Les Farces nocturnes des contrebandiers et des fraudeurs. Recueil contenant un grand nombre d

Les Farces nocturnes des contrebandiers et des fraudeurs. Recueil contenant un grand nombre d'anecdotes... de tours, ruses, finesses et stratagèmes..., imaginés pour frustrer les Droits..., par un ancien douanier

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Corbet (Paris). 1821. In-12, XIV-220 p..
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Ajouté le 01 janvier 1821
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Langue Français
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LES FARCES
NOCTURNES
DES CONTREBANDIERS
ET DES FRAUDEURS.
IMPRIMERIE DE P. GUEFFIER,
RueGuénégaud, no. Si.
LES FARCES
NOCTURNES
DES CONTREBANDIERS
ET DES FRAUDEURS.
RECUEIL contenant un grand nombre (TANEC-
DOTES très-amusantes et très-récréatives,
de'T()URS, RCSES , FINESSES et STRATAGÈMES
ext-rêmement: ingéllieux, comiques ou au-
dacieux j imagines et employés pour frustrer
Iii4 Droits. ,- I
Ir. :"', ":' !
Voyez èeÍte- ex-vicrge , au minois hypocrite,
^Ge politTciue adtoit , ce tartuO., ail hOIJllrisle.
Cet auteur plagiaire , et ces vint frelate'* ,
Et tous ces teints de rose à grands frais dessinés;
Ces vers délicieux, où 1', silrit d'aulrui brille :
Cet orateur fécond. d'un beau di,cour- qu'il pille.
Ces faiseurs de romans , vieillards raieiiiiis.
Oui, lecteur, trop souvent, tout e, t Jraude à Paris,
Par un ancien Douanier.
PARIS,
CORBET, Libraire, quai des Augustins, n. 63.
1821.
a*
QUELQUES IDÉES
MORALES ET PRÉPARATOIRES
« Si pour la finesse et l'invention
» on pouvait comparer quelque chose
» aux ruses admirables de l'Amour, ce
userait, sans contredit, celles de la
» contrebande. On ne sait même si
» cette vile passion de l'intérêt, qui ,
y dans une imagination coupable.porte
» à s'affranchir des droits sacrés du
» Gouvernement , ne donne pas plus
» de ressort et de génie à un esprit sans
» principes, que les sentimens les plus
» nobles et les plus vifs du cœur. »
MO.NTESQUIEU, Espr. des Lois.
CE ne serait pas du tout envi-
sager ce RECUEU. sous son vrai
jour et dans son véritable but,
vj
que de ne le çonsidérer que comme
un nouveau hochet de petite litté-
rature, à ajouter an vaste réper-
toire de toutes les folies humaines,
et seulement fait pour récréer dans
ces momens d'oisiveté où l'esprit
est peu disposé à s'absorber sur des
lectures abstraites. Ce.t opuscule,
quoiqu'il soit composé, il est vrai,
dans l'unique intention d'égayer le
lecteur, n'en présente pas moins,
dans son analyse, une matière as-
sez profonde à méditations. D'a-
bord, le Contrebandier, malgré
ses succès les plus brillans } doit y
puiser la conviction que plus ses
RUSES 3 TOURS OU STRATAGEMES,
sont heureux en apparence, plus il
contracte de douloureux engage-
vii
mens avec sa conSCIence, avec son
honneur ; plus, dis-je , sous ce
voile trompeur et passager d'im-
punité, il s'achemine de lui-même
vers le terme de sa chute ; car, en
principes de saine doctrine , il ne
faut pas que de coupables sophis-
mes égarent son jugement : oui ,
nous le lui répétons avec tous les
honnêtes gens , tromper , léser la
Patrie dans la perception des im-
pôts de toute nature qui lui sont
nécessaires , que dis-je? qui lui
sont indispensables pour soutenir
dignement la splendeur du trône
et de lEtat, ainsi que tous ces
établissemens pbilantropiques qui
sont le refuge du malheur et de
l'indigence aux abois, n'est-ce pas
Viij
Se rendre coupable des délits les
- plus graves !. car, tandis que
vous y contrebandier favorisé par
l'audace de vos entreprises noc-
turnes , ou la finesse de vos inven-
tions, vous avez fait, aux dépens
de tous vos concitoyens , une for-
tune rapide , les droits que vous
avez frustrés doivent rejaillir né-
cessairement sur les masses, et sou-
vent de nouvelles contributions
ont été créées dans un budjet, pour
obvier à l'insuffisance des anciens
impôts éludés. Vous êtes donc
des vampires , des frelons funestes
qui dérobez le miel des abeilles ?
et qui, par des voies illégitimes,
subtilisez au trésor de la Patrie des
sommes qui lui appartiennent à
ix
des titres sacrés ! Pénétrez-vous
donc bien de cette vérité -' forbans
de nos frontières et de nos forêts,
que du moment que vous vous en-
veloppez des ténèbres de Ja nuit
ou du masque d'une ruse perfide,
vous avez déjà mis le pied sur la
terre du crime. De ce premier dé-
lit vous vous familiarisez insensi-
blement avec de plus graves, et
vous rendez voire retour à l'hon-
neur impossible. Que sera-ce,
quand, attaqués de toutes parts
par les surveillans légitimes, par
les sentinelles placées par le gou-
vernement. pour veiller à ses in-
térêts, vous vous verrez forcés de
soutenir les vôtres, le poignard
ou la carabine à la main P.
