moutons paissaient dans de gras pâturages;
Le loup n'y venait point exercer ses ravages:
C'était un âge d'or, c'était un paradis!
Que sont-ils devenus, tous ces bergers modèles,
Si charmants et si beaux, si tendres, si fidèles?
Voyez ceux de nos jours avec ceux de jadis.
Orléans, 21 septembre 1872.