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Les énergumènes, pamphlet nouveau . Par un mousquetaire

31 pages
impr. Davi et Locard (Paris). 1815. France (1814-1815). 32 p. ; in-8.
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LES ÉNERGUMÈNES.
IMPRIMERIE DE CHAIGNIEAU JEUNE.
PAMPHLET NOUVEAU.
PAR UN MOUSQUETAIRE.
Prix : 1 franc.
A PARIS,
Chez
DELAUNAY, Libraire, Palais-Royal, galeries de
bois, n° 243 ;
DAVI et LOCARD, Imprimeurs en taille-douce de la
Société Royale des Scienoes de Paris, et Libraires de
MM. les Gardes-du-Corps du Roi, rue de Seine,
n° 54, faubourg Saint-Germain.
I8I5.
AIME le Roi de tout mon coeur, et je le servirai
de toutes mes facultés, avec l'enthousiasme et la
franchise de mon âge, de mon état et de mon ca-
ractère. Je le déclare ici naïvement, et sans préten-
tion comme sans figure.
Non seulement je porte ses couleurs et Je suis prêt
à donner ma vie pour la France et pour lui ; mai*
si le ciel eût départi à mon esprit l'heureux don de
la persuasion, on me verrait, allant combattre tous
ceux dont les opinions, la méchanceté ou le zélé-
indiserét me sembleraient contraires aux intérêts du
Roi, c'est-à-dire au repos et au bonheur de la
France, dont ils sont devenus inséparables.
II n'a fallu que de la bonne foi pour voir, dans
le retour inespéré des Bourbons, l'une des combi-
naisons de choses les plus heureuses, l'un des cal-
culs les plus sages et les plus profonds des chances
propres à ramener la tranquillité dans notre belle
et malheureuse France, et l'imagination à du se
livrer au rêve d'une félicité durable qui allait suc-
céder à nos malheurs.
(6)
Cependant, l'avouerai - je ? tout ce qui m'est
donné de force, j'ai tâché, mais en vain, de l'em-
ployer à maîtriser ce vol d'une ame ardente qui se
sentait aveuglément entraînée vers celui qui venait
nous consoler. J'aurais voulu connaître avant d'ai-
mer ; car l'amour des Rois doit être fondé sur l'es-
time de leur caractère, sur l'appréciation de leurs
lumières, sur l'admiration de leurs vertus , bien
plutôt que sur les sentimens vagues et indéterminés
du coeur, que souvent ensuite la raison désavoue.
En effet, très-peu de personnes en France savaient
à quoi s'en tenir sur le compte de celui de qui nous
attendions tout.
Un esprit droit et juste autant qu'orné étaient
à-peu-près les seules notions qui nous fussent par-
venues sur le compte de ce Prince. Sans doute è'é-
tait en sa faveur de fortes présomptions; mais que
souvent l'homme est différent de lui-même! et l'in-
calculable chaos d'affaires qui allaient succéder à
la tranquillité dans laquelle il avait vécu jusqu'à ce
jour, et le changement immense que doit opérer
dans l'esprit le plus solide le retour subit de la féli-
cité après une longue infortune, et l'embarras d'une
puissance nouvelle, dont l'emploi sage est encore
l'écueil des dominateurs les plus expérimentés, et
les flatteurs, et les partis, et le renversement des
lois, des principes, des idées, etc , etc., que de
(7)
raisons de craindre, hélas ! que celui qui pour nous
était presque un dieu ne nous fît bientôt ressouve-
nir qu'il n'était qu'un homme !
Telles furent mes craintes ; mais qu'elles furent
promptement dissipées!;. Il est enfin venu,
ce Roi si long-temps désiré! mes yeux l'ont vu,
et ils ont versé des larmes de joie et de bon-
heur. Il a déployé une grande justesse, une grande
force, une grande profondeur d'esprit, et mon
coeur a été soulagé d'une grande inquiétude. Il a
montré de la clémence, de la générosité, une inef-
fable douceur, et je n'en ai point été surpris, car il
s'appelle BOURBON, et j'avais lu l'histoire. J'ai vu
qu'il ne cédait ni aux sentimens trop justifiés de la
vengeance, ni au besoin plus impérieux encore
d'une reconnaissance intempestive, et j'ai dit : Il est
sage, il fait taire les passions ; c'est plus qu'un
homme, c'est un Roi. Et la France a vu avec or-
gueil qu'elle n'était point déçue dans ses espérances,
qu'elle n'était point trompée dans ses affections, et
que, si elle avait aimé avant de connaître, elle ai-
merait bien plus encore après avoir connu.