x
Hélas! plus d'un imprudent imita-
teur d'une ruse, légère au fond ,
enhardi par de premières réus-
sites, accueillant les raisonnemens
iniques, les paradoxes de la plu-
part des contrebandiers, s'est vu
forcé, pour sa propre sûreté, de
faire feu sur les troupes du Roi ,
sur les commis spécialement char-
gés des intérêts de l'Etat, et s'est
précipité ainsi dans un affreux
abîme I D'ailleurs , je le répéte-
rai à satiété, sui vez quelque temps
ces fraudeurs heureux, à la fin vous
les voyez tomber eux-mêmes dans
la trame qu'ils ont le mieux our-
die ; le fruit de dix ans de pros-
périté sJengloulit dans un jour de
malheur. Ensuite, l'inquiétude , la
Ili
crainte, accompagnent sans cesse
les pas du contrebandier : sa joie
est celle du coupable , elle est
bien pnssagère; de même que le
malfaiteur, il habite le sein des fo-
rêts , y ourdit ses complots; il
parcourt les montagnes les plus
élevées , évite avec un soin cou-
pable les grandes routes ; il mar-
che sans cesse armé , et malheur à
l'obstacle qui s'oppose à sa crimi-
nelle cupidité , car rarement un
contrebandier poursuivi ménagea
le sang pour sauver sa proie à tra-
vers le triple cordon des lignes. Il
est donc bien prouvé que les ac-
teurs du théâtre que nous allons
ouvrir sous les yeux de nos lec-
teurs sont très-blâmables ; mais
xij
ce serait aussi trop déroger à notre
intention d'amuser , après ce peu
d'idées morales et préparatoires ,
que d'aller plus loin dans de graves
réflexions. Nous avons voulu seu-
lement prouver ici que nous étions
rien moins qu'étrangers à la con-
naissance des devoirs d'un bon ci-
toyen envers son pays , et que si
nous livrons au public les F AltCES
NOCTURNES DES CONTREBANDIERS ,
nous sommes fort éloignés de nous.
réjouir des succès trop nombreux
que la Contrebande obtient tous
les jours en Europe, où elle se fait,
de temps immémorial , avec une
activité et une haliletf effrayantes.
Dans cet état de cLoses, nous
nous sommes dit : « Frappons d'a-
xiij
b*
Jt nalbême les coupables j joi-
» gnons nos efforts pour leur des-
» truclion, mais si de leurs délits
» mêmes nous pouvons tirer des
» couleurs j des traits plaisans qui
» excitent le rire, ne nous refu-
» sons pas cette innocente res-
» source, tel qu'on extrait un suc
» salutaire de plantes dangereu-
» ses, et essayons d'offrir , dans
» cet opuscuJe, le vis comica dont
» notre sujet nous a paru abon-
» der, » puisque nous désirons
surtout éviter de mériter ce re-
proche de la part de l'acheteur,
« que cette bagatelle rte serait elle-
» même qu'un piège de contre-
» bande. »
Efforçons-nous donc de payer
xiv
exactement tous les droits que
nous devons aux douanes du bon
goût et de l'amusement , par un
choix ingénieux de contes diver-
tissans.
t
LES
FARCES NOCTURNES
DES CONTREBANDIERS
ET
DES FRAUDEURS.
LE NÈGRE DE ÏER-BLÀNC.
UN négociant de Paris, après avoir têvé
long-temps au moyen de frustrer impu-
nément les droits, imagina ce moyen :
D'abord il fait construire par un ha,
bile mécanicien un nègre automate y „
qui remuait la tête de la manière la
plus naturelle : ce nègre postiche était
de fer-blanc et entièrement creux ; le
2
prétendu domestique , parfaitement
habillé en jockei, et planté derrière
un cabriolet de maître, était rempli
d'eau-de-vie, de liqueurs rares, devins
étrangers, et chaque voyage d'entrée à
la barrière de l'Etoile donnait consé-
quemment un bénéfice considérable.
Les préposés aux entrées, tout-à-fait
dupes de la ruse, ne faisaient aucune
attention au petit nègre, qui cependant
- renfermait dans son sein de bien pré-
cieux nectar; ce ne fut qu'à la longue
qu'un d'eux, plus fin que les autres;
alla inviter notre jeune citoyen de l'A-
frique à mettre pied à terre; pour toute
réponse le nègre tournait la tête à gau-
che , à droite, et ne bougeait pas plus
qu'un terme, ce qui fit découvrir le
stratagème ; car ce même douanier ayant
levé la redingote du prétendu nègre, et
lui ayant tâté le derrière, vit que sa cu-
lotte éait lacée comme un corset, et
5
sentit à-la-fois quelque chose de rude,
qui étoit une canule à ressorts rentrés,
dont il tira aussitôt de la liqueur dans
un saladier ; mais le négociant qui était
dans son cabriolet, loin de s'en affliger,
eut l'effronterie de dire : « Allez, mes-
» sieurs, je vous permets de mettre en
» prison mon domestique, si toute-
n fois les geoliers veulent le recevoir ;
» il a fait ma fortune3 et je vous con-
» seille d'en faire faire une longue
» vue, pour mieux distinguer un Jiom-
11 me AU IUTCREL d'avec un homme DB
» FER-BLANC. 11
LE GROS COCHON DÉGUISÉ
EN HOMME.
UN de ces voituriers qui conduisent
avec une rosse étique les pots-de-cham-
4-
bre de Paris à Versailles, voulant passer
un énorme, cochon , l'affubla d'une re-
dingote, d'un bonnet de coton, tels que
les marchands de bœufs de Poissy en
portent, lui mit un madras au cou , et
dans cet état, aidé de quelques-uns de
ses camarades, il le transporta sur l'im-
périal de sa voiture. Arrivé à l'Etoile ,
on lui demande s'il n'avait rien à dé-
cjarer : « Nnn'répond-iI, si ce n'est
» ce gros cochon qui roupiUc sur mon
» impérial, au milieu des paquets et
y> des paniers. » Allons, va l'en, mau-
vais plaisant, lui dit un des douaniers.
En effet, il passe; mais une fois sur la
terre de la franchise, il appelle quel-
ques autres voituriers auxquels il pro-
met un pour-boire; et Je "oilà qui des-
cend monsieur le gros cochon, à la barbe
des commis qui, confus et surpris, se
repentent, mais trop tard, de leur sotte
crédulité. « Vous le voyez , piessieurs
5
1*
». dit le voiturier, ma déclaration était
» exacte; c'était bien un gros cochon
a 'qui roupillait, qui faisait du lard sur
» le dessus de mon pot-de-chambre i
» mais vous avez traité ma loyauté, de
» mauvaise plaisanterie, il n'est plus
» temps à présent de serrer les fesses
» quand on a fait caca dans lesdraps. »
LE PARAPLUIE FRAUDULEUX.
UN de ces vieux rentiers, vrai meuble
de province, reste antique du dix-hui-
tième siècle, et qui, l'aîle de pigeon
poudrée, l'habit marron en hiver, le fin
baracan en été, ne marche jamais sans
parapluie, même au sein de la caniculo,
retiré - à Lille en Flandres, faisait régu-
lièrement sa promenade deux fois par
jour hors des remparts, et même, dB"
6
ses excursions méthodiques , dépassait,
souvent le canon de la place. Les doua-
niers , les employés à l'octroi le con-
naissaient comme une diligence , et
l'exactitude , la ponctualité de sa con-
duite réglaient leurs montres comme
un véritable méridien. Jamais, dans
son air innocent, ils n'auraient soup-
çonné un esprit de fraude; notre ren-
tier était absolument le second pendant
de M. Guillaume. Quand il arrivait, si
c'était l'été, il s'asseyait sur le banc cons-
truit par les douaniers, et s'entretenait
de la treille et du petit jardin pofager
de ces messieurs, puis de sa rente, et
d'un peu de politique ; dans l'hiver, une
petite bavette se taillait au poète, et
tout se passait bien innocemment. Notre
sournois, toujours son parapluie entre
les jambes, feignait d'être une vraie ga-
nache ; mais le fripon en savait long,
Il y avait des années qu'il faisait la na-
7
veite, et on peut ajouter la queue à nos
maladroits surveillans , quand un soir,
assis au poêle, un des commis vint à
apercevoir un ruisseau d'eau-de-vie qui
s'échappait du parapluie frauduleux,
qu' y creusé dans l'intérieur, pouvait
bien contenir trois-quarts de litre. Les
petits ruisseaux, comme on dit, font
les grandes rivières. « Ah! monsieur
» l'espiègle, s'écria un douanier, c'est
» ainsi que vous abusiez de la confiance
» dont nous honorions vos cheveux
11 blancs !. Que voulez-vous , mes-
» sieurs, je vous te demande, pqu-
v vais-je être mieux A COUVERT qu'avec
» ce parapluie ?.
5,
LES BUCflES CREUSÉES.
AFIN de passer en contrebande la pre-
mière ligne des douaniers qui veillent
aux frontières limitrophes de la France
et de la Belgique, certain quidam avait
imaginé, ayant été lui-même tourneur,
de creuser un grand nombre de bûches,
et d'y enfouir dans chacune une pièce
de nankin. D'abord son stratagême a
un plein succès, il passe heureusement
- pa. les deux premières Jignes, sans obs-
tacle , avec sa voiture lourdement char-
gée de bois ; ce ne fut qu'au moment
où prêt à entrer en ville avec sa riche
cargaison ,on le questionne, on le visite,
les morceaux de bois paraissent sus-
pects. Cependant notre contrebandier
cherchant à payer d'audace, se forma-
9
lise de ces injustes soupçons ; des pro-
pos , des injures, on en vient aux mains:
un commis s'empare dans sa fureur
d'un cotret qui contenait le mystérieux
butin ; à cette vue , le propriétaire ef-
frayé veut bien être baltu , mais il offre
sa canne : « Tenez, monsieur le doua"
» nier , frappez , j'ai quatre cnfans,
» mais avec ce bâton, vous pouvez vous
» blesser avec l'autre. » Cette originalité
excite les rires universels, et à-la-fois
de nouveaux doutes; bref, un des com-
mis fait vQler en éclats sur le pavé une
des bûches, et découvre la supercherie.