Mais quelle joie est pure, quel bonheur est par-
fait ? Pourquoi faut-il que le concert de louanges et
de bénédictions soit troublé ? Un mauvais génie s'est
emparé de certains esprits ; il les rend inconsé-
quens, opposés à eux-mêmes.
« Loin de nous, disent quelques-uns, toute pen-
« sée qui pourrait fournir prétexte à de nouveaux
« troubles!
« L'extinction de tous les partis est la seule chosa
« qui convienne à tout le monde (1) ».
Et ce sont eux qui réveillent ces mêmes partis,'
qui suscitent de nouvelles querelles, qui établissent
des distinctions là où, selon leurs anciennes expres-
sions, il ne devrait régner qu'unité, que fraternité,
qu'indivisibilité.
Ils font plus. Sûrs de l'impunité, ils osent adres-
ser personnellement à leur maître des reproches
injustes, des injures grossières, que le sang seul eût
pu laver entre hommes de même classe. Mais ce
maître a répondu :
« Ces choses me sont désagréables, elles sont
« offensantes pour moi ; j'aimerai? mieux qu'elles
« ne fussent pas écrites. Pourtant il ne vous sera
« fait aucun mal, car je hais la violence et l'op-
« pression ».
Et malgré tant de clémence elles ont été pu-
(1) Pages 43 et 44.
(9)
bliées !... Qui comprendrait ceci, si l'on ne voyait
chaque jour que le père des hommes a dû se dire en
les créant : Ils sont mes fils, et je les aimerai, quelle
que soit leurfolie, leur méchanceté, leur ingratitude
même.
J'en appelle à la droiture qui siège au fond du
Coeur de presque tous les hommes. Quelle inimitié
ne devait cesser? quelle colère ne devait être désar-j-
niée par tant de clémence ? Mais non ; l'opiniâtreté
dans les idées, peut-être l'amour-propre, la plus
futile des faiblesses humaines, ont triomphé de la
droiture de leur coeur, et ils ont volontairement
échangé le noble titre de sujets coupables, repen-
tans et absous, contre la dénomination odieuse
d'écrivains séditieux et malintentionnés.
Cédant au prestige de certains noms, je m'atten-
dais , mais en vain, à trouver dans quelques écrits
de la mesure, de l'impartialité, quelques traces de
cette libéralité d'idées dons on a tant abusé.
En les examinant et rapprochant certaines phrases,
on en est effrayé, et l'on ne saurait dire si elles sont
du philosophe ou de l'énergumène, du révolution-
naire ou de l'homme de bien.
Vous à qui le ciel a départi le plus rare et le plus
sublime de ses dons, le génie, quel usage en faites-
(10)
vous? Voud riez-vous donc l'employer à faire égorger
vos semblables ?
Ah ! plutôt soyons tous frères, soyons bons et
loyaux Français ; aimons le Roi, parce qu'il le mé-
rite, et parce qu'il est nécessaire au repos comme
au bonheur de notre France. Et s'il avait encore de»
ennemis, combattons ces insensés avec des armes
dignes d'une cause aussi belle, aussi imposante.
Mais à ces clameurs succèdent bientôt d'autres
clameurs; et tandis que, prêchant l'ordre social,
ceux-ci ne sont que des séditieux, ceux-là, égale-
ment opposés à eux-mêmes, se drapent de toutes
les vertus évangéliques, et pourtant s'opposeraient
s'ils l'osaient à là clémence du Roi et à l'oubli des
injures.
- Quelle voix sombre et cadavéreuse se fait entendre
et semble appuyer sur les mots de meurtre, de ven-
geance; de parricide ? Semblable aux oracles menson-
gers de l'antiquité, elle s'enveloppe, et suit de longs
détours pour mieux se déguiser avant d'arriver jus-
qu'à nous. Quelle est donc cette longue robe sacer-
dotale dont ces êtres se revêtent ? Que sert cette
tournure prophétique, et dans quel but cette phy-
sionomie presque antique et patriarchale ?