« N'avais-je donc pas bien raison,
> dit alors le contrebandier trahi, de
» choisir tes arômes ?. »
le
LES CORSETS RECÉLÉURS.
Dans le nord , à Lille, à Bruxelles, à
Gand, il y a beaucoup de marchandes
dentelières qui traversent continuelle-
ment les frontières, et ont imaginé
quantité de ruses, afin d'éviter les droits
d'entrée imposés sur les dentelles. Celle-
ci est enceinte, et se tamponne la cein-
ture de marchandises ; cette autre en a
jusques dans sa chevelure ; oserai-je
dire que les langes même de la nubi-
* lité s'ervént souvent de masques indé-
cens à la dentelle, et que le trône de
la pudeur devient un petit entrepôt
complice de contrebande!. Rien pour-
tant n'est plus vrai. Contons mainte-
nant l'historiette de cette mère avec ses
deux filles, qui, depuis quelques au-
11
nées, faisant continuellement le voyage
de Bruxelles à Paris, avaient fait fabri-
quer, pour passer ses dentelles, trois
corsets pour elle et ses filles, dont le mi-
lieu renfermait les objets de son larcin.
Yenait-oii à la visiter, ainsi que ses
deux demoiselles, d'un air plein de sé-
curité, de cet air enfin que donne une
bonne conscience, elles s'offraient toutes
trois, et les convenances ne permettant
pas aux hommes de porter une main
indécente au-delà des bornes, la ruse
avait un plein succès ; mais quand des
femmes furent installées et commises
par le gouvernement, avec le droit de
faire une inspection vestiaire, l'inquié-
tude fut grande parmi nos trois fri-
ponnes; affecter de la pudeur , quand
lesfemmes-de-chambre douanières leur
passaient la main jusques sous la che-
mise, comme ça se pratique, c'eût été
ridicule ; il fallait se laisser fouiller de
12
fond en comble; une fois donc les visi-
teuses impitoyables s'aperçurent d'un
certain volume dans les corsets : Allons,
mesdames, se mirent-elles à dire, il
faut absolument les quitter. '- Com-
ment! les quitter; mais c'est une hor-
reur , une véritable inquisition !. -
Inquisition tant que vous voudrez, il le
faut. Toutes trois sont donc forcées de se
déshabiller, comme pour se mettre au
lit; les corsets imposteurs sont décousus,
la dentelle paraît et est saisie. Et bien,
mesdames, disent les douanières, vous
voilà confondues!. Confondues. pas
du tout, tant de jeunes filles portent
des cache-folies, des cache-faiblesses,
les miennes pouvaient bien porter,
elles, des cache-dentelles. —L'amende
fut payée ; mais pour se venger, nos ru-
sées inventèrent de porter à l'avenir des
chapeaux de taffetas double.
i3
a
LE. POUPON QUI TÊTE TOUJOURS.
AFIN de frauder impunément les droits
jur la frontière de. la Belgique, une
belle et grosse Nourrice avait imaginé
le moyen que nous allons raconter. D'a-
bord, pour mieux tromper les regar-
deuus éternels aux portes des villes,
première, deuxième ou troisième ligne,
elle porta quelque temps à la mamelle.
un enfant véritable dont on l'avait
chargé ; mais tourmentée sans cesse par
les. vibiteurs qui lui faisaient démailloter
son marmot : Parbleu, se dit-elle , il
faut que je me venge de votre indiscré-'
tion et de vos vexations continuelles. A
cet effet elle fait faire à Gand un enfant
parfaitement imité en cire, semblable
au premier, dont les yeux et la bouche
14
s'ouvraient au moyen d'un ressort tou-
ché en secret. Cet enfant postiche était
creux, et pouvait renfermer maintes et
maintes choses. Notre fine matoise s'as-
socie donc avec certaines maisons qui
font continuellement la contrebande,
convient deses bénéfices, et multiplie ses
voyages à l'infini avec un succès complet.
Les lignes ayant été quelquefois chan-
gées, on ne s'étoit pas encore aperçu de
l'éternel marmot qui ne profitait en rien'
avec tant de lait, et restait toujours au
même degré d'enfance ; mais des visi-
teurs plus fins ayant conçu des soup-
çons , arrêtèrent la fausse nourrice.
Voyons un peu votre marmot, lui di-
rent-ils, car depuis si long-temps qu'il
tête infructueusement, il faut qu'il ait
un vice d'organisation. — Ah ! mes-
sieurs, je vous en prie, prenez bien
garde à son extrême délicatesse. — « Pas
» si délicat que vous te, dites, ta mèr§3
15"
» répartit un des douaniers qui s'était
» aperçu qu'il était fabriqué, et soudain
f» lui plongeant une sonde de fer dans
* le nombril, puisqu'on peut lui faire
» la ponction sans que, seulement it
» touge. » -
On s'imagine bien que le poupon de
cire fut saisi, et on le déposa dans les
bureaux principauxdes douanes, comme
un petit monument, une espèce de
• pièce curieuse, el un échantillon des.
finesses des fraudeurs.
I/ANE MÉTAMORPHOSÉ EN OURS.
VOICI un autre tour qui n'est pas sans
gaîté : deux farceurs qui se trouvaient
le gousset tout-à-fait à sec , ne sachant
comment payer lemodiquegît etla table
très-exiguë qu'ils avaient par charité
i6
chez un cabaretier-logeur, après avoir
épuisé tous les moyens : « Parbleu, dit
» l'un d'eux, et mais, oui, délicieux, mon
» ami, notre fortune est faite. L'idée
est eh arman te ! tu sais bien cette vieille
» peau d'ours qui est dans le grenier de
» potre hôte, et le singe de ce petit
» joueur d'orgues qui couche dans notre
» chambre: hé bieD'm'oD ami, il ne nous
» en faut pas davantage; notre bour-
? gtqis nous prête son âne, et notre fbr-
9 tune est faite. IL
— Allons, , explique-toi plus claire-
ment, répond l'autre : — Comment ! tu
ne conçois pas encore! nous revêtons
l'âne de la fine peau d'ours qui cache
parfaitement les marchandises dont la
petile bourique est enveloppée; le singe
lui saute sur le dos ; je joue du galou-
bet pastoral avec le fin tambour, et tous
deux, déguisés en Auvergnats, nous fai-
sons la plus heureuse contrebande. De
17
a*
plus, nous passons des liquides au moyen
d'un récipient en fer-blauc bien adapté
à l'animal, et nous payons notre hôte,
comme on dit, en monnaie de singe.
Ce dernier se prêta effectivement à
cette folie; le singe est acheté, et plu-
sieurs voyages heureux prouvent d'abord
la bonté del'invention. Mais, comme dit
le proverbe, Tant va la cruche à l'eau,
qu'enfia elle se casse : le faux ours, trop
long-temps arrêté aux barrières, et pro-
bablement enifayé de cette impolitesse,
se mit à braire de toutes ses forces, aux
éclats de rire de tous les passans, et, ve-
nant encore à se rouler, brisa les vases
qui contenaient des liqueurs. — c Peste! 1
» s'écrièrent les douaniers, voiià un
» ours bien extraordinaire 3 il c~&-~~
a voix d'un âne et te ventre :>:
a un tonneatt percé ! »
i8
LES JAMBES DE BOIS, CREUSEES.
- UN de ces flibustiers qui ne vivent que
de chevalerie d'industrie , se trouvant
sans le sou et sans joueurs qui voulus-
» sent faire sa partie de billard pout être
en définitif sa dupe, selon la coutume,
après s'être chauffé l'imagination, eut
l'idée de se faire fabriquer deux jambes
de bois creusées, de revêtir un uniforme
d'invalide, et, un emplâtre sur l'œil, de
passer l'eau-de-vie que contenaient ces
singulières bouteilles dans l'emboîtement
du genou. Ça alla assez bien pendant
quelque temps; notre intrigant se faisait
bien sa pièce de cinq francs par jour;;
mais s'étant brouillé avec son marchand
de vin , celui-ci le vendit aux douanes,
.t lorsqu'il vint à se présenter de nou-
'9
veau : » Attendez donc, brave homme,
» lui dit un des commis, qui s'avança vers
» lui avec un foret, et se mit à percer sa
* fambe de bois , vous me iaisserez
» Irien tboire la goutte, quand te diabtB
» y serait! »
Tout Paris a su cette tentative ingé-
nieuse de faire passer du vin en quan-
tité par la fontaine de la rue de Grenelle;
les fraudeurs s'étaient emparés, pendant
la nuit, des conducteurs d'eau hors des
barrières, et la fontaine coula effectî-
rement du vin pendant quelques heures;
mais leur calcul de temps ayant été mal
Sait, la liqueur vermeille ne parut qu'à
cinq heures du matin, heure à laquelle
les porteurs d'eau vinrent emplir leurs
Maux de vin, ce qui fit avorter le plan.
20
( LES VESSIES AÉRIENNES.