« Le Roi a donné sa parole de tout oublier. . :
« Mais le monde, comme le Roi, n'a pas donné sa
« parole.
« Le public est enfin obligé d'entrer dans des ques-
« tions qu'il eût mieux valu ne pas agiter (1) » ?
Quel est donc; ce publie orgueilleux, qui ose
élever la voix quand son maître, quand son Roi
juge à propos de garder le silence ? Quel sujet au-
dacieux aiguise le glaive et crie à la vengeance; de
son propre mouvement ose appeler des jugemens de
son Roi, et vient encore reprocher ses crimes au
coupable à qui tout est déjà pardonné ?
« Le Roi a donné sa parole de tout oublier; mais
« le monde n'a pas donné sa parole ».
Où donc est le respect dû à la volonté, à la clé-
mence royale, à la magnanimité d'un Prince qui
accable de son pardon les meurtriers de son frère?
Le pardon, la clémence, l'oubli, la douceur, et
sur-tout le silence, voilà les argumens auxquels
n'ont pu rien répliquer des esprits pleins de droiture
et de force, qu'un amour immodéré du bien a
(1) Pages 4, 5 et 6.
( 12)
peut-être rendus criminels sans le vouloir, et sur-
tout en qui le besoin d'une justification se faisait
sentir avec d'autant plus de violence, qu'une belle
ame est souvent blessée d'une faveur dont elle sent
n'être pas digne. Et c'est pour reprocher ses crimes
au coupable peut-être déjà repentant, c'est pour
insulter à sa douleur, c'est pour aggraver sa posi-
tion déjà pénible qu'un prétendu public se croit
enfin obligé d'entrer dans des questions qu'il eût
mieux valu ne pas agiter.
En supposant, comme votre orgueil se l'imagine ,
que vous parvinssiez à atténuer le mal dans quelques
uns des lieux où il a pu se développer, qui arrêtera
celui que vous allez faire vous-même, en le répen-
dant par-tout où il ne l'était pas? Votre remède est
cent fois pire que le mal, puisque vos vains et inu-
tiles efforts ne vont servir qu'à rendre publics des
écrits imprudens, dont il n'était bientôt plus ques-
tion. Soyons vrais ; si l'amour du bien vous fait seul
agir, votre zèle est inconsidéré, il est imprudent, il
est coupable. Que si l'amour toujours renaissant de
la gloire, si le sentiment de vos grands talens ; si ,
dis-je, des considérations peut-être moins pures,
moins désintéressées encore... Mais j'en appelle à
votre conscience pour prononcer vous-même votre;
propre jugement.
Il ne se peut pas, qu'en méditant six semaines
( 13 )
sur un même objet, avec de grands talens ,
et sur-tout, avec un peu d'aide, on ne mette au
jour un Ouvrage intéressant , rempli d'érudition ,
de science même, d'une lecture agréable, ins-
tructive, et particulièrement d'un produit con-
sidérable. Mais, est-ce un Ouvrage utile au Roi
ou productif à vous-même que vous avez voulu
faire ? Si dans le second cas vous avez réussi ,
je doute que dans le premier vous ayez été aussi
heureux ; car vous ne faites que réveiller des
querelles assoupies, au lieu de calmer les esprits;
S'il vous a fallu six semaines pour répondre à
des pamphlets par d'autres pamphlets, c'est que
vous avez, préféré le mérite des. citations, celui
des recherches et de la patience , à celui de
l'à-propps. Mais six semaines ne .suffisent point ,
la vie même est trop courte pour apprendre à se
déguiser entièrement et à cacher, sous les dehors
de la piété, l'intolérance et peut-être le manque
de franchise. Vous n'êtes frappé ni dé l'inconve-
nance ni du scandale d'une telle lutte , où tant
d'imprudence se fait remarquer de part et
d'autre, et vous donnez le révoltant spectacle de
la manie de briller , qui l'emporte sur l'amour
du bien et sur la bonne foi.
Que servent, dirai-je encore, les dons brillans
de l'esprit , de l'imagination, s'ils ne sont unis
aux qualités plus modestes , mais plus essentielles