Sous le fameux lieutenant de police
Lenoir, dont l'œil de linx veillait sur
tout, on n'en faisait pas moins la con-
trebande en liquides. Un fraudeur
avait imaginé de remplir des vessies
4'eau-de-vie, et secondé de quelques
cqtIJplices, placés dans un jardin voisin
des murs des barrières, la vessie, lancée
d'unbras vigoureux, franchissait la mu-
raille, et toipbait sur quelques lits de
plumes amoncelée" , de sorte que rien
ne aç brisait : quand la lune donnait
trop de clarté, on brûlait de la paille»
iifip que l'épaisse fumée masquât l'ex-
pédition. Tout allait à merveille ; les
ycssieç deviennes , cpmpie des ballons
atfostatiques, passaient sous les auspices
21
de l'impunité la plus heureuse. Mais
tout a un terme, en fait de larcins sur-
tout ; un commis ayant aperçu pendant
la nuit quelque chose d'assez volumi-
neux en l'air, se figura que c'était quel-
qu'hibou nocturne, quelque chouetle
dont les yeux brillaient comme deux
lanternes. La nuit suivante, il s'em-
busqua donc avec sa carabine , et aus-
sitôt qu'il, entrevit le prétendu oiseau
planer dans les airs, il fait feu : bientôt,
la vessie ayant été crevée, il s'en échappe
une pluie de liqueur forte qui arrose eri
partie notre crédule douanier : (1 Il n'est
» pas tué, le hihou, dit-il à son ca-
» marade ; mais je sens ses urines,
p etjugcsijeiui ai faitpeur!» Ce der-
nier n'était pas si simple, et ayant soup-
çonné, à l'odeur del'eau-de-yie, quelque
ruse secrète, alti apa , quelque temps-
après, les fraudeurs : « Vois-tu maint c-
» nant, dit-il à son camarade, en lui
22
'- Il montrant des vessies pleines? une
- » autre fois ne prends donc pas dos
» vessies pour des lanternes ! n,
LE TROUPEAU DE BOEUFS
HORLOGER.
UN négociant de montres de Genève
voulant passer à pouff une quantité de
montres sur les frontières limitrophes
de France et de la Suisse, rêvait depuis
plusieurs jours à ce moyen, quand un
marchand de bœufs vint à passer sous
les fenêtres de son hôtellerie; il s'y arrêta
même et fit rafraîchir son troupeau.
Notre hÓrloger l'accoste, entre en con-
versation et lui découvre son dessein.
Mais comment faut-il faire? dit J'autree
car je ne demande pas mieux de partager
le bénéfice. —Rien n'est plus simple, ré-
25
pond notre homme; je cache une montre
dans le fondement de chaque bœuf
quelques minutes avant le passage des
lignes, et tout va à merveille. — Soit. —
On se met en marche, et en effet l'hor-
loger, aidé du bouvier, a caché tous ses
bijoux par ce singulier procédé ; mais-
malheureusement les diables d'animaux
tardèrent trop dans le passage, eurent
des besoins à satisfaire , et rendirent les
montres un peu salies: « Ah! voilà
à desboeufs bien précieux, s'écrièrent
* les douaniers eu ramassant les mon-
a très, ils ne veulent pas passer en
P pays étranger g sans nous faire un
» petit présent qui n'est pas sans fon-
» demmt. D
24
LE CHIEN A DOUBLE PEAU.
DANS une ville frontière du Nord, cer-
tain particulier imagina de revêtir son
chien de chasse, de grosseur moyemie r
d'une seconde peau de gros chien ca-
uiche ; à l'aide de ce travestissement, il
passait des étoffes anglaises dont il entor-
tillait le corps de l'animal ; nombre de
passes avaient été fort heureuses, et son
chien fidèle répandait l'aisance dans le
ménage ; madame portait des robes à
bon marché f grâce à la peau de chien
caniche. Les préposés ne soupçonraient
encore rien dans ce stratagème. Au con-
traire, connaissant le chien, ils le sif-
flaient, le caressaient, et répondaient
au pelit bonjour du maître d'un tou
gracieux, quand un soir voulant agacer
25
5
-ce chien à son passage, ils lui barrèrent
le chemin et finirent par l'attraper. L'un
le tient par la queue, Vautre par les
oreilles, celui-ci par la crinière; tant ils
firent, que le chien caniche leur resta
dans les mains, et de cette fourrure s" é-
chappa un petit chien de chasse sanglé
de mousseline et de s chais , qui court
encore. On peut juger de leur confu-
sion et des ris des passans.
-Le MARCHAND DE COCO.
UN marchand de coco vivotait du pro-
duit de sa boisson couleur topaze,
mêlée d'une teinte claire de jus de rë-
glisse ; de plus, il avait le fin robinet de
groseille sans sucre à un sou le grand
verre, et pour les maîtres-maçons à
folles dépenscs, Je superbe et grand go-
26
belet de limonade à six liards les jours
de fêté publique. Notre héros ne pen-
sait pas que l'ambition humaine pût
aller au-delà de ce luxe, quand un vieux
renard lui dit une fois à la promenade :
Delafontaine, mon ami, veux-tu faire
ta fortune avec moi ? — Pourquoi pas ?
-Rien de plus facile, je t'emplis ton
aqueduc à compattimens, d'eau -de-vie,
de liqueur,de vin, et au moyen de certai-
nes séparationsetde quelque manigance
dans le jeu de es robinets, tu feras la
queue à ces messieurs le plus propremen t
du monde. Delafontaine se laisse donc
corrompre; son café ambulant est arran-
gé par un habile ferblantier , et tous les
soirs, au lieu de compter des liards et
des gros sous ce sont des pièces de cent
sous qu'il répand à profusion sur la table.
Cependant sa conscience n'était plus
paisible, et il avait perdu en repos ce
qu'il avait gagné en argent. Chaque fois
27
qu'il passait devant les douaniers, ilavait
des peurs paniques, il voyait comme des
fantômes fondre sur lui en lui reprochagot
son délit. C'était un autre Danaiis, pour-
suivi, comme Potier, par des imagina-
tions, des songes funestes.
Une fois qu'il rentrait le dos chargé
de contrebande, les commis l'arrêtè-
rent; et notre.imbécille, persuadé que
la mèche est découverte, pâlit, frissonne,
et se met à trembler de tous ses mem-
bres ; cependant l'un des préposés ne
voulait que lui demander un verre de
coco ; mais le sot épouvanté, perdant
tout-à-fait la tête, se trompe de robinets,
en lâche plusieurs dont il s'échappe de
l'eau-de-vie et /u vin , et tombe éva-
noui au milieu des flots de liqueurs, en
s'écriant, tout grelotant de remords:
« Ah ! mes bon messieurs, ne me pu-
» nissez pas, ce n'est pas de ma faute,
» je vous assure, je viens de faire ma
28
» prière au Calvaire, et sans doute que -
» Dieu voulant faire sur moi un second
» miracle comme aux noces de Cana, a
» changé mon eau en vin!. — C'est
» possible, répondirent les douaniers
» en riant aux éclats; mais enatten-
» dant nous allons te métamorphoser
» en fraudeur pris sur le fait y le mi-
» racle sera plus croyable, a
LA VEUVE INDUSTRIEUSE..
UNE femme, qui vivait dans une ville-
frontière du-midi, venant de perdre son
mari j que d'ailleurs elle regrettait fort
peu, affecta à sa mort un désespoir qui
passaittoutes les bornes. Comme une ten-
dre Elégie, elle allait soir et matin hors
les portes de la ville, se lamenter, gémir
etarroser de ses pleurs 4a tombe au dé-
29
3*
Huât. Qn respeclait sa douleur ef même
ga démence, car souvent son cliagrirv y
paraissait aller jusqu'à la folie. Elle
avait supplié un chirurgien d'embaumer.-
le cœur de son époux, et le portait tou-
jours dans une urne dans ses allées et
venues au. cimetière. Ce manège durait
depuis des années; le public, les doua-
niers , les sentinelles ne la considéraient
que comme une folle. Cependant elle
était fort loin de l'être , car dans cette
urne ingénieuse de plâtre bronzé, elle
cachait de laden telle, de la mousseline,,
et même des liqueurs à son choix. Elle
eût fait sans doute encore fort long-
temps ce commerce, si une de ses voisi-
nes, avec laquelle elle se brouilla, n'eût
épié sa conduite, ainsi que la source de 1
ses dépenses hors de toute proportion,
avec sa modique fortune, et ne l'eût
vendue au bureau des douanes.
, On attendit donc Qu'elle revînt d~
3a
cimetière avec son urne sacrée, pour,
la prendre en flagrant délit. Aussitôt
qu'elle reparut avec ses grimaces ac-
coutumées : « Vous êtes donc inconso-
» lable, madame, » lui dit un lieute-
nant, d'un ton ironique, Il et sans doute
» que cette urne renfermera bientôt
» deux cœurs, celui de votre mari et le
» vôtre ? ». — Hélas ! ce n'est pas dou-
- teux ; et il n'est pas possible que je sur-
vive long-temps à cette perte cruelle. —
Cependant, reprit le lieutenant, si vous
vous défaisiez decetTippareilde tristesse,
surtout de ce vase d'argile, qui vous
rappelle sans cesse l'objet de vos dou-
leurs , vous finiriez peut-être avec le
temps par vous consoler., Messieurs, dit-
il aux commis; par intérêt pour Ma-
dame , ôtez-lui cette urne funeste, et
brisez la même pour le repos de cette
trop sensible veuve.
, fn effet, le vase vola en éclats, etau
51
lieu de cendres sacrées, laissa voir, à là
place d'un coeur embaumé , un flacon
d'Alkermesse de Toscane. a Peste ! Ma-
» dame, s'écria le lieutenant, vous
» n'êtes pas de ces gens qui s'embar-
• quent sans biscuit ; s'il y avait
» beaucoup d'urnes comme ia votre
» sur les tombes du cimetière, on y
» irait, de préférence au cabaret. »
LES SERINGUES A DOUBLE-FOND.
V
UN ancien pharmacien des armées se
voyant licencié et sans ressource , ima-
gina le stratagème assez comique que
nous allons conter.
D'abord, avec la pemiission du maire-
de la ville de Lille, ou il demeurait, il
se fait, de sa pleine autorité, marchand
de. vulnéraire suisse, achète à crédit
52
chez un fripier un vieil hjlbit écailate,
galonnésur toutes les coutures, chapeau
idem, qui avaient appartenu autrefois,.
en 1793 , à un général de brigade ré-
formé : il se procure aussi, du costu-
mier du théâtre, des bottes de maro-
quin rouge ; se fait faire par sa maîtresse,
petite blanchisseuse de linie fin , un
superbe jabot à canons , s'associe avec
un ancien infirmier des armées qui se
chargea du rôle de Bobêche, afin d'avoir
un public nombreux; loue une grosse
caisse , une clarinette, un cabriolet; et
dans ce brillant équipage*parcourt les
villages et la ville.
Dans le principe de cette superbe en-
treprise , il était entièrement dé bonne
foi ; et à l'exception du foin, qu'il ven-
dait aux paysans pour les simples les
plus rares des Alpes et des Pyrénées, de
quelques gouttes de thérébcHtine: dis-
tillées, qu'il faisait passer aussi impu-
"3
iTsmment pour de l'eau de Cologne de-
l'immotel Fariaa, il ne lui était pas en-
core venu àl'idée de frauder les droitsdu
gouvernement; mais, comme on dit, rap-
.pétit vient en mangeant : se voyant déjà,
enrichi du fruit de son charlatanisme ,.
json habit payé ainsi que tout le mobi-
lier et le décor de la troupe : Parbleu ,
je dit-il, je suis un grand sot! depuis
un an 4u moins que je donne des clys-
tôresémçllien^à loutesles vi eilles bonnes
femmes, j'aurais pu faire une petite
fortune ; au surplus, il est encore temps,
un habile ferblantier fera l'afFaire. —
Pe suite, il commande plusieurs serin-
gues à double-fond, c'est-à-dire un-
peu volumineuses, et qui pussent con-
tenir , dans leurs doubles-flancs, une
certaine quantité de liquides cachés.
Rien n'étant plus facile que la chose,
.au. bout de huit jours notre intrigant
se voit possesseur de son. astucieux ar-
- 54
senal. Les douaniers, habitués à le voir
entrer et sortir, ne le visitaient que très-
superficiellement, et seulement pour la
forme, et même se mettaient souvent
à badiner avec ses seringues : 9 Farceur
» que vous êfes, lui disaient-ils, vous
» donnez plus d'un lavement!. » -—
« Ce n'est pas douteux, répondait notre
v charlatan avec un front d'airain , je
s fais presque tou jours coup-double. »
Puis poussant l'effronterie et les brava-
des au dernier point : « Et bien, mes
» enfans, avait-il l'impudence d'ajouter,
» en leur présentant une seringue ,
» voulez-vous boire la goutte ?» — Les
commis répondaient sur le même ton,
et le commerce ne cessait de*prospérer
sous ce voile comique. En outre, la grosse
caisse de la musique prêtait aussi son
gros ventre creux à bien des superche-
ries ; et le singe, très-grand, qui figurait
sur les tréteaux, étant venu à mourir.
35
notre ingénieux pharmacien l'avait fait
soit-disant empailler; mais le fait est
que, doublé dans l'intérieur du corps
en tôle très-fine , il offrait encore une
capacité assez avantageuse au larcin.
Un vieux loup de mer très-volumineux
placé aussi sur les tréteaux du théâtre,
ambulant, avait encore les boyaux
creux , et habitué d'ailleurs de son
vivant à exister dans un élément liquide,
il devait se trouver très-heureux, après -
sa mort, d'avoir les entrailles rafraîchies
et de rhum, et de Cognac et d'huile d'a-
mour. Nos chers lecteurs voyent donc-
.que de toutes parts le nectar de Bacchus
trouvait une libre entrée sous ces dégui-
semens propices de petit charlatan de
carrefour. Notre ex- pharmacien était
devenu , en peu de temps , une es-
pèce de Marquis italien, qui, pour l'a-,
vantage seul de l'humanité souffrante ,
voulait bien candescendre encore à ar -
r
55
Tacher quelques dents, à débiter ses
spécifiques et ses élixirs , salutaires à-
peu-près comme de l'onguent de la mer
mr une jambe dé bois. Sa grisette , la
petite blanchisseuse de fin, par ricochet,
était devenue une grande dame : elle
portait, avec une amazone de drap vert
galonné, une toque de velours noir à
trois plumes blanches, et tâtait le pouls
du public; la cravache à la main, ayant
appris de son amant à écorcher quelques
mots d'anatomie, elle faisait des dis-
sertations magnifiques en plein vent,
tâtait le ventre de celui-ci, le sein de
iielle-là; et bref, un lavement au miel
de Narbonne était toujours son ordon-
nance bannale, son panacée universel.
Si j'avais eu la présence d'esprit disait-
elle , de donner un clystèreà mon pauvre
-singe, je n'aurais pas la douleur de n'en
avoir ici que la statue bien cruelle, et,
il serait au nombre des cures merveil-
37
4
leuses que nous avons faites, moi et
mon illustrissime époux.
Tout paraissait donc assurer pour
long-temps un succès complet, quand
au retour d'une expédition frauduleuse,
le cabriolet fastueux de notre marchand
d'orviétan ayant été forcé de s'arrêter
assez long-temps aux barrières, à cause
de l'encombrement d'autres voitures,
le singe empaiilé qui se trouvait fixé sur
- le devant du wiski , entre le loup de
mer et les petits paquets , attira les re-
gards des préposés : l'un l'examine ,
l'autre lui touche sous la queue et sent
une certaine humidité Tiens, c'est sin-
gulier , dirent-ils", votre singe a le fon-
dement tout mouillé. — Ah ! ce n'est
ren, répondit notre héros, en s'effor-
çantde badiner, c'est que depuis long-
temps il a une incontinence d'urines. -
Eh! que ne lui donnez-vous un lavement -
à la graine de lin r répartit un des com-